Bonjour

voici le chapitre 38 et il marque le retour d'Elyrine à la correction. Merci à elle !

et merci à vous mes formidables lecteurs pour votre fidélité et vos messages !

bonne lecture et à jeudi

Sydney8201

Musique du chapitre :

Say yes d'Eliott Smith

Chapitre 38 : Cœur brisé

« L'amour est la cause d'un cœur brisé dont il sera impossible de recoller les morceaux. »

Anonyme

Laisser partir Dean fut la chose la plus difficile et douloureuse que Castiel eut à faire de toute sa vie. Il avait eu envie de le retenir. Il avait eu envie de le suivre et de tenter de s'évader juste pour pouvoir échapper à tout le reste et avoir une chance de mener une vie normale avec l'homme qu'il aimait. C'était irrationnel et sans doute un peu naïf mais cela ne l'avait pas empêché d'en avoir envie. Sa raison avait heureusement pris le dessus et il avait finalement laissé partir le jeune homme.

Perdre conscience avait été une bénédiction. Il avait pu enfin échapper à ses problèmes et au chagrin qu'il ressentait constamment depuis qu'il avait appris la vérité sur Dean. Il n'avait pas rêvé. Il n'y avait eu que le néant.

Puis il avait rouvert les yeux. Il était allongé sur un lit à l'infirmerie avec une migraine atroce et une furieuse envie de vomir. Le médecin était alors venu lui parler de la commotion cérébrale que le coup derrière la tête lui avait provoquée. Il avait posé plusieurs questions pour s'assurer que sa mémoire fonctionnait avant de lui expliquer qu'on allait lui donner de la morphine sous peu et qu'il passerait la nuit à l'infirmerie.

Gabriel se trouvait dans le lit à côté du sien. Il était lui aussi réveillé et semblait soucieux. Castiel ne savait pas encore s'il avait des soupçons ou s'il s'interrogeait juste sur l'identité de son assaillant. Il allait toutefois devoir lui parler à un moment ou à un autre pour pouvoir adapter sa conduite en fonction.

Il prit quelques secondes pour retrouver ses esprits et laisser la morphine faire effet. Il attendit que sa migraine soit moins forte avant de se tourner lentement vers son bras droit. Il avait lui aussi une perfusion dans le bras mais semblait réveillé depuis plus longtemps que lui.

Gabriel finit par réaliser qu'il était conscient. Il commença à l'interroger sur ce qui s'était passé. Il lui demanda s'il avait vu le visage de l'homme qui les avait attaqués. Castiel mentit avec aplomb. Il certifia qu'il avait été frappé juste après lui. Qu'il ne savait pas qui avait fait le coup. Gabriel semblait penser qu'il s'agissait d'un allié de Dean. Peut être d'un autre agent infiltré. Castiel acquiesça, soulagé. Il avait de toute évidence échapper au pire.

Ils passèrent le reste de la journée à 'l'infirmerie. Ils ne pouvaient pas vraiment parler tranquillement ici. Il y avait toujours quelqu'un qui les surveillait. Castiel n'y voyait aucun inconvénient. Cela lui offrait un peu de répit et une chance de préparer convenablement ce qu'il dirait à Gabriel si toutefois il l'interrogeait à nouveau.

La morphine finit par le débarrasser de sa migraine. Il avait toujours envie de vomir mais il parvint à trouver le sommeil malgré tout. Dormir était peut-être une forme de fuite. Mais Castiel n'avait pas honte d'y avoir recours. Pas quand il souffrait atrocement à chaque fois qu'il était éveillé.

On les libéra finalement le lendemain matin après un dernier examen rapide. Castiel savait parfaitement ce qui l'attendait à présent. Il serait bientôt interrogé par le FBI et se verrait proposer un accord. Il avait l'intention de le refuser. Il avait déjà trahi Gabriel et refusait de trahir Crowley également. Mais il savait que ce ne serait pas simple. Dean l'avait supplié d'accepter. Il lui avait promis qu'il l'attendrait si toutefois c'était le cas. Castiel aurait aimé pouvoir faire ce qu'il lui demandait. Mais c'était malheureusement impossible.

Gabriel était déterminé à percer le mystère de leur agression. Pour le moment, il ne semblait pas avoir le moindre soupçon sur Castiel. Il était convaincu qu'il y avait un autre agent infiltré chargé de veiller sur Dean et s'était mis en tête de le trouver. Castiel avait l'intention de le laisser chercher et perdre son temps. L'essentiel était qu'il ne s'interroge pas sur l'implication de son patron dans toute cette histoire. Ce qui semblait être le cas pour le moment.

Un garde vint chercher Castiel dans l'après-midi alors qu'il se trouvait dans la salle commune. Il ne faisait pas grand-chose d'intéressant et se contentait de regarder les aiguilles avancer doucement sur l'horloge en face de lui. Il savait depuis le départ de Dean que ce moment viendrait. Il était prêt.

On le conduisit dans une salle normalement réservée aux rencontres avec les avocats. Castiel n'y avait pas été très souvent depuis le début de son incarcération. Il avait refusé de voir un avocat. Il ne voulait pas plaider son innocence ou tenter d'obtenir une remise de peine. Il avait accepté sa sentence et s'en réjouissait. Il avait une mission à remplir.

Une femme l'attendait assise à la table, un dossier ouvert devant elle et un café dans la main droite. Elle semblait absorber par la lecture des papiers sous ses yeux et ne releva pas la tête quand Castiel entra dans la pièce.

