- Oh putain, j'ai mal au cul..., gémit Seika en s'asseyant sur une banquette.

La japonaise et son compatriote venaient tout juste de trouver un wagon de libre et de s'y installer. L'aînée avait eu un peu de mal à s'asseoir, souffrante.

- T'as mal au cul ? répéta Kanda, en haussant un sourcil.

L'un en face de l'autre, il la regardait fixement, dans l'attente d'une réponse.

- Ouais, Thénène m'a...

Donné des mains toute la nuit pour me faire chier, pensa donc la jeune femme en se taisant. Elle ne pouvait pas dire ça à Kanda... non ? Elle réfléchit un petit instant avant de finir rapidement sa phrase :

- Thénène m'a poussé du lit au réveil... et je suis mal retombée...

- Vraiment ? s'enquit le kendoka, en plongeant son regard dans le sien.

Sous l'intensité de la prunelle de son camarade, Seika rougit et comprit qu'il ne croyait pas un traître mot de ce qu'elle venait de lui dire. Mais elle ne comptait pas dire la vérité donc elle ne répondit rien et s'allongea sur la banquette. Comme elle l'avait précisé, Thénène l'avait embêtée une bonne partie de la nuit donc elle n'avait pas assez dormi. Elle se rappelait du sourire satisfait sur le visage angélique de sa sœur au réveil, alors qu'endormie, elle tenait toujours les fesses de la japonaise dans les mains. Thénène pouvait être horrible par moments.

- J'suis fatiguée, je vais me reposer un peu, annonça-t-elle à son compagnon.

Elle ferma les yeux et profita de cet instant de répit, sombrant rapidement dans un sommeil réparateur. Toutefois, elle fut brusquement réveillée, son corps rencontrant le sol. Arrivé en gare, le train avait brutalement freiné et, de ce fait, Seika était tombée. Elle se redressa en panique avant de regarder Kanda d'un air surpris. Elle fut encore plus étonnée en voyant l'air moqueur qu'affichait le jeune homme.

En jetant rapidement un œil par la fenêtre, elle vit qu'ils étaient à quai et comprit seule ce qu'il s'était passé. Elle lança alors un regard plein de reproches à son camarade, qui semblait totalement s'en amuser.

- T'aurais pu me réveiller cinq minutes avant qu'on arrive en gare au moins ! rouspéta-t-elle.

- Flemme.

- Tch, sale gamin.

- On y va, la coupa-t-il, en se saisissant de sa valise et en quittant le wagon.

Elle s'empressa de se redresser et de suivre son camarade, sans oublier de prendre ses affaires. Elle sortit en trombe et rentra dans Kanda, encore dans les marches du train. Tous deux tombèrent en avant, Seika atterrissant sur le dos de son ami. Elle ne se releva pas tout de suite, légèrement sonnée par le choc. Le japonais, impatient et irrité, n'attendit aucune réaction de la part de sa camarade et se remit debout, la laissant chuter sur le dos. La Lacroix se cogna la tête contre le sol et lâcha une flopée de jurons, en se roulant par terre.

- Putain de ta race Yami ! Tu peux pas être un peu plus galant !? Sale sauvage ! tempêta la japonaise en se tenant l'arrière du crâne.

- Tch. Dépêche : tout le monde te regarde.

- Bah j'me demande bien pourquoi on me regarde ! Ah oui, à cause de ton putain de manque de galanterie !

- C'est toi qui fonce dans l'tas la tête baissée : tu m'es rentrée dedans Baka Hikari !

- Et alors !? Ça arrive à tout le monde de ne pas faire attention !

- Bah t'as que c'que tu mérites. Maintenant lève-toi avant que j'te plante comme une conne sur le quai ! vociféra Kanda, à bout de nerfs.

- Bah, j'me lève pas : y'a un problème maintenant ? déclara Seika sur un ton provocant.

Elle s'assit et croisa les bras sur sa poitrine, n'hésitant pas à regarder le kendoka droit dans les yeux.

- Hikari, on perd du temps pour rien là : lève-toi.

- J'en ai rien à battre : excuse-toi et je me lèverai.

- On a une mission, insista le jeune homme qui commençait réellement à perdre patience.

- Excuse-toi d'abord ! répéta la jeune femme, déterminée.

Kanda se pinça l'arête de nez, en essayant de se calmer. Il respirait profondément mais rien à faire : savoir que Seika attendait des excuses qui ne viendraient jamais l'agaçait sérieusement. Ils devaient rejoindre au plus vite l'auberge afin de débuter leur mission, souhaitant la boucler au plus vite. Il voulait vraiment la laisser ici pour lui donner une bonne leçon mais ça les ralentirait si elle était en retard. Seika devait comprendre qui commandait pendant cette mission, ce qui donna au jeune homme une idée sublime.

Il déposa sa valise à côte de celle de la japonaise puis s'avança vers cette dernière. Il s'agenouilla rapidement devant elle et l'attrapa par la taille avant de la soulever et de la caler contre son épaule. Il se redressa et s'empara de leurs bagages puis prit la route. Seika était choquée de l'attitude de son camarade : elle en resta muette pendant quelques instants avant de s'agiter comme une furie.

- Baka Yami ! Qu'est-ce que tu fous !? s'écria-t-elle, dans son dos.

- J'ai dit : on y va ! Baka Hikari, on a pas de temps à perdre avec tes caprices d'enfant pourrie gâtée !

- Pardon !? Répète !?

La japonaise commença à se plaindre, en affirmant qu'elle n'était pas une enfant et encore moins pourrie gâtée. Elle se mit à battre des bras et de jambes, en essayant de se défaire de l'emprise de son compatriote, tout en l'insultant dans toutes les langues qu'elle maîtrisait. Kanda se ravit du fait qu'il ne voyait que les jambes de sa camarade, qu'il évitait du mieux qu'il le pouvait. Le cinéma dura une bonne dizaine de minutes : pendant ce temps, Seika avait commencé à lui donner des coups de poings dans le dos.

Ayant atteint sa limite, Kanda s'arrêta, posa les deux valises et se saisit de Mugen. Il frappa le postérieur de la japonaise avec son épée, toujours dans son étui. Seika couina avant d'exploser de rager.

