Ceci est litérallement le plus long chapitre de la fic. J'aurais pu faire deux chapitres, mais je me suis dit «et puis merde». Je suis assez fier du résultat. Oh, et je vais glisser une ALERTE LEMON qui passe bien. Bonne semaine à vous tous. :P

Chapitre Trente-Huit

Les retombées

Résidence Rogers, Washington DC

14 mars 2017, 19h45

Buck Rogers

Mon dessin animé est soudain interrompu par un rire électronique qui n'a rien de naturel, puis un visage dessiné et rieur d'une femme clown s'affiche sur l'écran. Finalement, l'image affiche un paysage nocturne éclairé par des lampes halogènes. Mes yeux s'écarquillent lorsque je vois cette femme à la peau blême et aux habits colorés porter la cagoule blindée de papa. Elle n'est pas censée porter ce masque. Elle n'en a pas le droit.

-Nous interrompons votre programme pour un flash spécial. Hey, c'est Harley Quinn ! Pour ceux qui ne me replacent pas, je suis celle qui a provoqué tout ce brouhaha à New York. Les Harley Games ont été un vrai succès. Quel dommage pour les New-yorkais que leur champion ait eus si peu de jugement…

Elle éclate de rire et se renverse en partis sur son siège. Je remarque qu'un véritable champ de bataille se dresse derrière elle, tout est en ruines. Ce que je prenais pour de la brume s'avère être en réalité…des nuages ?

-Je ne m'introduis pas dans vos vies ennuyeuses pour me vanter, rassurez-vous. Je viens signaler qu'une bande de hors-la-loi vient d'attenter à ma vie. Vous les connaissez bien, et vous avez été beaucoup trop tolérants avec eux : il s'agit des Avengers.

Harley Quinn se tapote le crâne, désignant le casque qu'elle porte. Mon cœur se serre dans ma poitrine, et un début de peur prend naissance dans mes tripes.

-Rassurez-vous, je n'ai rien. Je ne peux pas en dire autant de mon invité ici présent…

La femme tend la main et se saisit de quelque chose à ses pieds. Elle tire par les cheveux mon père, et je recule précipitamment, me butant contre le canapé. J'entends à l'entrée du salon une assiette se briser au sol, suivi par un cri déchirant de ma mère. Il y a de quoi être horrifié. Les yeux exorbités de papa sont injectés de sang, et ses lèvres sont étirées de manière improbable autour d'un sourire beaucoup trop large pour être normal. Il ne bouge pas, et il a l'air…non, il ne peut pas être mort. C'est impossible…

-Tu n'as rien à dire pour ta défense, Steve ? demande l'horrible meurtrière. Non ? Tant pis.

Il laisse négligemment tomber la dépouille au sol en gloussant. Maman éclate en sanglots amers, et moi-même ne peux retenir des larmes tandis qu'elles roulent sur mes jours. Mais le pire reste à venir. Continuant sur sa lancée, Harley Quinn affirme qu'une tentative de meurtre est un crime très grave, et que par conséquent, cela mérite une punition. C'est pourquoi elle présente son plan dément : pour chaque Avenger ayant attenté à sa vie, elle va gazer une ville qui lui est chère. Cette fois, pas de jeux, ni d'échappatoires possibles ; les centres urbains visés sont condamnés dans tous les cas, comme New York avant eux.

Harley Quinn se fait tendre une table électronique et prend son temps pour afficher une liste sous ses yeux. Son sourire s'élargit, tandis qu'elle commence à déclamer.

-Alors…pour Natasha Romanov, alias Black Widow, nous avons…Saint-Pétersbourg ! La seule ville à l'extérieur des États-Unis tient. Pour Tony Stark, le grand Iron Man, c'est la ville de Malibu en Californie qui subira ma colère. Ensuite, Pour Hank Pym, alias Giant-Man…

Elle continue ainsi pour les autres. Je fais un rapide calcul mental. Avec cette parodie de procès, c'est des millions de personnes qu'elle condamne à mort ! Et ça, c'est sans compter ceux qui vont mourir après, si c'est le même poison qui a été utilisé à New York. Les Chuckles vont faire un massacre…

Lorsqu'arrive enfin le dernier nom sur la liste, la menace se fait plus pressante. Harley Quinn plisse les yeux en fixant la caméra, arborant une expression sournoise.

-Pour Steven Rogers, alias Captain America –alias, le macchabée sur lequel je pose mes bottes-, l'idéal aurait été de m'en prendre à Brooklyn. Malheureusement, j'ai déjà détruit New York. Alors, je vais me rabattre sur la ville où il réside avec sa famille…Washington DC ! Quel dommage que ce soit aussi la capitale du pays…

Des cris d'horreurs résonnent à l'extérieur. En tournant la tête vers la fenêtre, j'aperçois la silhouette de l'aéronef du SHIELD se matérialiser tout contre la pointe du Washington Monument. Elle est déjà ici !

-Nous allons commencer immédiatement, annonce-t-elle avec un plaisir dément. Bonne nuit.

Elle se met à rire, un rire moqueur et cruel que je me mets à haïr de toutes mes forces.

-Bucky, va prendre tes affaires, vite ! On s'en va !

-Qu'est-ce qui se passe, maman ? Qu'est-ce qui arrive à papa ?

-Vas faire tes affaires !

La voix de maman tombe dans les aigus sous l'effet de la panique. À peine m'a-t-elle donné cet ordre qu'elle fonce dans la chambre de Penny. À moitié conscient de ce que je fais, je me lève et me précipite à mon tour vers ma chambre. Je regarde d'un air incertain tout ce qui constituait mon existence jusqu'à présent. Mes jouets, mes jeux vidéo, les premiers livres qu'on mon père m'a offert après avoir découvert que je savais déjà lire…

Ce doit être comme du camping. C'est ça. Il faut fuir la maison, vivre ailleurs. Avec cette certitude, je prends mon sac d'écoles et le rempli avec des vêtements, une bouteille d'eau qui trônait sur mon pupitre et mon ourson en peluche. Buddy m'en voudrait si je l'abandonnais derrière moi.

