CHAPITRE TRENTE SIX : LA FLEUR DES ROIS
-Vas y Harry, répète-nous ce plan encore une fois.
-Mais par la barbe de Merlin Hermione ! s'écria Ron, ça fait déjà trois fois qu'il nous l'explique.
-Je veux être sûre que c'est bien clair pour nous trois, dit-elle en lui lançant un regard noir. On ne peut pas se permettre de partir pour Poudlard comme cela sans que tout soit parfaitement calculé. Je te signale que l'Ordre était en train de se faire attaquer quand on a quitté le QG la dernière fois et qu'on ne sait pas ce qui leur est arrivé depuis. Sans parler du fait que Tu-sais-Qui en a après Harry maintenant.
Voyant que Ron n'ajoutait rien, elle se tourna vers Harry en croisant les bras.
-Alors ?
-Très bien voilà le plan : tu nous fais transplaner jusqu'à l'entrée de Pré-au-Lard. On se faufile jusqu'à l'ancienne boutique Honeydukes qui est toujours abandonnée pour utiliser le passage secret qui mène à Poudlard, en espérant qu'il n'ait pas été condamné. Une fois là-bas, on reste le plus discret possible pour ne pas se faire repérer par Rusard et on se rend au 2e étage, dans les toilettes des filles où se trouve l'entrée de la Chambre. J'ouvre le passage, on se faufile dans les souterrains, puis dans la Chambre des Secrets et on récupère la Fleur des Rois, à l'emplacement où je l'ai vu dans mon souvenir.
- Et qu'est ce qu'on fait pour le Basilic ? demanda Hermione, toujours aussi concentrée.
- Normalement il est enfermé dans la Chambre, et il est en train de dormir. Tant que personne n'utilise le Fourchelang, il n'a pas de raison de venir.
-Mais s'il vient quand même ? poursuivit Hermione.
-Hermione ! Tu vas nous attirer la poisse avec toutes tes questions ! lança Ron.
-J'ai dit qu'il fallait que tout soit absolument calculé !
Harry prit le temps d'y réfléchir, il ne pouvait pas forcément compter sur la venue du Fumseck pour crever les yeux du serpent cette fois-ci.
-Toi tu t'en étais sortie en utilisant un miroir à l'angle d'un couloir, et tu avais seulement été pétrifiée. Pareil pour toutes les autres victimes du Basilic dans ma réalité, tout le monde a été pétrifié grâce à un appareil photo, à de l'eau, à un fantôme…On ne meurt pas si on voit seulement le reflet du Basilic.
-On ne peut pas miser là-dessus ! On ne va pas avancer à petit pas dans la Chambre, en tremblant à chaque fois qu'on jettera un coup d'œil dans un miroir. Qu'est ce qui se passera en plus si on se fait pétrifier tous les trois ? Personne ne sait que l'on va dans la Chambre des Secrets. Et en plus, le temps presse je te signale, Dumbledore est dans le coma et il ne lui reste plus beaucoup de temps ! Alors réfléchis à autre chose !
-Ca va ça va ! Inutile de t'énerver.
-Qu'est ce que tu as appris d'autre sur le Basilic dans ta réalité ?
-Pas grand chose, à part qu'il est énorme, rapide, venimeux…Les araignées ont peur de lui et…
Il leva les yeux vers ses deux amis.
-Les coqs d'Hagrid !
-Quoi les coqs d'Hagrid ? demanda Ron. C'est pas le moment de penser à te reconvertir dans l'élevage de poulets !
-Non ! Ses coqs, ils sont tous morts ! Ça me revient maintenant, il était venu se plaindre auprès de Dumbledore, parce que tous ses coqs mourraient les uns après les autres. Et c'était écrit dans la note que tu avais trouvée et que tu nous avais laissé Hermione ! Il n'y a rien au monde qui effraie un Basilic, mais le chant du coq est mortel s'il l'entend !
-Bingo ! s'exclama Ron. On fait juste un crochet par la cabane de Hagrid, on récupère un coq ou deux et le tour est joué !
-Mais vous êtes bouchés ou quoi ? Je vous dis qu'on n'a pas de temps à perdre !
Elle sortit sa baguette et la pointa sur de grosses pierres situées à côté d'eux, en lisière du lac.
-Volatilors masculus !
La seconde d'après, d'eux des pierres prirent l'aspect de cocs aux plumes flamboyantes.
-Bien. Au moins ça, c'est réglé. Je vais finir de préparer nos affaires, tenez vous prêts tous les deux. On décolle dans 5 minutes !
Alors qu'elle s'éloignait, Ron lui, se rapprocha de Harry en lui chuchotant pour être sûr que la sorcière ne l'entendrait pas :
-Tu ne trouves pas que parfois, enfin souvent, elle ressemble beaucoup à…
-A McGonagall ? Si, je trouve aussi.
-J'allais dire à une goule enragée mais ouais, McGonagall ça marche aussi. Elle me fait un peu peur parfois. T'es sûr qu'on est vraiment amis dans la réalité d'où tu viens ?
-Bon alors vous venez ? lança Hermione d'un peu plus loin, alors qu'elle venait de ranger leur tente et toutes leurs affaires.
Harry sourit à Ron et lui tapota légèrement sur l'épaule avant de commencer à s'avancer.
-Oui on est vraiment amis. Et tu veux que je te dise, parfois, je me suis demandé si toi tu n'en pinçais pas un peu pour elle.
-Quoi ?! s'exclama Ron l'air ahuri. Mais ça ne va pas ou quoi ?
-En tout cas, l'année dernière, tu étais vraiment dégouté quand elle est allée au bal avec Viktor Krum au lieu d'y aller avec toi.
-Viktor Krum ? Le bulgare ? L'attrapeur ? Attends Harry reviens ! Tu ne nous avais pas parlé de ça !
Harry ne répondit rien, se contentant de lui faire un grand sourire. Ça lui faisait vraiment du bien de passer un petit peu de temps avec ses amis, cela lui faisait oublier, l'espace d'un instant, qu'il n'était pas vraiment dans son monde, et que tout ceci était probablement voué à disparaître, au moment où il reviendrait chez lui.
-Est ce qu'une fois, une fois seulement tu as passé une année normale dans ta vie ?
-Oui bien sûr ! répondit Harry. Tous les ans, jusqu'à mon entrée à Poudlard.
Ron resta sans voix, ce qui amusa beaucoup Harry.
-De quoi est ce que vous parliez tous les deux ? demanda Hermione en croisant les bras.
-De rien…de rien ! On y va ?
