Chapitre 36
Xena, debout dans l'embrasure de la porte observa la petite forme dans le grand lit. Elle pouvait entendre les pas de Palaemon qui s'éloignait dans le couloir, elle l'avait renvoyé un moment auparavant. Il était étonnant de voir joué le clair de lune qui entrait par la fenêtre dans les cheveux blonds de son oracle. Cela lui rappela un certain soir devant le feu de camp qu'elles avaient partagé voilà plusieurs lunes.
"Vas-tu rester planté là toute la nuit?" Vint une voix douce qui porta à travers la pièce.
Les épaules de La Conquérante s'abaissèrent et toute tension se dissipa. Elle s'était dépêchée de revenir à la chambre seulement pour entendre de la bouche de Palaemon que Gabrielle s'était de nouveau rendormit. Entendre la mélodieuse voix de son oracle l'a calma beaucoup plus que ne l'avait fait le sang d'Allemane. Après avoir vérrouillé la porte, Xena vint aux côtés de Gabrielle et s'agenouilla sans cérémonie. Elle saisit les mains de cette dernière dans les siennes et les serra. "Je remercie les dieux que tu ailles mieux."
Gabrielle sourit à cette déclaration. "Il est bon de te voir aussi. J'étais inquiète pour toi."
"Moi?" Badina Xena. "Je vais bien. C'est toi qui a été blessé pas moi."
"Bien, je l'étais, inquiète je veux dire," répliqua Gabrielle en serrant les mains de Xena à son tour. "Je ne t'ai pas vu durant le combat. Je n'ai pas aimé ça."
"Je suis là maintenant." La Conquérante se pencha et embrassa son oracle doucement, heureuse d'être encore en mesure de pouvoir le faire. "Comment te sens-tu?"
L'oracle bougea et tressaillit. "Tu ne veux pas le savoir."
Une main calleuse toucha le front de Gabrielle, puis effaça doucement la fine pellicule de transpiration qui s'y trouvait. "Tu as un peu de fièvre," annonça Xena. "C'est normal. Et je parie que ton ventre fait terriblement mal."
Gabrielle hocha la tête, de petites larmes prirent naissance dans ses yeux.
"Tu te sentiras ainsi pendant quelque temps, j'en ai peur. Mais ta cicatrice ne devrait pas être trop vilaine. J'ai fait les points moi-même et je suis assez douée."
"Tu les as faits?" La voix faible contenait une note d'incrédulité.
"Beaucoup de pratique sur les champs de bataille. Plus d'une fois j'ai perdu mon guérisseur et ai dû recoudre mes propres blessures." Xena secoua la tête légèrement pour chassé ces vieux souvenirs.
"Je ne pense pas que je pourrais jamais faire ça."
La main de Xena joua dans les cheveux de son oracle. "J'avais espéré ne jamais devoir m'occuper de toi de cette façon, Gabrielle. Je suis désolé de t'avoir amené ici."
"Pas ta faute."
"Ne discutes pas avec moi," insista Xena. "Je sais que j'ai raison. Et tu as une obligation encore à ce jour de toujours me dire la vérité." La voix rauque de la Conquérante imitait la colère.
Gabrielle eut l'intention de discuter ce point avec la Conquérante, mais décida que cela pouvait attendre, quand elle aurait plus de force et quand Xena serait plus disposée. "Tu ne dois pas t'inquiéter, Xena. Je vais bien maintenant. Palaemon m'a dit que Novan avait été gravement blessée en me protégeant. Comment va-t-elle?"
"Elle devrait survivre. Je la verrai quand nous embarquerons à bord du bateau. Nous quittons ce satané pays à la barre du jour. Je te ramènes à la maison."
"J'aime ce que j'entend," répondit l'oracle. À plusieurs égards. "Et tu as mis Kelryn sous arrêt?"
"Elle a désertée le champ de bataille. Elle sera exécutée devant les troupes, pour donner l'exemple."
"Non!" Gabrielle se souleva une peu et saisit la cape de la Conquérante avec une force surprenante. "Non, Xena. C'est une de mes Amazones, il n'en revient pas à toi de la faire exécutée." Quand Xena voulut ouvrir la bouche pour protester, la main de Gabrielle se posa sur ses lèvres. "Laisses-moi m'occuper de ça."
"Je ne veux pas que tu ordonnes l'exécution de quiconque, Gabrielle. Je sais que c'est contre ta nature. Laisses-moi le faire à ta place et en assumer la responsabilité pour toi."
"Non, impossible. Je suis la Reine des Amazones et c'est à moi de m'en occuper; autrement, je ne serais pas digne de gouverner la Nation." Voyant que Xena n'avait pas l'intention de protester, elle leva la main pour caresser la joue de celle-ci du bout des doigts. "Tu as passé tant de temps ces dernières lunes à m'enseigner comment être une bonne Reine, je ne veux manquer à mes obligations."
"Elle doit être punie pour ses actions, Gabrielle. Elle t'a abandonné dans la bataille alors qu'elle fait partie de ton escorte."
