~ Le coin des reviews ~

Miki : Je te dédie ce chapitre, chère adorable lectrice ^_^


[III.I] Chapitre 4 : Petits garçons


Norio Togata avait tout pour être heureux : Un métier qu'il affectionnait, une femme qu'il vénérait, partageant le même amour pour ce travail qu'ils exerçaient tous les deux ; ensemble, ils avaient un magnifique petit garçon de quatre ans, qu'ils aimaient plus que tout. Très éveillé pour son âge, il savait déjà pratiquement lire et écrire, ce qui parfois amusait, mais le plus souvent, laissait sans voix les deux parents.

Il pensait naïvement que ce bonheur serait éternel...

Tout commença, un soir enneigé, quelques jours après Noël, pendant le dîner. L'ambiance était joyeuse, colorée ; ils n'avaient pas eu le temps de retirer les décorations de cette période, en résultait une maison emplie de guirlande, le sapin décoré trônait encore dans le salon, exhibant victorieusement son étoile jaune.

Comme à chaque repas, Norio et sa femme bavardaient gaiement, en surveillant leur chérubin qui les écoutait en silence, faisant simplement signifier sa présence quand ses couverts pour enfants allaient au-devant de son assiette à l'apparence enfantine, qu'il n'aimait d'ailleurs pas vraiment.

Profitant du léger silence qui s'était installé, Naïra Togata annonça, les yeux pétillant que la réponse à ce poste auquel elle avait postulé quelques mois plus tôt était tombée : elle allait travailler avec le célèbre Docteur Todoroki, sur sa dernière invention. Les détails étaient encore floues au sujet de cette fameuse invention mais elle ne doutait pas qu'il s'agissait là de quelque chose d'énorme qui devrait, selon les dires de l'inventeur, "changer la face du monde".

Elle adressa à son enfant un sourire radieux et lança, enjouée : "T'entends ça, Mirio ? Maman va changer la face du monde !"

Pour Norio, rien n'était plus important que le bonheur de sa petite famille. Heureux pour sa femme, contaminé par son enthousiasme, il lui souhaita bonne chance, en souriant de toutes ses dents, ne doutant pas qu'elle ferait du très bon travail, la connaissant.

Si seulement il avait su, peut-être alors aurait-il pu...

Les premières semaines, tout allait bien. Du fait de la clause de confidentialité de son contrat, Naïra ne parlait pas de ses travaux. La jeune maman rentrait à une heure avancée, souvent éreintée par ses journées qu'il arrivait à sentir intense. Quoi que fut ce fameux projet, il lui prenait tout son temps, drainant toute son énergie vitale, à en juger par son visage fatigué. Malgré tout, elle arrivait à partager des moments privilégiés avec son bambin ; dès qu'elle avait embrassé son mari, elle se ruait dans la chambre de son enfant et le serrait contre elle, sans le réveiller, une bonne partie de la nuit.

Un mois plus tard, le mari ne pouvait que remarquer la peau sur les os de sa femme, le visage de plus en plus creusé par la fatigue ; Norio était certain qu'elle ne prenait même pas le temps de s'alimenter correctement.

Il décida de lui parler quelques soirs plus tard, lui faisant part de toute son inquiétude, dans le lit conjugal. Naïra l'écouta attentivement, tentant ensuite de le rassurer : il n'y avait rien d'anormal, elle avait juste énormément de choses à faire, beaucoup à gérer. La seule chose qui l'attristait, c'est que ce travail, bien que passionnant, l'éloignait de son mari et de son fils bien-aimé. Norio l'apaisa à son tour, il comprenait, Mirio aussi ; il était spécial, c'était leur enfant, après tout. Ils avaient éclaté de rire, s'étaient tendrement enlacés, avait fait l'amour...

Pour la dernière fois.

De longues semaines après cette conversation, le comportement de Naïra changea du tout-au-tout : Elle devint de plus en plus agressive, sur les nerfs, au point que son mari vint à craindre ce qu'il pouvait dire ou sa façon d'agir, la plupart du temps, susceptible de la faire entrer dans une colère noire. Les hurlements, les objets violemment fracassés contre le mur avaient éclipsés les éclats de voix, de rire, autrefois si présent. C'était comme si toute joie de vivre avait disparue d'elle.

Norio, démuni par ce comportement destructeur, ne savait que faire, si ce n'était protéger Mirio. La mère de l'enfant se désintéressait d'ailleurs complètement de ce dernier. Elle ne lui accordait plus le moindre regard, excepté celui d'une étrangère, sans la moindre fibre maternelle. Bientôt, elle ne le reconnut plus, gardait ses distances. Le petit garçon en souffrait, se refermant de plus en plus sur lui-même, le malheureux papa le voyait bien, son fils allait souvent se cacher pour pleurer. Il faisait tout ce qui était humainement possible pour rendre le manque d'attention de Naïra moins pesant pour lui, seulement, rien ne se substituait à l'amour d'un parent. Il apprit cette dure vérité, tout en observant sa femme sombrer dans la folie.

