Gays of thrones

Chapitre 38

Zombie Pride

Pendant que Meera tentait d'échapper aux assiduités d'un buisson ardent, Bran, allongé entre deux racines, lapidait Cornelius. En fait, le vieux avait fini par s'endormir, et le gosse saisissait des ossements pour essayer de le réveiller. « Bon, se dit Bran en regardant autour de lui (mais il n'y avait que des racines), je m'ennuie… »

Il décida de s'agripper tout seul aux branches. Une sensation étrange le prit aux tripes, et Bran se sentit pousser quelque chose quelque part qui l'entraîna…

« Sûrement ma boussole corporelle », songea Bran. Le vieux lui avait dit que c'était normal et qu'il ne fallait pas s'en inquiéter.

Mais la boussole de Bran n'était plus ce qu'elle était. Au lieu de l'entraîner vers quelque belle histoire du passé, avec des nobles dames en robe et des écuyers en collant moulant, elle le fit atterrir dans un champ enneigé.

« Ah, se dit Bran, bon, ben, on va prendre l'air… »

Il commençait à se promener, tranquillement, les mains dans le dos, lorsqu'il aperçut un attroupement. Il s'approcha.

Il eut bientôt l'impression que les personnes regroupées n'étaient pas dans leur état normal elles étaient immobiles, debout, silencieuses. Bran, s'avançant encore, réalisa qu'il n'était pas parmi des humains, mais parmi des morts-vivants.

Il en frissonna, mais, au lieu de faire demi-tour et de partir en courant, se sachant intouchable, il continua à avancer parmi les zombies. Bon, et puis il faut dire qu'il avait toujours eu un faible pour les histoires qui faisaient peur, et entre se payer à peu de frais des frissons et rejoindre Cornelius sous ses racines, le choix était vite vu.

Bran se baladait donc au milieu d'un cimetière sans tombe, contemplant avec un voyeurisme malsain les corps en état de décomposition plus ou moins avancée (et encore, on ne vous raconte pas l'odeur !) : certains avaient encore leurs cheveux, d'autres n'avaient que la moitié de leur visage, d'autres encore n'étaient que des squelettes.

C'est fou, songea Bran, pour la première fois de ma vie, je me sens sexy !

Tout à sa visite, il ne s'étonna pas de l'immobilité persistante des morts-vivants. Il ne réalisa pas non plus qu'ils étaient rangés en rang d'oignon. D'accord, on est dans de la fantasy, les morts qui se tiennent debout, ça peut sembler normal, mais quand même…

Soudain les rangs s'éclaircirent. Et Bran, qui continuait à se promener comme si de rien n'était, se retrouva seul derrière la troupe. Il vit alors devant lui un rang de cavaliers. Des spectres, tout de glace recouverts, au regard bleu perçant, se tenaient assis sur leurs montures, des lances taillées dans des stalactites. Des lambeaux de chairs pendouillaient encore à l'encolure de leurs chevaux, et quelques cheveux épars flottaient au vent, charriant des effluves de viande congelée.

Bran regarda avec plus d'attention le cavalier central. Il avait, comme tous les autres, la peau bleue, les yeux bleus, et d'étranges pointes sortant de son crâne évoquaient une couronne.

« Ou alors, il avait des mèches rebelles qui ont gelé… », se dit Bran, en passant spontanément sa main sur sa propre tignasse, que la Corneille avait fait couper.

« Tu comprends, mon petit, il faut que tu me ressembles… », lui avait-il dit, tandis que Feuille sciait ses mèches à l'aide d'un biface en obsidienne.

« Mais je ne veux pas être comme vous ! », avait protesté Bran. « Vous avez une vie toute pourrie sous vos racines, vous vous barbez depuis des millénaires, je n'ai pas envie de ça pour moi ! »

« Comme je te comprends ! », avait dit Cornelius en souriant (oui, oui, il souriait, ce con !).

« Dans ce cas, arrêtez de m'enchaîner aux branches ! », avait hurlé Bran pendant que Feuille et ses amis le ligotaient.

« Moi non plus, je ne voulais pas passer des siècles sous un arbre… » commenta Cornelius, le regard absent.

Bon sang ! Au lieu de me rassurer, voilà qu'il radote !

« Au secours, Meera ! », avait crié Bran.

