Chapter 37 : The Daughter of Evil

Le jeune garçon arrivait tout juste à ses épaules, et pourtant il le regardait de ses grands yeux bleus, des yeux pleins d'une fierté qu'on lui avait éduquée. Il était un prince, et le prince héritier, rien de moins. Même un enfant pouvait comprendre qu'il était une personne importante, pourtant il n'y avait pas de dédain dans ses yeux. Il avait encore ce regard innocent propre à l'enfance préservée par la naïveté.

Il était un futur roi, une personne d'importance, mais tout cela était bien loin pour son jeune esprit. Après tout, il n'était qu'un garçon et son père le gronderait certainement s'il venait à faire tourner le personnel en bourrique. Ainsi, jamais il ne lui était venu à l'esprit de se montrer condescendant avec qui que ce soit. Le bleuté avait toujours été d'une grande sincérité, qui lui avait été inculquée par ses parents.

Lorsqu'il lui avait dit être son frère, il lui avait montré une joie sincère. Lorsqu'il avait rencontré cette jeune fille, il avait éprouvé un amour sincère. Mais lorsqu'il la perdit… Il se perdit lui-même. La douleur qu'il ressentait était bien là, mais il avait oublié comment le montrer sans faux semblants. Il se mit à lui mentir grotesquement en voulant lui assurer que tout allait bien, il le perdit de vue pour de brèves heures et à son retour, son frère partait en guerre de l'autre côté de l'océan.

Le sort avait ensuite voulu qu'à peine le jeune homme fut-il vengé, son père tombe malade et lui cède le trône. Nombreux furent les conseillers qui jouèrent de l'image de sauveur que s'était bâti Kaito. Ils ne s'opposèrent pas à son mariage avec la tête de la révolution, l'épéiste rouge, ils dressèrent le jeune homme sur un piédestal et le laissèrent briller aux yeux du monde comme un symbole de justice.

Akaito avait été le seul à tout voir. Il avait suivit Kaito comme son ombre et avait parfaitement vue la façon dont cette femme s'étaient emparée de lui, telle un esprit qui possède une enveloppe vide. Elle avait profité de ses blessures pour soigner les siennes et ils s'étaient avancés l'un comme l'autre vers le palais du Pays Jaune. Il était facile d'appeler cela amour, et il ne faisait aucun doute de part l'attachement de la châtain pour son frère qu'elle était restée honnête avec ses sentiments. Mais il n'y voyait plus la sincérité de l'enfant.

Depuis, tout avait changé. Un mur invisible s'était finalement dressé entre lui et son frère. Ce mur qu'il avait toujours redouté de voir les séparer, ce mur que l'on appel rang social. Il n'était pas rare que les deux frères en oublient l'existence alors qu'ils se prélassaient dans les jardins soigneusement entretenus, mais au moindre désaccord il reprenait sa place. Les conseillers du Roi tiraient alors sur ses ficelles, ou bien c'était cette femme, ou encore le chagrin du malheureux, et il se faisait pantin. Pantin contrôlé par ses propres désillusions et par leurs désires. Ce pantin n'était pas son frère.

« Ils n'ont rien fait de mal, Kaito ! Aucun d'eux. Tu ne fais que juger avec ta haine ! » L'océan des yeux de son frère se tordit de colère devant la naïveté de son aîné.

« Ce n'est pas un nouveau né que j'exécute, c'est une femme qui a fait des milliers de morts, une femme qui devrait déjà être morte ! Je pensais que tu comprendrais cela, Akaito. A moins que toi aussi tu ais participé à ses plans ? » Questionna le Roi, il n'aurait crut aucune affirmation de la part de son frère, pourtant le doute commençait bien à monter en lui devant son insistance.

« Je te répète qu'elle n'avait aucun plan, elle n'a fait que nous aider à remettre le pays entre de bonnes mains, elle en a fait bien plus que tes soldats, ou même toi qui nous a mis à la porte ! »

Le bleuté fut d'abord prêt à se défendre quant à son soit disant manque de réactivité, mais ses mots se scindèrent en la plus profonde stupéfaction. Akaito avait dit qu'ils avaient voyagés ensembles tout ce temps pour aider le Pays alors…

« Cette religieuse, c'était elle ?! » Sa voix descendit brusquement dans les octaves les plus graves, remontant un tremblement caverneux de la profondeur de ses cordes vocales. Meiko, qui se tenait derrière son époux, abaissait soudain le regard, elle aurait bien sûr préféré que son mari ne fasse jamais le lien.

« Oui c'est vrai : tu as hébergé la Rose Jaune ! Et tu vois, il n'y a eut aucun mort pendant ce temps-là. Je sais que tu as tes raisons de la détester, nous en avons tous, mais tu n'as pas le droit de fermer les yeux sur ses bonnes actions. »

« Ses bonnes actions, hein ? » Rétorqua Kaito avec ironie. « Ce fut également sa bonté, de tuer l'usurpatrice ? » Akaito avait bien entendu ces rumeurs. Toutefois, il n'avait pas mis longtemps à comprendre le stratagème qu'ils avaient pu mettre en œuvre, il n'avait pas revu Neru depuis après tout, et il ne faisait aucun doute qu'elle était aux côtés de sa sœur. Ainsi il préféra jouer le jeu, bien que cette rumeur n'était pas vraiment à leur avantage.

« Car tu aurais agis différemment peut-être ? Et ce n'est pas Rin qui l'a tuée, » Kaito tiqua à l'usage du prénom, « nous avons essayé de la raisonner mais elle devenait trop dangereuse et nous avons dû l'achever avant qu'elle ne s'enfuit. »

Le bleuté le considéra un instant avant de ne lui tourner le dos. Il fit le tour d'un large bureau de bois sombre qui lui servait à empiler de nombreux traités et autres documents moins urgents. Il resta à observer la pluie qui tombait depuis le matin même, les gouttes traçaient des motifs abstraits sur les fenêtres donnant sur les jardins, et ces motifs semblaient capables d'absorber une partie de ses émotions. Pourquoi fallait-il qu'il se retrouve dans une situation pareille ? Etait-ce si difficile à comprendre qu'il rendait justice ?

« Akaito. Je ne te demande pas d'accepter cela. Mais je n'en reste pas moins le Roi de ce pays, et tu n'as pas une position suffisante pour me contredire. A moins que tu ne souhaites utiliser le chantage. »

« Je pensais que les rangs ne nous concernaient pas, Kaito. » Ce dernier ferma douloureusement les yeux, une main apportée à son front. Il sentait déjà un mal de crâne approcher. Il vit vaguement Meiko s'avancer vers lui en réconfort, cependant elle fut arrêtée par les paroles immondes du rouquin.

« Tu te rends comptes que tu as enfermé le frère de la petite Hatsune ? » Akaito aurait préféré ne pas aborder le sujet, toutefois, il avait au moins retrouvé l'attention de son frère. « Je ne remets pas ton pouvoir en cause, mais ton objectivité. Si Mikuo doit rester dans les cachots, j'y irais également. J'ai autant aidé Rin que lui, et j'ai sans doute mis plus de soldats à terre. Tu ne peux pas te contenter d'exécuter les détails gênants de ton passé, Kaito. Aucun homme n'en a le droit. »

Son frère lui lança un nouveau regard glacial. Akaito ne les comptait plus depuis le début de leur entretient. Cela faisait deux bonnes heures qu'il se trouvait là dorénavant, et aucun d'entre eux n'était prêt à céder. Akaito regrettait sincèrement que leur première querelle concerne la vie d'autres, de ses amis. Kaito n'avait rien d'un tyran ou d'un autre roi sanguinaire, tout dirigeant aurait sans doute prit la même décision que lui. Cependant le rouquin ne pouvait se résoudre à le laisser faire, pas alors qu'il connaissait les revers de l'histoire.