Les familles respectives suggérèrent de l'emmener dans un institut spécialisé, Norio s'opposa fermement à cette solution, effrayer à l'idée de laisser son aimée dans un tel endroit ; pourtant très lucide sur la gravité de la situation, il ne pouvait pas se résoudre à être séparé d'elle. Pour faire cesser les pressions qui fusaient de part et d'autre, il se résolut tout de même à consulter un médecin, qui après une batterie d'examen lui apprit que le cerveau de sa femme était celui de quelqu'un atteint d'une tumeur au cerveau à son dernier stade, bien qu'aucune trace n'ait pu être relevée lors de sa biopsie. Lui non plus, ne cachait pas son inquiétude quant à l'état de sa patiente : Il n'avait jamais vu un tel cas, ne pouvait l'expliquer. Il voulut la montrer à d'autres confrères mais le mari éprouvé, fut contre. Le médecin lui fit acheter toute sorte de médicament, destinés à calmer les crises de sa femme, petit à petit la transformer en légume, humain amorphe. Norio, pourtant très lucide sur la situation, s'y refusa.

Mirio n'allait pas tarder à avoir cinq ans, quand ce jour où la vérité qu'il retardait de regarder droit en face, le frappa de toutes ses forces.

Alors qu'il préparait le dîner, un cri strident se fit entendre du salon, faisant naître une légère entaille au doigt, du fait de la surprise. Il ne perdit pas une seconde et se précipita pour voir Naïra rouler en boule, tremblante sur le sol, son fils à quelques centimètres, le corps secoué de sanglot silencieux.

Naïra leva des yeux suppliant vers son mari qui ne pensait plus à sa propre douleur, les gouttes formant une petite flaque rouge sur le sol blanc ; il lui renvoyait son regard, la suppliant silencieusement de revenir d'où elle se trouvait, actuellement. Ils avaient besoin d'elle... Il se promit, si elle acceptait, d'être un bon mari, un bon père, de renoncer à tout ce qu'il aimait, juste pour revoir sa femme.

Les lèvres tremblantes, elle articula :

- Fais-le partir...

Elle désigna Mirio de la tête qui restait immobile, le regard verrouillé à cette silhouette.

- Il me fait peur...

Ces mots sortie de cette bouche, sonnèrent la fin de sa lutte acharnée. Il s'écroula, étouffé par la douleur. Le sang s'écoulait toujours de sa blessure futile, sans commune mesure à ce qu'il éprouvait à l'intérieur de lui : L'impression d'une longue chute, un sol de piques prêt à transpercer son corps de toute part ; il se préparait déjà au choc, sa fin...

Une petite main le retint avant que le tranchant ne l'effleure.

Les joues sillonnées de larmes, retenant du mieux qu'il pouvait ce hurlement de désespoir qui menaçait de sortir, il ouvrit les bras à son fils :

- Viens, Mirio...

Mirio regarda son père sans comprendre.

Viens dans mes bras, laisse-moi te serrer contre moi... Tu es tout ce qu'il me reste, je dois me raccrocher à toi pour ne pas devenir fou, je t'en supplie, laisse-moi sentir ta chaleur. Je t'en prie, je t'en prie...

Il n'aurait su dire si son enfant avait entendu ce souhait qu'il adressait, si sa douleur se reflétait dans ses yeux brillant de larmes contenues, si lui aussi, à cet instant, avait besoin de cet amour qui leur manquait tellement à tous les deux... Toujours est-il que Mirio se précipita dans les bras de son père, enfoui la tête dans son cou et éclata en sanglot. C'était la première fois que l'enfant pleurait devant lui ; des pleurs bruyants, horribles, agonisant, désespérés, affreusement douloureux... Il exprimait son chagrin mais aussi celui de son père, retenu des mois durant...

Tout en le serrant de toutes ses forces, une de ses mains situées à l'arrière de la tête, sentant ces adorables petits bras s'accrocher à lui comme à une bouée, Norio pleurait plus silencieusement, murmurant sans fin, la voix brisée : " Tout va bien... Je te protégerai, je te le promets... Je suis là, ne pleure plus... Je te demande pardon... Je suis vraiment désolé..." Mirio ne parvenait pas à se calmer et pleura ainsi, longtemps, le scientifique ne lâchant pas sa femme des yeux, toujours en boule mais calmée, les siens perdus dans le vide...

Cette fois, il comprit.

Naïra n'était plus, ils l'avaient définitivement perdu.

Quelques semaines plus tard, Norio capitula pour le bien de son fils et emmena ce qu'il restait de sa femme, dans cet institut spécialisé. Il lui rendait visite deux fois par semaine et s'adressait à son réceptacle dont l'âme semblait avoir déserter, les yeux sans cesse fixé à l'unique fenêtre de sa chambre médicalisée. Il faisait de son mieux, lors de ses visites, pour ne pas remarquer les sangles du lit et ses poignets marqués... Bien qu'elle ne l'entendait pas, il mettait un point d'honneur à s'y rendre, parler de Mirio, s'extasier à quel point leur fils grandissait, progressait, un véritable surdoué.

Ses deux meilleurs amis, Tamaki Amajiki et Nejire Hado ne le quittait pas en journée, de cette façon il n'était jamais seul, cela le rassurait. Souvent, un petit rire lui échappait quand Mirio lui racontait à quel point Nejire le harcelait sans arrêt de question, le papa tentant ensuite de trouver les mots susceptibles de l'apaiser, quand le tour de Tamaki venait, son blondin partageant l'inquiétude de constater le mutisme de son ami masculin qui lui était, selon toute vraisemblance d'après ses dires, entièrement destiné.