Elle semblait plus âgée que lui. Pas de beaucoup mais probablement due cinq ou six ans. Elle avait les cheveux bruns coups courts et portait un tailleur formel qui lui donnait l'air strict. Castiel l'aurait probablement trouvé séduisante s'il n'avait pas été foncièrement homosexuel. Il n'avait toutefois pas vraiment le temps de s'attarder sur son apparence physique.

Ses yeux se posèrent quelques secondes plus tard sur le badge accroché à la poche de sa veste de tailleur. Il portait le logo du FBI. C'était donc la femme qu'on avait envoyé pour l'interroger. Castiel se doutait qu'elle n'avait pas été choisi par hasard. Il avait préféré ne pas désigner d'homme pour ne pas prendre le risque que Castiel parvienne à la charmer. Ce dernier avait eu l'espoir fou et stupide que Dean soit celui qu'on enverrait le voir. Il n'était pas surpris que ce ne soit pas le cas. Mais il était tout de même déçu.

- Monsieur Novak, asseyez-vous, lança finalement la femme sans le regarder.

Castiel ne trouvait pas attitude particulièrement polie mais il choisit de ne rien dire. Après tout, il supposait que cela faisait parti du rôle qu'elle avait choisi de jouer. C'était toujours comme ça quand on était face à un policier pour un interrogatoire. Il optait toujours pour une technique. Soit il jouait le méchant flic et bousculait le suspect soit il jouait le gentil flic et tentait de faire ami-ami pour gagner sa confiance. Il y avait enfin ceux qui se comportaient comme s'il n'avait pas peur, comme si tout ceci n'avait aucune importance puisqu'il savait déjà qu'ils avaient tout ce dont ils avaient besoin pour gagner au tribunal. C'était peut-être en partie vrai dans ce cas.

- Vous n'allez pas vous présenter ? demanda t-il alors en regardant la femme qui rassemblait les papiers qu'elle regardait toujours.

- Je m'appelle Jody Mills. Je suis agent du FBI comme vous l'avez déjà certainement compris et je suis ici pour vous interroger.

Castiel se força à lui sourire. Il n'avait pas l'intention de lui compliquer particulièrement la tâche. Il n'avait pas l'intention de répondre à ses questions et il ne voulait pas que cette entrevue dure plus que nécessaire. Mais il avait aussi besoin de se changer les idées. Et Jody Mills était une distraction bienvenue.

- Est-ce que j'ai besoin de mon avocat ? Il me semble que c'est dans mes droits non ? demanda-t-il en continuant de sourire.

- Vous pouvez effectivement demander à ce qu'il vous assiste si vous jugez que c'est nécessaire.

Castiel fit mine de réfléchir pendant quelques secondes avant d'hausser les épaules et de secouer la tête.

- Je pense que je devrais pouvoir m'en passer. Je ne voudrais pas vous faire perdre de temps.

Jody releva enfin le nez de ses papiers et el dévisagea quelques secondes. Il se força à soutenir son regard pour lui prouver qu'il n'était pas impressionné par sa présence ou par son badge. Il avait déjà été interrogé par le passé et il s'en était toujours sorti parfaitement bien. Cette fois, bien sûr, c'tait différent. Cette fois, la personne qui posait les questions avait des preuves contre lui. Il n'avait toutefois pas l'intention pour autant de changer d'attitude. Il allait aborder cet interrogatoire comme n'importe quel autre.

- Je suis dans l'obligation de vous signaler que cet interrogatoire sera enregistré. Toujours sûr que vous ne souhaitez pas avoir votre avocat avec vous ?

- Je suis sûr et vous pouvez enregistrer Jody.

Il avait choisi de ne pas s'adresser à elle par son titre d'agent. Il voulait qu'elle comprenne qu'il ne la considérait pas supérieure à lui simplement parce qu'elle travaillait pour le gouvernement.

- Mais avant d'en venir à votre interrogatoire, j'aimerais vous posez une question.

- Je vous écoute.

Castiel sourit de plus belle. Il savait exactement ce qu'il voulait demander. Ce n'était pas uniquement pour ennuyer Jody qu'il souhaitait poser cette question. Il avait réellement besoin d'obtenir une réponse.

- Comment va l'agent Winchester ? demanda-t-il finalement.

Prononcer son nom était douloureux. Il n'avait pas encore l'habitude d'employer son vrai nom de famille. Pour il n'était pas l'agent Winchester. Il était juste Dean, l'homme de sa vie. Mais il voulait prouver à Jody qu'il savait exactement qui il était et qui l'avait dénoncé. Il voulait voir si cela allait la déstabiliser ou non.

- Il se porte bien. Il est rentré chez lui pour se reposer. Ces dernières semaines ont été éprouvantes pour lui.

Castiel était soulagé d'apprendre que Dean allait bien. Il aurait bien sûr préféré pouvoir le constater de ses propres yeux mais il allait devoir se contenter de la réponse de Jody pour le moment.

- Vous m'en voyez soulagé. Il est vrai qu'il a beaucoup donné de sa personnes ces dernières semaines. Je peux comprendre qu'il ait besoin de repos.

Jody le foudroya alors du regard. Elle devait penser qu'il s'agissait là d'une moquerie ou d'une critique. Mais Castiel pensait réellement que Dean avait bien mérité de se reposer après tout ce qu'il avait vécu depuis son incarcération. Il la laissa toutefois analyser ce qu'il venait de dire comme elle le souhaitait. Il ne voulait pas qu'elle puisse deviner ses sentiments pour le jeune homme. Cela ne ferait que compliquer les choses pour Dean et lui.