« Désolée, Brandon, avait-elle répondu, mais je ne m'approche plus de Feuille, y'a pas moyen ! »

« Mais qu'est-ce que je vais devenir ? », avait pleurniché Bran. « Les scénaristes m'ont fait un sort tout pourri dans cette série ! »

« Bah… écris des fanfics ! », avait répondu Feuille.

« Hodor ! », avait conclu Hodor.

Tout à ses souvenirs, Bran n'avait pas réalisé que le Roi de la Nuit était descendu de cheval et l'avait rejoint.

Il fut donc terrifié lorsqu'il s'aperçut qu'il se tenait juste à côté de lui, et qu'il le fixait sans la moindre ambiguïté.

Le visage figé dans une expression d'horreur ultime, Bran regarda autour de lui : les centaines de milliers de soldats de l'armée des morts, hommes, femmes, enfants et chevaux, le regardaient.

Corneille : 3 yeux. Zombies : 200 000 yeux. Zombies win. A plate couture.

Le Roi de la Nuit saisit soudain Bran par le crâne. Celui-ci voulut hurler, mais le Marcheur Blanc lui attrapa la bouche avec ses lèvres. Le garçon sentit un Mister Freeze saillir dans sa cavité buccale, râcler son palais et s'enrouler autour de sa langue.

Bran se retrouva soudain allongé dans la caverne de la Corneille. Il inspira un grand coup et s'écria : « Il m'a vu ! Il m'a vu ! »

Autour de lui, Cornelius, Feuille et les Enfants de la Forêt le regardaient, atterrés. Meera s'avança vers lui et murmura : « Calme-toi, Bran, c'était juste un cauchemar… »

« Oh oui, c'en est un ! », soupira Feuille.

Cornelius, le regard sévère, demanda alors : « Est-ce qu'il t'a touché ? »

« Hein ? Euh… », fit Bran en reprenant ses esprits, tandis que Meera le berçait comme un bébé.

« Est-ce qu'il t'a touché ? », insista Cornelius.

Mais c'est qu'il est jaloux, ma parole… Décidément, Coco, jamais là pour me rassurer !

« Non ! », mentit Bran, qui avait trop honte d'avouer la vérité.

« Tu mens, dit le vieillard. Ta langue est bleue. »

Bran se mit à pleurer : « Il… Il m'a forcé… je ne voulais pas… »

« Evidemment ! », dit Meera, compatissante.

« Evidemment ! », dit Feuille, méprisante.

« Ouaf, ouaf ! », dit Eté, aboyant.

« Tu dois partir. », dit Cornelius, simplement.

« Comment ça ? »

Partir ? Bran en avait tant rêvé, mais là, bizarrement, il hésitait.

« S'il a pu pénétrer dans ton corps, expliqua Cornelius, il pourra entrer dans cette caverne. Il va venir te chercher pour finir le boulot. Désormais, nous ne sommes plus en sécurité ici. »

« Mais… Est-ce que je suis prêt ? », gémit Bran.

Cornelius le regarda, avec une colère abyssale dans les yeux qui signifiait : « A ton avis, espèce de petit crétin ? »

Bran adressa alors un regard suppliant à la Corneille : « Pitié… »

Et les (deux) yeux de la Corneille insistaient impitoyablement : « Non mais t'as cru quoi ? Que tu apprendrais en une saison ce que j'ai mis un millénaire à comprendre ? »

Pendant qu'ils faisaient leur bataille de regards, les autres s'agitaient dans la caverne : Meera ne s'était pas fait répéter deux fois qu'ils partaient, et elle pliait bagage, Eté flairait les alentours en grognant, Feuille faisait une crise d'angoisse et Hodor planait.

« Non », lâcha enfin la Corneille à l'encontre de son impudent disciple.

Disant ses mots, le vieillard s'agrippa aux branches de son arbre une dernière fois. Bran, à son tour, se sentit projeté dans le vide.


La cour de Winterfell avait toujours été un lieu rassurant. Quand Bran vit que c'était là que Cornelius l'avait emmené, il ressentit une étonnante gratitude envers le vieil homme.

