Non, pas de panique, je ne vous oublie pas, mais, une fois de plus, plein de travail, le chapitre était écrit, mais pas relu et corrigé.


Chapitre 294 : La lettre (le 24 octobre 1889)

POV Holmes :

Assis sur le parquet, je tenais cette lettre dans ma main, hésitant à poursuivre ma lecture. N'ayant lu que le premier paragraphe, écrit sur un ton enjoué pour cacher la peur, je ne savais pas ce que la suite allait me révéler. Une fois de plus, je relus le paragraphe :

« Sherlock, si tu lis cette lettre, c'est que soit je ne suis plus de ce monde, soit que je suis toujours là, nous sommes marié et tu viens de fouiller dans mes affaires, ce que je t'interdis, espèce de salopard. Soit tu es un vieux croulant et le notaire t'a donné cette lettre avec les biens que je te laissais en héritage. Alors j'espère que nous avons été heureux et que nos enfants nous ont fait de beaux petits-enfants…

Si je t'écris cette lettre, c'est pour te dire que j'ai peur. D'ici quelques jours, j'aurai accouché, si tout va bien. Malgré tout, j'ai une peur bleue… ».

Dans la pièce adjacente me parvinrent les pleurs d'Elizabeth. Je m'en voulus de lui avoir parlé sur ce ton. Elle avait désobéi en entrant dans ma chambre, certes, mais mon ton sec et cassant avait dû la déstabiliser.

Hélène lui expliquerait…

Juste après, je l'entendis courir vers le comte en lui criant « Il m'a crié dessus et m'a mis à la porte ». Bien, elle allait se faire consoler chez l'Italien, voilà qui lui ferait plaisir.

Soupirant, je me demandai pourquoi avait-il fallu que mon père vienne précisément ce jour. Il aurait pu venir l'année dernière, ou directement après avoir reçu cette lettre, c'est-à-dire, il y longtemps. Mais pas maintenant… Pas précisément au moment où Hélène et les enfants étaient là. De plus, Mycroft était arrivé aussi. Il avait déjà déduit l'existence d'Elizabeth – j'avais reconstruit dans mon esprit le schéma qu'il avait suivi pour en arriver à le déduire – mais je voulais en parler avec Hélène avant le repas d'anniversaire. Qu'allait-elle bien pouvoir dire à mon frère ? Ce dernier oserait-il la questionner ?

Sans cette lettre, je serais resté au salon et nous aurions pris mon frère à part, mais cette missive me brûlait la poitrine et je n'aurais pas su.

– Allons un peu de courage, me dis-je à voix haute. Lis cette lettre et crève l'abcès une bonne fois pour toutes.

« Je dois te préciser aussi que je t'écris cette lettre à la lueur d'une chandelle, dans le bureau de la directrice, qu'il est deux heures du matin et que je ne dois pas me faire surprendre. Pourquoi ne suis-je pas en train de l'écrire dans ma cellule ? Parce que je viens de me livrer à une petite enquête. Oh, rien à voir avec celles que tu rêves de mener, mais j'ai appris bien des choses et cela a confirmé ce dont je soupçonnais.

« L'absence de missives de ta part m'avait fortement étonnée. Je me doutais que tu ne m'écrirais pas l'équivalent d'un roman, mais au moins une lettre de temps en temps, comme tu me l'avais promis ».

Mon cœur me fit mal. Les lettres, je les avais écrites, mais personne ne les lui avait transmises et mes lettres, non lues, me furent rendues lorsque je vins récupérer ses affaires. Un autre paquet de lettres se trouvaient avec les miennes : les siennes, que l'on n'avait pas postées. Ils avaient fait en sorte de nous isoler, chacun, en confisquant le courrier ou en ne le postant pas.

Jamais je n'avais eu le courage de lire les missives que Christine m'avait écrites durant son séjour forcé dans cette pension pour jeunes filles difficiles, tenues par des nonnes qui ressemblaient plus à des gardiens de prison qu'à des représentantes de Dieu.

Le courrier ayant été confisqué, elle n'avait jamais reçu mes lettres.