- J'avoue que je suis curieuse de savoir comment vous avez pu découvrir sa véritable identité. Nous pensions avoir fait le nécessaire pour que cela soit impossible.

De toute évidence, vous n'en aviez pas fait assez. Il n'a pas fallu plus de quelques jours à mes amis pour découvrir qui il était. La prochaine fois, vous devriez vous assurer de faire disparaitre toutes les traces avant d'envoyer l'un des vôtres en infiltration. Il a du la chance de tomber sur moi. Un autre l'aurait probablement tué pour une telle trahison.

- Mais vous l'avez laissé en vie. Je peux vous demander pourquoi ?

« Parce que je l'aime et que je refuse de lui faire du mal » était la seule réponse vraie à cette question. Mais Castiel ne pouvait pas l'avouer. Il opta donc pour un mensonge que Jody refuserait probablement de croire mais qui collait avec la tactique qu'il voulait adopter durant cet interrogatoire.

- Je ne suis pas un meurtrier. Je n'ai jamais tué personne. Il peut m'arriver de perdre mon calme et c'est pour cette raison que je suis ici. Mais je ne suis pas quelqu'un de violent.

Jody ricana alors, visiblement amusée par son mensonge. Castiel ne laissa pas sa réaction l'atteindre. Il voulait rester dans son rôle.

- Je dois reconnaître que je suis plutôt admirative de votre aplomb. Mentir aussi naturellement est un art que vous semblez maitriser à merveille.

- Je ne mens pas. Je suis même plutôt quelqu'un d'honnête.

Jody sortit alors un petit boîtier noir de sa poche. Castiel sut aussitôt qu'il s'agissait d'un enregistreur. Un de ceux qu'on pouvait cacher dans des vêtements. Il n'avait pas besoin d'en savoir plus pour comprendre qu'il devait contenir toutes les preuves dont Dean lui avait parlé. C'était donc comme ça que le jeune homme avait réussi à obtenir la confirmation des soupçons du FBI. Il l'avait enregistré. Castiel était curieux de savoir ce qu'il contenait.

- L'agent Winchester a enregistré l'une de vos conversations. Ce que cette bande contient est plutôt édifiant. Je vais vous la faire écouter et vous laisser quelques minutes pour réfléchir à ce que vous voulez me dire ensuite.

Castiel lui fit signe de le faire en souriant. Elle appuya sur un bouton avant de s'adosser à sa chaise et de croiser ses bras sur sa poitrine. Castiel, de son côté, resta immobile et se contenta d'écouter l'enregistrement.

Il reconnut aussitôt sa voix. Il s'entendit parler de son enfance et de la façon dont il avait commencé sa carrière en vendant de la drogue à la fac. Il s'entendit parler de Crowley et de leur organisation. Il se souvenait parfaitement de cette conversation. Et il se souvenait également parfaitement de ce qui l'avait précédé. Dean et lui avaient fait l'amour. Heureusement, leurs ébats n'étaient pas consignés sur la bande. Ce qui était surprenant. Dean n'avait pas pu déclencher l'appareil après. Il l'avait forcément fait avant. Mais il avait ensuite choisi de couper toute cette partie de leur soirée pour que personne ne puisse l'entendre. C'était intelligent de sa part.

Entendre la voix du jeune homme, en revanche, était une véritable torture. Ils n'étaient séparés que depuis quelques heures et pourtant, il avait l'impression que cela faisait déjà des années. Dean lui manquait atrocement. Il avait la sensation qu'on l'avait privé d'un membre. Qu'on lui avait arraché le cœur et qu'on l'avait ensuite piétiné sous ses yeux. Il avait terriblement besoin de le voir. L'entendre ne suffisait pas. Il voulait voir son visage, son sourire, ses yeux magnifiques et les tâches de rousseur sur son nez. Il voulait le serrer dans ses bras et respirer son odeur. Il ne pouvait pas se contenter de l'entendre sur un enregistrement qui déformait le son si particulier de sa voix.

- Monsieur Novak ?

La voix de Jody le tira de ses songes. L'enregistrement était terminé. Castiel en avait manqué une bonne partie. Mais ce n'était pas grave. Il se souvenait parfaitement de ce qu'il avait dit ce soir-là. Il n'avait pas besoin de l'écouter pour s'en rappeler.

- Est-ce vous avez quelque chose à dire ?

- Pas particulièrement non. Il est évident qu'il ne s'agit pas de moi sur cet enregistrement. Je n'ai jamais eu cette conversation avec l'agent Winchester. Je n'ai jamais tenu de tels propos. Je pense que vous cherchez à me piéger.

Jody secoua la tête avant de soupirer longuement. Elle sortit ensuite un autre appareil de sa sacoche et le posa entre eux. Il s'agissait d'un magnétophone destiné à enregistrer l'interrogatoire. Castiel la laissa faire sans protester.

- Monsieur Novak, nous sommes le 25 juin 2018 et il est 11h35. Je viens de vous faire écouter l'enregistrement d'une conversation que vous avez tenu avec l'agent Dean Winchester, matricule 25A234. Je suis ici pour vous interroger sur vos activités et sur votre potentielle implication dans une organisation criminelle. Pouvez-vous me confirmer que vous avez compris le but de notre entrevue ?

- Je l'ai compris, oui, confirma-t-il.

Jody hocha la tête puis sortit une feuille du dossier devant elle.

- J'ai ici un document du procureur m'autorisant à procéder à cet interrogatoire et une transcription de la conversation que vous venez d'entendre. Souhaitez-vous la présence d'un avocat pour vous conseiller ?

