Dans les profondeurs d'Erebor, Kili et Fili descendirent jusque dans les cellules, Bilbon sur les talons. Une seule était occupée. En dépit des murs épais et de la lourde porte, Tauriel les entendit venir. Encore affaiblie par ses blessures, elle se tenait néanmoins droite sur le lit de fortune, assise en tailleur car elle ne pouvait tenir debout. Ses cheveux auburn descendaient en cascade dans son dos. Sa tunique, partiellement déchirée, avait une manche pendante laissant apercevoir en dessous les nombreux bandages. Son attitude revêche et bravache s'apaisa quand Kili pointa le bout de son nez dans la petite cellule.
« Venez Tauriel ! lui enjoignit le jeune nain. Nous allons vous faire sortir d'ici.
— N'allez-vous pas avoir de problème avec Thorin ? s'inquiéta l'elfe.
— Bien sûr que non ! Il est mon oncle, il ne me fera rien. A vous en revanche je ne peux l'assurer mais je ne le permettrai pas. Venez vite ! Gandalf ne devrait plus tarder. »
Les nains en tête, suivis de l'elfe et le hobbit, tous les quatre parcoururent les nombreux couloirs et escaliers pour atteindre les niveaux les plus hauts et la porte secrète. Fort heureusement, Gloin occupait Thorin et le roi était encore dans le Hall.
Arrivés sur le petit promontoire qui surplombait toute la vallée, Ori observait les ruines de Dale. Çà et là, il parvenait à voir des orques vadrouiller mais pas autant qu'il ne l'avait craint. Le chemin n'en était pour autant pas sûr et il faudrait faire attention.
Tauriel déboucha sur l'esplanade. Cela faisait plus d'une semaine qu'elle n'avait pas vu la lumière des étoiles. Comme libérée d'un poids qu'elle n'avait pas eu conscience de porter depuis son emprisonnement, elle s'étira et profita quelques secondes de la nuit. Les elfes ne ressentaient pas le froid, si bien que le vent ne la gêna aucunement, contrairement aux nains qui resserrèrent leurs écharpes autour de leurs cous.
Elle descendit en première l'escalier étroit et aux marches irrégulières qui menait à terre. Ses yeux perçants guettaient les orques et ses oreilles ne percevaient que le bruit des nains et du vent. Ses bottes fines effleuraient la pierre en silence. Ses doigts courraient le long de la paroi tandis qu'elle avançait courbée. Elle comme les nains avaient revêtu des manteaux gris ou marron pour se dissimuler au mieux.
Tous les quatre arrivèrent sans encombre au sol, à l'écart de Dale si bien que les orques ne les avaient pas vus. Ils poursuivirent leur périple vers le nord, là où Gandalf leur avait donné rendez-vous.
L'endroit était un petit bosquet aux arbres dénudés après l'automne. Les branches fines ployaient sous le poids des stalactites. Quelques flaques d'eau avaient gelé et rendaient le sol glissant. Le vent dans les branches produisait comme un sifflement de mauvais augure. La nuit transformait les ombres en affreux monstres fantasmagoriques. Les nains et le hobbit n'y voyaient pas à cinq mètres et devaient se fier à Tauriel. Elle se faufilait en silence entre les arbres et disparaissait parfois quelques instants avant de revenir vers eux.
Kili frissonna. Quelque chose ne tournait pas rond. Les bottes des nains sur les herbes produisaient un crissement sinistre. Le jeune nain se mit sur la pointe des pieds sans parvenir à rester silencieux. Sa propre respiration lui semblait affreusement bruyante. Il se retourna deux fois car la sensation d'être épié ne le quittait pas. D'une geste vif, il sortit son arc et encocha une flèche.
Soudain, une ombre monstrueuse grandit dans son dos. Par réflexe, Kili se retourna, prêt à tirer. Au dernier moment, il se retint. Malgré la distance et l'obscurité, c'était bien un capuchon gris et une longue barbe blanche qu'il avait en face de lui. Il baissa son arc, rangea sa flèche et esquissa un large sourire.
« Je n'entends aucun orque, nous pouvons parler librement, annonça Tauriel en surgissant derrière le magicien.
— Gandalf ! le salua le hobbit avec joie.
— Ah, Bilbon ! J'espérais bien vous revoir ! »
La joie perçait dans la voix du magicien. A la surprise de tous, il se pencha sur son cambrioleur et lui serra amicalement l'épaule.
« C'est bon de vous revoir aussi, Gandalf ! affirma Bilbon.
— Vous aussi, Tauriel, remarqua Gandalf en la saluant. Legolas sera heureux de vous savoir en bonne santé.
— Je le lui dirai en personne ! Bolg m'a capturée et Kili m'a sauvée.
— J'espère que le prince Legolas prendra cela comme la preuve de notre volonté d'apaisement dans les relations entre les elfes et les nains d'Erebor, déclara Dwalin un peu pompeusement.
— Votre volonté d'apaisement ou celle de Thorin ? demanda Gandalf avec une étincelle brillant dans ses yeux.
— Plutôt la nôtre, admit Bilbon. Thorin est…comment dire ?
— Fou, murmura Kili.
— Victime de la maladie du Dragon, nuança Dwalin. Nous ne sommes pas parvenus à lui faire entendre raison.
— Et vous n'y arriverez pas ! se désola Gandalf. Son grand-père n'a jamais entendu raison. Je crains que l'emprise de l'Arkenstone sur lui ne soit déjà trop grande. Quelles sont les nouvelles d'Erebor ?