Et voilà qu'elle me parlait de l'absence de missives de ma part… Les reproches allaient arriver… Christine avait dû se sentir abandonnée et allait sans doute…

– Minute ! fis-je à voix haute. Pourquoi diable me parle-t-elle d'une enquête qu'elle a menée ?

Me sermonnant violement, je me dis que je ferais mieux de lire cette lettre comme si elle faisait partie d'une enquête, cela augmenterait ma concentration et m'éviterait de passer à côté de choses importantes comme les mots « enquêtes » et « soupçons ».

« J'avoue qu'au début, j'ai cru à une défection de ta part… L'état d'esprit dans lequel je me trouvais, ainsi que l'abattement causé par mon arrivée dans ce lieu horrible, m'ont fait non seulement douter de toi, mais j'ai cru à ce que les autres me disaient : que tu te fichais bien de moi, que tu ne voulais pas de l'enfant, que c'était toi qui m'avait trahi.

« Pardonne-moi d'avoir douté, un bref moment, de ta fidélité et de ton intégrité… Bon, un long moment, je te l'avoue. Ensuite, je me suis giflée moi-même pour avoir été assez sotte de croire les fadaises que ces harpies me racontaient sur toi. Je te connaissais depuis assez longtemps que pour ne pas avoir à douter de toi et savoir que cet enfant, tu le désirais.

« Voilà pourquoi je me suis dit qu'il devait y avoir anguille sous roche dans cette absence de missives de ta part. Alors, cette nuit, je me suis levée, ai crocheté la serrure de ma porte, comme tu me l'avais appris un jour, et je suis allée fouiller dans le bureau de la mère supérieure, dont j'ai crocheté la serrure, là aussi.

« Instructif, cette petite visite ! Tu aurais été fier de moi, j'ai fait en sorte de ne pas laisser de traces de mon passage. Par contre, dans un coffret posé sur son bureau, j'ai fait de drôles de découvertes : un joli petit tas de lettres, serrées par un cordon rouge, avec mon nom sur l'enveloppe et une écriture que je reconnaîtrais entre mille : la tienne ! Et, comme par hasard, juste à côté, les lettres que je t'avais écrite…et que tu ne recevras jamais. Tiens donc, comme c'est étrange, non, que notre courrier soit conservé dans un coffret sur la table de la mère supérieure ? Machination dans laquelle nos pères ont dû tremper, sans aucun doute.

« Je n'ai pu résister à la curiosité et j'en ai ouvert quelques unes, décollant un morceau sur le côté gauche avant de le refermer de manière chirurgicale. La mère supérieure n'y verra que du feu. Cela m'a fait chaud au cœur d'avoir la preuve sous les yeux que tu ne m'avais pas laissé tomber, que tu m'avais écrit chaque jour, en plus… J'ai pleuré en lisant quelques unes de tes lettres. Toi aussi tu ne comprends pas mon silence. Normal, la poste ne fait pas son travail puisqu'elle ne nous transmet pas notre courrier. Je suppose que ton adorable père (je me mets à l'ironie, parfois) t'a dit des tas de choses très gentilles à mon sujet.

« Quoiqu'il en soit, j'ai l'intention de régler quelques comptes à ma sortie…

« Celui des lettres, en premier lieu et un autre plus grave ensuite : celui qui a fait que je suis arrivée ici.

« Ne t'es-tu jamais demandé, Sherlock, QUI avait trahi ? Peu de gens étaient au courant du lieu où je me terrais. Qui connaissait l'adresse de cette petite maison ? Moi (je deviens spirituelle, cette nuit), Amélia, puisque c'était elle qui avait mis ce lieu à ma disposition, Meredith, puisqu'elle partageait le lieu avec moi et… toi. A moins que tu aies voulu te débarrasser de moi et que tu aies monté cette machination?… Non, tu aurais été plus fin. Alors, qui ?».

Voilà une question que je m'étais posé aussi. J'avais éliminé l'improbable, c'est-à-dire Amélia et Meredith. Jamais elles n'auraient fait une chose pareille. Par contre, il me restait l'impossible qui devait être la vérité : que l'une des deux ait trahi sans le vouloir. Que l'une des deux ait laissé échapper une indiscrétion, que l'une des deux n'ait pas fait attention et qu'elle ait été suivie. C'était la seule solution possible.

