CHAPITRE 36


POV Adelina

La lumière filtrant à travers la fenêtre me fit gémir et je roulai sur le côté. Mon bras rencontra un corps nu près du mien. L'esprit embué, je retins un cri. Mais un bras solide enroula ma taille, m'attirant contre un corps familier. Je me détendis instantanément, enfouissant mon visage dans le cou de Ron.

« Ca va ? », demanda-t-il, la voix encore rauque de sommeil.

Je ne pus reffréner le frisson qui naquit dans ma poitrine, parcourant mon échine. La gorge serrée, j'essayai de ne pas me laisser envahir par mes désirs. Difficile en sentant son corps musclé sous mes doigts.

« Adie ? Tu comptes fixer mon torse toute la matinée ? », lança Ron en riant, me faisant vibrer contre sa poitrine.

Je me sentis rougir. Je détournai un instant mon regard avant de plonger dans ses yeux. Ils étaient emplis de désir, ce qui amplifia encore mes sentiments. Mais je fus incapable de détacher mon regard.

La nuit dernière martelait mon esprit. Quelque chose avait changé entre nous. Nous arrivions à la croisée des chemins, au point de non-retour. J'ignorais ce qui se passerait lorsque la guerre serait finie, mais pour l'instant, je voulais seulement être près de lui. Tous ces moments passés à ses côtés ne feraient pourtant que me détruire un peu plus lorsque nous devrions nous séparer. Je fermai les yeux, chassant ces pensées douloureuses de mon esprit. Je pris alors conscience de ses doigts brûlants jouant le long de mon cou. Un léger gémissement franchit mes lèvres et je me cambrai, lui donnant un meilleur accès. Mes bras entourèrent lentement son cou. Attirant son corps plus près du mien. Toutes mes pensées au sujet de sa famille à venir quittèrent mon esprit, seulement concentré sur la sensation de ses lèvres sur les miennes.

Ce baiser était différent de tous ceux que nous avions échangés jusqu'alors. Il était plus intense. Plus affamé, plus délicieux que jamais. Nos lèvres jointes contenaient la promesse d'un toujours cependant, aucun de nous ne savait vraiment combien de temps notre couple durerait. La fin de la guerre mettrait fin à bien des souffrances pour des millions de personnes, mais pour nous, elle annoncerait une vie emplie de chagrin. Je savais que Ron n'abandonnerait pas sa famille. Il n'était pas ce genre de personne, et même si j'en souffrais, je l'aimais aussi pour ça.

Il se détacha le premier, haletant, rompant notre baiser frénétique. Ses yeux étaient brûlants, me transperçant, et exprimant quelque chose de si puissant que la peur enserra mon cœur. La peur de devoir le quitter, et celle de le laisser partir. J'effleurai son visage, sachant très bien à quoi il pensait.

« Je t'aime, Ron. », murmurai-je, mon corps s'emboitant parfaitement au sien comme il m'attirait contre lui.

J'étais sur le dos, le contact froid des draps sous la peau nue de mes cuisses contrastant avec son corps chaud. Mais alors que j'allais sombrer dans l'extase, on frappa à la porte.

Le charme fut rompu, et il posa son front contre mon épaule. Il grogna, jurant dans un souffle à l'encontre de celui qui venait de nous interrompre. Je rigolai doucement, passant une main dans ses cheveux.

« Nous pouvons remettre ça à plus tard. », soufflai-je dans un sourire, malgré le fait que je sois au moins aussi frustrée que lui. Ron releva la tête pour me regarder.

« Par l'enfer, comment vais-je pouvoir me concentrer sur ce que veut cet idiot après avoir entendu une telle promesse ? », lança-t-il, un sourire avide au visage.

Mon cœur s'emballa et mon sang bouillonna. J'haussai les épaules, joueuse, en plantant un petit baiser sur ses lèvres.

« Je suis sûre que tu vas trouver un moyen. », affirmai-je tandis qu'il se dirigeait vers la porte. Lorsqu'il l'ouvrit, j'aperçus George Luz sur le seuil. Il rougit en me voyant dans le lit. Mais il ne tarda pas à concentrer toute son attention sur Ron.

« Capitaine Speirs, le Major Winters m'envoit vous prévenir que nous partons pour Berchtesgaden dans une heure. »

Ron passa rapidement une main dans ses cheveux, me jetant un coup d'œil par-dessus son épaule.

« Très bien. Merci, Luz. »

« Oh, et monsieur ? », lança Luz, les yeux soudain animés.

« Qu'y a-t-il ? »

« Hitler est mort. Un suicide, semble-t-il… »

Ron se tourna vers moi, ses yeux me renvoyant ma propre surprise. Mais par-delà le choc, la crainte rampa vers moi. Hitler mort, combien de temps avant la fin de la guerre en Europe ?

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Berchtesgaden, Allemagne

Je me laissai aller en arrière, contre le capot de la jeep, tentant de me détendre. Nous étions ici depuis une heure, en attente des ingénieurs. Cela n'aidait pas mon esprit, qui tournait en boucle au sujet du peu de temps qu'il me restait à passer avec Ron. Je savais que la guerre en Europe finirait bientôt. Il n'y aurait bientôt plus d'ennemis à combattre. Et comme la fin de la guerre se dessinait de plus en plus nettement, la fin de notre relation se rapprochait un peu plus à chacune de nos respirations. La Easy serait bientôt appelée à combattre dans le Pacifique. Et je savais que même si j'étais encore capable de combattre, je n'irais pas avec eux. Ils partiraient, et je serais laissée à l'arrière, ce que je redoutais depuis plus d'un an.

Je secouai la tête, ramenant mes pensées au présent. Les SS avaient organisé une sorte de guerilla contre les Alliés. La première étape étant le blocage des routes menant au Nid d'Aigle, ce qui nous avait stoppé net. Même Dick, d'ordinaire si calme dans ce genre de situation, m'imitait, exprimant sa frustration en un soupir.

« Depuis quand attendons-nous ces ingénieurs, Nix ? »

Lew ricana.

« Une heure et demi. »

Je secouai la tête en même temps que Dick, incrédule.

« Nous sommes donc coincés ici jusqu'à ce qu'ils se décident à ramener leurs culs ? », demandai-je.

Je pris conscience de sa présence avant même qu'il ne prenne la parole. Une flamme s'embrasa en moi, contaminant chaque parcelle de ma peau, jusqu'à ce que je brûle de désir.

« Pas si la Easy peut trouver un autre moyen. », affirma Ron, effleurant ma main de la sienne en passant près de moi. « Monsieur, si vous voulez franchir cette montagne, la Easy Compagnie est prête. »

Dick lui sourit, les yeux brillants. Je pouvais voir l'effort qu'il faisait pour rester neutre face à lui. Même si Dick savait qu'il était hors-jeu, cela ne diminuait en rien la douleur. Et Ron, pour une raison absurde, doutait encore de la place qu'il occupait dans mon cœur. Je le savais à la façon dont il me tenait la main et me regardait chaque fois que nous nous séparions. Je levai les yeux au ciel, convaincue que ces hommes n'étaient là que dans un seul but : me compliquer la vie.

« C'est noté, Speirs. Je vous avais déjà recommandé au Colonel Sink. »

Ron me regarda avant de revenir à Dick.

« Excellent, nous partons visiter la garçonnière d'Hitler. »

Je sautais dans la jeep, prête à partir avec lui.

« Ron ! », appela Dick, comme s'il venait tout juste de se souvenir de quelque chose. « Le colonel ne veut pas de prises de risques inutiles. »

Ron soupira, secouant la tête avant de fixer le sol.