Je sursaute lorsque j'entends ma petite sœur hurler, ma mère s'agitant à travers la maison. Lorsque je sors de ma chambre, elle transporte Penny dans un bras et un sac de sport dans l'autre. Maman me dévisage avec hésitation, puis me demande de prendre le nourrisson pour l'emmener dans la voiture.

-Je vous rejoins dans une minute. Vite !

-Est-ce que papa est…

-Pitié Bucky, pas maintenant.

Elle disparait dans sa chambre. Un bruit de clés qui s'entrechoque fait battre mon cœur dans ma poitrine. Je sais qu'elle est en train d'ouvrir le coffre contenant le pistolet. Une protection de dernier recourt, disait papa. On n'a pas le droit de sortir l'arme de sa boîte, parce que c'est dangereux.

Je cours vers la voiture et ouvre la portière arrière pour attacher Penny dans son siège. En se faisant, je chantonne d'une voix incertaine sa berceuse, Hush little baby, mais je crois qu'elle perçoit ma peur, et ne se calme pas. Les voisins aussi sont en train de s'agiter, préparant leur propre voiture pour fuir.

Un bruit d'explosion s'élève, suivit par des cris d'horreur. De derrière le Washington Monument, un large écran de fumée verte s'élève, se répandant comme un essaim d'abeilles. Le Capitole a été touché…

Finalement, maman jaillit de l'intérieur de la maison et me pousse littéralement dans la voiture avant de me claquer la portière au nez. Après s'être installée derrière le volant, elle démarre et bondit hors de notre espace de stationnement, roulant sur la pelouse des voisins au passage. Nous remontons la rue à toute vitesse, brûlant les feux rouges, escaladant les trottoirs et déclenchant un tonnerre de klaxons.

-Maman, pas si vite ! je m'écris.

-Pas mes bébés, marmonne-t-elle pour elle-même en pleurant. Pas mes bébés, pas mes bébés…

Tout le monde s'enfuit dans la ville. Beaucoup à pied, d'autres en voitures, ceux-là commençant à provoquer des embouteillages monstrueux. Des gens courent en transportant des paquets et des enfants, d'autres brisent des vitrines de magasin et prend ce qu'ils veulent. Mais tout le monde suit à peu près le même mouvement : le plus loin possible du gaz mortel.

Une autre détonation retentit, et une nouvelle bombe de Delirium s'abat sur Washington DC. Je me retourne sur mon siège, et à travers la vitre arrière, j'aperçois mon quartier se faire engloutir. Mon école, mes voisins, mes amis…ils y étaient encore…

C'était beaucoup trop proche. Comme une vague, le nuage fonce sur nous, engloutissant les piétons. Ces derniers s'écroulent au sol en se tenant la gorge et y restent un instant, agité de spasmes.

-NON ! hurle maman en écrasant l'accélérateur.

De nouveau, la voiture monte sur le trottoir. À ma grande horreur, maman commence à percuter les piétons sur son chemin, klaxonnant agressivement pour inciter ceux qui ont encore le temps de s'écarter. Plusieurs le font, mais une poignée tente de bondir sur notre automobile. Ils s'accrochent aux rétroviseurs, frappent sur le pare-brise. Maman leur hurle de dégager, mais un homme tenter de briser une fenêtre. Déterminée, elle finit par sortir le pistolet de son sac et ouvre le feu sur l'intrus, tirant trois fois. Les balles perforent la vitre et frappe l'inconnu à la poitrine, l'envoyer voler plus loin et s'écraser sur un autre pare-brise. Penny hurle de plus belle, et je m'accroche à elle, ne parvenant plus à refouler mes larmes.

Une autre bombe au gaz frappe la ville, mais à ce moment, nous parvenons finalement à sortir. Juste à temps pour échapper aux dernières fumeroles toxiques, mais maman ne s'arrête pas. Les autoroutes sont déjà congestionnées, mais elle roule sous le bas-côté, mettant nos roues au supplice. Mais avec raison. Derrière nous, les premiers Chuckles s'élancent à la poursuite des fuyards.

Dans le ciel, l'aéronef toujours marqué du sceau du SHIELD remonte lentement dans la couche nuageuse, sa surface scintillant tandis que le camouflage se remet en place. Il me semble entendre encore le rire démoniaque d'Harley Quinn, tandis que les derniers vestiges de mon innocence étaient annihilés au son de milliers de rires douloureux.

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Résidence Stark, Malibu

15 mars 2017, 2h00

Maria Stark

Papa disait que rien ne pouvait me faire du mal dans cette maison. Il m'a longuement expliqué les différents systèmes de défense qu'il a lui-même conçus, d'abord ceux qui étaient là avant qu'il ne devienne Iron Man, puis ceux qu'il a améliorés après ma naissance. Des vitres pare-balles, des fondations en titane, un système de verrouillage des portes, des drones de défense non létaux…une vraie forteresse qui n'a rien à envier à certains bâtiments gouvernementaux.

Mais comment je peux m'y sentir en sécurité, alors que nous sommes réellement en état de siège ?

Les défenses de la maison nous ont protégés de l'attaque au gaz. Mais une fois que la brume toxique du Delirium s'est dissipée, une véritable armée de ces humains mutés et ricaneurs s'est ruée sur nous, submergeant les drones et escaladant les clôtures électrifiées sans ressentir la moindre douleur. À présent, ils frappent contre les barreaux des fenêtres, ou plutôt s'y jettent de toutes leurs forces. Leurs rires forcés me donnent mal à la tête, mais je suis surtout terrifiée.