Jamais je ne leur en avais fait part. La disparition de Christine les avait plongée toutes les deux dans un abîme de souffrance et Meredith s'était toujours sentie coupable d'être partie ce jour là et de ne pas avoir été là pour la protéger, lorsque son père était venu la chercher pour la faire enfermer dans cet endroit avec des jeunes délinquantes qu'il fallait redresser.

« Il y a une personne en qui j'avais toute confiance, à qui j'aurais confié ma vie et qui m'a trahi, tel Judas embrassant Jésus. Oui, Sherlock, cette personne m'a embrassé sur la joue en me souhaitant tout le bonheur du monde, lorsqu'elle su que nous nous fréquentions. Elle avait l'air sincère, mais elle ne l'était pas. La jalousie lui avait fait perdre la tête. Jalousie ? Oui… Bizarrement, avant, lorsque je n'étais pas avec toi, tu ne l'intéressais pas, mais dès qu'elle a appris que nous étions ensemble, alors, elle ne voulait plus que toi.

« Ce que j'avais, elle le désirait. Elle TE désirait ! Tu étais devenu l'objet de sa convoitise et de son appétit sexuel. Tant que tu étais célibataire, tu ne l'intéressais pas, mais une fois avec moi, tu devenais un objet de convoitise, un objet qu'elle désirait.

« Nous avons nourri un serpent en notre sein, enfin, c'est surtout moi qui l'ai nourri en lui racontant les moments que je passais avec toi. Désolé, mais les filles, ça parle entre elles !».

Une sueur froide me coula dans le dos et des petites taches noires apparurent sur le papier de la lettre.

« Non, impossible, pensai-je de toutes mes forces. Pas ça, pas elle ! Pas délibérément, pas pour cette raison. Pas une trahison parce qu'elle me désirait ! ».

« Tu avais raison de dire que l'on ne peut faire confiance à personne et que l'on est jamais aussi bien trahi que par les siens ».

Les lignes de la lettre se mirent à se chevaucher, se mélanger et j'étais incapable de poursuivre ma lecture tant des images se bousculaient dans mon esprit, sans que je puisse les arrêter ou y mettre bon ordre. Submergé par les émotions, je fus incapable de me ressaisir. De nombreuses phrases, situations, ou souvenirs arrivant en masse dans ma tête.

Posant les feuilles de papier sur le sol, je restai immobile, les sueurs froides parcourant mon dos, coulant le long ma peau, mouillant le bas de ma chemise et me faisant frissonner.

Mes mains emprisonnèrent ma tête et j'avais l'horrible sensation qu'elle allait exploser. Dans mon esprit, tournoyait un nom, un seul : Meredith !

– Non, gémis-je. Non, pas elle. Dites-moi qu'elle n'est pas coupable de cette félonie.

Elle ne pouvait pas avoir commis une trahison pareille. Pourtant, tous les faits s'enchainaient les uns aux autres, si c'était elle qui l'avait trahi.

Cela expliquait le fait qu'elle n'ait pas été là lorsqu'ils étaient venus chercher Christine et qu'elle s'était sentie coupable lors de la mort de cette dernière.

Si elle avait juste voulu l'éloigner de moi parce qu'elle me désirait et que sa déloyauté avait entraîné la mort de son amie, alors, voilà pourquoi elle s'était toujours sentie plus coupable qu'une autre. Elle n'avait pas dû penser que cela se terminerait par la mort de Christine.

J'avais connu Meredith alors que j'étais très jeune et elle exerçait déjà le métier de prostituée. Mon père croyait dur comme fer qu'elle m'apprenait les choses de la vie, mais c'était plutôt moi qui lui avait appris à lire et à calculer afin qu'elle puisse s'en sortir un peu mieux. Amélia avait bien magouillé son affaire : confier son protégé, moi, à une des ses autres petites protégées, Meredith, sans que mon père n'apprennent jamais rien.

Amélia m'avait toujours protégé, remplaçant ma mère dans le rôle, et à force de fréquenter Meredith, de me faire gaver de tartines et de chocolat chaud, nous étions devenus amis, sans que notre amitié ne devienne ambiguë.