« Alors, les Français arriveront avant nous ? »

J'entendis une jeep approcher et regardai à ma droite pour voir le Colonel en question se diriger vers nous. Ron recula, seule la noirceur de ses yeux laissant transparaître sa colère. Je pouvais le comprendre. Nous avions attendu ce moment depuis plus d'un mois. La plupart d'entre nous en avaient rêvé depuis qu'ils s'étaient engagés. Et à présent que nous étions si près, je n'arrivais pas à imaginer que quelqu'un d'autre que nous allait pénétrer dans le Nid d'Aigle en premier.

Le Colonnel Sink suivit mon regard vers Ron. Ses yeux sombres étaient deux lacs de ténèbres. Il était si facile de s'y perdre sans aucune chance de retour. Et le sourire sur son visage… J'aurais tout donné pour l'admirer le reste de ma vie. La douleur dans ma poitrine, constante depuis les deux derniers jours, s'accrut encore. J'aurais voulu tomber au sol et me recroqueviller en position fœtale. Mais je ne le pouvais pas. Et je ne le devais pas.

Comment avais-je tenu si longtemps ? Cinq ans auparavant, je n'aurais jamais imaginé pouvoir ressentir ça pour quelqu'un. Et après ce que m'avait fait subir Fleischer, je ne pensais plus jamais aimer. J'étais une épave, insensible pour toujours à tous les hommes qui auraient voulu de moi. Et pourtant, Ron avait réussi. Il s'était imprégné si profondément en moi, que je ne pouvais passer un jour sans penser aux années à venir avec lui.

Je me mordis les lèvres lorsqu'une main calleuse se referma sur la mienne. J'entrouvris la bouche, levant les yeux vers ceux auxquels je rêvais.

« A quoi pensais-tu? », demanda-t-il, l'essence même de son âme atteignant la mienne comme il me sondait de ses yeux. Je secouai la tête, retenant un sourire.

« Tu ne le sauras pas, Ron. », affirmai-je, malicieuse. J'effleurai ses lèvres avant de retirer ma main.

« Je suppose que Sink vient de nous dire de doubler ses bâtards de français avant qu'ils n'atteignent le Nid d'Aigle avant nous ? », demandai-je, en souriant. Ron me rendit mon sourire, ce qui me réchauffa le cœur.

« En fait, il a dit « ces fils de pute de Français », mais je pense que bâtards sonne tout aussi bien. »

Je rigolai, savourant la sensation qui m'envahissait. Le bras de Ron enroula ma taille, m'attirant à lui en une étreinte hâtive avant de me relâcher.

« Je veux que tu restes ici avec Dick. », me dit-il d'une voix rauque contre mon oreille.

Je frémis alors que la peur et la colère m'envahissaient. En voyant mon expression, Ron entoura mon visage de ses mains fortes.

« Comme l'a dit Dick, nous ne savons pas ce que nous allons trouver là-haut, Adie… »

Sa voix se brisa légèrement, et pour la première fois depuis longtemps, il semblait à court de mots. Ses yeux cherchèrent les miens, suppliants, cherchant à me faire comprendre. Comme je restais silencieuse, il poussa un profond soupir.

« Je…J'ai déjà failli te perdre une fois, je ne suis pas disposé à recommencer. Dick te protègera s'il devait arriver quelque chose. »

Je pus voir la sincérité dans son regard et cela me brisa le cœur de le voir si vulnérable. Je ne pouvais imaginer comment il serait lorsque je serais partie. Je fermai les yeux, réfrénant mes larmes. Mais elles roulèrent tout de même sur mes joues. Ron les essuya rapidement et m'embrassa une nouvelle fois. Il était doux, presque hésitant. Mais il ne put retenir un sentiment d'urgence, comme si inconsciemment, il savait que nos moments ensemble étaient limités. Et il partit, me laissant une sensation de vide et de solitude. Je songeai que je n'avais même pas commencé à ressentir l'angoisse de son abscence dans ma vie.

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Ron s'installa au volant de la jeep, regardant silencieusement le paysage autour de nous. Les collines escarpées semblaient former un escalier raide vers le but de notre voyage. Le Nid d'Aigle. Je comprenais à present pourquoi Hitler l'avait considéré comme un joyau de son empire.

Un peu plus loin devant nous, je pus voir des hommes qui avaient décidé d'escalader la montagne. J'entendis les autres leur hurler après. Mais la seule chose sur laquelle je parvenais à réellement me concentrer était la sensation des doigts de Ron caressant ma paume. Chaque fibre de mon corps ne tenait compte que de lui et lui seul. C'était ce qui me manquerait le plus. Ces moments de silence infinis tandis qu'il s'appliquait à mémoriser chaque partie de mon corps. D'une certaine manière, nous en apprenions plus sur l'autre de cette manière qu'en parlant. Je me senatis connectée à lui, d'une façon bien plus intense que l'intimité physique. Je voulais son esprit tout autant que je convoitais son corps.

Une secousse de la jeep me ramena à la réalité et je retirai ma main, le rouge aux joues. Je restai sagement sur mon siège, alors qu'il s'étirait pour me serrer la main à nouveau.

« Viens. », dit-il, désignant le Nid d'Aigle s'élevant face à nous.

Je les regardai, lui, puis le bâtiment, incertaine de quoi penser. Je savais ce qu'il essayait de faire. Me donner le choix plutôt que de me laisser en arrière. Après tout, on ne savait pas s'il y avait encore des gens là-dedans. Qui savait ce qui nous attendait derrière ces portes. Mais il faisait un effort pour changer, pour être meilleur, et cela signifiait tellement. Alors, je pris sa main, et le laissai me conduire jusqu'à la porte d'entrée. Serrant mes doigts dans sa main gauche, il tira son pistolet de sa main droite. Il fit signe à ses hommes d'ouvrir les portes, ce qu'ils firent, une lueur impatiente, presque heureuse, dans les yeux. Nous attendions ce moment depuis si lontemps, je ne pouvais leur reprocher leur empressement.

Malarkey et Grant ouvirent la voie à travers les couloirs sinueux. Je m'étonnai de la simplicité des lieux. Pas de statues extravagantes à l'image d'Hitler. Aucune peinture grandiose ou d'objets rares et coûteux. Jusqu'à ce que nous parvînmes à ce qui ressemblait à une salle de réunion. Je regardai la cheminée et le tapis sous nos pieds. Je laissai glisser mes mains sur la table d'acajou. Ron rit en apercevant mon expression.

« Je t'achèterai une table comme ça un jour, Adie. », lança-t-il avant de traverser la salle, ses yeux cherchant en tout sens une trace ennemie.

Ses mots me coupèrent les jambes. Je cessai d'avancer, l'esprit congelé, le corps et l'âme pétrifiés. Je n'arrivais pas à croire qu'après tout ce qui s'était passé entre nous, Ron persistait à croire que nous pouvions être ensemble. J'aurais plus que tout voulu que les choses se passent ainsi. Cependant, toutes mes pensées se tournant vers sa femme et son enfant, je savais que c'était impossible. Ni maintenant, ni plus tard. Il ne voudrait pas les abandonner et je ne pouvais lui demander une telle chose.

Je fus brusquement ramenée à la réalité par le bruit d'un bouchon de liège s'échappant d'une bouteille. Un cri s'échappa de ma gorge, et je bondis en arrière, m'éloignant de la scène devant moi. Ron me regarda par-dessus son épaule, regardant Malarkey au passage, qui tenait une bouteille de vin d'Hitler.

« A la sienne. », fit Malarkey, le sourire aux lèvres, en désignant le cadavre étalé aux pieds de Ron.