Intérieurement, il remerciait ces deux petits d'être aussi présent dans la vie de son fils. De cette façon, il ne pensait pas toujours au manque de sa vie...

Il ne savait que trop bien à quel point Mirio souffrait encore de l'absence de sa mère. Norio s'en voulait de ne pas oser parler d'elle mais cela faisait beaucoup trop mal... En outre, il voulait rester fidèle à cette promesse qu'il lui avait faite. Il avait jugé bon de la placer dans le plus grand secret, préférant faire croire à son bambin le décès de celle qui était sa mère. D'une certaine manière, cela était vrai, en partie. Il pensait les choses mieux ainsi, Mirio ayant trop souffert de cette situation pour qu'il ose lui avouer la vérité. Il sentait en outre que Naïra approuverait ce choix...

Un soir, alors qu'il rangeait sa bibliothèque, Norio découvrit derrière une pile de livre soigneusement rangée, un petit carnet qu'il ouvrit. Il se mit à trembler, son cœur battant la chamade quand il reconnut l'écriture soignée, sans rature de sa femme...

Un journal ?

A en croire la date de la première page, elle avait démarré son écriture le jour de sa nouvelle prise de fonction. Il ne put s'empêcher, poussé par l'envie d'enfin connaître cette face cachée qu'il remarquait grandir en elle, les mois passant, de s'installer à son bureau et commencer à le parcourir...


1er janvier.

Bonne année, cher journal ! A vrai dire, je ne sais toujours pas pourquoi je t'ai acheté... J'ai eu mal pour toi, tout seul sur ton présentoir, abandonné... Je te le dis tout de suite, je n'ai jamais tenu de journal de ma vie, je n'en ressentais pas le besoin, je m'excuse à l'avance, il y aura forcément des périodes où je vais te délaisser... Mais aujourd'hui est un grand jour, j'ai bien envie de me prêter au jeu.

J'ai toujours été comblée par la vie : une enfance et une adolescence sans réels problème, une scolarité dénuée d'obstacle et aujourd'hui, j'ai un mari et un bébé que j'aime plus que tout. Mon mari s'appelle Norio, moi Naïra, un peu bizarre, tu ne trouves pas ? On s'est rencontré à l'université, je lui ai rentré dedans... Ou plutôt, on s'est rentré dedans ? On avait tous les deux les yeux perdus dans des documents, on ne s'est pas vu et BAM le choc, comme dans un film ! J'ai tout de suite eu le coup de foudre pour lui, mal assuré derrière ses lunettes, avec ses boutons plein le visage, bafouillant ses excuses, en mélangeant nos papiers... Tu crois que cette bousculade m'a fait perdre la tête, hein ? Eh bien non ! On suivait le même cursus, je l'avais repéré depuis un moment, toujours seul, un peu comme toi ! Faut croire que j'ai un faible pour les solitaires ! Il n'approchait personne comme s'il avait peur du monde qui l'entourait... Le contraire de moi ! Je suis un vrai moulin à paroles et tu devrais m'entendre rire... Il parait qu'il est contagieux ! Je te laisse, je commence un nouveau travail mais avant, je dois réveiller mes petits hommes !

1er janvier. (au soir)

On se retrouve, cher journal ! Ce fut une journée très intense, ma foi ! En fait, j'ai découvert à ma grande déception, que je ne travaillerai pas directement avec le Docteur Todoroki... Je suis embauchée en tant que scientifique mais dans un laboratoire annexe, malheureusement. On ne m'a pas donné de raison spécifique mais vraisemblablement, ce serait pour des raisons de sécurité. L'objet sur lequel une vingtaine de personnes, moi compris travaillons, se nomme le Slave Control Method ; de ce que j'ai compris, le Docteur Todoroki et son assistant nous envoient des cobayes, toujours par deux, et nous avons juste à observer les effets et les annotés sur un cahier qui te ressemble d'ailleurs ! Honnêtement, je ne sais pas ce que c'est que cette fameuse invention mais j'ai hâte de changer la face du monde !

3 janvier.

Les premiers cobayes sont arrivés aujourd'hui. Une femme et un homme. Le Slave Control Method (abrégé en SCM) est un dispositif assez étrange, je dois dire, c'est même incroyable qu'une telle invention ait pu voir le jour, ça dépasse l'entendement. On nous a expliqué que la finalité était classé top secrète, qu'il ne fallait pas chercher plus loin. Il n'empêche, c'est très effrayant...

Je t'explique : Le dispositif sert à asservir une personne, à la suite d'un jeu. Le gagnant prend le dessus sur le perdant, le réduisant à l'état d'esclave. Ce n'est pas une métaphore, cher journal, ni une blague, je t'assure. Le ou la gagnante a l'ascendant complet sur le ou la perdant/e... Même si la scientifique en moi admire, en reconnait toute l'ingéniosité, qu'une invention pareille ait pu passer entre les mailles du filet de toutes les vérifications d'usage avant son étude relève du Miracle.