— Dain a quitté la montagne il y a plusieurs jours avec les survivants de son armée, annonça Dwalin. Thorin reste seul la plupart du temps.
— Nous n'avons trouvé aucune trace de Thranduil, précisa Kili. Je ne pense pas qu'il fasse partie des morts. Certains soldats étaient défigurés mais aucun ne portait d'armure comme la sienne. En revanche, j'ai trouvé ceci… »
Le jeune nain dévoila une longue épée, fine et solide au bord effilé, dont le pommeau portait le sceau de Thranduil. Il l'avait trouvée au cours de ses recherches près de la falaise de Ravenhill. Il offrit l'épée à Gandalf, le chargeant de la remettre à Legolas. Il sortit ensuite de son manteau la couronne d'argent dont l'un des côtés était brisé net et qui était couverte de sang. Il n'en avait parlé à personne jusqu'à maintenant
« C'est peu mais je n'ai trouvé aucune armure ressemblant à la sienne, poursuivit Kili. Legolas peut considérer cela comme une bonne nouvelle jusqu'à preuve du contraire.
— Une bonne nouvelle ! s'exclama Dwalin avec amertume. Une bonne nouvelle avec une couronne tranchée net !
— Bolg est parti au sud à la poursuite de fuyards, avez-vous appris quelque chose à ce sujet ? demanda Gandalf en laissant volontairement de côté la couronne. Je n'ai rien pu découvrir de plus que ce dont vous m'aviez déjà informé.
— Il chasse le fils de Bard, lui répondit Dwalin. Il craint que Bain ne se lève contre lui à l'image de son père.
— Avec raison je pense, murmura Bilbon. Ce garçon a un grand cœur. Ses sœurs aussi ! J'espère qu'ils iront bien.
— Bolg est parti à leur poursuite en personne après que deux de ses compagnies ont été vaincues, indiqua à nouveau Dwalin. Les orques le recherchaient encore hier d'après nos informations. J'ignore qui, mais d'après les rumeurs, deux elfes protègent les enfants de Bard. Bolg pense à Thranduil mais n'a pas de preuve. Nous non plus, d'ailleurs ! Hormis que nous n'avons pas trouvé son corps. Bolg non plus et il a retourné tout le champ de bataille pour le trouver »
C'était tout ce qu'espérait Gandalf. Les paroles de Dwalin confirmaient les informations qu'il avait déjà auparavant. Finalement, peut-être que les éclaireurs de Legolas ne trouveraient pas que le jeune Bain !
« Nous n'en avons aucune certitude, déclara sombrement Fili. Bolg et Azog ont tous deux quitté Dale et leurs compagnies restantes ne reçoivent pas beaucoup d'ordres. Ces nouvelles datent déjà, il se peut que ces fuyards comme vous les appelez ont été attrapés sans que nous ne le sachions. »
Gandalf resta silencieux. S'il s'agissait bien de Thranduil et s'il avait bien été pris, Bolg s'en serait vanté. Non, il n'y avait aucune chance que la mort ou la captivité du roi des elfes soit passée sous silence. Somme toute, le magicien se réjouissait des dernières nouvelles. Même la couronne ensanglantée ne parvenait pas à assombrir son humeur joyeuse. La libération de Tauriel ne faisait qu'ajouter à sa joie.
Ils discutèrent encore une heure, échangeant des nouvelles des deux royaumes et faisant le point sur la situation des orques. Finalement, Gandalf décida de repartir. Son cheval était reposé et il avait une longue route à faire pour rejoindre la Forêt Noire.
« Vous devriez venir avec moi, insista Gandalf.
— Je ne peux pas ! lui rétorqua gentiment Bilbon. Nous sommes la Compagnie de Thorin Ecu-de-Chêne, même s'il l'a oublié, lui. Je vais faire tout mon possible pour le lui rappeler. Faites bon voyage, Gandalf ! »
Le magicien renonça à persuader son cambrioleur. Il regrettait d'avoir convaincu Bilbon de se joindre à leur expédition. Dwalin, ému par la déclaration du hobbit, lui donna un coup de poing affectueux comme il en décochait parfois à son frère aîné.
« Aie ! laissa échapper Bilbon en se massant l'épaule. Espèce de brute…
— Faites attention à vous, recommanda Gandalf. A vous tous ! »
Magicien et elfe prirent congé. Tauriel esquissa un léger sourire à Kili puis bondit sur le dos du cheval.
LOTRA : j'espère que le chapitre t'auras plu ! Toi et ton penchant pour l'espèce naine XD
Sinon pour te répondre, est-ce si surprenant que les nains de la compagnie protègent Tauriel ? Dans les films, Kili s'oppose à son oncle. Un peu tardivement, mais l'enjeu est sentimentalement moins important pour lui. Entre la folie de son oncle et Tauriel, son choix est vite fait. Concernant les autres nains, ils n'ont pas le choix, sinon celui de dénoncer Kili. Ce serait encore pire. Mais oui, c'est bien un complot, même si c'est dans l'intérêt de Thorin. Ils ne peuvent pas rester neutre alors que le seul silence est une sorte de trahison envers Thorin. Kili les tient un peu en otage sur ce plan là. Et il n'est pas le seul. Balin ne peut pas laisser Thorin s'en prendre à Bilbon. Ils sont courageux, ces nains.
3200 vues dépassées ! Merci à tous les lecteurs qui s'arrêtent chaque semaine sur cette histoire.