Ron leva les yeux au ciel et traversa la pièce à ma rencontre. Il prit ma main et m'entraîna vers le passage bifurquant à gauche de la salle. Mon coeur se serra en pensant que nous allions être seuls un moment. Nous montâmes de plus en plus haut, aucun de nous n'osant briser le silence. La tension dans l'air était presque palpable et je me demandais ce qui allait se passer pour nous. Serait-il plus facile ou difficile de supporter l'idée de le laisser ?

J'eus ma réponse lorsque nous atteignîmes le balcon. La vue sous mes yeux me coupa le souffle. De chaque côté s'élevaient les sommets enneigés. L'air vif du matin emplit mes poumons d'une sorte d'espoir, du sentiment qu'après tout, tout irait bien pour nous. Avec effort, je tournai mon attention vers Ron. Ses mains glissèrent de mes bras à mes joues. La pulpe de ses pouces effleura doucement mes pommettes, la sensation faisant battre mon cœur d'impatience. Je n'osai fermer les yeux, de peur de rater cette étincelle que je vis dans ses yeux lorsqu'il se pencha vers moi. Il colla son front contre le mien, son souffle chaud balayant ma peau. Je frémis dans ses bras, presque effrayée des sensations qui naissaient en moi. Je sentis mes cuisses devenir poisseuses de désir. Instinctivement, je m'arquai contre lui, immobile. Un grondement animal monta de sa gorge et je sus qu'il ressentait la même chose que moi. Je fermai les yeux et inclinai mon visage vers lui. Nos lèvres se frôlèrent, le contact de sa peau créant une vague de plaisir qui me traversa.

Mais avant que nous ayions la chance de réduire un peu plus la distance entre nous, la salle fut emplie de Lipton, Dick, Nix et Harry. Ron s'éloigna de moi d'un bond, un rougissement embarrassé envahissant ses joues. Je plongeai mes mains dans mes poches pour les empêcher de trembler, tout en sachant que mon expression me trahirait de toute façon.

« J'espère que nous n'interrompons rien ? », lança Nix en se dirigeant vers moi.

Je me retins de le frapper, sachant que cela n'aurait pour effet que d'agrandir encore son si célèbre sourire. Harry, Lipton et Nixon s'installèrent sur les chaises que j'avais à peine remarqué jusqu'alors. La main gauche d'Harry tenait fermement une bouteille de vin et je ris doucement.

« Déjà en train de boire, Harry ? »

« Bien sûr. Les réserves étaient maigres jusqu'à présent et j'ai bien l'intention de profiter de l'abondance présente. », rétorqua-t-il en prenant une longue gorgée de la bouteille avant de la passer à Nixon.

Dick soupira, m'adressant un long regard avant de se tourner vers les autres.

« Très bien, j'ai quelques nouvelles pour vous, les gars. », commença-t-il, un sourire éclatant illuminant déjà son visage. « Je viens de quitter le Colonel Sink. »

Nous braquèrent tous nos yeux vers lui, chacun de nous se demandant si nous allions être arrachés au paradis que nous venions de trouver.

« Toutes les troupes doivent tenir leurs positions actuelles. », poursuivit-il.

Harry se redressa et feignit une position attentive. Il se mit à rire, le vin aidant. Dick sourit malicieusement devant le comportement de ses amis.

« Ca ne vous interresse pas ? »

Harry acquiesça hâtivement, le sourire toujours aux lèvres. Je jetai un regard vers Ron, qui fixait obstinément tout ce qui l'entourait, sauf moi.

« Très bien. Prêts ? Ecoutez ça. », dit Dick, donnant une tape contre l'épaule d'Harry. « L'armée allemande vient de se rendre. »

Mon cœur se serra et la douleur se diffusa dans toute ma poitrine. Mes lèvres tremblèrent tandis que le poids des mots de Dick s'enfonçait dans mon esprit avec une force insoupçonnée. Comment les choses pouvaient-elles changer si radicalement d'une seconde à l'autre ? L'engourdissement me saisit en réalisant ce que tout cela signifiait exactement et je me cognai contre le mur, mes jambes s'affaissant.

« Mon Dieu… », murmurai-je, me tordant douloureusement les doigts.

Mes doigts s'enfoncèrent si fort dans ma peau que je sentis le sang en jaillir. Je soulevai un de mes bras, ouvrant difficilement mon poing. Une plaie en forme de demi-lune courait le long de ma paume, des gouttelettes de sang s'en échappant. Comme je fixai un de ces cercles de rubis, ma vision se troubla de tous côtés. Je clignai des yeux. Une microseconde. Avant de m'évanouir.

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POV Ron:

Je me retournai, m'attendant à voir son sourire. Ses yeux verts pétillants comme des émeraudes dans la lumière pâle nous entourant sur ce balcon. Mon corps se porta automatiquement vers elle. Je voulais célébrer cette journée, ce moment historique, avec elle.

Cependant, lorsque je me retournai, je ne rencontrai ni ses yeux ni son sourire. Au lieu de cela, je la vis affalée contre le mur. Son corps frêle tremblait sous le poids de l'horreur qui s'était emparée d'elle. Je savais qu'elle me cachait quelque chose. J'avais parfois pu le voir dans ses yeux, sans qu'elle ne s'en rende compte. Elle semblait alors avoir le cœur brisé, mais je n'avais jamais osé lui en parler. Je savais que le meilleur moyen de faire pire serait de l'affronter à ce sujet. Alors je m'étais complaint dans cette bienheureuse ignorance. Jusqu'à maintenant.

Je m'élançai, l'entourant de mes bras, enfouissant mon visage dans son cou. Les boucles de cheveux encadrant son visage frôlèrent ma joue.

« Adie. », murmurai-je à son oreille, caressant le creux de ses reins de manière réconfortante. J'avais oublié que nous étions en public.

« Hé, les inséparables ! Trouvez-vous une chambre ! », cria Harry tout près. Je lui jetai un coup d'oeil par dessus mon épaule, lui adressant un clin d'œil.

« Merci du conseil, Harry. Nous allons y penser. », fis-je en riant devant son expression enfantine.

J'adorais toujours constater l'incrédulité des gens quant au fait qu'Adie soit vraiment avec moi. Je trouvai encore plus drôle qu'ils ne puissent tolérer l'idée que nous faisions l'amour. Je ris doucement, pour moi-même, tout en serrant le corps d'Adie contre le mien. Je pouvais sentir la chaleur de sa respiration contre mon visage et je la regardai, me demandant comment diable j'étais parvenu à la garder dans ma vie. C'est alors que je la sentis.

Cette assurance que tant qu'elle serait dans mes bras, dans ma vie, tout irait bien. Je savais qu'avec elle à mes côtés, je pourrais tout affronter, y compris ma femme. Je me demandais si c'était ça qui avait soudainement empli ses yeux de douleur. Mais cette pensée sortit rapidement de mon esprit. Et au lieu de la considérer, je la reléguai au plus profond de mon cerveau.

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Autriche, 1945

POV Adelina

Je retins mon rire à grand peine en observant Grant, Malarkey, Bull, et Liebgott jouer aux cartes. Bull gagnait, comme toujours. Mais les trois autres joueurs ne pouvaient se résoudre à abandonner.

« Vous voyez bien que vous êtes foutus, les gars. », affirmai-je, ce qui secoua la poitrine de Bull d'un rire joyeux.

« Elle a raison. », fit-il remarquer en posant ses mains devant lui. Liebgott fut le premier à jeter ses cartes et sauter de son siège.

« Je ne joue plus aux cartes avec toi, Bull. Et je le pense ! », assura-t-il en s'en allant.

Ces mots déclenchèrent mon hilarité. D'autant plus que j'étais certaine qu'il reviendrait. Nous le savions tous. Je croisai le regard de Bull comme il ramassait l'argent gagné. Il me fit un clin d'œil avant de fourrer tous les billets dans ses poches. Je détournai les yeux pour cacher mon sourire.