Deux brefs coups furent timidement donnés à la porte, leur empêchant d'enchérir quoi que ce soit. Kaito avait bien demandé à ne pas être dérangé, ainsi il savait que ce devait être une question urgente et il n'attendit pas pour ordonner aux arrivants d'entrer. Une des servantes se glissa aussitôt dans le bureau, arborant une expression calme forcée sur un visage blême.

« Votre Majesté, monsieur le Grand Intendant du Pays Violet souhaiterait s'entretenir avec vous. » Elle n'eut pas le temps de finir sa phrase, et Kaito eut encore moins le temps de donner son accord que la porte s'ouvrit une seconde fois, cette fois pour révéler le noble en question ainsi qu'une certaine femme aux cheveux rosés.

« Votre Majesté, vous comprendrez que le temps passe rapidement, et je suis curieux de savoir si vous avez réfléchit à mon offre. » Annonça-t-il avec un sourire des plus naturels.

Le bleuté l'observa pendant de longues secondes tandis qu'Akaito affichait une surprise sincère, ainsi qu'un profond apaisement. Ce dernier savait que le duo était arrivé au Royaume Bleu il y a deux jours de cela, il avait d'abord cru que leur retard signifiait que Luka n'avait pas pu être soignée à temps. Quel soulagement ce fut, lorsqu'un bateau aux couleurs du Pays Violet avait jeté l'ancre dans le port de la citée.

Son frère congédia la malheureuse servante en lui assurant qu'elle n'en était pas tenue responsable et se tourna vers les deux nouveaux arrivants, un reproche polit sur son visage :

« Je ne parlerais pas tant d'offre que d'intimidation. »

« Il est vrai que ces termes sont bien trompeurs, mais nous savons bien qu'ils sont là pour une question de politesse. » Rétorqua le violacé. Son sourire était inébranlable. Akaito regardait l'échange se dérouler avec une soudaine envie de se faire minuscule. Il avait du mal à croire que son frère ne l'avait pas déjà mis à la porte de son bureau, mais apparemment il était trop occupé avec Gakupo.

« Je ne crois pas que ce soit là votre place, monsieur l'Intendant. Vous ne devriez pas oublier le fait que votre place n'est encore que temporaire. » Tous ceux présents se tendirent subtilement aux mots du Roi, tous sauf le principal concerné.

« Et votre Majesté ne devrait pas oublier que pour le moment, me remplacer ferait prendre le risque de voir une nouvelle révolution. » Akaito fut soulagé de ne voir aucune colère sur le visage de son cadet, au contraire, un fin sourire en détendit les traits, pour disparaître aussi rapidement qu'un mirage cependant.

« Pour ce qui est de ma réponse, ce n'est pas car vous défilez dans ce bureau que cela changera. Mikuo Hatsune et Rin Kagamine resterons dans les cachots, ce jusqu'à l'exécution de cette dernière qui aura lieu demain. Ensuite, un procès en bonne et due forme sera conduit pour le jeune Hatsune. » Akaito eut un léger soupir et s'apprêta à renchérir, mais il fut prit de vitesse par la rosée dont la présence se fit soudain bien plus importante.

« Nous ne sommes pas venus ici en réponse à votre gentille petite invitation à participer à la boucherie. Maintenant si vous voulez bien relâcher les innocents, qu'on en finisse vite. »

« Des innocents ? » Aboya Kaito en retour, et Akaito ne put qu'applaudir son audace face à Luka. Bien que certainement guidée par son ignorance. « Ne me faites pas rire, on parle de la Rose Jaune et de son brave petit chevalier ! »

« Quelle belle façon de ne pas dire qu'ils ont sauvé le Pays Violet comme vous ne l'avez jamais fait. »

« La princesse Kagamine aurait dû être mise à mort il y a trois ans de cela, sa peine de mort est toujours valable et doit être menée à bien. Peu importes ses actes récents. » Contra une nouvelle fois Kaito, ses mains se serrant en poings à ses côtés.

« Revenons-y, tiens. Vous ne savez certainement pas pourquoi elle ne fut pas tuée ce jour-là. » Commença Luka avec un de ses sourires qui dévoilaient son amour de la manipulation. Ses orbes bleu océans se mirent à fixer Meiko pour ne plus la lâcher. La châtain jusqu'alors silencieuse explosa de rage :

« Le Grand Intendant, Gakupo Kamui a demandé audience auprès du Roi. Je ne crois pas qu'une femme telle que vous ait quelque raison que ce soit d'être ici. Maintenant, si vous voulez bien sortir. » Gronda la femme qui se retrouva aussitôt à échanger des regards semblables à des poignards avec la rosée.

« Dans ce cas nous serons deux à ne pas avoir notre place ici. A moins que vous ne souhaitiez profiter de cette heureuse occasion pour révéler quelques membres éloignés de la famille. » Cette fois, Luka regarda Akaito et la joie qui se dessina alors au fond de son regard glacial lui fit voir à quel point la femme avait changée depuis leur rencontre. Mais sur le moment présent, il fut plus occupé à se demander depuis combien de temps elle pouvait être au courant de son lien avec le jeune Roi.

La Reine s'apprêtait à sortir la balle de son camp dans un vain espoir d'apaiser son époux soudain bien mal à l'aise. Cependant elle fut prise de court par la voix tranchante du violacé :

« Cette femme sera bientôt mienne, ainsi je peux affirmer qu'elle a tous les droits de se tenir ici, à mes côtés. » Le rouquin qui regardait frénétiquement tantôt Luka, tantôt Gakupo ne pu formuler une des centaines de questions qui lui traversèrent l'esprit. L'Intendant dispersait déjà l'accident avec cette habilité forgée par la politique. « Ainsi, Kaito-sama, si vous le voulez bien nous parleront plus amplement du sort de mes précieux amis. »

Le bleuté retira la main qu'il avait laissée contre son front jusqu'à présent et regarda enfin Gakupo. La détermination émanant de lui n'était signe que de plus grands maux de tête encore et avec résignation il accepta.

Le violacé ne perdit pas un instant et, accompagné d'Akaito, ils se mirent à raconter leur voyage. Sans doute du fait de son affection pour son cadet, et le soulagement de pouvoir enfin lui dire la vérité, Akaito n'hésita pas à digresser vers les détails les moins importants, que le Roi écouta sans signe d'ennuie. Ils lui contèrent enfin la véritable face de l'histoire. Comment un des membres les plus prestigieux de son armée s'était évadé avec lui pour tuer la Princesse Kagamine, comment ils firent la rencontre de personnes sur le chemin. Le rouquin n'hésita pas non plus à lui livrer la véritable identité de Neru et sa sœur et Luka fut rapide à insister que l'ancienne despote était bel et bien morte.

Gakupo insista sur le soutient apporté par les deux personnes dont ils allaient décider de l'avenir, ainsi que sur leurs regrets, bien qu'inutiles, quant à leur passé. Ils prirent même le soin d'expliquer en détail la prise de la capitale. Comment ils se séparèrent pour mener l'attaque, et la rapidité avec laquelle ils avaient tous embarqués afin de suivre les troupes du Royaume Bleu et leurs deux prisonniers. Seuls Luka et Gakupo étaient restés à l'arrière le temps de deux jours et deux nuits, la rosée n'ayant pas retrouvé connaissance avant cela.

Cela faisait donc quatre longues journées que les deux autres passaient dans les cachots, suite à la traversée. Cela faisait quatre jours qu'Akaito tentait désespérément de raisonner son frère, et il devait admettre que tout allait bien plus vite maintenant qu'un certain violacé n'hésitait pas à mettre la paix entre le Pays Violet et le Royaume Bleu en jeu.

