Me revoilà ! Je tenais à vous faire partager quelques petits liens qui m'ont étonnée :
Tapez " profondeur de champs Harry Potter " sur google : quelques analyses sur les Harry Potter, qui, pour certaines, sont discutables, mais néanmoins intéressantes ! La preuve que la saga est bien plus profonde que de la "simple " littérature jeunesse ...
Et puis, regardez ça :
/en/enseignement/2013/chum/1365 : Harry Potter à sciences po ! Bref, sur le coup j'aimerais bien être à leur place ...
Bon, pour continuer sur ma lancée, je compte relire les Harry Potter en français et en anglais, mais avec la tonne de livres qu'il me tarde de lire j'ai du pain sur la planche ...
Assez parlé, place à la lecture !
Bonne rentrée.
Les trois protagonistes pénétrèrent enfin dans le quartier général. Le décor du diamant prenait enfin toute sa réalité, prenait corps. Draco sentait les deux professeurs nerveux. Sans doute craignaient-ils un déferlement de pur dégoût. Le jeune homme leva la tête pour être bien sûr qu'il était au bon endroit, qu'il ne s'agissait pas simplement d'un cauchemar. Les fleurs poussaient bien à l'envers, exhibant fièrement leurs pétales colorées. Le rideau fut soulevé, découvrant ainsi la partie de tarot tant attendue. Un visage souriant se tourna. Il se fana aussi vite qu'il s'était installé. L'individu se retourna et fit un bref signe de la main. En un clin d' œil, tout le monde avait pivoté et braquait sa baguette sur Draco Malefoy. Quelques uns se risquaient même à viser McGonagall et Dumbledore, craignant une éventuelle ruse des mangemorts.
Draco se concentrait sur l'atmosphère d'hostilité qui s'était brusquement installée. Il passa les visages en revue comme s'il tournait des pages. Il ne s'attardait pas, souhaitant nier l'étendue des dégâts. Il n'eût pas même le temps de distinguer l'expression de Weasley, tant il évita un contact visuel trop prolongé.
Un moment de flottement empêcha quiconque de faire un geste. Tous restaient là, interloqués. Soudain, Ron réagit et se précipita vers McGonagall, brandissant sa baguette venue se nicher sous le cou du professeur. Il susurrait d'un air doucereux, un air menaçant peint sur le visage.
- Qu'avez-vous fait des véritables professeurs ? Allez, montrez-vous, mangemorts, nous sommes prêts ! Pas la peine d'utiliser des potions de métamorphose ! Allez, montrez votre visage ! Ce n'est pas non plus le vrai Dumbledore, j'en suis sûr !
McGonagall soupira, lançant des coups d' œil peu amènes vers Weasley.
- Monsieur Weasley, je me souviens de la beuglante envoyée par votre mère. Cela vous suffit-il, comme preuve ?
Ron s'empourpra légèrement, redevenu momentanément le petit garçon de Molly. Néanmoins, il continuait sur sa lancée :
- Bien sûr que ça ne suffit pas ! Vous auriez très bien pu torturer les professeurs pour les interroger !
McGonagall soupira de nouveau, haussant les épaules tout en distribuant des regards de reproche à l'audience qui se contenait de les regarder d'un air abasourdi, les baguettes toujours brandies. Ron éluda complètement la présence de Draco et passa à Dumbledore. Pour donner la preuve qu'il s'agissait bien de lui, le directeur parla de Croûtard en donnant un foisonnement de détails, à l'époque où Peter Pettigrow se cachait. Ron était presque convaincu. Toutefois, pour en avoir le cœur net, il tira sur la barbe de l'homme et examina longuement ses yeux. Jamais il ne se serait permis de faire ça, s'il n'avait pas eu de doutes. Dumbledore protesta et commença à s'impatienter.
- C'est bon. De toute évidence, je me suis trompé.
McGonagall se tourna vers Ron.
- C'est certain. Si nous nous trouvions encore à Poudlard, vous auriez été renvoyé à coup sûr.
Humilié, Ron se renfrogna et bougonna, pour la forme, mais aussi pour masquer sa honte.
- Désolé.
- Excuses acceptées, Weasley, railla Draco.
Il n'avait pas pu s'empêcher de mettre son grain de sel. Cette situation lui rappelait trop leur ancienne école pour qu'il ne réagisse pas. Les vieux réflexes, sans doute.