Il s'agissait d'une des rares occasions où nous étions tous réunis. Le dernier mois avait tout changé. Comme je l'avais soupçonné, le Pacifique se profilait comme une ombre à l'horizon. Et même si la Easy n'avait reçu aucune date de départ, nous savions tous qu'elle combattrait bientôt un nouvel ennemi. Je frémis en songeant au nombre d'amis qui me seraient à nouveau enlevés. Je détaillai les visages jeunes et sereins qui m'entouraient, essayant de graver cette image dans mon esprit. S'ils mourraient, je me souviendrais d'eux tels qu'ils étaint à présent. Je voulais m'en rappeler ainsi, sans penser à la façon dont ils seraient morts.

Ils avaient sans cesse des exercices de combat et de manœuvre. Six kilomètres à parcourir dans la campagne autrichienne. Je les avais accompagné la plupart du temps. Parfois, mlaheureusement, on avait eu besoin de moi au poste de secours. Même si la guerre était finie, des hommes étaient encore blessés du fait de leur propre bêtise ou de celle des autres. Une chose était certaine : ces hommes avaient trop d'alcool et de temps libre à leur disposition.

« Adie ! », cria quelqu'un derrière moi.

Je sursautai, désagréablement tirée de mes pensées par la voix de Luz. Je me retournai dans mon fauteuil pour le voir, avant de me lever et de traverser la pièce à sa rencontre, un petit sourire aux lèvres.

« Désolée, Luz. Qu'est-ce qu'il te faut ? »

Luz haussa un sourcil, préférant ne rien dire. Il saisit ma main et m'entraîna vers la sortie.

« Ma chérie, Sink te veut dans son bureau dans dix minutes. Je l'ai vu, et il n'avait pas l'air de bonne humeur. »

J'embrassai la joue de Luz avant de me précipiter en direction des quartiers du régiment.

« Merci Luz ! », fis-je rapidement, sans un regard en arrière.

« C'est quand tu veux ! »

Je souris, en poursuivant mon chemin. Je remerciai Dieu d'avoir laissé ces hommes en vie. Quelques minutes plus tard, je parvins à destination. Je pris un instant pour remettre mes cheveux en ordre et ralentir mon rythme cardiaque, puis je saisis la poignée de la porte et ouvris cette dernière. L'homme de l'accueil me jaugea d'un regard critique avant de se lever pour venir vers moi.

« Adelina Jones ? », demanda-t-il d'un ton plutôt amical.

Je pus cependant y déceler une pointe de scepticisme, encore fréquente chez de nombreuses personnes. Après tout ce temps passé dans la Easy, certains doutaient encore de mes capacités au combat. Par l'enfer, j'étais engagée dans cette guerre depuis plus longtemps que l'armée américaine toute entière ! Je soupirai, décidant de ne pas y prêter attention. La seule chose qui importait, était que j'avais gagné le respect de la Easy, des hommes que je côtoyais au quotidien.

Il me prit rapidement par le coude, et me conduisit devant une porte close, s'arrêtant quelques secondes devant le bureau de Sink.

« Je pense que vous devriez être au courant…Il est furieux. Je ne sais pas quoi vous conseiller, essayez seulement d'aller dans son sens… »

J'acquiesçai, les mains légèrement tremblantes. Qu'est-ce qui avait pu tant l'énerver pour que même un inconnu me mette en garde ? Je toquai à la porte, le bruit résonnant dans le silence du couloir, sonnant comme un fracas assourdissant à mes oreilles.

« Entrez ! », fit la grosse voix de Sink, étouffée à travers le bois épais de la porte.

Je déglutis péniblement, l'estomac noué. Pour une quelconque raison, j'avais l'impression que cette entrevue était tout ce que je redoutais. Mes doigts fébriles se refermèrent sur la poignée. Je la poussai doucement jusqu'à apercevoir le colonel Sink. Il était assis à son bureau, un morceau de papier si serré dans sa main, que je fus surprise qu'il ne soit pas encore chiffonné.

« Vous vouliez me voir, monsieur ? », lui demandai-je, effrayée de briser le silence, mais plus encore de ne rien dire.

Il releva la tête et je rencontrai son regard glacial, où je pus lire du ressentiment. Je me demandais si c'était à mon encontre ou à celle de la personne dont venait ce papier. Après une seconde, j'eus ma réponse. Ses yeux s'adoucirent et il me fit signe d'entrer dans la pièce.

« Fermez la porte, Miss Jones. », ordonna-t-il de la voix la plus douce que je lui avais jamais entendu. Je pris le siège face à lui, ne sachant quoi en penser. Mes mains tremblaient encore et je les nouai ensemble pour les en empêcher.

Nous nous regardâmes, ses yeux sondant mon visage à la recherche de je ne sais quoi. Puis, il soupira et reporta son attention sur la feuille de papier qu'il tenait toujours dans sa main.

« Miss Jones, depuis combien de temps êtes-vous dans la Easy ? », me demanda-t-il calmement. L'absence de surprise de ma part vint du fait que je m'attendais à cette question. Je pris un moment pour réfléchir.

« Eh bien, monsieur, je dirais que ça va faire un an. », répondis-je en empêchant ma voix de trembler. Au fondde moi, je savais excatement ce qu'était cette feuille de papier. Mais je ne voulais pas l'accepter.

« Vous êtes très attachée à eux, n'est-ce pas, Adelina ? »

« Oui, monsieur. », fis-je, ma voix ne laissant transparaître aucune de mes émotions. S'il utilisait mon prénom, c'était que c'était mauvais. Sink soupira et replia le document sur son ventre.

« Très bien, Miss Jones, vous savez très bien que ce n'est pas une visite de courtoisie. Je suis sûr que le sergent Luz vous a dit combien j'étais agacé. Et entre vous et moi, j'aurais préféré éviter cette situation. Si vous êtes ici, c'est à cause à ce fichu bout de papier. », fit-il en enfonçant son index dans la feuille comme si elle l'avait réellement offensé. Je fixai le papier en espérant, malgré mon pressentiment, que ce n'était pas ce que je redoutais.

« Et qu'y a-t-il sur ce bout de papier, Monsieur ? »

Je fus embarrassée par ma voix tremblante d'émotion, retenant les larmes qui me montaient aux yeux.

« Visiblement, les Britanniques veulent que l'ensemble de leur personnel médical rentre en Angleterre pour s'occuper des soldats blessés de retour au pays. », soupira Sink. Il m'observa une seconde avant de se pencher vers moi et de saisir ma main. Je retins mon souffle. Je n'aurais jamais imaginé Sink capable d'un tel geste de réconfort.

« Adelina, je suis aussi désolé que vous. J'ai été au téléphone toute la journée avec le général Taylor, le colonel Dobey et tous les autres dirigeants que j'ai pu réussir à joindre. Mais aucun d'entre eux ne peut rien faire. Il n'y a rien à faire. »

J'hochai la tête avant d'essuyer les larmes qui perlaient à mes cils. Je me sentais déchirée en deux. Mon cœur me faisait mal, et j'étais envahie d'émotions de toutes sortes.

« Je comprends, mon colonel. Merci d'avoir essayé. », dis-je, ma voix pas plus haute qu'un chuchotement. Sink me serra une nouvelle fois la main avant de la libérer, sentant que je souhaitais me retirer.

« Vous partirez dans deux jours, Miss Jones. », me dit-il comme je me levai. Son ton était redevenu aussi formel qu'à l'accoutumée. J'en aurais ris si je ne m'étais pas sentie si mal.

