Notes : je ne sais que vous dire pour vous remercier, vous êtes géniaux ! Bienvenue à Lune Noire30 :)

Vous avez apparemment apprécié la version que je vous ai proposée de la rentrée de Poudlard sans Dumbledore, avec Hermione mais sans Harry et Ron.

Hermione devient le souffre-douleur des Carrow. Heureusement ses amis sont là pour la soutenir. Excellente lecture à tous !

Avertissement : aucun

.

Chapitre XXXVIII - La Nouvelle Armée de Dumbledore

.

Elle ne s'était pas bien conduite envers lui, l'avait trahi et déçu. Pis que cela, elle avait montré par son comportement une faiblesse de caractère que sa nature confiante et décidée ne pouvait pas supporter. Elle avait renoncé à lui pour obliger les autres. Elle avait succombé à la persuasion. Elle avait été pusillanime et timorée, Persuasion, Jane Austen

.

Dumbledore est enfin présent dans son portrait. Hermione jette un Sort de Silence autour d'eux.

"Qu'attendez-vous exactement de nous, Monsieur ? demande-t-elle tout de go.

Il hoche la tête, apparemment indécis, puis regarde la jeune femme et se caresse la barbe.

- Tout Madame Snape, finit-il par déclarer.

- N'en avez-vous pas assez demandé à Severus ? lui reproche-t-elle amèrement. Il a obéi au moindre de vos désirs, allant même jusqu'à vous tuer, corrompant plus encore son âme déjà entachée.

- Je suis coupable d'avoir exploité sa nature, je le reconnais. Son penchant naturel pour se montrer réservé et inaccessible est ce qui en a fait l'espion parfait. Un homme solitaire. Un homme qui ne partage aucune confidentialité et ne forme quasiment aucune relation n'a pas de faiblesses, du moins le croyais-je. Je savais que j'avais trouvé en lui le sorcier idéal.

- Depuis des années je vous ai montré toute l'honnêteté dont je suis capable, dit-elle sur un ton contenu. Severus s'est entièrement remis entre vos mains. Maintenant, écoutez-moi. La soie dans sa voix se change en acier. Je suis honnête quand je dis que je veux vous faire confiance. Mais vous et moi savons très bien que vous nous avez caché une grande partie de votre esprit. Comment puis-je vous faire confiance si vous continuez à dissimuler des informations ?

- Ce que je puis vous dire est que les Horcruxes doivent être détruits afin que Harry puisse affronter Jédusor et le vaincre, accomplissant ainsi la Prophétie."

Hermione ne répond pas. Elle est déçue. Ce que Dumbledore vient de lui énoncer n'est pas nouveau.

"Avez-vous lu le livre Les contes de Beedle le Barde que je vous ai légué ? demande-t-il subitement en la tirant de ses pensées.

- Non, répond-elle, surprise par la question. J'avoue ne guère en avoir eu l'opportunité. Je dois faire face à une montagne de travail cette année. Ne pouvez-vous m'expliciter ce choix ?

- Hélas non, Madame Snape. La victoire doit se mériter. Mais sachez que vous devez démêler la symbolique de l'un des contes, celui des "Trois Frères"...

Sur ces paroles sibyllines, le sorcier salue Hermione et disparaît à l'intérieur de son portrait, la laissant désappointée.

.

Au moment où Hermione s'assied aux côtés de ses camarades pour le petit déjeuner, elle sait que les mardis seront sans conteste l'un des pires jours de la semaine. Le matin, elle doit assister au cours sur l'Etude des Moldus, suivi par deux heures avec les Arts Sombres. Si Hermione a deviné que le professeur Alecto Carrow la déteste - et le mot est faible -, elle sait avec certitude que son frère n'éprouve également que mépris envers elle. Ce dernier n'hésite pas à obliger la jeune fille à se battre contre deux, voire trois élèves, choisis avec soin par lui : ceux qui la détestent ouvertement pour son statut de sang. Heureusement qu'elle est experte en Duel de magie et que jusqu'à présent elle est parvenue à s'en sortir sans trop de dégâts corporels, seulement des blessures superficielles qu'elle a été capable de soigner elle-même. Elle a glissé dans son sac du coton ainsi qu'une une bouteille d'essence de Dictame qui la suivent partout.

