Jeudi 3 Juillet 1997
Il était six heures du matin.
Dans six heures, Nymphadora sera un peu comme ma belle-mère.
Je regardais par la fenêtre tout en sachant qu'il serait là. Je rejoignis la chambre de Lily, elle dormait comme un ange, je la pris dans mes bras et l'emmenai avec moi dans mon lit pour qu'elle dorme tout près de moi. Je m'endormis un peu moins seule. Je me réveillai une heure plus tard.
Mon père était déjà parti. Je commençai à me préparer. Deux heures plus tard j'étais à ses côtés tandis qu'il disait oui à la nouvelle madame Lupin. Les parents de Tonks étaient présents ainsi que Arthur et Kingsley. Les parents de Nymphadora étaient un peu réprobateurs face à ce mariage même s'ils ne le montraient pas du tout pour le bonheur de leur fille. Andromeda sembla bien m'aimer, en tout cas un peu plus qu'elle appréciait mon père. Le soir venu, ils partirent et je rentrai avec Lily.
Une fois revenue à la maison j'attendis qu'elle s'endorme pour brancher l'alarme magique que j'avais installé, avant de transplaner devant le chaudron Baveur. Je m'assis au bar et commandai comme d'habitude un whisky pur feu. Au bout du troisième verre, Tom le barman commençait à hésiter à me servir, il faut dire ce n'était pas la première fois que je venais et dépassais haut la main mon troisième verre.
-Sers-moi, s'il te plaît. J'en ai besoin.
-Lynn, ton père ne serait pas d'accord.
-Il ne le saura jamais si tu ne dis rien et puis je suis majeure.
Je crois que ce n'était vraiment pas ma chance car deux minutes plus tard, les jumeaux Weasley entrèrent et je ne croyais pas qu'ils étaient venus pour consommer. Heureusement je n'étais qu'à mon quatrième verre et je résistais très bien à l'alcool. Ils s'assirent tous les deux au bar de part et d'autre de moi.
-Fred, Georges pas encore rentrés ? demandai-je sachant très bien ce pour quoi ils étaient venus.
-Il fallait qu'on fasse une chose avant, me répondit Fred en faisant signe à Tom de ramasser mon verre et la bouteille.
-Je vois. Alors écoutez-moi tous les deux! Je suis majeure, vaccinée et tout à fait consciente de ce que je fais.
-Et tu es aussi recherchée par tu sais qui, chuchota Georges.
-Ah ne vous inquiétez pas pour ça, ce n'est pas lui qui me fait le plus peur.
-Alors qui te fait peur ? demanda-t-il sans vraiment attendre de réponse.
Tant mieux il n'en aurait pas de toute façon.
-Allez de toute façon Lily se réveille généralement vers minuit et il est bientôt l'heure. Éludais-je en me levant. Je vous invite à prendre un café ?
-Non merci on va rentrer. A bientôt, Lynn, souhaitèrent-ils avant de partir.
Je transplanai avant un dernier regard vers la rue, ce qui me permit de le reconnaître une fois encore. Dans quatre jours c'était mon anniversaire. Et depuis quelques temps je le voyais tous les jours.
Jeudi 14 Août 1997
Le ministre était mort, quelque semaines auparavant, emportant avec lui mon avis à comparaître.
Harry, Hermione et Ron étaient partis un beau matin, effectuer la mission que Dumbledore leur avait confié. Nymphadora était tombée enceinte. Ce qui aurait dû être une grande nouvelle.
La pleine lune approchait. J'étais en train d'habiller Lily mais elle gigotait sans arrêt. Elle me fila entre les doigts et courut a quatre pattes pour arriver devant la porte de la chambre de Rémus et Dora.
-Non, Lily! Reviens ma chérie. Papy est fatigué en ce moment ! Chuchotais-je mais à ce moment là des voix s'élevèrent.
-Tu n'imagines pas ce que je t'ai fait ! Je suis désolé, criait Rémus.
-Rémus tu n'as rien fait du tout, je ne vois pas du tout ce que tu dis, tu as déjà eu une fille. Il n'y a aucun problème.