- NON MAIS ÇA VA PAS NON !? QUI T'A PERMIS !? J'TE PERMETS PAS SALOPARD DE YAMI ! hurla-t-elle, rouge de colère et de gêne.

- Bah j'me permets moi, continue comme ça et la prochaine fois, j'te frappe plus fort ! menaça durement Kanda, élevant la voix à son tour.

- COMMENT ÇA UNE PROCHAINE FOIS !? QUELLE PROCHAINE FOIS !?

Comme il l'avait dit, il frappa de nouveau le postérieur de Seika, beaucoup plus fort que précédemment. Seika hoqueta et se débattit de plus belle.

- Cette prochaine fois-là ! J't'ai prévenue : continue et il y aura une autre prochaine fois, baka Hikari !

- JAMAIS !

Elle réussit à défaire la prise de Kanda et glissa de son épaule. Elle roula au sol avant de se remettre debout et de saisir sa valise, en se massant les fesses d'une main.

- Je sais marcher seule : merci, baka Yami.

- Marche plus vite, ordonna simplement le kendoka, dans son dos.

La sœur de Thénène ralentit soudainement, uniquement pour provoquer son compatriote.

- Je marche plus lentement, ça te pose un sou- PUTAIN DE TA RACE ! BORDEL, ARRÊTE DE ME TAPER LE CUL AVEC MUGEN : ÇA FAIT UN MAL DE CHIEN, ENCULÉ ! braya Seika, ayant reçu un autre coup plus violent de la part de Kanda.

Elle cacha ses fesses avec sa valise, ne souhaitant plus qu'il la frappe.

- Avance.

- Ta gueule, sale couillon !

Seika accéléra le pas, pour distancer son camarade et arriva la première à l'auberge. Elle s'installa vite dans la chambre que l'aubergiste lui avait attribuée puis descendit, en attendant que Kanda descende à son tour. Elle espérait qu'elle soit plus rapide que lui, pour lui donner une bonne raison de se taire une bonne fois pour toutes, mais fut complètement déçue : le japonais était adossé contre la porte et pouffa en voyant le visage dépité de l'aînée.

- T'es vraiment un escargot.

- Ta gueule et pousse-toi : tu bouches le passage !

- Et si j'veux pas m'pousser ? argua le jeune homme, avec un air de défi.

Seika grinça des dents et serra les poings, pour éviter de dire quelque chose d'inutile. Kanda lui sortait par les trous du nez, avec son envie de tout contrôler. Elle garda le silence longuement, réfléchissant à quoi répondre pour l'obliger à s'écarter.

- Yami, tu te plains que tout le temps que je nous fais perdre du temps mais c'est toi qui nous en fais perdre là en fait, finit-elle par dire, sur un ton plutôt calme.

- ... Tch.

Il s'écarta et ouvrit la porte, sortant le premier. Seika le suivit rapidement, quelque peu insultée par son camarade, et adopta son rythme de marche. Ils débarquèrent sur la place centrale de la ville et s'arrêtèrent.

- Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? demanda la japonaise.

- On cherche, on pose des questions, on enquête.

- Tu vas pouvoir aborder les gens ?

- Qu'est-ce que tu racontes encore toi ? s'enquit Kanda en la regardant froidement.

- Je t'ai demandé si tu es capable d'aborder les gens et leur parler sans les agresser donc GENTIMENT et AIMABLEMENT.

- Pourquoi ?

- Parce que t'es pas commode, de près comme de loin, lui dit simplement Seika.

- Tch, bah va poser tes putain de questions toi, Baka Hikari.

- On se retrouve dans deux heures ici, ça te va ?

Kanda ne répondit rien et s'en alla de son côté. La japonaise souffla, exaspérée par le comportement de son camarade qui était censé avoir dix-neuf ans, avant de s'attacher les cheveux. Elle ferma les yeux un instant, se remémorant des informations qu'on leur avait transmises. Apparemment, ils se trouvaient, en ce moment même, dans une zone de grande activité électrique donc une énorme quantité d'énergie circulait dans le coin. Il était possible qu'il s'agisse d'une Innocence aussi bien qu'autre chose comme une nouvelle installation électrique. Les questions apparurent progressivement dans le cerveau de la jeune femme qui s'empressa d'aller les poser à des passants.

Pendant ces deux heures, en même temps qu'elle cherchait des réponses à son questionnaire, Seika fit le tour de la ville, à la recherche d'indices matériels. Malgré tous ses efforts, au bout du compte, elle n'obtint aucune réponse, aucune piste pouvant les aider dans leur enquête. Elle revint à la place centrale, un peu abattue, et vit que son collègue l'attendait déjà.

- T'es encore à la traîne, qu'est-ce que tu foutais ?

- J'enquêtais, idiot de mes deux.

- Tch.

- Alors, t'as trouvé quelque chose ? le questionna-t-elle, en espérant avancer.

- Rien et toi ?

- Je crois bien qu'on est à un point mort dans ce cas...

- Rentrons, décida le japonais en prenant la route de l'auberge.

- Maintenant ? Mais pourquoi ?

- Parce qu'il est l'heure de manger et ton ventre est entrain de faire du bruit inutilement depuis que t'es arrivée.

Pour confirmer son propos, le ventre de Seika gargouilla une nouvelle fois, de façon très bruyante. Elle rougit et baissa la tête, se dirigeant comme une flèche vers leur lieu d'hébergement. Une fois sur place, ils s'installèrent à table et furent servis par le maître des lieux. Seika s'empiffra, sous l'impulsion de la faim, et avala plus de nourriture que d'habitude.

- Hikari, tu vas pouvoir bouger après ?

- Mmh, quoi ?

- Évite de trop manger : tu vas pas pouvoir bouger correctement après, expliqua placidement Kanda, en face d'elle.

- Ta gueule : j'avais faim. Et je viens juste de finir, ronchonna Seika en reposant ses couverts.

- Tch, baka : je t'aurais prévenue.

- Cool, merci : c'est sympa de ta part Baka Yami.

Un silence prit place suite à leur bref échange et la japonaise ferma les yeux un petit instant, la tête rejetée en arrière. Un bruit parasite se fit rapidement entendre et Seika comprit qu'une mouche, d'une taille assez importante, virevoltait autour d'eux. Elle ne supportait pas ce bruit qui l'irritait à une vitesse folle. Elle se concentra un long moment, le temps de visualiser l'insecte dans la pièce et que recréer une image mentale de l'atmosphère autour d'elle. La mouche apparut facilement sur cette carte mentale et Seika retraça réussit à tracer son itinéraire quelque peu cyclique.

