Hey~
Merci à tous pour vos review ! Donc voilà un nouveau chap en deux parties. La première sur le passé de Sylver avec Moineau et la deuxième est un retour au présent. Bref, vous en saurez plus sur ce qui s'est passé après l'accident de Krys et l'échec de la mission. Du coup nos OC's à Nocturnis-Lepus et moi seront séparés pendant un moment et devront chacun affronter la situation à leur manière.
Mention de Sacha, oc made in Nocturnis-Lepus *w*
Sur ce bonne lecture et n'hésitez pas à laisser votre ressenti de l'histoire à la fin !
Fuck what you call love
Sylver haussa nonchalamment les épaules en voyant passer Howard à vitesse grand V dans la bibliothèque. C'était toujours comme ça : cette vipère grouillait à tous les coins du manoir et ne manquait pas de garder un œil sur cette pauvre Krys. Il décroisa les jambes et reposa son livre sur la table basse.
-Tu cherches Sirius ? demanda-t-il avec une pointe d'amusement.
-La petite peste à vrai dire ! Et épargne-moi ton sarcasme !
-C'est une enfant, laisse-la donc faire quelques bêtises pour une fois. C'est comme ça qu'ils apprennent.
-Oh tais-toi Sylver ! éclata le laborantin. De toute façon tu ne fais que la défendre !
Le loup se gratta les babines du bout des griffes.
-C'est quoi cette fois ?
-Elle vole des bouquins. Importants !
-Je pense que le problème c'est surtout qu'elle ne va pas à l'école.
-Parce que tu vois une école dans les parages, crétin ?
-Rien ne nous empêche d'être son professeur.
L'homme eut un rictus sadique.
-Sérieusement, répète des conneries pareilles devant Sirius. J'ai hâte de voir sauter ton poste ! Déjà que ça ne tient qu'à un fil. Et si Sirius avait voulu qu'on joue les professeurs d'école, ce n'est pas à toi qu'il l'aurait demandé !
Après un dernier rire vénéneux il quitta la pièce. Sylver reprit son livre comme si de rien n'était : les attaques de cette maudite vipère ne l'atteignaient pas. Néanmoins il était assez inquiet à propos de son p'tit moineau en cavale. Il ne l'avait pas vu depuis la nuit dernière quand il l'avait emmené dans la forêt pour la première fois. Elle avait été si heureuse là-bas… Ça le rendait encore plus maussade d'y penser et de se dire que c'était déjà terminé. La pauvre était à deux doigts pleurer dans son lit lorsqu'il l'avait raccompagnée à sa chambre – sa prison. Il se grattouilla les oreilles et tâcha de ne plus y penser.
-C'était mauvais ?
Ses crocs s'entrechoquèrent. Il sursauta dans le fauteuil et se retourna vers la petite créature accroupie derrière la bibliothèque. Il souffla, agacé.
-Très mauvais. Qu'est-ce qui t'as pris d'embarquer ces livres ?
-Je les ai pas vraiment volés tu sais. J'avais l'intention de les reposer.
-Pour Howard ça ne fait aucune différence, et tu le sais bien ! Ne me force pas à te punir aussi s'il te plaît.
La fillette esquissa un pauvre sourire et grimpa sur ses genoux.
-Je vous ai entendus parler… C'est qu'une stupide vipère ! Je comprends pas comment fait papa pour le supporter !
Il enroula ses bras tout autour de sa protégée. Lui-même ne savait pas vraiment si les deux scientifiques s'appréciaient, mais en revanche il savait bien que ces deux-là lui vouaient haine commune. Il serra plus fort Moineau sous sa blouse.
-C'est rien chérie. C'est moi qui devrais m'inquiéter. Comment va ton bras ? (Il saisit son poignet et le retourna pour voir la morsure.) Ça te fait mal ?
-Une piqûre de moustique, comme t'as dit ! En fait tes crocs sont pas supers, hein ?
-C'est juste que je n'ai pas voulu t'embrocher idiote ! rétorqua le loup en léchant discrètement sa dentition pour s'auto-rassurer. Tu as de la chance d'avoir amadoué un prédateur, sinon je t'aurais mangée toute crue !
-Je suis presque sûre que c'est toi qui m'a amadouée.
-Vraiment ? Comment j'ai fait ça ?
Elle posa ses petites mains sur le museau gris.
-J'ai toujours attendu quelqu'un comme toi ! avoua-t-elle. T'es le seul qui joue de moi et en plus t'es gentil. Mais t'es pas heureux ici…
La cyborg commença à se dandiner d'un air embarrassé sur ses genoux.
-Si tu pouvais rester ce serait génial, tu trouves pas ? Je ferais n'importe quoi pour que tu sois accepté !
-Ma relation avec les autres ne te regarde pas p'tit moineau, dit-il avec un large sourire. Du moment que toi tu m'acceptes c'est ok.
Elle hocha vivement la tête.
-Hm ! Je t'aime Sylver !
-Je t'aime aussi Krys.
La fillette le serra aussi fort qu'elle put et embrassa son long museau avant de courir jusqu'à la porte sur ses minuscules jambes.
-Et dis pas à Howard que j'en ai pris d'autres s'il te plaît… chuchota-t-elle en faisant la grimace.
-Entendu. File !
Elle agita la main en se pinçant les lèvres et s'enfuit aussitôt dans le couloir. Le docteur soupira bruyamment en reprenant sa lecture ennuyeuse. Chaque caresse de l'enfant sur sa fourrure devenait une petite brûlure. Il ne put s'empêcher de repenser à ce qu'il avait ressenti après avoir goûté son sang. Une profonde liaison. Une chose qu'il ne pouvait pas se permettre dans tous les cas. Son boss le détestait assez comme ça sans en plus y rajouter ce phénomène sanguin. De plus Sylver avait du mal à cacher sa peur… Il ne savait pas grand-chose sur le programme qu'avait suivi Krys et craignait d'avoir été infecté par une sorte de virus en mutation. La mordre était définitivement le truc le plus stupide qu'il ait jamais fait !
Le loup massa machinalement un point douloureux sur son crâne. Ce n'était pas comme s'il avait le droit d'inquiéter une enfant pour des histoires traumatisantes. La traiter comme un danger pour la société n'aidait pas du tout à son intégration déjà compromise par les choix de son père. Tout ce qu'il pouvait faire était espérer qu'elle soit un peu plus qu'une porteuse saine.
Lorsque la nuit tomba sur le manoir et qu'il fut l'heure de regagner ses quartiers il marchait, plutôt préoccupé, près du bureau de Sirius. Il savait bien que personne ne lui ouvrirait. La nuit il est encore dans ses labos. Mais le mink faisait les cent pas dans le marbre. Au fond de lui il avait pourtant une certaine joie, quoique trouble. Un peu comme une eau fraîche qui ne se mélangeait pas à son huile grasse. Espoir, songea-t-il. Sa protégée avait assez grandi pour qu'il arrête de la bercer avec des chimères. Plus que jamais il avait besoin de savoir ce que trafiquait son supérieur.