Elle n'apprendrait jamais ses batifolages avec Viktor Krum lors de leur quatrième année mais ce n'était pas plus mal. Hermione était de loin, la plus brillante du trio, ils avaient besoin qu'elle soit concentrée pour ce qui les attendait. Harry n'en revenait pas, il allait à nouveau entrer dans la Chambre des Secrets. Mais qu'est ce qu'Archimède cherchait à lui faire faire à la fin ?
oOo
Un hurlement résonna dans les couloirs du Ministère de la Magie, alors que de nombreux Mangemorts utilisaient leurs dernières forces pour rebâtir ce qui avait été détruit. L'affrontement avec les membres de l'Ordre avait été un échec pour eux, deux prisonnières s'étaient échappées, et il y avait eu de nombreuses victimes lourdement blessées dans leur camp. Voldemort n'était pas encore revenu de son déplacement à Gringotts, mais tout le monde savait que quand il reviendrait, de nombreuses têtes allaient tomber, dès qu'il apprendrait ce qui s'était passé.
Un nouveau hurlement retentit dans les couloirs, près de l'endroit où deux Mangemorts étaient en train de reconstruire un immense mur de pierre.
-Elle n'a pas bientôt fini de gueuler !? Je ne supporte plus ses hurlements !
-C'est bizarre, je n'avais jamais vu Lestrange dans cet état.
-On m'a dit qu'elle avait été touchée par un sortilège lancé par Severus. Elle a des plaies énormes et purulentes sur tout le buste, et dès qu'on essaye de les fermer, elles se ré ouvrent.
-Ca a l'air douloureux.
Bellatrix hurla à nouveau, les cris devenant beaucoup plus audibles quand une petite porte en bois s'ouvrit juste à côté d'eux. Narcissa passa la porte, les mains pleines de linges couverts de sang. Elle était très pâle, plus pâle que d'habitude. Quand son regard croisa celui des deux Mangemorts dans le couloir, elle reprit son air strict, le visage impassible.
-Qu'est ce que vous regardez comme ça ?
-Toi, n'arrivant pas à faire taire Bellatrix.
Le deuxième Mangemort ricana.
-J'aimerais vous y voir. Elle est en train de se vider de son sang, personne n'arrive à refermer ses plaies. On est obligé de lui transfuser son sang quotidiennement pour qu'elle ne meurt pas d'hémorragie, en attendant de trouver une solution.
-Je ne vois pas pourquoi tu t'entêtes à vouloir la sauver. Tu utilises du temps et de l'énergie pour rien. Quand le Maître apprendra qu'elle a laissé Severus et les autres s'échapper, il s'en débarrassera. Ou en tout cas il ne fera rien pour l'aider, et il semblerait que ce soit le seul capable de pouvoir la guérir.
-Elle n'est pas la seule fautive. Et le Maître ne peut pas se séparer de tous ses serviteurs avant la grande bataille finale. Encore une fois vous avez une vision restreinte de la situation. Je me demande vraiment à quoi vous servez.
Le Mangemort qui avait ricané perdit son sourire et commença à s'avancer vers elle mais le deuxième Mangemort lui fit signe de rester à sa place. Ils n'avaient pas de temps à perdre avec Narcissa, ils devaient absolument fortifier l'endroit avant l'arrivée de Voldemort. Les Mangemorts avaient appris qu'Harry Potter avait réussi à s'enfuir de Gringotts, et ils s'étaient tous attendus à voir revenir leur Maitre en fureur tout de suite après mais il n'était pas revenu, du moins pas jusqu'à ce moment là. La douleur qui transperça le bras de chacun de ses serviteurs ensuite, signe évident que Voldemort venait d'arriver au Ministère, fut bien plus intense que toutes les fois où la Marque les fit souffrir.
Chez les Mangemorts, et même dans la communauté entière des sorciers, personne n'avait jamais compris comment Voldemort avait mis au point cette Marque pour asservir ses serviteurs. En plus d'avoir l'intérêt de montrer sa supériorité sur les Mangemorts, elle démontrait son immense talent magique. Personne avant lui n'avait réussi à créer un procédé aussi puissant, capable d'impacter autant de personnes en même temps, sur des distances aussi éloignées. C'était là sa grande spécialité, être capable de faire souffrir un grand nombre de personne de façon simultanée, sans même avoir besoin d'être à leurs côtés. La Magie Noire l'avait doté de ses dons si particuliers, c'est pourquoi il restait si confiant dans ses capacités à vaincre Dumbledore et les autres.
Quand il s'engouffra dans le couloir, Narcissa et les deux Mangemorts s'inclinèrent par respect mais également par crainte. Les bras rougeoyants de ces deux derniers démontraient la colère et la frustration que ressentait leur Maître, il ne fallait pas montrer la moindre once de défiance, sous peine d'en payer le prix.
-Où est-elle ? demanda-t-il simplement, Nagini rampant à ses pieds, en montrant ses crochets.
Narcissa fut la seule à relever légèrement la tête, en montrant la petite porte par laquelle elle venait de sortir. Le doute ne fut plus permis quant à la localisation de Bellatrix une seconde plus tard, quand elle se remit à hurler.
-Hors de ma vue, ajouta simplement Voldemort, les dents serrées.
Narcissa et les deux Mangemorts ne se firent pas prier et disparurent à l'angle du couloir un peu plus loin. Quand il entra dans la petite pièce, Voldemort sentit une odeur nauséabonde envahir tout l'espace autour de lui. Bellatrix était allongée sur un petit lit un peu plus loin, entourée par deux vieilles sorcières qui venaient de retirer plusieurs linges de son buste, couverts de sang. Il leur ordonna à leur tour de sortir, tout en restant à bonne distance de Bellatrix, dans la pénombre.
-Maître…Maître par pitié ! Aidez-moi !
Il n'avait jamais vu Bellatrix comme cela. Personne n'avait jamais vu Bellatrix comme cela. Elle n'était pas du genre à supplier, si elle le faisait, c'est qu'elle souffrait vraiment au delà de ce qui pouvait être imaginable. En s'approchant davantage, Voldemort pu enfin voir de ses propres yeux, les effets du Sortilège de Severus dont il avait entendu parler. La peau de Bellatrix, de son cou jusqu'à son nombril était à vif : entailles, brûlures, purulences on avait l'impression que sa chair était en décomposition. Et elle saignait…elle saignait abondamment.
En essayant de se relever de son lit elle tomba à la renverse, à genoux, aux pieds de son maître. Elle releva la tête vers lui, en l'implorant cette fois avec un simple regard. Elle put lire du dégout sur son visage, avant qu'il ne daigne enfin lever sa baguette devant elle. Un bref instant l'idée qu'il lui lance le Sortilège de Mort lui effleura l'esprit, pour la punir d'avoir laisser s'échapper Severus et les autres, mais elle pensa alors, un bref instant également, que ses souffrances disparaitraient enfin s'il le faisait vraiment. Mais Voldemort n'en fit rien, Narcissa avait vu juste. Il se préparait pour la dernière bataille, et il avait besoin de toutes les baguettes, de toutes les ressources disponibles pour la remporter. Il avait formulé plusieurs incantations que Bellatrix n'avait jamais entendu. La douleur se dissipa…mais pas entièrement.