« Bien, monsieur. », fis-je en le saluant. Il me retourna le geste et je fis volte-face. Je traversai rapidement la pièce et ouvris la porte à la volée. Sentant le besoin de m'éloigner aussi vite que possible de ce bâtiment, je me précipitai dans le couloir, sans même m'arrêter à la réception, et saisis la poignée de la porte. Je la franchis en courant, mes épaules s'affaissant sous le poids de ce qui s'abattait sur moi.

Mais pourquoi en aurait-il été autrement ? J'avais toujours su que je devrais quitter Ron un jour. Mais pourquoi à présent ? Je n'étais pas prête. Je n'étais pas prête à accepter de vivre ma vie sans lui. Et en plus de ça, je n'avais aucune idée de comment le lui annoncer. Je secouai la tête, décidant que ce n'étais pas le moment de penser à ça. Pas au milieu de la rue, tous les regards braqués sur moi.

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Mes mains tremblaient, incapables de se concentrer sur leur tâche. Je partais ce matin-même et je n'en avais encore parlé à personne. Pas même à Dick. Je savais combien il serait triste de savoir que je quittais la meilleure chose qui me soit arrivée : la Easy Compagnie. Et je ne pouvais supporter de penser à son expression lorsque je lui annoncerais la nouvelle. Et puis, la seule personne à qui j'aurais voulu me confier était la seule personne que je m'étais refusée à aller voir.

Ron.

Son nom traversa mon âme d'une nouvelle vague de douleur. Mais les larmes ne coulèrent pas. J'étais trop engourdie pour ressentir les émotions. C'était le seul moyen pour combattre la douleur.

Des voix accompagnées de coups frappés à la porte me firent sursauter, m'extirpant de mes pensées.

« Adie ! Ouvre ! »

Je me précipitai vers la porte, terrifiée par la voix qui retentissait à travers. C'était Ron. Pour la première fois depuis toute cette aventure, il semblait pétrifié. Il y avait un médecin avec lui. Mais il était de dos. J'ouvris la porte, ne m'attendant pas à voir Ron et Talbert tenant une civière. Ou Roe se tenir près du brancard, tenant un sac de plasma à bout de bras. Ma tête tourna à la vue du patient.

« Grant ? », murmurai-je, faisant un pas de côté.

Une immense tristesse m'envahit tandis que je regardais ces hommes entrer dans le poste de secours et déposer la civière sur un lit vide.

« Johnson ! », criai-je alors que son visage aparaissait dans l'encadrement de la porte de la réserve. « Nous avons un gros problème par ici ! »

Il parut confus avant de se précipiter vers nous. Je me tournai vers Grant. La façon dont Ron lui tenait la main me fit monter les larmes aux yeux. Roe le remarqua et il m'adressa un sourire rassurant. Mais dans son regard, je pouvais voir l'inquiétude et le doute qu'il essayait de me cacher. Le docteur Johnson alluma la lumière près du lit et se pencha pour examiner la blessure. Il souleva le bandage autour de sa tête et je pus voir que celui qui avait tiré était un bon tireur. Un frisson de colère me parcourut. J'espérai de toutes mes forces que celui qui avait fait ça serait puni.

« Seigneur ! », murmura Johnson, ses doigts remettant le bandeau en place tandis qu'il se redressait.

« Quoi ? », demanda Ron d'une voix calme.

« Je ne peux rien faire. »

Je cillai, priant pour qu'il y ait quelqu'un qui puisse aider Grant.

« Tu ne peux pas l'aider ? »

« Non. Vous avez besoin d'un neurochirurgien. »

Johnson frotta ses doigts le long de sa mâchoire, le visage empreint de regrets et d'empathie. Ron me regarda par-dessus son épaule pour la première fois. Il regarda Grant en soupirant.

« Nous devons faire quelque chose. », dit-il résolument, en saisissant un côté de la civière. Il fit signe à Talbert, le regard déterminé. Il dégageait une énergie qui me fit sourire malgré la situation.

« Retrouvez le tireur. Nous allons chercher un neurochirurgien. »

Je regardai Ron, puis Johnson, me demandant si j'avais une chance de les accompagner. Je me retournai, courant derrière eux. Dehors, je rejoignis Ron, déjà assis derrière le volant d'une jeep. Il me jeta un coup d'œil et secoua la tête.

« Adie, mon cœur, j'ai besoin que tu restes ici. », me dit-il. Je continuai d'avancer, déterminée. Quant je fus à sa hauteur, je lui pris la main, l'empêchant de continuer.

« Tu crois que je vais rester là sans rien faire pendant que vous partez là-bas. C'est hors de question. », dis-je, mes yeux oscillant obstinément entre Speirs et Roe. Ils échangèrent un regard, et finalement, Speirs leva les mains. J'aurais pu croire qu'il était en colère contre moi s'il n'y avait pas eu ce léger sourire sur ses lèvres.

« Dépêche-toi. », fit-il.

Je souris avant de grimper à l'arrière de la jeep. J'attrapai aussitôt la main de Grant et la serrai dans la mienne.

« Ne t'inquiéte pas, Grant. Nous allons te trouver le meilleur neurochirurgien du pays. », lui dis-je doucement, sachant pourtant qu'il ne pouvait pas m'entendre.

Je réprimai les émotions qui montaient en moi : la peur, l'incrédulité, et surtout la colère. J'aurais réagi de cette façon avec n'importe quel homme de la Easy. C'étaient des hommes bons qui avaient traversé l'enfer. Les larmes menaçèrent de m'échapper. Je jouai distraitement avec un bouton de la veste de Grant.

Enfin, Ron s'arrêta près d'une maison. Il sauta de la jeep et s'approcha de la porte d'un chirurgien renommé. Il tira son pistolet et frappa à la porte avec sa main libre. Dans l'obscurité, je vis un homme tirer les rideaux et nous regarder.

« Ouvrez. », lança Ron en frappant contre la vitre avec son arme. En hâte, l'homme s'exécuta et Speirs poussa la porte. Il hésita un instant, prêt à l'embarquer de force.

« Venez avec nous. »

« Pourquoi ? », demanda le médecin, effrayé et confus.

Je vis que Ron était de plus en plus tendu. Je pouvais comprendre. Nous n'avions pas le temps. Je regardai mes doigts, aggrippés à ceux de Grant, sans vouloir affronter la réalité. Ce qui pouvait arriver à notre ami.

« Montez dans la jeep. », ordonna Ron, regardant l'homme puis le véhicule

L'homme nous regarda, Roe et moi, puis Grant. Quelque chose changea dans ses orbes sombres et il accepta à contrecœur. Il saisit son manteau et se dirigea vers la jeep.

« Où allons-nous ? »

« A l'hôpital. », lui répondit-on.

Lorsque l'allemand eut le dos tourné, Ron baissa son arme. Je compris qu'il ne lui faisait pas confiance. Mais il n'avait pas le choix. Ses yeux croisèrent les miens et je détournai aussitôt le regard. J'y voyais ma propre peur. L'allemand se retourna à nouveau.

« Si vous ne comptez pas me tirer dessus, baissez cette arme. »

Il leva les mains devant lui en un geste pacifique. Ne pensant à rien d'autre que la blessure de Grant, Ron continua de pointer son arme sur lui.

« Montez dans la jeep. Maintenant. », répéta-t-il, les mâchoires serrées.

Une flamme brillait dans ses yeux et je savais qu'il était sérieux. Au lieu d'obéir, le médecin se tourna vers Roe et moi.

« Que lui est-il arrivé ? », demanda-t-il, ses yeux allant de Grant à nous. J'ouvris la bouche pour parler mais j'en fus incapable. Heureusement, Roe vint à mon secours.