Sylver attendit patiemment, le regard impénétrable et les mains derrière son dos droit. Une dizaine de minutes plus tard le laborantin arriva dans le couloir. Il portait une longue blouse aux manches retroussées avec son badge d'identification coincé sur la poche. Il continuait encore de le porter même s'il ne travaillait plus dans ces grands centres de recherche du Gouvernement mondial. Le vieil homme s'arrêta devant lui, bras croisés.
-Sylver ? fit-il d'un air faussement surpris. Qu'est-ce que tu fais encore là ? Quelque chose à me dire ?
-Oui, docteur.
Un boule d'angoisse le coupa. Il se racla la gorge et planta ses griffes dans ses paumes pour canaliser le stress.
-Je… En fait, je voulais vous dire que j'étais prêt à m'investir un peu plus dans le projet.
-Vraiment ? (Il esquissa un large sourire.) Et bien c'est parfait ! Suis-moi, je te fais la visite des locaux.
Cette soudaine bonne humeur le mit mal à l'aise. Sylver se retint d'agiter la queue ou les oreilles pour montrer son mécontentement et le suivit tête basse comme un bon chien. L'entrée des laboratoires était une grande porte blindée au sous-sol. Sirius n'eut qu'à passer son badge dans la petite fente pour que le géant de fer s'écarte. Sans quitter son sourire bienveillant – masque de tous ses vices – il le poussa en avant. Le loup était raide comme cette porte. Raide et mort de peur et de dégoût. Des dizaines de cuves s'alignaient dans toute la pièce. Elle étaient pour la plupart habitées d'un corps humain baignant dans du liquide. Il ne put s'empêcher de détourner le regard comme si ces gens le fixaient tous et se rappelaient de lui, la bête agréable qui les avait menés à l'abattoir. Ses oreilles se plaquèrent de culpabilité contre son crâne. Il serra ses bras l'un contre l'autre et remonta un peu les épaules.
-Je ne peux pas Dr. S…
-Tu disais vouloir t'investir, rétorqua le senior.
-Je ne peux pas travailler en sachant que… j'ai fait ça.
-Ils n'ont plus aucune mémoire Sylver. Ce sont de parfaits cobayes. Pas de souvenirs, pas de famille. Aucun d'eux ne t'en voudra.
-Moi si.
Le professeur émit un claquement agacé.
-Est-ce que tu te souviens comme tu as lamentablement échoué chez Vegapunk ? Tu crois que la science a des remords ? La recherche n'avance pas sans sacrifices ! Et n'essaye même pas de soulager ta bonne conscience en approchant ma fille. Tu es un monstre, Sylver. M-21 n'a aucune affection pour toi.
Il rentra la tête dans les épaules et la queue entre les jambes. Son coeur était brisé en mille morceaux même si ce n'était que les mots d'un fou. Sa vieille peur de la solitude refaisait surface. Krys était si désespérée. Elle aurait accepté n'importe qui à ses côtés. Ça le faisait encore plus souffrir de se dire que c'était vrai. Lui aussi était désespéré de trouver quelqu'un à qui se confier dans cette période difficile à surmonter. Moineau était ce qui manquait dans sa vie et il avait fini par ne plus pouvoir se passer d'elle. Un bruit sourd fit se hérisser tous ses poils. Le laborantin avait fermé la porte. Il joint ses mains ridées dans le dos.
-Je plaisantai tu sais. Pas pour M-21 mais pour le labo. Tu ne travailleras jamais ici.
-P-Pourquoi ?
-C'est évident ! Toi et tes beaux principes n'avez pas votre place dans ce milieu. Les gens comme toi Sylver sont de ceux qui font tout rater. À partir de maintenant tu n'adresseras plus la parole à ma fille… ni ne lui offrira de stupides cadeaux.
Il eut un rictus sadique en sortant la petite boîte à musique de sa blouse.
-Je suppose qu'elle devait vraiment l'adorer.
-S'il vous plaît Dr. S… je n'ai pas pensé que…
-Que quoi ? Tu t'es entiché de ma fille sale bête ! (Le bois de l'objet émit un grincement dans son poing serré.) Qu'est-ce que tu t'es imaginé ?
Le loup poussa un cri intérieur lorsque ce malade mental attrapa son bras et le tira vers lui. Il lui planta sèchement une seringue dans le coude et préleva un peu de sang.
-Je vous le jure professeur, je ne pensais pas à mal… nous sommes juste amis…
-Tu me prends pour un aveugle en plus ? cracha Sirius. Tu l'as mordue crétin. Tu veux savoir ce qu'on fait aux animaux de compagnie féroces ? On les jette !
-Je n'ai pas voulu la blesser… gémit-il.
Mais son interlocuteur n'en avait rien à faire de ses plates excuses. Il vida la seringue usée sur une plaquette qu'il positionna derrière ses appareils d'analyse sanguine. Le loup avait les doigts tremblants. Son angoisse le statufiait. Il aimerait juste avoir sa petite Krys près de lui pour le rassurer. Dans ce sous-sol il avait l'impression d'être à des milliers de kilomètres de son oisillon. Sylver se demanda si ça allait durer. Serait-il un pion toute sa vie ?
Lorsque le laborantin releva la tête, l'air grave, il recula d'un pas. Son regard de fou l'effrayait plus que tout. Le mink détourna les yeux en premier.
-As-tu la moindre idée de ce que tu as fait ? demanda le docteur d'une voix platonique.
-Non, monsieur. Je suis vraiment désolé. Je...
-SILENCE !
Il le poussa contre la porte.
-Tellement stupide… (Un sourire creusa un peu plus ses joues sèches.) Tu as mis tes crocs dans un cocktail de virus pauvre chien ! Tu t'attendais à quoi ? Des fleurs ? Maintenant qu'elle t'a infecté tu ne m'es plus d'aucune utilité !
La nouvelle lui bourdonna dans les oreilles. Qu'il n'était plus le même depuis hier soir ça il s'en doutait, mais en aucun cas il aurait cru se faire virer. Sylver ne se laissa pas abattre pour autant. Il ne faisait plus ça pour lui désormais… Il s'efforça de relever la tête malgré sa peur de s'attirer encore les foudres du docteur.
-Je sais que je ne suis pas malade alors dites-moi au moins ce que c'est !
-Oh, vraiment ? Alors en résumé ça fait de toi l'esclave d'une petite fille ! Aussi bien sur le plan sentimental que physique parce que tu garderas toujours une trace de son barathel en toi. Dans ton petit cerveau étriqué. Putain d'animal !
Ses babines se retroussèrent de rage malgré toute sa volonté pour garder son calme. Il redressa les oreilles, abandonnant cet air de soumission. Le professeur le dévisagea.
-Tu montres les crocs ? Est-ce que par hasard tu aurais pris goût au sang humain ?
-Je ne suis pas un monstre ! hurla-t-il les poils hérissés.