Le petit groupe se dirige les escaliers et se rend au premier étage. Arrivés devant la porte, Hermione se tourne vers Neville :

"Mon ami, promettez-moi que vous restez discret durant le cours de Madame Carrow, l'adjure-t-elle d'une voix pressante. Je ne puis accepter que vous soyez puni physiquement ou mis en retenue par ma faute.

- Je ne supporte pas la manière dont les Carrow vous traitent, soutient le jeune homme avec une flamme au fond de ses yeux. Et ce n'est jamais de votre faute. Jamais.

- J'apprécie votre sollicitude mais n'intervenez pas, je vous en supplie", insiste-t-elle encore en posant sa main sur le bras du sorcier dont le regard bleu s'adoucit aussitôt.

La porte s'ouvre sur Alecto Carrow dont le regard tombe directement sur la main de la jeune fille et affiche aussitôt une expression dégoûtée. Elle souille un sorcier. Elle ne comprend toujours pas comment Severus Snape a pu épouser cette engeance de la nature. Oh bien sûr elle est jeune et les hommes peuvent être attirés par les jeunes tendrons, mais elle ! Une Sang-de-Bourbe ! Le déchet de l'humanité, pas même digne de lui servir de paillasson. Et c'est elle qui partage son nom, sa couche. La sale garce !

Certes Severus est un Sang-Mêlé : son père était un misérable Moldu ; mais de par sa mère, il appartient à l'une des plus anciennes et des plus prestigieuses lignées magiques, et de ce fait Alecto n'éprouve point à son encontre le même mépris que celui qu'elle ressent pour les autres sorciers de Sang-Mêlé.

Comment le Seigneur des Ténèbres, alors même qu'il prône l'éradication pure et simple de cette race, peut-il permettre à l'un de ses lieutenants, d'avoir pour épouse cette immondice ? Et de l'autoriser à poursuivre ses études quand ses congénères sont traqués, emprisonnés à Azkaban et éliminés ? Une bouffée de haine l'envahit en songeant à toutes ces années perdues.

C'est moi qui aurai dû être l'épouse de Severus, moi et non elle !

Elle se souvient de sa jeunesse, comment déjà elle était envoûtée par l'aura sombre et mystérieuse du jeune étudiant de Serpentard qui connaissait plus de Sorts, notamment sombres, que la plupart des élèves de septième année. Il n'était point beau, loin s'en faut, avec cette balafre qui défigurait son visage déjà ingrat, mais elle était fascinée par le sorcier taciturne et solitaire. Elle avait tentée de se faire courtiser mais il ne s'intéressait à aucune demoiselle hormis la Sang-de-Bourbe de Gryffondor, une rousse aux yeux verts qui finalement avait épousé James Potter. Quand il avait rejoint les rangs des Mangemorts, elle avait tenté de le séduire mais il n'avait jamais semblé intéressé. Mais sa réaction avait été la même envers les autres sorcières. Il semblait se vouer à une vie de célibat.

Elle avait insisté auprès de son père afin qu'il lui proposât une union mais contre toute attente, Snape avait annoncé ses fiançailles avec Narcissa Black qu'il avait épousée quelques mois plus tard, au grand dam de Lucius Malfoy, fortement épris quant à lui de la blonde glacée.

Quand elle avait été informée de du divorce des époux Snape, Alecto avait secrètement repris espoir mais peine perdue, Severus n'avait montré aucun intérêt pour elle malgré son prestigieux lignage, refusant poliment mais fermement l'offre de mariage présentée par son frère, qui lui avait pourtant fait miroiter une dot conséquente. Avec le retour du Seigneur des Ténèbres, elle s'était à nouveau prise à espérer, mais le sorcier avait pris pour époux cette chose répugnante : la Sang-de-Bourbe Hermione Granger, sa pupille.

Les élèves s'installent à leur place. Le professeur Carrow frappe dans ses mains et tout le monde se tourne vers elle.