C'est ainsi qu'elle put l'intercepter en plein vol, en l'enfermant dans son poing, sans pour autant la tuer. Elle se mit debout et se dirigea vers une fenêtre ouverte. Elle y passa le poing qui retenait l'insecte et l'ouvrit, libérant ainsi le petit animal qui s'en alla loin. L'aînée revint à sa place et rencontra le regard de Kanda qui avait fini son repas.

- Sérieusement ? dit-il alors.

- Quoi ?

- Hikari, t'es louche.

- Ah, tu parles de la mouche ? Ça me stressait, lui apprit la japonaise.

- C'est c'que j'disais : t'es louche.

- Bref, comme t'as fini, quel est le programme Monsieur-je-veux-tout-contrôler ?

- Tu m'as appelé comment là ? demanda le kendoka, en fronçant les sourcils.

- Ou tu préfères Monsieur-je-me-sens-fort-donc-je-me-la-pète-sans-arrêt ?

- Hikari, t'es sur une pente glissante : fais gaffe à c'que tu dis ou ferme tout simplement ta bouche. Ça t'évitera des problèmes bêtement.

- Gneugneu... ça t'évitera des problèmes bêtement, répéta puérilement Seika en imitant son camarade.

- Tch. Plus gamine que toi tu meurs, appelle-moi le jour où t'auras plus trois ans d'âge mental pour qu'on parle comme des grandes personnes.

- Parce que tu sais engager la conversation toi !? T'es capable de tenir une conversation de plus de trente secondes avec quelqu'un !? Laisse-moi m'étouffer, juste dix ans, après je reviens.

- Hikari, tu dérapes, siffla Kanda en se penchant sur la table, rapprochant son visage de celui de la jeune femme.

- Oh, mais que c'est bête ! Et qu'est-ce qu'il va faire le gentil et adorable Kanda pour m'aider ?

- J'vais vite te calmer, tu verras.

- Et comment ? lui souffla l'aînée au visage, dans le but de l'énerver.

- T'aimes bien que je t'embrasse non ? lâcha-t-il avec un petit rictus carnassier.

- Quoi ? Att-

Seika se tut, se remémorant ce qu'il s'était passé avec le japonais alors qu'elle était malade. Elle rougit furieusement en niant de toute sa personne.

- MAIS N'IMPORTE QUOI : DÉGAGE DE LÀ IDIOT DE SALOPARD ! tempêta-t-elle en se mettant debout, pour éloigner leur visage.

Elle courut presque jusqu'à la porte et l'ouvrit avant de sortir de l'auberge, dans le but d'éviter tout contact physique avec l'Exorciste aux cheveux longs. Celui-ci sortit à son tour, affichant un air à la fois railleur et satisfait.

- Tu vois que t'es rapide quand t'en as envie Hikari.

- Ta gueule !

- Bon, on va inspecter les alentours de la ville : on trouvera p't'être quelque chose.

Ils entreprirent alors de sortir de la ville, assez rapidement. Pendant tout le trajet, Seika mit une distance de sécurité entre elle et son compatriote. Rien que de se remémorer la sensation de la bouche de Kanda contre la sienne, sensation qui lui avait paru extrêmement agréable et cela lui coûtait énormément de le reconnaître, la faisait rougir de façon incontrôlée et la plongeait dans l'embarras absolu. Elle garda ainsi le silence lors de la marche.

Il y avait un petit bois qui entourait la commune et les deux apôtres de Dieu y pénétrèrent. Seika ressentit alors un changement radical d'atmosphère, celle-ci étant devenue plus lourde et plus sombre. La japonaise devina aisément qu'il y avait quelques Akuma qui traînaient dans le coin et s'empressa de faire la remarque au kendoka.

Le jeune homme hocha la tête, signifiant qu'il prenait en compte ce que lui avait révélé l'aînée, et posa une main sur le pommeau de son sabre. La jeune asiatique était, tout comme sa sœur, sensible à son environnement, aux ondes et aux vibrations qui l'entouraient. Quand le changement était trop brutal, cela ne manquait pas de lui échapper. Pourtant, elle n'arrivait pas tout le temps à percevoir les nuances de l'atmosphère, les changements presque imperceptibles, contrairement à Thénène qui lui signalait de temps à autre que certains sujets pouvaient fâcher grâce aux légères tensions qu'ils créaient.

Seika se mit sur ses gardes, sentant qu'ils se rapprochaient de plus en plus d'une source d'énergie néfaste. Son intuition se révéla exacte car ils atterrirent quelques instants plus tard dans une petite clairière qui se trouvait être le lieu de rassemblement d'un bon nombre d'Akuma.

Sans attendre de réaction de la part de leurs ennemis, les japonais activèrent leur Innocence, déployèrent leurs armes et exterminèrent le groupe de marionnettes, principalement constitué d'Akuma niveau un. Les deux seuls monstres de niveau deux parvinrent à échapper de justesse à la lame de Kanda et aux poings de Seika.

Cette dernière trouvait que Kanda et elle formaient un duo assez complémentaire : lui tranchait et elle écrabouillait. Cet équilibre lui convenait parfaitement. Dès qu'ils eurent fini, la jeune femme constata qu'ils étaient couverts de sang d'Akuma et que ces derniers s'étaient réunis autour d'une pièce précieuse, qu'elle vit enfin, au centre de la clairière.

D'un accord tacite, ils s'avancèrent au centre et découvrirent une carte de la ville dans laquelle ils avaient été envoyés. Seika la saisit et la regarda un long moment. Même si elle n'était pas forcément propre, elle contenait une quantité d'informations sur les lieux. Une énorme croix rouge était dessinée sur l'hôtel de ville, signalant la localisation d'un trésor. Connaissant l'objectif des Akuma, elle devina aisément qu'il s'agissait de l'emplacement de l'Innocence.

- L'Innocence se trouve à l'hôtel de ville alors ? demanda la japonaise, assez perplexe.

- P't'être, c'est possible.

- Ou bien, c'est un piège pour nous mener sur une fausse piste.