-Pardonne-moi ma puce, gémit maman en me serrant contre elle. J'aurais dû savoir…c'est de ma faute…

-Papa est vivant, je réponds en m'efforçant de la réconforter. Il va venir nous chercher, j'en suis sûre.

Je n'y crois qu'à moitié. Malgré ce qu'affirme Jarvis en affirmant que les signes vitaux de mon père sont stables, à défaut d'être saints, je ne suis pas sûre qu'il est en état de venir sauver qui que ce soit. Qui plus est, arriverait-il à repousser une telle horde par lui seul ? Oncle Steve est mort, Harley Quinn l'a montré à la télévision…combien d'autres Avengers ont succombé ? Non, mieux vaut assumer qu'Iron Man est l'unique survivant…même s'il ne reviendra pas.

C'est à cause de cet espoir vain que nous n'avons pas bougé d'ici, alors que nous savions que la reine du chaos arrivait pour détruire Malibu. Nous comptions sur nos protections pour passer le gros de la tempête en attendant papa. S'il est vivant, où d'autre irait-il que chez lui, auprès des siens ? C'est ici que se trouve son atelier principal, donc en cas de panne de l'armure…

Un fracas au-dessus de nos têtes nous apprend que des Chuckles sont parvenus à grimper sur le toit et qu'ils s'acharnent à passer par les fenêtres du second niveau. Maman me regarde, les yeux rougis par le chagrin, puis son expression s'assombrit.

-Maria, viens avec moi, vite !

Avant que je ne puisse demander ce qu'elle a en tête, elle m'entraîne au sous-sol. Jarvis nous ouvre la porte sans discuter et nous enjambons le fouillis perpétuel qui sert d'espace de travail à mon père.

-Où se trouve l'armure de rechange de ton père ?

-Quoi ?

-Tony a toujours plus qu'une armure ! S'il te plait Maria, nous n'avons pas le temps !

-Papa porte son armure de rechange…

-Pardon ?!

-Un problème avec les propulseurs. Ils réagissent mal à l'installation du bouclier…

Un silence stupéfait suit mon explication. Je comprends maintenant son plan. Il est vrai qu'avec une armure d'Iron Man, nous aurions pu fuir par la voie des airs. Malheureusement, nous avons une armure qui ne peut pas voler, une autre qui est en maintenance et une dernière qui…

-Le Mark I !

-Qu'est-ce que tu veux dire ?

Je me précipite vers un coin un peu à l'écart de l'atelier, où s'alignent les tubes d'entreposages des armures. Trônant en évidence, un exosquelette trapu et grossier, construit dans du métal bon marché fortement érodé, rappelle étrangement un golem de fer dans un jeu vidéo de fantasy. L'armure Mark I est le tout premier modèle d'Iron Man, construit à la hâte afin de lui permettre de s'échapper de terroristes voulant abuser de ses compétences en ingénierie militaire. Papa prétend ne pas être un très grand sentimentaliste, mais cela ne l'a pas empêché d'exposer ce fœtus d'armure comme un trophée…

-Tu ne vas pas me dire que nous pourrons nous échapper dans cette épave ? Peut-elle seulement voler ?

-En théorie, oui. Elle n'est pas très performante et se contrôle comme une brique, mais…

Je sursaute en sentant une décharge électrique me parcourir la colonne vertébrale, court-circuitant mon système nerveux. Incapable de ne serait-ce que pousser un cri, je m'effondre dans les bras de ma mère, toujours consciente, mais à sa merci.

-Pardonne-moi mon trésor…

Elle me prend dans ses bras et force mon corps inerte à entrer dans le Mark I. Je l'entends ordonner à Jarvis de prendre le contrôle de l'armure et de l'envoyer rejoindre mon père, dont la position n'est identifiable que par celle de sa propre tenue cybernétique. Soudain, elle se retourne en entendant un fracas au rez-de-chaussée, suivi par les rires des Chuckles. Ils sont entrés. Ma mère se précipite vers l'armure en réparation et entreprend de l'enfiler, aidée par les bras mécaniques contrôlés par Jarvis.

-Non maman ! je m'exclame en retrouvant l'usage de la parole. Elle ne fonctionne pas bien…

-Jarvis, verrouille le Mark I. Maria ne doit pas sortir sauf par ordre explicite de son père.

-À vos ordres, madame Potts.

-Jarvis, ne me fais pas ça !

L'intelligence artificielle ignore mon ordre, et lorsque le casque d'Iron Man s'enfile sur la tête de ma mère, moins la visière, elle me sourit tristement.

-Il n'existe que deux personnes au monde qui ont autorité sur Jarvis lorsqu'il s'agit des armures. Ton père…et moi.

Un premier Chuckle déboule les escaliers, suivit par un autre. Abaissant son masque, maman pointe ses paumes dans leur direction et les foudroie tous les deux, les envoyant percuter le mur avec un cercle brûlé sur leur poitrine.

-Maintenant, Jarvis !

-Procédure de mise à feu. Deux minutes avant le lancement.

-Quoi ? Stupide tas de ferraille antique…bon, je vais les retenir. Accroche-toi ma puce !

D'autres monstres jaillissent du niveau supérieur, s'engouffrant en masse dans l'atelier en renversant tous les obstacles dans leur chemin. Maman commence par les arroser de rayons ardents, jusqu'à ce que l'armement principal de l'armure tombe définitivement en panne. Après avoir contemplé sa paume un instant, elle ferme le poing et frappe un Chuckle en plein visage, la force amplifiée fracassant la mâchoire. Elle lutte ainsi au corps-à-corps, jusqu'à ce que les monstres lui immobilisent les bras et s'accrochent à ses épaules. À ce moment, le Mark I commence à s'agiter comme une fusée avant le décollage. Prisonnière, je ne peux que contempler les ricaneurs alors qu'ils arrachent à mains nues les plaques protectrices, se déchirant la peau des doigts au passage.

Au moment de décoller, la radio crépite dans mon oreillette.