"Dans cette classe, vous allez apprendrez toute la vérité à propos des Moldus. Il y a beaucoup d'idées fausses qui ont été enseignées sur ce sujet dans le passé, notamment par votre dernière enseignante Charity Burbage - elle crache son nom - et qui ont circulé par la faute de sorcières et de sorciers qui se sont entichés du monde moldu. Je vais m'employer à corriger ces idées fausses et vous inculquer les véritables valeurs prônées par notre nouveau Ministère."

Elle s'arrête juste devant Hermione qui s'est hérissée aux paroles de l'enseignante.

"Ah oui. Quelle chance nous avons d'avoir notre Sang-de-Bourbe emblématique dans notre classe ! déclare-t-elle sur un ton dégoulinant de sarcasme. J'avoue ne point comprendre la magnanimité du Ministère envers vous, qui êtes une telle abjection," insiste-t-elle sans chercher à dissimuler la répulsion que lui inspire la jeune fille.

Cette dernière se contente de fixer un point derrière Alecto, s'obligeant à ne point répondre. A l'intérieur d'elle elle est un véritable volcan en fusion, mais à l'extérieur, l'on pourrait croire qu'elle ne ressent rien.

"Dix points en moins pour Gryffondor pour ne point regarder votre professeur dans les yeux, assène méchamment Carrow en ricanant. Les gens de votre espèce sont veules, sans aucune personnalité. Et votre attitude nous le confirme une fois encore.

- Non, vous vous méprenez, ils ne sont pas tous ainsi. Certains d'entre eux sont des êtres dignes et courageux, répond Hermione d'une voix posée.

- Comment osez-vous mettre ma parole en doute ? hurle l'enseignante en la coupant brutalement. Puisque vous affectionnez les Moldus, pourquoi ne pas vous infliger une sanction largement répandue chez eux ? siffle-t-elle d'une voix doucereuse. Vingt points en moins pour Gryffondor pour insolence et tendez vos mains Madame Snape. De suite.

Hermione devine que Neville s'apprête à intervenir. Elle serre brièvement sa main sous la table pour l'inciter à ne point agir et prend une profonde inspiration avant de poser ses mains à plat sur le pupitre de bois. Le silence règne dans la classe. Si certains visages affichent de la compassion, d'autres de la satisfaction teintée de cruauté. Elle s'oblige à ne point faire trembler ses mains et à ne pas quitter sa tortionnaire des yeux.

Quelques ricanements persifleurs retentissent dans la classe. Hermione prend tellement sur elle que ses dents produisent un grincement. Le premier coup de baguette s'abat avec une rare violence sur le dos de la main droite, aussitôt suivi par un deuxième sur la main gauche donné encore plus vigoureusement. Le regard mauvais de la Mangemort vient de tomber sur l'anneau nuptial. Il aurait dû être mien, enrage la sorcière. Les yeux d'Hermione se remplissent de larmes, mais elle réussit à ne produire qu'une forte inspiration et à retenir son cri. Retiens-toi Hermione , retiens-toi, elle cherche à te faire sortir de tes gongs pour te punir plus encore.

Alecto assène avec haine et brutalité cinq coups à chacune des mains. La jeune fille parvient à contenir ses cris de douleur et ses larmes malgré la terrible souffrance qu'elle subit. Ses grands yeux sont embués et rougis, ses lèvres saignent de les avoir mordues, mais elle se sent malgré tout victorieuse. Finalement la sorcière s'éloigne et poursuit sa leçon en déformant ou en véhiculant de fausses informations sur les Moldus et leur mode de vie, prenant pour exemple l'Inquisition espagnole et les exactions commises au nom de leur Dieu contre les hérétiques et les sorcières.

Mais cela a eu lieu il y a trois cents ans ! s'indigne Hermione en son for intérieur.

Elle ne peut plus bouger ses mains qui la font terriblement souffrir. Dès que le cours se termine, Neville range ses affaires car elle est incapable de le faire elle-même. Elle sort avec toute la dignité possible et se réfugie dans les commodités pour se soigner. Lavande et Parvati viennent l'y rejoindre et l'aident à sortir le Dictame de son sac et à l'appliquer sur ses plaies qui s'atténuent aussitôt.

