CHAPITRE 38 : Omnie Vincit Amor

L'amour triomphe de tout

Comme à chaque fois qu'il transplanait, Remus se sentit nauséeux en touchant la terre ferme. Il vacilla, porta la main à son front. Goodfaith lui posa une main sur l'épaule.

« Tout va bien ? »

Remus se dégagea d'un mouvement brusque et l'homme recula en levant les mains, visiblement terrifié à l'idée d'avoir froissé un loup-garou. D'un geste du menton, il désigna une maison n'ayant, a priori, aucune particularité par rapport à toutes les autres.

« Vous l'avez laissée toute seule ? demanda Remus plus que suspicieux.

_ Je vous l'ai dit : ses jours ne sont pas en danger. »

Il plongea la main dans l'une des poches de sa robe et, doucement, en tira sa baguette qu'il pointa sur la serrure. Dans un cliquètement, le loquet céda et la porte s'ouvrit en grinçant. Il semblait faire sombre à l'intérieur. Goodfaith tendit la main pour inviter Remus à entrer. Ce dernier secoua la tête.

« Vous d'abord. Si quelqu'un nous tombe dessus, j'aime mieux que ce soit sur vous. »

Goodfaith grimaça un sourire qui ne reflétait aucun réel amusement. Il semblait davantage anxieux à l'idée d'être aussi proche d'un loup-garou. Remus sentait sa peur aussi distinctement que si on la lui avait mise sous le nez. Il referma sa main sur sa baguette, dans la poche de sa veste. Si Goodfaith avait été d'une aussi bonne foi qu'il voulait le laisser croire alors il n'aurait pas été aussi anxieux.

Ils entrèrent dans la maison. Il y faisait agréablement chaud. Ce qui signifiait qu'il ne s'agissait pas d'un endroit abandonné pris au hasard. Un bon point pour Goodfaith.

Remus laissa la porte se refermer derrière lui mais fit néanmoins en sorte qu'elle ne se claque pas. Elle resta légèrement entrouverte. S'il y avait un système de verrouillage automatique, il ne se déclencherait pas tant qu'elle ne serait pas totalement fermée.

Goodfaith fit un signe vers les escaliers et commença à monter. Remus le suivit, regardant tout autour de lui à la recherche de photos ou de quoi que ce soit d'autre lui prouvant que son mystérieux compagnon était bien le propriétaire des lieux.

Il ne vit absolument rien.

Ils débouchèrent sur un palier, toujours plongé dans l'obscurité. Remus sentait la tension dans chacun de ses muscles. A chaque zone d'ombre, il flairait le piège, s'attendant à ce que quelqu'un ne lui saute dessus.

Goodfaith se dirigea vers une porte au-dessous de laquelle filtrait un rai de lumière. Il l'ouvrit.

Allongée sur les couvertures, Tonks regardait le plafond. La lumière tremblotante d'une bougie l'éclairait, dessinant des arabesques sur son visage. Elle tourna la tête vers la porte, sourit en voyant Remus. Elle se dressa sur les coudes en grimaçant.

Le loup-garou entra dans la pièce et se précipita auprès de la jeune femme. Il s'accroupit auprès d'elle, elle lui passa les bras autour du cou, posa sa tête sur son épaule.

« J'ai eu peur qu'il ne te trouve pas.

_ Je suis là, tout va bien. Qu'est-ce qui s'est passé ? »

D'une voix tremblante, Tonks lui raconta la soirée de Noël au ministère. Elle ne lui parla cependant pas de la raison pour laquelle elle avait décliné l'invitation de Molly. Elle ne lui expliqua pas non plus qu'elle se posait des questions au sujet de la présence de Goodfaith ce soir-là. Mais elle lui relata dans les détails la conversation qu'elle avait surprise entre Dawlish et le loup-garou barbu.

« Darrius, murmura Remus entre ses dents lorsqu'elle eut terminé. Je me doutais bien qu'on entendrait à nouveau parler de lui. »

Tonks posa la main sur sa joue.

« J'ai entendu parler des deux aurors que tu as tué. Je suis désolée, je…

_ C'est Greyback qui les a tués. Pas moi. »

Le visage de Tonks se détendit. Un souffle de soulagement s'échappa d'entre ses lèvres, vint caresser la joue de Remus.

« Comment est-ce que tu te sens ? demanda-t-il.

_ Je ne sais pas. Ce n'est pas très douloureux, c'est juste que… Robert ? »

Remus se retourna à moitié pour constater que Goodfaith pointait sa baguette droit sur lui. Sa main tremblait et il était très pâle. Dans la lumière de la bougie, il avait des airs fantomatiques. Tonks resserra son étreinte sur la nuque du loup-garou comme si le simple fait de s'accrocher à lui empêcherait l'homme d'attaquer.