Il contredisait et pourtant ses pupilles se dilataient. Je ne suis pas ce monstre. Il poussait inconsciemment des grognements bestiaux. Sylver plaqua violemment sa main contre son museau pour faire cesser ces bruits qui ne lui ressemblaient pas. Tout était de la faute de Sirius, il n'avait jamais grogné comme un pauvre chien impuissant auparavant. Ni ressenti une quelconque envie de meurtre pulser dans ses veines. Ses minces tentatives de contrôle mirent de la joie sur le visage de son supérieur.
-Qu'est-ce que je disais ? Tu n'es qu'une sale bête assoiffée de sang. Tu as pu faire croire à ma fille le contraire mais c'est terminé.
-Je vous en supplie… cracha-t-il en dépit de sa haine. Je… J'ai besoin d'elle.
-Adorable.
Il ressortit de la poche de sa blouse le cadeau qu'il avait offert à la petite cyborg.
-Tu me penses cruel mais je ne le suis pas. Et pour te remercier de tous les cobayes que tu m'as apportés, je te laisse garder ceci. Maintenant vas-t'en.
-Je dois au moins lui dire au revoir ! Lui expliquer…
-Perte de temps ! Ce n'est pas comme si elle allait s'en souvenir, tu ne crois pas ?
Sylver se figea. À cet instant il comprit jusqu'où pouvait aller sa méchanceté : Moineau ne se rappellerait plus de lui, et cette fragile boîte à musique serait son dernier espoir. Des sanglots lui remontèrent et il dut faire un effort colossal pour les retenir. Le mink accepta tant bien que mal son sort malgré l'injustice de sa situation. Lui et Krys, ils n'avaient pas mérité ça.
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Cette fois il ne put se contenir. Des larmes salées trempaient sa fourrure grise tandis qu'il caressait du bout des griffes sa précieuse relique. Des spasmes lui secouaient les épaules. Il ne pensait plus qu'au regret qui l'accablait et sa dernière vision de la cyborg, le crâne transpercé par une balle. Après ça ce fut le noir total. Le chaos. À son réveil c'était comme si le monde entier avait changé ! Il se retrouvait menotté dans cette pièce poussiéreuse, remplie de tuyaux et de machines qui ne cessent de vibrer. Le mink avait la poitrine broyée d'angoisse. Au fond de lui il n'arrivait pas à l'admettre : Moineau était soit morte soit à l'agonie. En tant qu'infecté il aurait pu le deviner, mais il avait lui-même si mal qu'il n'arriverait pas à dissocier sa douleur de la sienne.
Il fit un effort pour essuyer ses torrents de larmes lorsque la porte s'ouvrit, éclairant un peu la pénombre qui flottait autour de lui. Il rangea la vieille boîte à musique dans sa poche. La vue du capitaine pirate ne lui redonna pas le moindre espoir. Bien au contraire il comprit qu'il était actuellement dans son sous-marin ce qui faisait de lui et la cyborg de parfaits otages. Un flot de dégoût lui chatouilla la gorge. Il poussa un grondement menaçant, mais sa peine passait avant sa haine et il se ravisa à l'idée de le déchirer en miettes. Law s'avança de quelques pas. Il remarqua alors que le capitaine avait une bouteille d'alcool dans la main droite, ses peurs redoublèrent. Sylver eut littéralement un frisson dans toute la colonne vertébrale.
-Est-ce qu'elle est…
Sa voix basse et désespérée provoqua une grimace chez le noiraud qui se résolut à s'avancer encore un peu, jusqu'à finir juste en face de lui. Ce fut au tour du loup de grimacer : le chirurgien empestait l'odeur des médicaments et du sang modifié de Moineau. Il retroussa les babines, dévoilant ses crocs pointus.
-Osez me dire qu'elle est morte et je jure que je vous tue !
-Oh, dans ce cas je vais pas me gêner. (Il brandit sa bouteille et but une gorgée.) Je sais ce que vous pensez de moi… Vous me haïssez de toute façon ! Mais je n'ai pas voulu ça, ok ? Je fais ce que je peux pour réparer ces conneries alors arrêtez de me regarder comme si je lui avais tiré dans l'œil !
-Elle est en vie oui ou non ?!
-Oui…
Les épaules du docteur se décontractèrent. Il lâcha un soupir de soulagement, esquissa même un sourire euphorique.
-Elle va bien ? Et son œil ? Est-ce que son cerveau est touché ?
-J'ai une raison de vous rassurer ?
Le gris racla sa gorge sèche .
-Hm. Vous voulez jouez comme ça, très bien. Moineau vient de perdre un œil parce que vous êtes le connard qui a trafiqué son masque et la bombe. Dès qu'elle en aura la force elle vous tuera. Je suis le seul à pouvoir la raisonner.
-Excellent argument ! s'écria-t-il avant de s'offrir une nouvelle gorgée.
-Est-ce que vous êtes soûl Trafalgar ?
-Un peu.
Il se laissa tomber contre le mur, pas très loin du loup et ferma les paupières.
-Je sais, j'étais censé arrêter ça… Barnet me giflerait mille fois si elle savait ! Et Moineau, elle, elle trouverait des menaces amusantes et je la prendrais pas au sérieux vu que je suis bourré. J'arrive à peine à me souvenir d'à quoi ressemblait son sourire.
Il s'esclaffa comme si ça avait quelque chose de drôle, ce qui répugna encore plus l'ami d'enfance de la jeune fille. Sylver tendit ses poignets menottés et lui arracha son alcool des mains.
-Vous êtes encore plus désagréable quand vous buvez.
-Tant mieux !
-Vu la blessure vous avez dû y passer des heures. Détachez-moi si vous voulez que je prenne le relais.
-Oh… et vous laissez une chance de me bouffer la jugulaire ? Je passe, merci ! Vous faites le chien-chien bien dressé mais on sait tous les deux que s'il est question de me tuer vous êtes avec Moineau !
-Évidemment que je suis avec elle ! Vous méritez de crever, voilà ! hurla-t-il en cassant son masque stoïque. Vous n'êtes qu'un salaud égoïste et pourtant elle a cru en vous ! C'est comme ça que vous la remerciez ?! Vous nous avez kidnappés et vous allez le payer !
-Hé ! Je vais devoir me répéter combien de fois ? J'avais pas prévu ça ! Je… Je voulais juste qu'elle revienne. C'est trop dur à comprendre ?
Sylver ne chercha pas à affronter son regard brûlant, il baissa la tête. En fait il comprenait mieux que personne. Depuis qu'il avait miraculeusement retrouvé son p'tit louveteau pour rien au monde il ne voudrait le lâcher. Mais ça n'excusait pas sa part de responsabilité dans l'accident et dès qu'il en aurait la capacité il ne se gênerait pas pour le faire payer. En attendant seule la santé de Krys comptait et Trafalgar l'avait actuellement entre les mains. Ce sentiment de vulnérabilité le mettait encore plus en colère. Il ne put empêcher deux trois menaces de mort de sortir avant que le chirurgien ne se décide à quitter la pièce en titubant.
