Le Pacte du Sang – Chapitre 37 – Une capacité à aimer

Severus et Amelia Transplanèrent à nouveau dans les bois non loin du manoir des Prince. Là encore, ils échangèrent un baiser passionné pendant de longues secondes. Severus n'avait pas assez de goûter la bouche de la jeune femme. Au bout d'un moment, ils jugèrent plus prudent de retourner au manoir.

Une fois à l'intérieur de la demeure, ils s'embrassèrent encore. Severus caressa la joue d'Amelia, ses yeux sombres brillant de la flamme blanche du désir. La nuit était déjà fort avancée mais ils se sentaient tous les deux grisés par le succès de leur mission. Ils se rendirent à l'étude mais Dumbledore les attendait dans son portrait dans le salon.

Severus et Amelia savaient qu'ils ne pourraient pas échapper aux questions du vieux sorcier à propos de leur mission. Ils cédèrent. Plus vite ils s'en débarrassaient, le mieux c'était. Le vieux Directeur était très content du résultat. Il affirma à Severus et Amelia qu'il était certain que Harry prendrait au sérieux les informations sur les Horcruxes. Le fait que les garçons avaient été capables de détruire le médaillon de Serpentard remonterait le moral du trio et leur donnerait un nouvel élan après de longs mois d'une quête qui avait progressé à un rythme des plus lents.

Dumbledore était confiant que les trois adolescents réussiraient dans leur mission. Une fois encore, il rassura Severus sur ce point. Le Maître des Potions avait émis quelques doutes mais il n'avait pas vraiment le choix. A un certain point, il savait que le seul capable de détruire le Seigneur des Ténèbres était effectivement Harry Potter. Le vieux sorcier encouragea Severus à poursuivre ainsi son interaction avec Voldemort, à jouer son rôle du dévoué serviteur qu'il était. Puis il les laissa aller se reposer.

Severus sortit de la maison pour vérifier que les sortilèges de garde étaient toujours en place et efficaces. Amelia se prépara pour la nuit. Elle se sentait à la fois fatiguée et heureuse. Lorsqu'il revint à l'étude, un feu réchauffait la pièce. Discrètement, le Maître des Potions jeta un sortilège de silence sur la pièce, afin que leur illustre voisin dans la salle à côté ne puisse pas les entendre au cas où ils se montreraient vocalement démonstratifs dans leur relation. Car Severus ne voulait qu'une seule chose à présent : faire l'amour à Amelia.

Il se débarrassa de ses propres vêtements, pour ne garder que sa chemise et son pantalon pour la nuit. Il alla s'allonger sur le matelas, pour voir qu'elle s'y trouvait déjà, endormie. Il soupira. Dommage. Mais il ne la réveillerait pas. Elle avait besoin de dormir et il devait reconnaître qu'il était fatigué, lui aussi. Il se coucha à côté d'elle, s'aventurant jusqu'à la prendre dans ses bras, avant de la rejoindre dans un sommeil profond.


Le lendemain matin, ils se réveillèrent dans les bras l'un de l'autre. Amelia lui sourit, heureuse de le voir là, si près d'elle. Elle le laissa l'embrasser sur la bouche en guise de salutation. Sauf qu'il ne s'agissait pas là d'une simple salutation. Severus bandait, comme tous les matins ; il la désirait, plus que jamais. Il commença à l'embrasser profondément, appréciant le moment avec elle. Il se rappela la première fois qu'ils avaient couché ensemble – sa toute première fois pour lui. Elle n'avait pas goûté la chose et il voulait éviter de reproduire cette expérience malheureuse à tout prix, il voulait la rendre heureuse. Il prendrait son temps cette fois, à condition que ses propres sens ne le submergent pas. Et pourtant, il devait admettre qu'il en avait aimé chaque minute.

Severus glissa une main sous la chemise de nuit de sa partenaire, lui caressant là la cuisse. Sa peau était douce et chaude. Amelia le sentit mais lorsqu'elle réalisa où tout ceci les mènerait, la main de l'homme lui écartait déjà les cuisses, ses jambes s'installant entre les siennes. Il continua à l'embrasser avec passion, sans remarquer que la jeune femme sous lui essayait de le repousser. Elle gémit dans le baiser, dans une tentative pour lui exprimer sa peur. Il n'interpréta pas correctement ce gémissement, il crut qu'elle en redemandait – ce qu'il se fit un plaisir de lui donner. Il était à présent couché sur elle quand il arriva ce qui devait arriver.