"Une cour d'Amazone la jugera alors." Comme elle essayait de changer légèrement de position, Gabrielle ressentit une douleur cuisante et porta les mains à son ventre. Elle haleta et se raidit, en s'immobilisant.
Ayant été témoin de cette réaction, Xena étendit la main et caressa les cheveux de son amante. "Détends-toi. Tu dois te détendre sinon cela fera encore plus mal."
"Ça fait vraiment mal," murmura Gabrielle.
"Je sais oui," déclama Xena. "Bientôt nous pourrons te donner des herbes pour calmer la douleur. Mais pas avant que nous montions dans le bateau. Peux-tu attendre jusque-là?"
"Resteras-tu avec moi ?"
"Bien sûr. Mes yeux ne te quitteront plus de la nuit, Gabrielle."
Ces paroles réchauffèrent le cœur de l'oracle. "Cela sonne comme une caresse à mes oreilles." Elle se força à détendre les muscles de son ventre et de combattre contre la douleur. Lentement elle se recoucha sur le confortable matelas, le pire du malaise était passé.
"Bien, peu de gens seraient d'accord avec toi sur ce point."
Lentement, pour éviter de tirer sur sa blessure, elle étendit de nouveau la main pour agripper la cape de la Conquérante. "Je ne m'en soucie guère. Je sais ce que je veux, et qui je veux." Elle tira Xena tout près. "Étends-toi à mes côtés, s'il te plaît."
"Il vaudrait mieux que non, Gabrielle. Je ne veux pas te faire mal."
"Cela me fait mal d'être obligé de me tordre le cou pour te voir, Xena," insista son oracle. "Viens ici et racontes-moi ce qui est arrivé tandis que j'étais inconsciente."
"Je ne suis pas un bon conteur."
"Xena." Vint la douce requête de Gabrielle, avec un soupçon de malice.
"Shh, ça va." La Conquérante se pencha et planta un baiser sur le front de Gabrielle. Elle se leva à sa pleine hauteur et alla de l'autre côté du lit. Très lentement, elle se coucha sur le matelas près de Gabrielle. D'une main elle étendit sa cape sur son corps, pour parer l'air froid de la nuit. "C'est mieux?" Chuchota-t-elle, maintenant qu'elle faisait face à une petite oreille rose.
"Merci."
Elles restèrent silencieuses pendant un long moment tandis que la main de Xena caressait doucement l'avant-bras de Gabrielle. "Je me rappelles de ma première blessure au ventre," commença Xena. "Je n'avais pas même vingt hivers et venais de garantir ma tiare sur toute la Thrace."
Gabrielle inclina la tête, elle ne dit mot, de peur que Xena s'arrête.
"Un de mes lieutenants, qui avait plus d'ambition que de cervelle, m'a défié. Il a réussi à me porter un coup, de la chance pure qu'il a eu, juste avant que je ne le tue. Sa lame a glissé directement sous mon armure et dans mes côté, ici." Xena pointa un endroit précis sur ses côtes au-dessus de sa hanche gauche. Gabrielle était bien familière avec cette cicatrice, un peu d'histoire gravée sur la peau de la Conquérante. "Cependant, je ne pouvais pas laisser voir à qui que ce soit que j'étais blessé. Si je l'avais fait, j'aurais été tué cette même nuit." À l'expression des yeux grands ouverts de Gabrielle, Xena expliqua, "les Armées sont tristement célèbres pour mettre à mort un leader faible. Ainsi, je suis resté dehors parmi mes hommes pour une autre marque chandelle, reconnaissante de porter mes cuirs sombres, de la noirceur de la nuit et de ma capacité à tolérer la douleur. Après m'être assuré que personne ne puisse même en douter, je suis retourné à ma tente et ai examiné la blessure. Je ne pouvais pas me permettre d'appeler mon guérisseur sans admettre que j'étais effectivement blessé, j'ai donc pris l'aiguille et le fil que j'avais l'habitude de prendre pour recoudre mes bottes et ai fait mes premiers points. C'est pourquoi cette cicatrice est si laide. Je ne connaissais fichetrement rien à propos des arts pratiqué par les guérisseurs mais je me suis jurer qu'après coup, j'allais apprendre tout ce qu'il y avait à apprendre à ce sujet.
"Tu as recousu ta plaie avec une aiguille à cuir?" Répéta Gabrielle.
"Essentiellement."
"Je ne me plaindrai plus jamais."
"Non," Xena serra doucement le bras de Gabrielle, "je ne t'ai pas raconté cette histoire pour cette raison. Je voulais simplement que tu saches que je sais par quoi tu passes. Et je pense que tu es très courageuse, bien que je regrette que tu aies à l'être."
"Je sais, Xena. Merci de rester ici avec moi."
"Il me plaît énormément d'être avec toi, Gabrielle. Je t'assure qu'il ne resterait rien de Babylone si je t'avais perdu."