-Je t'aime, ma puce. Dis à ton père que je suis désolée…

Le Mark I contrôlé par Jarvis s'élance à travers le plafond, jaillissant comme un bouchon de champagne dans le salon en surprenant d'autres Chuckles. Je traverse finalement le plafond en hurlant, et je commence à m'élever dans le ciel.

Il y a une raison pour laquelle le Mark I est un modèle tout sauf fonctionnel. Loin de posséder la maniabilité des armures suivantes, le système de propulsion est unidirectionnel et ne permet en aucun cas de diriger adéquatement. Sans l'intelligence artificielle contrôlant par satellite l'armure, je me serais contenté de m'élever dans les airs avant de retomber un peu plus loin.

Le froid s'infiltre dans l'exosquelette mal isolé, m'arrachant des larmes qui brûlent mes joues. Malgré les efforts de Jarvis, le manque d'air finit par me gagner, et je perds connaissance.

Je reviens à moi alors que quelqu'un s'efforce d'ouvrir le Mark I pour m'atteindre. Peu de temps après, le casque m'est arraché et le plastron s'ouvre. C'est ma marraine Natasha qui se tient devant moi, les manches retroussées et les yeux cernés. Je suis soulagée de la voir, sachant qu'elle aurait pu mourir avec les autres Avengers. Cependant, elle qui a toujours semblé être une femme forte et inébranlable, je suis stupéfaite de la voir aussi démoralisée.

-De qui…il s'agit ?

Mon cœur bat plus fort en reconnaissant la voix de mon père. Natasha s'écarte de mon chemin, et mes yeux se remplissent de larmes. Papa est étendu dans un lit, couvert de plaies et de contusions, le bras droit dans un plâtre de fortune. Il se force à s'asseoir, grimaçant de douleur, et son regard croise le mien. Aucune parole n'est nécessaire pour qu'il comprenne ce qui s'est passé. Hurlant comme une bête blessée, il s'agite furieusement, renversant une lampe sur la table près de lui et manquant de peu la tête de tante Natasha. Les couvertures s'écartent, révélant le moignon enveloppé de bandages qui remplace maintenant sa jambe…

Je bondis hors de l'armure, mes jambes molles manquant de se dérober sous mon poids. Puis je me dirige vers lui, et il se calme, se contentant de pleurer dans mes bras.

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Paris, France

15 mars 2017, 21h50

Harley Quinn

Je glousse de nouveau et fais tinter ma coupe de vin contre celle de Loki. Les célébrations vont bon train après cette glorieuse victoire aux États-Unis. Après avoir scellé le sort de Saint-Pétersbourg, je suis allée me réfugier dans mon repaire parisien en attendant que le gouvernement américain ou –j'en ris à gorge déployée- l'ONU décide que les Chuckles sont un problème plus important que moi-même. Avec les millions de ricaneurs ravageant les rues, l'Amérique va prochainement courir le risque de s'autodétruire. J'ai pulvérisé l'équilibre des forces ! Le Statu Quo est mort ! Tout le monde va réaliser maintenant combien leurs vies sont fragiles.

Tandis que je termine ma boisson, je constate que mon allié asgardien m'observe avec un sourire étrange. L'esprit embrumé par l'alcool, je glousse de nouveau comme une idiote avant de poser ma coupe sur la table.

-Et maintenant, ma chère ? demande-t-il en jouant avec la mèche violette de mes cheveux. Quelle sera la suite des opérations, maintenant que les Avengers sont morts et que six cités de Midgar sont en ruines ?

En tirant sur la mèche de cheveux, son doigt effleure ma joue. Je frissonne, mon cœur battant un peu plus fort. J'ai du mal à garder les idées claires. J'ai peut-être trop bu ?

-Je ne sais pas, j'admets avec un haussement d'épaules. J'imagine que je vais aller au gré de mes envies…

-Tes envies, ma chère ?

Loki se rapproche subtilement sur le canapé, assez pour que je puisse sentir la chaleur de son corps contre le mien. Je tremble légèrement, d'abord hésitante, puis me laisse à mon tour me rapprocher un peu. Pas trop. Juste pour sentir sa présence. Je suis…si seule…

L'Asgardien laisse mes cheveux et ose caresser ma joue, son pouce touchant mes lèvres. Il sourit d'un air enjôleur, je me sens bien.

-Des envies…murmure-t-il. Une femme fascinante…

Il se rapproche et vient m'embrasser sur les lèvres. Je ferme les yeux et réponds au baiser, d'abord doucement et timidement. Loki m'enlace, prolongeant l'embrassade, et je me presse davantage contre lui. Un désir sans pareil me submerge, né d'une solitude qui n'a que trop longtemps duré. Je bondis sur ses genoux et l'embrasse furieusement, m'accrochant à lui de toutes mes forces.

Lorsqu'il s'arrache à mes lèvres pour embrasser ma nuque, je soupire de plaisir. La bretelle de ma robe légère glisse sur mon épaule, libérant dangereusement mes seins qui menacent de s'échapper. Je ne porte pas de soutien-gorge. En riant, je finis par me forcer à me remettre debout et l'entraine vers la chambre à coucher.

Je me laisse tomber par-derrière sur le lit et l'entraine par-dessus moi, l'embrassant voracement pendant que je lui enlève son élégant manteau vert et or. Il se laisse faire, mais quand sa chemise révèle un torse athlétique, je grogne d'appréciation. Sa bouche libérée en profite pour venir téter mon cou et mon épaule à nue. Loki s'empare de mes bretelles de robe et tire brutalement vers le bas, libérant mes seins aux pointes déjà durcies. Je tortille mes hanches en riant tandis que le vêtement passe par-dessus mes jambes, m'arrachant mes escarpins au passage. Avant de s'intéresser à ma culotte rouge et violette, l'Asgardien glisse ses mains sur ma poitrine, jouant avec les mamelons et pressant les globes de chair avant de se pencher pour les embrasser. Je soupire de plaisir en frissonnant, puis cri en sentant mon amant mordiller un téton. Il est impitoyable, ça m'excite de plus en plus.