Law claqua la porte derrière lui et se rendit machinalement à l'infirmerie où un corps était allongé sur le lit aux draps blancs. Ses genoux se ramollirent en apercevant d'un peu plus près la moitié encore intacte de son visage. Il se laissa tomber sur le fauteuil près d'elle. Des bandages propres couvraient sa blessure et ses lèvres pincées exprimaient encore toute la douleur à laquelle elle avait été soumise. Il se pencha embrasser son front suintant, lui chuchoter des conneries réconfortantes et l'appeler par son adorable surnom qu'elle n'entendait même pas. Il se trouvait lui-même plutôt ironique. Et dire qu'il avait fait tout ça pour l'avoir heureuse à ses côtés, il avait failli avoir un cadavre dans les bras. Son papa-loup avait raison Moineau allait définitivement le tuer. Il glissa une main délicate dans ses cheveux et dégagea les mèches trempées de sueur qui collaient à son front. C'était comme si ce bandage ne couvrait rien. Il voyait encore ce trou dans sa chair et la balle qu'il avait dû récupérer à l'intérieur. Un frisson de dégoût lui brûlait l'échine. Il n'avait même pas envie de la laisser se réveiller et pourtant elle devait apprendre la triste nouvelle. Law ne voyait pas l'intérêt à lui dire que tout avait foiré. Elle était assez folle comme ça et ce n'était pas la promesse d'une réparation de type biomécanique qui allait la réjouir. Tout ça, c'est superficiel, son œil il est perdu pour toujours.
Le chirurgien aurait voulu rester auprès d'elle mais ça le mettait encore plus mal à l'aise. Au bout de dix minutes son visage mutilé devint une véritable douleur et il se réfugia dans la salle à manger, entouré de ses hommes qui avaient partagé avec lui ces dernières heures difficiles. Personne ne lui en voulut d'être bourré. Bepo lui ramena de quoi grignoter et il se força à manger un peu même s'il n'avait pas d'appétit. En relevant la tête il surprit Penguin. Le jeune homme avait l'air abattu. Là il se souvint qu'il n'avait pas blessé que Krys… Il avait aussi abandonné toute l'Unité Sentinelle à son sort, dont Sacha Barnet qui enfermée à bord du bateau n'avait pas eu la moindre chance de s'enfuir. La culpabilité lui mit un coup de marteau dans la tête. Il se leva brusquement sans donner d'explications et retourna en vitesse dans l'infirmerie.
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Ses paupières frémirent sous la blancheur éclatante de la pièce. Elle remua sa langue dans sa bouche pâteuse comme si elle ne l'avait pas ouverte depuis des mois. Sa première inspiration consciente fut un véritable souffle de vie. Elle gonfla la poitrine au moins une dizaine de fois avant de trouver la force de se lever. Un sensation de vertige la fit vite retomber sur le lit d'infirmerie. Moineau étrangla les couvertures entre ses doigts : son cerveau la harcelait de spasmes comme pour lui envoyer un message qu'elle ne saisissait pas. Ce n'est qu'en inspectant la pièce du regard qu'elle remarqua que son champ de vision s'était considérablement rétréci. L'angoisse lui picotait les reins. Elle se secoua violemment la tête en prenant de grandes inspirations.
C'était pas un cauchemar. C'est arrivé.
-Tu mens ! hurla-t-elle. Tu n'arrêtes jamais de me mentir !
Pas cette fois. Regarde par toi-même.
La cyborg serra ses bras contre elle en avançant vers le miroir accroché au mur, les genoux tremblant comme une pauvre créature affaiblie. Ses ongles claquèrent contre son reflet. Elle le tapota, bloquée dans ses réflexions et dans cette vision brisée d'elle-même. Son visage enfantin qui lui avait valu tant d'amour jusqu'à aujourd'hui lui paraissait être un monstre inconnu. Elle arracha ce bandage et avec lui un peu de peau morte. Chaque souvenir remontait dans son orbite vide ainsi que la sensation de ses doigts plongeant à l'intérieur de son propre crâne. Moineau éclata le miroir d'un coup de poing et piétina rageusement ses restes. Une haine viscérale lui donnait soudain la force de tout détruire sur son passage. Et alors qu'elle s'acharnait sur les objets à sa portée et déchirait les draps du lit, une sombre voix vint perturber son carnage.
C'est le chirurgien qui t'a trahi.
Elle se figea. La colère l'avait rendue stupide et elle ne s'était même pas demandée qui était à l'origine de ce mal. Maintenant elle comprenait mieux. Krys avait beau être folle et se méfier de ses voix, aujourd'hui ces dernières pourraient bien devenir ses meilleures amies car tout coïncidait. Law avait parlé de se venger, puis de la récupérer, et comme par hasard sa vie était ruinée, et elle, kidnappée à bord de son sous-marin.
Il est pas beau ton grand amour ferraille ? Hehehe !
-La ferme.
Hmm… Et qu'est-ce que tu comptes faire cyclope ? Tu ne seras plus jamais jolie, tu le sais hein ?
Elle renifla d'un air dédaigneux. C'est vrai, elle ne serait plus jamais mignonne ni adorable. Mais à quoi bon être belle si on se fait détruire ? Elle s'accroupit au sol et ramassa un bout tranchant du miroir en morceaux qu'elle cacha dans son dos. Grand amour mon cul… En synchronisation avec son regard dirigé vers l'unique sortie la porte s'ouvrit brusquement. Comme un réflexe d'auto-défense elle serra plus fort son couteau de fortune. Le chirurgien qui était entré tête basse dans l'infirmerie ne se rendit pas tout de suite compte que sa patiente tenait sur ses deux jambes et le fixait d'un œil noir. Il fit quelques pas en avant, mains dans les poches, jusqu'à voir les éclats de miroir éparpillés sur le sol et les deux pieds nus à un mètre des siens. L'un en chair l'autre en métal. Sa gorge se noua de peur malgré toute sa volonté pour affronter ce moment avec dignité. Il n'osa pas relever les yeux car il savait bien qu'elle avait déchiré son bandage, exposant sa chair blessée peut-être intentionnellement.
-Pourquoi tu ne me regardes pas ? chuchota-t-elle d'une voix secouée de sanglots. C'est si horrible pour toi ?
-Moineau, je…
-Ta gueule ! J'avais enfin une chance de vivre la vie que je mérite et toi t'as tout gâché !
-Je suis désolé.
-Mais j'en ai rien à foutre de tes excuses ! C'est pas tes excuses qui vont me rendre mon œil droit connard !
Elle le saisit sans prévenir et le força à relever la tête. Sa poigne sur les cheveux du capitaine s'endurcit tandis qu'il se retrouvait obligé de contempler son œuvre. Il ravala sa salive.
-Je te ferais un œil bionique. Je te le promets.
-Anw… déjà les promesses, fit-elle d'une voix de velours. Si c'est pas a-do-rable !