- Comme je vous l'ai déjà dit, je n'ai pas besoin d'un avocat puisque je n'ai rien à vous dire de particulier. Mais allez-y… interrogez moi.

Castiel était suffisamment habitué à ce genre de situation pour savoir ce qu'il fallait dire ou non. Il avait l'intention de nier toutes les accusations que Jody pourrait proférer contre lui. Il continuerait d'assurer qu'il n'était pas un criminel. L'enregistrement qu'il venait d'écouter ne changeait rien à sa tactique habituelle.

- Pouvez-vous me parler de Monsieur Fergus McLeod ?

Jody avait visiblement opté pour une attaque frontale dès sa première question. Ce n'était pas ce que faisait les policiers en général. Ils optaient le plus souvent pour une question un peu moins cruciale pour le mettre en confiance et tenter de lui délier la langue petit à petit. Bien sûr, aucun n'avait eu un tel enregistrement à sa disposition. Castiel était toutefois persuadé qu'il ne suffisait pas à le faire inculper devant un juge. Ils avaient besoin d'aveux. Ou d'autres preuves. Ce qu'ils n'avaient pas. Ils ne seraient pas là à l'interroger si c'était le cas.

- Je ne connais personne de ce nom-là. Je suis désolé.

- Peut-être que le nom de Crowley vous sera plus familier.

- J'aimerais vous aider mais ça ne me dit rien non plus.

Jody semblait frustrée mais déterminée. Castiel devait reconnaître qu'elle n'avait pas un rôle facile. Se heurter ainsi à un mur pouvait vite vous faire perdre votre patience. Il supposait qu'elle avait été choisie parce qu'elle était suffisamment calme pour ne pas s'emporter. Ou parce qu'elle avait l'expérience de ce type de situations. Dans tous les cas, il était plutôt admiratif de voir que son attitude n'avait pas encore eu raison d'elle.

- Vous niez donc toute implication dans l'organisation que dirige Monsieur McLeod ? Vous m'assurez ne jamais avoir vendu d'armes ou de drogues ?

- Je vous le jure oui. Sur ma vie et celle de tous mes proches.

Castiel avait dit cela sans la moindre hésitation. Il ne faisait pas partie de ceux qui estimaient que jurer ainsi sur la vie de quelqu'un et mentir pouvait avoir un quelconque impact. Il n'était pas superstitieux. Il n'était pas croyant non plus. Il n'avait pas besoin de croiser les doigts en tenant ces propos ou quelque chose de stupide pour se rassurer. Mentir était une deuxième nature chez lui. Il avait appris à le faire depuis qu'il était enfant et il était plutôt doué en la matière. La seule personne à laquelle il ne parvenait pas à mentir et qu'il ne dupait que très rarement était Dean. Mais Castiel ne voulait pas penser à lui pour le moment. C'était bien trop douloureux.

- D'accord. Reprenons depuis le début si vous le voulez bien. Sur cet enregistrement, vous parlez de vos études à l'université et de la façon dont vous vendiez de la drogue à l'époque… suffisamment bien pour vous faire remarquer. Est-ce vrai ?

Castiel leva les yeux au ciel en faisant mine d'être agacé. Il n'était pas filmé mais il aimait donner le meilleur de lui-même quand il jouait un rôle. Il aurait peut-être dû faire du théâtre plutôt que d'opter pour une vie de criminel. Cela lui aurait apporté moins d'ennuis et avec un peu de chance, autant d'argent s'il avait correctement mené sa carrière. L'idée avait ses mérites. Mais Castiel savait qu'il n'aurait jamais pu faire autre chose que ce qu'il faisait pour Crowley. Il n'était pas uniquement intéressé par l'argent. C'était le pouvoir qui le faisait rêver.

- Je n'ai jamais vendu de drogue. Je ne vais pas vous mentir… il m'est arrivé de fumer de l'herbe pendant que j'étais étudiant mais… qui ne l'a pas fait, hein ?

- Vous niez donc avoir un jour vendu de l'herbe à vos camarades ?

- Je le nie, oui. Je vous l'ai dit. Ce n'est pas moi sur cet enregistrement. Je n'ai jamais eu cette conversation avec l'agent Winchester ou avec qui que ce soit d'autre, d'ailleurs.

- D'où tenez vous votre argent Monsieur Novak ? Votre banque nous a fourni vos relevés bancaires et il est évident que vous êtes extrêmement riche. Je peux vous demander comment vous gagnez votre vie ?

Castiel avait eu l'intelligence de placer la majeure partie de sa fortune à l'étranger, dans ses paradis fiscaux où personne ne s'interrogeait sur l'origine de son argent. Il l'avait fait pour éviter les soupçons de l'administration fiscale et du FBI. Il n'avait sur son compte que le sommes qui collaient avec les montants mentionnés sur ses bulletins de paie. Jody ne pourrait pas le coincer de cette façon. Mais elle était en droit de tenter sa chance.

- Je suis gestionnaire de patrimoine. Je conseille mes clients sur les meilleurs investissements à faire pour doubler leur capitale. Je suis rémunéré au pourcentage sur chaque transaction. J'ai tous les bulletins de paie qui le prouvent.

Jody hocha la tête. Une nouvelle fois, elle ne se laissait pas déstabiliser par le fait qu'il semblait avoir réponse à tout. Castiel était de plus en plus admiratif. Il avait toujours cru que les agents du FBI et les policiers en général étaient en majorité incompétents et stupides. Il les avait bernés facilement jusque-là. Mais il avait la preuve à présent que certains étaient doués dans leur métier. Dean en était la preuve. Jody également.