« Très bien… » Kaito eut un profond soupire qui arrêta net les trois furies face à lui. Il repoussa l'air inquiet de Meiko qui se tenait fidèlement à ses côtés. « J'ai le sentiment que vous ne quitterez pas cette pièce tant que je n'aurais pas relâché le jeune Hatsune. Ainsi je donne ma parole que d'ici ce soir il sortira de sa cellule. Puisqu'il n'a aucune connexion passée avec la Rose Jaune, je ne peux pas le tenir coupable de ses crimes passés. Cependant je ne céderais pas concernant la dernière Kagamine. Ses crimes restent les mêmes, et je ne parle pas au travers de ma rage personnelle. Son propre pays a attendu sa mort tout ce temps et même toi, Gakupo, tu ne peux pas nier que ton peuple réclame sa mort maintenant que vous l'avez laissée refaire surface. »

Le violacé baissa la tête. Ses améthystes scrutèrent le tapis sous ses pieds à la recherche d'une porte de sortie pour eux et l'ancienne princesse. Il savait pertinemment que ses menaces ne pourraient pas aller jusque là. Il n'était qu'un dirigeant temporaire, après cette histoire il était même certain d'être remplacé. Comment pouvait-il amener une nouvelle guerre sur son peuple pour sauver celle qui leur avait apporté le malheur ? Que ce soit en tant qu'Intendant, ou en tant que Gakupo Kamui, il n'en avait aucun droit.

« Rin Kagamine sera exécutée comme convenu demain à trois heures de l'après-midi. »

Luka pesta à voix haute contre le Roi et voulu lui expliquer bien gentiment sa façon de penser mais Gakupo s'interposa et les conduit, elle et un Akaito reconnaissant à l'extérieur. Le Roi restait un ami malgré tout et, bien qu'il comprenait la colère de la rosée, il savait que tout ne pouvait être si facilement résolu. Kaito avait raison, ce jugement n'appartenait pas à eux seuls et tout le monde ne serait pas prêt à oublier les crimes commis.

oOo

Une énième fois, deux lances se croisèrent afin de lui bloquer toute avancée et un des gardes lui dit brusquement qu'elle n'avait pas le droit d'aller plus loin en la reconduisant quelques mètres plus loin. Elle regarda le garde retourner à son poste avec agacement. Elle était sur le point de perdre son sang froid, et il ne faisait aucun doute que ces hommes étaient dans le même état d'esprit qu'elle. Après tout, cela faisait une bonne heure qu'elle tentait d'accéder aux cachots, bien qu'elle venait tout juste d'arriver à la capitale.

Elle ne voulait pas comprendre que l'ancienne princesse se voit refuser tout contact avec l'extérieur, et non seulement elle, les cachots étaient isolés de l'extérieur jusqu'à son exécution. Sans doute avaient-ils pensés que si elle avait survécu à son dernier passage sous la guillotine c'était à cause d'une sécurité trop laxiste. Cela ne risquait plus d'arriver…

La jeune femme ne put s'empêcher de repenser à ce jour, trois ans auparavant. Elle pensait que Rin avait été enfermée comme aujourd'hui dans la prison de sa propre capitale, elle n'avait pas souhaité aller la voir ce jour-là. Elle n'aurait de toute façon rien trouvé à lui dire. Et plus important encore, elle aurait eut peur de faire face à la princesse déchue. Toutefois, lorsque par la suite elle avait comprit que la personne qui y avait été emprisonnée n'était autre que Len, elle s'était détestée pour sa lâcheté. Si elle s'était retrouvée face à lui, elle l'aurait reconnu, elle aurait peut-être même été capable de le convaincre de fuir avec elle.

C'est pourquoi cette fois-là il était hors de question qu'elle reparte. Rin leur avait sauvé la vie, à elle et sa sœur, elle avait fait une chose dont elle aurait été incapable lorsque Len était encore à ses côtés : elle avait mis sa propre vie de côté pour autrui, non, pour elle… Elle se devait de lui rendre la pareille.

Une fois de plus, elle considéra les lieux. Les cachots étaient loin de ces lieux décrits dans des contes pour enfant, il n'y avait pas de toiles d'araignées suspendues à la moindre ouverture, pas plus que de squelette d'un blanc maladif appuyé à un mur. L'entrée se tenait sur une façade d'un blanc bien entretenu qui se glissait à la perfection parmi les autres bâtiments. Tout ce qui rappelait la fonction de l'endroit étaient l'insigne suspendu au-dessus de la porte à double battant et la proximité avec une structure aux airs de théâtre en plein air célèbre pour ses nombreux procès et exécutions.

L'endroit était des plus banals, mais la simple idée des cellules alignées quelques mètres plus bas suffisait à rendre l'atmosphère plus lourde. Le poids exercé sur ses poumons criait à Neru de partir avant qu'elle ne s'y trouve prisonnière à son tour, cependant la jeune femme gardait ses pieds fermement ancrés dans le sol.

Le regard ambre évalua la structure face à elle et, comme si elle avait tout oublié de la lourdeur de l'air ou de la présence des gardes, elle s'avança à nouveau, d'un pas résolu. Qui avait besoin de plans de toute façon ? La vie n'était pas si simple. Son comportement déstabilisa les deux hommes pour une seconde. L'instant d'après les lances avaient retrouvées leur position défensive, juste sous son nez, elle n'eut pourtant pas le moindre mouvement de recul.

« Laissez-moi passer, c'est important ! » Leur cria-t-elle, sans oublier de leur jeter chacun un regard des plus sombres. Ils se contentèrent pourtant d'un ton dédaigneux alors qu'ils demandèrent à tour de rôle :

« Demain soir les visites seront rétablies. Tu as peur que quelqu'un s'échappe peut-être ? »

« A moins que tu ne sois là pour voir le tyran ? »

« Exactement. » Les gardes échangèrent un rire, sûrs que la jeune fille plaisantait, jusqu'à ce qu'elle ajoute : « Nous sommes amies. Vous avez un problème avec ça ? »

Leur regard s'assombrit brusquement et la poigne de l'un se rafermit sur son arme. Ces mots n'étaient aucunement innocents à leurs oreilles et, celle qui auparavant n'était qu'une gamine trop bornée à leurs yeux prenait des airs de dangereuse traîtresse. La dernière Kagamine n'était pas sous surveillance pour rien, il était évident que des personnes chercheraient à l'aider à fuir à nouveau, après tout, même renversée par son peuple elle restait une figure politique importante de ce monde.

« Il est temps que vous compreniez. Laissez-moi passer ! »

Neru réajusta la sombre cape sur ses épaules et commença à avancer vers les gardes qui s'apprêtaient déjà à la repousser quand une forme encapuchonnée surgie de derrière la blonde et plaqua une main sur ses lèvres. Profitant du silence momentané de l'inconsciente, une voix féminine curieusement grave lança :

« Pardonnez-la, elle n'a plus toute sa tête, la pauvre petite ! » L'arrivante ne leur laissa pas le temps de se mettre en tête de les arrêter et profita de sa force pour traîner la petite blonde à l'abri des regards dans une rue adjacente. Une fois que les pieds de cette dernière eurent retrouvé leur équilibre, elle n'attendit pas pour écarter la forme encapuchonnée loin d'elle.

« Je peux savoir ce qu'il te prend, Iroha ?! » La dénommée abaissa sa capuche et découvrit ainsi ses mèches rougeoyantes, ainsi que le froncement agacé de ses sourcils.

« Je te retourne la question. On est à peine arrivées et tu veux déjà qu'on nous mette sur liste noire ? Ces types qui t'observent depuis tout à l'heure suffisent. Moi qui pensais que ça te ferait du bien de te lâcher un peu. » Commenta-t-elle à mi-voix au souvenir de leur temps passé ensembles.