Ledit Weasley revint vers Draco. Il s'approcha tout près de lui. Les deux hommes se toisèrent quelques instants avec une froideur reptilienne. Ron s'écarta légèrement et frappa Draco au ventre. Celui-ci n'eût pas d'autre choix que de se courber en deux sous la douleur. Décidément, Weasley l'étonnait. Le coup avait été porté avec une attention toute particulière. Satisfait, Ron jeta un coup d' œil clinique à son adversaire. Le Serpentard se redressa lentement, puis regagna un peu de prestance. Il trouva le moyen de faire flotter un léger sourire sur ses lèvres. Le rouquin fendit à nouveau son poing dans l'air, mais celui-ci s'abaissa brusquement. Ron tenta de relever son bras entier, mais celui-ci semblait empli d'eau tant il retombait lamentablement le long de son corps. Le deuxième bras était victime du même traitement. McGonagall haussa un sourcil sévère en direction de Weasley.
- Le sort durera une heure si vous êtes sage, ou peut-être deux, si vous vous tenez tranquille. Qui sait ?
- Mais comment ...?
- Vous oubliez, monsieur Weasley, que je suis capable de me métamorphoser en chat. Ma magie a donc la puissance qui va en conséquence.
Les oreilles de Ron chauffèrent dangereusement, prenant la « délicate » teinte du coquelicot. Il réitéra l'expérience, sans grand succès, et sonda les profondeurs des orbites de son rival. Quelques élèves s'approchèrent mollement, en vue de soutenir leur camarade. Ils se dissuadèrent d'eux-mêmes, en prenant le pouls de l'atmosphère qui régnait, et à laquelle ils participaient activement. Leur baguette les embarrassait car ils ne pouvaient s'en servir. L'objet les aurait couvert de ridicule s'ils n'avaient été si déterminés. Les visages reflétaient une rage primaire, venue des tréfonds, qui ondulait par vaguelettes, et qui ne cessait de croître à chaque mouvement capté chez l'ennemi. Pour eux, Draco restait cet être perfide et méprisant qu'ils avaient connus à Poudlard. C'était lui qui s'amusait à tyranniser les plus faibles, c'était lui qui prônait le triomphe des sang-purs en dépit de tout bon sens. C'était à travers lui que Voldemort avait choisi de s'exprimer, que Lucius se frottait les mains avec l'assurance tranquille d'avoir une descendance semblable à ce qu'il était.
Ron s'éloigna rapidement, le bras élastique s'agitant sous ses pas. Il partit s'asseoir sur un des grand coussins désertés, ce qui lui permit d'admirer les dos de ses camarades, hérissés comme des chats effrayés. Il reporta son regard sur Malefoy. Prenant ses mains en porte-voix, comme s'il était nécessaire de se faire entendre plus que de raison, le rouquin se mit à crier :
- Malefoy, j'ai envie de te cracher dessus et de te piétiner, et tu sais très bien qu'ils veulent tous la même chose. Si je le pouvais, je te laisserais croupir au fond d'une cellule comme ce que toi et tes minables mangemorts avez fait fait subir à Hermione. À cause de vous, des pertes sont à déplorer, des familles ont été décimées …
Draco fixait son adversaire avec détermination. Il sentait les liens autour de ses poignets, les mains sur ses épaules avec une acuité surprenante. Plus il se perdait dans les pupilles de Ron, plus ses sensations s'exacerbaient. Il sentait une main se rapprocher lentement, celle de la mort imminente , qui le mènerait doucement vers un caveau scellé, d'où son âme ne pourrait sortir, condamnée à contempler pour l'éternité les tréfonds.
Dumbledore s'écarta de Draco et McGonagall lui fit faire demi-tour pour le mener derrière le rideau. Elle sentait que c'était beaucoup trop, que les esprits s'échauffaient de minutes en minutes, et qu'il fallait être prudente. Elle siffla légèrement et même les tabourets de bois les plus dissipés tombèrent lourdement sur le sol et s'alignèrent autour de la table de merisier. Elle désigna d'un geste un des tabourets à Draco et elle le fit asseoir. Ses mains retrouvèrent leur liberté de mouvement, mais des chaînes qui venaient de s'ancrer dans le sol lui entravaient les pieds. McGonagall fixa le jeune homme pendant quelques instants de flottement, où les regrets semblaient flotter à la surface de ses pupilles. Par la suite, elle revint vers ses alliés et laissa Draco seul face à lui-même. Celui-ci tendit l'oreille quelques instants, avant d'entendre un vague insonoris et d'être exclu sans ménagement de la conversation.