Puis, j'avais rencontré Christine dans des conditions peu propices à l'amour, quelques noms d'oiseaux bien sentis et puis, nous étions ensemble…

Amélia et Meredith avaient été les premières au courant de notre relation et Meredith, bien que quelques années plus âgée qu'elle, était devenue son amie. Christine disait toujours qu'elle était comme une sœur, pour elle. Meredith avait quitté la maison de passe dans laquelle elle officiait pour fuir son père et ses frères qui la rançonnaient et la violentaient et s'était installée dans la région où je vivais, afin d'être sous la protection d'Amélia.

Les deux amies avaient passé beaucoup de temps ensemble.

C'était à Meredith que Christine se confiait, à elle qu'elle divulguait certains secrets intimes, elle qui disait toujours « Les filles, ça parlent entre elles ».

Meredith avait donc eu une attirance pour moi à partir du moment où elle avait appris que j'avais une petite amie et que je ne viendrais plus le mercredi après-midi ?

C'est un fait que lorsqu'elle désirait un homme, elle l'obtenait ou du moins, faisait tout pour l'obtenir. Et un jour, c'était moi qu'elle avait voulu… Moi ?

Reprenant la lettre, je décidai d'une finir une bonne fois pour toutes. Il me fallait lire le nom, je devais savoir avant de demander des explications à une femme en qui j'avais confiance depuis des années et que je considérais comme une sœur.

Mon frère avait bien essayé une fois de me transformer en chienchien du gouvernement, pour une affaire. Je ne m'étais pas laissé passer le collier, ni la laisse et je n'en avais fait qu'à me tête. Si mon frère pouvait comploter dans mon dos, « pour mon bien et celui du Pays, surtout », celle que je considérai comme ma sœur pouvait très bien avoir fait de même. C'était une femme et on ne pouvait pas faire vraiment confiance aux femmes puisque, au cours d'une de mes enquêtes, j'avais croisé la route d'une femme charmante. Charmante à tel point qu'elle avait empoisonné ses enfants pour toucher une assurance !

« J'avais toute confiance en elle, je lui racontais quasi tout et j'étais loin de me douter qu'elle était amoureuse de toi. Entre nous, je ne pense pas que c'était de l'amour, juste de l'envie. L'envie de te voler à moi, pour te laisser tomber ensuite.

« C'est le problème avec les personnes qui souffrent de ce mal. Une fois qu'elles ont obtenu ce qu'elles désirent, l'objet de leur affection perd tout son charme et elles recommencent avec un autre.

« J'ai été bête de ne pas avoir remarqué son manège. Déjà, elle enviait mes vêtements et adorait me les emprunter, pour ensuite oublier de mes les rendre ».

D'un geste sec, j'ôtai ma veste et mon gilet et je me couvris avec une des couvertures qui se trouvaient sur mon lit. Mon dos, humide de sueur froide, avait fait naître des frissons. Mais était-ce bien à cause de cela que j'avais froid ?

Mon amie avait déjà fait tout pour attirer un homme dans son lit, juste pour le plaisir. Ensuite, elle passait à un autre. Son père l'avait brisée et elle se vengeait avec les hommes, les prenant, les jetant…

De plus, Meredith empruntait souvent des vêtements à Christine et je savais qu'elles se les échangeaient souvent, tant et si bien qu'elles ne retrouvaient plus rien ensuite.

« Stupide que je fus de la croire loyale. J'aurais dû remarquer ses petits travers et sa jalousie dès que je possédais une chose qu'elle n'avait pas. Et moi, sotte que j'étais, je la lui passais. Elle avait vite fait de ne plus la désirer ensuite et de reporter son attention sur une autre de mes possessions.

– Meredith, que nous a tu fais ? murmurai-je en levant les yeux au ciel. As-tu pensé au mal que tu ferais à Amélia ? Alors qu'elle avait tant fait pour toi ? Et à nous, y as-tu pensé une seule seconde ? Voilà tout ce que je représentais pour toi ? Un objet de convoitise au point que tu aurais renié ta première règle qui t'interdisait d'avoir des relations avec tes amis ?

« En y repensant ensuite, je me suis rendue compte que, toute petite déjà, elle voulait toujours mes poupées, alors que les siennes étaient plus jolies que les miennes,… ».