La blonde se contenta de foudroyer du regard cette personne de laquelle elle avait été bien trop proche à son goût au cours des jours précédents. Si on l'avait prévenu de ce petit voyage en duo, elle aurait préféré croire qu'elle finirait despote du Pays Violet. Un peu plus d'une semaine auparavant, elle était encore aux côté de sa sœur aînée, comme Rin l'avait ordonné, Teto les avait toutes deux emportées loin de l'agitation. Contre toute attente, Lily s'était faite étrangement silencieuse une fois dans les rues de la capitale et elle n'avait montré aucune résistance à fuir en direction d'une de leurs cachettes : une auberge située dans une ville proche.

Neru avait été choquée d'y retrouver une Iroha en pleine récupération de la blessure qu'ils lui avaient laissé, apparemment les deux autres avaient été tout aussi surprises de la voir et Iroha avait pesté contre Kiyoteru pour avoir gardé cette information pour lui. Avant de ne pester contre Neru, une fois qu'elle eut compris ce que leur présence à toutes les trois signifiait. Lily pourtant ne s'était aucunement emportée, ni contre Iroha pour avoir échoué, ni contre Kiyoteru pour l'avoir manipulée une fois de plus, et encore moins contre sa sœur pour avoir détruit sa vengeance. Elle était restée muette, engendrant un silence de mort qui eut vite fait de glacer l'atmosphère.

Le lendemain, au petit matin, Yohio les avait rejoint, accompagné d'une poignée de soldats apparemment originaires d'Azalea et tous plus ou moins blessés. Ils avaient pu échapper à la capitale et aux soldats du Royaume Bleu grâce à l'agitation générale. Cette nouvelle compagnie avait visiblement soulagé Teto mais n'avait pas suffit à rendre la parole à leur Reine. Le lendemain ils avaient eut vent de la captivité de Rin Kagamine, que tout le monde pensait morte, beaucoup pensèrent que celle qui avait repris la capitale était belle et bien la dernière des Kagamine, les rares autres crurent aux rumeurs concernant la mort de Lily.

Tous furent soulagés par ce fait, tous sauf Neru. Elle n'avait pas attendu longtemps pour rassembler ses affaires et annoncer son départ. Une fois de plus, sa sœur ne lui avait donné aucun regard, cependant Teto l'a laissa ébahie alors qu'elle prévenait Iroha de se tenir prête à l'accompagner. La rouquine était restée tout aussi surprise mais obéit tout de même, confirmant l'autorité qu'avait gagnée Teto parmi les fidèles de Lily.

Plus vite qu'elle ne l'aurait crut, Iroha et elle s'étaient retrouvées en chemin pour le premier port qui pourrait les emmener au Royaume Bleu. La jeune femme s'était montrée étrangement conciliante, malgré quelques sauts de mauvaise humeur, et l'avait fidèlement protégée lors des rares altercations marquant leur chevauchée. Soudain, les mots de sa nouvelle alliée lui revinrent en mémoire.

« Comment ça, je suis observée ? Qui ? » Iroha eut un fin soupir devant son temps de réaction.

« Si je savais qui, ils seraient déjà à terre. » A ses mots, elle balada son regard aux alentours, seulement pour constater une fois de plus que leurs espions étaient doués. Neru se tendit visiblement et se mit à son tour à scruter les ombres les entourant.

Le suspens ne dura pourtant pas plus longtemps et deux figures sortirent de l'angle d'un bâtiment. L'obscurité les délaissa rapidement et dévoila deux visages bien connus des jeunes femmes. Neru se détendit considérablement, cependant elle fut bien la seule. En reconnaissant la personne à ses côtés, les arrivants préférèrent garder une distance confortable.

« Alors tout le monde est là ? » Questionna Neru non sans une touche d'espoir qui sût apporter un sourire aux lèvres de la jeune marchande qui lui faisait face.

« On ne laisse pas les amis derrière, je te rappelle ! » Claironna Gumi avec un regard complice.

« De nouveaux alliés ? » Questionna Ron qui fixait toujours Iroha. Neru se retint de le questionner sur sa nouvelle coupe de cheveux bien courte et en vint directement au sujet :

« Nous ne sommes que deux, à vrai dire. Elle est digne de confiance. » Ajouta-t-elle et, comme prévu, toute tension se dissipa enfin du côté de ses amis. Iroha, elle, se tenait comme un chat menacé par un seau d'eau. Neru marqua une hésitation et continua : « Si vous êtes là pour voir Rin, sachez qu'ils n'acceptent pas les visites. » Gumi ne put empêcher un ricanement en repensant à la courte scène dont ils avaient été témoins.

« Non, en fait on est là pour récupérer quelqu'un. » La verte n'eut pas à préciser quoique ce soit, Ron s'était déjà décalé de sorte à faire face aux portes des cachots et agitait vivement les bras avec son éternel sourire, malgré la situation.

« Mikuo ! Par ici ! »

« Mikuo ?! » S'écria Neru alors qu'elle s'avançait pour voir le turquoise en effet sortir des cachots, son air récalcitrant ne se fit qu'à peine plus discret en les apercevant. Gumi eut un petit rire nerveux tandis qu'il venait vers eux, non sans un regard noir pour les gardes.

« C'est une longue histoire. »

« Je peux savoir pourquoi je sors et qu'elle doit rester dans ce trou à rat ?! » S'énervait-il à peine arrivé à leur hauteur. Il avait bien essayé de savoir, mais ni Rin, ni les gardes ne lui donnèrent la moindre réponse. S'ils la considéraient toujours coupable, pourquoi est-ce que lui pouvait sortir ? Cette situation ne lui plaisait absolument pas. Au moins de sa cellule il pouvait surveiller la jeune fille. Il remarqua enfin l'étrange compagnie d'Iroha et se tut assez longtemps pour laisser le temps à son escorte de parler :

« Ils n'ont pas réussit à arranger le coup pour Rin-chan, enfin ce n'est pas vraiment surprenant, » Gumi ignora le regard noir du turquoise et continua comme si de rien n'était, « mais on ne va pas la laisser tomber pour autant ! »

« Il faudra juste être plus discret ! » Finit Ron avec son plus grand sourire. Mikuo les regarda tour à tour, il doutait visiblement mais ne dit rien.

« Dans ce cas, rejoignez-nous cette nuit à l'auberge du Héron Blanc. Nous aurons de quoi nous occuper. » Lança Neru, tandis que l'ambre de ses yeux s'allumait d'une nouvelle flamme.

oOo

C'était la première fois qu'elle se trouvait dans une situation pareille. Avec une certaine ironie, elle pensa que peu de personnes devaient avoir l'occasion de vivre ce genre d'évènement par deux fois. Mais cela restait tout de même une grande première. Jamais du temps de son règne elle n'avait été traitée avec si peu de respect, même au couvent elle avait eut une vie agréable bien que beaucoup plus active et enfin, ce voyage. Il avait sans doute été le plus agréable moment de sa courte vie, ce ne fut pas facile tous les jours, pourtant elle n'en gardait que d'agréables souvenirs.

Est-ce que Len aussi avait repensé avec nostalgie à ce qu'il allait perdre en étant ainsi guidé par les gardes ? Elle se trouvait idiote de ne jamais l'avoir demandé, à lui ou à Luka. Le temps n'avait pas manqué, mais elle n'y avait jamais vraiment pensé. Au fond, elle n'aurait pas cru se retrouver un jour dans cette situation. Len s'était battu pour l'empêcher après tout. Mais elle ne laissait pas la place aux regrets et avançait la tête haute, ce rôle était tellement simple à jouer dans des moments pareils.