Elle le repoussa violemment contre le mur et mit bien en évidence le morceau de miroir qu'elle avait récupéré.
-T'es qu'une ordure. Tu parles, tu parles… mais tu fais rien pour moi ! T'as détruit mes projets, tu m'as détruite moi, t'as abandonné Sacha, et je suis presque sûre que Sylver est là lui aussi ! Prisonnier comme tu sais si bien le faire !
La cyborg s'avança d'un pas encore. Elle était presque collée à lui sur la pointe des pieds pour rivaliser avec sa grande taille.
-Un accident ça peut se pardonner. Tu crois que tu mérites d'être pardonné ?
-Krys, qu'est-ce que t'attends de moi ? Dis-le franchement parce que je sais très bien que tu ne me le pardonneras jamais !
-Pff… Tu me dégoûtes !
Cette pique lui rentra droit dans le coeur. Il ignora sa méchanceté et rapprocha doucement sa main de la sienne. Elle lui jeta un regard assassin.
-Tu crois vraiment que tu peux me toucher après ça ?! Dégage !
-S'il te plaît lâche ça Moineau.
-Non !
-Tu vas te blesser plus qu'autre chose…
-Ah bon ? Et si j'avais envie de te poignarder ? Hein ? Et si je te poignardais ! hurla-t-elle en le frappant de toutes ses forces.
Contre toutes attentes et surtout celles de la jeune fille il ne réagit pas et la laissa se défouler. Elle n'eut aucune pitié et lui décocha un coup de poing dans la mâchoire. Une adrénaline folle s'emparait déjà de ses membres. Elle n'avait qu'une envie le frapper encore et encore jusqu'à baigner ses pieds dans une mare de sang. La fatigue après ce long sommeil la rattrapa et Moineau finit par s'arrêter, essoufflée. Un large sourire creusait ses joues, ce qui n'était pas le cas de son punching-ball. Le chirurgien mit sa peur de côté et elle se retrouva à sa place acculée contre le mur. Il profita de sa faiblesse pour lui arracher ce morceau de verre qu'elle utilisait comme menace. Désarmée la cyborg ne put pas faire grand-chose contre ses mains, il la serra fort dans ses bras. Assez fort pour qu'elle n'arrive plus à le blesser. Cette situation lui rappelait leurs retrouvailles après la nuit Rouge, quand il devait sans cesse la maîtriser comme une bête sauvage pour ne pas finir étranglé. Et il avait beau lui dire que ça se passerait bien elle était définitivement comme une bête devant l'abattoir : impossible à calmer et inconsolable. Law n'espérait pas voir les choses s'améliorer entre eux pour le moment, il fallait du temps pour ça, mais poussée à bout Moineau était une bombe à retardement que personne n'avait envie de voir exploser. Il ignora ses menaces de mort et ses appels à l'aide et la menotta bras dans le dos avant d'aller chercher de nouveaux bandages. La brunette se débattait férocement sur le lit. Lorsqu'il s'approcha à nouveau elle tenta de lui mettre un coup de pied dans les reins, qu'il esquiva. Law fit la grimace.
-Si tu veux que je puisse t'opérer et te donner un nouvel œil il faut que ce soit bien traité, ok ? Laisse-moi couvrir ça.
-Ça te dégoûte, cracha-t-elle. Tu supportes plus de me regarder alors tu préfères cacher ce qui te répugne ! T'es horrible !
-Arrête d'inventer.
-J'invente rien !
Il souffla bruyamment et n'y vit qu'une solution. Le capitaine plaqua ses mains à l'arrière de son crâne pour l'empêcher de fuir. Son regard était malgré lui encore une fois plongé dans sa blessure. Il ferma les yeux et l'embrassa. Ce ne fut qu'un baiser de quelques secondes sans rien de séduisant mais qui eut le don de la détendre. Il se força à esquisser un petit sourire.
-Pourquoi tu voudrais que je sois dégoûté ? C'est ta tête petit chiot, je vais pas arrêter de l'aimer pour un accident. (Il récupéra le nouveau bandage.) Je peux ?
Elle acquiesça. Son expression sembla s'adoucir lorsqu'il passa délicatement les bandes de tissu autour de son crâne. Elle resta bien sage jusqu'à ce qu'il eut fini et là, elle perdit vite en coopération. Moineau attrapa le col de son t-shirt et lui flanqua un coup de tête.
-Ça c'est pour m'avoir embrassée prince charmant de mes deux !
Il poussa un léger gémissement de douleur et se massa le front.
-Est-ce qu'on pourrait parler au lieu de se taper dessus ?!
-La ferme ! Je veux voir Sylver.
-Impossible.
-Ah ouais ? À ta place je jouerai pas au plus fort Law ! Tu vas me dire où il est ou tu te prends une sale décharge au cerveau. Peut-être que ça te rendra moins con !
-T'es pas en état de me contrôler de toute façon.
-Tu penses ?
Les épaules du chirurgien s'affaissèrent en signe d'abandon. Il lui retira ses menottes et leva un doigt en l'air.
-Ça ne veut pas dire que tu es libre Krys-ya. Mes hommes vont te surveiller et je compte sur toi pour ne pas prendre ta situation à la légère.
-Mais je t'en prie, après tout je suis ta prisonnière !
-Ce n'est pas comme ça…
-C'est exactement ça ! Sylver et moi on est tes otages. Bravo. T'as réussi ton coup.
Elle le toisa d'un air dédaigneux et claqua violemment la porte de l'infirmerie. Ses doigts trépignaient encore d'envie de lui faire du mal. Elle eut un rictus sadique. Il avait détruit sa vie à elle pour l'avoir dans la sienne ? Soit, un putain d'égoïste qui n'avait pas la moindre idée de ce qu'est la rage. Moineau l'avait en ce moment et elle était bien décidée à lui faire payer coûte que coûte.
Une fois au beau milieu des couloirs elle se dépêcha de trouver la pièce qui faisait office de prison pour le loup, elle n'avait pas très envie de croiser les Heart. Pas qu'elle leur en veuille, loin de là, mais parler de l'accident était très embarrassant. D'autant plus qu'elle avait en réalité beaucoup de mal à assumer cette blessure encore fraîche. La jeune fille trottina de long en large dans le submersible. Sa vision réduite ne l'aidait pas mais à force de jouer les espions elle finit bien par trouver son indice : Bepo portait un plateau repas. Il pénétra dans la salle des machines et Moineau partit immédiatement coller son oreille à la porte. Au bout d'un long silence elle finit par reconnaître la voix de Sylver. Sa poitrine gelée de haine se réchauffa. La glace tout autour de son coeur fondit et elle le sentit battre à nouveau au travers de cette porte qu'elle ouvrit sans hésitation. Son œil gauche se remplit d'étoiles à la vue du mink. Elle se jeta littéralement au sol pour le serrer dans ses bras. Il lui rendit volontiers son étreinte en passant ses menottes derrière son cou et elle l'entendit renifler comme s'il s'apprêtait à fondre en larmes.
