Bonjour à toutes !
Oui je sais, une fois de plus, je me suis faite désirer ! J'en suis désolée, comme à chaque fois.
Avant de lire ce dernier chapitre ( Et oui ! Dur dur de me l'admettre mais cette histoire est terminée !), je me permets un petit conseil musical :
(Pour celles qui ont lu « Breaking one's armor » de Motscontremaux, si cette musique vous ramènent systématiquement à ce cher « Renifleur », vous êtes dispensées ! ;-) )
RED - Pieces (impossible de mettre le lien, désolée !)
On se retrouve en bas ! Bonne lecture !
Chapitre 38 :
Qu'avais-je fait ? Qu'avais-je provoqué ? Je restai prostré et impuissant, à l'entrée de ce fichu cimetière, à regarder la femme que j'aimais agoniser. Mon dieu, qu'avais-je fait ? Je ne parvenais pas à retenir mes larmes, mon cœur était brisé en mille morceaux. La voir à genoux, suffocant et hurlant, la voir avancer difficilement, presque ramper, pour agripper cette tombe et ne plus la lâcher … Jamais, de ma vie entière, je n'avais ressenti pareille souffrance. C'était indescriptible, c'était innommable, inhumain, ça me transperçait de toute part, littéralement. J'avais mal pour elle, j'avais mal avec elle.
Je ne voyais plus ça comme un mal nécessaire, je regrettais amèrement de l'avoir emmenée ici. En pensant bien faire, je lui avais probablement donner le coup de grâce. Jasper avait raison, elle était bien plus détruite que je ne l'avais imaginé et, au lieu de l'aider, je venais d'utiliser l'arme qui allait l'achever. Ma gorge était nouée, je peinais à respirer, j'avais mal, j'avais peur, terriblement peur des conséquences. Je le savais, je serai incapable de supporter plus, de la voir retourner dans sa bulle pour ne plus en sortir, de la voir dépérir et s'éteindre peu à peu.
Je ne parvenais pas à détourner mes yeux, je ne voyais plus qu'elle, mon amour recroquevillée, accrochée au marbre blanc, se noyant sans même se débattre. Le poing appuyé sur mes lèvres, les yeux embués de larmes, je ne parvenais qu'à murmurer, si bas que je n'entendais même pas ma propre voix ''Je suis désolé'', ''pardon'', ''qu'est-ce que j'ai fait ?''. Des paroles inutiles et déplacées face à ce que je venais de provoquer. Je ne pouvais plus le supporter, c'était au-dessus de mes forces, je ne pouvais pas la laisser seule, je ne voulais pas la laisser comme ça. Il fallait que je l'arrache à cette tombe, que je l'arrache à cet enfer, que je la serre, fort, que je prenne sa douleur, que je la supplie de ne pas sombrer.
Je balayai mes larmes d'un revers de manche et enlevai les freins de mon fauteuil, les mains tremblantes. Je voulu avancer mais des doigts agrippèrent mon épaule. Je levai mes yeux inondés vers mon visiteur, trop affecté pour que sa présence me surprenne réellement. Une fois de plus, je ne pus que murmurer un pathétique, et pourtant tellement vrai, ''je suis désolé''.
Jasper ne me répondit pas, ne prononça aucun mot, ne fit aucun mouvement, gardant sa paume sur mon épaule, me fixant d'un air étrange, à la fois nerveux et compatissant. Il resserra sa poigne lorsque je tentai d'avancer de nouveau pour rejoindre ma Bella.
- Reste ici, m'ordonna-t-il doucement, fixant sa sœur avec tristesse.
- Je ne peux pas la laisser comme ça …
- Reste ici, répéta-t-il sans changer son attitude.
