CHAPITRE 2 – L'IMPOSSIBLE AMITIE
« Mais où pouvaient-ils aller ? » s'était demandée assez rapidement Alix après avoir quitté Remus. Ils n'avaient intérêt ni l'un ni l'autre à être vus ensemble, en dehors des réunions qui concernaient les travaux de Claratown. Et à vrai dire, sortant elle-même assez peu, elle ne savait pas trop dans quel endroit ils pourraient passer la soirée. Il faisait un froid sec et sain… c'était déjà ça. Ils pourraient toujours marcher. Le pire aurait été un temps pluvieux… Le soir venu, elle se vêtit chaudement, passa par-dessus ses vêtements sa cape fourrée la plus confortable et se rendit à son rendez-vous.
Il l'attendait, derrière sa fenêtre et sortit aussitôt.
« Je vous aurais bien donné l'adresse de la cheminée… mais elle est impraticable. On s'en sert pour se chauffer uniquement.
- Je n'y avais pas pensé.
- Où désirez-vous aller ? »
La question qu'elle redoutait, justement… Il sentit immédiatement son hésitation et proposa :
« Voulez-vous me faire confiance… ? »
Un sourire lui répondit.
« Alors… accrochez-vous… allons-y. »
Elle s'approcha de lui, il la prit par les épaules et l'attira doucement. Elle ferma les yeux et se laissa aller… Elle eut l'impression de s'envoler. Une petite secousse lui apprit qu'ils étaient arrivés. Elle rouvrit les paupières… Ils étaient dans le noir le plus total ! Une odeur très forte de végétation pouvait faire penser qu'ils étaient dans une forêt. Elle entendait aussi un clapotis pas très loin…
« Venez ! murmura-t-il. Vous n'avez pas peur ? »
Elle aurait été au bout de l'enfer rien qu'en suivant sa voix… pour peu qu'il lui parle toujours sur ce ton si doux.
Il fit un geste. Et des centaines de petites lumières parurent s'allumer de part et d'autre d'un sentier. Il l'entraîna en la tenant par la main. Une barque les attendait au bout du chemin, elle-même illuminée par des dizaines de lucioles.
« C'est magnifique ! » murmura-t-elle, la gorge serrée par l'émotion.
Il tourna vers elle un sourire radieux.
« Vous chercheriez à me séduire, vous ne vous y prendriez pas autrement. » ajouta-t-elle.
Du coup, Remus redevint grave, et l'inquiétude affleura à nouveau dans son regard.
« Non, Alix… Je ne voulais pas… Je voulais seulement… vous faire plaisir… Que vous soyez bien. »
Et qu'il était touchant, à nouveau… Elle s'excusa :
« Je n'aurais pas dû dire cela. Pardonnez-moi. On m'a rarement accueilli … avec une telle féerie. Et même jamais…
- Nous pouvons aller dans un endroit où il y aurait plus de monde si vous voulez…
- Non ! Non, je vous en prie… Je veux rester ! Je ne veux être qu'ici. Je peux monter ? »
Il lui prit la main et l'aida à grimper dans la barque. Il en avait agrandi l'intérieur à coup de sortilèges, il avait ajouté des dossiers aux bancs et des coussins pour que ce soit plus confortable. D'un coup de baguette, il créa une bulle de chaleur autour d'eux et d'un autre il actionna les rames. La barque s'éloigna doucement de la rive.
« Vous devriez enlever votre cape… vous serez plus à l'aise. »
Alix défit sa cape, se félicitant intérieurement de ne pas avoir négligé sa tenue. Le choix de sa robe avait été particulièrement difficile. Elle avait passé une demi-heure de pur désespoir, debout devant la porte de sa penderie ouverte… La grise ? Non… trop banale. La verte ? Trop habillée… elle allait l'intimider. La noire ? Oh non ! Cela rappelait les robes de Poudlard… et elle n'était plus une élève. Finalement, elle avait opté pour une robe noire à fines rayures roses, au col et aux poignets rose pâle également.