-Moineau je suis tellement désolé, murmura-t-il en caressant ses cheveux comme il le pouvait.
Elle tourna la tête pour lui dire que ce n'était rien même si intérieurement elle crevait de peur. Ses poignets étant attachés dans le dos de la jeune fille il se servit de son long museau pour la cajoler et lui chatouiller les joues. Entendre glousser son oisillon fut le plus beau des cadeaux que même cette affreuse blessure ne saurait ternir. Elle se laissa fondre contre son torse.
-C'est moi qui suis désolée. Si j'avais été plus méfiante on en serait pas là…
-Tu n'y es pour rien Moineau.
Elle esquissa un faible sourire d'excuse malgré tout.
-Je t'aime.
-Je t'aime aussi.
Il donna un grand coup de langue sur son front. N'importe qui aurait fait la grimace devant toute cette salive mais elle comprenait de mieux en mieux sa manière de s'exprimer avec les gens. C'était un geste très intime pour un prédateur alors elle s'accrocha un peu plus à sa fourrure, toujours si douce, et lui planta un baiser sur la truffe en réponse. Il laissa entrevoir ses crocs pointus dans un large sourire qui se voulait affectueux.
-Hum… désolé, fit une voix derrière eux. Je dois vous laisser seuls ?
Ils se tournèrent d'un même mouvement vers l'ours polaire immobile au milieu de la salle des machines, son plateau entre les pattes. Moineau se pinça les lèvres un peu contrariée de ne l'avoir pas remarqué. Elle s'apprêtait à se lever pour lui présenter son conseiller lorsque celui-ci utilisa ses bras piégés autour de sa taille pour la forcer à rester assise sur ses cuisses. Elle fronça les sourcils avec une moue boudeuse.
-Mais Sylver ! s'écria-t-elle. Il est pas méchant ! C'est Bepo !
-Tu crois qu'il est là par hasard ? Son capitaine a sûrement pensé que je communiquerai mieux avec un membre de mon espèce, cracha-t-il en dévisageant le mink, mais je ne tombe pas dans le piège. Un pirate reste un pirate…
Elle lui pinça les oreilles.
-On s'en fiche ! Bepo fait partie des gentils !
-Il travaille pour un rookie !
-Désolé…
-Et arrête de t'excuser ! lui cria le loup.
-Vraiment désolé…
Moineau souffla d'un air exaspéré. Elle mit une pichenette sur la truffe noire du loup pour qu'il se taise.
-Fais-moi confiance Sylver, je connais les Heart. Law est le seul dont on doive se méfier.
-En attendant il a fait exprès de choisir un mink pour me parler ! répéta-t-il comme si ça l'indignait vraiment.
-Et justement. On peut tirer ça à notre avantage ! Chaque coup qu'il va tenter on va l'utiliser contre lui. T'es partant ?
Ils échangèrent un sourire malsain.
-Quelle question ! Évidemment que j'en suis !
-Parfait. Laisse-moi gérer ça.
La jeune fille quitta son étreinte possessive pour se relever. Elle croisa les bras sous la poitrine. L'ours polaire parut soudain un peu plus méfiant, même vis-à-vis d'elle.
-Le capitaine ne vous veut aucun mal…
-On sait Bepo, on sait.
-S'il te plaît Krys-chan ne pense pas à le blesser ! Il s'est trompé mais il n'a jamais souhaité te faire du mal !
Elle ne resta pas insensible à la détresse du navigateur et son affection pour Law. Ce fut plus fort qu'elle, elle le prit dans ses bras comme une grosse peluche.
-Ce n'est pas la première fois, ok ? C'est pas la première dispute. On finira bien par trouver un arrangement, quel qu'il soit.
-Krys-chan il n'a pas l'intention de te laisser repartir, avoua-t-il. Pas après cet accident…
-Ça tombe bien, je n'ai pas l'intention de le laisser fuir non plus. Donc Bepo… pour en venir au vif du sujet je te demande de libérer Sylver en l'échange de la promesse que je ne blesserai pas Law. Enfin, pas physiquement. C'est à prendre ou à laisser.
Le mink ne mit pas longtemps à prendre une décision. Ses épaules s'affaissèrent. Il posa son plateau et sortit un trousseau de clé de sa combinaison.
-Tu promets Krys-chan ?
-Ouais, promis.
Elle saisit la clé des menottes du loup et les lui retira. Ce dernier frotta la tête de la cyborg en guise de remerciement puis se tourna vers l'ours.
-Qu'on soit clairs je hais les pirates et je ne crois pas une seconde que tu nous seras utile.
-Rien ne me force à aider. Je le fais uniquement pour le capitaine.
-Je vois. (Il poussa un long soupir.) Moineau, tu mises sur la mauvaise personne. Celui-là va reporter nos faits et gestes.
-Ils vont tous reporter nos faits et gestes ! répliqua-t-elle. Ils sont fidèles à Law ! On peut pas le leur reprocher.
Mais ça ne nous empêchera de les manipuler, songea-t-elle. La jeune fille mit un terme aux hostilités entre les deux minks et convainquit Bepo de les laisser seuls. De toute façon ils ne représentaient pas une menace pour le moment, et surtout pas vu leur état général. Elle s'assit en tailleur à même le sol et fit glisser le plateau de nourriture vers son gros loup en colère.
-Mange un peu. Il faut qu'on reprenne des forces si on veut se tirer d'ici.
-Je peux savoir pourquoi tu t'occupes de moi ?
Ce ton agacé la mit mal à l'aise. Elle eut un pincement au coeur et rentra un peu la tête dans les épaules.
-J-Je…
-Après tout ce qu'il t'est arrivé c'est gênant que ce soit toi qui dise ce genre de choses ! Ne fais pas cette grimace, je ne suis pas en train de te gronder !
Elle fit un effort pour détendre son visage.
-Pardon, j'ai cru que t'étais en colère…
-Quoi ? Non ! Je dis juste que tu ne dois pas t'en faire pour les autres, ok ?
-Mais c'est normal si je m'occupe de toi. T'es de ma famille.
Il écarquilla les yeux de surprise. Si elle avait pour projet de l'attendrir alors c'était réussi ! Sa poitrine toute entière se réchauffait à l'idée qu'il puisse prétendre à une telle position dans son coeur, ensuite son passé le rattrapait. Elle n'a personne d'autre, se disait-il encore malgré lui. Il était son dernier bouclier, voilà tout. Mais de toute son âme il voulait croire qu'il en avait fini avec ça, que Sirius n'était plus et qu'il serait enfin le père qu'elle n'avait jamais eu. Il attrapa les épaules de la jeune fille et la serra fort contre lui.
-On s'occupera l'un de l'autre p'tit moineau.
-Hm ! fit-elle toute enthousiaste. À commencer par les repas !
-J'ai pas l'intention de manger cette bouffe de pirate.
-Oh fais pas ton difficile !
-Accepter leur nourriture revient à collaborer avec le système d'otage. Je refuse.
-Alors je ne mangerai pas non plus !