- J'en sais rien.

- Les Akuma peuvent être très sournois en tout cas, fit remarquer Seika, en regardant toujours la carte.

- Pas faux.

- Donc on fait quoi ?

- On fouille la forêt : on a le possible emplacement de l'Innocence et il ne reste que deux Akuma sur le coup. Dans tous les cas, on les coincera à coup sûr, dit fermement Kanda en pénétrant de nouveau dans les bois. Mais comme tu l'as dit, c'est peut-être un piège alors ne négligeons rien.

Pour le coup, Seika était d'accord avec son compatriote. Elle enroula la carte et la garda en main, se hâtant de rejoindre son camarade. Malgré l'odeur du sang qui devenait de plus en plus force, ils fouillèrent les bois pendant toute l'après-midi et ne retournèrent à l'auberge uniquement en début de soirée.

Ils n'avaient rien trouvé et affichaient donc un air déconfit, sans oublier qu'ils étaient couverts de sang : les deux japonais n'étaient pas à aborder. Une fois dans leur lieu d'hébergement, l'aînée courut presque sous la douche, pressée de se nettoyer et de se détendre.

Elle était certaine d'y avoir passé une bonne heure car, lorsqu'elle sortit de la douche pour dîner, il faisait déjà sombre. Elle regroupa ses cheveux mouillés en un chignon rapide et s'installa face à Kanda. Ce dernier avait déjà commencé à manger et ne releva même pas la tête lorsqu'elle s'assit. Seika n'en fut pas réellement offensée et décida de faire comme s'il n'existait pas.

Elle fut vite servie par l'aubergiste, qu'elle remercia vivement, et commença à manger. Elle se rassasiait tranquillement quand elle remarqua, en jetant un coup d'œil rapide à la fenêtre derrière son compatriote, que le ciel se couvrait d'immenses nuages noirs. Il se mit à pleuvoir, attisant encore plus la curiosité de l'aînée. Elle interpella leur hôte et le questionna à propos de ce phénomène inattendu.

- Il faisait beau tout à l'heure, pourquoi ces gros nuages et cette pluie ? s'enquit la jeune femme, dès qu'il fut prêt d'eux.

- Ah mais nous sommes en plein cycle ! s'exclama l'homme qui les accueillait.

- En plein cycle ? Cycle de quoi ?

- Cycle des orages !

- Je... mais... a-a-attendez, vous avez dit... orage ?

- Oui, j'ai bien dit orage mademoiselle !

- Et, vous savez combien de temps il d-devrait durer ?

- Toute la nuit ! lui apprit l'aubergiste.

- Un problème Hikari ? intervint alors Kanda.

Il avait vu que la japonaise avait pâli en entendant le mot "orage" et qu'à présent, elle paraissait vraiment peu sûre d'elle.

- N-Non, aucun aucun ! s'écria vivement Seika. T'en fais pas, t'en fais pas !

- Il y a de quoi s'inquiéter tout de même : vous êtes toute pâle ! s'immisça leur hôte. Vous êtes sûre que ça va ? Vous voulez un verre d'eau ?

- Non, ne vous en faites pas... c'est juste que... je suis... un peu fatiguée... Je vais monter dans ma chambre pour me reposer !

Joignant l'acte à la parole, elle se leva vivement et monta rapidement à l'étage, souhaitant une bonne soirée à l'aubergiste et à son collègue. Alors que leur hôte l'interrogeait du regard, Kanda haussa les épaules et finit son repas, sans paraître perturbé par l'attitude de sa camarade.

Seika s'était dépêchée de rejoindre sa chambre et de s'y enfermer. Elle commença à faire les cent pas, complètement paniquée. Putain, elle avait une peur bleue des orages... Pourquoi s'était-elle engagée sur cette mission !? En même temps, elle ne pouvait pas réellement prévoir quand un orage s'abattrait. Elle le faisait en Espagne avec Thénène car il s'agissait principalement d'orages d'été. Mais là, elle ne se trouvait pas en Espagne et encore moins en été.

L'affolement grimpa en flèche dans son organisme et Seika finit par s'asseoir sur son lit, tremblante. Elle ne pouvait pas rester calme pendant un orage... Ce phénomène naturel l'effrayait depuis son plus jeune âge et elle faisait de perpétuelles crises de panique. Avant sa disparition, sa mère la gardait au près d'elle le soir et réussissait à la calmer et à l'endormir. Depuis la mort d'Ambre, Thénène avait repris ce rôle, tout aussi efficacement que leur mère. Donc Thénène l'apaisait, la câlinait, la dorlotait et l'aidait à s'endormir à chaque orage. Sauf que Thénène n'était pas là ce soir et Seika commençait à perdre ses moyens.

Elle se jeta sur son golem et appela sa cadette. Cette dernière décrocha rapidement, affichant une immense joie dès que le visage de Seika apparut à l'écran.

- KAKAAAAAAAA, TU ME MANQUES PUTAIN !

- Je... toi aussi Titi...

- Seika, qu'est-ce qui se passe ? Tout va bien ? demanda immédiatement Thénène, en entendant la voix frêle de son aînée.

- N-Non... ça va pas du tout...

- Qu'est-ce qui se passe bordel !?

- Titi, y'a un orage qui se prépare et je sais pas du tout quoi faire..., lui avoua difficilement Seika.

- RESPIRE ! RESPIRE ! CALMEMENT ET PROFONDÉMENT !

- J'respire, j'respire...

- Nan, j'te connais, ta respiration est courte et saccadée : ça s'entend hein, dit Thénène.

- Titi, j'sais pas quoi faire...

Seika se sentait totalement désemparée : elle ne pouvait gérer seule une nuit d'orage. Les larmes lui montèrent aux yeux et elle se fit force pour ne pas craquer devant sa sœur. Pas maintenant, pas au téléphone. La pluie s'intensifia et la communication se fit de plus en plus mauvaise, le signal commençant à être brouillé par l'orage.

- Seika... Komui...arrive ...ord ? ...rester calme... pas de passer la nuit... voir Kanda...

- Hein ? Quoi ? Titi, j'ai rien compris ! s'exclama Seika en regardant fixement la caméra.

- ... J'ARRIVE ! ... FORTE... ! hurla Thénène avant que la communication soit coupée.