– Toute petite ? m'exclamai-je en arrêtant ma lecture. Ses poupées ? Mais…

C'est alors que je compris l'erreur monumentale que je venais de commettre en pensant qu'elle accusait Meredith de trahison.

– Sherlock, murmurai-je avec colère, tu n'es qu'un triple imbécile ! Tu n'as pas réfléchi avec ta tête. Pire, tu n'as même pas réfléchi du tout. Tu as lu des mots et, sans prendre la peine d'analyser, tu as foncé tête baissée dans la solution de facilité. Pire que Watson et Lestrade réunis !

Une fois de plus, je venais de me prouver à moi-même que le cœur et la raison ne faisaient pas bon ménage. Meredith était innocente, comme je l'avais toujours su, hormis ces quelques minutes où mon cerveau avait fonctionné de travers.

Lâchant un énorme soupir de soulagement, je poursuivis ma lecture où je l'avais arrêtée.

« … puisqu'elle était la préférée de notre mère. Oui, Sherlock, ça me fait mal d'écrire pareille accusation, mais c'est la vérité, hélas. Ma sœur aînée, celle que j'aimais plus que tout, m'a trahie parce qu'elle te désirait. Ou plutôt, elle désirait que je fusse malheureuse, car je sais qu'elle n'ira même pas près de toi.

« Ce qui me fait le plus mal, c'est que Meredith m'avait mise en garde contre elle. Plusieurs fois, même, me signalant que ma sœur n'était pas « droite dans ses bottes », que c'était une jalouse et qu'elle ne désirait qu'une chose : toi. Je ne l'avais pas crue.

« J'avais toute confiance en ma sœur. Hélas… Et ma plus grosse erreur, je l'ai faite lorsque je me cachais dans la petite maison, avec Meredith comme « surveillante».

« Quelques jours auparavant, j'avais écrit à ma sœur aînée dans le but de la rassurer et je lui avais confié, sous le sceau du secret (elle devait garder le silence et brûler ma lettre), l'endroit où je me trouvais. Bien entendu, je me suis bien gardée de le signaler à Meredith, surtout en l'entendant me répéter, tel un mantra "Personne, hormis nous trois, ne doit savoir où tu te trouves. Personne, tu m'entends ? Il faut que l'enfant naisse et que tu te maries, ensuite, ils ne pourront plus rien faire".

« Je suis responsable de ma propre chute… Ma sœur a signalé à mon père où je me cachais et il devait surveiller l'endroit, parce que, ce matin là, quand je me suis disputée avec Meredith et qu'elle est partie en claquant la porte…. Il est arrivé.

« Comment est-ce arrivé, notre dispute ? Une fois de plus, elle était revenue avec son vieux cheval de bataille : "ta sœur, Anna, est une jalouse, elle désire tout ce que tu as, et pas rien que tes robes ou ta chambre, mais aussi Sherlock. J'ai surpris certains regards brûlant de désir qu'elle lui lançait, ainsi que ceux dirigés vers toi: brûlant de haine".

« Cela m'a mise en colère que mon amie pense que ma propre sœur était ainsi. Je me suis fâchée, je lui ai dit des mots pas très agréables et elle est sortie en claquant la porte.

« Cinq minutes après, mon père faisait irruption avec deux autres personnes pour me récupérer et me conduire dans ce pensionnat pour jeunes filles délinquantes. Ma sœur Anna était avec…

« Si tu avais vu son sourire de triomphe ! Elle jubilait. Judas n'avait sans doute pas ce sourire de fierté quand les soldats vinrent arrêter le Christ. Et puis, lui au moins, bourrelé de remords, il s'est pendu. Ma sœur pas. Elle m'a même embrassée, la garce ! Le baiser de Judas !

« Meredith avait raison et je venais de me disputer avec elle, ne voulant pas croire que ma sœur était telle qu'elle me la décrivait. Oui, Anna te désirait, espérant arriver à te mettre dans son lit, juste pour me faire souffrir et nous détruire, enfin, me détruire, moi. De toi, elle s'en moquait bien, tu n'étais qu'un instrument pour m'atteindre et me faire souffrir comme jamais.

