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Chapitre XXXV
Le lundi matin n'était jamais aimé des élèves, particulièrement les quatrièmes années qui avaient potion pour débuter la journée, suivit d'un double cours d'histoire de la magie. En clair, tout le monde se rendormait bien vite. De ce fait, il n'était pas rare que des accidents arrivent comme des chaudrons qui explosent le plus souvent. C'était ce qui était arrivé à Scorpius et Albus ce jour-là. Le Serpentard avait dû mal doser les crochets de serpents et l'asphodèle, par conséquent leur préparation avait d'abord pris une horrible couleur kaki, au lieu de celle verte pomme qu'ils étaient censés avoir à ce stade, puis le chaudron avait fondu en enfumant tous le cachot. La classe s'était terminée un quart d'heure plus tôt, le professeur ayant été obligé d'évacuer les élèves.
-Trois heures de colles ! S'indigna Albus à midi.
-Tout le monde aurait pu faire cette erreur, ajouta Scorpius.
-C'est vrai ça. Et puis, on a quand même autre chose à faire de nos soirées !
Shannon releva la tête de son devoir de métamorphose et leur jeta un coup d'œil étonné.
-Ah bon ? Comme quoi ?
-L'affaire de la Confrérie Ecarlate, bien sûr ! Répondit Albus. On n'a toujours rien de nouveaux.
-Ni sur le Dr Belov.
-Je commence à croire que c'est peine perdu, dit Rose, blottie dans les bras du blond.
-Mais on ne peut pas abandonner, protesta-t-il. C'est juste que jusqu'à présent on n'a pas mené l'enquête sérieusement.
-Il a raison, approuva Albus. Ne me dis pas que tu veux laisser tomber Rosie ?
Sa cousine eut une moue sceptique mais secoua la tête malgré tout. Ce mystère l'intriguait également seulement les pistes étaient plus que minces et ça faisait déjà des mois qu'ils n'avaient pas avancé dans l'enquête.
-Bon, faute d'avoir de nouveaux éléments, récapitulons ce qu'on sait déjà, non ?
-Bonne idée Scorp' ! S'exclama Shannon.
Elle s'empara aussitôt d'une plume et d'un bout de parchemin vierge, prête à écrire. Dans cette position elle faisait presque penser à Andros.
Ça faisait d'ailleurs un moment qu'ils n'avaient pas vu ce dernier puisqu'il faisait plutôt profil bas depuis la débâcle du cours de duel. Harry était revenu pour une deuxième séance, une journée avant le bal et tout c'était extrêmement bien passé. Andros n'avait pas osé venir, encore heureux car sinon Rose se serait fait une joie de le remettre à sa place comme il se doit. En effet, elle était encore déçue de ne pas avoir pu le faire la dernière fois.
-On sait que la Confrérie Ecarlate est une organisation russe qui a commis plusieurs attentats même si on ne connait pas leur motivation. Les lieux visés sont le plus souvent des endroits fréquentés par la communauté sorcière ou ayant un lien avec le monde magique. Les Aurors sont sur l'affaire.
-Leurs membres qui ont été arrêtés ne sont au courant de rien, continua Albus. Certains sont carrément mineurs, ce qui pose problèmes pour les interroger et les juger. Le chef de la confrérie est le Dr Sergueï Belov.
-Il a vu ses parents mourir à l'âge de 9 pendant un cambriolage qui a mal tourné à St-Pétersbourg. C'est son grand-père qui l'a élevé en Italie, à la frontière française, donc il a fait ses études à Beauxbâtons avant de partir à Durmstrang pour terminer ses études, ce qui reste inexpliqué.
Shannon nota consciencieusement chaque élément d'une écriture ronde et serrée. Une fois finit, elle fronça les sourcils avant de dire :
-Il y a vraiment quelque chose qui nous échappe…
-Tout ? Proposa Scorpius, cynique.
-Non, le véritable objectif de la Confrérie, ou du moins de Belov vu qu'apparemment les membres n'ont pas l'air au courant. Qu'est-ce qu'il cherche si ardemment qui justifie des attaques pour détourner l'attention des Aurors ?
-Tu penses que les attaques sont juste des diversions ? Demanda Rose, surprise.
-Je ne vois que ça. Les lieux n'ont aucun lien entre eux, ça n'a pas de sens !