Revenons à nos deux cobayes : une femme (le maître) et un homme (l'esclave). Ils étaient déjà dans cette relation à leur arrivée et c'est là que nous intervenons : Nous avons une fiche à disposition, dépendant de l'âge, et du sexe du sujet. Selon ses critères, nous avons une liste d'ordres à leur donné et nous devons observer TOUTES les réactions pendant cette relation, ainsi que l'après, lorsque nous retirons le SCM. Nous notons nos observations dans des cahiers, lesquels sont ensuite envoyé au Docteur Todoroki pour qu'il analyse les données, afin de continuer ses recherches...

Nos deux sujets ont parfaitement exécuté tous les ordres, trouvant même le jeu amusant... Jusqu'au moment de les retirer. L'homme est tombé raide. Il n'était pas mort mais dans le coma. Après examen, les radios ont mis en évidence plusieurs lésions au cerveau et nous avons vite compris que si jamais l'homme se réveillait, il serait proche d'un état végétatif...

Effrayant, tu dis ? Tu es loin du compte... C'est un fléau. De nouveaux sujets arrivent la semaine prochaine. Visiblement, la fréquence d'arrivage serait d'une fois par semaine, le reste du temps est consacré à l'étude du dispositif... Autant te dire qu'après ce que je viens de voir, je regrette presque d'avoir postulé...

17 janvier.

Dû à la clause de confidentialité, je ne peux pas parler de mes travaux avec Norio, ça me tue. J'aimerai tellement lui en parler, savoir ce qu'il pense de tout ça... Je suis obligée de faire comme si de rien était. Je le vois bien qu'il est inquiet pour moi, il me voit exténuée. En mari parfait qu'il est, depuis le début de mon travail, il a mis ses travaux en suspens pour pouvoir s'occuper de notre petit Mirio... Je t'ai déjà parlé de lui ? C'est un enfant différent des autres et je dis pas ça parce que c'est notre fils, même si... C'est notre fils (Rires)

Il a fêté ses quatre ans en juillet dernier, le 15, pour être exact. Comme il est en avance sur son âge, il sait pratiquement lire et écrire, c'est un surdoué, mon petit bonhomme, je suis sûre qu'il deviendra un grand scientifique, comme ses parents ! Peut-être même qu'il aura hérité du côté nerdy de son père, qui sait... J'ai hâte qu'il grandisse, même si je profite de lui, pour l'instant, de sa jolie petite frimousse... Par contre, je crois qu'il a hérité de mon rire, pauvre enfant... J'espère qu'il me pardonnera et ne rira pas beaucoup, ou alors très discrètement...


3 février.

Je te délaisse, mon pauvre, comme je délaisse ma famille... Ils me manquent tellement les deux hommes de ma vie... Les seuls moments où je me sens bien, sont ceux où je sens mon bébé contre moi... Il dort à poing fermés, le bruit de sa respiration calme m'apaise et libère ce poids que je porte... J'espère que ce petit être sait à quel point je l'aime... Je l'aime tant... J'aimerais quitter ce travail horrible... Je t'assure, je ne t'ai rien raconter mais ce que je vois, quand les cobayes arrivent, ce qu'on leur demande et au moment du retrait... C'est horrible, vraiment horrible. Je ne dors pratiquement plus, c'est à peine si je m'alimente... Je me sens sous-fifre monstrueux sous la commande du Roi des Monstres. Comment... Juste comment, une telle invention a pu voir le jour ? Je devrais tous nous dénoncer à l'Ordre, ce fléau dépasse tout ce que j'ai pu voir. Qu'importe les raisons derrière, le SCM ne devrait pas exister et je meurs à petits feux tous les jours de me sentir complice, ça me hante. Heureusement, je me sens redevenir moi, lorsque je sens mon fils et son corps chaud contre le mien... Mon havre de paix, mon refuge... Mon petit Mirio... J'ai vu dans ses yeux, que lui aussi s'inquiétait pour moi... Mon fils adoré... J'espère être plus présente pour toi, quand cette fichue étude sera finie... Espérons bientôt...

8 février.

Hier, alors que nous étions dans notre lit, Norio s'est tourné vers moi, révélant ses yeux bleus, - les mêmes que ceux de Mirio - voilé par l'inquiétude... Il se fait du souci pour moi, voit que je maigris, mon visage de plus en plus creusé par la fatigue... J'ai ressenti sa peur et cela m'a effrayé, j'ai menti en cherchant à le rassurer, assurant qu'il n'y avait rien d'anormal, j'étais juste très fatiguée par ce travail qui me passionnait toujours autant, malgré beaucoup de choses à gérer ; la seule chose qui m'attristait était de ne pas être assez présente auprès d'eux. Ça, au moins, c'était vrai... Lui comprenait, Mirio aussi, il était spécial, il sortait de nous. J'ai eu un petit rire qui a allégé mon mensonge, le temps d'une seconde complète. Je sais, c'est mal de mentir, encore plus à la personne que vous avez choisi, celle qui partage votre vie, celle que vous aimez plus que tout... Jusqu'à la dernière seconde, j'ai hésité à tout lui révéler mais j'ai eu peur que son regard à mon égard ne change, qu'il me voit comme le monstre que je suis devenue, s'il savait ce que je faisais subir à ces gens de tout âge... Tout ça pour quoi, on se le demande ? Certains de mes collègues sont à bout aussi, nous évitons d'en parler de peur que les murs aient des oreilles mais il y a ces regards, qu'ils ne peuvent pas capter, que nous seuls comprenons, nous voyons dans chacun se refléter notre âme monstrueuse... Elle est belle la science, hein ? Je n'ai jamais été aussi dégoûtée par la voie que j'ai choisie. Je me hais.

