Chapitre XXXVIII : Face à face partie II :
Quand Harry ressortit de la Salle en compagnie d'Hermione, aucun mot ne franchit leurs lèvres. Comme à son habitude, Hermione réfléchissait à ce qu'elle avait appris. Harry avait la mine renfrognée et d'un pas lourd se dirigeait vers le bureau de Kalisté. Il fit un petit signe à Hermione quand leurs chemins se séparèrent. Elle lui répondit à peine, absorbée dans ses pensées. Il prit un escalier qui le conduisit directement à sa destination.
La porte du bureau de sa professeur de DCFM était fermée et il entendait des éclats de voix. Harry reconnut sans peine les deux personnes qui s'y trouvaient ; l'accent allemand de Würstkleiner était inimitable. Il supposa que l'autre personne ne pouvait qu'être Anae. Il allait frapper à la porte mais suspendit son geste. La conversation avait encore monté d'un ton et, à ce qu'il semblait à Harry, n'avait rien d'amicale.
- …aller le regretter ! Z'est moi qui fous le dit !
- Vous ne me faites pas peur avec vos menaces !
Harry aurait bien voulu rester plus longtemps derrière la porte à écouter, mais son aventure du matin l'avait quelque peu refroidi. Il ne voulait pas écoper d'une nouvelle punition. Il se décida donc à taper à la porte.
La voix d'Anae résonna aussitôt et l'invita à entrer. Harry crut y décerner une pointe de soulagement. Il fit irruption dans le bureau. Anae était debout, rouge de colère, elle tenait si fermement le dossier d'une de ses chaises que ses jointures en étaient toutes blanches. Würstkleiner, lui aussi debout, avait également le visage rouge, mais Harry ne put deviner si c'était à cause de la bière ou d'autre chose. Il regarda étrangement Harry, un sourire énigmatique aux lèvres puis se retourna vers la prof de DCFM.
- Fous defriez réfléchir à ce ke che fous z'ai dit … zinon …
- Sinon quoi ? cracha la jeune femme.
- Zinon fous finirez en enfer !
Anae lui rit au nez.
- L'enfer, dites-vous ? Il n'y a pas
d'enfer, pauvre ignorant, croyez-moi ! ni de paradis,
ajouta-t-elle.
Würstkleiner ne répondit rien, il regarda simplement Anae, cherchant sans doute à comprendre ces dernières paroles énigmatiques. Puis il se dirigea vers la porte et l'ouvrit. Il se retourna une dernière fois vers la jeune femme.
- Au fait, Miss Kalisté. Très joli pendentif ! Un cadeau, je suppose, de votre cher père…
Le professeur de métamorphose avait appuyé ses derniers mots. La réaction de sa prof étonna Harry. Son visage pâlit soudainement. Elle porta sa main à la gorge constellée d'hématomes et son poing se referma sur le médaillon en forme d'étoile avec une pierre noire comme la nuit en son milieu.
Elle fixa de longues minutes la
porte qui s'était refermée sur son collègue,
sans dire un mot, oubliant presque la présence d'Harry. Il
dansa sur ses jambes, ne sachant pas trop ce qui allait lui arriver.
Anae finit par sortir de sa rêverie et elle bouillonnait.
En lui-même, Harry pensa qu'il allait avoir droit aux
retombées. Mais le temps qu'elle prenne place à son
bureau et invite Harry à s'asseoir face à elle, toute
trace de colère paraissait avoir disparu.
- Pile à l'heure, Monsieur Potter.
Le sorcier ne répondit rien. Anae eut un petit rictus mystérieux. Elle se leva et se dirigea vers une étagère remplie de dossiers volumineux.
- Approchez Potter !
Il obéit sans broncher.
Elle lui montra le tas de dossier, de livres de cours annotés et remplis de marque pages qui occupaient sept étages du meuble.
- Il s'agit de toutes les notes laissées par mes prédécesseurs, expliqua la sorcière. Comme vous pouvez le constater, il n'y a aucun classement, aucun ordre. Rien d'étonnant si on tient compte du défilé de professeurs qui se sont succédés à ce poste. Votre punition, Potter, consistera donc à y mettre un peu d'ordre … afin que je puisse m'y retrouver, voir selon les niveaux ce qui a déjà été abordé …
Harry soupira en voyant la montagne de papiers et de livres qui l'attendait.
- Bien entendu, Potter, vous n'aurez besoin d'aucune magie. Je vous demanderai donc de me classer cela selon en plusieurs catégorie et selon les années. Différenciez ce qui appartient à la défense, à l'attaque, aux créatures maléfiques etc … Des questions ?
- Non, murmura Harry.
- Alors au travail !
Harry s'agenouilla et prit un premier tas de papier et de livres et commença à classer le tout. Les feuilles étaient poussiéreuses et un nuage épais envahit rapidement le coin, derrière la porte, où Harry s'était installé. Sa prof n'avait pas menti, rien n'était rangé : il trouva avec les feuilles d'introduction à la DCFM pour les Premières Années un cours destiné aux Sixièmes Années expliquant l'usage de la magie sans baguette. Il retrouva aussi des devoirs vieux de neuf ans, jamais rendus à leurs propriétaires.
Pendant ce temps, Anae s'était installée à
son bureau, corrigeant des copies. Elle griffonnait des annotations à
toute vitesse avec sa plume d'aigle.