-Tu sais très bien que ce n'est pas pareil. Si jamais je lui avais transmis ma lycanthropie. J'adore Lynn et je l'ai toujours considérée comme ma fille car je savais qu'elle ne risquait rien. Mais la réalité est tout autre, elle ne l'est pas vraiment alors que notre enfant à naître aura nos gênes. Je te l'avais dit. Je suis trop dangereux. Et si jamais par chance il n'était pas comme moi alors il aurait sûrement honte de ce que je suis.
-Arrête ! Ne dis pas ça ! Tu es cruel autant pour moi, que pour elle, que pour notre enfant. Si elle t'a choisi comme père, c'est qu'elle savait ce qu'elle faisait. Ne crois pas qu'on ait fait le mauvais choix toutes les deux.
Je pris Lily dans mes bras et retournai dans ma chambre. Ce que j'avais entendu m'avait blessée même si je savais que cela arriverait. Après tout j'avais débarqué dans sa vie, je cachais des choses à tout le monde. Pourquoi me ferait-on confiance ? Tandis que j'étais assise sur mon lit, Lily s'amusait avec mes cheveux et la queue du chat en même temps. Heureusement que Blacky n'était pas méchante car bientôt Lily tenait dans sa main une touffe de poils. Pour ma part j'avais de la chance et encore mes cheveux. Je devais avoir fermé ma porte bruyamment sans m'en être rendue compte car Tonks entra après avoir frappé. Elle s'assit prudemment à mon côté.
-Tu as entendu ?
-Qui ne l'a pas entendu.
-La pleine lune, l'excusa-t-elle.
-Je sais mais je crois qu'il faudrait que je vous laisse un peu seuls tout les deux. Vous avez besoin de prendre vos marques et sans moi cela ira mieux.
-Non ! Pourquoi je ne veux pas que cela soit ma faute, protesta-t-elle.
-Non ne t'inquiète pas. C'est juste je n'ai pas eu le temps de dire au revoir a mes parents, je crois que je n'ai pas réussi à réaliser tout ce qui m'est arrivé.
-Je comprends. Après tout tu as bien mérité des vacances.
-Oh que oui, cette petite bourrique me fait devenir chèvre et puis elle n'a encore jamais vu la mer, c'est un problème que je voudrais résoudre.
-Tu voudrais partir ?
-Demain ou après-demain. Je ne sais pas trop... Pour quelques temps, le temps que les tensions s'apaisent un peu.
-Le père de Lily, tu l'as connu en France n'est-ce pas ?
-Oui avant de savoir que j'étais une sorcière, je l'ai revu après. C'est un sorcier. Je l'ignorais. On ne sortait pas vraiment ensemble.
-Tu vas le retrouver pour lui apprendre qu'il a une fille ?
-Non il est sûrement avec quelqu'un d'autre, il ne vit plus en France à présent, répondis-je amèrement.
Elle ne dit rien.
Mardi 19 Août 1997
Il était quatre heures du matin.
On était dans un taxi, Lily et moi. Elle dormait.
Nous étions partis lors de la pleine lune pour qu'il ne puisse me suivre. On y était presque maintenant. Nous avions pris l'avion pour faire le trajet Londres/Paris puis j'avais pris un taxi en direction d'une banlieue avoisinante.
La petite ville où j'avais grandi n'avait pas changé. Seules les rues à accès interdit témoignaient de la souffrance de ce jour de juin. Ils n'avaient pas pu reconstruire, pas encore, c'était trop... Carbonisé. Je suppose.
Je pris une chambre pour une nuit. Nous n'allions pas rester longtemps, juste le temps de revoir un peu le paysage. On laissa nos affaires dans la chambre puis je transplanai non loin d'où j'habitais. Lily dans mes bras.