Le cerveau d'Albus tournait à vive allure. Si ce n'était pas les endroits eux-mêmes qui étaient visés, qu'est-ce qui poussait la Confrérie à y venir ? Pourquoi prenaient-t-ils le risquent de détourner l'attention des Aurors pour pouvoir aller faire Merlin savait quoi ailleurs ? Soudain, une idée germa dans son esprit et Albus se pencha vers Shannon.
-Tu as les lieux de toutes les attaques ?
-Euh oui…Mais je viens de te dire que ça n'a pas…
-Laisse tomber, c'est les noms de pays qu'il me faut ! Peut-être que ça nous aidera plus que les endroits en tant que tel.
Les yeux de Scorpius s'écarquillèrent et il arracha presque la feuille des mains de la brune, ce qui manqua de faire basculer Rose en arrière. Après quelques secondes, il se mit à lister à voix haute :
-Russie, Roumanie, Angleterre, Allemagne et Bulgarie. Ça vous évoque quelque chose ?
-Non pas directement, dit Rose, concentrée. Mais je sens qu'il y a un truc à comprendre ! Il faut qu'on aille à la bibliothèque !
-Quoi tout de suite ?
Mais la rousse ne prit même pas la peine de répondre et se leva d'un bond, sa chaise vacillant dangereusement avant que Shannon ne la rattrape. Ils quittèrent donc la salle de travail pour se diriger vers la bibliothèque. En entrant, Mrs Pince leur jeta un regard d'avertissement par-dessus ses lunettes à monture écaille en donnant un violent coup de tampon sur un livre. Albus frissonna et songea qu'il n'aurait pas aimé être ce dit livre.
Ils retrouvèrent Rose dans un rayonnage, plongé dans un énorme bouquin sûrement plus vieux qu'elle. Scorpius s'approcha et passa une main devant ses yeux, la faisant sursauter.
-Loin de moi l'idée de te déranger dans ton inspiration soudaine et divine, dit-il, mais est-ce que ça serait trop demandé de nous expliquer ce qui se passe sous tes boucles rousses ?
-Tu avais besoin de faire cette phrase à rallonge pour ça ? Chuchota Shannon.
Mais Rose l'ignora et se tourna d'un bloc vers son petit ami, lui fourrant le livre dans les mains.
-Pour l'instant, on va se séparer en deux groupes. Scorp' tu restes ici avec moi et Al et Shannon vous allez chercher tous les anciens numéros de journaux qui parlent des attentats de la Confrérie.
-Oui colonel en chef ! Lança Albus en imitant le salut militaire, ce qui lui valut un « chut » retentissant de Mrs Pince.
Il laissa sa cousine et son meilleur ami pour aller au fond de la bibliothèque, là où étaient stockés les magazines et les journaux.
-N'empêche qu'elle ne nous a toujours pas donné d'explication, ronchonna Shannon.
-Tu connais Rosie, quand elle a une idée en tête c'est impossible de lui arracher un mot. Bon, sinon voyons ce qu'on peut trouver.
Albus chercha plusieurs numéros de la Gazette dont le plus ancien datait d'il y a trois ans. Chaque article annonçait une attaque en détaillant le nombre de blessé et de victime, les déclarations des Aurors, les lieux frappés et des témoignages de témoins. Seulement ils avaient déjà lu tout ça le jour des parutions, or rien n'avait changé depuis.
Au bout d'une demi-heure à relire les mêmes articles Shannon perdit patience et alla chercher les deux autres pour une mise en commun.
-Alors ?
-On n'a encore rien trouvé, répondit Rose, les sourcils froncés. Mais je ne sais pas, il y a quelque chose qui me perturbe avec les noms des pays. Je chercherais plus tard, ce n'est pas grave. Et vous ?
-Toujours la même chose. Des attaques à Pré-au-lard, à Londres, à Moscou, à Göppingen, à Zărnești et enfin un village sorcier Bulgare au nom imprononçable.
-Oui mais les journaux ne disaient rien d'autre ?
-Euh, il y a un bon de réduction pour un chaudron un étain et le chanteur des Bizzar' Sister a été retrouvé ivre sur le Chemin de Traverse.
Rose souffla d'exaspération et poussa son cousin pour lire elle-même. Il ne lui fallut qu'une minute avant qu'elle se s'exclame victorieusement :
-Là ! Le jour de l'attaque à Göppingen en Allemagne il s'est passé quelque chose d'étrange à la prison de Nurmengard. Un gardien a prétendu avoir vu des hommes rôdés autour du site sauf qu'aucune preuve n'a été trouvé. Il aurait fallu venir en barque puisque la prison est située sur une île mais ce n'est pas impossible. Personne ne s'y est intéressé puisque les médias allemands et étrangers ont couvert uniquement l'attaque dans le village sorcier de Göppingen.
