AU Lieutenant Duckling dans la Forêt Enchantée.

(J'avais presque terminé d'écrire cet OS avant de voir le 5x15, le caractère de Killian ne colle donc plus trop par rapport à ce qu'on a pu voir dans l'épisode…)


Killian n'était plus retourné à la Forêt Enchantée depuis bien longtemps. Depuis qu'il en avait été banni, en fait.

Depuis ce jour où les parents de sa bien-aimée les avaient envoyé, lui ainsi que son frère, servir dans la marine d'un royaume lointain. Tout ceci pour le séparer de leur fille, la princesse, dont il était follement amoureux – et réciproquement.

Ce fameux royaume était dirigé par un souverain corrompu. Et, à cause de lui, Liam avait péri durant l'un de leurs voyages, partis à la recherche d'une plante qui s'était avérée meurtrière et non salvatrice, comme il avait bien voulu leur faire croire.

Ainsi s'était-il converti en pirate après une telle trahison, soutenu par les autres membres de son équipage.

Ce fut donc le cœur lourd de souvenirs qu'il posa un premier pieds sur ces terres qui autrefois lui étaient familières, ce pays pour lequel il avait loyalement travaillé pendant des années aux côtés de son aîné. Là où il était tombé amoureux d'elle.

Emma de la Forêt Enchantée, héritière au trône de Blanche-Neige et Charmant, ou plus communément surnommée sa Swan.

Des images de leurs escapades nocturnes, à l'abri des regards indiscrets, lui revinrent en mémoire alors qu'il traversait le port accompagné de ses hommes pour rejoindre la taverne la plus proche. Cette même taverne où ils s'étaient rencontrés.

« Capitaine Jones, Capitaine Jones ! avait-elle supplié son frère. Je vous en prie, emmenez-moi avec vous lors de votre prochain départ, expliquez à mes parents que je serai en sécurité à vos côtés… Je vais finir par mourir d'ennui au château ! »

Il avait été ébloui par cette lueur de détermination qu'il avait pu lire dans ses yeux émeraude, et la beauté de son visage. Lorsque Liam avait refusé et qu'elle avait perdu son doux sourire, il avait senti son cœur rater un battement dans sa poitrine.

Il avait voulu redonner son éclat au rayon de soleil qu'elle était. Alors, quand le bouclé l'avait prié de la raccompagner jusqu'à chez elle avant que ses parents ne s'inquiètent de sa disparition, il avait tout fait pour lui faire retrouver son rictus.

Ce qu'il avait réussi à faire, alors qu'ils avaient fini tous deux couchés dans les jardins du palais à contempler les étoiles et qu'il prenait un malin plaisir à lui en conter les histoires qui l'émerveillaient toutes plus les unes que les autres.

Malheureusement, à l'entente de l'approche d'un garde vers eux, ils avaient dû se séparer.

« A bientôt, j'espère, Lieutenant, lui avait-elle murmuré à l'oreille avant de l'embrasser sur la joue et de disparaître dans le noir. »

Il rougissait encore des suites de ce contact des lèvres de la jeune fille contre sa peau quand il avait rejoint l'équipage, ce qui lui valut de nombreuses moqueries de leur part, et un avertissement de Liam qu'il aurait dû écouter, comme toujours :

« Ne songe même pas à tomber amoureux d'elle. Je connais ce regard, Monsieur Sentimental. »

Il n'avait pas osé lui avouer que déjà, ce soir-là, elle avait volé un morceau de son cœur en lui volant un baiser.

Tout avait bien changé à présent, sa vie n'était plus la même. De garçon timide il était devenu un pirate sanguinaire. D'homme amoureux il avait perdu tout romantisme, se contentant de femmes rencontrées sur son chemin qu'il quittait dès le lendemain.

(Quand ce n'était pas tout simplement dans la nuit-même.)

Et voilà que lui, qui auparavant aurait réprimandé ses hommes s'ils les avaient trouvés en possession d'alcool sur leur bateau, s'apprêtait à se noyer dans le rhum alors qu'il entrait dans le bâtiment et s'asseyait au comptoir.

Vraiment, tout était différent.

Le barman s'apprêtait à leur demander, à lui et aux autres membres de son équipage, ce qu'ils voulaient boire, quand un jeune marin fit son apparition dans la taverne tremblant de tout son être, la peur facilement lisible sur son visage pâle et attirant toute l'attention sur lui. Il s'effondra sur le sol après avoir fait seulement quelques pas.