On marcha et dépassa le panneau accès interdit. Toute la rue avait été dévastée. Les maisons étaient ouvertes, vides. Je rentrai dans la première. Je savais à qui elle avait appartenu. Des débris de verres, des tissus brûlés étaient éparpillés par terre. Des visages souriaient derrière leurs cadres brisés. Je m'approchai d'un en particulier. Nous avions quinze ans sur cette photo. Chloé souriait alors que je lui tendais son cadeau. Des larmes vinrent s'écraser sur la photo et je la glissai dans ma cape. Lily se recroquevilla contre moi. Après le salon je pénétrai dans ce qui avait été sa chambre. Les draps étaient déchirés, les oreillers avait perdu leurs plumes et celles-ci s'envolait à chaque coup de vent. Les affaires posées sur le bureau avaient été éparpillées. Je ramassai quelques photos pour les regarder, on souriait sur toutes sans imaginer qu'un jour… Nous, qui étions inséparables, allions devoir nous quitter brusquement J'essuyai des larmes.
-Tu vois Lily c'est la chambre de Chloé. Enfin ce qu'il en reste.
On sortit de la maison et je regardai les autres, elles avaient l'air d'être toutes dans le même état. Je me dirigeai vers une en particulier. Elle était telle que je m'en souvenais à part les fenêtres brisées et le lierre brûlé. Je rentrai. Les sols étaient noircis mais la maison était encore debout. Sortilège ?
Des flashs me revinrent. Moi courant pour prévenir mes parents. Moi recroquevillée alors que j'entendais les Mangemorts les tuer. Mes dernières images de mon petit frère. Je récupérai quelques photos dans le salon, leurs chambres. Dans la mienne il ne restait rien à part mon lit et mon bureau. Je finis par le grenier, je pris le carton de mon grand-père pour pouvoir trouver ou il pourrait être.
On rentra à l'hôtel. Il était midi et demi. On commanda un déjeuner. Lily s'occupait de me faire rire en martyrisant notre pauvre chat. Je crois que la petite fille qu'elle était avait compris combien j'étais mal. Je l'ai laissé dormir tranquillement et sortis en fermant la porte derrière moi. Je fis le tour de la ville à pied. Je reconnaissais certains visages, eux ne devait pas reconnaître le mien. Je sortis mon portable. Je n'y avais plus touché depuis que j'habitais en Angleterre. Je l'allumai, il marchait encore. J'avais achetée une carte prépayée par correspondance. Il y avait quelques messages pour savoir ou j'étais. Puis plus rien. Je savais qu'aux informations ils avaient annoncé aucun survivant. J'envoyai un message à chacune d'elle sans dire qui c'était. Aujourd'hui dans deux heures.
Deux heures plus tard, j'étais au rendez-vous, là où on avait l'habitude de se voir, dans un parc. Je vis la première arriver, puis la deuxième. Toutes deux se demandèrent si c'était l'une ou l'autre l'auteur du message puis attendirent. Une fois toutes cinq réunies, j'avançai vers elles.
Au début, elles parurent surprises. J'avais mis une veste et des lunettes noires. Certaines semblèrent émues d'autres ne pas y croire. J'enlevai mes lunettes. Je crois que j'avais grandi. Le cadeau de Bellatrix au visage se voyait bien malgré un peu de maquillage.
-C'est moi. Annonçais-je en Français. Lynn Bell.
-Comment est-ce possible ? Tu es censée être morte. Nous avons toute vu ta maison calcinée.
-Je… Hésitais-je. J'ai réussi à m'en sortir. J'ai… Il faudrait que je vous explique mais ce serait me souvenir.
-Chloé ? Demanda une. Est-ce qu'elle est ? Est-ce qu'elle est vivante ?
-Je ne sais pas, répondis-je les larmes aux yeux. Je ne sais pas, répétais-je.
Je leur racontai alors mon sauvetage par l'ordre, ma vie en Angleterre, tous sauf que j'avais eue une fille et que j'étais sorcière. Je leur parlai de celui qui m'obsédait autrefois. Du fait que je l'avais revu. Je ne dis rien cependant sur le fait qu'il soit mon ennemi. Je racontai que je l'avais revu qu'une fois et que je l'avais oublié.