"Vous êtes courageuse et je vous... admire, commence Lavande. Je sais que nous ne nous sommes jamais vraiment entendues mais je regrette mon attitude à votre égard. Je me suis montrée particulièrement puérile.

- Et en ce qui concerne les points perdus par notre Maison, ils seront récupérés avec les autres professeurs, renchérit Parvati. Ils savent bien que vous êtes une victime des attaques injustifiées des Carrow. Si jamais vous avez besoin de nous, nous vous apporterons notre soutien. On ne peut laisser ces personnes agir à leur guise...

- Merci, "répond avec un sourire triste Hermione.

Pendant le dîner, l'atmosphère de la Grande Salle paraît tendue. La jeune fille, tous ses sens en alerte, remarque chaque interaction à la table haute, chaque mouvement. Severus garde volontairement ses yeux sur son repas en grimaçant plus férocement que d'habitude, et pousse distraitement des grains de riz sur le bord de son assiette. McGonagall, assise à côté de lui, ne regarde pas dans sa direction, et ne lui adresse point la parole. Quant à Pomfresh, elle ne cesse de jeter des regards inquiets mêlés de colère en direction des Carrow.

À un moment donné, Severus lève ses yeux, et Hermione se retrouve à plonger dans les obsidiennes si froides qu'elle en frissonne et détourne les yeux. Pour lui aussi cette année est difficile, entre le mépris de ses anciens collègues, le comportement violent des Carrow envers certains élèves et ses convocations auprès de Voldemort.

.

DL DL DL

.

Les élèves se retrouvent dans la bibliothèque, sous prétexte de faire des recherches pour leurs essais, sous le regard désapprobateur de la bibliothécaire qui n'apprécie guère les groupes constitués de plus de trois personnes.

"Les Mangemorts sont très actifs depuis juin", commence Neville dès qu'ils sont assis autour d'une table. Hermione lance aussitôt un Muffliato.

"Les raids ont commencé début juillet et depuis lors n'ont pas cessé. Les Aurors ont bien essayé de les arrêter, mais depuis que Vol... - il se reprend à temps - Vous-Savez-Qui a pris le contrôle du Ministère, maintenant leurs actions criminelles sont soutenues et même encouragées.

- Quiconque est connu pour être un sympathisant des Nés-Moldus est inscrit sur une liste de restriction, renchérit Ginevra. Il paraît même que plusieurs personnes travaillant au Ministère ont été arrêtées. Le chef des Aurors, Kingsley Shackelbolt est en fuite depuis la chute du Ministère.

- Arrêtées ? répète Hannah.

- Parce ce qu'elles ne sont pas de Sang-Pur, qu'elles sont soupçonnées de sympathie avec des Indésirables, explicite Seamus, en faisant semblant d'écrire sur le parchemin devant lui en captant le regard perçant de Madame Pince. Vous n'êtes en sécurité que si votre famille peut prouver au moins deux ou trois générations de Sang-Pur. Certaines familles se retournent même vers leurs propres parents, coupant leurs arbres généalogiques de branches indésirables, ricane-t-il. Et si vous le faites, vous obtenez une faveur pour votre contribution à l'effort.

Une boule grandit dans la gorge d'Hermione et elle commence à sentir son cœur commence à battre plus rapidement dans sa poitrine.

- Et ta famille ? s'enquiert soudainement Seamus en s'adressant à la cadette des Weasley.

- Fred et George vont bien, déclare Ginevra en souriant, lui tenant le bras pour l'apaiser. Ils s'occupent de leur boutique Farces pour Sorciers Facétieux sur le Chemin de Traverse. Mère m'a envoyé un courrier pour me prévenir que Percy a bénéficié d'une promotion au Ministère. Mon frère Bill va bien également puisqu'il travaille pour Gringotts. Les Mangemorts laissent la banque tranquille pour l'instant. Ils pensent que Ron est malade et doit rester à la maison, car mes parents ont fait courir le bruit qu'il était atteint d'une maladie contagieuse. Mais eux aussi sont étroitement surveillés, achève-t-elle sur un ton qui laisse percer de l'inquiétude.