-Ok, dit Shannon. Très intéressant mais ça nous apprend quoi ?
-Attends ! Ce n'est pas finit. Regardez, vous vous souvenez de l'attentat à Pré-au-Lard en novembre ?
Les autres grimacèrent. C'était assez dur d'oublier une telle tragédie.
-Le même jour, étonnement, la directrice McGonagall a demandé qu'on renforce les défenses magiques de l'école.
-Ça paraît logique après ce qui s'était passé, souligna Scorpius d'un ton docte.
-Peut-être bien mais s'il y avait plus que ça ? Si des personnes avaient tentés d'atteindre Poudlard ?
-Même si c'était le cas Rose, je ne vois toujours pas le lien entre tout ça.
-Bien sûr que si. On a la preuve que les attaques ne sont que des diversions pour masquer le plus important. La Confrérie veut instaurer un climat de peur pour détourner l'attention des gens et des Aurors. Belov doit chercher quelque chose qui a un rapport avec Poudlard, Nuremberg, et les endroits où il s'est passé un truc d'inhabituel le même jour que les attaques en Russie, en Roumanie et en Bulgarie. Maintenant il suffit de savoir quel est ce « quelque chose ».
-Ton intelligence m'étonnera toujours, dit Albus, ébahi.
Rose rougit en voyant Shannon et Scorpius approuvés d'un mouvement de tête.
Malheureusement la bibliothèque allait fermer pour l'heure du déjeuner et Mrs Pince les mit à la porte sans ménagement. N'ayant pas cours encore pendant deux heures, Scorpius et Rose décidèrent d'aller faire une balade dans le parc en amoureux. Ils restèrent silencieux un moment, l'esprit saturé des informations qu'ils venaient d'apprendre.
-Scorp', dis-moi honnêtement, j'ai tort de ne pas aimer qu'Al sorte avec Eva Covaci ?
-Je me demandais quand est-ce que tu allais me poser cette question.
-Je suis si prévisible que ça ? S'étonna-t-elle.
-Non, c'est juste qu'en quatre ans j'ai appris à voir quand tu es tracassé.
Rose sourit et l'embrassa doucement avant de reprendre :
-Alors ? Qu'est-ce que t'en penses ?
-Ca dépend. Tu n'aimes pas le couple d'Al et Eva, mais pour quelles raisons ?
-C'est évident ! Cette fille est étrange, je suis sûre qu'elle cache quelque chose. Et puis Albus est trop bien pour elle. En plus, ça ne choque personne qu'elle ait embrassé son frère ? Je veux dire c'est quand même bizarre…
-Tu es sûr que c'est ça qui te dérange ? Ou juste le simple fait qu'Al ait une copine et que du coup il passe moins de temps avec toi ?
-Non ! Enfin…peut-être…oh j'en sais rien !
Amusé, Scorpius secoua la tête avant de l'attirer contre lui pour qu'elle s'arrête de marcher et surtout qu'elle se calme. Franchement, ces deux-là n'étaient pas cousins pour rien.
-Ecoute, tu ne peux pas lui reprocher de moins te voir parce qu'il passe du temps avec Eva. Il a ressenti exactement la même chose quand on s'est mis à sortir ensemble pourtant il n'a rien dit.
-Mais ce n'est pas pareil. Tu es son meilleur ami…
-Peut-être bien, coupa Scorpius, mais ce n'est pas pour autant qu'il n'était pas triste de ne plus t'avoir pour lui tout seul. Il va falloir que vous appreniez tous les deux à vous éloigner l'un de l'autre.
-C'est mon cousin, tenta-t-elle de protester d'une petite voix.
-Je sais Rose. Et c'est aussi pour ça que tu n'as pas le droit de lui en vouloir de sortir avec Eva.
Rose resta silencieuse un instant, méditant ses paroles. Elle se souvenait parfaitement qu'Albus avait eu un coup de blues au retour des dernières vacances parce qu'elle lui manquait. Les autres ne comprenaient pas le lien qu'ils avaient ensemble. C'était plus fort que de simple cousin. Elle considérait Albus pratiquement comme son propre frère. Après tout, depuis leur enfance ils avaient toujours formé le duo inséparable. Comme Victoire et Teddy, comme Lily et Hugo ou encore Fred et James. Ça allait au-delà de la famille. Pour Rose, Albus était à la fois son cousin, son frère, son meilleur ami et son confident. Elle n'avait pas bien compris ce qu'il avait vécu il y a quelques semaines mais maintenant qu'il sortait avec une fille elle comprenait.