Finalement, après avoir couvert mon ventre de baisers affamés, Loki me retire ma culotte, constatant immédiatement que le sous-vêtement est détrempé. Sans dire un mot, il enroule ses bras autour de mes cuisses et plonge son visage contre mon intimité. Lorsque sa langue se met à glisser contre mes lèvres intimes, un frisson de plaisir sans précédent me parcoure, unique. Je connais ce genre de caresse, mais c'est la première fois que quelqu'un me fait l'honneur de…de…

Avec une habileté impressionnante, le demi-dieu me fait languir, et je gémis plus fort que jamais, enroulant mes jambes autour de son crâne et me saisissant de ses cheveux dans mes poings. Tremblante, je pousse un son strident en atteignant l'orgasme, mais je le maintiens un moment sous mon emprise. Lorsque je le relâche, haletante, il me sourit et m'embrasse, me donnant l'opportunité de goûter ma propre cyprine.

C'est mon tour, je songe avec un sourire taquin. Je détache la ceinture de Loki et achève de le dévêtir, exposant un pal nerveux et bien érigé en mon honneur. Je me lèche les babines en le prenant timidement dans ma main et entreprends un léger mouvement coulissant. Il soupire de bien-être et échange un regard avec moi, avant de me prendre doucement, mais fermement la tête pour me faire prendre son sexe en bouche. Je n'ai pas l'habitude de faire ça, mes connaissances en fellations sont donc théoriques. Je m'efforce néanmoins de lui rendre ce qu'il m'a donné, léchant le gland rougi et tétant le pal. Ses gémissements m'encouragent, mais le temps passe, et Loki ne vient toujours pas. Après un temps indéterminé, j'extirpe le sexe de ma bouche avec un bruit humide et escalade mon amant.

La bouche ouverte sur un halètement empli de désir, je guide Loki vers mon lys humide et m'empale sur lui, millimètre par millimètre. Je me mords la lèvre inférieure en faisant durer le plaisir, étouffant mon gémissement aigu. Enfin, il est complètement en moi. Je retombe sur lui, et nous échangeons un baiser sulfureux, avant que j'entreprenne les mouvements du bassin. Quel délice ! je songe avec bonheur. Cela faisait si longtemps…la masturbation ne peut pas satisfaire autant.

Les mains de Loki sur mes fesses accélèrent mes mouvements, laissant au passage des marques d'ongles sur la chair tendre. Soudain, il me saisit et me renverse, se retrouvant au-dessus de moi. Je glousse d'amusement et l'embrasse, puis il prend la relève avec une vigueur inégalée jusque-là. Mes gémissements sont devenus des cris que j'étouffe parfois en mordant dans son épaule musclée, mes propres ongles griffant cruellement la peau de son dos. Le feu liquide s'élève une nouvelle fois dans mes entrailles, et le second orgasme qui m'emporte est encore mieux que le premier. Mais Loki n'en a pas tout à fait fini. Alors que je suis encore fiévreuse des vagues de mon climax, le demi-dieu accélère de plus belle ses va et viens, gémissant d'une voix rauque…enfin, il jouit à son tour, sa semence se répandant dans mes entrailles en jets bouillants.

Nous restons emboîtés un moment, savourant nos reflux respectifs, puis Loki vient s'étendre à mes côtés. Mais la passion éveillée par mon désir inassouvi toutes ces années n'est pas pleinement étanchée. À peine remise que j'attire l'Asgardien dans une nouvelle étreinte, jusqu'à ce que je m'endorme, épuisée, mais repues.

En ouvrant les yeux, je constate que l'aube commence toujours à poindre. Nue dans le lit, Loki étendu à mes côtés, je commence à réaliser ce que je viens de faire. Mon cœur se tord dans ma poitrine, et des symptômes semblables à une crise de panique m'envahissent. Qu'est-ce que j'ai fait ? je me répète avec horreur. Tout ce temps, j'ai réussi à lui être fidèle…je l'ai trahi. Je ne mérite pas cette récente victoire amère…

Lorsque je m'assois sur le lit, mon sanglot étranglé réveille Loki. Le demi-dieu me dévisage et me demande ce qui se passe. Avec un hurlement de rage, je l'expulse du lit d'un coup de pied. Pris par surprise, il ne parvient pas à se défendre et fracasse une chaise en tombant.

-Fiche le camp ! je m'écris, hystérique. Je ne veux plus te revoir !

-Quoi ? Harley, je ne comprends pas…

-Justement ! Je l'ai trahie, tu ne comprends pas ? TRAHIE ! C'est de ta faute !

Je m'empare d'un revolver ranger dans la table de chevet et ouvre le feu sur l'Asgardien qui encaisse douloureusement les balles sans pour autant sembler gravement blessé. Néanmoins, il comprend le message et invoque l'un de ses portails pour ficher le camp, me laissant seule avec mon désarroi.

Enragée, je vide mon chargeur autour de moi, pulvérisant les fenêtres, les vases décoratifs et déchirant le matelas. Une fois mon arme vide, je la jette au loin et entreprend en hurlant de déchirer les habits que Loki a abandonnés derrière lui, avant de les jeter dans une corbeille pour y foutre le feu. Je me précipite ensuite dans la douche, mais le jet d'eau ne peut pas effacer cette tache indélébile qui me marque à jamais. Je tombe à genoux, pleurant à chaudes larmes.

-Tu es contente, j'espère ? Ton petit jeu a bien marché.

Moi ? Je n'ai rien fait, Harley. Tu ne peux t'en prendre qu'à toi-même.

-J'ai commis un crime abominable !

Tu as répondu à un besoin humain, pauvre gourde.