« Alors… racontez-moi, Alix… Que devenez-vous depuis deux ans ?
- J'ai beaucoup travaillé. Je suis arrivée au Ministère et … j'ai travaillé sous les ordres de Dolores Ombrage… Qui m'a souvent donné l'occasion de penser à vous, d'ailleurs.
- Je ne la connais pas personnellement mais… j'ai entendu parler d'elle.
- Eh bien … Imaginez qu'elle est encore pire que ce qu'on vous en a dit ! Je n'ai jamais vu un tel ramassis de médiocrité et de bêtise… et de méchanceté.
- Et on vous a jeté entre ses griffes… J'imagine que vous vous êtes défendue ?
- Oui bien sûr… »
Mais il n'était pas question, évidemment de parler de Lucius.
« Et vous ? Que devenez-vous ?
- En quittant Poudlard, j'ai trouvé un travail à Londres tout d'abord. Grâce à Dumbledore encore une fois… Mais ce n'était rien d'intéressant.
- Et cet appartement, à Claratown ? Il est à vous ? »
Il sourit.
« Je n'ai rien à moi, Alix. Nous sommes trois à le louer. Nous essayons de nous organiser… de façon à ce qu'il soit toujours disponible pour l'un d'entre nous. Mes deux amis travaillent actuellement dans le sud et moi, je suis sur Londres alors c'est moi qui l'habite. L'un des deux rentre cet été… moi, j'ai un autre point de chute en ce moment… je le lui laisserai… On fait un peu comme on peut… c'est le seul moyen pour avoir quand même une sorte de chez soi… Dans le pire des cas, nous y vivons tous les trois… Mais ça n'a jamais duré bien longtemps. »
Elle se pencha un peu.
« Je vous promets que je ferai ce que je pourrais pour améliorer votre condition… Mais pour le moment, j'ai bien peu de pouvoir… Laissez-moi encore quelques années…
- Quand vous serez directrice de Poudlard, vous pourrez accueillir les enfants loups-garous… ouvertement. Et ce sera déjà énorme pour nous.
- Je ne serai jamais la directrice de Poudlard.
- Pourquoi ? Vous n'avez que vingt ans ! Comment pouvez-vous affirmer…
- Parce que cela ne m'intéresse plus !
- Vraiment ? Vous y teniez tellement !
- Non… Je veux être Ministre de la Magie maintenant… C'est le seul moyen de faire réellement avancer les choses ! »
Il éclata de rire et son rire résonna sur le lac.
« J'aurais dû m'en douter ! Alix… Rien ne vous fait peur, n'est ce pas ? »
Elle joignit son rire au sien. Que c'était bon de le faire rire à nouveau… et de provoquer son étonnement. Il plongea son regard dans le sien :
« Vous êtes sérieuse ? »
Elle haussa les épaules.
« Plus ou moins. Comme je l'étais plus ou moins dans le bureau de Dumbledore le jour où je lui ai dit que j'ambitionnais d'être directrice de Poudlard un jour… Par moment, j'y crois… et à d'autres… Je ne suis pas tout à fait sure d'être bien à ma place au Ministère. »
Elle était devenue grave.
« Que se passe-t-il ? demanda-t-il doucement
- Je ne sais pas. Je me bats pour faire avancer les choses… et je travaille beaucoup, vous savez ? mais parfois… je me dis que je serais bien plus heureuse seule, à l'écart de tous… Vous savez : comme ma grand-mère maternelle… Elle ne voit que ses patients. Elle vit à l'écart volontairement…
- Vous aimeriez vivre seule ?
- Ne me dites pas, je vous en prie, que je ne sais pas ce que c'est que la solitude, ou un truc comme ça…
- Ca ne m'est pas venu à l'idée. Vous êtes une vraie solitaire, je le sais bien. Mais je crois aussi qu'il y a en vous le besoin de … participer au monde. Hier matin, quand vous êtes arrivée… La rapidité avec laquelle vous avez réglé la question… Je ne sais pas ce que vous avez dit au magiçon mais il n'a pas été long à reprendre son travail.