-Tu mettras trois jours à te remettre de ces blessures entièrement…si tu es assez forte. Ensuite, tu auras intérêt à revenir en forme pour ne pas être inutile sur le champ de bataille.
Bellatrix l'écouta attentivement, sans rien dire.
-Et si tu n'es pas assez forte, continua Voldemort en caressant Nagini doucement, et bien tu ne seras plus d'aucune utilité.
Il lui tourna le dos et ouvrit la porte, près à sortir.
-Maître…je
Bellatrix ne termina pas sa phrase, Nagini venait de s'interposer en montrant ses crochets. La Mangemort prit tout de suite ses distances en s'éloignant, comme elle le pouvait, en rampant. Elle avait compris la sentence, le serpent resterait là pendant les trois prochains jours. Elle n'avait que deux options possibles, guérir…ou se faire dévorer.
Voldemort, lui, était déjà loin à l'entrée du Ministère, là où il y avait le plus d'agitation, et le plus de Mangemorts au travail pour tout reconstruire.
-Arrêtez tout ça ! s'exclama-t-il avec une voix cinglante.
Tous se tournèrent vers lui, en s'inclinant. Lucius Malefoy fut le seul à oser s'approcher de lui. C'est lui qui était en charge quand Voldemort n'était pas là.
-Maître, nous tentions par tous les moyens de réparer les dégâts pour rétablir la sécurité des lieux pour…
-C'est une perte de temps, le coupa Voldemort. Nous n'allons pas rester ici. Activez-vous tous plutôt pour rassembler tout le monde, tous ceux qui sont actuellement en mission un peu partout, toutes les créatures qui travaillent à notre œuvre, de gré ou de force. J'ai besoin que tout le monde soit disponible et prêt à se rendre sur le lieu du dernier affrontement.
-Et, où est-ce ?
Voldemort plongea son regard dans celui de Malefoy, qui fut obligé de détourner les yeux, en baissant la tête.
-A Poudlard.
-Poudlard ? répéta-Lucius, alors qu'autour de lui, tout le monde commençait à chuchoter.
-Oui Poudlard, répéta Voldemort en s'adressant cette fois à toute l'audience. Dumbledore est dans le coma, ce n'est plus qu'une question de temps avant qu'il ne quitte ce monde. Mais tant qu'il est vivant, il reste au poste de Directeur de l'Ecole, et le château lui procure une sécurité qu'aucun autre lieu dans ce monde ne peut lui donner. C'est là-bas que l'Ordre ira le mettre, et tant qu'à faire c'est là-bas que l'Ordre s'installera. Et à l'instant même où Dumbledore rendra son dernier souffle, on attaquera.
Personne dans l'assemblée n'osa dire quoi que ce soit. Peu importaient les doutes qu'ils pouvaient avoir sur la façon dont Voldemort apprendrait la mort de Dumbledore, ou sur le fait qu'il était considéré comme difficile voire impossible même en l'absence du Directeur de briser la sécurité des lieux. Peu importait de savoir si Harry Potter, qui avait échappé au Mage Noir à Gringotts, aurait l'idée de se rendre à Poudlard ou pas. Non, aucun Mangemort ne montra le moindre doute cette fois là, et Voldemort quant à lui, avait une lueur dans les yeux qu'aucun de ses fidèles n'avait encore jamais vu auparavant. On pouvait y voir une détermination sans limite. Tout allait bientôt se terminer.
oOo
Loin de là, il y avait également beaucoup d'agitation au QG de l'Ordre. Un lieu provisoire avait été trouvé le temps de rassembler tout le monde mais personne n'avait déballé ses affaires. McGonagall avait décidé d'ouvrir l'école en avance pour accueillir les derniers résistants, en attendant qu'un remède soit trouvé…ou puisse être trouvé à temps pour Dumbledore.
Severus était au bout du jardin de la grande propriété, les yeux fermés, la seule lumière de la lune se reflétant sur son visage fatigué alors qu'il grimaçait, en se tenant l'avant bras gauche.
-Severus, te voilà.
Il rouvrit les yeux en se tournant, alors qu'Elizabeth arrivait à sa hauteur. Il lui fit un faible sourire, elle aussi avait l'air épuisée mais par pour les mêmes raisons. C'était les derniers instants où elle pouvait lutter contre les effets du sortilège de Bellatrix, elle sombrerait à son tour bientôt dans le coma.
-Je…je viens de dire au revoir à tout le monde ça y est.
Il ne répondit rien, se contentant de baisser la tête.
-Est ce que tout va bien ? Tu es très pâle, c'est ton bras qui te fait souffrir ?
-Oui, avoua-t-il faiblement en relevant la tête pour enfin croiser son regard. Mais ce n'est pas grave, j'y suis habitué maintenant.
-Montre-la moi.
-C'est hors de question !
-S'il te plait !
-J'ai dit non Elizabeth !
Face à son regard déterminé, il n'eut d'autre choix que de la laisser relever la manche de sa veste et de sa chemise. Pourquoi n'avait-il aucune autorité sur elle ? Peut-être parce que c'était la première personne qui comptait vraiment à ses yeux. Quand elle posa son regard sur son avant bras, il ne vit aucune peur, ni aucun dégout chez elle. Elle avait seulement l'air intriguée et ensuite inquiète, en voyant sa peau à vif. Elle se blottit tout de suite contre lui et il la prit dans ses bras.
-Je n'aime pas te voir souffrir.
-Je sais, souffla-t-il avant de l'embrasser tendrement. J'aurais tellement aimé te rencontrer plus tôt. Si on s'était rencontré avant la fin de mes études je n'aurais pas eu cette Marque et jamais je ne…
Elle le fit taire doucement en posant ses doigts sur sa bouche.
-Ca ne sert à rien de ressasser le passé comme ça Severus. Ce qui est fait est fait, tu ne dois pas avoir de regret.
-J'aurais seulement souhaité avoir une vie différente Elizabeth.
-Ah oui et une vie comment ?
-A tes côtés, tout simplement. Sans cette guerre.
-Et comment aurait été notre vie ? demanda-t-elle amusée, visiblement curieuse de savoir quelle aurait été la vie parfaite selon lui.
-On ne devrait peut-être pas parler de ça.
-Au contraire Severus ! J'ai besoin de parler de ça. Je n'en peux plus de voir les regards tristes ou vides de toute émotion chez les autres, de voir la peur, la douleur, la souffrance. Je veux juste pour une fois, parler de choses heureuses qui donnent de l'espoir, même si ce n'est que pour un bref instant.
Il sourit de nouveau faiblement, en caressant délicatement sa joue. Elizabeth était la personne la plus merveilleuse qu'il ait jamais rencontré, il n'arrivait toujours pas à imaginer qu'il était sur le point de la perdre. Ils échangèrent un nouveau baiser, bien plus passionné alors qu'il la serrait contre lui. Quant ils se détachèrent l'un de l'autre pour reprendre leur souffle, la sorcière montrait toujours la même détermination à poursuivre leur conversation.
-Viens, allons marcher un peu, lança-t-il.