Mon regard tombe sur mon reflet dans le miroir. Utilisant ma force surhumaine pour arracher un porte-serviette du mur, j'utilise cette arme improvisée pour détruire le reflet accusateur de l'autre. C'est sûrement de sa faute. Elle m'a poussé à le faire…n'est-ce pas ?

Pardonne-moi, monsieur J. Je ne…je ne voulais pas…je suis si seule…

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Palais royal d'Asgard

22 avril 2028, 20h00 (calendrier de Midgar)

Lorsque Thor, le dieu du tonnerre, s'avance dans les couloirs d'Asgard avec une expression féroce dans les yeux et son puissant marteau Mjolnir à la main, tout le monde préfère s'écarter de son chemin, par prudence. Le suivant à une distance respectable, Sif et Balder échangent des regards inquiets, mais pas dénués de colère.

Il tarde pour Thor de comprendre enfin le fond de cette histoire qui n'a que trop duré. Trop longtemps, il a été victime de sa compassion pour Loki, son jeune frère sournois et manipulateur.

Lorsqu'il arrive devant l'entrée gardée des appartements servant de prison au dieu de la fourberie, les gardes s'interposent. Simples hommes d'Asgard, ces braves guerriers savent qu'ils n'ont aucune chance contre Thor. Néanmoins, ils ont pour rôle d'empêcher quiconque d'entrer, comptant sur les sortilèges et les technologies de la prison pour empêcher qui que ce soit de sortir…

-Laissez-moi passer, ordonne Thor. J'ai deux trois petites choses à discuter avec mon frère…

-Pardonnez-moi, mon seigneur. Mais il nous faut l'autorisation du seigneur Odin en personne pour…

-Je suis l'héritier d'Odin ! Et je vous ordonne de vous écarter de mon chemin, avant que je le fasse moi-même.

Les gardes tressaillent sous la menace, et s'écartent latéralement. L'un d'entre eux extirpe une clé des plis de sa cape et l'utilise pour déverrouiller le complexe verrou composé de haute technologie asgardienne mêlée de sortilèges protecteurs. Une vibration dans l'air confirme que le sceau a été retiré, et la porte coulisse silencieusement. Sans prendre la peine de remercier les guerriers de son père, Thor pénètre dans la pièce, sa cape claquant dans son dos.

Loki lève les yeux à son approche et esquisse un désagréable sourire mielleux. Il se lève du fauteuil sur lequel il se reposait et s'avance vers son frère, comme s'il voulait l'enlacer pour lui souhaiter la bienvenue. Sans échanger la moindre formule de politesse, Thor s'avance vers lui et lui décoche un crochet du gauche qui le propulse sur le dos, la lèvre éclatée. Le dieu renégat éclate d'un rire douloureux et constate avec amusement le sang qui lui coule sur le menton.

-C'est toujours un plaisir de te voir, mon frère. À ce que je vois, tu as fait d'immenses progrès en étiquette. Je ne crois pas, cependant, que c'est cela que l'expression «frapper avant de se présenter» signifie.

Ignorant les moqueries de Loki, Thor le saisis par la nuque et le soulève dans les airs, les traits tordus par la rage.

-Qu'as-tu fait, Loki ? Qu'as-tu encore fait ?

-Moi ? Je n'ai pas bougé d'ici. Demande à ces braves gens…

Il indique ses gardes de la main en prenant un air innocent, mais cela ne prend pas. Après avoir attaché Mjolnir à sa ceinture, Thor écarte les pans du manteau de son frère, révélant un magnifique collier d'ambre dont la seule vision est troublante. Sans perdre de temps, il l'arrache au cou du renégat, dont le sourire a fondu pour être remplacé par une expression pincée. À ce moment, les compagnons de Thor pénètrent dans la pièce. Balder aperçoit le collier et pousse une exclamation stupéfaite.

-Brisingamen ? dit-il. Comment est-ce possible ? Le collier de Freyja a été perdu pendant des siècles…

-Il semble que mon «cher frère» Loki l'ait retrouvé, et qu'il en a bien profité. N'est-ce pas ?

-Tu n'as aucune preuve contre moi.

-L'un de tes larbins sur Vanaheim t'a trahi, Loki. Il m'a tout raconté, et j'ai deviné le reste.

-Oh, toute cette réflexion…tu ne t'es pas fait mal au cerveau, j'espère ?

N'étant pas d'humeur à encaisser l'impertinence de Loki, Thor le projette à travers la pièce, renversant une table finement décorée de laque dorée. Le collier de Brisingamen, vu pour la dernière fois autour du cou délicat de la déesse Freyja lors de la dernière contre les Jotunn, avait disparu lors de l'ultime bataille de Midgar. Ce puissant artefact est réputé avoir des pouvoirs de séduction redoutables et le potentiel de développer les pouvoirs d'illusions de n'importe quel sorcier. Entre les mains de Loki, le plus puissant ensorceleur d'Asgard, Brisingamen possédait une puissance inégalée.

Cela fait presque une décennie que Thor doit traverser Yggdrasil afin de régler le chaos et la folie qui semble se propager comme une épidémie. Dès lors qu'une crise est réglée, une autre se déclenche, voire deux, parfois même dans un lieu préalablement sécurisé. C'est finalement la capture d'un Vane de rang inférieur que la vérité a finalement éclatée : «C'est Loki ! Ça a toujours été Loki !»

Bien sûr, Thor a toujours eu des soupçons. Mais Loki est emprisonné dans sa cellule, et les gardes continuaient de confirmer sa présence. Ce devait être grâce au collier que Loki parvenait à berner ses gardiens avec tant de facilité.