La magie craqua autour d'elle et soudain, Severus fut repoussé à plusieurs mètres d'elle, et se retrouva le dos au mur. Il atterrit sur ses fesses, un air d'incompréhension totale sur le visage. Ils se fixèrent l'un l'autre avec intensité, pendant de longues secondes – la peur et la tristesse lisibles dans le regard de la jeune femme, tandis que l'on pouvait lire la colère et le désir dans le sien.

Amelia fut la première à réaliser ce qu'il s'était passé. "Maître ! Maître... Je suis désolée ! Est-ce que je vous ai fait mal ?" Elle espéra que non.

Severus demeura silencieux, une expression ténébreuse et animale sur le visage. Il se leva.

"Maître ?" demanda-t-elle avec hésitation, effrayée par sa prochaine réaction. "Maître..."

"Ca va," répondit-il avec dureté.

"Je suis désolée !"

"J'ai dit que ça allait !"

Il la fusilla d'un regard froid. Amelia le perçut immédiatement, elle sentit qu'elle devait fournir quelque explication à ce qui venait de se passer. "Maître... Je suis désolée ! J'espère que je ne vous ai pas fait mal... Je ne voulais pas..."

"Je sais ce que tu ne voulais pas !" Sa voix se voilait désormais d'un ton méchant. "Tu ne veux pas de moi !" On entendait le rejet dans son ton, accompagné d'une pointe de tristesse aussi.

Amelia lui saisit la main, dans une tentative pour le calmer ou lui faire changer d'avis. "Maître ! Je vous en prie ! Ecoutez-moi ! Je..."

Mais cette fois, ce fut Severus qui la rejeta. "Ne m'approche pas, sorcière !" Il s'empara rapidement de ses vêtements, cape, chaussures et chaussettes, sa baguette et il sortit en hâte de la pièce. "Je ne veux pas entendre parler de toi !" aboya-t-il avec dureté, son visage affichant un air visiblement blessé.

"Maître ! Je vous en prie ! Je suis désolée..." Mais ses paroles se perdirent dans la pièce. Une minute ou deux plus tard, elle entendit la porte principale claquer en se refermant. Elle se leva et alla à la fenêtre. Elle le vit quitter la demeure de son long pas habituel, sa cape noire flottant derrière lui en tourbillonnant de fureur. Il traversa le portail qui s'était ouvert sur son ordre. Il ne jeta même pas un regard derrière lui.

Amelia alla s'effondrer sur une chaise non loin, la tête entre les mains. Cet homme était impossible. Il n'avait pas compris que la panique montait en elle et à présent, il la culpabilisait même pour son soit-disant rejet. Elle était incapable de le rejeter. Elle avait seulement eu peur. Pas de lui, mais de l'acte qu'ils avaient été sur le point d'accomplir ensembles. Amelia laissa échapper quelques sanglots. Serait-elle de nouveau capable de se comporter normalement avec un homme dans une telle situation ? Serait-elle un jour capable d'aimer à nouveau ?

Quand est-ce que je vais me remettre de tout ça ?


Amelia se sentait triste, désespérément triste, après les derniers événements de la matinée. Elle soupira, songeant à la façon injuste dont Severus avait réagi. Elle n'arrivait pas à comprendre pourquoi il n'avait pas pu percevoir qu'elle n'avait pas voulu coucher avec lui. Non pas qu'elle ne souhaitait pas avoir une relation proche, voire sentimentale, avec lui. Mais elle n'était pas prête à aller jusqu'au bout avec lui à nouveau. Elle avait besoin de temps. La première – et la dernière – fois qu'ils avaient couché ensembles n'avait pas été si merveilleuse pour elle. L'expérience n'avait pas été très bonne pour elle, pour dire la vérité. Il s'était laissé emporté par ses sens, de toute évidence. Pire, elle avait eu l'impression qu'il avait d'abord recherché son propre plaisir, de manière égoïste.

Peut-être que c'est là un truc de Mangemort. Peut-être que c'est là la manière dont les hommes Mangemorts s'engagent dans des activités sexuelles. A moins que ce ne soit seulement moi. Je ne peux plus avoir de relations sexuelles avec un homme... Amelia aurait aimé avoir une relation avec Severus mais s'il se comportait ainsi, sans se soucier de sa satisfaction de femme, ni de ses peurs, elle devrait alors mettre fin à leur relation. Peut-être que c'est ce qui vient de se passer, songea-t-elle. C'est lui qui y a mis fin.

Elle s'habilla rapidement et sortit de la pièce, essuyant sur son visage les derniers vestiges de son chagrin. Cependant, alors qu'elle traversait le salon, elle fut appelée par le seul portrait qui n'y avait pas été recouvert.