Elle lui sourit en prenant sa main, alors qu'il l'emmenait dans les allées du jardin, à l'abri des regards. Il était tard, plus personne ne se baladait dehors à cette heure-ci et de toute façon, tout le monde était bien trop occupé à tout organiser à l'intérieur pour leur future installation à Poudlard.
-Ne crois pas que je vais oublier notre discussion simplement parce que tu me proposes une balade au clair de lune, sous ce beau ciel étoilé.
Il eut un petit rire amusé, cela faisait longtemps que ça ne lui était pas arrivé. Elizabeth avait le don de faire ressortir ce qu'il y avait de meilleur en lui, même si c'était enfoui profondément en lui depuis longtemps.
-Alors ? demanda-t-elle toujours amusée.
-Comment aurait été notre vie hein ? répéta-t-il. J'aurais certainement quitté mon poste à Poudlard.
-Et pourquoi ça ?
-Ca aurait été trop dur d'être éloigné de toi pendant toute l'année scolaire, dit-il en l'enlaçant tendrement.
-Ca se tient, dit-elle en riant. Mais j'ai vraiment du mal à t'imaginer autrement qu'en Maître des Potions à Poudlard !
-Moi aussi. C'est le premier et le seul travail que j'ai jamais eu.
-Qu'est ce que tu aurais fait à la place ? demanda-t-elle curieuse.
-Je n'en sais rien.
-Severus ! Tu dois jouer le jeu jusqu'au bout.
Il ouvrit la bouche, mais se ravisa aussitôt. Il faisait ça pour jouer, pour détendre l'atmosphère, il avait accepté de jouer au jeu d'Elizabeth pour qu'elle évite de penser à ce qui l'attendait mais en réalité c'était une très bonne question. Qu'aurait-il pu faire comme travail si Albus ne lui avait pas fait confiance ce jour là ?
-Employé du Ministère ? proposa Elizabeth.
Severus fronça les sourcils.
-Certainement pas ! Pourquoi pas Auror pendant que tu y es ?
Elle pouffa de rire en voyant son air outré.
-Tu es un excellent duelliste, et probablement l'un des sorciers les plus doués de ta génération en Sortilèges et en Potions.
-Ce n'est pas une raison pour vouloir faire de moi un Auror ou un pion du Ministère.
-Très bien Monsieur le susceptible, dit-elle avant de s'éloigner de lui pour faire quelque pas supplémentaire dans le jardin.
Le fait qu'elle mette fin à leur étreinte le frustra au plus haut point, il s'en voulait d'avoir été désagréable avec elle. Il était sur le point de s'excuser mais elle se tourna de nouveau vers lui en une fraction de seconde, avec un grand sourire. Elle ne lui en voulait pas du tout, elle ne faisait que continuer son petit jeu, ce qui le rassura.
-Et pourquoi pas Medicomage ? Comme ça on pourrait se voir tous les jours à Ste Mangouste.
-C'est une idée alléchante mais je pense être dénué d'une qualité essentielle pour exercer cette activité.
-Laquelle ? demanda Elizabeth en levant un sourcil, intriguée.
-L'empathie.
Elizabeth ouvrit la bouche pour prendre sa défense face à son autocritique, mais se ravisa à son tour, en faisant une petite moue l'air désolée. Une petite moue qui ne signifiait qu'une chose : « tu n'as pas tord ».
-Je suppose que je me serais mis à écrire, lança finalement Severus. J'ai des centaines de pages de notes sur l'invention de potions et de sortilèges que je n'ai jamais pris le temps de publier.
-Auteur à succès hein ? dit Elizabeth en se rapprochant à nouveau de lui, en se blottissant contre son torse. J'aime bien cette idée.
Il l'enlaçant à nouveau, se surprenant à laisser vagabonder son esprit en s'imaginant dans cette nouvelle vie.
-Mais pour ça il nous faudrait un cadre de vie idyllique ! s'exclama-t-elle soudainement, en se prenant un peu trop à son jeu.
-Indéniablement, répondit Severus l'air sérieux.
-Maison ou appartement en ville ?
Elle était pendue à ses lèvres, la tête levée vers lui en attendant sa réponse. Il eut presque l'impression que c'était le pire choix qu'il eut à faire dans sa vie, craignant de ne pas donner la réponse qu'elle attendait.
-Maison ? dit-il plus comme une question que comme une véritable affirmation.
Elle lui sourit et l'embrassa tendrement. Il avait visiblement opté pour la bonne option.
-Une belle maison victorienne, lumineuse, sur les hauteurs près d'un lac avec une vue imprenable et un magnifique jardin à l'anglaise.
-Je vois que tu as déjà pensé à tout, dit-il, surpris de la voir donner autant de détails.
Elle se mit à rougir et il la trouva adorable.
-Et on peut savoir où se trouve cette fabuleuse maison victorienne ?
-Dans une petite ville, avec quelques dizaines d'habitants pas plus.
-Un village sorcier.
-Qu'est ce que tu as contre le fait de vivre dans une banlieue moldue ?
-Rien, répondit Severus. C'est dans une de ces banlieues que je vivais autrefois. Mais ça me plairait davantage de vivre dans un endroit où il n'y a que des sorciers.
-Va pour le village sorcier ! Je pense que ça me plairait aussi. On aurait un chat qui passerait sa vie à dormir sur le porche de notre maison et un chien qui gambaderait…
-Non.
Elle s'arrêta brusquement suite à l'intervention de Severus.
-Non ?
-Pas de chien.
Elle éclata de rire devant son air trop sérieux pour la situation. C'était visiblement un point primordial sur lequel elle ne pourrait pas négocier.
-Soit.
-J'aime mieux ça.
-Tu as peut-être obtenu gain de cause pour le chien, mais ce ne sera pas aussi facile pour les enfants, dit-elle en lui souriant.
-Les…les enfants ?
Cette fois c'est Severus, qui pour la première fois de sa vie, se sentit rougir, l'air mal à l'aise. Une fraction de seconde, puis il se racla la gorge et pris un air beaucoup plus sérieux juste après.
-Bien sûr. On allait pas être égoïste au point de ne pas partager ce bonheur avec nos enfants tout de même ?
-Non mais…je…
Ca n'était qu'un jeu mais pourtant, il y avait certaines choses que Severus ne pouvait pas envisager. Ou qu'il croyait ne pas pouvoir envisager.
-Je n'ai jamais cru que je ferai un bon père.
Elizabeth lui sourit en caressant son visage avant de l'embrasser avec une infinie tendresse, comme elle seule en avait le secret.
-Tu as tord, dit-elle en plongeant son regard dans celui du sorcier.
Comment pouvait-elle l'aimer à ce point ? Lui ? L'ex Mangemort ? Comment pouvait-elle voir autant de qualités chez lui ? Il n'aurait probablement jamais la possibilité d'avoir les réponses à ces questions mais au final ça lui importait peu. Tout ce qui comptait, c'était Elizabeth.