Puis une fois terminé, je partis. En leur disant Adieu, je savais que je ne les reverrais plus jamais. Pour leur propre sécurité. Je remis mes lunettes et me dirigeai vers le cimetière de la ville. Il n'y avait personne, je cherchai leur tombe. Ils étaient tous ensembles, les larmes que je n'avais pas versées en face d'elles coulèrent ici. C'était comme un adieu à mon passé. Un dernier pèlerinage pour dire au revoir.
Je fis apparaître des fleurs et en déposai quelques-unes sur chacune des tombes. Il n'y en avait pas eu pour moi. Sans corps comment auraient-ils fait ? Je partis presque en courant. Il me fallait partir, je ne pouvais plus rester là sachant que je n'avais rien pu faire pour les sauver.
Lorsque je rentrai, je m'allongeai dans le lit à côté de Lily et de Blacky. Le regard dirigé vers le plafond, je m'endormis. Je fus réveillée par Lily à vingt-trois heures. On avait toutes beaucoup dormi, je lui préparai un biberon avant de la laisser sur le lit avec des jouets. Je commençai à ranger nos affaires, deux heures plus tard on était parties.
Mercredi 20 Août 1997
On prit un train pour Saint-Malo. C'était réputée comme un lieu pour les touristes Anglais et Parisiens. J'étais l'un et l'autre.
Lorsqu'on arriva, il était trois heures et demi du matin. Je cherchai un hôtel près de la plage. Une fois trouvé, je pris une chambre pour deux semaines. L'après-midi, Lily et moi on allait à la plage. Je tenais Lily dans mes bras alors que nous étions assises sur le sable et elle s'amusait avec les petites vaguelettes. Elle m'arrosait en gazouillant. Une femme m'aborda alors que j'étais déjà bien trempée.
-Excusez-moi on se serait pas déjà vues quelque part ? me demanda-t-elle en Anglais.
On s'était déjà vues, je n'en doutais pas. Sur le quai du Poudlard Express.
-Non désolée. Je suis Française, répondis-je en essayant de retrouver mon accent pitoyable de mes jeunes années lorsque j'apprenais l'anglais à l'école.
Elle repartit et Lily commençait à avoir froid, alors on rentra. Je lui fis prendre son bain, au final j'aurais pu le prendre en même temps. J'attendis qu'elle soit endormie pour le prendre moi aussi, l'interphone posé sur l'évier. Je l'avais bien mérité, heureusement qu'on ne nous avaient pas suivies.
Vendredi 5 Septembre 1997
C'était notre dernière journée, on partirait dans la nuit.
On se promenait sur la plage. Je l'aidai à marcher en lui tenant en l'air les deux mains et laissant un peu ses pieds toucher le sol, je l'empêchais de se baigner, il était quand même huit heures du soir. On avait passé de bonnes vacances.
Je repensais chaque seconde à mon amie, ma meilleure amie, celle qui me connaissait le mieux. J'aurais tellement aimé qu'elle puisse vivre et être avec nous. Ma cicatrice semblait commencer à cicatriser mais je savais qu'il me resterait une trace à tout jamais. Magie noire oblige.
On marchait au bord l'eau et je réfléchissais à notre avenir à toutes les deux. Un jour, elle me posera des questions, des questions à laquelle il faudra que je réponde. Sur son père probablement et sur moi. Que lui dire. Hier elle avait fêtée ses huit mois.
Je la pris dans mes bras.
-Pa… Pa… Gazouilla-t-elle. Papa. Répéta-t-elle.
Ses premiers mots, c'était magique. Et un peu triste également.
Je l'embrassai lui murmurant : « Ton papa est plus heureux sans moi mais je suis sûre que toi il t'aimera toujours.»
Elle avait tellement grandi. Ses yeux étaient devenus gris pur et ses cheveux avaient commencé à pousser, elles les avait jusqu'à la fin de son visage, blond tirant sur le blanc et un peu ondulés. On rentra faire une sieste et quelques heures après on était chez nous.