« Merci, dit-il. Je suis content que vous m'ayez amené ici. Au moins, de ce côté du Mur, on est à l'abri des Marcheurs Blancs. »

La Corneille le regarda, complètement atterrée. « Tu déconnes ou quoi ? On est toujours de l'autre côté du Mur, Bran ! Je t'ai amené ici parce que tu dois apprendre, mais visiblement, après tout ce temps passé chez nous, tu n'as toujours rien compris ! »

Bran rougit. Oh bon sang, songea-t-il, qu'est-ce que je vais encore découvrir ?

Devant lui, il reconnut son père, au même âge que lui. Lord Rickard Stark, son grand-père, lui faisait face. Le petit oncle Benjen était là aussi.

Ned serrait son petit frère dans ses bras.

Rickard Stark regardait son fils : « Tu vas partir chez Lord Arryn. Il fera de toi un soldat. N'oublie jamais que tu es un Stark de Winterfell, et pas une de ces petites mauviettes qui finissent paysan ou gigolo. Si tu peux éviter la violence, tu l'évites. Mais si tu dois te battre, hache menu. »

« Pourquoi je ne peux pas venir avec lui ? », demanda Benjen.

« Parce que tu es destiné à avoir une vie de merde. », répondit son père.

« Est-ce que Pépé Rickard était une Corneille à trois yeux pour savoir une chose pareille ? », demanda Bran à Cornelius.

« Sûrement pas, répondit ce dernier. Si c'était le cas, il ne se serait pas fait cramer bêtement avec son fils aîné par le roi dégénéré ! »

« Vu comme ça… », admit Bran.

Il reconnut Hodor, et sa grand-mère la vieille Nan. Il eut envie de manger une tourte aux oignons et petits pois.

Il s'aperçut soudain que celui qu'on appelait alors Wyllis le regardait.

Il me voit ?

Des cris étranges retentirent alors dans sa tête.


Pendant que l'esprit de Bran voyageait, Meera, dans la caverne, s'attelait à préparer le traîneau.

« Ah, c'est cool, dit-elle à Hodor, on va enfin se casser d'ici ! »

« Hodor ! » (Ce qui signifiait : « oui, certes, allez, active-toi, ma grande ! »)

« On va pouvoir aller chasser, manger de la viande, des œufs… »

« Hodooor ! » (« Oui, oui, c'est super, arrête de mettre la charrue avant les bœufs… »)

« T'aimes ça les œufs, hein, mon gros ? Avec du bacon… »

« Hoodor ! » (« Mais t'arrêtes avec ton bacon ! On est encore sous terre, je te signale ! Ce qu'elle est cruche, ma parole… »)

Meera s'aperçut soudain que de la buée s'échappait de leurs lèvres. Ça n'était pas normal, ça : la caverne était équipée d'un régulateur thermique. Et puis, ils étaient seuls. A part Bran et le Grand Piaf partis on-ne-sait-où, les autres avaient disparu.

« Ben qu'est-ce qui se passe ? Ils ont déserté ? »

Une odeur moisie agrippa soudain ses narines.

« Oh, bon sang ! Hodor, c'est toi ? »

« … »

« Non mais sérieux, c'est quoi cette odeur ? »

« Hodor ? »

Mais le pauvre Hodor n'y était pour rien : cela venait de l'entrée. Meera sortit sur le seuil : Feuille s'y trouvait, avec ses copines. Et face à elles, autour du brasier qu'elles avaient allumé pour se protéger, l'armée des morts leur faisait face, attendant le moment propice pour passer à l'action.

Merde, songea Meera… ils sont censés pouvoir entrer, maintenant !

La jeune fille ne se le fit pas dire deux fois, et rentra en courant : « avec un peu de chance, ils ne m'ont pas vue, je vais pouvoir me cacher ! »

Mais, une fois tapie sous les racines de l'arbre, elle se rendit compte qu'Hodor et Eté restaient à la fixer bêtement, ne comprenant pas à quoi elle jouait.

Ok, la cachette, c'est un plan foireux, on va se sauver.

« Hodor, dit Meera, prends le traîneau, je vais chercher Bran ! »

Mais Hodor ne l'écoutait pas : comprenant qu'il se passait quelque chose d'anormal, il commençait à paniquer. Eté, pour sa part s'était mis à grogner.

« Oh bon sang, comme si j'avais besoin de ça ! », soupira Meera.