Des images dansaient dans la tête de Draco. Il voyait son père, vautour droit et fier et comédien hors-pair, faire jaillir la lueur verte de sa baguette. Il voyait Bellatrix, superbe dans son aliénation, dormir aux côtés de ses victimes, bouger leurs bras et leurs pieds en les insultant encore. Il devinait sa mère implorer silencieusement une aide qui ne viendrait pas. Il sentait, dans le creux de sa mémoire, le corps d' Hermione contre le sien. Il l'imaginait danser, pieds nus, s'évaporer derrière les feuillages et réapparaître aussitôt, riant. Il réinventait l'histoire, les imaginant tous deux dans la même maison, méprisant Harry et Ron, se complaisant un instant dans cette vision. Ce n'aurait pas été juste. Ce n'aurait pas été elle. Il l'aurait certainement entraînée dans le noir, il lui aurait pris tout ce dont il aurait eu besoin jusqu'à la laisser tomber à terre, las. Il avait déjà assez influé sur sa vie, et elle aussi avait joué son rôle dans la sienne. Ils se haïssaient très certainement, de cette haine tendre et fugace, qui se laisse capturer et enlacer pour se muer en une ébauche amoureuse qui abandonne les méandres du manque derrière elle.
Draco se devinait vaincu. Il avait sondé seul ses faiblesses et, à présent, d'autres pouvaient s'en servir. D'autres, de l'autre camp, du camp où il ne serait jamais le bienvenu.
Derrière le rideau, les baguettes s'étaient abaissées, les corps étaient assis en tailleur, et les visages n'étaient plus que consternation. Que faire du pestiféré ? Certains pensaient déjà, dans un coin de leur tête, le tuer. Ron était toujours au fond de la pièce, arborant cette fierté teintée de maturité qu'il avait acquis récemment. Luna se tenait à ses côtés, pensive et assez amusée. Elle se doutait bien que Draco reviendrait, et elle savait. Elle savait ce que les autres ne pouvaient voir. McGonagall parlait encore et toujours. Elle avait cette sagesse conférée par l'attitude d'une assurance durement acquise. Il faut avouer que ses rides apparentes jouaient peut-être un rôle dans le respect que lui vouaient les élèves.
- Surtout, surtout, ne jouez pas aux plus malins avec lui. Rappelez-vous qu'il s'agit d'un mangemort. Ne devenez pas plus bête qu'eux … Ne déployez pas des trésors d'imagination pour le mettre à terre.
Tout en parlant, Minerva regardait Ron, car elle savait qu'il était le plus susceptible d'entraîner les autres. Pensif, Dumbledore approuva d'un signe de tête. Ce qui devrait arriver arriverait, d'une manière ou d'une autre. L'homme savait très bien que l'hostilité qui se muait en haine creusait des fossés inaltérables. Et puis, Ron avait toutes les raisons d'en vouloir à son camarade …
Le jeune homme avait retrouvé les facultés de son bras, et écoutait le discours du professeur, qu'il jugeait monotone et répétitif. Il n'y avait plus de place pour la discussion : le trio avait été disloqué par la mort d' Harry, sa sœur était brisée, sa meilleure amie n'était pas en meilleur état. Tous ces discours de paix et de modération ne cadraient pas avec ses envies de vengeance. Il imaginait bien la tête de Draco fracassée à terre, pleine de sang. Il ne s'en cachait d'ailleurs absolument pas. Pourtant, ces pulsions violentes l'effrayaient car elles gagnaient une place de plus en plus importante à mesure que les jours passaient. Le jeune homme avait franchi un cap, et il le savait. Il était toujours ce Ron un peu taquin, un peu naïf parfois, mais il avait décidé de mettre cette partie de son être entre parenthèses. Un verre avait été renversé au sol par un revers de manche, entraînant les autres dans sa chute.