En regardant l'image, elle avait pu lire sur les lèvres de la métisse qui avait hurlé : "Seika, j'arrive ! Essaie d'être forte en attendant !". La cadette avait dit qu'elle viendrait mais Seika savait, tout aussi bien qu'elle, qu'elle ne pourrait arriver qu'au petit matin, quand l'orage serait fini. Savoir que sa sœur ferait le déplacement pour réparer les dégâts d'une nuit de stress et de panique, en espérant arriver un peu avant, lui faisait plaisir.

La japonaise se mit à pleurer, totalement apeurée. Elle ne pouvait pas passer cette nuit seule, elle le savait. Elle parvint à se calmer pendant un court instant, essayant de réfléchir convenablement pour savoir quoi faire. C'était simple : il ne fallait pas qu'elle reste seule donc elle devait aller chercher de l'aide auprès de son compatriote. Elle comprit donc ce que Thénène avait essayé de dire avec "voir Kanda". Seika était obligée de passer la nuit avec, pour espérer ne pas mourir asphyxiée parce qu'elle aurait arrêté de respirer sous le stress et ne pas faire d'arrêt cardiaque en sursautant à cause d'un coup de tonnerre.

Putain, elle ne voulait pas aller le voir... Elle se mit donc en tête qu'elle réussirait à passer la nuit seule, comme une grande personne, capable de gérer son stress et à garder son calme mais ses illusions furent rapidement brisées car le ciel sombre s'illumina d'un coup et le premier coup de tonnerre retentit. Seika sursauta si vivement qu'elle tomba de son lit, une main sur son cœur et l'autre sur sa bouche. Les larmes prirent l'initiative de couler d'elles-mêmes et la japonaise commença à hoqueter. Elle ne pourrait finalement pas rester seule, vraiment pas.

Elle se releva immédiatement après un second coup de tonnerre et sauta sur la porte. Elle quitta rapidement sa chambre et détala dans les couloirs, en direction de la chambre de son camarade. Sa dignité en prit un coup mais Seika frappa vivement à la porte du japonais, stressée. Il ouvrit la porte avec un air mécontent. L'aînée eut l'impression qu'il s'était un peu adouci lorsqu'il avait vu qu'il s'agissait d'elle. Elle garda le silence, tétanisée par la vue du jeune homme.

Kanda s'était adossé contre l'entrebâillement de la porte. Ses longs cheveux sombres retombaient en cascade dans son dos. Il était torse nu, face à la jeune fille, ne portant qu'un bas de pyjama. Si Seika n'avait pas été entrain de paniquer, elle ne serait absolument pas gênée pour se rincer l'œil. À dire vrai, elle en profitait un peu pour jauger la musculature de l'asiatique et surtout observer l'imposant tatouage sur son torse, qu'elle avait déjà vu une fois, lorsque lui et Allen avaient été empoisonnés. Elle se demanda d'ailleurs si Kanda n'avait pas pris de la masse musculaire depuis cet incident...

Elle fut tirée de ses réflexions en entendant un autre coup de tonnerre. La japonaise se rappela brutalement la raison de sa venue et ne sut comment formuler exactement sa demande. Elle remarqua que Kanda n'avait toujours rien dit et qu'il fixait, attendant qu'elle lui donne une raison valable de le déranger alors qu'il s'apprêtait à aller se coucher.

- Hmm... je... euh... Kanda, je peux te demander... une faveur ?

Il haussa un sourcil et croisa les bras à l'entente de son nom : Seika l'appelait tout le temps Yami.

- Crache le morceau.

- Est-ce que je peux... passer la nuit avec toi ? lui demanda la jeune femme, extrêmement gênée.

- Pourquoi ? rétorqua le jeune homme.

Bien qu'il le cachât, il était surpris de la requête de sa camarade qui était venue à lui, en larmes.

- Et bah... comment dire que... j'ai une phobie des... orages... et que je pourrais pas passer cette nuit... seule...

Les mots eurent du mal à franchir les lèvres de la jeune femme. Le phénomène s'amplifia, les tonnerres de plus en plus grondants et les éclairs plus vifs.

- Tu t'fous de ma gueule là ? demanda finalement Kanda après avoir longuement gardé le silence, incrédule.

- Non... je rigole vraiment pas là..., répliqua Seika, en se remettant à pleurer.

Au vu de l'état dans lequel se trouvait à présent la Lacroix, le japonais fut obligé de la croire, très surpris. Elle essuyait les gouttes d'eau qui perlaient sur son visage quand il lui attrapa le bras et la tira dans la chambre. Il referma doucement la porte derrière lui et s'assit sur son lit alors que la japonaise restait debout, jouant avec ses doigts. Un silence s'installa entre eux, entrecoupé par les coups de tonnerres et les sursauts de peur de la jeune femme.

Kanda n'en croyait pas ses yeux : Seika était vraiment effrayée. Que devait-il faire ? Il se pinça l'arête du nez, déjà saoulé par cette question.

- Hikari, pourquoi t'es venu m'voir ? la questionna-t-il soudainement.

- Je suis entrain de paniquer... et ça me rassure d'être avec quelqu'un... même si c'est toi, ça me suffit..., lui révéla doucement la japonaise.

- Tch, tiens d'ailleurs.

Il lui lança une des serviettes, propre, qu'il avait eue à disposition dans sa salle de bains. Seika comprit qu'il la lui avait envoyée pour qu'elle s'essuie le visage, ce qu'elle s'empressa de faire.

- Merci, chuchota-t-elle.

- Me remercie pas et viens : on va dormir.

- P-Pardon !?

- J'ai dit qu'on allait dormir, répéta le kendoka, irrité. Ça pose un problème ? On a une mission à finir au plus vite : faut qu'on essaie de se reposer au maximum Hikari.

- Je... je dis pas le contraire mais... je vais pas réussir à dormir dans mon état... c'est Thénène qui me calme habituellement mais elle est pas là...

- Tch. Appelle-la et fais comme si elle était là sinon.

- Je l'ai appelée avant de venir te voir, la communication a fini par être coupée à cause du mauvais temps... mais elle m'a dit qu'elle arrivait..., lui apprit Seika, embarrassée.

- Tu sais qu'elle arrivera pas avant demain matin ?