« La si… la si… si… tenta-t-il de prononcer avant de s'évanouir. »

Le propriétaire des lieux, aidé d'autres personnes, vint à sa rescousse et l'assit à une table, lui donnant des claques pour le réanimer. Puis, lorsqu'il sembla reprendre peu à peu ses esprits, il lui tendit une chope remplie d'alcool.

« Buvez, lui ordonna-t-il. Ça vous redonnera du courage. »

Le garçon s'exécuta en grimaçant alors que le liquide venait lui brûler la gorge. Une fois quelques couleurs retrouvées, et ses membres redevenus stables, une femme qui faisait partie de ceux qui l'entouraient le questionna :

« Qu'est-ce qui t'a mis dans un tel état, mon grand ? »

Rien qu'à repenser à l'horreur dont il avait été témoin, l'inconnu blêmit à nouveau. On lui versa alors un autre verre, qu'il termina d'une traite, puis il prit une grande inspiration.

« Une sirène, expliqua-t-il. Une sirène, non loin du port, nous a piégés par son chant et a fait chavirer notre navire. Il nous a été impossible de nous détourner de ce son si mélodieux quand il a commencé à nous atteindre… Par je ne sais quel miracle, cependant, j'ai survécu à la noyade, et ai réussi à rejoindre la rive à la nage. J'ai directement accouru jusqu'ici pour vous prévenir de faire attention à ce monstre quand vous repartirez en mer. »

Dès lors qu'il avait prononcé le mot « sirène », un silence religieux avait pris place dans le bâtiment, et tout le monde l'écoutait avec attention. Ce n'était pas la première fois que quelqu'un leur faisait part de tels récits.

Au contraire, la disparition de plus en plus de navires était reportée chaque jour, et cela commençait à inquiéter. Même le roi et la reine s'en mêlaient, par peur que leurs bateaux et leurs soldats ne subissent le même sort que les autres.

Il allait vraiment falloir songer à prendre des mesures drastiques pour se débarrasser de cet être nuisible. Comme la tuer, par exemple. Mais qui oserait lui faire face alors qu'elle paraissait à ce point dangereuse et invincible ?

Personne n'était assez vaillant, ni suicidaire – ou les deux –, pour lui faire face.

De nombreux chuchotements inquiets s'élevèrent dans l'assemblée, des questionnements, des craintes, des supplications que quelqu'un en finisse. Killian regardait toutes ces personnes ébranlées par cette histoire, ennuyé par ces réactions d'effroi.

Quels lâches, pensait-il. Et dire que la moitié d'entre eux étaient des pirates.

Certes, lui aussi craignait les sirènes et savait à quel point ces créatures pouvaient se montrer irrésistibles, à détourner votre attention de la mer avec leur magnifique voix et faire se cogner votre navire contre des rochers, mais tout de même. Ce n'étaient pas les pires dangers que l'on pouvait rencontrer sur les océans non plus, il y en avait beaucoup d'autres, et bien plus terribles.

Il commençait donc à s'impatienter franchement qu'enfin le barman revienne au comptoir pour le servir, plutôt que rester à écouter les dires de ce pauvre marin traumatisé. Toutefois, il se sentit à nouveau concerné quand on s'écria à ses côtés :

« Pour dire à quel point c'est terrible, les souverains proposent même une énorme somme d'argent à celui qui aidera à se débarrasser d'elle, vous imaginez ? Blanche-Neige, cette si douce Blanche-Neige, prête à payer quelqu'un pour tuer ! »

(Il ne put empêcher un petit rire amer de s'échapper de sa bouche malgré lui. Douce Blanche-Neige… qui n'avait pas hésité une seule seconde à séparer deux amoureux, faisant souffrir son enfant par la même occasion.)

« Une énorme somme d'argent ? demanda-t-il tout de même, intrigué par l'appât du gain. C'est-à-dire ?

– C'est-à-dire une énorme somme d'argent, répliqua l'autre en insistant bien sur le mot. Une bonne part de leur fortune ! »

Il n'en fallut pas plus au pirate pour qu'il se lève de son tabouret, et lance un regard entendu à ses hommes.

« Dès demain, nous partons à la chasse à la sirène, affirma-t-il, un air déterminé dans ses irises. »

Tous le dévisagèrent, incrédules. Un silence pesant avait pris place dans la pièce. Personne n'osait se réjouir d'avance. D'autres avant lui avaient essayé, sans jamais revenir vivant…

Ils attendaient donc de voir pour y croire.