Norio m'a enlacé contre lui. J'ai fermé les yeux, savourée ses bras autour de moi comme avant. Et nous avons fait l'amour. Il a aimé, il aime le monstre que je suis... J'ai pleuré, après, il n'a pas compris, il pensait m'avoir fait mal. Je pleurais tellement que je n'ai pas réussi à lui dire : "Merci. Merci pour ce cadeau que je sens dernier. Merci d'aimer un monstre." Mon cœur débordait d'une telle reconnaissance... Ah... ta page est toute mouillée mon beau cahier... Heureusement que tu es là, je ne regrette pas de t'avoir pris avec moi, tu m'aides, en véritable ami. Je n'avais jamais eu d'ami avant, trop absorber dans mes études, par cette science que j'aimais tant, plus tard, est venue s'ajouter ma vie de famille, je n'avais plus le temps. A défaut de pouvoir me confier a quelqu'un, te salir de mes états a quelque chose de salvateur. Pardon, je sais bien que tu n'as rien demandé, je deviens égoïste avec le temps, je crois... Merci d'être là.


2 mars.

Nous avons été piégés, devenus cobayes. On aurait dû se douter de quelque chose, lorsqu'il nous a été demandé de porter le SCM mais comme aucun jeu n'avait été lancé, nous ne nous sommes pas méfiés. Pourtant, aussitôt qu'ils furent placés au niveau de notre mâchoire inférieure, il y a eu ce cliquetis ainsi que cette douleur horrible. Je ne pouvais que l'imaginer, jusqu'à présent. Je savais, cela dit, la douleur que le dispositif pouvait engendrer. Il s'agissait tout de même d'annihiler tout désir pour laisser le contrôle à une tierce personne... J'étais quand même loin du compte. J'avais la sensation qu'un bulldozer m'écrabouillait encore et encore. Je pensais à mon mari, mon enfant, je voyais leurs mains se tendre vers moi, j'ai voulu les saisir avec la mienne. Je n'ai pas réussi. C'est une douleur qui est là, s'est insinuer, ne me quittera jamais. Je me suis toujours vu comme une personne forte, je me trompais. Savais-tu que le SCM avait une faille ? Il ne peut fonctionner que lorsque la personne réduit à l'état d'esclave connaît la sensation de perte ou si elle est dans un état de fragilité psychologique. Toutes ces expériences avaient pour seul et unique but de nous fragiliser pour mieux nous asservir par la suite. Nous étudions le dispositif tous les jours et malgré ça, impossible de prévoir ce qui se tramait dans les coulisses... Dire que nous nous pensions intelligents.

Nous avions pourtant compris plusieurs choses, à mesure de notre avancée, notamment la raison du coma d'un des premiers cobayes de janvier.

En fait, quand est venu le moment de retirer le dispositif, ce que nous ne savions pas, c'est qu'ils étaient encore dans cette dynamique maître/esclave ; le retrait a créé une espèce de court-circuit car non ordonné par la femme.

Autre chose : le maître peut disposer d'un nombre infini d'esclave. Un esclave peut également devenir maître ; toutefois, même si le ou les personnes soumises ne répondront qu'à l'ordre donné de celle l'ayant asservi, il peut très bien venir du maître de cet esclave. Ledit esclave devenu maître, assure en plus le rôle de passerelle entre les deux relations... Un effet ricochet.

Tu la sens, cette perfidie ?

Cela m'a questionné, que le Docteur Todoroki ignore autant de détail, surtout de cette importance... J'étais sans doute trop euphorique pour me poser plus de question... ou, et c'est plus difficile à admettre, je ne voulais tout simplement rien voir...

C'est ainsi que nous, les 22 scientifiques en charge sommes devenus les esclaves d'un certain Shigaraki Tomura. Nous avons été transférés dans un autre laboratoire, le laboratoire-mère, en quelque sorte. Nous avons reçu pour unique ordre de ne pas parler de ce qui se passe en dedans, avec le droit de rentrer tous les soirs chez nous. Je me demande quel âge à ce garçon... Il a l'apparence d'un ado, la vingtaine, allez. Cela dit, sa peau est fripée, comme celle d'une personne âgée, de couleur grise. On dirait un cadavre sur pieds. Ses yeux rouges en revanche brillent d'un tel éclat... à glacer les sangs...

8 mars.

Je suis rentrée dans un drôle de caisson, aujourd'hui. Je ne suis pas claustrophobique mais c'était étroit, j'avais du mal à respirer. Et j'ai sombré. Depuis, ma tête me fait horriblement mal et j'ai l'impression que mon corps me brûle... Pourquoi nous font-ils ça... ?

10 mars.

Il y a un enfant, ici. Ils l'appellent "Numéro 3". A la façon dont ils en parlent, c'est un petit garçon, plus jeune que le mien. Je l'entends pleurer, parfois, j'ai l'impression que sa chambre est proche de la mienne. Il ne cesse de réclamer sa maman, le pauvre... J'aimerai le serrer contre moi, comme je le fais avec Mirio...