En se dirigeant vers son frère pour en découdre, Thor met le pied sur un objet tombé de la table. Curieux, il constate qu'il s'agit d'une photographie prise avec un sortilège de mémoire. L'image représente une femme humaine à la peau très blanche, aux cheveux blonds si on excepte une mèche rouge et une mèche violette. Nue et endormie dans un lit aux draps blancs, la femme est présentée de manière très séduisante et fascinante, ce qui est éloquent en soi ; le sortilège de mémoire ne permet pas de faire des images fidèles à la réalité, mais à celle de la mémoire –comme le dit son nom-.

-Qui est-ce, Loki ?

Le cadre s'envole des mains de Thor et file vers le dieu renégat qui l'attrape et le fait disparaitre dans une poche de son manteau. Une expression féroce a remplacé son sourire douloureux, et en tendant la main, il invoque son sceptre et son armure dorée, complète avec le casque qui recouvre une partie de ses traits. Thor sourit à son tour et brandit Mjolnir avant de charger en hurlant. Juste avant de frapper, le puissant marteau de légende émet des éclairs, et un grondement de tonnerre s'élève lorsque les deux armes s'entrechoquent. Loki se dégage en tournant sur lui-même et libère un trait d'énergie de son arme que Thor détourne en le frappant de son marteau. Dans sa main, il lui semble que Mjolnir gronde de satisfaction, gagné par la fièvre du combat.

Le dieu renégat tire plusieurs autres rayons en reculant, mais Thor les détournent tous sans cesser de s'avancer. Il porte un coup qui atteint Loki à la tempe, mais l'image de son frère vacille, arborant un sourire narquois. L'instant d'après, l'illusion disparait et Thor ressent une douleur cuisante dans le dos.

-Après tout ce temps, et tu te fais encore avoir par ce tour ? Mon pauvre frère, tu me fais pitié.

Malheureusement pour lui, Loki avait oublié que Thor n'était pas venu seul. Poussant un cri de guerre, Sif jaillit de nulle part et percute l'Asgardien de Jotunheim de son bouclier et le repousse, permettant au dieu du tonnerre d'arracher la petite dague enfoncée dans ses chairs. Balder se joint à son tour au combat, et à deux, les Asgardiens font reculer Loki. Ce dernier pousse un cri de rage et s'élève dans les airs. En lévitation, il invoque les énergies magiques à son commandement, faisant crépiter l'air autour de lui. Les protections de sa cellule auraient dû l'empêcher de faire ça, songe Thor. Depuis combien de temps Loki ronge-t-il patiemment les sorts protecteurs ?

Prenant son élan, Thor projette Mjolnir en direction de Loki. Le marteau s'entoure d'électricité avant de frapper le dieu de la fourberie en pleine poitrine. La puissance orageuse explose à l'impact, envoyant l'Asgardien voler dans les airs avant de s'écraser au sol, dessinant une toile d'araignée de fissures sur les dalles. Thor bondit et plaque son frère contre le sol, le désarmant d'un geste.

-Tu es vaincu, Loki. Tu as perdu.

À sa grande surprise, Loki éclate de rire.

-Non, mon frère. C'est toi qui as perdu.

-Explique-toi.

-Dis-moi. Ne trouves-tu pas étrange que, parmi les Sept Royaumes, Midgar soit le seul qui n'est pas traversé de crise particulière…en apparence ?

-C…comment ?

-Ne suis-je pas le maître des illusions ?

-Heimdall aurait su !

-N'insulte pas mon intelligence, Thor. Heimdall a été le premier que j'ai mis sous envoutement.

Les possibilités qu'évoquent Loki glacent le sang de Thor. Il est vrai, il s'est pris d'une affection particulière pour Midgar, ses habitants et ses particularités. Dans leur longue rivalité, Loki s'est souvent servi de cette affection pour tenter de l'atteindre par le biais de la trop peu protégée Midgar. Aurait-il une fois de plus ourdi quelque complot meurtrier contre ses amis de la Terre ?

Il fouille dans la poche de son frère et s'empare de nouveau du cadre mémoriel. Après avoir contemplé un instant la femme endormie, un sourire en coin se dessine sur les lèvres de Thor.

-Ainsi, mon frère, tu t'es toi aussi laissé séduire par une femme ? Et de Midgar, en plus !

-Ne parle pas de ce que tu ne comprends pas. Elle est…différente.

Loki détourne le regard avec embarras, mais ses yeux crachent du venin. Thor en serait presque tenté de ressentir de la compassion pour lui. L'attitude de Loki est toutefois particulière. Il faut un moment pour que Thor comprenne enfin que la situation n'est pas aussi simple.

-Elle a rejeté tes avances, n'est-ce pas ?

-Elle ne veut pas de moi ! s'écrit Loki comme un possédé. Moi, Loki d'Asgard, un dieu ! Elle aurait dû s'agenouiller devant moi, honorée d'avoir…capté…mon attention…

-Je suis désolé, mon frère. Je sais ce que tu ressens, mais…

-Ne compare pas ta catin avec elle !

Le poing de Thor se serre en entendant Loki insulter Jane Fostin. Une femme unique qu'il a rencontrée sur Terre, il y a plusieurs années. Malheureusement, le devoir et la distance les ont séparés…

Soudain, Loki recommence à ricaner.

-De toute façon, elle est probablement morte. Ta catin, je veux dire.

Thor secoue son frère violemment, furieux.

Parles, serpent. Qu'as-tu fait ?

-Pourquoi n'irais-tu pas demander toi-même au gardien qui voit tout ?

Il n'y a qu'une façon d'en être sûr. Traînant le sournois par la peau du cou, Thor se dirige vers l'extrême limite d'Asgard, là où se dresse la structure imposante du Bifrost. Ce module est le plus puissant transporteur du monde connu, et permet aux Asgardiens de se rendre à volonté dans n'importe quel royaume. Ici se tient Heimdall, le puissant gardien d'Asgard, celui qui voit tout et ne dort jamais.

Le colosse en armure semble les attendre. Pour une fois, il n'est pas en train de contempler l'espace infini devant ses yeux, à voir ce que lui seul peut voir. Le regard hostile qu'il lance à Loki confirme qu'il a déjà compris ce qui se passe.