- Je lui ai fait du chantage.
- Oui… vous avez négocié… »
Elle rit :
« C'est exactement ce que je lui ai dit ! »
La barque continuait d'avancer dans le doux clapotis des rames. Remus se pencha et prit un panier qui se trouvait à ses pieds. Il en sortit des sandwiches.
« Vous avez faim ? »
Non, elle n'avait pas faim mais elle en prit un tout de même qu'elle commença à grignoter du bout des dents.
Il reprit :
« Vous m'avez épaté hier matin… et depuis aussi. L'autorité dont vous avez fait preuve… Vous êtes si jeune encore… Vous ferez de grandes choses, j'en suis sûr…
- Qui vous dit que je ferai des choses qui vous plairont ? Vous savez que Dumbledore est loin d'être toujours d'accord avec moi !
- Mais il vous estime, n'en doutez pas. Je suis sûr que vous pourriez vous entendre… même si vous ne voudrez jamais le reconnaître ! »
Elle haussa les épaules.
« J'aime bien détester Dumbledore. Mais… pour tout dire c'est plutôt sa cour qui m'agace ! Il m'agace beaucoup moins depuis qu'il est tombé de son piédestal. »
Il la considéra un moment.
« Finalement, vous n'aimez pas quand ce sont les autres qui ont le pouvoir ?
- Je crois… - elle hésita : elle découvrait elle-même ce qu'elle s'apprêtait à dire – que je n'aime pas quand quelqu'un a le pouvoir absolu. »
Elle soutint son regard perçant. Elle savait ce qu'il pensait, à qui il pensait en cet instant. Mais il ne dit rien. Elle changea de sujet :
« Et vous ? Parlez-moi de vous, Remus. Qu'avez-vous fait depuis deux ans ?
- J'ai donc trouvé un travail, à Londres, j'y suis resté quelques mois. Ce n'était pas bien intéressant. Et j'ai trouvé quelque chose de mieux en Ecosse.
- Que faisiez-vous ?
- Oh… je travaillais dans un parc de protection des créatures magiques en voies de disparition. C'était un peu solitaire mais…
- Vous étiez seul ?
- Oui… en hiver en tout cas… au printemps quelqu'un est venu me rejoindre mais… je ne me suis pas très bien entendu avec cette personne et …
- Vous ? Vous, Remus… ? Vous ne vous êtes pas entendu avec quelqu'un ? sourit-elle, incrédule.
Il rougit un peu.
« Eh bien… à partir du moment où on commence à dire « non », à dire « je ne veux pas »… les relations commencent tout de suite à se compliquer.
- Vous avez dit « non »… ?
- Oui… J'ai dit : « Je suis peut-être un loup-garou mais toi tu es un pauvre type, alors, si tu veux rester ici, arrête de me prendre pour un imbécile !
- Non ? Vous avez dit ça à quelqu'un … Vous me le jurez ? »
Elle riait. Il secoua la tête, mêlant son rire au sien :
« Bien sûr que non, vous savez bien que je suis incapable de dire ça… en tout cas, pas comme ça !
- Mais en substance, vous l'avez dit quand même… » compléta-t-elle d'une voix douce.
Elle le sentait gêné sous son regard. Et son trouble la touchait et la troublait elle-même tout à la fois.
« J'ai essayé de … d'arrêter de me cacher… et d'arrêter de me sentir coupable et… d'agir en coupable. »
Il avait détourné les yeux. Il y eut un silence. Alix avait l'impression que son cœur s'était enflé au point de remplir toute sa poitrine. Elle aurait voulu prendre sa main, ou poser son front contre son épaule. Mais elle ne fit rien. Elle essaya d'évacuer l'émotion de l'instant en demandant :
« Et après qu'avez-vous fait ? Vous avez quitté l'Ecosse ? C'est l'autre qui est resté ?