Ça fait deux jours de suite que je rentre dans ce caisson. Quand je me réveille, je suis dans un lit, en proie à des douleurs terrible... J'ai si mal, la seule chose qui me permets de tenir, c'est la pensée de retrouver mes deux hommes le soir...

13 mars.

J'ai essayé de communiquer avec ce petit garçon. Je l'ai entendu pleurer. Lui aussi subi le caisson, à la façon dont il geint... Il est si jeune, seulement deux ans... J'ai entendu le scientifique et son assistant dire... Ma main tremble de rage en écrivant ces mots... C'est son enfant... L'enfant du Docteur Todoroki... Comment un parent peut-il faire subir une telle chose à son enfant... ?

Je l'ai appelé : "Petit garçon ?" ; je ne voulais pas dire "Numéro 3", il devait l'avoir associé comme prénom, ce n'est pas joli du tout.

Ses pleurs ont cessé, il m'a entendu, je crois. Je me suis mise à lui parler de Mirio, je ne sais pas pourquoi. J'ignore s'il a compris ce que je racontais mais ça l'a calmé et je pense qu'il m'a écouté attentivement... Ça m'a fait du bien... C'est bizarre. Je rentre tous les soirs auprès d'eux mais j'ai l'impression que plus les jours passent, plus je m'en éloigne, de mes deux amours... C'est à peine si j'ose regarder mon fils dans les yeux désormais alors que je l'aime plus que tout au monde, j'aimerai tant pouvoir le prendre dans mes bras, le rassurer en lui disant de ne pas s'en faire, sa maman sortira de cette situation et une fois que ce sera fait, ne le quittera plus mais les mots ne franchissent pas, malgré ma grande volonté, la barrière de ma bouche.

18 mars.

Rien ne va plus.

Je souffre tellement que je ne contrôle plus ce que je fais, j'ai l'impression de devenir folle. Je rentre dans des colères noires, générées par l'attention que Norio me porte. Plus il est aux petits soins, plus cela m'énerve et je finis toujours par casser quelque chose, en poussant des hurlements enragés. Je ne me reconnais plus. J'ai peur de moi, de ce que je fais subir à ma si tendre famille que je chérie tellement... C'était comme si le monstre que je cachais mais sentais grandir en moi, avait trouvé la clé pour s'échapper hors de moi, j'ai peur... Je n'entends même plus "petit garçon", je m'inquiète pour lui...

21 mars.

J'ai mal... J'oublie des choses... Norio, Mirio... Où êtes-vous ? Je me sens si seule dans cette pièce... J'ai entendu des pleurs à nouveau... Ceux de "petit garçon" ? Ou peut-être les miens... ? Je ne sais plus... J'ai mal, je veux mourir... Faites que ça s'arrête, par pitié...


10 avril.

Aujourd'hui, Shigaraki m'a appris que mes collègues s'étaient entre tué. Parce qu'il s'ennuyait, il avait lancé un jeu de survie auquel je n'ai pas pu participer car dans le caisson. A priori, l'assistant ne s'est pas diverti suffisamment en voyant un tel carnage, il m'a dit sans sourciller qu'il avait eu la corvée de tout nettoyer. Ma seule question fut : "Et petit garçon ?" Il m'a ri au nez cet assassin, a répondu, les yeux brillants "Pour l'instant, je n'ai le droit que de le faire entrer dans le caisson mais viendra un temps où je pourrais m'amuser avec lui, fais-moi confiance..." J'ai compris ce qu'il voulait dire, j'ai vomi. En regardant cette tâche blanche, j'ai doucement éclaté de rire, puis il s'est progressivement transformé en un rire dément, à gorge déployée, lourd, sonore, rire de quelqu'un qui sombre dans la folie, se sachant déjà condamné, chute inévitable, sorte de lâcher prise... Tandis que je riais sans pouvoir m'arrêter, une question envahissait mes pensées : Au fond, qui étais-je pour juger ? J'étais un monstre, moi aussi...

12 avril.

Je ne parle plus. Je n'y arrive plus, la douleur et mes pensées m'en empêchent. J'aimerai que tout s'arrête, je suis incapable de m'ôter la vie. Si j'essaie de le faire comprendre à Norio, il refusera. Il me voit dépérir, m'enfoncer, sans comprendre que quelque chose s'est brisé. Quelque chose que je ne retrouverai plus, définitivement perdu, quelque part... J'ignore pourquoi ils continuent de me faire entrer dans ce caisson, tous mes collègues sont morts, je serais incapable de dire à qui que ce soit ce qu'il m'est arrivé, j'aurai trop honte d'être jugée comme le monstre que je suis, de ne pas avoir voulu comprendre ce qui se jouait devant moi. D'avoir été admirative, effrayée bien trop tard par ce qu'est le SCM...

Je ne touche plus mon mari, fais semblant de ne plus reconnaître mon fils... Je hurle jusqu'à m'en briser la voix, laissant ce monstre agir à ma place, pour la bonne et simple raison que je ne me supporte plus. Je me fiche de savoir qu'ils en souffrent désormais, l'envie de ne plus me sentir moi l'emporte sur le reste, être faible que je suis, monstre que je suis devenue...

Pardon Norio, d'être aussi égoïste...

Pardon Mirio...