« Qu'est-ce que vous comptez faire, Robert ? demanda-t-elle.

_ Pardonne-moi, murmura ce dernier. C'est pour toi que je fais ça. Je suis désolé. »

Sa pomme d'Adam monta et descendit rapidement le long de sa gorge tandis qu'il déglutissait. A la façon dont il tremblait et dont il semblait si peu sûr de lui, Remus devina qu'il n'avait jamais réellement eu l'occasion de se battre. Ce type crevait de peur, ce qui faisait frémir d'envie ses sens de loup-garou.

Lentement, Remus s'éloigna de l'étreinte de Tonks et se leva. Goodfaith serra sa baguette à deux mains.

« Pas un geste, hybride !

_ Robert ! cria Tonks. C'est un ami ! Vous ne pouvez pas…

_ Le ministère ne tolère pas la présence des hybrides ! C'est pour toi que je fais ça, Nympha… »

Il ne put aller plus loin. Il s'était légèrement tourné vers Tonks pour se justifier de son acte, laissant à Remus une très belle occasion d'agir. Mû par la bête qui réclamait du sang, ce dernier franchit d'un bond la distance qui le séparait de l'homme. Sa main droite se referma sur la baguette tandis que sa main gauche le saisissait à la gorge. Goodfaith voulut pousser un cri qui resta coincé sous la paume du loup-garou. Ses yeux s'agrandirent de terreur, il se débattit. Un éclair de lumière jaillit du bout de sa baguette, frôla Remus et alla s'écraser dans le mur.

Tonks laissa ses jambes glisser le long du matelas et se leva. Ses genoux se dérobèrent sous son poids, elle s'effondra à quatre pattes. Ses yeux se remplirent de larmes. Une douleur atroce lui vrilla le flanc. Elle cria.

« Remus ! Arrête ! »

La soudaine trahison de Goodfaith lui semblait ignoble, inconcevable, mais ce qui l'effrayait le plus, c'était l'expression de Remus. Son visage reflétait un pur bonheur, ses yeux brillaient d'une lueur malsaine. Il portait la bête à fleur de peau, la laissait l'envahir. Et il se battait sans baguette… comme un loup.

Peu à peu, la meute de Greyback était en train d'en faire l'un des siens. Si Tonks ne trouvait pas le moyen de l'exfiltrer rapidement, elle allait le perdre.

Goodfaith envoya son coude dans la mâchoire du loup-garou. Il sentit le choc et pourtant, ce dernier ne le lâcha pas. Il poussa un glapissement de terreur tandis que ses épaules heurtaient violemment le mur derrière lui, faisant trembler un cadre qui tangua au bout de son clou.

Le visage de Remus se trouvait maintenant à quelques centimètres à peine du sien. Il sentait son souffle saccadé s'écraser sur son visage. Il voyait nettement la flamme qui brillait dans son regard. Il sentait également son odeur, un peu âcre, pourtant très discrète mais incontestablement l'odeur d'un fauve.

Les deux hommes se toisèrent ainsi durant ce qui sembla une éternité. De là où elle se trouvait, Tonks n'entendait que leurs respirations précipitées. Goodfaith était acculé. L'un de ses bras était immobilisé et l'autre s'évertuait à repousser son assaillant. Face à Remus, il ne semblait avoir aucune chance.

Elle se redressa sur les genoux, fouilla fébrilement la table de nuit à la recherche de sa baguette. Lorsqu'elle la trouva enfin, elle se sentait vidée, comme si, d'un maléfice, on lui avait arraché les entrailles. Etreignant aussi fort que possible le bâton, elle prit appui sur le petit meuble pour se lever. Alors aussi rapidement que possible, elle traversa la pièce en vacillant et posa sa main armée sur l'épaule du loup-garou. Elle le sentit tressaillir et se contracter. Il devait probablement lutter avec lui-même pour ne pas lui sauter à la gorge.

Doucement, elle saisit son poignet et l'éloigna de Goodfaith.

« Qu'est-ce que vous comptiez faire, Robert ? dit-elle dans un souffle. Le tuer ? Je ne vous aurais pas demandé de me le ramener si c'était pour le tuer.

_ Le ministère pardonnera ton altercation avec Dawlish si tu lui ramènes la tête de ce loup-garou. »

Tonks secoua la tête tout en continuant à éloigner Remus de sa cible. Lentement, très lentement, pour ne pas brusquer une réaction violente. Pour l'instant, il semblait se laisser faire mais la lueur qui brillait dans son regard lui assurait qu'il ne lui faudrait pas grand-chose pour attaquer à nouveau.

« Tu n'as rien compris, Robert. Remus n'est pas un ami. C'est mon amant. »