La notion de temps devint de moins en moins abstraite pour Lily au fur et à mesure de sa convalescence, même si elle passait encore le plus clair de ses journées et de ses nuits à dormir profondément et à n'entrevoir son infirmier qu'en de très brèves occasions. Ellis se bornait en effet à ne venir qu'aux moments où elle se sentait le moins en forme pour engager une discussion, souvent dans les premiers instants de ses réveils ou lorsqu'elle était sur le point de se rendormir. Il se contentait alors de lui administrer ses remèdes et repas - composés essentiellement de potages, laitages et jus de fruits – sans beaucoup parler puis s'empressait de la laisser à nouveau seule, avec l'implacable consigne de « repos total ». Elle n'eut par contre aucune visite de son médecin.

Le lendemain de la venue de Harry, ou peut-être le surlendemain, elle éprouva l'envie inattendue de se lever et s'étonna plus encore de pouvoir y arriver. C'était au beau milieu de la nuit. Après qu'elle eut réussi à se hisser jusqu'au bord de son lit, elle dut attendre un moment que ses jambes retrouvent la force de la soutenir. Elle étendit la main vers l'interrupteur de la lampe de chevet, l'alluma, puis lorsque l'aplomb lui fut parfaitement revenu, amorça quelques pas en direction de la fenêtre. Avec les grosses chaussettes en laine à ses pieds, elle ne sentit d'abord pas la froideur du sol. La sensation de froid lui parvint au moment où elle regarda au dehors.

Il devait y avoir au moins vingt bons centimètres de neige sur les trottoirs. La rue, que même le vent semblait avoir déserté à cette heure tardive, était bordée en face par une rangée de petits bâtiments, et en son milieu, quatre longs sillons grisâtres venaient trancher sur le blanc irisé de la lumière crue des réverbères. Une route. Ça plus l'électricité permit à Lily de bien réaliser qu'elle se trouvait dans un quartier moldu, dans une maison moldue. Celle des Rogue depuis au moins trois générations, pensa-t-elle en rassemblant toutes les informations qu'elle possédait à ce sujet.

Elle revint ensuite sur ses pas et attrapa la couverture beige qui se trouvait au-dessus des autres sur le lit pour la jeter sur ses épaules. Elle récupéra aussi sa baguette sur le petit guéridon, enfouie sous l'amoncellement de cartes de prompt rétablissement qui s'y trouvait maintenant. Puis, plutôt étonnée de ne pas encore avoir vu Ellis débarquer pour la sommer de se recoucher, elle se hasarda vers la porte de la chambre, grande ouverte.

Bien qu'elle fut dans l'incapacité de rendre sa démarche légère, son pas étouffé par la laine ne faisait pas le moindre bruit sur le carrelage. Elle avança le long d'un couloir très court et passa la tête par une porte entrouverte sur ce qui lui apparût très vite être une salle d'eau. Le minuscule hublot, dans le mur du fond, permettait de distinguer sommairement les lieux : une baignoire émaillée et un lavabo surmonté d'un miroir ébréché qui lui valut un beau sursaut lorsque son reflet y bougea dans la pénombre.

Sans s'attarder, elle continua sa lente exploration. Le couloir débouchait ensuite sur deux pièces. Elle laissa de côté la première, fermée par une porte vitrée, pour entrer dans la seconde : une cuisine, toute en longueur et particulièrement exiguë. Là encore, la lumière pâle de la rue suffisait à voir assez clair pour en discerner l'essentiel : un plan de travail abîmé, juste assez grand pour supporter un évier, une corbeille de légumes ainsi que divers objets dont l'utilité se révéla être très approximative pour Lily. Repensant aux rares fois où elle avait pu mettre les pieds dans la demeure des grands parents de Rose et de Hugo, elle réussit à se souvenir que la grande armoire blanche, dans le coin de la pièce, était un réfrigérateur. Celui qui se trouvait là était pratiquement vide, exception faite d'une demi douzaine de bouteilles de lait et de fruits. Un vieux placard était fixé en hauteur sur le mur et un autre sous le plan de travail, leurs poignées de portes manquantes ou cassées. Enfin, un comptoir, qu'on ne pouvait décemment pas qualifier de table tant il était petit, venait s'enchâsser dans le mur de droite et finissait, avec deux tabourets en bois, d'occuper la place restante.