- J'ai dû rentrer à Londres… au début de l'été dernier… Pour des raisons personnelles. »
Oui bien sûr… quelle idiote elle faisait ! Il y eut un nouveau silence assez pesant. Cette fois-ci, ce fut lui qui le rompit :
« J'ai vu votre oncle… Sirius. Je lui ai parlé de vous. »
Une lueur brilla dans les yeux de la jeune fille. Voilà qui allait être amusant…
« Vraiment ?
- Oui… Je pense qu'il voudra vous rencontrer quand il sera libre à nouveau de ses mouvements.
- Vous croyez ?
- Sirius a un caractère très entier mais… il est curieux de vous connaître. Au début, quand je lui ai parlé de vous, il n'a pas vraiment réagi mais je… l'ai revu récemment et… il m'a posé plus de questions cette fois-ci.
- Que voulait-il savoir… ?
- Je ne sais pas vraiment. Il m'a dit : re-parle moi un peu de ma nièce.
- S'il vit caché, il doit s'ennuyer terriblement. »
Il ne répondit pas. Il ne voulait pas risquer de trahir quoi que ce soit au sujet de l'endroit où se trouvait son ami. Alix sentit qu'il regrettait presque d'avoir évoqué leur récente rencontre.
Oh ! C'était insupportable. Leur conversation butait à tout moment sur quelque chose qu'ils ne voulaient pas dire ! Il ne pouvait pas lui faire confiance évidemment. Elle ne pouvait pas lui montrer qu'elle savait ce qu'il avait à lui cacher. Elle soupira. Aussitôt, il demanda :
« Ca ne va pas ? Vous voulez rentrer ? »
Elle secoua la tête doucement.
« Non. Je me demandais seulement… »
Elle s'interrompit. Non, elle ne pouvait pas…
« Oui ? Que vous demandiez-vous ?"
Et comme à chaque fois, la sincérité et l'inquiétude éclairaient de l'intérieur le regard qu'il plongeait dans le sien. Elle hésita mais finit sa phrase d'une voix douce :
« Je me demandais si nous pouvions encore être amis. »
Il répondit gravement :
« Je suis votre ami, Alix… N'en doutez pas. »
Elle rougit un peu et détourna les yeux. Non, il ne comprenait pas. Et l'immense sentiment de solitude qu'elle traînait avec elle jour après jour l'envahit de nouveau. Oh ! Dans quel pétrin s'était-elle encore mise ? Que faisait-elle là ? Vers quel fantôme courait-elle ainsi ? Elle eut envie subitement de rentrer chez elle, de s'enfermer dans sa chambre, de se recroqueviller sous ses couvertures… et dormir pour oublier. Elle sursauta presque quand il reprit :
« Vous avez tellement changé, Alix. »
Elle se redressa en un instant et lui fit face :
« Ce sont des choses qu'on ne dit jamais à une femme, Remus ! Vous ne maîtrisez visiblement pas les mondanités de bases – elle rit d'un rire un peu affecté – Ma Chère… Vous ne changez pas, les années n'ont pas de prise sur vous… Voilà ce qu'on dit quand on veut être agréable et poli. »
Mais il ne rit pas avec elle. Il se contenta de la dévisager et il y avait de l'inquiétude et de la tristesse dans son regard. Elle se troubla et fit mine de frissonner :
« J'ai froid. Je pense que je vais rentrer…
- Bien sûr »
Il bougea sa baguette magique et la barque amorça un demi-tour. Le silence s'appesantit encore entre eux. Elle se sentait mal à l'aise. Elle avait la gorge serrée et l'estomac noué. Il dit soudain :
« Je ne vous avais jamais vue aussi triste. »
Et comme elle ne répondait pas, il continua :
« Je vous ai vu pleurer plusieurs fois… à la mort de votre père notamment… mais jamais je n'avais senti une telle… tristesse… il n'y a pas d'autre mot. »
Mais que pouvait-elle répondre ? Il aurait fallu tout raconter… lui décrire par le menu comment la jeune fille idéaliste qui avait quitté Poudlard avait perdu son innocence en même temps que ses rêves. Et pour le faire, il aurait fallu parler de Lucius…. et elle ne voulait pas parler de Lucius avec lui. Elle se contenta de hausser les épaules sur un banal :
« La vie n'est pas toujours si facile... Je suis juste un peu fatiguée ces derniers temps. »
Non décidément, ils n'avaient plus rien à se dire. Ou plutôt ils ne pouvaient plus rien se dire. Et c'était bien pire et bien plus douloureux de le retrouver enfin, et avec lui la tentation du repos, l'envie de se laisser aller, de se démettre du fardeau quotidien d'angoisse et d'amertume, de combats à mener… et de devoir lutter au contraire pour n'en rien laisser passer. Porter un masque devant lui… C'était au-dessus de ses forces. Il avait fait tomber ce masque quelques années auparavant et désormais la seule façon d'être devant lui était à visage découvert. Il faudrait donc renoncer à le voir. Il était inutile de se blesser d'avantage sur cette impossible amitié.