- Oui... mais vu qu'elle sera là, t'auras au moins quelqu'un avec qui finir cette mission si je suis hors-service...

Kanda soupira, agacé. Il devina facilement que l'ego de sa camarade en prenait un sacré coup mais il ne comptait pas la regarder toute la nuit faire ses caprices idiots.

- Seika, écoute-moi bien : j'supporte pas Gaki, je n'aime pas Gaki, qu'on soit clairs. Donc je compte bien finir cette mission avec toi. Si demain t'es pas en état de te battre, tant pis : j'la finirai seul. Mais c'est toi ou rien donc soit tu viens dormir avec moi, au moins essayer, soit je te laisse retourner dans ta chambre et passer la nuit seule.

L'aînée ressentit un petit choc : il l'avait appelée par son prénom. Elle comprit qu'il était très sérieux dans ses propos et qu'il ne comptait pas perdre de temps inutilement. Il avait également sous-entendu qu'il l'aimait bien, ce pourquoi il tenait absolument à finir cette mission avec elle. Seika en fut flattée puis revint au dilemme qu'il lui posait. Il était hors de question qu'elle passe la nuit seule. Elle devait donc accepter de dormir avec le kendoka.

- Quand tu dis dormir avec toi, c'est genre... avec toi dans le lit ? l'interrogea la jeune femme.

- Bon, si tu veux pas, fais pas chier et sors de la chambre putain ! s'emporta Kanda en s'allongeant dans son lit.

- Non, non ! C'est bon : je vais dormir avec toi !

- Ok, ramène-toi vite : j'suis fatigué.

- J'ai pas de pyjama...

- Va le chercher.

Il vit Seika secouer vivement la tête, tremblante. D'accord, elle avait trop peur d'aller chercher son pyjama dans sa chambre. Le jeune homme se frappa le front, désespéré par cette attitude. Seika ne cesserait jamais de le surprendre. Il se releva rapidement et tira de sa valise un de ses T-shirts noirs. Il lança son vêtement à la japonaise qui le rattrapa. Au moins, elle avait encore de bons réflexes.

- Tch. Change-toi dans la salle de bain, lui ordonna l'Exorciste en lui désignant du doigt la porte de la salle de bain.

- Je... merci..., dit Seika en entrant dans la petite pièce.

- Et grouille-toi Baka Hikari.

- Ouioui...

Elle réapparut quelques secondes plus tard, vêtue de l'habit du kendoka. Il était beaucoup trop grand pour elle et lui arrivait jusqu'aux genoux, ce qui ne la dérangeait pas tant que ça en vérité. Seika posa ses vêtements qu'elle avait en main dans l'armoire la plus proche et se rapprocha timidement du lit. Sa timidité disparut lorsque le tonnerre gronda alors que Kanda s'était rassis et allait l'engueuler.

La japonaise sursauta et se jeta dans les bras son camarade qui ne dit rien, pris de court. Elle entoura son cou de ses bras et cacha sa tête entre les mèches du japonais. Elle passa également ses jambes autour de la taille du jeune homme, ressemblant davantage à un koala dans un T-shirt trop grand pour lui et aux cheveux longs, agrippé à une branche.

- Putain Hikari !

- Désolée, désolée...

- Tch. Tu comptes me lâcher ? s'enquit Kanda.

- Non, j'suis bien là, l'informa Seika en secouant la tête. C'est comme ça que je suis avec Titi...

- Oh putain...

Kanda s'insulta de tous les noms possibles, d'avoir accepté d'accueillir Seika, avant d'éteindre la lumière et s'allonger. La japonaise lâcha la taille de son compatriote, pour ne pas lui faire mal alors qu'il s'allongeait, et plaça ses deux jambes de part et d'autre du corps de Kanda. Il était obligé de rester sur le dos, sa camarade complètement allongée sur son torse. Celle-ci inspirait et expirait bruyamment, essayant de retrouver un rythme calme et posé. À chaque grondement, elle tressautait et le reste du temps, elle tremblait. Le japonais se demanda pourquoi il avait tiré la jeune femme dans sa chambre.

- Bon Hikari, tu te calmes quand ? demanda-t-il, excédé.

- Je... pas maintenant... euh, Kanda ?

- C'est bien : tu connais mon nom...

- Ça te dérangerait de passer une main dans mes cheveux ? s'enquit Seika en ignorant l'ironie de son camarade.

- Pourquoi j'ferais ça ?

- Parce que Thénène réussit à me calmer un peu en faisant ça...

- J'ressemble à Gaki maintenant ?

- Non, mais tu m'as dit de faire comme si elle était là, non ?

- Tch.

Seika attendit quelques instants mais rien ne se produisit. Soudainement, elle sentit la main du japonais dans ses cheveux. Ce geste de la part de son camarade la surprit : elle ne pensait vraiment pas qu'il le ferait, vu comment il était buté. Elle comprit donc que Kanda, tout comme elle, m'était un peu sa fierté de côté pour qu'ils puissent finir la mission ensemble et à temps.

- Je... merci...

- Dors.

- D'accord... bonne nuit...

Toutefois, elle n'arrivait pas à trouver le sommeil, stressée et en pleine réflexion.

- Dis Kanda ?

- Quoi encore ?

- Tu penses qu'on va trouver l'Innocence à la mairie demain ?

- Si tu continues à parler pour poser des questions aussi connes, j'pense pas.

- Désolée, mais ça m'intrigue... c'est peut-être un piège... Ils auraient peut-être déjà trouvé l'Innocence et chercheraient à se débarrasser de nous, murmura la japonaise.

- Hikari, tu t'casses trop la tête pour rien.

- Je... t'as sûrement raison... Excuse-moi Kanda et bonne nuit...

- Arrête de m'appeler comme ça baka Hikari, gronda le kendoka.

- Ah... je... ça te dérange tant que ça que je t'appelle par ton nom ? lui demanda Seika en se redressant.

Elle se retrouva à califourchon sur le japonais, les mains sur ses pectoraux, le regardant dans les yeux. Malgré la pénombre dans laquelle ils étaient plongés, quelques fois brisée par la lumière éclatante d'un éclair, le contact visuel s'établit parfaitement entre les deux compatriotes. Il posa ses mains sur les cuisses de Seika.

- Oui, répliqua-t-il férocement.