Le temps de la naïveté lui manquait parfois, mais il retrouvait cette fraîcheur avec Luna, qui était pourtant loin d'être stupide. Il entendait encore les reproches d'Hermione sur son manque de travail et sur celui d' Harry. Il revoyait le professeur Rogue s'adonner à son occupation préférée : leur enlever des points. Les rires résonnaient encore à ses oreilles, et continuaient leur danse éphémère jusqu'à ce que les souvenirs les plus noirs ressurgissent. Il se voyait rougir devant les jeunes filles dont il appréciait la beauté, et bredouiller quelques mots devant elles, un peu gauche. Il revoyait Harry et Hermione un peu plus loin, cachés derrière un poteau, s'esclaffer avant de le prendre par le cou. Ils continuaient leur marche ensemble, puis se faisaient réprimander par un professeur qui passait par là, pour le plaisir. Il se souvenait d'Hermione leur offrant, presque timidement, des écharpes magiques. Que faire de ces souvenirs ? Jeter leur dépouille au feu en se laissant gagner par l'amertume ?
Vint l'heure de dormir. Il fut convenu que Draco resterait de l'autre côté du rideau, et que personne n'aurait le droit de l'approcher. Celui-ci portait toujours les chaînes à ses pieds, et avait croisé ses bras sur la table en merisier, à moitié assoupi. Les tabourets s'étaient remis à tournoyer, et les photos sur les coupures de journaux s'agitaient inlassablement. Dumbledore avait placé un peu de nourriture dans une assiette, mais Draco l'avait placé aussi loin qu'il l'avait pu sans y toucher. Le jeune homme somnolait mais restait quand même aux aguets. Le moindre froissement, qu'il soit imaginaire ou non, le faisait se redresser pour regarder partout et se heurter à la pénombre. Il se souvenait ensuite des plantes carnivores. Il les entendait mâchonner tranquillement quelques proies volantes.
Ron attendit que tout le monde se soit assoupi pour enjamber les corps endormis sur leurs baguettes. Il ne vit pas l' œil à demi ouvert de Dumbledore, ni celui de Luna qui se disaient qu'après tout, l'inévitable ne pouvait pas être empêché.
Le rideau fut soulevé et Ron lança d'emblée un Insonoris dans la pièce où se trouvait Draco. Dumbledore tâtonna jusqu' à une petite ouverture du rideau, observa l'immobilité de Ron et soupira. Il lança un regard de connivence à Luna et s'assied, observant les élèves et les professeurs endormis. Hagrid était le plus intéressant à observer …
- Malefoy.
La voix de Ron creva le demi-silence dans lequel Draco commençait à se complaire. Il était immobile, non loin du rideau, la main crispée sur sa baguette. Draco se redressa et vit Poudlard défiler devant ses yeux, Poudlard et les enfants qu'ils étaient. Au fond, les choses n'avaient pas changé. Elles n'avaient fait que croître au fil des années. Seulement, tous auraient pu emprunter des chemins différents.
- Weasley.
Ron s'avança vers Draco, presque en courant. Celui-ci n'eût pas le temps de faire un geste : la baguette était déjà nichée sous son cou.
- Quelle dextérité, Weasley. On dirait moi, à onze ans.
Ron serra les dents devant cette voix traînante et assurée. Au fond, Draco n'était que le représentant direct de tout ce qu'il haïssait. S'il voulait qu'il paie, il voulait qu'il en soit de même pour tous les mangemorts, il voulait que la souffrance que Malefoy pourrait ressentir excite celle des autres. Il voulait frapper fort, frapper juste, atteindre sa majesté Malefoy au cœur, pour une fois. Il distilla le venin mortel de ses paroles au creux de l'oreille du jeune homme.
- C'est de ta faute ! C'est de ta faute ! Regarde-toi, tu es pathétique ! Tu n'es qu'une minable statue de cire incapable de sentiments ! Tu verrais ton père, ta mère crever devant tes yeux que tu ne ressentirais rien, que tu rigolerais en disant au suivant ! À quoi es-tu bon, dans ce monde ? À gratter les plaies des autres pour les faire saigner ?
Au-delà des paroles proférées, le souffle de Weasley dans l'oreille de Draco lui était profondément désagréable. Il répondit cependant, d'une voix atone.
- Ne parle pas de ma mère. Je t'interdis de parler de ma mère.
Ron s'esclaffa.
- Et de ton père ?
Draco secoua légèrement la tête pour tenter de se dégager de l'emprise de Ron. Peine perdue. La confrontation ne faisait que commencer …