Mais lorsqu'il était question d'argent, comme tout pirate qui se respecte, Killian savait se montrer inventif pour parvenir à ses fins. Et puis, il avait parmi les membres de son équipage le candidat parfait pour remplir cette tâche.

Monsieur Mouche, sourd de son état. Il ne serait donc pas influencé de quelconque manière par le chant de la jeune femme.

Durant le restant de la nuit, les membres du Jolly Roger enchaînèrent les boissons offertes par la maison pour leur donner de la force pour leur aventure à venir puis partirent se reposer avant de prendre le large au lever du jour, acclamés par la foule.

(C'était bien la première fois qu'on traitait d'une telle manière des gens de leur statut.)

(Cela rappela à Killian ses années au service de la marine royale, lorsqu'ils revenaient d'un long voyage en mer.)

(Lorsque Emma, cachée derrière un buisson, l'entraînait avec elle pour lui sauter dans les bras et l'embrasser, heureuse de le revoir après avoir été séparés. La revoir… c'était aussi l'une des raisons qui l'avait poussé à accepter cette mission suicide.

Il voulait savoir ce qu'elle était devenue. Si elle était heureuse, surtout. Et peut-être même, rêvait-il malgré lui, pourrait-il négocier sa main plutôt que tout l'or que l'on avait à lui offrir, si elle souhaitait encore de lui, bien sûr ?)

(Ce qu'il ne savait pas, c'est qu'elle n'était plus là.)

Pendant un certain temps l'équipage navigua en silence, à l'écoute du moindre bruit suspect. Le garçon qui avait survécu à l'appel de cette créature leur avait expliqué en détails où elle devait se trouver. Leur plan était donc simple.

Ils s'arrêteraient en pleine mer, laissant Mouche partir seul en chaloupe jusqu'à la barrière de rochers pour qu'il puisse enlever la sirène et la ramener sur le navire où elle serait alors tuée et dont le corps serait ramené comme preuve à la Forêt Enchantée.

Tout se passa sans encombre pour le second du Capitaine Jones. Il réussit non sans mal à capturer le monstre et le ramener sur le pont du Jolly Roger. Les membres, excités par cette prouesse et à l'idée de la fortune qui les attendait, eurent beaucoup de mal à résister à la tentation d'exécuter la belle créature bâillonnée sans attendre que Killian ne remonte de ses quartiers.

Mais ils savaient qu'ils risquaient gros s'ils ne patientaient pas, alors ils se contentèrent d'encercler cette jeune femme qui ne ferait à présent plus de mal à personne avec sa voix. Cette dernière les dévisageait d'un œil apeuré.

Elle savait ce qui l'attendait, ne s'était pas préparée à ce que quelqu'un puisse résister à ses charmes. Mais peut-être était-ce mieux ainsi. Peut-être la mort serait-elle moins douloureuse qu'une existence maudite dans la solitude la plus totale…

Le propriétaire du navire ne tarda pas à faire son apparition une fois prévenu du retour de Mouche, une épée à la main. Un sourire mauvais encadrait son visage illuminé par un désir meurtrier alors qu'il s'approchait de la sirène.

Ses hommes se poussèrent pour le laisser passer. Elle avait la tête en direction du sol, pour ne pas voir quand on lui trancherait la gorge. Cependant, son bourreau sembla d'un avis tout autre, puisqu'il attrapa avec violence sa chevelure blonde pour l'obliger à lui faire face, qu'elle voie toute la jouissance qu'il allait prendre à ôter cette vie qui en avait détruit tant d'autres.

« Une dernière prière à faire, avant… débuta-t-il son récit, prêt à enfoncer son arme dans le corps de sa victime. »

Toutefois il se stoppa net quand ses yeux rencontrèrent l'émeraude de ceux de la prisonnière. Il laissa tomber son épée sur le sol en un bruit sourd, et desserra son emprise sur les cheveux de la jeune femme, la délivrant du bâillon qui la retenait au passage.

« Em… Emma ? réussit-il à prononcer après un long moment de silence à la dévisager. »

Malgré sa question, il n'y avait aucun doute à avoir. C'était bien elle, son ancien amour, celle qu'on l'avait obligé à quitter.

Comment était-ce possible ? Que lui était-il arrivé pour qu'elle devienne… ainsi ?