Aucun des deux ne parlaient. La nuit était silencieuse. On entendait que le clapotis des rames sur l'eau. Ils arrivaient près du rivage et Alix se sentait vidée d'elle-même. Tout à l'heure, oui, quand elle serait seule, elle aurait mal, elle le savait. Mais pour le moment, elle ne sentait plus rien…et elle ne pensait plus rien. Elle allait descendre de cette barque et dire au revoir… à plus tard, probablement à Claratown…
« Alix… »
Elle leva les yeux vers lui. Son visage était tendu et anxieux. Il hésitait visiblement à parler.
« Alix… je crois que… peut-être que nous devrions être sincères… Je sais que vous vivez – plus ou moins – avec quelqu'un que … je réprouve totalement… Et vous connaissez ma fidélité envers Dumbledore… Mais… ne pourrions-nous pas… mettre ces antagonismes de côté ? Ne pourrions-nous pas être amis malgré tout ? »
Elle avait le cœur gros soudain et une énorme envie de pleurer qui lui montait dans la gorge.
« Vous croyez que c'est possible ? murmura-t-elle.
- Oui, je crois… Si vous me faites confiance et que je vous fais confiance…
- Vous me feriez encore confiance ? souffla-t-elle.
- Oh Alix ! Pourquoi ne vous ferai-je plus confiance ? On ne me fera jamais croire que vous ressemblez à… - il répugnait visiblement à prononcer son nom.
- Lucius.
- Oui, Lucius Malfoy.
- Et si je lui ressemblais quand même un peu, Remus ? Si je n'étais pas avec lui par hasard ?
- Je vous en prie, Alix… Je vais dire des choses désagréables sur lui et… vous n'allez pas aimer !
- Oui… Mais, vous avez dit que nous devions être sincères et nous faire confiance ?
- A quoi jouez-vous ? Vous voulez m'entendre dire que Voldemort est revenu ? Que Lucius Malfoy est un mangemort… un monstre par conséquent ?
- Non… Vous voyez, c'est impossible ! »
Il se pencha brusquement et prit ses deux mains dans les siennes.
« Ne dites pas cela ! Pas vous, Alix ! Rien n'est jamais impossible pour vous… vous savez bien ! »
Il la dévisageait avec une telle intensité… et ses mains étaient si chaudes sur les siennes… Elle eut un soupir désabusé :
« J'ai grandi, Remus. Je sais bien maintenant qu'il ne suffit pas de vouloir. Et même que « vouloir » en soi… n'est pas toujours une chose facile.
- Bien sûr que vous le savez maintenant… Et il y a des choses impossibles… mais pas notre amitié, Alix, pas notre amitié. »
Il la dévisageait avec une espèce de ferveur. L'angoisse et le désespoir noyait le cœur de la jeune fille, coinçaient les mots dans sa gorge, bloquaient sa respiration. Enfin, elle murmura :
« J'ai bien peur de ne pas être celle que vous croyez. »
Il serra plus fort ses mains dans les siennes.