-As-tu quelque chose à me dire, ô Heimdall ?

-Pardonne-moi, Thor. J'ai failli à ma tâche. Je vais devoir en répondre au seigneur Odin.

-Laisse mon père en dehors de ça, tu n'es pas le seul a t'être fait berner par ce serpent.

-Ta promptitude au pardon est honorable, mais je ne sais pas si tu y consentiras encore après ce que j'ai à te dire…

-Qu'y a-t-il ? demande Thor en sentant sa gorge se serrer.

-Après avoir repris contrôle de mon esprit, j'ai tourné mon regard vers Midgar. Tu devrais…jeter un coup d'œil.

Heimdall tend la main et fait apparaitre un écran holographique devant le ciel étoilé. Des images se mettent à circuler, représentant des villes en ruines, envahies par des monstres inconnus, des humains occupés à s'entretuer, des innocents croulant sous le joug de soldats au cœur de glace…Thor reconnait des paysages de Midgar. L'ordre mondial a été chamboulé sur ses fondations.

-Avant que tu ne poses la question, mon frère, sache que je n'ai rien à voir là-dedans. Tout ce que j'ai fait, c'est de tous vous aveugler. C'est elle qui est l'artiste dans ce spectacle de destruction et de chaos. Retiens bien ce nom, Thor : Harley Quinn. La reine du chaos a détruit Midgar. Tu as échoué par ton absence.

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Ruines de Jay Pic

22 avril 2028, 20h35

Thor est partis pour Midgar immédiatement après. Le Bifrost a été visé vers ce qui semblait être une anormale source de pouvoir, quelque part au nord des États-Unis. Pourtant, rien dans cette montagne déserte ne semble correspondre à une telle…

Instinctivement, l'Asgardien baisse les yeux à ses pieds. Il y a quelque chose…là-dessous. Enterré sous une épaisse couche de neige et de glace, prisonnier depuis longtemps…Thor peut sentir une grande souffrance, de même que de la colère et de la haine.

Il lève son marteau vers le ciel, invoquant la puissance des éléments pour donner naissance à une tornade miniature qui, docile comme un chien, vient s'abattre au sol avec une précision chirurgicale. Pendant une heure, les éléments furieux forent le sol, soulevant un tourbillon glacial qui agite les cheveux du demi-dieu. Finalement, décelant l'entité, Thor ordonne à la tempête de se dissiper et s'agenouille pour creuser la neige. Il met à jour une main blafarde aux veines saillantes et à la peau desséchée, presque momifiée. À sa grande surprise, les doigts bougent subrepticement.

Sans réfléchir plus loin, Thor s'empare de la main et tire afin de dégager la personne prisonnière des glaces. La force de l'Asgardien fait céder immédiatement le sarcophage du malheureux humain, mais en découvrant le corps qu'il étend au sol, Thor a un mouvement de recul.

D'un âge incertain, l'humain est de taille plutôt réduite, à mi-chemin entre la stature d'adulte et celle d'enfant. D'une maigreur inquiétante, le corps du gamin est étrangement tordu, les membres rachitiques recroquevillés sur eux-mêmes sous des lambeaux de vêtements bleus. Le crâne chauve de l'être rappelle encore plus celui d'une momie, avec des traits déformés par le froid et la malnutrition. Le teint oscille entre le blafard et le bleuté.

Soudain, la personne ouvre les yeux, révélant un éclat surnaturel derrière les iris. Il prend une longue inspiration et tente de parler, mais seul un gargouillement rauque s'échappe de ses lèvres craquelées. Thor se penche pour le calmer, mais il est soudainement projeté en arrière par une force invisible.

S'emparant de Mjolnir, l'Asgardien se redresse et fait face à l'être inhumain qui se redresse maladroitement, ses articulations craquant de manière répugnante. Finalement, il abandonne l'idée de se servir de ses jambes et se met à léviter, s'entourant au passage d'un halo lumineux.

-Je…j'ai…besoin…d'aide…

La voix résonne dans la tête de Thor par télépathie. L'humain a des intonations jeunes, ce qui ne fait que rendre plus horrible la souffrance sous-jacente.

-Qui es-tu ? demande Thor, incertain.

-Mon nom ? Je suis…je suis…Richards…Franklin…Richards. Harley Quinn…je dois…la retrouver. Pour la tuer.

-Harley Quinn ? Je suis moi-même à sa recherche, mon garçon…dis-moi, depuis combien de temps es-tu là-dessous ?

-Longtemps…oublié…quelle année ?

-Je viens d'Asgard. Je crains de ne m'être jamais familiarisé avec le calendrier de Midgar. Une minute…Richards…serais-tu le fils de Reed Richards ?

Thor a eu une fois l'occasion de rencontrer le chef des Quatre Fantastiques, lorsque ce dernier a reçu la permission de visiter Asgard –l'un des rares humains à avoir obtenu cet honneur-. Un homme respectable, très intelligent, mais également très facile à perdre tant il s'exprime trop dans un jargon scientifique. Ou s'exprimait.

La mention de son père semble animer un peu plus le jeune décharné. Levant sa main devant ses yeux, il contemple son corps ravagé, avant d'esquisser un poing. Puis, il porte la main à sa poitrine, où trônait un 4 décousu. La main s'illumine, aveuglant à moitié Thor. Puis, en retirant sa main, Thor constate que le chiffre 1 remplace désormais le badge.

Ce gamin possède d'immenses pouvoirs, et ceci ne semble n'être qu'un mince exemple.

Toutefois épuisé par sa récente sortie de sa prison glaciale, Franklin Richards chancèle et s'écroule dans la neige. Thor prend dans ses bras le corps beaucoup trop léger pour être en santé et s'envole, prenant la direction du seul endroit où il est sûr de trouver de l'aide.