- Vous êtes le propriétaire de plusieurs biens immobiliers et de quelques voitures de luxe. Je veux bien admettre que vous gagnez bien votre vie mais j'ai également l'impression que vous vivez au-dessus de vos moyes non ? Vous n'avez aucune autre source de revenu ?

Castiel savait ce que Jody cherchait à faire à présent. Elle voulait le piéger. Elle espérait le prendre en défaut et le conduire à commettre une faute en insistant ainsi sur ce point. Malheureusement pour elle, Castiel n'était pas stupide. Il était entouré des meilleurs pour constituer son patrimoine. Il avait fait en sorte que son train de vie corresponde à ce qu'il gagnait officiellement. Il n'avait rien acheté cash et avait toujours contracté un prêt même si c'était inutile. Il voulait que son argent sur le territoire des Etats Unis soit uniquement celui qu'il était censé gagner honnêtement. Le reste dormait tranquillement ailleurs et l'attendrait jusqu'à ce qu'il décide de partir.

- Si vous souhaitez faire le calcul, allez-y. Mais je peux vous assurer que mon travail est ma seule source de revenu et que tout mon patrimoine a été honnêtement acquis. Je ne vis pas au-dessus de mes moyens comme vous dites. Je ne nie pas avoir des goûts de luxe mais j'estime l'avoir mérité avec la somme de travail et les longues heures que je fais tous les jours.

- Et pourtant vous êtes ici.

- J'ai commis une erreur. Je l'admets et croyez-moi, je la regrette vivement. J'ai perdu mon calme. Je me suis senti… dépassé et terrifié et j'ai réagi bêtement. Je n'en suis pas fier.

Jody soupira. Cette fois, elle semblait lassée par ses mensonges. Il pouvait comprendre qu'elle soit agacée. Parfois, quand il interrogeait quelqu'un, il était confronté au même comportement. Et il était bien moins patient qu'elle. Bien sûr, lui pouvait avoir recours à la torture si nécessaire. C'était un avantage. Le plus souvent, c'était même ce qui faisait la différence.

- Monsieur Novak… commença alors Jody.

- Castiel, corrigea-t-il aussitôt.

- Castiel, je sais que vous mentez. Vous savez que je le sais. Inutile de continuer votre petit jeu. Ça ne sert à rien. Vous me faites perdre mon temps et vous perdez une occasion d'arranger les choses pour vous.

Castiel prit un air faussement désolé et confus.

- Je suis désolé de ne pas pouvoir vous aider, assura t-il ensuite.

Pendant une seconde, Jody le dévisagea en fronçant les sourcils. Puis sans crier gare, elle abattit son poing sur la table, le faisant sursauter. De toute évidence, elle avait atteint ses limites. Castiel avait un don pour mettre les gens dans cet état. C'était aussi pour ça qu'il était le meilleur. Il ne craquait jamais sous la pression. Il ne déballait pas tout simplement parce qu'on portait des accusations contre lui. Il n'avait pas peur. Il avait accepté que ce qu'il faisait puisse un jour le conduire à mourir ou à finir sa vie en prison. Il était prêt à assumer toutes les conséquences de ses actes.

- Est-ce que vous avez la moindre idée de ce que vous risquez au moins ? demanda alors Jody.

Castiel secoua la tête même s'il le savait parfaitement. Ils étaient heureusement dans un état où la peine de mort avait été abolie. Mais si on le reconnaissait coupable de tous les crimes avoués sur l'enregistrement, il risquait une très lourde peine de prison. Sans doute la perpétuité et sans possibilité de libération anticipée. Il voulait toutefois l'entendre de la bouche de Jody. Parce qu'il savait ce qui allait suivre. Elle allait lui transmettre l'offre que Dean avait négocié pour lui.

- Meurtre, complicité de meurtre, trafic d'arme et de drogue… je pense que vous ne reverrez jamais plus l'extérieur de cette prison si vous êtes condamné et croyez-moi… nous ferons en sorte que vous le soyez. Ça ne vous fait pas peur ? Vous n'avez pas envie d'essayer de vous en sortir ?

- Il ne me reste que quelques mois à tirer et je serais libre. J'ai confiance en la justice. Je suis innocent et je suis convaincu qu'un juge me croira.

- Castiel, pourquoi continuez-vous à jouer les innocents ? Si vous voulez vous en sortir, je peux vous aider …je peux vous proposer un marché. Mais j'ai besoin que vous acceptiez de collaborer.

- Quel marché pourriez vous me proposer quand je vous ai déjà dit que je ne savais rien ?

Jody attrapa une autre feuille dans son dossier, l'étudia une seconde même si elle devait en connaître le contenu par cœur, avant de la poser entre elle et Castiel. Il ne chercha pas à la prendre pour la lire à son tour. Il avait une idée de ce qu'elle contenait. Et il ne voulait pas paraître curieux. Pas quand il refuserait ce marché quoi qu'il puisse lui arriver lors d'un procès.

- Si vous acceptez de coopérer et de dénoncer les gens pour qui vous travaillez, je peux vous proposer un aménagement et un allègement de votre peine. Vous seriez emprisonné dans un endroit où votre sécurité sera assurée. Vous serez protégé et vous disposerez de certains avantages. Le procureur est également prêt à vous accorder une peine minimum. Dix ans contre la perpétuité. Vous sortiriez à quarante ans et pourriez alors avoir une vie normale. Vous êtes jeune. Je pense que ça mérite réflexion non ?