Je ne compris que l'instant d'après, lorsqu'au bruit de pas s'ajouta un ''oh mon dieu'' étouffé. Je me décalai légèrement vers l'arrière et aperçus Monsieur Swan, les yeux écarquillés, les mains plaquées sur sa bouche, suivi de son épouse. Je saisissais enfin le plan de Jasper. S'il avait tant insisté pour que je le prévienne de notre venue, ce n'était pas pour accompagner sa sœur dans cette épreuve, mais pour que ses parents assistent à la scène. Espérait-il provoquer un choc ? Réveiller une part d'humanité profondément enfouie ? Je sentis la panique m'envahir, me rappelant leur réaction lorsque je n'avais fait que prononcer le prénom d'Isabella. Oserait-ils l'arracher à la tombe de sa sœur ? Allaient-il lui cracher leur haine en plein visage ? Seraient-ils même violents ? Je ne pouvais rien prévoir et cela m'effrayait au plus haut point. Ils allaient l'achever, je ne pouvais rien imaginer de moins. J'aurais voulu m'approcher et les empêcher de faire un pas, les supplier de ne pas la blesser mais Jasper m'empêcha de parler une fois de plus. Il ne me regardait plus, ses yeux s'étaient même détournés de sa sœur. Il fixait ses parents, silencieusement, attendait simplement. Je décidai de l'imiter, pétrifié pourtant.
Charly n'avait pas bougé. Durant mon combat intérieur, il était resté immobile, les paumes plaquées sur ses lèvres, les yeux grands ouverts, blessés et plein de larmes. Je ne parvenais pas à interpréter ses sentiments. Souffrait-il de voir sa fille à l'agonie ? S'il pensait Bella responsable de la mort de Rosalie, était-il choqué de la voir ''salir'' sa mémoire en pleurant sur sa tombe ? J'étais incapable de déchiffrer son expression. Cet homme paraissait tellement éteint … Je détournai mon attention du chef Swan pour observer son épouse. Elle sembla soudain agitée et ne m'accorda qu'un bref regard, mauvais, avant de se diriger vers son fils, les mâchoires serrées. J'avais beau n'être qu'à quelques centimètres, je n'existais pas pour elle. Elle attrapa le bras de Jasper, arbora un visage plein d'incompréhension.
- Qu'est-ce que ça veut dire ?! Qu'est-ce qui te prend Jasper ?!
Puis semblant réaliser ma présence et se souvenir de mes liens avec celle qu'elle exécrait, elle me fusilla du regard.
- C'est vous n'est-ce pas ? Qu'est-ce que vous avez contre ma famille ?! Vous avez décidez de me pourrir la vie ?!
Elle m'agressait presque, crachait ses mots avec violence, et lorsque, sous mes yeux médusés, elle commença à vomir la haine qu'elle éprouvait pour Bella, à la salir et à la traîner dans la boue sans que, choqué, je puisse prononcer ne serait-ce qu'un mot, la voix de Charly se fit entendre.
- Regarde-là, Renée.
Il n'avait pas bougé de sa place, les bras ballants et les épaules baissées, il regardait inlassablement sa fille. Madame Swan se retourna vivement vers son mari, toujours prisonnière de sa colère.
- Non ! Je refuse de la regarder ! C'est de sa faute, Charly ! Tu ne vas quand même pas me dire que …
- Regarde-là ! La coupa-t-il en haussant le ton, la voix autoritaire.
- Oui je la regarde ! Oui elle pleure ! Et alors ?! Elle a de quoi ! Si elle est malheureuse alors tant mieux ! C'est elle qui a provoqué ça !
- Comment peux-tu dire une chose pareille ?
Il fixa sa femme cette fois, sembla choqué, presque écœuré de ses paroles. Ne lui avait-elle jamais fait part de ses ressentiments auparavant ? Je peinais à le croire, mais il semblait pourtant réaliser l'ampleur de cette aversion. La voix de Renée trembla soudain et je devinai ses pleurs imminents malgré cette haine qui ne semblait plus la quitter.
- Elle a tué ma …
- Tais-toi Renée ! Hurla-t-il, le visage dur.
- Quoi ?! Hoqueta-t-elle, outrée.