« Blessé à la tête. », répondit-il. J'hochai la tête et regardai le bandage imbibé de sang dont nous avions enveloppé sa tête.

« Il y a une demi-heure. », ajouta Ron.

Mes yeux me brulèrent à nouveau. La terreur étreignit mon cœur. Tout à coup, j'aurais voulu crier. La situation semblait nous échapper à tous. Et je détestais perdre le contrôle ainsi. Je tenais toujours la main de Grant. Elle était chaude. Impatient, Ron pointa son arme sur le bras du médecin.

« Allez ! », l'exhorta-t-il.

« Si vous voulez qu'il vive, vous devez m'aider. Tout d'abord, arrêtez avec ça. », fit-il en désignant le pistolet, crispé.

Ron serra les mâchoires et replaça l'arme dans son étui. Il allait s'installer au volant mais le médecin allemand l'arrêta.

« Laissez-moi conduire. », dit-il. « Nous arriverons plus vite. »

Les yeux de Ron cherchèrent les miens. Je le regardai, sentant mes lèvres trembler.

« Ron, s'il te plaît. », murmurai-je.

Il hocha la tête et contourna le véhicule. Il grimpa à bord et l'allemand prit la direcion de ce que je supposais être l'hôpital le plus proche. Je regardai Grant et sursautai en sentant quelqu'un saisir mon autre main. Je regardai Roe, mais constatai qu'il s'agissait de Speirs. Mon cœur bondit dans ma poitrine et mon estomac se noua. Mon pouls s'accéléra. Après avois cru que je ne le toucherais plus jamais, ce contact était complètement inattendu. Il ne se retourna pas pour me regarder, mais il serra mes doigts quelques minutes. Je ne pus retenir le petit sourire qui naquit sur mes lèvres. Je savais que cela rendrait la séparation encore plus difficile. Mais je prenais tout ce qu'il me restait.

Après de longues minutes interminables, le médecin freina et s'arrêta devant un bâtiment blanc de deux étages. Il était impeccablement propre, et même si les pièces étaient petites, j'eus l'impression que c'était le meilleur hôpital d'Autriche. Je sautai hors du véhicule. Ron attrapa un bout de la civière tandis que Roe saisissait l'autre côté. Le médecin allemand les guida vers le bâtiment et je restai devant la jeep, mes pieds refusant de bouger. Je restai là, dans le froid, attendant que quelqu'un vienne me donner des nouvelles. Je savais que c'était ridicule, mais je ne pouvais me résoudre à entrer. C'était peut-être juste un soldat, mais pour moi, il était comme un membre de ma famille. Tous les hommes de la Easy faisaient partie de mon monde et je ne le supporterais pas si l'un d'eux étaient tué si près de la fin de la guerre. Impuissante, je glissai au sol. Des larmes jaillirent de mes yeux et quand Roe revint, je le remarquais à peine. Il me parla plusieurs fois, puis il disparut. Une autre personne entra dans mon champ de vision, et je tournai aussitôt les yeux vers elle.

« Adelina ? », fit la voix de Ron, basse et tranquille contre mon oreille. Je clignai des yeux et continuai de le dévisager. Il tourna la tête vers Roe, qui nous regardait, inquiet.

« Eugène, reste ici avec Grant. Assure-toi que ce médecin ne le tue pas. », ordonna-t-il. Sans un mot, Roe se retourna et monta les marches. Il soupira et me regarda à nouveau.

« Adie, mon amour, parle-moi. »

Ses doigts effleurèrent ma joue, essuyant quelques larmes. Je fermai les yeux et savourai sa caresse. La chaleur m'envahit comme il se rapprochait de moi. Ses bras m'entourèrent et il me soulava de terre. Ma tête retomba contre son épaule et son odeur emplit mes narines, réconfortante. J'aurais seulement voulu être avec lui une nuit de plus. J'inspirai profondément, essayant de me calmer. Il me déposa sur le siège passager de la jeep. Il s'assura que j'étais bien installée et s'intalla à mes côtés. Il fit démarrer la jeep, et nous quittâmes rapidement la ville. Je regardai les collines nous entourant. Mes yeux revinrent vers lui. Il semblait plus détendu. Ses yeux restaient fixés sur la route, mais je savais qu'il avait autant conscience de ma présence que moi de la sienne. Mon cœur battait la chamade, mon pouls tressautant dans ma gorge à chaque pulsation. Je déglutis, mes yeux fixant son visage un long moment.

« Quoi ? », me demanda-t-il en restant concentré sur la route.

Je rougis, surprise qu'il puisse encore avoir une telle réaction après tout ce que nous avions vécu. Je détournai aussitôt le regard, évitant ses yeux perçants. Je fixai finalement sa main. Elle était posée entre nos deux sièges et je tressaillis de désir en songeant à tout ce que cette main pouvait faire.

« Rien… », soufflai-je, reserrant mes doigts pour m'empêcher d'attraper les siens. Il ne me laissa pas le temps de réfléchir. Il s'empara de ma main gauche et l'attira avec la sienne entre les sièges. Je le regardai, interdite.

« Le médecin a accepté de l'opérer. », déclara-t-il soudain. Sa voix était si basse que je crus l'avoir imaginée. Cependant, il me serra la main, réconfortant. J'ouvris la bouche tandis que de nouvelles larmes emplissaient mes yeux.

« C'est merveilleux ! », murmurai-je.

J'essuyai mes larmes de ma main libre. Lorsque je le regardai à nouveau, Ron fronçait les sourcils et semblait être profondément concentré. Son étreinte sur ma main se reserra, comme s'il essayait d'absorber la chaleur de mon corps. Pour la première fois, je regardai autour de nous et je me rendis compte que nous étions presque arrivés à destination : un immeuble du centre ville où je savais que le tireur avait été emmené. Mon cœur s'emballa en pensant à ce qui attendait cet homme. Et je ne pus réprimer le sentiment de satisfaction qui me parcourut. Ron ralentit et s'arrêta devant le bâtiment. Il descendit et vint près de moi. Sans un mot, il me tendit la main et m'aida à descendre. Il garda nos doigts entrelacés jusqu'à ce que nous soyions dans le couloir principal. Il tourna alors vers moi un regard brillant d'une colère intense.

« Quoi que tu puisses entendre, ne franchis pas ces portes. », fit-il en désignant la porte vitrée à travers laquelle je pus voir Luz et Talbert jouer aux cartes.

Je me demandais comment ils faisaient alors que près d'eux se trouvait un homme qui avait failli tuer un de leur camarade parachutiste. J'hochai la tête et me dirigeai vers un fauteuil duquel je ne pourrais rien voir.

« Où est-il ? », entendis-je Ron demander à Luz et Talbert. L'un d'eux dit quelque chose que je n'entendis pas. Il répéta la question. Une fois de plus, l'un des deux hommes répondit. Il était évident que ce n'était ce qu'il voulait entendre.

« Où est-il ? », cria-t-il.

La colère et la frustration transparaissaient dans sa voix. Il passa dans une autre pièce et je sus qu'on avait fini par le lui dire. Je fermai les yeux, mon cœur battant frénétiquement dans ma poitrine. Il me sembla attendre une éternité. Aucune arme ne se fit entendre. Je gardai les yeux fermés, guettant les coups de feu et les cris qui me parviendraient à moment donné. J'étais tellement absorbée que lorsque je sentis une main chaude carresser ma joue, je bondis sur mes pieds.

« Adie ? »

J'ouvris les yeux et constatai que je me trouvais à quelques centimètres de Ron. Il prit ma main et m'attira à l'extérieur. J'ignorais où nous allions et je ne voulais pas vraiment le savoir. Tout ce qui comptait, c'était que nous soyions ensemble. Je réglerais les problèmes au matin.