Elle savait qu'elle avait pris la bonne décision en laissant partir Lily et Neru, elles méritaient une seconde chance. Il était certainement trop tard pour elle, ses crimes et ceux de ses parents étaient trop lourds, elle n'avait plus de famille en ce monde… Pour les deux jeunes femmes c'était différent. Elles pouvaient recommencer à zéro, Neru avait tant donné pour cela. Elle pouvait être fière de tout ce travail ! Toutefois le comportement du turquoise lui laissait un arrière goût amer.

Personne n'avait voulu l'écouter alors qu'elle tentait de les convaincre que Mikuo n'avait pas sa place à ses côtés, surtout pas en prison, elle n'avait pas abandonné pour autant. Cependant lorsque le jeune homme avait retrouvé ses esprits et avait tenté de les faire libérer, elle avait vu tout son travail tomber en ruines. Elle avait alors commencé à l'ignorer avec toute sa condescendance, celle qui avait si bien fait parler d'elle à l'époque. Au final Mikuo avait bien été relâché, son comportement n'y avait peut-être pas joué un grand rôle, mais penser que si la soulageait un peu. Il avait été libéré, mais le turquoise avait semblé être tellement blessé… Mikuo était un gentil garçon.

On l'a faisait attendre depuis de longues minutes dans cette petite salle sombre et humide, cet endroit n'avait vraiment rien à envier à sa cellule. Elle avait cru comprendre que sa peine l'attendait plus loin, ils devaient la garder cachée le temps de monter le moral des foules. Elle pouvait d'ailleurs très bien les entendre, dans des effusions de joie ou des cris purement impatients. Le plafond commença à trembler légèrement, la forçant à lever le regard dans une explosion de voix. Ils ne pouvaient pas être sous toutes ses personnes ?

Elle n'eut pas plus de temps de se demander le pourquoi du comment, un de ces hommes ô tant gracieux l'attrapa pas le bras pour la trainer vers une porte grillagée qui se faisait tout juste ouvrir. L'extérieur se heurta à elle telle une vague déchaînée. Tous les cris, tous les visages haineux, elle eut l'impression qu'ils étaient plusieurs milliers, mais ce n'était pas possible. La lumière se fit plus soutenable et elle discerna les parois arrondis servant de gradins qui entouraient l'échafaud installé au centre. Si elle avait levé la tête, elle aurait aperçu la tribune occupée par le Roi et ses invités, toutefois son attention était entièrement prise par cette marée de personnes.

L'air se fit plus rare à ses poumons, comme s'il avait été aspiré par toutes ces personnes en une grande inspiration, la sensation la força à stopper son avancée. Un des gardes à ses côtés la força bien vite à se remettre en chemin. On lui fit gravir les quelques marches jusqu'à la plateforme. La structure paraissait bien moins solide que celle du Pays Violet, à moins que ce ne fussent ses jambes qui tremblaient de la sorte.

Elle se dressait face à elle. Le reflet fantomatique de son propre visage lui était renvoyé dans une pâleur accentuant la peur de ses traits. Ce bien triste reflet la quitta alors que la lame de la guillotine était ramenée vers le sommet de la structure, seules ses émotions restèrent en sa compagnie.

Pourquoi avait-elle si peur ? Non, pourquoi était-elle effrayée, tout simplement ? Elle savait pourtant bien que ce jour viendrait, elle l'avait tant espéré, à la mort de son frère. Puis, lorsque toutes ses personnes étaient soudain entrées dans sa vie, elle en avait été convaincue. Elle finirait ainsi, elle rachèterait ses crimes de la sorte. Mais ce n'était plus la même chose que lors de cette triste après-midi.

Son frère était bien mort par sa faute, mais elle se rendait réellement compte, pour la première fois, de l'importance de son geste. Il l'avait fait pour la laisser vivre, pour lui offrir une vie loin des pièges politiques. Depuis qu'elle avait quitté le couvent de Haku elle avait fait tout le contraire et elle ne pouvait s'empêcher de culpabiliser. S'il y avait vraiment un Enfer et un Paradis au delà de cette lame, son frère était certainement monté au ciel, elle… elle, elle descendrait droit dans les flammes. Elle ne le reverrait jamais, alors à quoi bon affronter cela fièrement ?

Len n'était pas le seul qu'elle perdrait à jamais. Toutes ces personnes qu'elle avait rencontrées, ces personnes qui l'avaient aidée, lui avaient fait découvrir toutes ces choses. Est-ce que tout cela n'était vraiment destiné qu'à durer si peu de temps ? Une éternité dans les flammes de l'Enfer lui ferait certainement oublier tout cela, ou pire encore, peut-être se mettrait-elle à détester ces doux souvenirs. Mais c'était là la dernière chose qu'elle souhaitait.

Une pensée terriblement égoïste lui vint alors à l'esprit, une pensée aux antipodes de ces quatre dernières années : elle voulait vivre. Même si elle devait partir en exil, elle chérirait ces moments tout au long de sa vie et elle aurait la chance d'en construire de nouveaux. C'était ce qu'avait désiré Len, c'était ce que lui avait demandé Mikuo, mais elle n'avait écouté personne. Elle n'en avait fait qu'à sa tête…

Non. Elle avait fait le bon choix. Neru et Lily étaient dorénavant libres, il n'y aurait pas eut d'autre moyen. Les gardes avaient été trop nombreux, s'ils avaient entrepris des recherches elles n'auraient jamais pu fuir ensembles. Il avait fallut faire un choix, et elle avait fait le bon.

La corde claqua dans les mains du bourreau, Rin tressauta. L'odeur de sang qui avait imprégné ses narines le jour de l'exécution de son frère lui revint en mémoire, prenant ironiquement la place du sien, qu'elle serait probablement incapable de sentir avant de ne s'éteindre. Un garde s'approcha d'elle et la força à s'agenouiller devant l'instrument de mort. La peau de son cou toucha à peine le support de bois que la seconde moitié était rabaissée pour la tenir en position. Malgré le vacarme environnant elle entendait parfaitement le son que produisait chaque pièce de bois s'entrechoquant.

De là, l'endroit paraissait à la fois vaste et restreint. Elle ne voyait qu'une fraction de ce qui se trouvait face à elle, mais tous ces visages pressés les uns aux autres suffisaient amplement à se figurer la foule. Jamais elle ne s'était sentie si petite et jamais le concept de la mort ne lui avait parut plus vide qu'en cet instant. Lorsque l'on pense à la mort de ses proches, il est facile de s'imaginer des paradis affriolants, des joies infinies, la connaissance suprême… Mais lorsque l'on se retrouvait soi-même au pied du mur, et que le Destin était assez malicieux pour vous laisser voir approcher le moment fatal, il était bien difficile de faire face au pessimisme.

Elle avait souvent clamé que si Dieu existait, il n'aurait pas laisser mourir son frère, pourtant en cet instant, elle priait de toute ses forces pour trouver quelque chose de l'autre côté, un fil auquel se raccrocher. Et la peur reprit pied sur ses émotions. Rin était terrorisée, aussi effrayée que quiconque le serait en se rendant compte que l'on s'était soit même condamné à une telle fin, et qu'il était trop tard pour faire marche arrière.

Elle reconnu vaguement la voix du Roi du Royaume Bleu alors qu'on dégageait ses cheveux de sa nuque mais elle ne fit pas attention aux mots, ou plutôt, elle était incapable de réunir ces syllabes en un discours cohérent. Elle baissa la tête et les mèches désordonnées de ses cheveux vinrent masquer le reste du monde à ses yeux. Elle se retrouva face à face avec le panier qui allait recueillir sa tête, et jamais la haine d'un peuple ne lui avait autant manqué. Seule face à la mort, elle n'avait rien à quoi se raccrocher.

Seule encore une fois… elle méritait certainement cette solitude.