Cette dernière, surprise d'entendre son prénom, et n'ayant pas tout de suite reconnu Killian (il fallait dire qu'il avait bien changé depuis toutes ces années, contrairement à elle – si l'on ne prenait pas en compte sa queue, bien entendu), fronça les sourcils, cherchant à replacer cette personne qui devait lui être familière dans ses souvenirs. Son visage s'illumina dès lors qu'elle retrouva la mémoire le concernant en plongeant ses irises dans l'océan qu'étaient celles du pirate au-dessus d'elle.

« Killian ?! s'écria-t-elle. Killian, c'est bien toi ?

– Aye, fut-il simplement capable de répondre, avant de se jeter entre ses bras, heureux comme jamais de la revoir. »

Ils demeurèrent ainsi un long moment, à ne plus vouloir se lâcher, sous le regard étonné par la tournure des événements des autres personnes à bord. Ils ne savaient pas qui était cette Emma mais avaient peur de voir passer leur trésor sous leur nez si leur capitaine décidait de l'épargner parce qu'ils s'étaient connus dans une autre vie…

Ils n'hésitèrent pas à lui faire part de leur inquiétude.

« Capitaine, nous ne voulons pas nous montrer impolis avec vous mais… nous avons une mission à remplir, vous savez. »

L'intéressé se détacha à contrecœur de la blonde et se plaça instinctivement devant elle en un geste protecteur qui fit sourire la jeune femme – le premier depuis tant d'années.

(Il avait toujours eu ce don de le lui faire retrouver, depuis leur rencontre, de toute façon.)

« Que quelqu'un tente de toucher ne serait-ce qu'à un cheveu d'Emma, et je lui fais passer la planche, menaça-t-il. »

Tous reculèrent alors d'un pas. Ils savaient que le pirate ne plaisantait pas, et qu'il le ferait sans le moindre scrupule.

Une fois certain qu'ils ne seraient plus dérangés, Killian reporta son attention sur la jeune femme à ses côtés, et caressa sa joue en un geste tendre. Il la questionna, hésitant (il redevenait ce lieutenant timide et amoureux à son contact) :

« Comment… que… que t'est-il arrivé ? »

Elle expliqua alors son histoire. Que peu de temps après leur séparation, ne pouvant vivre sans lui, elle avait essayé de s'échapper pour le rejoindre. Malheureusement, la Méchante Reine, grande ennemie de toujours de ses parents, l'avait attrapée en chemin.

Et elle l'avait maudite, la condamnant à une éternité d'errance dans l'océan. Ce qu'ils appelaient donc « chant » était en fait un cri d'appel à l'aide à qui viendrait la sauver. Elle n'avait aucun moyen de réchapper à son sort.

Du moins, avant qu'elle ne retrouve Killian. Car il y avait bien quelque chose qui pourrait la transformer en humaine à nouveau…

« Qu'est-ce donc ? s'empressa d'interroger le jeune homme.

– Est-ce que tu m'aimes toujours ? fut la seule réponse que donna la blonde. »

Le pirate resta muet un instant, surpris par une telle question. Néanmoins, il ne tarda pas à répliquer, certain de ses sentiments :

« Bien sûr que je t'aime toujours, Emma. Je ne cesserai jamais de t'aimer. Pourquoi me demander ça ? De quoi as-tu besoin ? »

Un tendre rictus apparut sur les lèvres de l'intéressée à l'entente de cet aveu alors qu'elle pouvait lire dans ses prunelles la véracité de ses propos – depuis son enfance, elle avait eu ce don de reconnaître lorsque quelqu'un lui mentait.

Et il était évident que Killian était sincère. Que c'était rassurant de savoir ses sentiments partagés, même après tant d'années…

« Eh bien, finit-elle tout de même par répondre, j'espère que ce sera suffisant, alors.

– Emma… voulut prendre la parole le brun, peu rassuré face à tant de mystères de sa part. »

Cependant il n'eut pas le temps d'ajouter quoi que ce soit que déjà des lèvres venaient s'écraser sur les siennes. Il répondit aussitôt à ce baiser, ses mains venant se perdre d'instinct dans la chevelure de sa belle.

Tant de fois il avait rêvé de ces retrouvailles…

Au fur et à mesure que les secondes passaient, et qu'ils ne se séparaient pas, approfondissant au contraire leur échange, Emma sentait sa queue disparaître petit à petit, et le vent frais de l'océan venir chatouiller ses jambes nues. Elle ne put s'empêcher d'esquisser un sourire sans pour autant jamais lâcher les lèvres de son compagnon.