Tout au fond, une autre porte donnait sur un salon, certainement le salon le plus inondé de livres qui lui ait été donné de voir. Une pièce pourtant là encore très modeste par sa superficie, mais dont les murs étaient entièrement couverts d'ouvrages, du sol au plafond. Même la porte par laquelle elle venait d'entrer en était tapissée, si bien que le passage vers la cuisine en devenait invisible une fois refermée. Seuls une petite fenêtre et le foyer fermé d'une cheminée - dont la taille suffisait à comprendre pourquoi elle ne pouvait être reliée au réseau de poudre de cheminette - venaient rompre le décor. Ici l'obscurité était percée par une lueur plus chaude, rassurante et l'odeur de renfermé, bien plus prégnante que dans tout le reste de l'appartement, était aussi étrangement plus supportable, presque agréable. S'y mêlaient en outre celles de la fumée et du cuir.

Cette fois Lily ne bondit pas en faisant face à son propre reflet dans le miroir accroché au manteau de plâtre de la cheminée et s'approcha du feu qui ronronnait sans bruit dans l'âtre vitré pour en apprécier un moment la chaleur. Elle ôta alors sa cape de fortune, la déposa sur le dossier d'un antique fauteuil qui faisait face à un canapé en aussi mauvais état, puis se mit à parcourir du regard les étagères saturées.

Il ne paraissait y avoir aucun livre de magie mais seulement des ouvrages qu'elle estima provenir du monde moldu. Cédant enfin à sa curiosité, elle voulut illuminer la pièce pour mieux poursuivre son inspection et pointa d'abord sa baguette sur le plafonnier avant de se résoudre à allumer la lampe sur pied qui se trouvait à côté du fauteuil. Lorsque la lumière artificielle eut envahi un côté du salon, elle déposa sa baguette magique sur une petite table branlante et piocha dans les rayonnages au hasard de ses découvertes.

Il y avait ainsi des encyclopédies, de grands livres d'images et un nombre incroyable de romans. L'un d'eux attira plus particulièrement son attention. Après l'avoir tiré de la multitude, elle souffla sur sa tranche poussiéreuse et l'ouvrit avec précaution pour en survoler les premières pages. Absorbée par sa lecture, elle se retourna pour aller prendre place dans le fauteuil et sursauta en découvrant qu'elle n'était plus seule. Ellis était adossé au chambranle de la porte d'entrée, les bras croisés, et l'observait, insondable.

- Je ne t'ai pas entendu arriver, fit Lily en suspendant sa phrase, sous-entendant de façon évidente qu'elle voulait savoir depuis combien de temps il se trouvait là.

Mais Ellis ne répondit pas. Il ne bougea pas non plus, comme s'il était figé sur place, en proie à une réflexion toute intérieure, les yeux toujours fixés sur elle et à la fois atrocement lointains.

Lily ravala sa salive, la gêne dans sa gorge n'étant à présent qu'un vague souvenir, et reprit, pour se donner la seule constance qu'elle put encore trouver :

- Tu es venu me dire que je n'aurais pas dû me lever et de retourner immédiatement me coucher ?

Sa voix sonna à ses oreilles avec beaucoup d'âpreté, involontairement. Elle voulut aussitôt corriger le tir mais Ellis s'était animé. Il décroisa les bras en soupirant et fit quelques pas à l'intérieur du salon.

- Je crois qu'il vaut mieux que je renonce une bonne fois pour toute à te donner des conseils, aussi avisés puissent-ils être.

Lily n'eut pas envie de deviner s'il y avait dans ses mots une trace, même infime, de plaisanterie et songea qu'elle aurait encore préféré le voir s'emporter, manifester sa colère contre elle au lieu de s'entêter à garder ses sentiments ainsi rentrés. Elle détourna alors la tête pour se pencher à nouveau sur le livre qu'elle tenait dans ses mains, et déclara comme si elle reprenait une conversation déjà commencée :

- Cette histoire me dit quelque chose. C'est un conte moldu. Papa nous la racontait lorsque nous étions petits.

- C'est donc qu'il vous a raconté autre chose que ses propres aventures.

- Oui... répondit-elle, pensive. Beaucoup d'autres histoires. Mais c'étaient les siennes que je préférais écouter.