Hermione pose son livre pour en saisir un autre, poursuivant son jeu devant les regards soupçonneux du groupe de Serpentard qui vient de pénétrer dans la bibliothèque : Parkinson, Bulstrode, Crabbe, Goyle, Zabini, Nott et Malfoy.

- Je n'avais aucune idée que c'était si terrible, avoue Hannah d'une petite voix.

- Oui, ça l'est, déclare Luna qui vient de rejoindre ses camarades et pose son sac sur une chaise. Mon père, qui est le rédacteur du Chicaneur, essaie de rétablir la vérité mais son journal est moins lu que La Gazette du Sorcier.

Seamus se penche plus près alors qu'il surplombe les affaires scolaires posées sur la table.

- Harry est recherché par le Ministère et à chaque parution de la Gazette du Sorcier, un article le concernant est écrit, l'appelant un sorcier dangereux. Les raids ne sont pas directement rapportés, mais si vous lisez les nécrologies et les annonces de vente de propriété, vous pouvez deviner qui a été attaqué par les Mangemorts. Il semble que beaucoup de gens meurent ou s'éloignent définitivement. Des offres d'emploi paraissent, mais les annonces précisent bien que les Nés-Moldus n'ont pas besoin de postuler. Il y a eu beaucoup d'événements tragiques au cours des derniers mois, et cela ne va guère s'arrêter si nous ne faisons rien.

- Je pense qu'il nous faut poursuivre la lutte à l'intérieur de Poudlard, et éveiller les consciences de nos camarades contre les idées pernicieuses des Mangemorts, propose Hermione. Qu'en dites-vous Neville ? s'enquiert-il en croisant les yeux limpides du jeune sorcier.

- Je suis d'accord avec vous, bien sûr, mais il nous faudra faire preuve de discrétion afin de ne point être soupçonnés par les Carrow ou Snape."

Hermione sent son cœur se serrer en entendant le nom de son époux mais parvient à ne rien montrer de son émoi.

"Nous devons poursuivre notre entraînement au combat comme en cinquième année dans la Salle sur Demande et reformer l'Armée de Dumbledore, ajoute-t-il.

- Mais ce sera dangereux ! s'exclame Hannah.

- Ils ne peuvent s'en prendre aux élèves, avance Ginevra. Si les parents l'apprenaient, comment pourraient-ils faire confiance en une institution qui martyrise leurs enfants ?

- Je n'en suis pas totalement convaincue, réplique Hermione. Les Carrow font preuve d'un tel sadisme.

- Certes, mais nous n'avons que peu de solutions. Si nous n'agissons pas, alors ils auront gagné à cause de l'absence de résistance en face d'eux, affirme avec fougue Neville.

- Nous pourrions également produire des tracts et les placarder sur les murs, renchérit Ginevra.

- Il nous faut surtout essayer de recruter des élèves dans notre organisation.

- Nous devrons nous montrer extrêmement prudents dans notre recrutement et solliciter des élèves susceptibles de s'impliquer. Il ne faut pas que nous prenions le risque d'être dénoncés, déclare Seamus.

- Il faut également établir une limite d'âge. Nous ne pouvons entraîner avec nous des enfants. S'ils sont pris, je n'ose imaginer les représailles qui s'ensuivront, s'inquiète Ginevra.

- Est-ce que vous avez conservé vos Gallions enchantés ? s'enquiert Hermione.

- Oui, répondent les élèves d'une seule voix.

- C'est parfait ! Il suffira de leur lancer un Sort afin de réactiver le Charme Protéiforme ce qui permettra de leur restituer leur efficacité. Nous en distribuerons aux nouveaux adhérents et leur expliquerons le fonctionnement, explique-t-elle sur un ton exalté.

- Il nous faut trouver une couverture afin de masquer nos absences conjointes et trouver une autre salle que celle Sur Demande, sinon nous nous ferons repérer par Rusard, les Carrow ou un élève indiscret. Nous alternerons alors nos entraînements dans l'une et l'autre salle.

- Ne pourrions-nous demander à Madame McGonagall ou Monsieur Flitwick de nous aider ? propose Luna.