Je compris à cet instant que jamais elle n'avait reçu un tel ordre de son mari. Les choses s'éclaircissaient par le biais d'un simple mot. Renée menait la danse et personne ne s'était jamais opposé à elle, surtout pas Charly. Tout me revint, son regard lors de mes questions, son mutisme lors de ma confrontation avec Madame Swan … Il s'était toujours tu devant elle, s'était toujours abaissé, mais aujourd'hui, enfin, il osait l'affronter.
- C'est ma fille … murmura-t-il douloureusement.
- Charly tu …
- Non ! La fit-il taire une fois de plus.
Il peinait à déglutir et je ressentis sa douleur à cet instant. La gorge nouée, la voix étranglée, les yeux brillants de larmes, il reprit.
- Ce n'est pas toi qui est intervenue sur l'accident Renée. Ce n'est pas toi qui a vu tous ces corps, ce n'est pas toi qui a découvert le cadavre de ta fille ! Et ce n'est pas toi qui a vu Bella …
Sa voix se cassa sur son prénom et je ne pus retenir mes larmes en imaginant cette vision d'horreur, ce cauchemar auquel il avait assisté, impuissant.
- Elle … ses hurlements … elle essayait de …
Il s'arrêta incapable de décrire cette scène qu'il semblait revivre. Il mit une seconde à se reprendre et, ancrant son regard à celui de sa femme, il continua de se confier.
- Ça ne cesse de me hanter Renée. J'ai déjà perdu une fille, je ne veux pas en perdre une autre. Tant pis si tu ne comprends pas ça. Je ne sais pas ce que j'attends depuis tout ce temps. Tu es incapable de dépasser ta haine ! Je lui en ai voulu moi aussi, pendant longtemps, mais ça fait un moment que je n'en suis plus là.
Il s'approcha de son épouse et la tourna vers Bella au loin.
- Regarde-là, regarde ta fille, ordonna-t-il doucement, presque tendrement.
- Ce n'est plus ma fille, lâcha-t-elle en un murmure douloureux avant de fermer ses yeux.
- Renée, il n'y a pas un jour où je ne pense pas à Rose … Mais il n'y a pas un jour où je ne pense pas à Bella … Lorsque je l'ai trouvée elle était sur le point de mourir … Et aujourd'hui elle est là, devant nous, en vie. Elle a besoin d'aide, et il est hors de question que je l'abandonne à nouveau.
Elle se dégagea de son étreinte, fus incapable de retenir un sanglot lorsqu'elle se retourna vers son époux. Les larmes envahissaient son visage mais il était toujours aussi dur, plein de rage.
- Si tu y vas Charly, ne compte pas rentrer à la maison !
Elle le fixait, déterminée, et je pus lire la tristesse et la déception dans le regard du chef Swan. Il ferma les yeux une seconde et soupira avant de les rouvrir.
- C'est ma fille Renée … C'est ma fille …
Il se détourna d'elle, définitivement cette fois. Tournant le dos à sa femme, il avança lentement, presque hésitant, le long de l'allée qui menait à Bella. Une fois de plus, je ne pus retenir mes larmes, j'avais l'impression de ne faire que pleurer. Je me prenais toute cette souffrance en pleine face, celle de la femme que j'aimais, celle de cette famille brisée. Même Renée, désormais en pleurs elle aussi, réussissait à obtenir ma compassion. J'aurais dû la haïr, pour ce qu'elle avait fait à Bella, pour ce qu'elle lui avait enlevé, pour ce qu'elle pensait d'elle, et même si, pour toutes ces raisons, une part de moi détestait cette femme, je ne pouvais m'empêcher de me dire qu'elle souffrait terriblement.
Le visage désespéré et empli d'une incompréhension totale, elle fixa Jasper.
- Pourquoi as-tu fait ça ? Je ne comprends pas.
- J'espérais que la voir te ferai réfléchir, répondit-il d'une voix lasse, presque épuisé. On a déjà perdu Rose maman … Ça fait deux ans que je revois Bella, je n'ai jamais osé vous le dire. Je savais que tu réagirais comme ça et je ne savais rien de ce que ressentait papa avant aujourd'hui. Tant pis si tu m'en veux, mais je ne veux plus de ça. Je ne veux pas perdre ma petite sœur, pas encore …
A son tour il se détourna de sa mère et prit le même chemin que Charly, sans même se retourner.