Il se racla de nouveau la gorge, prêt à reprendre le jeu.
-Soit, dit-il à son tour. Après tout, un enfant, ça ne peut pas être si difficile à gérer. Beaucoup de gens y arrivent.
-Un seul ?
Il leva un sourcil, surpris.
-Oui un seul. Il faut bien commencer par là, et il ne faut pas trop m'en demander Elizabeth.
Elle se mordit les lèvres, consciente qu'elle allait un peu loin. Elle aimait Severus et elle adorait ce petit jeu mais ils ne se connaissaient pas depuis si longtemps que ça au final. Elle ne voulait pas le brusquer, et prendre le risque de gâcher ce moment.
-Garçon ou fille ? dit-elle en souriant.
-Je n'ai pas de préférence. Mais si c'est un garçon il faut qu'il te ressemble aussi…surtout, même je dirais.
-Oui un petit garçon. Il me ressemblerait mais il aurait tes yeux. Il essayerait de me lancer des regards noirs comme toi, et comme toi, il n'y arriverait pas.
Il lui sourit une dernière fois avant de l'embrasser, bien plus ardemment que les fois précédentes. Il aurait voulu que le temps s'arrête, qu'il puisse vivre ce moment à tout jamais, mais c'était impossible. Quand elle se détacha légèrement de lui, toujours dans ses bras, elle lui sourit à son tour et leurs regards se croisèrent. Elle n'ajouta qu'une chose avant de l'embrasser de nouveau passionnément :
-Merci Severus.
Il n'y avait pas besoin de rajouter quoi que ce soit d'autre. Ils n'avaient pas besoin de se dire qu'ils s'aimaient, ils venaient de se l'avouer avec d'autres mots. Ils n'avaient pas besoin de se dirent qu'ils allaient se manquer, ils le savaient déjà. Ils n'avaient pas besoin de se dire qu'ils avaient peur, ils l'avaient lu chacun dans le regard de l'autre. Toujours en l'embrassant, Severus la serra contre lui alors qu'elle passait ses bras autour de son cou pour se coller un peu plus à lui. Ce fut le moment le plus heureux de leur vie, avant que tout ne s'arrête brusquement.
Elizabeth se sentit simplement partir, comme quant on ne peut plus lutter contre une fatigue accumulée et que nos paupières se ferment sans qu'on puisse les rouvrir, sans qu'on s'en rende compte. Ce fut beaucoup plus difficile pour Severus. C'était toujours plus difficile pour lui. C'était toujours à lui de subir les pires épreuves. Il sentit en premier les lèvres d'Elizabeth se faire beaucoup moins pressante contre les siennes, puis les bras de la jeune femme courir lentement le long de son torse, incapable de s'agripper plus longtemps au niveau de sa nuque. De justesse il rattrapa le corps léger de la sorcière qui commençait à tomber vers le sol, mettant un terme définitif à leur baiser. Elle était partie. Il sentait encore son cœur battre dans sa poitrine, et son souffle faible mais présent dans son cou. Elle dormait, tout simplement. Mais il était désormais impossible de la réveiller. Il ne put empêcher les larmes de couler sur son visage, alors que son cri déchira le silence de la nuit. Il s'effondra sur le sol à genoux, Elizabeth toujours dans ses bras, les yeux fermés. Son air paisible contrastait avec la détresse dans laquelle Severus fut plongé à ce moment là. Il ne put contenir un second cri en serrant la femme qu'il aimait dans ses bras, conscient que la vision de rêve dont ils venaient de parler ne se réaliserait jamais.
Un peu plus loin, impuissante devant la détresse et la douleur de son collègue, Minerva McGonagall resta dans l'ombre, pour ne pas être vue. Choquée par la scène qu'elle venait de voir, elle avait une main tremblante devant sa bouche, les yeux remplis de larmes. La porte d'entrée de la bâtisse s'ouvrit laissant apparaître Madame Pomfresh, qui n'avait pas assisté à la scène.
-Minerva vous êtes là. Ça y est tout le monde est prêt à l'intérieur. Nous allons pouvoir y aller mais nous avons besoin que vous ouvriez la voie.
N'ayant aucune réponse de McGonagall, Madame Pomfresh se tourna dans la direction où cette dernière regardait.
-Par Merlin que s'est-il passé ?
-Elizabeth est partie, dit simplement McGonagall.
-Oh non…pauvre Severus ! Peut-être devrions nous…
-Non. Il n'aimerait pas être surpris dans pareil situation. Et rien de ce qu'on pourrait dire ne pourrait atténuer son chagrin de toute façon.
-Oui je comprends.
-Laissons le un instant. Il sait qu'on doit se rendre à Poudlard, il viendra de lui même avec le corps d'Elizabeth.
-Vous êtes sûre Minerva ?
McGonagall pris quelques secondes de réflexion, toujours en regardant Severus. Ce dernier était trop loin pour les entendre. Il ne faisait de toute façon pas attention à ce qui se passait autour de lui.
-Oui j'en suis sûre. Partons d'ici. Je ne supporte pas de voir Severus autant souffrir, après tout ce qu'il a déjà traversé.
Elles entrèrent toutes les deux de nouveau dans la bâtisse, pour finaliser les préparatifs pour le départ à Poudlard, en faisant en sorte que personne ne sorte dans le jardin pour que Severus ne soit pas dérangé.
oOo
-Alors c'est ça la Chambre des Secrets ? demanda Ron.
-C'est…C'est la porte de la Chambre oui.
-Elle est énorme cette porte !
-Oui une porte énorme pour…pour un serpent énorme, lança Harry.
-Ca suffit vous deux ! Taisez-vous un peu, vous allez nous faire repérer ! s'exclama Hermione. On ne peut vraiment pas vous sortir !
La jeune sorcière n'était visiblement pas particulièrement à l'aise dans les lieux. Pourtant jusque là, tout s'était bien déroulé, conformément au plan qu'ils avaient mis sur pied près du lac après leur évasion de Gringotts. Ils avaient transplané parfaitement à Pré-au-Lard, sans se faire repérer par qui que ce soit, grâce à l'heure tardive. Un bref instant, Harry avait eu l'impression que quelqu'un les avait observés depuis la Tête de Sanglier mais il avait suffi d'un clignement de yeux pour que cette impression disparaisse. En arrivant à Pré-au-Lard, il avait retrouvé cette sensation qu'il avait eu quand il s'était rendu sur le Chemin de Traverse avec Ron et les jumeaux Weasley. Tout était tellement différent dans cette réalité, tout était sombre, froid, triste. Est ce qu'il devait vraiment s'attendre à voir le monde des sorciers sombrer également dans sa réalité ? Plus il y pensait, plus ça lui faisait peur. Et que se passerait il si Dumbledore venait à disparaître ? Il pensa également à sa mère, ne pouvait faire disparaître le souvenir de son visage souriant. Cette nuit là elle l'avait sauvé lui, mais elle avait sauvé également tout le monde des sorciers. Harry se rapprochait dangereusement de l'âge que ses parents avaient quand ils avaient été assassiné, Lily Evans n'avait que quelques années de plus que Harry actuellement quand elle avait réussi à réduire presque à néant le Seigneur des Ténèbres. Et lui, qu'était-il capable d'accomplir ? Pas grand chose.