- Je pense que c'est une excellente idée, finit par répondre Hermione en souriant. Même s'ils refusent de le faire, je suis persuadée qu'ils ne nous dénonceront pas. Je vais solliciter une entrevue à notre Directrice de Maison, ajoute-t-elle. Ayons confiance, nous y parviendrons.

Ses camarades lui renvoient un regard chaleureux et confiant.

.

DL DL DL

.

Hermione jette un coup d'œil à la table des professeurs du professeur McGonagall à plusieurs reprises, se demandant combien de temps il lui faudra pour manger avant de s'excuser afin qu'Hermione puisse la suivre dans son bureau. Le professeur McGonagall semble remarquer qu'Hermione la regarde et mange également sa nourriture sans engager la conversation avec l'une ou l'autre des personnes assises à côté d'elle, Severus à sa droite ou Alecto Carrow à sa gauche. Son époux fronce les sourcils à quelque chose, peut-être à ce qu'Amycus dit au professeur Flitwick. Quand le dessert arrive, le professeur McGonagall regarde Hermione et hoche la tête en se levant gracieusement. Elle dit quelque chose à Severus avant de se tourner pour partir.

Alecto, qui a assisté l'échange, reste assise sur sa chaise, l'air suffisant. À plusieurs reprises, elle tente d'engager la conversation avec Snape, mais ce dernier l'ignore. Finalement il se lève et se précipite hors de la Grande Salle, suivi du regard appuyé de la sorcière.

"Je me rends au Bureau de McGonagall," déclare Hermione à voix basse à Neville en se levant.

Ce dernier se lève à son tour et suit Hermione depuis la Grande Salle. Contrairement à d'ordinaire, il garde une distance raisonnable, mais vigilante, tout le long de l'escalier principal et dans le couloir jusqu'au bureau de leur Directrice de Maison. La jeune Gryffondor regarde avec un sourire attendri le sorcier avant d'ouvrir la porte. Il hoche simplement la tête et lui fait comprendre qu'il va l'attendre à cet endroit. Il est touchant dans son rôle de protecteur.

Hermione donne le mot de passe et entre, en éprouvant un sentiment de soulagement d'avoir un temps seul avec son chef de Maison. Le professeur McGonagall entre peu après et propose un siège à Hermione.

"Je suis désolé de vous avoir fait attendre. Je parlais de vous avec Monsieur Flitwick et il je lui ai proposé de nous rejoindre. Cela ne vous dérange pas, n'est-ce pas? "

Elle fit un petit coup très subtil avec sa baguette avant de s'asseoir. Ils n'ont que quelques minutes à attendre avant que le professeur de Sortilèges ne se présente à son tour.

"Que désirez-vous Madame Snape ? interroge l'Ecossaise qui devine sur quoi va porter la demande de la jeune fille.

- Avec quelques camarades, nous avons reformé l'Armée de Dumbledore et nous aimerions que vous nous permettiez d'utiliser votre classe afin que nous puissions nous entraîner sans que les Carrow en soient informés, commence Hermione.

- Inutile que je vous explique le danger que cela implique jeune dame, lui rétorque son interlocutrice.

- Je peux créer un Club de Sortilèges, ouvert pour les élèves désirant se perfectionner, propose le professeur Flitwick.

- Le problème est que d'autres élèves pourraient s'y inscrire et nous serions dans l'incapacité de nous entraîner sans soulever des questionnements.

- Je pourrai proposer deux horaires et n'inscrire à l'un que les membres de votre groupe, si vous m'en fournissez la liste, déclare le sorcier.

- C'est une merveilleuse idée ! s'exclame Hermione avec un grand enthousiasme. Dès que j'ai le nom des participants, je vous les communiquerai, sachant que la liste évoluera certainement en cours d'année.

- Nous préviendrons les autres membres du personnel en qui nous avons une confiance absolue afin qu'ils vous couvrent si un jour vous vous faites attraper.

- Très bien, soupire le professeur McGonagall. Hermione, restez sur le qui-vive. Si l'un d'entre vous commet des indiscrétions ou que des preuves sont apportées que l'AD est en train de se réorganiser, les professeurs Carrow ou même votre époux pourraient vous tomber dessus et vous le faire payer chèrement.