Dieu sait à quel point je me raccroche à la petite étincelle d'amour que je sens briller en moi...

Cela fait à nouveau plusieurs jours que je n'entends plus "Petit garçon"... Comment va-t-il ? J'espère que lui ne souffre pas trop...

28 avril.

Nos familles respectives pensent que Norio devrait m'interner. Ma mère et la sienne en ont parlé, un soir alors que je faisais semblant de dormir. Mon mari à crier son opposition farouche et net, alors qu'il n'avait jamais haussé le ton, ne serait-ce qu'une fois. Je le voyais presque, rouge, bras gesticulants dans tous les sens... Si je le pouvais encore, je crois que ça me ferait rire. Je pense qu'ils ne vont pas tarder à me lâcher... Je ne peux pas l'exprimer mais je suis d'accord avec elles... Il refuse de l'envisager, solution inconcevable, nous avons toujours été ensemble depuis notre première rencontre. Ce qu'il refuse de voir, c'est que son regard sur moi m'est devenu insupportable, que Mirio aille se cacher pour pleurer à cause de mon comportement destructeur, ce manque d'amour maternel, une souffrance sans nom.

La science m'aura finalement tout pris au final...

Je la hais.


5 mai.

Norio m'a emmené voir un médecin, il y a quelques jours qui a prescrit une tonne d'examen que j'ai effectué. Les premiers résultats viennent de tomber : J'ai le cerveau de quelqu'un possédant une tumeur à un stade terminal. Sans blague. C'est vrai que mon changement de comportement inexplicable, les douleurs que je ressens en continue, avec la sensation que ma tête va se fendre en deux, ne sont pas, pour moi, des signes que mon cerveau m'abandonne... Il a écarquillé des yeux en voyant son état sur la radio, sans pouvoir l'expliquer, la biopsie n'ayant rien montrée... Pauvre con, si seulement tu savais...

Norio refuse de voir la réalité en face, il croit encore qu'il va pouvoir naïvement retrouver sa femme et que tout redeviendra comme avant... Il faut que je trouve le moyen de lui faire prendre conscience que c'est fini, il n'y a plus rien à attendre ou à espérer...

Je serai libre dans quelques jours, d'après ce que j'ai compris, il est hors de question de les faire subir ça au quotidien... Ils doivent avancer, continuer leurs vies... sans moi à leurs côtés...

15 mai.

Mirio s'est approché de moi, alors que Norio préparait le dîner. Il m'a souri... Cet enfant va en briser des cœurs, plus grand... Il sera beau, le meilleur homme que j'aurai pu rêver qu'il devienne... Il était notre fils...

Mon fils...

Alors qu'il continuait d'avancer vers moi, une idée horrible m'est venue : Si je voulais que Norio comprenne qu'il était trop tard pour moi, il fallait que je blesse cette merveille sortie de nous deux. La seule chose que Norio plaçait au-dessus de moi, c'était le fruit de notre amour, il réaliserait si je le blesse... Une ultime fois...

J'ai crié. Mirio s'est figé. J'avais réussi, à en croire l'expression de son visage, où la souffrance se lisait partout. Elle me fit mal, cette expression, me poursuivra longtemps mais c'était le seul moyen de pouvoir...

Norio a déboulé en trombe. Cet idiot s'est coupé... Il est vraiment nul pour éplucher des légumes, c'est pas faute de lui avoir montrer... Mon nerdy de mari...

Le sang coulait toujours mais lui me regardait, je savais ce qu'il attendait de moi mais j'étais dans l'incapacité de lui donner. J'étais devenu trop faible. Le monstre en moi prononça les mots qui entaillèrent profondément mes deux hommes... J'ai su, quand il a ouvert les bras à Mirio, appelant silencieusement cette chaleur qui émanait de notre petit ange, de se blottir contre lui, en entendant leurs pleurs douloureux, qu'ils avaient compris...

Tout ira bien à présent, je pouvais les laisser et partir...


Norio,

Si tu lis ce journal, c'est que je ne l'ai pas suffisamment bien caché... Tant pis. Maintenant, tu connais toute la vérité. Tu sais que tu as bien fait en décidant de me placer dans cet institut, à partir de demain. Je ne pouvais plus supporter de vous faire autant de mal, à tous les deux. Ne culpabilise pas, c'est mon choix plus que le tien.

Je t'en prie, fais-en sorte que Mirio ne tombe jamais dessus, ce cahier. Fais-moi passer pour morte auprès de lui, je ne veux pas qu'il garde ces souvenirs douloureux. Il va bientôt avoir cinq ans, notre petit bonhomme, avec un peu de chance, il oubliera celle que j'étais...

J'aurai temps aimé pouvoir rester avec vous deux, mon petit nerdy... Je vous aime tant...

Merci. Merci pour ce cadeau que je sens dernier. Merci d'avoir aimé un monstre.


[*]

Lentement, Norio reposa le journal et resta quelques minutes sans bouger, les yeux perdus dans le cahier refermé. Il s'adossa au dos de son siège, se passa la main sur le visage ; il transpirait à grosses gouttes, la chaleur de la pièce était suffocante. Son autre main vint rejoindre la première sur son visage, sans s'en rendre compte, il l'enfoui dedans et poussa un étouffé, contenu, long hurlement.

Puis fondit en larmes.