- Pourquoi accepter dix ans quand je n'ai plus que quelques mois à faire ?

- Parce que vous n'avez pas plus que quelques mois à faire comme vous dites. Cet enregistrement parle de lui-même. On a tout ce qu'il nous faut pour vous faire tomber !

- Alors pourquoi êtes-vous ici ? Si votre enregistrement suffit, je ne vois pas ce que vous espérez obtenir de plus.

Il savait très bien ce que Jody voulait l'entendre dire. Il n'était pas la cible principale. Il serait celui qui paierait si toutefois il ne disait rien. Mais ce n'était pas lui qui les intéressait. Ils voulaient Crowley. Lui et le nom de tous les chefs de Gouvernement à qui il avait vendu des armes. C'était un crime suffisamment grave pour qu'on lui propose un tel marché quand il était pourtant déjà un gros poisson.

- Je veux Crowley ! s'écria Jody après quelques secondes.

- Je ne connais aucun Crowley.

Jody serra les poings et Castiel se demanda pendant une seconde si elle n'était finalement pas capable de le frapper. Il la laisserait faire si c'était le cas. Il ne pouvait pas répliquer sans risquer gros. Il ferait toutefois ensuite en sorte qu'elle le paye d'une manière ou d'une autre.

Après un long moment où Jody l'observa avec une haine évidente, elle finit par soupirer et hocher la tête.

- Vous sous entendez donc que l'agent Winchester nous a menti ? Qu'il a créé cet enregistrement de toute pièce ? Pourquoi aurait-il fait cela ? Quel serait son intérêt exactement ?

Castiel n'aimait pas l'idée d'accuser ainsi Dean. Il avait bien fait son travail. Il l'avait même fait de façon admirable. Ce qu'il avait accompli, personne n'en avait été capable avant lui. Il ne voulait pas l'accabler ou même l'accuser d'avoir monté tout ceci de toutes pièces. Il choisit donc d'hausser les épaules.

- Je ne sais pas ce qu'il vous a dit et je ne sais pas d'où sort cet enregistrement. Tout ce que je sais c'est que je suis innocent.

Jody ricana alors une seconde et Castiel fut déstabilisé par sa réaction. Il s'était attendu à plus de colère de sa part. Mais certainement pas à cet amusement qui ne collait pas avec son attitude jusque-là.

- C'est amusant, vous savez. Je pensais que vous vous engouffreriez dans cette brèche et mettriez tout sur le dos de Dean. Je pensais que vous l'accuseriez d'avoir monté tout ceci juste pour se venger de vous.

Castiel secoua la tête.

- Je ne suis pas un menteur. Je ne sais pas qui a menti dans cette histoire et je ne vais certainement pas accuser l'agent Winchester quand je n'ai pas la preuve que c'est lui qui a monté toute cette histoire.

- Ou peut-être qu'à votre manière, vous cherchez à le protéger, suggéra Jody en souriant.

Castiel savait qu'il s'agissait d'un piège à nouveau. Il ne comprenait toutefois pas pourquoi Jody l'emmenait sur ce terrain-là. Il ne voyait pas ce qu'elle espérait en tirer. Il était possible qu'elle soit au courant des sentiments qu'il avait pour Dean. Elle espérait peut-être pouvoir s'en servir contre lui pour le forcer à parler. Il devait reconnaitre que c'était une idée brillante si toutefois c'était ce qu'elle avait en tête. Dean était sa seule faiblesse.

- Dites-moi, Castiel… est-ce que vous êtes amoureux de lui ?

La question déstabilisa Castiel et pendant une seconde, il fut incapable de répondre. Il savait que son silence confirmait les doutes de Jody. Mais c'était plus fort que lui. Entendre une femme qu'il connaissait pas parler avec autant de désinvolture des sentiments qu'il avait pour Dean était difficile. C'était presque insultant. Et cela le mettait en colère. Il souffrait déjà suffisamment d'avoir perdu Dean.

- Je ne comprends pas le but de votre question, finit-il par déclarer en regardant le boitier qui continuait à enregistrer leur conversation.

- Peut être que je suis juste curieuse.

- Vous avez une idée derrière la tête. Je ne sais juste pas laquelle.

- J'aimerais comprendre comment un homme comme vous peut ne pas mettre toute la responsabilité de ce qui lui arrive sur le dos de l'homme qui l'a trahi. C'est… déstabilisant pour ne pas dire franchement déconcertant.

Castiel n'était pas dupe. Il était évident que Jody savait parfaitement pourquoi il agissait ainsi. Il ne savait pas si elle l'avait deviné ou si elle avait été mise au courant mais elle connaissait la vraie nature de ses sentiments. Il voulait croire que l'information ne venait pas de Dean. Il refusait de croire que le jeune homme ait pu tout lui dire pour qu'elle puisse ensuite s'en servir contre lui. Il avait été sincère. Il n'avait pas joué un jeu juste avant de partir.

- Il y a également d'autres choses qui ne collent pas dans cette histoire. Nous ne savons toujours pas comment Dean a pu vous échapper alors que vous étiez au courant de tout. Votre dossier indique que vos précédents… partenaires n'ont jamais duré plus de quelques jours. Mais vous avez gardé Dean avec vous jusqu'à la fin. C'est étrange.

- Est-ce qu'il vous a dit quelque chose ?

- Est-ce que vous avez peur que l'information vienne de lui ?