- Je serai prudente, promet Hermione.

- Très bien, dit le professeur McGonagall, hochant la tête. Avec le professeur Flitwick nous vous fournirons à tous des laissez-passer spéciaux qui vous permettront de vous déplacer dans le château, même après le couvre-feu. Mais il ne faudra pas que vous en abusiez..."

Les trois sorciers se regardent en esquissant un sourire, la même lueur complice au fond des yeux.

"Vous devriez y aller à présent. Il ne faut point que l'on se doute que nous complotons quelque chose. Hermione, vous pouvez venir me voir pour une raison quelconque. Mon bureau sera toujours ouvert pour vous, achève-t-elle.

- Je vous en remercie vivement," répond Hermione en souriant tout en serrant chaleureusement les mains de ses professeurs.

.

Il baisse les yeux vers la jeune femme qui révise, assise devant la table basse. Ses livres, ses parchemins et ses plumes sont étalés sur la surface de la table et sur le sol à côté d'elle. Il admire son dévouement pour ses études, et quand il supervise ses essais, il a noté qu'elle commençait finalement à extrapoler, à émettre des hypothèses, à résumer et théoriser dans ses propres mots, en utilisant les citations des livres pour étayer et soutenir ses opinions plutôt que de simplement régurgiter ce qu'elle lit. Il a vu évoluer l'esprit critique de la jeune femme et sait qu'il n'aurait pu trouver une sorcière aussi adaptée à son esprit.

Il ne veut pas la perdre.

Il sait qu'elle complote avec ses camarades Gryffondor notamment et craint non seulement pour son intégrité physique, mais également pour sa vie.

"Hermione," commence-t-il.

Au son de sa voix, elle se raidit instantanément.

Severus s'approche de la sorcière et la prend dans ses bras. Il y a une sensation de froid et vide à l'intérieur d'elle que même sa présence ne peut totalement chasser, mais malgré elle, elle lui est quand même reconnaissante pour son étreinte. Il lisse ses cheveux, ôte les mèches collées sur ses joues et il la contemple une fois de plus, ses yeux clignotant dans une fureur qu'elle peut sentir mais qui n'est pas dirigée contre elle. Pas complètement. Il inspire profondément.

"Hermione, reprend-il. Je comprends votre désir d'aider vos camarades mais vous me mettez dans une position inconfortable, qui peut être aussi dangereuse pour vous que pour moi, explique-t-il. Les Carrow sont venus me signaler qu'ils soupçonnaient Londubat et Finnigan de préparer un mauvais coup. Des élèves les ont aperçus plusieurs fois en train d'entretenir des conciliabules.

- Malfoy ou l'un de ses acolytes je présume ? se moque-t-elle.

- Malfoy ? reprend-il en plissant ses yeux. Non, ce n'est pas lui. Ce qu'il a vécu l'année dernière a changé son opinion sur beaucoup de choses.

- Oh vraiment ! dit-elle sur un ton sarcastique. Pourtant lui et sa bande de Serpentard ne se gênent pas pour rire à mes dépens quand l'un des Carrow me prend comme bouc émissaire !

- Ne changez pas de sujet Madame, gronde-t-il.

- Je sais Severus. Mais je ne puis rester sans rien faire tandis que mes camarades risquent leur vie pour des personnes comme moi. Vous me connaissez assez pour savoir que je ne me cacherai pas. La lâcheté n'est pas l'un de mes traits de caractère..." achève-t-elle d'une voix lasse.

Le visage du sorcier se fige. Il semble fixer un point sur le mur avant que son regard ne revienne sur son visage. Ses yeux sont si sombres alors qu'il la regarde. Ils ressemblent à deux bassins insondables sous ses longs cils noirs. Hermione croise son regard pendant un moment puis baisse la tête. Il relève son menton à l'aide de son index en prenant sa main qu'il serre dans la sienne. Il ne peut ignorer la grimace de douleur qu'expriment les traits juvéniles.

Il recule d'un pas et prend délicatement les mains. Il observe attentivement les marques encore présentes sur la peau. Une fureur sans nom envahit son être. Nul besoin de s'enquérir du nom de l'auteur de cette infamie. Alecto. La chienne. Elle me le paiera, pense-t-il avec férocité.