« Ron… », commençai-je faiblement.

« Je ne l'ai pas tué si c'est ce que tu veux savoir. », répondit-il.

Nos pas résonnaient dans le silence de la nuit. Je levai les yeux vers lui, le cœur battant. Je serrai sa main dans la mienne, me mordant les lèvres pour retenir mon sourire.

« Je savais que tu ne le ferais pas. », affirmai-je doucement. Il s'arrêta et se pencha vers moi, ses lèvres effleurant mon oreille.

« Adie, reste avec moi ce soir. J'ai besoin de te tenir nue contre moi. Je dois chasser toutes ces images de mon esprit. »

Sa voix rauque me fit frissonner. Un gémissement m'échappa, mes doigts s'élevant dans l'air jusqu'à rencontrer son uniforme. Mes veines s'embrasaient, ma tête bourdonnait d'un désir de lui si intense que mes jambes se mirent à trembler.

« Bien sur que je reste avec toi. », dis-je en caressant son cou du bout des doigts.

Un gémissement guttural s'échappa de ses lèvres, résonnant dans tout mon corps. Je frémis en songeant à la situation. C'était la dernière nuit que je passais avec lui, et je devais la faire durer. J'aurais son souvenir pour le reste de ma vie. Dans un soupir, je repris sa main dans la mienne.

« Ta chambre ou la mienne ? », demandai-je, la voix si rauque qu'elle en était presque méconnaissable.

En guise de réponse, il m'entraîna derrière lui. Avec pour seul bruit nos pas battant le goudron, je me laissai envahir par la sensation de sa main contre la mienne et du désir puissant qui enivrait mon esprit. Il était si fort que je crus ne jamais parvenir à sa chambre. Mes genoux et mes bras en tremblaient. Et comme la chaleur m'irradiait, je me demandai si cela rendrait les choses plus faciles pour Ron. Pour nous. Sûrement pas, mais je devais l'avoir une dernière fois ce soir. Et je savais qu'au final, c'était moi qui en souffrirais le plus. Ron avait une femme et un enfant à présent. Il m'oublierait, il vivrait dans l'ignorance de la douleur qui m'attendait.

Enfin, nous arrivâmes devant chez lui. Il poussa la porte, m'entraînant à l'intérieur avant que je puisse revenir sur ma décision. Il me plaqua contre la porte et prit mes lèvres avec une passion que je n'aurais pas cru possible. Ses mains étaient partout. Caressant mes seins à travers le tissu épais de ma veste, glissant le long de mon cou, mes cuisses, mes hanches. Lorsqu'il s'écarta, à bout de souffle, je me précipitai sur lui.

« Ron, j'ai besoin de toi… », gémis-je tout contre ses lèvres. Le gémissement déclenché par mes mots fut étouffé par ma bouche. Un long moment se passa avant que je puisse me détacher de lui.

« A ce rythme, nous n'arriverons jamais jusqu'au lit. », fit-il, appuyant son front contre mon épaule.

Je ris, mes larmes perlant déjà à mes cils. Je fermai les yeux, souhaitant que cette nuit ne puisse jamais finir. En espérant me réveiller demain sans avoir à le quitter. Une larme s'échappa de ma paupière et glissa sur ma joue. Et sans que je puisse l'arrêter, elle tomba. Je priai pour qu'il n'ait rien remarqué. Je priai pour qu'elle soit allée s'écraser sur le sol. Mais je sus qu'il n'en était rien lorsqu'il s'écarta de moi, me tenant à bout de bras.

« Mon cœur, qu'est-ce qui ne va pas ? », demanda-t-il, sa voix si déchirante que je crus m'effondrer sur le sol. Mes genoux vacillèrent sous moi, menaçant de lâcher d'une seconde à l'autre.

« Adie, parle-moi, nom de Dieu ! », lança Ron, la colère perçant dans sa voix.

Peut-être que la colère rendrait les choses plus faciles après tout. Lui faire du mal plutôt que de le suivre dans son lit. Je ne voulus pas croire la petite voix qui murmura ces mots dans mon esprit. Je ne voulais pas croire qu'elle avait raison. La pensée de le quitter maintenant me brisait le cœur. Douloureuse au-delà de toute imagination. Mais lentement, comme ses doigts glissaient de mes joues à mon bras, je compris que c'était la seule chose à faire. Je pouvais le faire. Je le repoussai faiblement.

« Ron, je ne peux pas faire ça. Pas ce soir. », murmurai-je, les mains tremblantes soudainement privées de sa chaleur.

« Quoi ? »

J'ouvris les yeux pour rencontrer son regard. Ses yeux étaient sombres, mais pas de désir. Sa colère couvait.

« Ron, je…Je ne dormirais pas avec toi ce soir. Je suis désolée. », poursuivis-je, rassemblant le peu de dignité qu'il me restait.

Je le regardai bien en face, sentant mon cœur se briser à l'expression de son visage. Il y avait de la colère mais il y avait autre chose aussi. Et je sentis qu'il perdait peu à peu son sang-froid.

« Pourquoi ? »

« Parce que…Je ne peux pas. »

« Je t'ai dit que j'en avais besoin. », dit-il, presque suppliant.

Je retins mon souffle, réprimant l'envie de retirer tout ce que je venais de dire. Je ne le pouvais pas.

« Ron, combien de temps allons-nous continuer comme ça ? », demandai-je, incapable de soutenir son regard sombre. La surprise naquit dans ses yeux et je me penchai, suivant le contour de sa mâchoire du bout des doigts. Il ferma les paupières sur ses orbes noirs à cette caresse

« Qu'est-ce que tu racontes ? »

Sa voix était rauque, comme s'il avait du mal à trouver ses mots.

« Nous ne pouvons plus continuer à prétendre que nous serons toujours ensemble, Ron. Tu vas retrouver ta femme et je vais… »

J'espérai qu'il ne remarquerait pas les larmes dans ma voix. Je secouai la tête pour me reprendre.

« Je vais retourner en Angleterre et fonder ma propre famille. »

À ces mots, ses yeux s'ouvrirent brusquement. Il me lança un regard furieux, choqué et incrédule.

« Je t'ai dit que je ne retournerais pas avec elle. Je ne veux que toi, tu ne l'as pas encore compris, Adie ? »

La douleur dans son expression me fit me mordre les lèvres. C'était beaucoup plus difficile que ce que je pensais.

« Ron, ça a l'air merveilleux quand tu dis ça, mais nous savons tous les deux qu'il ne s'agit pas seulement d'elle… », dis-je, les larmes s'échappant tout à coup de mes yeux, laissant des traînées brûlantes sur ma joue. « Et le bébé ? Ton bébé ? »

« Il n'a rien à voir avec ça. », rétorqua Ron sèchement, mais je pus voir le doute emplir ses yeux.

Je me tins devant lui, silencieuse, regardant les émotions défiler sur son visage. Nous étions encore si près que je pouvais sentir le tremblement de son corps. Il passa une main tremblante dans ses cheveux et gémis.

« Bordel de merde ! », murmura-t-il sombrement, fixant le mur au-dessus de ma tête. Mon coeur sembla se déchirer, et un cri étranglé franchit mes lèvres.

« Je suis désolée, Ron. Je…je dois y aller. », dis-je, en me retournant, saisissant la poignée de la porte.

Un instant, je crus qu'il allait me laisser partir. Mais sa main atterrit sur la porte dans un bruit sourd, m'empêchant de l'ouvrir. Je n'eus pas la force de le regarder. Mes mains revinrent contre ma poitrine, tandis que j'étais coincée entre la porte et lui.

« Tu es désolée ? », répéta-t-il avec un rire sombre.