« Ce qui l'en empêcha ? Ton insociabilité notoire, en tout premier lieu. Tu ne la voyais pas, tu ne lui parlais pas et tu l'évitais comme la peste. Bigre, elle pestait de ne pas avoir cette opportunité. Elle avait eu plus facile à ruiner les fiançailles d'une de ses amies, fille cadette d'un comte avec le fils d'un riche propriétaire terrien de la région. Cette amie avait peu apprécié de trouver son fiancé en train de trousser ma sœur dans les écuries. C'est Anna qui me l'a dit, lorsque mon père nous laissa seules un instant, avant de m'emmener. Une de ses nombreuses fiertés, à Anna, juste pour le plaisir d'avoir ce qu'elle ne pouvait avoir, juste pour le plaisir de faire du mal et de tester son pouvoir de séduction qui ne fonctionnait pas sur toi, mais sur le fils du propriétaire terrien, oui.

« Ma sœur Anna était une salope de la pire espèce et je n'avais rien vu, ou je n'avais rien voulu voir. Elle avait grandement apprécié ce que je lui avais confié sur nous, elle avait comploté dans mon dos, m'avait planté le couteau et pire, je venais de me disputer avec ma meilleure amie à cause d'elle. Victoire totale pour elle, même si elle ne réussirait pas à te coucher dans son lit, elle venait de nous séparer d'une autre manière.

« Le courrier n'étant pas acheminé, la lettre d'excuse que j'avais écrite à Meredith n'est donc pas partie. Je viens de la retrouver et je la glisse dans le paquet de lettres que tu m'as écrites et que je n'ai pas reçu.

« Dans le pire des cas, dis-lui combien je m'en veux, que je pensais pas un seul mot de ce que j'ai dit et que si je pouvais remanger mes paroles blessantes, je le ferais. Elle, au moins, n'a pas trahi.

« Je ne vais pas rester plus longtemps, je ne voudrais pas me faire surprendre. Par contre, je reviendrai, si je sais, les autres nuits pour lire tes lettres et y ajouter des petites annotations de ma part. Ainsi, même si… et bien, tu auras eu des réponses.

« Je t'aime, Sherlock et je te signale que notre futur enfant sera turbulent parce qu'il n'arrête pas de remuer et de me donner des coups de pieds, à moi, sa mère ! ».

Mon regard, un peu humide à cause de la sueur qui avait coulé dans mes yeux, se porta vers l'avant de mon lit, là où se trouvait caché une boîte contenant certains effets personnels de Christine, dont toutes les lettres que je lui avais envoyé et celles qu'elle m'avait écrites, celles que ni l'un ni l'autre n'avait reçu.

J'avais toujours cru qu'elle avait dû se sentir abandonné, puisqu'elle n'avait jamais eu mes lettres, j'avais toujours pensé qu'elle était morte en m'en voulant à mort, en m'agonisant d'injures. Hors, il n'en était rien. Mes lettres, elle les avait trouvées et j'avais gardé sa confiance, même si elle avait douté, à un moment.

Diable, toutes ses lettres et les miennes qui se trouvaient rangées sous mon lit… Toutes ces lettres que je n'avais jamais osé ouvrir, croyant trouver ses interrogations sur mon silence, ses accusations,… Si j'avais eu le courage de les lire et d'affronter mes peurs, j'aurais su depuis longtemps qu'elle ne m'en avait jamais voulu, qu'elle avait trouvé mes lettres envoyées mais jamais données.

Plus de dix ans de souffrance… Certes, ces nombreuses années à souffrir ne se trouvaient pas balayées par cette lettre, non, je me sentirais toujours coupable de sa mort. Mais une angoisse ne me hanterait plus jamais puisque je venais d'avoir la réponse : non, elle ne m'en voulait pas.

Sans oublier que savait maintenant QUI avait trahi : Christine, sans le vouloir, avait fait entrer le loup dans la bergerie. Sa sœur Anna – que je n'avais jamais appréciée, trop futile – avait donné l'adresse à leur père et au mien, sans aucun doute.

Cela me fit mal de savoir que c'était Christine qui avait donné l'adresse à sa sœur.

A la lumière de ce que je venais d'apprendre, je comprenais pourquoi Meredith s'était toujours sentie coupable : elles s'étaient disputées. Jamais elle ne me l'avait dit.