-Harry ! Harry ! Tu es avec nous ?
Perdu dans ses pensées, il n'avait pas entendu Hermione l'appeler la première fois. Elle avait un regard un peu inquiet, mais il lui fit un faible sourire pour la rassurer. La détermination pouvait se lire dans son regard alors qu'il serrait sa baguette fortement dans sa main. Il priait intérieurement pour que leur visite dans la Chambre passe totalement inaperçue. Mais tout s'était bien passé jusque là, il n'y avait pas de raison que ça ne continue pas. Ils avaient trouvé le passage secret chez Honeydukes sans encombre, ils n'avaient croisé personne dans les couloirs de Poudlard, pas même Rusard et Misse Teigne, et ils avaient emprunté les canalisations après avoir ouvert le passage au 2e étage sans rencontrer la moindre complication.
Hermione et Ron restèrent sans voix en entrant dans la Chambre, c'est vrai qu'il y avait quelque chose de majestueux, et de grandiose dans ces lieux. C'était sans aucune mesure, l'endroit le plus angoissant de Poudlard, et c'est précisément ce qui en faisait un des lieux le plus fascinant également. Ca et le fait qu'au final, une poignée de personnes seulement, incluant le trio s'était déjà retrouvée dans cet endroit. Pas plus. Pour Harry, il n'y avait pas d'angoisse ni de fascination, mais seulement de la nostalgie. Il s'était retrouvé dans ces lieux trois ans auparavant mais pourtant, il avait l'impression que tout s'était passé la veille. Il se revit allongé par terre, tétanisé un bref instant devant le Basilic avant que Fumseck ne fasse son entrée, il revit Ginny un peu plus loin au milieu de la pièce, son corps presque entièrement vidé de toute son énergie vitale. Il revit Tom, le jeune et élégant Tom Jedusor dont il avait ignoré la véritable identité au début de leur discussion, si naïvement.
Perdu une nouvelle fois dans ses pensées, Harry trébucha contre des morceaux de roche qui provenaient visiblement d'une partie du haut plafond qui s'était effondrée. Dans le silence morbide de la pièce, le morceau de pierre roula sur plusieurs mètres avant de terminer au fond d'une cavité remplie d'eau, juste à côté de la statue de Salazar Serpentard. Harry, Ron et Hermione se regardèrent sans bruit, aux aguets. Harry s'excusa en silence avant de leur faire signe du doigt en leur montrant un petit tunnel juste un peu plus loin. L'endroit qu'il avait vu dans son souvenir, l'endroit où le Basilic lui avait foncé dessus la première fois qu'il était venu, et l'endroit où la pierre s'était fissurée, révélant la cachette de la Fleur.
Ils espéraient que ce bruit n'aurait pas réveillé le Basilic mais ce qui les inquiétaient à ce moment là c'était plutôt ce bruit qui semblait provenir des murs, comme un bourdonnement incessant et lointain mais néanmoins bien présent. Aucun des trois ne savait d'où ça pouvait provenir, mais ils ne préféraient pas y penser. Le plan maintenant était simple mais normalement efficace, ils trouvaient l'endroit où se trouvait la Fleur, ils la récupéraient le plus rapidement possible en restant le plus discret possible, et ils revenaient au château par l'endroit où ils étaient arrivés.
Oui c'était un plan simple, et comme tous les plans simples dans ce monde, il ne fonctionnait pas, et rien ne se passa comme prévu pour le trio. La situation dégénéra comme jamais ils n'auraient pu l'imaginer, la Chambre des Secrets allaient devenir la scène de leur pire cauchemar. C'est Hermione qui se crispa la première en entendant une chose énorme s'extraire violemment de la cavité pleine d'eau où la pierre était tombée juste avant, mais ils ne sauraient jamais avec certitude si c'était cette pauvre petite pierre qui avait réveillé la bête. Puis se fut le tour de Ron, qui sentit son pouls s'accélérer, et son cœur battre à toute vitesse dans sa poitrine. Harry n'en menait pas large non plus, il était loin d'être à l'aise sans la présence rassurante du phénix de Dumbledore. Par reflexe, ils s'étaient tous les trois collés à la paroi du tunnel, pour se trouver hors du champ de vision de l'immense serpent.
Pour tout ce qui se passa ensuite dans cette Chambre, il y aurait probablement de nombreuses versions différentes, et si le trio avait la chance de s'en sortir sans encombre, il allait être certainement difficile pour la personne qui entendrait leurs récits de démêler le vrai du faux, de démêler ce qui était réel de ce qui avait été largement extrapolé sous le coup de la peur, du frisson, de l'adrénaline.
Hermione mettrait probablement en avant son sang froid et son intelligence légendaire pour indiquer qu'elle n'avait pas perdu de vue l'objectif. Le Basilic craignait le chant du coq ? Alors il leur fallait un coq. Plusieurs coqs même. Sans s'en rendre compte elle en avait fait apparaître plusieurs dizaines dans cette salle, chaque nouveau sortilège pour en faire apparaître précisant un peu plus sa position au Basilic, ce qui n'était pas forcément la meilleure des stratégies, d'autant plus que bon nombre d'entre eux se firent dévorer en une fraction de seconde, bien avant d'avoir laissé entendre la moindre note de chant.
Ron omettrait certainement de parler des nombreuses minutes où il resta les yeux fermés, sans bouger, avant d'être motivé, non pas seulement par son courage, mais surtout par la gêne de ne pas pouvoir agir alors qu'Hermione cherchait une solution pour les sortir de là. Il parlerait probablement uniquement des nombreux sortilèges qu'il avait envoyés, totalement à l'aveugle, puisque toujours caché derrière son mur, qui firent bien plus de dégâts à la Chambre elle même qu'à son occupant centenaire. La roche des murs et du plafond explosèrent à plusieurs endroits, faisant s'effondrer d'immense morceaux de pierre dans toute la salle. Ron n'avait d'ailleurs pas toucher que la pierre, les canalisations avaient semble-t-il explosé un peu partout également puisque de nombreuses cascades s'écoulaient à grand débit, faisant déjà monter dangereusement le niveau de l'eau dans la pièce.