« Tu es désolée ? », cria-t-il, me faisant tressaillir.

Il passa une main dans ses cheveux, prenant une profonde inspiration, qui eut plus l'air d'un grognement. Puis, alors que le silence nous entourait, quelque chose se passa entre nous. Quelque chose de sombre et dangereux. Quelque chose que je pouvais sentir ramper le long de ma peau pour l'embraser.

« Adie… », murmura-t-il d'une voix rauque, avant que je ne sente ses lèvres dans le creux de mon épaule.

Je frémis contre lui, souhaitant tellement avoir plus de temps. J'inclinai la tête, lui donnant un meilleur angle. Je faillis céder lorsqu'il pressa son corps contre le mien. Son excitation était évidente et je ne voulais rien de plus que m'y soumettre. Un instant, je faillis m'abandonner à son étreinte, me laisser aller dans l'extase, et cette pensée seule suffit à me faire gémir. Mais j'esquivai ses doigts et ouvris la porte avant qu'il ne puisse m'arrêter. Je courus droit devant moi, m'éloignant de lui le plus possible, mes jambes bougeant au rythme effréné de mon cœur. Je ne regardai pas en arrière, terrorisée à l'idée de croiser son regard, qui aurait fait volé en éclats toutes mes résolutions.

Quand je vis enfin la porte de ma chambre, je me projetai vers elle, persuadée que ma rédemption se trouvait derrière cette planche de bois. Mes doigts se refermèrent sur la poignée froide et je la tirai vers moi sans hésiter. Je glissai alors au sol, mes genoux se dérobant. Je restai un long moment concentrée sur ma repiration haletante résonnant dans la pièce, tentant de repousser la douleur qui m'assaillait. Mais je sus que c'était peine perdue lorsque les larmes commencèrent à rouler sur mes joues.

« Mon Dieu. Qu'est-ce que j'ai fait ? », gémis-je dans l'obscurité.

J'ignorais combien de temps je restai là. Le regard perdu dans ma chambre sombre, la douleur prenant possession de moi, mon corps endolori condamné à une torture sans fin. Finalement, je trouvai la force de me traîner sur le sol pour allumer la lumière. Les yeux rouges et gonflés, je jetai un coup d'œil à ma montre, appréciant la sensation d'engourdissement qui gagnait peu à peu mes membres.

« Cinq heures. », soufflai-je, stupéfaite que tant de temps se soit déjà écoulé.

Je partais dans une heure et il me restait encore une dernière chose à faire. Je m'assis à mon bureau, considérant la machine à écrire devant moi. Je réfléchis à ce que j'allais écrire avant de me lancer. Puis, je posai mes doigts sur les touches et commençai à taper. Je mis toute mon âme et tout mon cœur dans cette lettre, tout en sachant que je devais disparaître à jamais de la vie de Ron. Lorsque j'eus terminé, je la pliai et la glissai dans une enveloppe, y inscrivant le nom de Ron. Je rassemblai mes sacs et les soulevai dans mes bras, saisissant ma lettre avant de quitter la pièce.

Je me concentrai sur l'air froid qui m'enveloppait pour garder la douleur à distance de mon cœur. Je baissai les yeux, fixant chacun de mes pas. Je ne remarquai pas les deux yeux d'un bleu glacial qui me fixaient.

« Adie ? », résonna la voix de Dick dans la nuit. Je me figeai, les jambes coupées. Je me retournai lentement pour le voir trottiner dans ma direction. Je tentai de lui sourire, mais à son expression, je compris que je n'étais guère convaincante.

« Bonjour, Dick. », murmurai-je, effrayée par mes larmes qui menaçaient à nouveau. Je n'aurais jamais cru pouvoir pleurer encore. Je me sentais si engorudie.

« Je ne pensais pas que tu partirais pour de bon. », fit Dick en tendant la main pour attraper mes sacs. Ses doigts effleurèrent doucement les miens, dans un réconfort silencieux, comme pour m'assurer que des temps meilleurs viendraient. Je n'y crus pas une seconde.

« Oui, dans une quinzaine de minutes. », murmurai-je. Je me détournai, mal à l'aise, me dirigeant vers le QG. Au loin, je distinguai les contours flous d'une jeep militaire. Je savais qu'elle m'attendait, et même si mon cœur battait à tout rompre dans ma poitrine, je ne voulais pas y croire.

« Adie, ça va ? », demanda Dick.

Je levai les yeux vers lui. Son visage était soigneusement indifférent, mais je savais ce qu'il cachait. Une lueur dans ses yeux m'indiqua exactement ce à quoi il pensait. Je glissai mon bras sous le sien. La chaleur de son corps se propagea aussitôt au mien, et je souris légèrement.

« Pas vraiment, Dick. Mais je me sens beaucoup mieux avec toi à mes côtés. Je ne voulais pas partir sans t'avoir dit au revoir. », lui dis-je calmement.

Nous étions arrivés à la jeep. Le sergent assis au volant nous jeta un coup d'œil avant de détourner le regard. Je retins un sourire en voyant Dick charger mon sac à l'arrière.

« Merci. », soufflai-je.

Dick me regarda, son masque d'indifférence volant en éclats. Après une infime seconde d'hésitation, il m'attira à lui.

« Tu vas me manquer, Adie. », murmura-t-il en embrassant le sommet de ma tête.

J'acquiesçai, mes doigts se crispant sur son uniforme. Je repoussai ma souffrance au fond de mon esprit pour m'empêcher de pleurer. Je m'écartai de lui sans le vouloir vraiment, mais je savais que je devais m'éloigner avant que ce ne soit encore plus difficile pour nous deux. Je fouillai ma poche à la recherche de la lettre. Je l'en sortis, la fixant durant une longue minute.

« Dick, pourras-tu donner ceci à Ron ? », demandai-je en lui tendant l'enveloppe.

Sans me regarder, Dick saisit la lettre en hochant la tête.

« Bien sûr. »

Il enfouit ce qu'il restait de mon cœur dans sa poche en souriant doucement. Je détournai le regard avant de contourner la jeep et de me hisser à son bord. Un instant plus tard, j'entendis un claquement de porte et Sink apparut de l'autre côté du véhicule, se penchant par-dessus le sergent pour m'observer.

« Tout est prêt, Miss Jones ? »

Je ne pus lui donner aucune des réponses qu'il cherchait, aussi me contentai-je d'acquiescer, serrant mes mains sur mes genoux pour les empêcher de trembler. Mon corps me semblait toujours aussi engourdi, m'épargnant de ressentir quoi que ce soit. Mais la douleur sourde dans ma poitrine se réveilla lorsque je me penchai pour déposer un tendre baiser sur la joue de Dick.

« Ecris-moi, Dick. », murmurai-je avant que Sink ne fasse signe au sergent de démarrer.

Je ne regardai pas une seule fois en arrière, car si je l'avais fait, j'aurais perdu tout contrôle de moi-même. J'aurais voulu faire demi-tour, réalisant que mon monde venait de s'écrouler en une seule nuit.

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Et voilà !

Toutes les bonnes choses ont une fin. Et c'est ainsi que j'arrive au bout de cette traduction. Ne reste plus que l'épilogue…Je n'en dis pas plus.

Personnellement, je trouve la fin de ce chapitre très belle, avec cette scène avec Dick…Et puis Adie, elle-même jusqu'au bout, si indécise, si tête-à-claques, qui part sur une dernière dispute avec son Ronichou, et sans même dire au revoir à tous les autres… Alors oui, on à envie de la tarter, mais dans un sens, je ne la voyais pas partir autrement. L'auteure a décidément su rester fidèle à sn personnage jusqu'au bout…

Brefouille, à très bientôt pour l'épilogue, la Der des Der !