"Amelia ! Amelia... ma chère, que se passe-t-il avec Severus ?"

Amelia s'immobilisa sur place. Elle avait parfaitement entendu la question posée par feu le Directeur. C'est seulement qu'elle ne souhaitait pas y répondre. Pourtant, elle ne pouvait pas ignorer la supplique dans la voix du vieux sorcier. "Oui, Professeur Dumbledore ?"

"Amelia, dites-moi, est-ce que Severus a été convoqué par le Seigneur des Ténèbres ?"

La question lui offrait une sortie facile pour se libérer d'un interrogatoire plus poussé. Mais en même temps, ce serait un mensonge. Amelia était conscient que tout ce qui concernait Voldemort était une affaire grave, qui ne devait pas faire l'objet de falsifications. Elle ne pouvait pas mentir. Elle s'arma de son courage. "Non, il n'a pas été convoqué, Professeur."

Dumbledore la regarda avec soulagement. "Ah, j'ai eu peur que cela soit le cas. Vous voyez, il a fui de la maison si vite. Une idée où il aurait pu aller ? Et pourquoi ?"

Elle fit non de la tête. "Je l'ignore, monsieur," répondit-elle dans un murmure. Ce n'était que la moitié de la vérité. Elle savait pourquoi il était parti. Mais elle estimait que c'était bien trop personnel pour être rapporté.

"Il ne vous a rien dit ?" Il y avait une surprise sincère dans sa voix. "Dites-moi, Amelia, que s'est-il passé pour qu'il parte si vite ?"

La jeune sorcière savait que le Directeur parviendrait à lui extorquer la vérité en fin de compte. Elle n'était pas de taille contre lui – même sous sa forme de portrait. Vaut mieux en finir maintenant. Néanmoins, cela restait gênant. "Nous avons eu... un désaccord," laissa-t-elle échapper d'une façon plutôt boiteuse.

"Un désaccord ? Sur quoi ?" Dumbledore réalisa que la jeune femme devant lui était une personne réservée, assez comme Severus lui-même. Il changea de tactique. "Amelia, je n'essaie pas de fouiller dans votre vie. Mais à ce stade de la guerre, il est crucial que vous deux, vous travailliez ensemble étroitement. Si vous avez un désaccord, quel qu'il soit, il vous faut le résoudre rapidement, pour que vous puissiez continuer à travailler ensembles. Vous comprenez ?" Il soupira.

Bien sûr qu'Amelia le comprenait. Mais est-ce que quelqu'un comprendrait ses motivations derrière ses propres réactions ? "Oui, Professeur." Vous devez le lui dire ça aussi. C'est lui qui a fui, après tout. Il faut être deux pour danser la valse.

"Bien. De plus, Severus doit revenir ici régulièrement pour me voir à propos de la guerre, maintenant que mon portrait ne se trouve plus dans sa maison de Spinner's End."

Amelia voulait lui dire que cette responsabilité en incombait au Maître des Potions, qu'il devait se comporter de manière adulte à cet égard – et non pas comme un idiot, comme il venait de le faire. Mais faire état d'une telle raison reviendrait à s'attirer toute une série de questions à propos d'un problème quelque peu privé dont elle ne souhaitait pas parler. "Je pense qu'il reviendra, monsieur. Le Professeur en est conscient." Elle espéra avoir raison. Elle n'imaginait pas Severus se comporter de manière irresponsable en ce qui concernait la guerre en cours. Il pouvait avoir beaucoup de défauts, mais il n'était pas le genre d'homme à se défausser de ses obligations.

"Vous avez l'air inquiète, ma chère," fit gentiment Dumbledore. "Je peux peut-être vous aider."

La proposition était tentante. Amelia souhaitait éviter certains sujets mais elle devait reconnaître qu'une petite discussion avec une personne aussi sage que Dumbledore pouvait lui faire du bien, même si elle n'aimait pas lorsque les gens se montraient quelque peu indiscrets ou propageaient des ragots. Au point où elle en était, elle ne savait pas quoi faire. "Je ne le crois pas, Professeur."

"Que voulez-vous dire ?"

"C'est là un problème que seuls le Professeur et moi devons résoudre. Tous seuls."

Dès qu'elle eut prononcé ces paroles, Amelia les regretta. Dumbledore n'était pas stupide. Ces paroles sonnaient comme un aveu clair et franc.

"Oh, je vois. Votre désaccord... portait sur quelque chose de... personnel." C'était une affirmation. Il soupira. "Amelia. Je ne suis pas là pour vous juger, vous ou Severus. Je veux seulement aider. Vous aider tous les deux." Il ré-arrangea sa barbe. "Je sais comment Severus peut être parfois. Je sais combien il se montre difficile. Est-ce qu'il s'est mal conduit envers vous récemment ?"