« Oui ». Castiel était même terrifié. Si Dean avait parlé de leurs sentiments alors cela signifiait qu'il n'y attachait pas la même importance que lui. Il refusait d'en parler parce qu'il jugeait que c'était quelque chose de trop personnel, de trop intime et de trop sacré pour être ainsi étalé sur la place publique. Il avait pensé que Dean voyait les choses sous le même œil. Il avait peur de s'être trompé.

- Dean est un homme fascinant et agréable. Et puis ce n'est pas comme si j'avais beaucoup le choix en matière de partenaire ici. Si je l'avais rencontré à l'extérieur, je me serais peut-être lassé plus vite mais ici, je n'avais personne d'autre sous la main. Je reconnais que je ne suis pas nécessairement quelqu'un de bien sur ce point. Mais je doute que nous soyons ici pour juger ma vie sexuelle.

- Ce n'est effectivement pas le but de cet entretien. Mais puisque vous ne voulez pas parler d'autre chose, autant occuper notre temps de cette manière.

- Je n'ai pas envie de parler de mon histoire avec Dean. J'estime que c'est quelque chose de personnel et qui ne concerne que lui et moi.

- Pourtant, vous devrez en parler avec le juge le jour de votre procès.

Castiel fronça les sourcils, surpris par ce qu'il entendait. Il ne voyait pas ce que tout ceci pouvait à voir avec ses activités criminelles. Pour la première fois depuis le début de son interrogatoire, il était totalement perdu et il ne savait pas comment réagir. Jody dut sentir qu'elle avait marqué un point puisqu'elle enchaina aussitôt.

- Castiel, vous m'avez dit qu'il ne s'agissait pas de vous sur cet enregistrement. Que vous n'aviez pas eu cette conversation avec Dean et que vous n'aviez jamais tenu de tels propos. Or, l'agent Winchester nous affirme le contraire. Il est donc évident que l'un de vous deux ment. Le juge va devoir déterminer lequel de vous deux est responsable et prendre ensuite la décision qui s'impose.

- Vous êtes en train de sous-entendre que si je suis reconnu innocent alors c'est Dean qui sera déclaré coupable.

- Si cet enregistrement est un faux, oui sans doute. C'est lui qui nous l'a donné et c'est également lui qui nous a certifié que vous lui aviez avoué toutes ces choses. S'il a menti, il devra en payer le prix.

Castiel comprenait mieux le nouvel angle d'attaque de Jody. Elle espérait le pousser à avouer ce qu'il avait fait en menaçant de faire payer Dean à sa place. Elle utilisait ses sentiments contre lui en espérant que cela le ferait changer d'avis. C'était intelligent. Il était effectivement prêt à tout pour Dean. Il refusait qu'il puisse finir en prison. Il n'avait rien fait de mal. Il était un excellent agent qui méritait qu'on le récompense pour son formidable travail.

- Je doute qu'il ait menti.

- Donc c'est réellement vous sur cet enregistrement ?

- Ce n'est pas ce que j'ai dit.

- Ecoutez, Castiel… nous avons interrogé Dean à sa sortie. Il nous a affirmé devant témoins que l'enregistrement était vrai et il nous a également rapporté vos propos mots pour mots. Vous m'affirmez le contraire. L'équation est simple.

Castiel était pris au piège. Il n'avait que deux choix. Soit il avouait tout et disculpait Dean, soit il continuait à mentir et prenait le risque de faire accuser Dean de mensonge. Il était presque sûr qu'aucun juge ne le condamnerait et que ses collègues savaient parfaitement qu'il ne mentait pas. Jody n'évoquait cette possibilité que pour le déstabiliser et le forcer à parler. Il devait rester lucide. Il n'était pas stupide et il n'était pas un novice en la matière non plus. Il était plus intelligent qu'eux. Il n'allait certainement pas se faire avoir.

- Si on m'interroge sur ma relation avec lui alors je me ferais un plaisir de répondre. Mais je refuse d'en parler à vous. Cela ne vous regarde absolument pas.

- Alors vous en parlerez au juge… et Dean également. On verra ce qu'il a à dire de tout ça quand il sera à la barre.

L'idée de devoir faire face à nouveau à Dean au tribunal l'excitait autant qu'elle le terrifiait. Il ne savait pas comment il réagirait en le voyant. Il y aurait des dizaines d'autres personne autour d'eux. Ils ne pourraient pas se parler ou se toucher. Ils seraient à plusieurs mètres l'un de l'autre. Ce serait une véritable torture pour Castiel.

- Il sera peut-être plus bavard que vous sur la nature de votre relation.

- La nature de notre relation n'est pas un secret. Nous couchions ensemble. Régulièrement et franchement, votre collègue est particulièrement doué en la matière. Sa bouche peut accomplir des miracles.

Il détestait avoir à résumer ainsi son histoire d'amour. Il avait la sensation de lui manquer de respect. C'était tellement plus qu'une histoire de sexe. Si au début, il avait effectivement utilisé Dean pour son propre plaisir, il avait rapidement changé d'attitude. Coucher avec lui était incroyablement fort mais pas uniquement parce que Dean était doué. C'était intense parce que ce n'était pas que du sexe. Il y avait une connexion autre que physique entre eux. Bien sûr, il ne pouvait pas le dire à Jody. Il ne voulait pas en parler à qui que ce soit d'autre que Dean. Cela ne faisait que lui rappeler que tout était terminé. Qu'il avait tout perdu. Et il ne pouvait pas uniquement le reproche au jeune agent. Il n'était pas le seul responsable. C'était aussi terminé parce que Castiel refusait de dénoncer Crowley. Il était presque sûr que Dean l'aurait attendu s'il avait accepté le marché proposé. Il aurait patienté les dix années le séparant de sa libération. Et ils auraient effectivement pu avoir un avenir ensemble. Si Dean était responsable de la situation dans laquelle ils se trouvaient aujourd'hui, il lui avait tout de même offert une issue. Et Castiel l'avait refusée. Ils avaient chacun leur part de responsabilité.