Elle secoua alors Bran avec frénésie : « Bran ! », hurla-t-elle, « Bran ! Réveille-toi ! »


Bran regardait Wyllis, et Wyllis regardait Bran.

Et la voix de Meera retentissait : « Bran ! Réveille-toi ! BRAAAAAAAN ! »

La Corneille, à côté de lui, commençait à pleurer : « Ecoute tes amis, Bran… »

Bran regardait la Corneille, puis Wyllis, et ne comprenait pas ce que Meera attendait.

Je suis réveillé, songeait-il.

« Bran ! Dis à ce gros boulet d'Hodor de se magner la couenne et de tirer le traîneau hors d'ici ! Bran ! Ils arrivent ! Rentre dans sa tête, je sais pas, moi, fais quelque chose ! »

Bran fixa alors Wyllis, effrayé par ce qu'on lui demandait.

Wyllis, lui, attendait son sort.

« Fais-le, Brandon ! », dit la Corneille.

Non ! songea Bran. Pas ça !

« On va tous mouriiiiiiir ! » couinait la voix de Meera.

Bon, si, tant pis ! Je le fais.

Les yeux de Wyllis se révulsèrent, et il tomba à la renverse, dans la fange de Winterfell.


Meera avait réussi à jeter Bran inconscient sur le traîneau, seule comme une grande, et à le tirer vers la sortie.

Les Marcheurs Blancs étaient entrés dans la caverne. Eté se jeta sur eux, sans réfléchir, et se fit lacérer. La Corneille attendit son sort sur l'arbre dont il n'avait jamais bougé. Feuille jeta des grenades bio, mais, submergée par le nombre, finit par se faire kamikaze.

« Partez, dit-elle à Meera, je vais essayer de les retarder. »

« Tu es sûre de toi ? », demanda Meera.

Feuille la regarda : « Si on survit, est-ce que tu m'épouses ? »

« Même pas en rêve ! », lâcha Meera.

« Dans ce cas, je vais mourir pour toi ! »

« C'est complètement débile, mais je t'en remercie quand même. »

Sur ces adieux déchirants, elle laissa Feuille se faire sauter au milieu d'un amas de Marcheurs Blancs.

Les derniers Enfants de la Forêt disparurent cette nuit-là.

Ils n'étaient plus que trois : Bran, Hodor et Meera, à se traîner vers la sortie.

« Hodor, dit Meera, retiens la porte ! »

Et alors qu'elle sortait dans la tempête, le malheureux géant resta à retenir la porte sur les Marcheurs Blancs.

« Oh, bon sang ! », s'exclama Meera en un instant aussi dramatique, « c'est quoi cette odeur ? Hodor, c'est toi ? »

« Hodor ! » (« Putain, je suis submergé, Meera, tu peux pas m'aider ? »)

Mais Meera n'écoutait pas : elle fila droit devant, entraînant Bran avec elle, laissant le pauvre Hodor à son sort, et répétant : « Oh là là, j'te jure, c'est quoi c't'odeur ? »


« C'est quoi c't'odeur ! »

Wyllis se trémoussait dans la boue, sous les yeux affolés de sa grand-mère, qui ne comprenait pas ce qui se passait.

Bran regarda Cornelius.

« Aidez-moi… » fit-il.

« Le temps est venu de nous dire adieu, Bran. »

« Hein ? »

Vous n'allez quand même pas me laisser en plan ?

Cornelius regardait Bran, soudain attendri, et chantonna : « Faisons l'amour avant de nous dire adieu… »

« C'est quoi c't'odeur ? »

« Hodor ! T'aurais pu te retenir ! »

« Attendez, je suis dépassé, là… », dit Bran. Y'a trop de voix partout !

Mais pour toute réponse, il vit Cornelius se faire pulvériser.

Ok, on ne compte plus sur la Corneille.

Bran regarda à nouveau la veille Nan penchée sur son petit-fils.

« C't'odeur ! »

« Mais qu'est-ce qui t'arrive, mon bichon ? »

« C't'odeur ! »

« Tous aux abris, Bran ! Putain t'es lourd quand même… »

« C't'odeur ! Odeur ! Odeur ! Hodor ! Hodor ! Hodor ! »

Bran avait enfin comprit : il pleurait.

« Hodoooooooooooooooooooooooooooooooor ! »