-Tu es horrible comme enfant ! grogna-t-il avant d'attraper la fourchette et entamer sa purée de pommes de terre. Je crois pas que ce soit comestible…
-Je demanderai l'accès à la cuisine si tu veux.
-Il te le donnerait ?
Elle sourit. Il comprit alors à quel point sa question était stupide : elle avait Trafalgar Law à sa botte ! Sylver ricana. Son petit oisillon avait bien grandi depuis le temps où il venait chialer dans ses genoux et se réfugier sous sa blouse – elle était persuadée que sa tenue de travail avait des vertus réconfortantes. C'était dur de s'imaginer qu'elle ait pu oublier des moments comme ça ! Si dur que chaque jour il haïssait un peu plus le loup faible qu'il était.
La jeune fille se servit dans les quelques crackers déposés et les grignota sans vraiment d'appétit.
-T'as une idée de ce qui se passe dehors ? Je veux dire, après que ça ait foiré.
-Je suppose qu'on est déclarés disparus, Sacha ramenée au quartier général, et pour les autres je n'en sais rien. Peut-être en cavale qui sait.
Elle ramena ses genoux contre sa poitrine comme pour se protéger contre ces horribles nouvelles.
-Onee-san va se faire blesser à cause de moi…
-Ne dis pas de bêtises !
-J'étais responsable de tout ça. Je suis pas une gamine je suis commandante ! Personne ne va nous épargner et s'ils peuvent pas me réprimander alors ils vont la blâmer elle, et Vegapunk va pas se gêner pour lui faire subir des traitements affreux ! En plus il y a Sakazuki…
Elle poussa un triste gémissement.
-C'est injuste ! Comment je suis censée dire ça à Penguin ?
-Quoi ? Qui est Penguin ?
-Son amoureux ! Je peux pas lui dire ça. J'ai trop peur qu'il perde espoir… Tu sais c'est pas la première fois pour lui, il a déjà vécu des trucs comme ça.
-Sois juste honnête. Je pense que ça ira.
-Vraiment ? fit-elle en se pinçant les lèvres. J-Je te crois… J'irais lui parler plus tard.
-N'aie pas peur. De toute façon tu n'y es pour rien là-dedans. Sacha est une fille courageuse, elle s'en sortira. (Le loup se racla la gorge.) Maintenant j'ai quelque chose à te montrer. S'il te plaît ne réfléchis pas, dis-moi juste si ça t'évoque un souvenir.
Il sembla hésiter, les griffes déjà plongées au fond de sa poche et grattant comme un tic nerveux la surface de l'objet. Même si c'était en vain et un combat perdu d'avance contre Sirius et sa malfaisance il voulait avoir essayé. Le mink sortit la boîte à musique de sa poche. Ses pupilles s'illuminèrent rien qu'à tenir sa relique près de Moineau. Il l'ouvrit délicatement comme s'il craignait qu'elle se brise. Cela lui semblait être une éternité qu'il n'avait pas entendu cette mélodie ni vu l'oiseau d'argent voler en cercle sur sa palette. Lorsqu'il l'approcha des mains de la jeune fille, celle-ci recula brusquement. Ses yeux étaient grands ouverts dans une expression proche de la terreur. Elle se secoua la tête. C'était comme si la musique venait directement lui crever les tympans.
-Arrête ça ! Arrête ! hurla-t-elle en se plaquant les mains sur les oreilles. Ça fait mal !
Il ferma la boîte, brisant la mélodie en plein essor.
-Qu'est-ce qu'il t'arrive Krys ?!
La cyborg se recroquevilla entièrement sur elle-même. Son cerveau était un champs de bataille où résonnaient les crescendos et régnaient les images entrecoupées de l'oiseau en argent. Elle envoya tout contre un mur, elle avec. Sylver eut par chance le réflexe de la bloquer. Il lui secoua les épaules.
-Dis-moi ce qui t'arrive !
-Je suis désolée ! Je peux pas me souvenir !
Ses mains se crispèrent sur elle.
-Bien sûr que tu peux ! Je t'en supplie Moineau tu connais cette boîte à musique ! Tu sais comment j'ai été infecté ! Tu sais ce qu'il nous est arrivés ! Il te suffit de le dire…
-Pardon ! sanglota-t-elle. C'est pas ce que t'espérais !
-Je peux encore attendre ma chérie.
-Merci… et encore pardon.
Elle le serra dans ses bras et partit à toute vitesse. Ne plus entendre le vrombissement des machines lui fit un bien fou. Elle gonfla les joues dans une mimique qui lui était propre et rejoignit l'infirmerie à grands pas pour se remettre les idées en place. Elle éprouvait une certaine honte vis-à-vis de sa mémoire incomplète, et avoir son passé juste sous ses yeux mais ne même pas pouvoir ressentir de la nostalgie la rendait encore plus triste. Sylver avait placé beaucoup d'espoir en elle… alors elle s'en voulait de ne pas être à la hauteur.
À peine eut-elle fermé la porte que son regard croisait celui du chirurgien. Il n'avait visiblement pas bougé d'ici et se tenait à côté d'une immense pile de documents. En l'apercevant au seuil de la pièce il se raidit sur sa chaise.
-Dis-moi que tu n'as pas encore touché à ce bandage.
-Pas touché doc, grogna-t-elle. Qu'est-ce que tu fais là ?
-Je te retourne la question. Vu que ma compagnie est déplaisante pour toi, dit-il en prenant un air hautain, je pensais que tu préférerais rester avec ton chien-chien.
-Laisse tomber, j'ai pas envie de te parler…
Elle s'affala sur le canapé et serra un coussin contre son ventre. Law quitta son petit bureau de travail pour aller s'asseoir à côté d'elle. Il semblait n'avoir plus aucune peur. Ses phalanges s'entrecroisèrent au-dessus de ses genoux.
-Si ça peut te redonner le moral j'ai commencé à faire des plans pour ton nouvel œil. Est-ce que tu te souviens de celui de Gabriel ?
-Évidemment que je m'en souviens…
-Et bien tu n'auras pas tout à fait les mêmes possibilités. Je voudrais faire tellement plus sur cet œil Krys, sincèrement. Quelque chose qui t'aiderait à supporter tes crises par exemple, et que tu pourrais utiliser à cent pour cent.
-Génial toubib. Inclus aussi un bouton off à la folie, ce serait sympa.
Il poussa un grognement agacé.
-Tu peux être sérieuse avec moi ? Que tu me détestes d'accord, mais je pense qu'on a fait le point et que tu es assez mature pour comprendre que je culpabilise et que me haïr ne fera pas avancer les choses !
-Bonne analyse.
-Et donc ?
-Je te hais. Voilà qui fait avancer le débat de mon côté. Trouve mieux.
-Krys ! Tu t'imagines une seconde que je ne sais pas ce que tu manigances contre moi ?
-Oh, fit-elle d'un air faussement surpris. Et quel plan diabolique je peux bien avoir derrière la tête ?