La jeune femme fut perturbée par l'attitude et la réponse de son camarade.

- Ah... je savais pas... pourquoi ?

- T'es la seule à avoir le droit de m'appeler par un surnom donc appelle-moi par ce surnom, baka.

- T'es vraiment... un mec bizarre Ka... Yami...

- J'te dirai un truc au réveil. Maintenant, viens dormir et arrête de bouger et de parler pour rien dire, décida Kanda en l'attrapant par la taille.

Il la força ainsi à se rallonger sur lui. Seika glapit lorsqu'elle se retrouva une nouvelle fois sur le japonais. Elle couina également quand le kendoka passa un bras autour de sa taille, la tenant fermement contre lui. Elle saisit le message : il fallait qu'ils dorment. La jeune femme ne chercha pas à se rebeller ou à contredire son compatriote et plongea son nez dans le creux du cou de ce dernier, qui passa de nouveau sa main dans les cheveux de l'aînée. Une fois allongée, elle se rendit compte qu'elle était moins stressée qu'au début de l'orage.

La conversation qu'elle avait eue avec son camarade l'avait détendue mais elle se sentait également en sûreté dans les bras de Kanda. Être dans les bras d'un homme tel que lui, c'est sûr qu'on se sent en sécurité... Elle se maudit d'avoir eu une telle pensée, bien qu'elle soit véridique. Seika inspira profondément et fut frappée par le parfum de lotus de son compatriote. Charmée par cette douce odeur, elle ferma les yeux et respira profondément, dans le but de profiter le plus possible de ce parfum. Inconsciemment, l'orage se fit oublier, les grondements de tonnerre disparurent, la pluie battante sur les carreaux devint silencieuse et Seika s'endormit, au paradis.

Elle se réveilla la première, quelques heures plus tard, rassérénée. Toujours dans ce petit cocon de lotus, elle se redressa un peu et constata que Kanda dormait toujours. Ses cheveux étaient éparpillés sur le lit et l'oreiller. Seika eut l'impression que le kendoka était auréolé par une quelconque lumière. Il était terriblement attirant pendant qu'il dormait, affichant un air calme et apaisé. Elle rougit à cette pensée et baissa les yeux sur le torse du jeune homme, atterrissant directement sur son tatouage atypique. Curieuse, elle retraça les contours du "3" puis de l'arc de cercle qui l'entourait.

Kanda commença alors à s'agiter, au contact des doigts de la japonaise. Les yeux du jeune homme roulaient sous ses paupières, qu'il gardait encore fermées. Seika sentit alors une main lui empoigner la fesse et se redressa vivement, s'empourprant immédiatement. Jusque là, elle n'avait pas remarqué que Kanda ne la tenait plus par la taille et que sa main était descendue d'un bon étage, jusqu'à son postérieur.

- YAMIIIII ! hurla Seika en retirant sa main, à califourchon sur lui.

- Mphf ?

- POURQUOI T'AVAIS UNE MAIN SUR MON CUL !?

- Oh putain, ferme ta gueule Hikari : hurle pas comme ça dès le matin, grogna le kendoka en ouvrant difficilement les yeux.

La première chose qu'il vit ce matin fut le visage courroucé et gêné de sa camarade, qui rougissait furieusement. Les bras croisés, elle était assise sur son bassin et le regardait, dans l'attente d'une réponse.

- Quoi ?

- T'as pas répondu à ma question, baka Yami !

- Question ?

- Oui, siffla Seika entre ses dents, pourquoi t'avais une main sur mon cul ?

- Ah, ça.

- Comment ça "ah, ça" !?

- Bah, ça a glissé tout seul, tu veux que j'te dise quoi ? riposta le japonais, les mains sur les cuisses de Seika.

- Me touche pas, sale pervers ! tempêta la jeune femme en retirant les mains de son compatriote.

- Par contre, évite de trop t'agiter sinon ça va grossir encore plus.

- Qu'est-ce qui va gros... AH PUTAIN, SALE PERVERS ! T'APPROCHES PLUS DE MOI !

Seika s'était mise sur les genoux puis s'était rassise sur le bassin du japonais, pile sur la bosse. Elle ne l'avait pas sentie au départ, parce qu'il n'y en avait pas, mais Kanda bandait et son érection devenait de plus en plus grosse. Ce détail ne manqua pas d'échapper à l'aînée qui descendit précipitamment du lit, tombant au sol dans la hâte. Elle se releva rapidement et se dirigea à l'opposée de Kanda, se collant presque à la porte de la salle de bains, dégoûtée.

Le kendoka souffla et se leva à son tour, affichant un petit sourire carnassier. Debout, son érection était parfaitement visible à travers son bas de pyjama et Seika se cacha les yeux, en poussant un petit cri. Les deux japonais n'entendirent pas la porte de la chambre s'ouvrir précipitamment.

- PUTAIN, T'ES QU'UN GROS SALOPARD DE PERVERS, T'AS PAS HONTE !?

- Non, répliqua Kanda.

L'aînée trouva que la voix de son camarade était un peu trop proche d'elle et ouvrit les yeux. Elle tomba nez à nez avec Kanda, qui semblait se ravir de cette situation. Seika recula d'un pas et son dos rencontra la porte de la salle de bain. Le jeune homme s'avança et plaça ses deux mains de part et d'autre du visage de la jeune femme. Il la regardait fixement dans les yeux, sans fléchir, sans rien dire. Ils étaient presque collés l'un à l'autre, la distance qui les séparait étant faible, très faible, presque inexistante à vrai dire. La japonaise sentait carrément la chaleur se dégager du torse nu de son camarade.

- Qu'est-ce que tu veux que j'te dise hein, Hikari ? C'est d'ma faute maintenant si tu m'excites ?

- Q-Quoi ? articula tant bien que mal Seika, le souffle coupé par cet aveu des plus étonnants.

- Oh, putain ! entendirent-ils jurer.

Seika reconnut la voix de Thénène et Kanda sentit une main sur son épaule qui le tirait en arrière. Il rompit le lien qu'il venait de créer avec Seika et se retourna, prêt à engueuler la personne qui avait brisé leur intimité. Il se retrouva nez à nez avec Rarès, qui le regardait, sanguinaire. Sans attendre, le brun lui envoya un énorme coup de poing dans le nez. Kanda tituba, s'éloignant de la porte de la salle de bains et donc de la japonaise.