Harry entendit alors un
bruissement étrange et se retourna. Il s'aperçut
qu'il n'avait pas même aperçu l'énorme
serpent qui sommeillait devant l'âtre. La bête venait
sans doute de se réveiller et frottait ses anneaux en un
désagréable crissement. Sa langue fourchue s'agitait
avec fébrilité. Le reptile s'avança lentement
vers le bureau, sans que sa propriétaire ne lui accorde un
regard. Cela ne plut pas à Slaz qui, pour se faire remarquer,
siffla et dressa sa tête. Il resta ainsi de longues minutes à
réitérer son appel ; Anae finit par se lever et alla
chercher le serpent qui s'installa enroulé confortablement
autour de sa maîtresse.
Le temps s'écoulait, mais Harry avait l'impression que des dossiers se rajoutaient tandis que les tas qu'il avait formés à terre grandissaient à vue d'œil. Il avait mal au dos à force de se lever, de prendre un gros tas de papiers et de se baisser pour les trier. Il se demandait quand son calvaire allait prendre fin. Ce n'est que lorsque le douzième coup de minuit retentit qu'Anae, posant Slaz, se leva et libéra Harry de sa punition.
- J'espère que vous y réfléchirez à deux fois avant d'espionner les gens, Potter, conclut-elle.
Harry eut un sourire de satisfaction, après
tout, il avait tout de même réussi à détourner
le sortilège de sa prof. Il aurait voulu crier sa victoire sur
elle : « Je sais tout ! Votre sort n'a pas marché !
».
Son sourire mourut aussi vite qu'il était apparu
quand il remarqua que le regard de Kalisté s'était
fait plus dur, plus féroce.
- Ainsi vous vous croyez plus fort, Potter, au-dessus des lois ?
- Mais … Je …
- Je vois clair en vous, Potter, cracha Anae. Vous jubilez tellement que vous êtes incapable de cacher la moindre de vos pensées ! Vous êtes bien comme votre père : toujours prêt à vous pavaner, à vanter vos exploits pitoyables !
- JE VOUS INTERDIS DE PARLER COMME ÇA DE MON PÈRE ! hurla alors Harry. Vous ne savez rien de lui.
- Ah bon ? Vous croyez, Potter ?
Anae s'était rapproché tellement d'Harry qu'il aurait pu la toucher en tendant simplement un doigt. Elle semblait si sûre d'elle qu'Harry douta un instant.
- Comment auriez vous pu …
- Le connaître ? finit Anae.
- Oui, admit Harry.
Un rire sonore envahit la pièce et Slaz enroulé sur le bureau sursauta.
- Les apparences peuvent parfois être trompeuses, Potter.
Anae fixa Harry puis continua.
- J'ai connu votre père, Potter … C'était il y a bien longtemps. Vous lui ressemblez tellement : vous êtes si sûr de vous, si fier … Comme lui, vous êtes persuadé d'être le centre du monde.
Harry serra ses poings et contenait difficilement sa colère. Il était prêt à exploser.
- VOUS MENTEZ, hurla-t-il.
- Arrêtez de rêver, Potter. Ôtez les œillères que vous avez devant les yeux et cessez de considérer votre père comme un héros. Il n'était rien … même s'il pensait le contraire. Toujours à se promener avec ses amis, prêts à se faire remarquer.
- Ce n'est pas vrai ! Arrêtez !
- Je n'en ai pas fini ! Votre père n'était qu'un minable et lâche, tout comme Black !
- JE VOUS INTERDIS DE LES INSULTER !
- La vérité est cruelle, n'est-ce pas ? Mais comment qualifiez quelqu'un qui attend que vous ayez le dos tourné pour agir contre vous, qui n'a même pas le cran d'attaquer seul et qui a besoin de son cher toutou de Black ?
La colère avait envahi Harry et coulait comme un torrent en cru dans ses veines.
- Bellatrixauraitdûaussienfiniravecvous …lança-t-il rapidement d'un trait, sans s'arrêter.
- Comment ?
- C'est un avada kedavra qu'elle aurait du vous jeter, pas un simple doloris.
Harry se mordit la lèvre,
il avait été trop loin, mais il ne pouvait plus
reculer, sa raison avait fait place
à un immense désir
de vengeance soufflé par l'énervement.
Contrairement à ce qu'il imaginait, Anae ne se mit pas en colère, elle éclata simplement de rire.
- Pauvre Potter, vous croyez tout savoir … mais la vérité vous échappe … et vous échappera encore longtemps !
Sans s'en rendre compte, le poing du jeune sorcier s'était refermé sur sa baguette qu'il avait sortie de sa poche.
- Et vous voulez y remédier ?
L'air ahuri, Harry regarda sa baguette se demandant ce qu'elle faisait ça puis ses yeux se posèrent sur le visage presque calme de sa prof. Il resta un long moment avant de ranger sa baguette magique.
Anae se pencha vers lui, comme pour lui chuchoter un secret.
- Il y a une chose que je désire par-dessus tout, Potter … C'est vous voir rejoindre votre père … Mais même si vous me donnez une bonne raison de me débarrasser de vous, je ne le ferai pas. Ce n'est pas pour moi, ça ! Cependant, Potter, prenez garde … Il peut avoir des choses pires que la Mort en attendant que vous n'accomplissiez votre stupide prophétie …
- COMMENT SAVEZ-VOUS ÇA ?
- Je le sais … Et que je le veuille ou non, j'y suis liée moi aussi Potter … Alors prenez garde à vous … Je sais que la Protection de votre mère ne durera pas éternellement ! Je n'ai qu'une hâte : que tout cela soit fini !
- Comment …
- Dehors, maintenant, Potter, avant que je ne change d'avis !
La
porte s'ouvrit brutalement et Harry quitta le bureau.
Il se
retourna, une fois dans le couloir. Anae le regardait fixement et ses
yeux lançaient des éclairs de haine.