Consciente du paradoxe que ses paroles devaient inspirer à Ellis, elle poursuivit aussitôt :

- J'ai toujours été fascinée par le récit de ses aventures, d'aussi loin que je me souvienne. Je crois même n'avoir jamais pensé un instant qu'elles puissent être inventées, même à un âge très précoce, je faisais parfaitement la différence avec les autres histoires (elle désigna du menton le livre dans ses mains). J'étais son admiratrice numéro un. En tout cas j'en étais persuadée.
En grandissant, cette admiration n'a fait que se renforcer, parce que j'ai pris peu à peu conscience de la réalité des épreuves qu'il avait dû endurer, autant morales que physiques et du fait qu'elle lui étaient tombées dessus sans qu'il les ait voulues.

Elle marqua une pause avant de continuer d'une voix peinée :

- Mais je me suis également aperçue d'autre chose, quelque chose que j'étais loin de pouvoir soupçonner lorsque je buvais ses récits, chez nous, à la maison. Je n'étais pas la seule à l'admirer, à le considérer comme un héros.

Au début, je crois me souvenir que cette découverte ne m'avait pas déplu, peut-être parce que le fait de voir d'autres gens, même de parfaits inconnus, lui témoigner tant d'estime rendait encore plus authentique son rôle dans l'histoire. Mais très vite, cet engouement est devenu envahissant. J'ai commencé à le jalouser, à détester être abordée dans la rue en sa compagnie ou à passer les deux tiers d'une des nombreuses soirées à laquelle ma famille pouvait être invitée à entendre parler des exploits du grand Harry Potter, du Survivant, de l'Élu... Pour moi, c'était juste mon père. Le mien...

Sans lever les yeux vers Ellis, elle s'approcha alors du fauteuil et s'y installa en s'efforçant de dissimuler au mieux son affaiblissement soudain. Le livre posé sur ses genoux, elle reprit ensuite sur le même ton mélancolique :

- C'est devenu pire encore lorsque je suis arrivée à Poudlard. Le second trimestre là-bas, chaque année, est tout simplement intenable. Toutes ces attentions, ces regards, ces rumeurs à son sujet. C'est à qui peut savoir le plus de choses sur lui ou sera gratifié de la plus grande attention de sa part pendant l'un de ses cours. Et le nombre de ses fans se renouvelle chaque année !

Elle s'interrompit à nouveau et osa cette fois adresser un regard à Ellis. Contre toute attente, ce dernier semblait intéressé par le sujet, du moins ne tentait-t-il pas de l'arrêter et vint même prendre place sur le canapé, face à elle. Quelle curieuse façon de renouer le dialogue songea-elle avant de déclarer doucement :

- Désolée de t'avoir embêté avec ça.

- Non, d'habitude c'est toi qui m'écoutes parler, alors ça change un peu.

- D'habitude, tu me parles beaucoup plus de toi mais rarement de ton père.

- Si tu comptes m'entendre m'épancher à mon tour sur les sentiments que peut m'inspirer mon propre père, tu risques d'être déçue.

- Est-ce qu'il est ici ? fit Lily en considérant soudain cette possibilité.

- Qui peut savoir, répondit-il en haussant les épaules. Je ne surveille pas ses faits et gestes et il n'est pas du genre à me faire part de son emploi du temps.

Le sujet n'était effectivement pas encore à l'ordre du jour étant donné le ton rêche de sa réponse. Lily trouva ainsi plus raisonnable de ne pas pousser Ellis à parler de Severus Rogue, d'autant plus que la possibilité pour que ce dernier puisse se trouver dans les environs et surprendre la conversation n'était finalement pas écartée. Peut-être se trouvait-il dans le laboratoire mentionné par Ellis lors de la visite de Harry ?

- Tu as parlé d'un laboratoire l'autre jour, où est-ce qu'il se trouve ? Je n'ai rien vu de tel alors qu'il me semble avoir fait le tour du propriétaire.

- Pourtant tu y es déjà allée, c'est même la toute première pièce que tu as pu visiter ici.

- Oh, fit-elle tandis que des impressions fugaces lui revenaient en mémoire. Je me souviens effectivement d'un endroit sombre et j'étais étendue dans quelque chose de dur...

- Pas « dans » mais « sur » quelque chose de dur, rectifia Ellis. Une table. Désolé pour le manque de confort, mais il était beaucoup plus commode de t'administrer les premiers soins sur place. Et pour ton information, un cercueil est plus confortable qu'une simple planche de bois.