Naïra... Elle était, avait toujours été là, alors que lui pensait... Il ne pouvait plus s'arrêter de pleurer, se noyait dans ses sanglots. Il s'en voulait terriblement d'avoir douté d'elle... Il porta la main à son cœur oppressé, il aurait voulu mourir...

Le lendemain, à l'aide des éléments inscrits dans le journal, il reprenait toutes les recherches de celle qui s'était sacrifiée pour eux, épluchant une à une chaque données, résultat, résolu à retrouver ceux qui avait torturé sa femme... Bien que cela virait à l'obsession, il ne délaissait jamais son enfant, lui donnant autant d'amour qu'il le pouvait...

[*]

En sortant du caisson, sa main toujours dans celle d'Izuku, Tōya ouvrit les yeux et se redressa très vite. Il se sentait bien physiquement, il n'avait pas froid, ni mal, pourtant, une larme glissait le long de sa joue... Izuku le regardait, resserrant de temps en temps sa pression pour le rassurer. Enfin, un murmure sortit, inaudible :

- Mirio...

Mirio eût un sursaut et se tourna vers Tōya. Son visage était calme et serein, un léger sourire étirait son visage :

- Tu te souviens d'elle ? Demanda-t-il.

Tōya hocha la tête, ne réussissait pas à lâcher la main du scientifique, il avait besoin de ce contact à cet instant, sans trop savoir pourquoi.

Mirio s'approcha de lui et le regarda droit dans les yeux.

- C'est toi, "petit garçon"... Quand Izuku m'a parlé de toi, je n'avais pas fait le rapprochement. Je ne l'ai su que bien plus tard, lorsque j'ai eu un petit aperçu de ta captivité.

Tōya tremblait, rendant fragile cette main dans la sienne. Il ne comprenait pas, vraiment pas, ce qu'il venait de se passer, ce qu'il ressentait à ce moment précis, ou ce que cela pouvait bien vouloir dire... Il se sentait juste très mal.

- De quoi parlez-vous ? Voulut savoir Izuku.

Le blond aux yeux bleus se tourna vers lui. Le moment était venu de tout lui raconter...

- Tu aurais deux petites heures à me consacrer ce soir, au dîner ? J'aimerai te raconter une petite histoire...

Izuku hocha la tête. Sans le quitter des yeux, le blond somma sa meilleure amie de venir aussi.

[*]

Ce soir-là, Mirio narra toute l'histoire de son enfance, sans détour. Il raconta le peu de souvenirs qu'il avait de sa mère, la trouvaille de son journal, la veille de l'annonce de son faux décès. Il comprenait les raisons du mensonge de son père, ne lui en avait pas tenu rigueur une seule seconde... C'était un père exemplaire qui, deux mois après le cinquième anniversaire de l'enfant qu'il était à l'époque, fut sauvagement assassiné, le laissant orphelin. Visiblement au courant de sa vie menacée, Norio avait adressé une requête à la famille Amajiki afin qu'il puisse grandir auprès d'eux, connaître les joies d'un vrai foyer. Il commença alors une vie bien différente de ce qu'il avait pu imaginer mais malgré tout heureuse, en grande partie dû à la présence de Nejire et Tamaki à ses côtés. Sans eux, il n'aurait pas tenu le coup.

Pour honorer sa mère qui l'avait protégé jusqu'à la fin, il riait aussi souvent que possible ; ce n'était pas forcé, un vrai rire, espérait-il, volait jusqu'à elle, chaque fois qu'il le faisait.

Il avait de toute façon déjà hérité de ce côté nerd mais contrairement à son père, l'assumait totalement.

Il précisa à Izuku qu'il ne savait pas encore, au moment de leur rencontre, le rôle déterminant qu'il allait avoir dans sa propre histoire. Il l'avait réalisé, bien après. Il le remercia, ému qu'il lui ait rendu sa mère. A ses yeux, c'était grâce à Deku qu'il avait pu aller aussi loin dans la compréhension de ce qui était arrivé à celle qu'il avait si peu appelée "Maman" ; pour cette raison, il continuerait de le suivre aveuglément, toujours. Il avait cette dette envers lui.

Izuku, ne retenant pas ses larmes avait protesté, il lui en devait tout autant, plus, si ce n'était. Mirio, souriant, l'avait fait taire en l'enlaçant tendrement dans ses bras, luttant contre les siennes...

Au moment de repartir chacun de leur côté pour la nuit, le blond laissa le journal de sa mère à son précieux ami, demandant en échange de pouvoir veiller sur "petit garçon", comme une certaine femme avait essayer de le faire, quand il n'avait que deux ans...

[*]

Dans sa chambre à Tokyo, le jeune homme qu'était Tamaki Amajiki regardait l'intérieur d'une boite métallique ouverte, contenant des petites babioles en apparence sans importance, excepté pour son possesseur qui y tenait comme à la prunelle de ses yeux.

Parmi elles, une petite feuille de papier jaunie par le temps, qu'il déplia ce soir-là avec toutes les précautions du monde. Dessus était marqué ces mots :

Cher Tamaki,
Je sais que tu es aussi intelligent que Mirio, c'est pourquoi je m'adresse directement à toi en te demandant ceci :
S'il te plaît, prends soin de mon fils, Tama.

Norio Togata.