Les orbes turquoises ne lâchèrent pas un seul instant la figure drapée. Il constata avec un fin sourire qu'elle avait réussit à garder cette cape malgré la situation, il s'était habitué à la voir dans ces vêtements. Son sourire s'effaça cependant rapidement tandis que la réalité de la situation lui revenait à l'esprit par les orbes sanglants du déserteur à ses côtés. Il avait été surpris que Matsuda fut gardé sous contrôle pendant ces longs jours de leur emprisonnement, il n'avait appris que dans la matinée de leur longue nuit de planification que le bleuté avait été occupé à acheter sa liberté auprès de l'armée. Après tout, l'ex gradé avait déserté, ni plus ni moins.

Il balaya un court instant les gradins des yeux et échangea un court regard avec Neru. Elle paraissait à l'aise, à moins que ce ne fut la présence d'Iroha à ses côtés qui l'intimait de ne pas paniquer. Ils avaient insistés pour que la blonde ne prenne pas part à cette opération, si elle venait à être arrêtée par les autorités, les efforts de Rin n'auraient été pour rien après tout. Ainsi, après les avoir aidé à mettre tout cela en place, Neru comme Iroha avaient décidé de se glisser parmi les badauds. Quitter l'endroit sans être certaine que Rin était saine et sauve avait été impensable pour la jeune femme.

Mikuo termina son inspection de la scène en regardant en direction des tribunes royales, située juste au-dessus de la porte qui avait conduit Rin dans cette arène de spectateurs affamés. Le palais d'un blanc immaculé était facilement discernable juste au dessus des draperies qui protégeaient le couple royal du soleil, le tout n'étant mis en scène que pour ajouter à leur grandeur. Gakupo était assit à la droite du Roi, une chaise laissée vide à son autre côté, tandis que Meiko occupait la gauche de son époux. De là où il était il pouvait tout juste discerner la chevelure flamboyante d'Akaito qui, cela ne faisait aucun doute, n'aurait certainement pas été assit dans cette tribune si ce n'était pour ses liens avec le bleuté.

Un pas léger les prévint, lui et Matsuda, de l'arrivée de leur troisième compère. Le brun les salua gaiment sans même essayer d'être discret bien qu'ils essayaient de se fondre dans le décor, ainsi positionnés derrière un des larges pilonnes de la structure, entourés de badauds. Mikuo reprit l'observation de la scène, à mesure que le bourreau s'affairait sur la scène, il sentait ses muscles se tendre, prêts à bondir. Attendre n'était jamais aussi facile que ce qu'il y paraissait.

Afin de s'assurer de ne pas être gêné, il resserra le ruban emprisonnant ses cheveux, il regrettait de ne pas avoir pris le temps de les couper plus tôt. Gumi le lui avait bien proposé puisqu'elle s'était occupée d'arranger la coupe improvisée de Ron mais il avait été trop occupé à discuter des détails de leur action. Kaito commença à parler des crimes commis par Rin, il ne fit aucune mention de la précédente exécution, celle qui avait pris la vie d'un innocent. Il préféra se borner à relater des faits qu'ils avaient beaucoup trop entendus.

Prenant ce petit discours comme signal de départ, ils se mirent tous les trois en marche, se mouvant au cœur de la foule pour se rapprocher de l'échafaud sans jamais quitter leur objectif du regard. Ils observèrent les gardes faire leur œuvre et lorsque Rin leur paru assez isolée, Ron écarta les gardes les plus proches d'un coup de pied circulaire. Avec le passage ainsi dégagé, Mikuo et Matsuda se dépêchèrent de gravir les marches trois par trois.

La réaction ne se fit pas attendre. Les gardes se mirent tout de suite en marche, appliquant des protocoles appris par cœur en prévision de ce genre de situation. Ron se chargea d'occuper autant de gardes qu'il pouvait en bas, les deux autres eurent vite fait de jeter ceux déjà présents vers la princesse quelques mètres plus bas. Le bourreau n'était cependant pas près à laisser cette exécution tomber à l'eau, sans plus réfléchir il mit en marche le mécanisme de la guillotine. Une corde glissa avec un frémissement obscur, contrebalançant le poids de la lame vers la nuque offerte.

Le sang de Mikuo se gela dans ses veines et son esprit se vida de toute pensée. Seul le cri métallique put le ramener au présent. Matsuda avait interposé le plat de son épée à temps, profitant de la structure de bois qui tenait Rin en place pour empêcher la lame de descendre plus bas. Une exclamation horrifiée parcouru la foule, mais Mikuo n'entendit que les mots de l'ancien soldat :

« Le plan continu, emmène la. » Mikuo fonça sur le bourreau et lui fit subir le même sort qu'à ses compères avant de ne rejoindre les deux autres. Il profita que Matsuda soutienne la lame en hauteur pour sortir une Rin sans voix du système. « Qu'on ne vous revoit pas. » Marmonna le bleuté alors qu'il laissait retomber la lame et se saisissait de son épée avant de ne partir devant pour dégager le chemin.

Mikuo fixa le dos du soldat, réprimant l'envie de souligner la cruauté de ses mots, qui se voulaient pourtant encourageant. La foule s'éloignait déjà des deux figures se battant plus bas, la panique commençait à gagner le peuple qui devait penser à un nouveau coup d'état. Le turquoise ne pensa aucunement à leur expliquer le malentendu. Il baissa son regard vers la jeune blonde qui n'avait pas esquissé le moindre mouvement.

« Ne les faisons pas plus attendre, Rin. » L'azur se fixa un bref instant sur lui, ce fut tout ce qu'il attendait pour se saisir de la main de la jeune fille et l'emporter loin du grabuge.

Ils n'avaient pas vraiment de plans pour cette partie-là, il s'était juste contenté d'apprendre le plan de l'endroit par cœur, pour le reste, il compterait sur les deux autres pour leur ouvrir le passage. Et, en effet, Ron sût bien remplir son rôle de bélier alors qu'il enfonçait les larges portes de bois verrouillant l'endroit.

« Rin, on se retrouvera ! » S'exclama le brun avec son éternel sourire, Mikuo rit légèrement du décalage avec son amant mais ne prit pas le temps d'en dire un mot. Ils avaient toute une armée à semer dans la capitale la plus protégée du royaume, après tout…

Plus haut dans les tribunes, le couple royal restait figé dans une même expression mêlée d'horreur et de surprise. Kaito ne pouvait lâcher du regard la forme qui fuyait le jugement une fois de plus, et surtout, il ne pouvait faire abstraction de la sordide image que la scène renvoyait. Les Hatsune n'étaient pas jumeaux pour rien et, sincèrement, pendant une seconde il aurait pu jurer voir Miku à la place de son frère, à emporter la meurtrière loin du péril. Meiko se leva du fauteuil, retrouvant sa force, et elle porta sa main à l'épée qui ne quittait jamais sa hanche avant de ne tourner talon pour quitter la tribune ; bien décidée à en finir une bonne fois pour toute avec ce cauchemar. Toutefois, une main se posa vivement sur la garde de son épée pour bloquer tout mouvement. Le regard noisette vint fusiller celui sanglant d'Akaito qui ne se laissa pas faire pour autant, songeant plutôt aux similitudes entre la femme et Luka.

« Je ne peux pas vous laisser faire ça, j'en suis désolé. Mais ce sont mes amis, comprenez-moi. » Il jeta alors un regard vers son frère.

« Donc vous dites être de la partie ? » Demanda froidement Meiko, sans réelle question dans sa voix. Akaito profita tout de même un peu plus de ses privilèges.

« Non, je ne fais que malencontreusement gêner à l'arrestation d'étrangers. » La femme pesta contre lui mais fut arrêtée par le rire brisé de son époux.