.

DL DL DL

.

19 septembre 1804

"Où est-elle encore allée ? s'agace Severus en ne découvrant point son épouse dans leurs quartiers. la voix de Dumbledore s'élève de son portrait :

- Je crois qu'elle est allée se promener du côté du Lac Noir, mon ami."

Il s'approche de l'une des fenêtres et reconnaît la silhouette familière qui flâne au milieu des bourrasques venteuses le long de l'onde sombre. Il contient difficilement un juron et se dirige vers la porte pour la rejoindre. Il ne lui faut pas plus de quelques minutes pour être auprès d'elle.

"Hermione !" l'interpelle-t-il.

Le vent fouette la jeune fille et elle n'entend point la voix qui l'appelle. Lorsqu'enfin elle tourne la tête, une rafale plus violente que les précédentes lui arrache le capuchon de sa pelisse, libérant l'enchevêtrement de cheveux et de ses boucles folles. Elle tente de repousser dans un geste dérisoire les mèches malmenées par le vent et offre un sourire radieux au sorcier qu'elle vient de découvrir. Ses yeux brillent d'une chaude lueur de joie. Elle se jette dans ses bras, et ce simple geste spontané fait mourir sur ses lèvres les remontrances qu'il voulait prononcer. Ils restent quelques secondes dans les bras l'un de l'autre, leurs silhouettes malmenées par la violence du vent.

Ils remontent lentement vers le Château, en luttant contre les forces déchaînées du temps. Ils ont hâte de se retrouver dans la quiétude de leur foyer.

.

Severus regarde dans les yeux Whisky qui expriment chaque pensée et émotion avec une passion qu'il trouve exaltante et terrifiante. En ce moment, elle le regarde avec tant de confiance et d'amour qu'il se sent presque effrayé. Il sait qu'à un certain moment les choses tourneront mal, et il ne veut pas briser cette fragile trêve qui peut rompre à tout moment.

"Joyeux anniversaire ma Princesse", susurre-t-il de sa voix soyeuse.

Il prend son visage entre ses mains, ses longs doigts tendres et doux sur sa peau. Il abaisse la bouche et l'embrasse doucement. Il voudrait lui dire encore une fois combien elle compte pour lui, comment il se sent redevenir vivant depuis qu'il la connaît. Il voudrait parler de ses propres rêves d'avenir et lui dire qu'il apprend à nouveau à espérer simplement parce qu'elle lui sourit, et que l'épée de Damoclès suspendue au-dessus de leur tête se transforme en une chimère dès qu'il la tient au creux de ses bras. Au lieu de cela, il l'embrasse encore, ses lèvres lui apprenant ces choses plus sûrement qu'un meilleur discours.

Elle fond contre lui, son corps chaud et doux et aux courbes dessinées aux bons endroits. Il oublie son âge et son passé et toutes les objections qui pourraient surgir dans son esprit alors que la justesse du moment lui coupe le souffle. Il a embrassé quelques femmes dans sa vie, mais aucune ne lui a apporté un tel sentiment de paix.

Une bûche craque dans la cheminée, mais ils sont inconscients de tout, sauf de leur baiser et des sensations exquises qu'il leur procure. Quand ses lèvres quittent des siennes, elle reste interdite quelques instants avant de réaliser qu'il a interrompu leur baiser, ouvrant lentement les yeux pour le voir la fixer avec une lueur étrange. Une sensation vertigineuse embrase ses sens.

Une heure plus tard...

"Hermione, vous me promettez de ne point vous exposer inutilement ?" chuchote-t-il dans la masse inextricable de ses cheveux.

Il n'y a pas de réponse. Sa respiration régulière lui dit qu'elle s'est déjà endormie. Il sent un tiraillement dans sa poitrine, et ses inquiétudes au sujet de ce à quoi ils vont devoir faire face deviennent une série de spéculations aléatoires qui l'empêchent de plonger dans les bras de Morphée une bonne partie de la nuit.

.

.

Et si nous jouions du gopichant (monocorde indien) ?