-Ne joue pas l'innocente. On sait tous les deux que tu meurs d'envie de retrouver ta petite couronne ! Et pour ça rien de mieux que ma tête sur un plateau d'argent. Avoue-le.
-C'est la théorie du complot, pas moi, se défendit-elle avec un sourire en coin. Que veux-tu que je fasse ? Je n'ai pas d'argent, pas d'armes, pas de bateau. Personne ne viendra me secourir car Sengoku et Akainu se fichent pas mal de moi et ils trouveront bien de quoi rembourser Joker, alors pourquoi m'accuser ? Tu devrais plutôt te réjouir que je sois piégée ici.
-Je te l'ai déjà dit tu n'es pas ma prisonnière !
-C'est pour ça que t'avais attaché Sylver ? Je l'ai libéré crétin, ajouta-t-elle en voyant sa grimace, et si j'étais toi je ne recommencerai pas. C'est mon roi et je t'interdis de le toucher.
-Ton roi ?
Moineau fronça les sourcils. Son roi ? Elle ne savait même pas ce qui lui avait pris de dire ça ni à quoi ça rimait. Sur le moment ça lui avait paru naturel. Elle se contenta d'hausser les épaules pour ne pas perdre la face.
-Bref, retourne à ton travail et moi à ma sieste anticipée.
-Tu te sens obligée de me repousser ?
-J'y crois pas… T'espérais que je te saute dans les bras peut-être ? Voilà ce que je déteste chez toi Law : tu penses me comprendre mais tu comprends que toi, toi, et encore toi ! Regarde cette pile de papiers ! Tu la vois ? Ben prends-la et va t'occuper parce que là tu me soûles !
Il fit la sourde oreille et tendit à la cyborg un petit paquet sorti de sa poche. Elle le jaugea avec méfiance.
-Je suis pas une gamine. Garde ta bouffe pour quelqu'un d'autre !
-C'est des bonbons à l'orange. Tu aimes toujours ça nan ?
-Tu me connais mal. (Elle lui arracha littéralement le paquet des mains.) Allez donne-moi ça ! J'irais les jeter à l'eau !
-Je n'en doute pas une seconde… ricana-t-il.
Le noiraud fit mine de vaquer à ses occupations mais gardait définitivement un œil attentionné sur elle. Il se rassit sur sa chaise tandis qu'elle se mettait à l'aise sur le canapé. Ça le désolait de n'avoir rien d'autre que des sucreries à lui offrir, même s'il savait bien que de toute façon elle cracherait sur ses cadeaux. La jeune fille avait les lèvres pincées. Elle se roula en boule pour cacher le paquet contre son ventre et piocha aussitôt des bonbons. Elle ne put s'empêcher de gémir en sentant ce parfum d'orange fondre sur sa langue.
-Hmm ché trop bon…
Au diable la discrétion elle froissa bien le paquet et plongea sa main dans la mare de billes. Le capitaine leva les yeux de ses travaux en entendant le bruit du plastique. Il eut un sourire en coin.
-Alors tu ne les jettes pas ?
-Hein ? Qu'est-ce tu dis ? J'entends pas ! hurla-t-elle.
Son sourire s'accentua. Il lui jeta un stylo sur la tête.
-Tu mens si mal !
-Hé ! Je suis blessée je te signale !
-Il y en a qui savent viser juste petit chiot, dit-il avant de faire atterrir un crayon sur sa poitrine.
Elle se retourna sur le ventre pour le fixer droit dans les yeux. Sa mimique laissait supposer une provocation en duel. Elle lui balança un coussin à la figure et il lui renvoya son projectile sur les cuisses en s'esclaffant tout haut. Elle ne put s'empêcher d'éclater de rire à son tour, c'était trop communicatif. Intérieurement elle était aussi curieuse vis-à-vis de ce grand sourire joyeux qui cassait en miettes son portrait de psychopathe. Moineau ne se laissa pas pour autant tourmenter et le fit tomber de sa chaise d'un bon coup de coussin. Là son rire redoubla. Le chirurgien était plié en deux sous le bureau et c'était si surprenant qu'elle se demandait s'il n'était pas devenu fou lui aussi. Elle s'accroupit à ses côtés.
-Hé ho ! Arrête de te marrer !
-Ha hahaha ha ha ! Tss… Ha ha ha !
-Pitié t'es assez chiant sans en plus être de bonne humeur !
-Pff… pff… Hahahaha !
-Arrête de rire !
Il continua de pouffer comme un imbécile bienheureux et ses bras se retrouvèrent enlacés autour de la taille de la jeune fille. Il se servit de son lasso pour l'attirer vers lui. Elle eut beau se mettre en colère et gronder contre contre son épaule le voir rire ainsi pour la première fois lui ôtait toute forme de méchanceté. Lorsqu'elle releva la tête ses yeux d'argent la fixaient si intensément que ça paraissait indécent. Il ne riait plus. Sa gêne vis-à-vis de sa blessure semblait avoir disparu puisqu'il n'hésita pas une seconde à plaquer ses lèvres contre les siennes. Le pirate s'accrochait à elle comme à une bouée de sauvetage, et c'était plus fort qu'elle, elle trouvait ça mignon. Moineau lui rendit son baiser. Elle fronça aussitôt les sourcils – ce que la colère l'avait empêchée de sentir tout à l'heure ressortait maintenant, et Law puait l'alcool.
Elle repoussa son étreinte d'un coup de genou dans le ventre et se releva.
-Alors c'est pour ça hein… t'es juste bourré !
Il éclata de rire comme si c'était la meilleure blague du siècle. Le regard de la cyborg s'envenima. Elle se dit que c'était inutile de la frapper, mieux valait attendre qu'il dessoûle et ensuite le blâmer. Cependant ses doigts en tremblaient d'envie. À quoi bon se retenir ? Elle le gifla et son rire cessa enfin. Le chirurgien baissa les yeux comme s'il culpabilisait de s'être foutu d'elle.
-Je vais vomir… gémit-il.
Elle serra les poings. Tout à coup elle était si dégoûtée qu'elle pourrait prétendre vomir elle aussi. Pendant un quart de seconde elle avait espéré les excuses d'un connard frustré qui ne sait que se réfugier dans l'alcool quand son monde n'est pas parfait. Moineau claqua la porte et tant pis pour lui s'il dégueulasse l'infirmerie. Sa colère était telle qu'elle ne parvenait plus à se retirer son baiser de la tête. Il était si doux et pourtant lui brûlait les lèvres. Elle mordilla ces dernières comme si elle souhaitait en effacer les traces. Oui, effacer tout ce qu'il avait bâti en elle. Pourquoi ? Et bien elle trouvait que la scène qu'il venait de lui faire résumait assez bien leur relation. En somme une bonne dose d'anémie et de dépression. Le grand amour est un mythe, songea Moineau, et elle plaignait son pauvre coeur d'y avoir cru. La vérité est que son homme idéal est un manipulateur prêt à tout pour l'enfermer dans son monde lobotomisé.