« Qui aurait pensé que vous iriez tous jusque là ? » Il laissa sa question en suspend dans l'air avant de partir d'un autre accès de rire incontrôlable.

« Kaito… » La voix de son frère ne l'atteignit pas et ses rires s'étouffèrent dans sa gorge serrée alors que la main de Gakupo se posait sur son épaule.

« Je vous demande pardon pour le dérangement, votre majesté, et vous remercie de votre hospitalité. Cependant, je vais bientôt devoir prendre congé. » Dit-il paisiblement tout en observant l'agitation cinq mètres plus bas.

Le son des semelles battant le sol rythmait ses pensées ; peu élaborées. Son attention ne voulait se fixer que sur les deux dos qui courraient devant elle. Mikuo était parvenu à les faire s'éloigner de l'agitation sans trop de difficulté et, aussitôt s'étaient-ils aventurés dans les rues que la rosée était venue à leur rencontre. Rin aurait été incapable de décrire le soulagement qui la parcouru à la vue de Luka, le turquoise avait été moins surpris, mais une étincelle dans son regard montrait qu'il n'était pas encore totalement habitué à l'idée que la femme était bel et bien hors de danger.

Cette heureuse nouvelle avait su la ramener sur terre. La confusion de l'intervention miracle était bien loin derrière, tout ce qui lui restait c'était le confort que lui offraient ses amis. Ce sentiment réconfortant d'être la bienvenue quelque part… Elle l'avait complètement oublié. Elle n'avait vu que des souvenirs lointains, bien pâles devant la haine qu'elle devait affronter. Cependant, cette main qui refusait de laisser partir la sienne le lui affirmait : elle y avait le droit.

Elle-même ne pouvait peut être pas encore l'accepter, mais des personnes qui lui étaient chères refusaient de la laisser partir. Ils lui laissaient une place, bien qu'elle n'ait pas le courage de s'y installer. Rin se trouvait bien égocentrique de songer à de telles choses, sans pour autant pouvoir trouver une autre explication. Tout était finit, son aide n'était plus requise, pourtant ils étaient toujours là. C'était donc cela, cette chimère nommée 'amour', un concept trop féérique pour appartenir entièrement à ce monde.

Sa gorge se serra, en partie à cause de leur longue course dans les rues de la citée et aussi à cause des émotions qui circulaient en elle. Des pas métalliques accompagnés d'ordres précipités les suivaient, se rapprochant de plus en plus. Rin ne trouvait pas le temps de paniquer, ce qui ne l'empêcha pas pour autant de se retourner de temps à autre pour vérifier qu'ils gardaient leur avance. Lorsque cette attention commençait à se transformer en simple tic dénué de sens, elle les vit pourtant. Des armures luisantes dans l'ombre et qui se faisaient aussi proches que bruyantes.

Luka stoppa net ses pas et tourna sur ses talons. Mikuo l'évita de peu et continua de courir sur quelques mètres, pris dans son élan, Rin fut bien obligée de suivre le mouvement. La rosée sortait déjà ses fidèles aiguilles jusqu'alors logées dans les plis de sa robe noire de deuil. Une fois que la prise sur ses armes l'eut satisfaite elle releva le menton pour les observer par-dessus son épaule.

« Continuez tout droit, quand vous arrivez au boulevard, prenez la deuxième à droite et vous arriverez au port. » Elle marqua une petite pause, suite à laquelle son regard océan se fixa sur Rin particulièrement. « Princesse, la prochaine fois que des énergumènes pareils vous approchent, n'ouvrez pas la porte. » Le fin sourire que prit Luka fut rapidement transmis aux lèvres de la blonde.

Mikuo ne les laissa pas échanger plus et se reprit leur course avec Rin, traînée à sa suite. De ses coups d'œil fréquents en arrière, la petite blonde put voir la rosée tenir les nombreux gardes en arrière et son cœur se serra un peu plus. L'idée qu'elle puisse encore une fois être blessée par sa faute venant entamer son courage.

« Rin. » L'azur retourna vers l'avant aussitôt. « On peut leur faire confiance, je le sais. » Clama le turquoise sans une once d'hésitation. Le peu que la jeune fille pouvait voir de son visage respirait la détermination. Mais où allaient-ils, au juste ? Les questions seraient sans doute mal venues dans un moment pareil, ce fut pourquoi elle les laissa muette, toutefois elle ne pouvait s'empêcher de construire des hypothèses.

Ils suivirent l'itinéraire travaillé par Luka et rapidement les murs d'un blanc étincelant se dessinèrent face à eux. La rosée n'avait aucunement parlé de la façon dont ils devraient s'échapper d'une ville à la sécurité aussi féroce, d'ailleurs, même Mikuo finit par suspendre ses pas. Il étudia leurs options du regard et finit par s'avancer vers une des ouvertures laissées grandes ouvertes ; ce qui parut être une belle erreur aux yeux de la blonde, un grand nombre de gardes étaient visibles, assis ou adossés aux murs. Cependant une fois qu'ils furent à leur hauteur, ils purent constater que les gardes étaient tous profondément endormis.

D'autres hommes placés en service un peu plus loin se rendirent compte que quelque chose n'était pas normal, notant l'absence de réaction de leurs collègues, et se dépêchèrent de les rejoindre. Mikuo fut cependant plus rapide et actionna les mécanismes de la porte qui se referma derrière eux. Rin n'attendit pas qu'il le lui indique pour reprendre la course et descendit vivement les longs escaliers menant des murs à l'océan turquoise.

Elle fut pourtant surprise d'être retenue par une main autour de son bras au dernier palier des escaliers rocheux. Rin se retourna pour voir la mine contrite de Mikuo, son cœur manqua un battement alors qu'elle imaginait milles et uns scénarios catastrophe. A la place, de tous les discours décourageant auxquels elle s'était attendue, il n'y eut qu'une main se posant sur sa joue pour chasser des larmes.

Elle était tentée de lui demander pourquoi elle pleurait, néanmoins il y avait fort peu de chances qu'il put lui répondre et quelque chose dans le regard turquoise lui intimait le silence.

« Tu n'as pas à avoir peur, Rin. » De la peur ? Oui, il y avait certainement de cela, après tout elle était chassée par toute une armée, mettait ses amis en danger... le tout pourquoi ? Elle ne le savait pas elle-même. A vrai dire, il y avait sans doute plus d'appréhension que de peur. « Je t'ai dis que je te protégerais et je tiendrais parole. »

« Merci… » Les larmes redoublèrent à ce simple mot, ce mot qui cherchait désespérément un moyen de s'exprimer. Mikuo eut un doux sourire avant de ne complètement délaisser l'urgence de la situation dans laquelle ils se trouvaient pour se pencher vers la jeune fille.

Le regard azur s'écarquilla en deux soucoupes alors que leurs lèvres se rejoignaient le temps d'une pression maladroite. Une masse de chaleur éclot au creux de son estomac, tel une fleur de lotus à la surface d'un lac, le poids de cette sensation suffit à laisser couler une seconde vague de larmes le long de ses joues plus rougies que jamais. Mikuo fit un pas en arrière et lui permit de voir qu'il n'avait rien à envier à ses couleurs, cela ne semblait pourtant pas le gêner.

Il lui donna un de ces regards attendris qu'il avait prit l'habitude de lui dédier. Les attentions du turquoise vis-à-vis d'elle avaient tant changées depuis leur rencontre, où était passé la colère, la haine qu'il avait pour celle qui avait tuée sa chère sœur ? Avait-elle réellement le droit de sentir ces papillons battre des ailes contre son estomac avec la même ferveur qu'elle, qui battait des paupières pour chasses ses larmes ? Elle apporta vivement ses mains à son visage et frotta frénétiquement ses yeux clos pour les sécher.