Lily acquiesça du bout des lèvres en se sentant un peu sotte d'avoir envisagé cette explication et préféra alors ramener la conversation sur l'emplacement dudit laboratoire.

- Il se trouve à l'étage, expliqua Ellis. C'est une annexe non négligeable à la superficie ridicule de cet appartement. L'accès est dissimulé derrière ces étagères. (Lily se retourna doucement vers le mur désigné, sans distinguer autre chose que les rangées de livres comprimés). Mais il y a peu de risque pour que l'occupant des lieux débarque ici à l'improviste, si c'est ce qui t'inquiète.

Lily fit à nouveau face à Ellis, tout en se massant le cou, là où sa blessure tirait encore et se garda bien de formuler les sentiments que lui inspirait cette dernière remarque : à la fois regret et soulagement. Car elle avait beaucoup de mal à savoir quel comportement il lui faudrait adopter en présence de Severus Rogue tant elle se sentait à la fois confuse et redevable de son sauvetage chez les Malefoy...

- De toute façon, continua Ellis comme pour couper à nouveau court à ses réflexions intérieures, il est de notoriété publique que le professeur Rogue n'est pas la meilleure compagnie qui soit.

- Hmm, approuva-t-elle d'abord d'un petit sourire avant de retrouver son sérieux. Mon père a souvent fait état de son caractère très « spécial » du temps où il était son élève à Poudlard.

Elle marqua une pause afin de rendre la parole à Ellis mais comme il ne semblait pas vouloir réagir, elle reprit :

- Bien entendu, mon père n'était pas le seul à en pâtir mais pour lui la situation était un peu particulière... (Elle évoqua rapidement dans sa tête les noms de ses grands-parents, Lily et James). Il m'a confié une fois qu'il pensait que les choses ne se seraient pas passées différemment entre eux, s'il avait su avant, pour Lily. Quand bien même aurait-il pu réussir à comprendre Rogue, le comportement de celui-ci n'aurait sûrement pas varié d'un iota le cas échéant, ou alors en pire. Preuve en a d'ailleurs été faite l'an dernier, le jour de son retour...

À son tour, Ellis émit un petit rire sans joie, avant de déclarer :

- Ton père a raison. Je crois Severus Rogue parfaitement incapable d'éprouver la moindre estime pour qui que ce soit. Il a un « cœur velu ».

La sentence ramena le silence dans la pièce. Lily médita sur le conte de Beedle le Barde dont était tirée l'expression et au destin tragique de ses deux protagonistes, les yeux baissés sur le livre qu'elle tenait toujours sur ses genoux.

- La Petite Sirène, remarqua Ellis en découvrant le titre de l'ouvrage. Encore une histoire d'amour qui finit mal...

Un nœud se reforma subitement au creux du ventre de Lily. Elle posa alors la question qu'elle n'avait pas pu formuler à Harry :

- Est-ce qu'il y a eu des victimes, du côté des Malefoy ?

Ellis la dévisagea longuement avant de répondre :

- Aucune véritable victime. En revanche, la baguette d'Aubépine a été brisée.

- La baguette ? laissa échapper Lily.

- Oui. Le marché entre eux et nous a été rompu bien avant que les négociations aient pu commencer.

- Parce que j'étais blessée, enchaîna-t-elle avant lui. C'est Severus Rogue qui a décidé de rompre la baguette d'Aubépine ?

Ellis se contenta d'acquiescer en silence.

- Mais les Malefoy ont néanmoins essayé de riposter, n'est-ce pas ?

- Bien sûr, mais le fait que l'un des leurs ne fasse alors plus corps avec le reste du clan a fortement joué en leur défaveur, et les a aussi certainement sauvé, ce faisant...

- L'un des Malefoy s'est opposé aux autres ?

- Oui. Il s'est mis entre eux et nous pour nous laisser venir à ton secours et partir.

N'osant pas demander à voix haute de quel membre de la famille il était question, Lily se borna à soutenir le regard d'Ellis, intense et froid.

- Non, trancha-t-il enfin. Ça n'était pas Scorpius.

Elle détourna les yeux, pour les reposer très vite sur son livre tandis qu'Ellis continuait :

- Il t'a menti depuis le début. Et même s'il a tenté de te faire croire qu'il en est venu à tenir à toi, c'était faux. S'il tenait véritablement à toi, alors ce n'était pas pour les bonnes raisons. Son dévouement à la cause de sa famille était largement au-dessus de l'estime qu'il pouvait te porter.