- Rarès ! s'exclama Seika, choquée. M-Mais, mais...

- Espèce d'enculé ! J'vais t'niquer ta race ! vociféra le roumain.

Malgré son nez qui saignait un peu, Kanda répliqua aussitôt et les deux garçons commencèrent à se battre, sous les yeux stupéfaits de la japonaise. Elle évita de justesse un coup de coude de son compatriote et recula jusqu'à la porte d'entrée. Elle remarqua alors que Thénène et Allen étaient présents, mais surtout l'air ahuri qu'affichait sa cadette.

- Allen, Titi... Je...

- Seika, faut les séparer ! la coupa brusquement la métisse en se reprenant. Occupe-toi de Rarès, Moyashi avec moi : on s'occupe de Kanda !

- C'est Allen !

- C'est pas le moment ! s'écria Thénène en entrant dans la chambre.

Elle se dirigea vers les deux garçons qui se battaient violemment, détruisant les meubles sur leurs passages. Elle évita les coups qui se perdaient et attendit le bon moment avant de s'interposer entre Kanda et Rarès. Elle bloqua leurs coups et les repoussa brutalement, chacun à l'opposé de l'autre, un peu étourdis. La métisse en profita pour se jeter sur le japonais et Allen et Seika comprirent qu'ils devaient intervenir à cet instant précis.

Le blandin joignit ses forces à la cadette et tous deux plaquèrent le kendoka contre le mur le plus proche, le tenant chacun par une épaule. Il essaya de se défaire de cette emprise tout en leur hurlant de le lâcher mais les deux adolescents tinrent bon. Seika se jeta sur son ami et le plaqua au sol.

- Putain, Rarès, tu m'fais quoi là !? lui demanda-t-elle.

- J'vais l'tuer ! hurla le brun.

Il repoussa brutalement Seika, qui se heurta durement la barre horizontale du lit du japonais. Elle gémit de douleur et fut hébétée de la violence dont faisait preuve son ami. Bordel, qu'est-ce qui lui arrivait !? Avant qu'elle ne puisse l'arrêter, elle le vit se remettre debout et se précipiter sur Kanda. Celui-ci s'était davantage emporté lorsqu'il avait vu Rarès être aussi brutal avec la jeune femme. Malgré tout, Thénène et Allen ne le lâchèrent pas, jusqu'à l'arrivée du brun. Il bouscula les deux adolescents par derrière, qui eurent moins d'emprise sur le kendoka. Face à cette brèche, Kanda se débarrassa lui-même de ses deux gardiens et fondit sur le brun.

Seika assistait à la scène sans pouvoir agir, paralysée. Elle avait vu sa sœur et le maudit mettre toutes leurs forces pour bloquer le japonais et elle les avait vus échouer. Maintenant, elle regardait Kanda et Rarès se frapper l'un l'autre. Kanda saignait du nez et avait la lèvre inférieure ouverte tandis que Rarès avait un œil aux bords noirs et l'arcade sourcilière ouverte. Elle aimerait leur crier d'arrêter mais aucun mot ne voulait sortir de sa bouche.

Personne ne faisait rien pour les stopper : elle était pétrifiée et Allen était aux côtés de Thénène, qui s'était durement cognée la tête contre un meuble. La cadette n'avait pas l'air en forme mais elle essayait de se relever et de les arrêter au plus vite. Seika ne savait pas pourquoi sa sœur s'engageait tellement dans cet incident. Alors qu'elle avait enfin réussi à se mettre debout malgré les réprimandes du blandin, Thénène s'apprêtait à s'interposer encore une fois mais elle ne put en avoir l'occasion.

Rarès avait essayé un énième assaut direct sur le japonais mais fut intercepté en plein vol. Kanda, qui en avait totalement marre, surtout que Seika était encore au sol, lança le corps de Rarès contre le mur le plus proche. Sauf que le mur le plus proche était celui qui comprenait une fenêtre, face à Seika, et que Kanda avait mal visé. Rarès se trouva propulsé contre son gré et sentit son dos, arrondi, rencontrer une vitre et la briser. Son dos fut lacéré par les éclats de verre et le jeune homme tomba du premier étage de l'auberge, dans la rue, surprenant et alertant les passants ainsi que l'aubergiste.

- Merde, merde et merde ! jura Thénène en s'élançant vers la sortie.

- Thénène, attends ! s'écria Allen en la suivant.

Quelques secondes plus tard, ils se trouvaient dans la rue et se frayaient un passage entre le groupe de personnes qui s'étaient attroupées autour du corps de Rarès, le pensant mort. La japonaise s'était précipitée vers la fenêtre brisée et observait la scène depuis cette dernière. Allen demandait gentiment aux passants de continuer leur chemin mais ceux-ci refusaient d'écouter le jeune garçon, insistant pour rester.

- BORDEL DE MERDE, ON VOUS A DIT DE DÉGAGER ALORS DÉGAGEZ AVANT QUE JE M'ÉNERVE ! retentit la voix de Thénène.

Sous le coup de la menace, ils déguerpirent tous, effrayés par la métisse qui semblait déjà en colère. Elle s'adoucit un peu et s'intéressa de nouveau au brun. Allongé dans les débris de verre, il avait son coude sur ses yeux. Mais son coude ne cachait pas les larmes qui coulaient sur son visage. Seika les distingua sans problème et commença à se sentir mal.

- Putain mais Yami, pourquoi ? demanda doucement la jeune femme.

- Comment ça pourquoi ? C'est lui qui vient m'frapper et j'dois me laisser faire sans rien dire c'est ça ? s'énerva Kanda, les poings serrés. Dès le réveil en plus.

- J'ai pas dit ça...

- Tch, répondit-il en s'enfermant dans la salle de bains.

Il claqua la porte et Seika finit seule dans la chambre, chamboulée. La vitre s'était brisée dans un bruit fracassant, remuant quelque chose au fond de la japonaise. Mais voir son ami pleurer avait brisé le cœur de Seika qui venait juste de réaliser pourquoi il s'était emporté contre Kanda. Serait-elle capable de le regarder en face, sachant pertinemment que ses sentiments ne sont pas réciproques ? Seika se sentait vraiment conne.