Elle avait eu raison d'y croire, en lui et en leur amour – leur véritable amour, devrait-elle plutôt dire à présent que sa transformation était complète. Il l'avait sauvée d'un baiser, comme dans toutes ces histoires qu'on lui avait lues petite.

Enfin ils se séparèrent, pratiquement à bout de souffle, mais gardèrent une certaine proximité tout de même, leur front collé l'un contre l'autre et les yeux fermés. Quand ils les rouvrirent, la première chose que le pirate aperçut fut la queue de la blonde.

Ou plutôt, son absence de queue.

« Comment est-ce possible ? l'interrogea-t-il en se détachant d'elle et enlevant sa longue veste de cuir pour recouvrir son corps pratiquement dénudé et qu'elle ne prenne ainsi pas froid.

Toi, répliqua-t-elle simplement. Ou notre amour, plutôt, pour être précise. »

Elle n'eut pas besoin d'en ajouter davantage pour que le pirate comprenne, et que son cœur rate un battement. Un sourire radieux porté sur les lèvres face à cette nouvelle, il se leva et prit la jeune femme dans ses bras, telle la princesse qu'elle était.

Il l'entraîna alors jusqu'à ses quartiers, toujours bien enroulée dans sa veste, et la déposa délicatement dans son lit. Il la contempla un instant sans rien dire, puis s'apprêta à la laisser seule pour qu'elle se repose, mais elle l'interpella :

« Reste avec moi, je t'en prie. »

Puisqu'il n'avait jamais rien pu lui refuser, et qu'il était bien trop heureux de la revoir après tout ce temps pour la quitter, il s'exécuta et prit place à ses côtés sous les couvertures. Ils restèrent muets un moment, jusqu'à ce qu'Emma lui demande :

« Et toi, que t'est-il arrivé ? »

Elle avait sa main qui caressait la joue du pirate, à l'endroit où il s'était fait une cicatrice qu'elle ne lui connaissait pas, touchant aussi cette barbe qu'il n'avait pas encore quand ils se fréquentaient – mais, à dire vrai, celle-ci lui donnait un véritable charme.

(Comme s'il n'en avait déjà pas bien assez sans.)

« Mon frère, Liam… il est mort à cause du roi que nous servions, parce qu'il le croyait bon alors qu'il n'était en fait qu'un infâme personnage. Après ça, et tes parents qui nous ont poussé à nous séparer… j'ai décidé qu'il était temps de ne répondre à plus quiconque autre que moi-même. Je ne voulais plus rien perdre à cause des autorités au-dessus de moi. »

Le sourire qu'arborait Emma jusqu'alors disparut aussitôt. Elle se sentait en quelque sorte responsable de la mort de l'aîné de Killian – après tout, il l'avait bien mise en garde, d'arrêter de le fréquenter si elle ne voulait pas lui attirer des ennuis.

Il n'avait jamais approuvé leur relation. Et elle aurait dû l'écouter.

« Je suis désolée d'être à l'origine de tout ça, s'excusa-t-elle auprès du pirate en enlevant ses doigts de son visage.

– Ce n'est pas de ta faute, Emma, la rassura-t-il. »

Puis, comme pour accentuer ses mots, il attrapa cette main qui se trouvait dorénavant dans les airs et l'embrassa tendrement, avant de la serrer dans la sienne. Il rapprocha ensuite le corps de sa bien-aimée contre le sien.

Ils finirent par s'endormir ainsi, dans les bras l'un de l'autre et bercés par les vagues de la mer au-dessous d'eux.

On vint les réveiller quand le navire arriva au port. Ils en descendirent ensemble, devant une foule qui les regarda, interloqués. Déjà qu'ils ne s'attendaient pas à revoir ce pirate et son équipage partis tuer la sirène, jamais ils n'auraient imaginé retrouver leur princesse perdue depuis si longtemps. On l'accueillit toutefois avec grand bonheur, sous des cris et des applaudissements.

La suite des événements se passa de façon plus belle encore : en apprenant la nouvelle, et en reconnaissant Killian, le roi et la reine de la Forêt Enchantée ne purent que lui offrir ce qu'ils lui avaient refusé (à tort, ils s'en rendaient compte maintenant) des années auparavant.

La main de leur fille, et la promesse d'un avenir où ils ne seraient plus jamais séparés.

La joie qui s'empara de ces deux êtres était simplement indescriptible. Ils se contentèrent de se jeter dans les bras l'un de l'autre, et de s'embrasser avec passion, baiser qui marqua le début d'une longue (et belle) histoire.

Le royaume était sauvé. Leur amour aussi.