- Et je ne vous parle même pas du plaisir qu'il est à mesure de vous procurer quand vous avez la chance de le pénétrer et de…

- Castiel, le coupa Jody. Si vous cherchez à me déstabiliser en me donnant les détails de vos ébats avec Dean, vous perdez votre temps. Je ne suis pas du genre à condamner une relation entre deux hommes. Ne gaspillez pas votre salive en essayant de me faire fuir.

- Je croyais que vous étiez curieuse.

- Je le suis sur la nature de vos sentiments… certainement pas sur la mécanique du sexe entre lui et vous.

Castiel haussa les épaules mais choisit de ne pas poursuivre. Il n'était de toute façon pas à l'aise à l'idée de parler plus longuement de ce sujet. Ce qu'il avait vécu avec Dean était sacré. En parler de façon aussi crue salissait quelque chose qu'il vouait au contraire chérir jusqu'à la fin de ses jours. S'il était condamné et finissait sa vie en prison, il n'aurait rien d'autre pour tenir le coup. Il allait avoir besoin de tout ses souvenirs pour ne pas céder à l'envie d'en finir. Il n'était pas suicidaire. Ne l'avait jamais été. Mais l'idée de passer des dizaines d'années derrière les barreaux pourrait le faire changer d'avis. Dean serait alors sa bouée de sauvetage. Il ne serait pas là physiquement mais son souvenir pourrait suffire. S'il restait sacré et pur comme Castiel le voyait pour le moment. Il ne laisserait personne salir les moments partagés avec Dean.

- Vous en avez fini avec vous ou est-ce que vous avez d'autres questions indiscrètes à me poser ? finit-il par demander parce qu'il avait besoin de sortir.

Il ne pouvait pas rester là plus longtemps. Il ne pourrait pas supporter d'entendre cette femme parler de Dean et lui comme s'il s'agissait simplement d'un fait et pas d'une histoire qui avait bouleversé la vie de Castiel et lui avait brisé le cœur en mille morceaux. Il avait la sensation d'étouffer.

- Je n'en ai pas fini avec vous, Castiel… loin de là. Mais cet interrogatoire ne mène à rien. Je vais donc vous laisser quelques jours pour réfléchir. Je reviendrais vous voir ensuite… vous serez peut-être plus à même de parler à ce moment-là.

Castiel ne changerait pas d'avis mais il n'avait pas de temps à perdre à l'expliquer à Jody. Il devait sortir. S'éloigner de la menace que cette femme représentait. Il pouvait sentir son contrôle lui échapper. Son cœur battait trop fort dans poitrine. En quelques minutes, elle avait abattu ses défenses et percer sa carapace. Il lui avait suffit d'évoquer Dean. De le pousser à parler lui-même du jeune homme. Il lui avait suffi de l'interroger sur ses sentiments. Castiel était vulnérable quant il s'agissait de Dean. La plaie était encore à vif et trop difficile à gérer. Il avait besoin d'un peu de temps pour faire le point et se construire une défense. Il était convaincu à présent qu'on insisterait sur sa relation avec lui lors de ses prochains interrogatoires. Il devrait apprendre à répondre à ces questions sans ressentir de la culpabilité ou du chagrin. Il refusait que ces gens utilisent son histoire avec lui pour le détruire. Dean l'avait peut-être condamné d'une certaine manière mais il lui avait également apporté énormément. Il avait donné un nouveau sens à sa vie. Cela finirait eut être par le détruire mais il ne regrettait rien. Tout avait été éphémère mais incroyablement fort.

- Vous pouvez partir, l'autorisa finalement Jody après quelques secondes de silence.

Castiel ne se fit pas prier. Il la remercia d'un signe de la tête puis quitta sa chaise et se précipita à l'extérieur de la pièce. Un garde l'attendait pour le reconduire parmi les autres détenus. Castiel se sentit un peu plus léger dès qu'il eut franchi la porte. Il souffrait toujours de l'absence de Dean mais la distance entre Jody et lui lui permettait d'avoir les idées plus claires.

Il savait que Gabriel s'empresserait de l'interroger sur ce qui s'était passé. Il ne lui cacherait rien. Il lui parlerait du marché qu'on lui avait proposé et le rassurerait sur le fait qu'il n'avait pas l'intention d'accepter.

Si cet entretien avait été difficile, il en avait tout de même retiré quelque chose de positif. Il savait à présent que Dean allait bien et qu'il se reposait chez lui, probablement entouré des siens. Il n'était pas jaloux de savoir le jeune homme en liberté quand lui risquait la prison à perpétuité. Il était au contraire soulagé de le savoir en sécurité. C'était une idée réconfortante qui lui rappelait qu'il avait sauvé la vie du jeune homme et que tout ceci n'avait finalement pas été vain.

De son côté, il avait encore beaucoup de choses à gérer et des décisions importantes à prendre. Peut être existait il une solution à tous ses problèmes. Peut être existait il une issue à laquelle il n'avait pas réfléchi jusque-là. Il avait confiance en lui-même. S'il existait un moyen de retrouver Dean sans avoir à trahir les siens, il finirait par le trouver. Il lui suffisait juste de se pencher sur le problème pour obtenir sa solution.