Le ton de sa voix était devenu dur mais il ne paraissait toujours pas vouloir s'emporter.

- Est-ce que tu te souviens du jour où il nous a surpris dans les cachots ? reprit-il comme s'il était sur le point de faire une déclaration qui lui coûtait. L'Avada Kedavra n'était pas de mon fait. C'est Scorpius qui l'a lancé. Et dans ta direction.

Lily releva brusquement la tête, horrifiée. Ellis continua son aveu :

- J'ai fait en sorte que le sortilège soit renvoyé sur Scorpius en me plaçant entre lui et toi.

Tout s'embrouillait dans la tête de Lily et en même temps, tout lui semblait clair, parfaitement logique. Bien qu'elle éprouvât un peu de mal à comprendre pourquoi Ellis ne lui avait pas expliqué tout ça avant, elle sentait aussi qu'il ne lui mentait pas.

- C'était moi qu'il visait, reformula-t-elle doucement. Pour te forcer à parler...

- Oui.

- Alors je te dois la vie par trois fois.

- Mais c'est aussi à cause de moi que tu t'es mise en danger, intervint-il amer.

- Tout n'est pas toujours de ta faute, il faut arrêter de te faire passer pour le martyr de service.

Le regard noir parût changer sensiblement, se décontenancer, comme si cette hypothèse paraissait inconcevable.

- Quoi qu'il en soit, ajouta-t-elle, c'est une dette monumentale et j'ai bien peur de ne jamais pouvoir te rendre la pareille.

- Si j'étais certain de ne jamais avoir à intervenir une fois de plus, répondit Ellis, ce serait amplement suffisant.

- Je ferai tout mon possible, promit Lily avec un petit sourire tragique.

Il y eut alors un long flottement entre eux, à la fois interminable et beaucoup trop court.

- Il serait plus sage que tu retournes te coucher, finit par déclarer doucement Ellis en se levant.

Incapable de le contredire, Lily déposa le livre sur la table et récupéra sa baguette magique puis s'empara du bras qu'Ellis semblait vouloir lui tendre pour l'aider à se relever. Après quelques pas hésitants, elle reprit la parole pour estomper le malaise ambiant :

- Celui des Malefoy à s'être soustrait aux autres, est-ce que c'était Drago ?

Ellis se contenta de hocher la tête sans la regarder.

- Oui, fit-elle en y réfléchissant, c'est assez compréhensible, il avait une dette envers mon père... Ce ne serait pas arrivé si Scorpius ne m'avait pas Étreinte.

- Oh, répliqua-t-il ironiquement, c'était finalement une merveilleuse idée d'avoir demandé le Sang à Scorpius ! (Il s'arrêta pour lui faire face). Si je ne connaissais pas tes motivations profondes, j'aurais même pu trouver ton acte très courageux. Inconscient, certes, mais néanmoins courageux !

- Et si je te disais, répondit-elle sans se dérober, que c'était effectivement le cas, que mes intentions étaient exactement celles-ci ? Est-ce que tu me croirais ?

Le silence referma sa prise intense autour d'eux, regards soudés l'un à l'autre. Ellis pouvait-il voir les véritables raisons qui avaient poussée Lily à agir ? Provoquer le Baiser était la seule solution. La seule façon de faire échouer le plan des Malefoy et de prendre une longueur d'avance sur eux. Elle avait précisément envisagé la tournure des choses à ce moment-là, sachant que lorsque les Rogue découvriraient ce qui lui était arrivé, ils n'auraient alors plus eu aucune raison de céder la baguette d'Aubépine, seul élément à pouvoir avantager les Malefoy.

Bien entendu, aucune réponse audible ne lui parvint mais Ellis semblait indéniablement plus tourmenté qu'auparavant lorsqu'il s'engagea dans le petit couloir et lui lâcha le bras devant la porte de sa chambre.

- Je vais prévenir ton père pour qu'il puisse venir te chercher dès demain, se contenta-t-il de déclarer avant de partir, sans plus un regard.

Et ce fut seulement en se recouchant, seule, que Lily réalisa qu'Ellis avait peut-être été capable de voir encore plus profondément en elle, capable de trouver le recoin secret qu'avait entrevu Scorpius par le Sang... Cette pensée la glaça autant qu'elle l'embrasa.