Même lorsque son visage lui sembla être dans un état acceptable, elle ne retira pas pour autant ses mains, aucunement désireuse de dévoiler une fois de plus le feu de ses joues, et également un peu soucieuse de ce qu'elle trouverait face à elle. Rin était incapable de trouver la réaction qu'elle devrait avoir dans un moment tel que celui-ci ; plus perturbant encore, elle serait tentée d'embrasser le jeune homme à son tour.

Ses mains furent pourtant écarter de son visage en peu de temps, la soudaine lumière ainsi que l'éclat turquoise lui arrachèrent un gémissement mécontent qui tenait plus du grognement. Mikuo rit, de ce rire cristallin qui avait illuminé nombre de leurs veillées et relâcha son poignet droit pour se saisir de sa main gauche. La blonde prit soudain conscience des pas dévalant les escaliers derrière eux mais n'eut pas le courage de se retourner. Mikuo ne lui en laissa de toute façon pas le temps. Il l'emporta le long des dernières marches et ils se retrouvèrent devant le port de la citée qui s'étendait le long des côtes en plusieurs quais réservés tantôt à l'armée, tantôt au commerce.

Ce fut alors que Rin la vit : une chevelure d'un vert éclatant qui se laissait entraîner par les courants marins. Gumi les attendait à bord d'un des navires, elle ne sembla pas les avoir remarqués, trop occupée à observer les gardes un peu plus haut. Cependant, une fois qu'elle eut baissé les yeux vers eux, la lueur dans ses yeux et ses légères rougeurs suffirent à Rin pour comprendre qu'ils avaient été observés. Bien que son regard était lourd, Gumi ne laissa aucune des réflexions qui lui brûlaient la langue passer la barrière de ses lèvres ; ce pour quoi Rin fut très reconnaissante.

« Vous en avez mis du temps ! » Gumi finit par s'exclamer, tout en leur jetant une échelle de corde par-dessus bord. Mikuo eut tout juste le réflexe de l'attraper avant qu'elle ne se rabatte le long de la coque et la tendit à Rin qui n'attendit pas plus pour se hisser à bord.

Gumi lui offrit un avant-bras bien venu pour retrouver son équilibre puis cria à celui que Rin devina être le propriétaire du bateau de partir au plus vite. Quelques hommes vinrent remonter l'ancre pendant que d'autres s'étaient armés d'une grande perche de bois pour pousser le bateau loin du quai. Les gardes arrivaient tout juste que les trois compères étaient à une bonne distance déjà, aidés par des vents bienvenus.

Rin n'avait pu trouver le courage de s'éloigner du pont par où ils étaient arrivés, ses mains cramponnées au bois du bateau, elle observait les militaires s'énerver entre eux et ordonner des bateaux plus rapides. Quelqu'un d'extérieur à la scène se serait sans doute moqué de leur comportement ridicule, mais en tant que poursuivie elle avait peur de les lâcher des yeux une seconde. Qui sait ce qu'ils feraient pendant ce temps là.

Une capuche vint masquer une partie de son champ de vision et l'arracha à son observation. Le temps qu'elle rajuste le tissu, une forme s'était accoudée à ses côtés. Elle n'avait pas à regarder pour confirmer l'identité de la personne et cette simple proximité raviva le feu sur son visage.

« J'ai été surpris qu'ils te laissent cette cape. » A ses mots, il jeta un œil au vêtement et ajouta : « Tu dois regretter de ne pas en avoir une nouvelle tout de suite. » Il commença à rire, pour être aussitôt coupé par la voix agitée de la petite blonde.

« Elle n'est pas si usée que cela ! Et je l'aime bien, moi… » Rin tourna rapidement la tête sur le côté, ne voulant en aucun cas qu'il ne voie son expression. Un petit silence se prolongea, pendant lequel Mikuo laissa ses yeux se promener sur le rivage de la citée, encore visible. Plusieurs voiles se dessinaient dans l'horizon, mais rien d'alarmant.

« On va rejoindre les rives des Contrées Vertes avec ce bateau, si on a des problèmes on s'arrêtera au Pays Violet et changera de bateau, mais je ne pense pas que ça arrivera ! » Il continua après avoir constaté qu'il avait à nouveau l'attention de Rin. « Ritsu nous attend à notre destination : Nano-sur-mer, elle nous escortera jusqu'au couvent d'Haku-san. Après tout personne n'a jamais dit d'où tu venais, et tu as pu y rester cacher longtemps, alors on devrait être tranquilles un moment ! Enfin, je pense qu'il sera plus prudent de ne pas non plus y rester trop longtemps, il y aura sans doute des recherches pour te retrouver. »

Rin affichait un des airs les plus étonnés qu'il n'eut jamais vu. Etrangement, elle semblait plus choquée qu'au moment de leur rescousse impromptue, elle ne les pensait donc pas capables d'élaborer des plans qui tiennent la route ? Gumi les rejoint, ajoutant ses propres détails :

« Ceux qui nous escortent gentiment jusque là-bas ne savent pas vraiment qui tu es, disons que je suis restée assez floue ! » Elle eut un petit rire gêné. « Mais ils me devaient un service, alors ne t'en fais pas pour ça, ils ne nous laisseront pas tomber ! » Elle se tourna ensuite vers Mikuo : « Tu sais, je pourrais vous emmener jusque chez Haku-chan, ce serait sans doute plus sûr, on n'est pas certains que Ritsu sera là à temps après tout. » La curiosité de Rin fut ravivée à cela, Mikuo chassa ses suspicions d'un geste de la main.

« On ne peut pas te laisser trop t'impliquer Gumi, le plus vite tu pourras t'éloigner le mieux ce sera. Pour ce qui est de Ritsu, je sais qu'elle sera là, elle trouvera le moyen de nous rejoindre peut importe où elle est. » Mikuo croisa ses bras sur son torse, coupant court à toute opposition.

Gumi n'était pas convaincue pour autant. Le turquoise pouvait bien avoir foi en son amie, cela ne changeait rien au fait que la lettre adressée à Ritsu et lui demandant son aide avait été confiée dans la nuit à des marchands ; ils ne pouvaient être sûr qu'elle l'aurait à temps, où l'aurait tout court, et si elle se trouvait trop loin, même leur semaine de traversée ne lui donnerait pas assez de temps.

Néanmoins, Rin semblait croire aux mots de Mikuo et la verte préféra rester silencieuse. S'il n'y avait personne à Nano-ville, elle n'aurait qu'à faire comme d'habitude et improviser sur le tas ; elle ne baisserait pas les bras devant des amis dans le besoin. Tandis que le Royaume Bleu disparaissait derrière eux, elle avait plus que jamais l'impression qu'ils avaient fini leur voyage. A la capitale, tout cela était resté flou, dans la précipitation, ils ne s'étaient pas rendus compte de la finalité de leurs aventures. Dorénavant, après une longue nuit passée à planifier le sauvetage de Rin, tout semblait plus tangible. Quelques au revoir avaient été échangés, particulièrement avec Mikuo qui avait décidé de disparaître avec Rin pendant quelques temps.

Personne ne savait quand ils pourraient se revoir, ils ne pouvaient qu'espérer recroiser la route les uns des autres, mais ils savaient bien que cela serait difficile. Il leur faudrait sûrement du temps afin de retrouver une vie normale suite à leur petit coup d'éclat, après tout. Cette idée ne gênait pas Gumi pour autant, elle était retournée au couvent pour réparer son erreur, elle avait mise Rin en danger et, enfin, elle avait le sentiment de l'avoir aidée en retour.

Même si leurs routes se séparaient, rien ne changerait jamais le passé qu'ils avaient partagé. Ainsi, ce fut avec détermination que les émeraudes se fixèrent sur l'horizon baigné d'or.