Mal conduit ? Elle fit non de la tête. "Oh, non, pas du tout. C'est seulement que... je pense que ça a à voir avec moi."

"Ce qui veut dire ?"

Amelia éprouvait un sentiment partagé. Elle ne souhaitait pas faire plus de confidences au vieux sorcier. En même temps, elle voulait déverser ce qu'elle avait sur le cœur, vivant mal le fait qu'elle n'avait personne à qui parler pour avoir un conseil. Elle soupira. Elle avait besoin d'un ami et le vieux Directeur était ce qu'elle avait de plus proche d'un ami, dans les circonstances présentes. Pourtant, tout ceci était si personnel, si intime. "Je ne crois pas..." Elle ferma les yeux brièvement. "Le Professeur... Je crois qu'il s'intéresse à moi mais je crois que je ne peux pas avoir une relation avec lui."

"Oh, vous voulez dire une relation sentimentale ?"

Elle confirma d'un oui de la tête, le visage baissé.

Dumbledore demeura silencieux pendant quelques secondes. "Severus est un homme très dévoué, Amelia. Il ne fait jamais les choses à moitié, vous savez. Il a été très seul durant presque toute sa vie mais il est doté d'une capacité à aimer forte et durable."

En entendant ces mots, Amelia leva la tête. Aimer ? C'était là une révélation surprenante. Dumbledore poursuivit. "Vous voyez... J'ai connu Severus pendant presque toute sa vie. Il paraît froid et sans émotion, il peut se montrer parfois cruel, mais au plus profond de lui-même, il peut abriter des sentiments très puissants. Peut-être que c'est ça qui vous a effrayé à un certain point. Inutile de dire qu'en dépit de ses façons revêches, c'est un homme décent. Un homme noble, je devrais même dire."

"Je le sais déjà, Professeur." Elle était intriguée. Elle avait certes vu les deux facettes de la personnalité de Severus. Quand il s'était comporté de manière dure, presque cruelle, voire même malveillante. Cela avait été une comédie, jouée lorsque Pettigrow vivait avec eux. Elle avait aussi vu combien attentionné et désintéressé il pouvait être. Lorsqu'il lui avait donné le livre sur les accouchements. Lorsqu'il avait accepté de la torturer lui-même pour lui éviter un traitement encore plus horrible aux mains de ses frères Mangemort. Entre le noir et le blanc, les ténèbres et la lumière, le bien et le mal – et deux Maîtres très manipulateurs – il n'était qu'un homme qui faisait de son mieux pour survivre et aider autrui à en faire autant, dans la mesure de ses possibilités. Il était possessif avec elle, mais protecteur en même temps.

Amelia était de plus en plus convaincue que la faute ne devait pas en incomber à Severus, mais bien à elle. Elle avait eu peur, une peur totale, non de lui mais de ce qu'il pouvait lui faire en tant qu'homme. Peut-être qu'un jour, elle serait capable d'en parler. Elle songea à Pettigrow et à ce qu'il lui avait fait. Elle le haïssait. Il resterait dans son âme tel un fantôme désagréable, pour le restant de ses jours. La guerre avait ruiné ses projets, mais Pettigrow avait ruiné sa vie personnelle. "J'ai besoin d'aller tirer mon lait, Professeur," fit-elle doucement.

"Bien sûr, mon enfant. Vous savez que vous pouvez revenir vers moi si vous avez besoin de parler."

Elle fit oui de la tête et sortit du salon, beaucoup de pensées lui venant à l'esprit.

Et ma propre capacité à aimer ? La mienne ?


J'espère que vous avez aimé ce chapitre - même s'il montre qu'une situation a priori favorable, peut très vite dégénérer, de manière imprévue, si l'on n'y prête pas attention (n'est-ce pas, Severus ?).

Je fais mon possible pour garder les personnages fidèles à eux-mêmes et cohérents avec l'intrigue et leur environnement. Dites-moi ce que vous en pensez... j'aimerais bien que vous me donniez votre avis ! Vous savez que j'aime aussi vous lire. Le formulaire pour laisser des commentaires ne mord pas - moi non plus d'ailleurs.

Comment ce chapitre vous a fait réagir ? Avec colère ? Tristesse ? Indignation ? Compassion ? Pour qui ? Severus et/ou Amelia ?

Le titre du chapitre renvoie évidemment à cette capacité à aimer qu'avait évoqué Dumbledore...