Harry serait probablement le plus précis dans son récit, il était déjà rôdé à l'exercice. Il parlerait probablement d'une voix monotone de son cheminement accroupi un peu plus loin dans le couloir, de son sortilège de glace pour transformer le bassin dans lequel se trouvait toujours une bonne moitié arrière du Basilic pour le transformer un solide et ainsi limiter les déplacements du serpent géant, pour l'empêcher de les atteindre. Il omettrait cependant sûrement de mentionner la douleur qu'il ressentit au niveau du bras quand il repensa à son premier affrontement avec le Basilic et surtout à la douleur qui lui déchira la poitrine quand il repensa au moment où il fit disparaître le souvenir de Tom Jedusor en transperçant son journal intime. Le déchirement qu'il ressentit au plus profond de lui était réel et incroyablement puissant, comme si le souvenir de cette soirée et de la destruction de Tom était ancré bien plus profondément en lui qu'un simple souvenir dans sa mémoire.
Sans investigation poussée, personne ne saurait véritablement ce qui se passa ensuite. Si le chant d'un coq pu finalement arriver jusqu'au Basilic de façon assez intense, si une pierre énorme lui fracassa son crâne sous le choc, si la glace gela tous ses organes internes en les faisant exploser quand il tenta de s'extirper de son piège, ou si ce fut la combinaison de toutes ces choses qui eut raison de la créature. Ce dont le trio était sûr, c'est que le bruit qu'ils entendirent avant qu'il ne meurt, fut le pire bruit qu'ils aient jamais entendu. Le Basilic, à l'agonie, se projeta dans tous les recoins de la pièce en se fracassant à chaque fois contre la pierre humide, détruisant des pans de murs entiers avant de finalement s'effondrer, vaincu.
-Putain, on a eu chaud ! s'exclama Ron essoufflé.
Hermione était dans le même état. Elle n'ajouta rien, en se contentant seulement de rire nerveusement.
-Venez, récupérons la fleur et allons-nous en d'ici !
Ron acquiesça mais Harry, lui, fixait une des cascades dont s'écoulait toujours abondamment de l'eau depuis les explosions provoquées par son ami.
-Qu'est ce qu'il y a Harry ?
-Vous n'entendez pas ? Cet espèce de bourdonnement.
-Je l'entendais tout à l'heure, lança Hermione. Mais après, je t'avoue que je n'y ais plus vraiment fais attention.
-Ecoutez ! On dirait que ça vient de là !
La seconde d'après, ils eurent la réponse à leur interrogation quant à l'origine de ce bourdonnement, qui n'en était pas vraiment un. Le bruit provenait de centaines de serpents, qui commencèrent à se déverser au milieu de l'eau des cascades. Des centaines de serpents de toutes les tailles, de toutes les couleurs, qui montraient leurs crochets ou fouettaient tout simplement l'air avec leurs langues fourchues. Un bruit à peine audible qui devenait assourdissant en étant multiplié par des centaines, des milliers de serpents.
-Ha…Harry ? demanda Hermione sans bouger alors que tout autour d'eux, le sol commençait à être recouverts de vipères, de couleuvres, de boa. Est ce que tu avais eu ça la dernière fois aussi ?
-Non. J'avais juste affronté le Basilic.
-Qu'est ce qu'on fait maintenant ? demanda Ron.
-Je vais chercher la Fleur ! lança Harry. Vous, vous me couvrez. Utilisez tous les sortilèges que vous pourrez pour les tenir à l'écart.
-Harry ils sont trop nombreux, dit Hermione. On n'arrivera pas à…
-Raison de plus pour ne pas perdre de temps. Allez !
Il commença à courir en direction du tunnel, baguette à la main. Il sauta par dessus un assemblement de serpents, il en fit virevolter d'autres avec un sortilège mais Hermione avait raison, il en venait toujours un peu plus, la pièce était en train de se remplir. Plusieurs espèces n'aimaient cependant pas l'eau et elles disparurent un peu partout, en fuyant, alors que le trio se trouvait déjà avec de l'eau jusqu'au genoux. Sans plus attendre, Harry fit exploser le mur du couloir et il ne put s'empêcher de sourire, en voyant la Fleur des Rois flamboyante juste devant lui il ne s'était pas trompé. Il lança un sortilège pour qu'un halot protecteur apparaisse autour de la plante, afin qu'elle ne s'abîme pas mais avant de pouvoir l'attraper une forte détonation se fit entendre, l'obligeant à s'écarter alors que plusieurs pierres manquèrent de lui tomber dessus.
-Harry, attention !
La seconde d'après une nouvelle cascade apparut, bien plus imposante et puissante que les autres, le projetant à plusieurs mètres de là avant que le courant ne l'emporte dans un tourbillon en le plaquant au fond de la salle, sous désormais plusieurs mètres d'eau. Il voyait des serpents un peu partout autour de lui, certains tentèrent de le mordre en vain, mais pour la plupart, ils étaient tout simplement en train de se noyer. Incapable de lutter contre le courant qui venait de se créer, Harry réussit à remonter à la surface en étant projeter contre une statue et en s'y agrippant pour pouvoir remontrer. Il ne savait pas combien de temps il était resté sous l'eau, ça n'avait de toute façon pas pu durer plus de quelques secondes mais là salle était méconnaissable. L'entrée était pratiquement entièrement remplie d'eau jusqu'au plafond, alors qu'au fond, on ne distinguait plus que le haut de la tête de Salazar Serpentard. Toute la Chambre allait bientôt être inondée.
-Harry, par ici !
Ron et Hermione avaient réussi à se mettre à l'abri hors de l'eau un peu plus loin. Il les rejoignit sans trop de difficulté.
-Harry il faut qu'on s'en aille, maintenant !
-Je n'ai pas encore réussi à récupérer la Fleur.
-Mais on s'en fiche de cette foutue plante. Il faut qu'on s'en aille d'ici et maintenant ! s'exclama Ron.
-Pas question d'abandonner Dumbledore. On est sur le point de réussir.
-Harry, commença Hermione. J'aimerais autant que toi revenir triomphante et apporter la solution qui permettrait de ramener le Professeur Dumbledore. Mais on n'a plus de temps, si on reste ici on va se noyer.
A ce moment là, Harry vit énormément d'inquiétude dans le regard de ses deux amis, et à cet instant, ça le frappa. Cette différence entre eux et lui. Ils étaient terrorisés, ils avaient énormément de bonne volonté mais ils ne pouvaient pas continuer. Qu'est ce qui était différent chez lui ? Qu'est ce qui faisait qu'il arrivait à franchir cette limite qui permettait de transformer un essai en victoire ? Et quand viendrait le jour où il n'arriverait pas à aller jusqu'au bout, et où il franchirait cette limite la fois de trop ? Il regarda en direction du couloir où se trouvait la Fleur, puis à nouveau vers ses deux amis. Il ne pouvait pas abandonner.
-Tu ne sais pas lancer le Sortilège de Têtenbulle par hasard ?
-Harry tu me prends pour une idiote ou quoi ? Tu crois sincèrement que si je pouvais lancer ce sortilège je ne l'aurais pas déjà fait ?
-Si bien sûr. Désolé, lança Harry gêné. Allez-y tous les deux, essayez de trouver un chemin pour sortir. Je vous rejoins après, je serai juste derrière vous !
-Harry n'y retourne pas !