J'assistai, spectateur impuissant, à l'explosion de cette famille broyée par la vie. Depuis leur arrivée je m'étais enfermé dans un mutisme involontaire, bien trop choqué, effrayé et bouleversé pour pouvoir parler. Seul face à la mère de Bella, je ne parvenais toujours pas à le briser. Je restais à la fixer, inquiet et désolé, espérant qu'elle réagisse enfin, qu'elle comprenne qu'elle était en train de perdre ce qu'elle avait de plus précieux. Elle jeta un œil en direction de Bella mais revint aussitôt vers moi, les mâchoires serrées, le visage inondé de larmes.
- Je ne peux pas … Je ne peux pas …
Elle cacha son visage de ses mains et éclata en sanglots, répétant inlassablement les mêmes mots. Son corps entier tremblait et j'osais enfin m'approcher. Elle allait tout perdre si elle ne réagissait pas et malgré toute ma rancœur, je ne me sentais pas capable de la laisser détruire le peu qu'il lui restait. J'hésitai un long moment, mais lorsqu'enfin mes doigts effleurèrent son bras, elle sursauta et se dégagea, comme brûlée par mon geste. Je la fixai, inquiet et muet, attendant presque une attaque tant ses yeux ne reflétaient que colère. Mais au lieu de ça, elle tourna les talons et s'en alla sans même un regard vers les membres de sa famille. Elle abandonnait, ne garderait désormais que sa haine et le souvenir de sa vie ruinée.
J'attendis quelques secondes, espérant la voir revenir sur ses pas mais je n'entendis que le bruit d'un moteur s'éloignant. Mon cœur se serra encore plus, il était lourd de tout ce à quoi il venait d'assister. Je n'avais pas vécu leur histoire, mais aujourd'hui j'en faisais partie, j'avais ressenti la douleur de ce passé à travers chaque souvenir, à travers chaque mot, chaque geste, et je pouvais palper cette souffrance, bien plus encore en cet instant. Les yeux rivés vers Bella, je vis son père s'agenouiller à ses côtés, poser la main sur le haut de son dos avant d'agripper ses épaules et de l'arracher à la sépulture, littéralement, pour la serrer contre lui, se laissant aller à son tour tout en la consolant.
J'assistais de loin à ces retrouvailles bouleversantes et douce-amer, et, alors que Jasper tomba à son tour à genoux, étreignant à la fois son père et sa sœur, d'autres larmes coulèrent sans que je puisse les refréner. Les émotions qui m'envahissaient étaient étranges. J'étais à la fois heureux et ébranlé. Bella était enfin entourée, elle obtenait enfin le pardon d'une des personnes qui lui était le plus cher. Elle retrouvait enfin une partie de sa famille, mais une autre l'abandonnait définitivement. Il y avait tellement d'affliction derrière tous ces membres, tant de plaies béantes qu'aucun ne savait soigner. Mais ils s'étaient enfin retrouvés. Ils souffraient, mais ils souffraient ensemble, et parce qu'ils avaient vécu la même histoire, ils étaient en mesure de se soutenir, de se consoler, de se comprendre.
Malgré toute la douleur que je ressentais encore, je chassai mes larmes et souris enfin, légèrement, comme rassuré, délesté de ma peur permanente de perdre celle que j'aimais plus que tout. En cet instant je le savais, je le sentais, rien ne serait jamais plus pareil. Il lui accordait une seconde chance, elle allait s'accorder le droit de vivre.
Fin
Ce n'est pas un secret, il y aura un épilogue ! Mais mine de rien, ce n'est pas évident de « lâcher » ces personnages comme ça …
En tout cas j'espère que cette histoire vous aura plu ! Merci à toutes de m'avoir suivie dans cette aventure, ici et sur Facebook !
Merci de m'avoir lu, d'avoir aimé cette fiction, de l'avoir commenté et d'être là ! Tout simplement ! 3
A très vite pour l'épilogue !