« Non, c'est pire : vous êtes celle en qui je crois. »
Elle ouvrit la bouche pour répondre et la referma avant de souffler :
« Vous êtes fou ! Vous ne savez pas ce que j'ai fait depuis deux ans ? Vous ne vous en doutez pas ?
- Je sais que ce soir, vous êtes là et que c'est vous qui l'avez voulu. Je sais que vous êtes incommensurablement triste, je sens que vous avez peur, que vous êtes perdue… que vous avez perdu vos illusions… mais ne doutez pas de vous !
- Je me croyais forte et courageuse et maintenant je sais… Je ne suis pas comme ça, Remus ! Vous vous accrochez à un mirage. »
Il lui sourit avec tendresse.
« Vous êtes plus forte que vous ne croyez. Et certainement plus courageuse aussi. Ce n'est pas à cela que je m'accroche, comme vous dites.
- C'est à quoi alors ?
- Ce n'est pas seulement à cela. C'est à tout le reste aussi. »
Il y eut un silence et elle demanda, à brûle-pourpoint :
« Quand nous nous sommes rencontré au Ministère…
- Oui ?
- Etait-ce vraiment un hasard ?
- Non. J'étais venu pour vous. On m'avait demandé de prendre contact avec vous.
- Pourquoi ? »
Il soutint son regard et répondit doucement :
«Dumbledore pensait que vous pourriez peut-être nous rejoindre. Il avait apprécié que vous l'ayez prévenu que l'audience d'Harry Potter avait été avancée… Mais je vous ai sentie tellement fermée… Votre dureté m'a fait mal. Et je n'ai pas insisté. Alix…. Jamais je n'aurais rempli une mission que j'aurais désapprouvée. Jamais je ne vous aurais menti. Jamais je n'aurais cherché à vous manipuler. Vous le savez, n'est-ce pas ? »
Elle hocha la tête. Sa franchise était une véritable libération.
Elle murmura :
« Je vous ai fait de la peine ? »
Il sourit légèrement :
«Quand ? Quand vous vous êtes fait les griffes sur mon pauvre cœur ? Ou dans les couloirs du Ministère ?
- Je ne voulais pas vous faire souffrir.
- Je sais. »
Elle s'absorba un moment dans ses réflexions et soupira, résignée :
« Je crois qu'il vaut mieux que nous ne nous voyions plus. La situation est inextricable. Je sais pouvoir compter sur votre amitié. Mais je ne rejoindrai jamais Dumbledore. Et ma relation avec Lucius m'interdit tout contact avec quelqu'un de votre bord.
- Je vous en prie. Je ne vous demande rien… Je sais que vous n'êtes pas de notre côté. Et même si j'ai du mal à comprendre ce que vous faites du leur, je m'engage à ne pas poser de questions… »
Ce n'était pas cela qui lui faisait peur. C'était cette sensation que le temps s'était arrêté pour eux, deux ans auparavant… que les choses autour avaient curieusement bougé sans eux. C'était cette impression terrible qu'ils ne faisaient que reprendre le dialogue à l'endroit exact où ils l'avaient quitté. Elle ajouta :
« Tout est différent. Tout est dangereux maintenant. Nous ne sommes plus libres. »
Il s'approcha un peu d'elle et avança une main pour caresser sa joue.
« Etre votre ami est une liberté à laquelle je ne suis pas prêt à renoncer, Alix. Il en sera comme vous voulez. Mais… moi, je me sens libre d'être à vos côtés. »
Les larmes montaient aux yeux de la jeune fille. Elle répondit :
« Vous savez que je vais vous faire du mal encore ? »
Il la regarda gravement :
« J'ai déjà mal. »
Elle se pencha, posa sa tête sur son épaule et chuchota :
« Vous m'avez tellement manqué.
- Je suis là maintenant. »