Repliant la lettre, je la rangeai dans la poche de mon veston, toujours posé sur mon lit.

– Hélène, criai-je.

Moins de cinq secondes s'écoulèrent avant qu'elle ne pousse ma porte, dans le froufroutement de sa robe couleur gorge de pigeon.

– Oui ? me demanda-t-elle sur un ton suspicieux.

– Les enfants peuvent venir…

– Cela sous-entend-il que tout va bien ?

– Pas tout, mais en partie…

– Tu es sûr que tout va bien ? s'inquiéta-t-elle.

– Ne tiens pas compte de certains éléments tels que la couverture sur mes épaules et ma veste sur le lit, lui signifiai-je. Mon frère est-il toujours là ?

– Oui, répondit-elle d'une toute petite voix en entrant dans la pièce.

Elle claqua la porte derrière elle et vint s'asseoir sur le bord du lit.

– Tu es sûre que tout va bien ? fis-je à son adresse.

– Ton frère a posé des questions et je pense avoir bien répondu, chuchota-t-elle à mon oreille. C'était l'histoire que je comptais te proposer, en venant cet après-midi, une fois que nous aurions été seuls. Je lui ai dit que j'étais amoureuse de mon fiancé, que nous l'avions fait avant que mon beau-père ne tente de me tuer. Bon, il a compris, par un brillant calcul, que ma fille avait été conçue dès février et pas lors de notre séjour en Normandie.

– Si Watson et madame Hudson furent capables de le déduire, tu ne pensais tout de même pas que Mycroft passerait outre ? Tu lui as donc avoué que nous l'avions fait en février, après l'agression au révolver de Percy ?

– Oui, fit-elle dans un souffle. Mais j'ai tenu secret certains événements.

– Mycroft ne t'aurais pas jugé…

– Je sais, soupira-t-elle. Malgré tout, certains secrets sont difficile à dire parce qu'ils font toujours mal. Toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire. La honte est toujours présente.

Ma main se glissa sous les pans de sa robe et je lui caressai le bas de sa jambe. Mon frère n'était pas un imbécile, il avait trouvé la faille dans le récit d'Hélène, même si elle avait enrobé la vérité d'un mensonge convaincant, il savait que...

Certaines vérités ne sont pas bonnes à dire. Hélène avait raison sur ce point. Donc, pourquoi lui signifier que Mycroft avait déduit l'épisode malheureux de février 1885 ? Cela ne servirait à rien, juste à mettre Hélène mal à l'aise.

J'appuyai ma tête sur sa jambe et sa main me caressa les cheveux.

– Tes cheveux sont trempés, Sherlock, constata-t-elle. Pareil pour ton cou…

Sa main se glissa sous ma chemise.

– Quant à cette chemise, elle est bonne à essorer… Je me doutais bien que quelque chose n'allait pas lorsque je t'ai découvert sans ton veston et avec une couverture sur tes épaules. Sueurs froides… Sherlock ?

– Tout va bien, je t'assure…

– Fais-moi au moins l'honneur de mentir mieux, plaisanta-t-elle.

– J'ai connu un mauvais moment, il est passé, lui confiai-je. Mes sueurs froides viennent de là. Les enfants pourront venir me parler.

– Veux-tu que je les fasse entrer de suite ? proposa-t-elle.

– Cinq minutes de paix en ta compagnie et ensuite, fais entrer les fauves…

Sa main poursuivit ses caresses dans mes cheveux.

– Tu as perturbé Elizabeth, en lui criant dessus, même si tu avais raison.

– Cinq minutes de paix, Hélène, je te prie.

Au moins, elle m'écouta et resta silencieuse, malgré la foule de questions qui se pressait à ses lèvres, se contentant de me caresser les cheveux et le lobe de l'oreille.

– Dis aux enfants qu'ils peuvent venir, lui demandais-je, une fois les cinq minutes écoulées.


A suivre... oui, j'ai coupé en deux car trop gros chapitre, il faisait 20 pages sur mon PC et je ne voulais pas mettre la suite directement. Pourquoi ? Pas par méchanceté, je ne suis pas sadique, mais juste parce que la suite n'est pas corrigée, ni relue et je vais le faire...