Il n'écouta bien évidemment pas son amie et après un dernier regard, il plongea dans l'eau toujours pleine de serpents.
-Harry !
Ron et Hermione n'eurent d'autre choix que de plonger à leur tour, dans la direction contraire, pour trouver un moyen de sortir, alors que le niveau de l'eau montait toujours. Arrivés à l'entrée de la Chambre, ils prirent une dernière inspiration avant de plonger dans les eaux troubles. Il y avait plusieurs canalisations, plusieurs chemins qui s'offraient à eux. Hermione décida de prendre le tunnel le moins étroit pour qu'ils aient le plus de place pour nager et ramper, en laissant une trainée scintillante pour que Harry puisse les rejoindre, sans savoir vers où ce chemin les mènerait.
A quelques étages de là, au dessus de leur tête, Severus marchait d'un pas rapide dans les couloirs de Poudlard. Il avait une mine affreuse, des yeux rougis par la fatigue, des cernes et même une légère barbe qui commençaient à pousser, qui ne prenait même plus la peine de raser. Il était au bord de l'épuisement. Quant il arriva dans un couloir isolé du rez-de-chaussée, près de la grande Salle, il fut surpris d'y voir un attroupement. Il y avait plusieurs Aurors, d'autres visages qu'il ne connaissait pas, et un visage beaucoup plus familier.
-Minerva ? Que faites vous ici ? Et pourquoi un tel attroupement ?
-Ah Severus, vous êtes là. Je vous croyais dans vos appartements, en train de...travailler.
Tout le monde savait qu'il se tuait à la tâche pour trouver un antidote, toujours sans succès.
-J'y allais justement. J'aimerais quand même savoir ce qui se passe. Est ce qu'il y a lieu de s'inquiéter ?
McGonagall lui montra le mur juste à côté du petit groupe, totalement fissuré.
-Non. Non bien sur que non. Il semblerait que des canalisations aient explosé, mais j'en ignore la cause. Mais inutile de vous préoccuper pour ça, je sais que vous avez déjà beaucoup de choses bien plus importantes à penser.
Une détonation retentit et cette fois, un morceau de pierre se détacha du mur, laissait s'échapper de l'eau sous pression.
-Mais enfin qu'est ce qui se passe ici ? s'exclama O'Hara qui venait de rejoindre le petit groupe.
Une nouvelle détonation se fit entendre, beaucoup plus assourdissante cette fois.
-Reculez-tous ! s'écria un Auror en brandissant sa baguette. On dirait que c'est totalement inondé de l'autre côté.
Le petit groupe eu juste le temps de prendre ses distances avant qu'une nouvelle détonation ne fasse cette fois complètement exploser le mur. Une quantité abondante d'eau s'écoula dans le couloir, mais ce qui fut surtout surprenant pour l'assemblée c'est de voir Hermione, Ron et enfin Harry apparaître à leur tour dans le couloir, au milieu de dizaines de cadavres de serpents.
Ron fut le premier à se relever, à toute vitesse et en criant avec une voix particulièrement aiguë tout en se tortillant dans tous les sens pour s'enlever tous les cadavres de serpents qu'il avait sur lui. Hermione se releva juste après, de façon plus tranquille, baguette à la main. C'était visiblement elle qui avait fait exploser le mur de l'autre côté, pour les sortir de ce cul de sac. Quand elle se tourna vers l'assemblée, les Aurors avaient leurs baguettes pointées vers elle elle ne put s'empêcher de laisser entendre un petit cri.
-Miss Granger ?
-Professeur McGonagall ! Mais qu'est ce que vous faites ici ?
-Je pourrais vous poser la même question ! Nous étions morts d'inquiétude quand nous nous sommes rendus compte de votre absence, à vous et à Monsieur Weasley, ajouta-t-elle les lèvres pincées en se tournant vers le jeune homme qui avait cessé de gesticuler dans tous les sens.
Ce dernier, honteux, baissa la tête.
-Désolée Professeur mais on n'avait pas le choix. On voulait vous prévenir mais ensuite on a appris pour le Professeur Dumbledore alors on a décidé de partir pour secourir Harry et…
-Monsieur Potter ?
-Oui.
Hermione se tourna vers Harry. Elle s'attendait à le voir debout également mais il était toujours allongé à ses pieds, pâle.
-Oh non Harry !
Elle se précipita vers lui, les larmes aux yeux.
-Harry, réveille-toi !
-Ecartez vous Miss Granger ! lança McGonagall.
Hermione lui laissa sa place, en sanglots.
-Mais enfin qu'est ce que vous faisiez là ? demanda O'Hara.
-Et surtout comment avez-vous fait pour trouver Potter? demanda un autre Auror.
-On était dans la Chambre des Secrets. On voulait récupérer la Fleur des Rois.
-Quoi ?! s'exclama Rogue, prenant la parole pour la première fois.
Hermione et Ron furent surpris de le voir dans un tel état.
-La Fleur était dans la Chambre depuis le début, Harry s'en est souvenu, poursuivit Hermione la voix tremblante. On ne savait pas comment vous contacter, ajoute-t-elle à toute l'assemblée, alors on a décidé de venir. On a trouvé la Fleur mais le Basilic a débarqué, et ensuite il y a eu ces milliers de serpents, et le niveau de l'eau qui n'arrêtait pas de monter.
Un Auror se précipita vers Hermione en l'agrippant brusquement par les bras.
-Où est la Fleur ?! s'écria-t-il en la secouant violement.
-Lâchez moi vous me faite mal !
-Où est-elle ?!
-Vous êtes bouchés ou quoi, elle vous a dit de la lâcher ! s'exclama Ron en s'interposant, ce qui fit lâcher prise à l'Auror. On ne sait pas où est la Fleur, on a failli se noyer ! Harry est le seul à l'avoir vu.
Ils se tournèrent tous vers Harry, qui reprit finalement connaissance grâce au sortilège de McGonagall pour lui faire recracher l'eau qu'il avait dans les poumons. Encore un peu sonné, il reprit difficilement ses esprits en se mettant assis, toujours en toussant et en recrachant de l'eau. McGonagall s'éloigna un peu pour lui laisser un peu d'air mais c'était sans compter sur Hermione qui s'était jeté dans ses bras. Elle ne dit rien, elle se contenta de le serrer dans ses bras.
-Je vais bien Hermione.
Visiblement cette séquence émotion n'était pas du gout de tout le monde. Tout le monde avait encore en tête la situation de Dumbledore et les dernières révélations de la jeune sorcière.
-Mr. Potter, commença finalement McGonagall. Est ce que vous avez trouvé cette fleur ? Est ce que vous l'avez ramené ?
Pour seule réponse Harry, plongea sa main dans la poche de son jean est en sortie une Fleur flamboyante aux pétales parfaitement intacts, toujours dans son halo de protection. Il la donna à McGonagall qui se tourna vers Severus plein d'espoir. Se pourrait-il que Dumbledore, Elizabeth et les autres puissent être sauvés ?