-N'empêche, crût-elle nécessaire d'ajouter, je n'aurais jamais pensé voir un jour Al sortir avec une fille. Il est bien trop dans la lune pour ça.
La fois où Eline Wood lui avait proposé d'aller au bal revint dans la mémoire de Scorpius et il retint un éclat de rire. Albus avait mis une éternité pour comprendre le sujet de la conversation avant de refuser plus ou moins délicatement.
-Notre petit garçon grandit, dit-il en essuyant une larme imaginaire.
-Arrête de te moquer de lui ! Et puis ce n'est pas un tombeur non plus hein. Je te rappel qu'il rougit dès qu'il embrasse l'autre autruche.
-Autruche ? Releva Scorpius.
-Quoi ? C'est Emily Levy qui a inventé ce surnom. Il faut que j'y aille par étape pour accepter leur couple, je ne suis pas encore prête à être gentille avec Eva.
Elle planta son regard dans le sien, le défiant de protester. Au lieu de ça il leva les yeux au ciel, résigné. Il savait qu'elle pouvait être têtue quand elle le voulait, ça devait d'ailleurs être un trait de caractère familial. Décidant qu'ils avaient assez parlé d'Albus et Eva pour aujourd'hui, Scorpius l'attira plus près contre lui et l'embrassa sans prévenir. Elle resta figée de surprise une seconde avant de lui rendre son baiser avec ardeur. Il sentit immédiatement son esprit de vider tandis que ses mains allèrent se perdre dans ses boucles rousses.
La sonnerie annonçant la fin des cours fut une véritable bénédiction pour Albus qui sauta d'un bond sur ses pieds pour s'en aller. Il était déjà à moitié dans le couloir alors que leur professeur d'étude des moldus donnait les devoirs pour la semaine prochaine. Pas grave, il demanderait à Shannon de les lui passer.
Il accéléra, pressé de retourner à la salle commune. En arrivant, il repéra Eva sui lisait dans un fauteuil près de la cheminée, ses cheveux bruns relevés en un chignon tressé.
-Salut ! Dit-il en se penchant par-dessus le dossier.
Elle sursauta et fit volte-face puis se détendit légèrement en le reconnaissant.
-Merlin ! Tu m'as fait une peur bleue !
-Ça fait toujours plaisir…
-Excuse-moi, je suis juste un peu nerveuse.
Albus haussa un sourcil, surpris. Il enjamba l'accoudoir et s'installa dans le fauteuil à côté d'elle. Bon ils étaient un peu à l'étroit mais ça aurait pu être pire.
-Tu prends toute la place…
-Dit que je suis grosse pendant que t'y es ! S'insurgea-t-elle faussement.
-Tu as eu peur de moi il y a quelques secondes, je peux jouer les vexés aussi tu sais.
Avouant qu'il n'avait pas tort, Eva se contenta de lui donner un coup de livre sur l'épaule pour ne pas perdre la face.
-Je suis battu par ma copine, si c'est pas triste…
-T'as finis de t'improviser martyr ?
-D'accord, d'accord, j'ai compris, dit Albus. Raconte-moi plutôt ce qui ne va pas.
-Mais je vais très bien.
Elle essaya de mettre autant de conviction qu'elle le pouvait dans sa phrase mais au vu de la tête du jeune homme elle ne devait pas être très convaincante. C'était ce qu'elle aimait bien chez lui aussi, il arrivait à décrypter les émotions des autres en une seconde. Bon, dans le cas présent cette capacité l'agaçait un peu. Après tout elle ne pouvait pas lui dire la vérité… Et puis c'était dans des moments comme celui-ci qu'elle se rappelait qu'Albus était plus qu'un garçon un peu naïf et dans la lune. Sous ses airs innocents il était plus malin qu'il voulait bien le laisser paraître.
-Eva, je vois bien que quelque chose te perturbe. Alors crache le morceau ou je serais obligé d'avoir recours à la torture.
-Vraiment ? Laquelle ?
-Hum…Je n'ai pas encore trouvé mais crois-moi ça sera affreux !
Un sourire amusé lui monta aux lèvres. C'était à croire qu'il arrivait à lui communiquer sa bonne humeur simplement par sa présence.
-J'ai rendez-vous pour une conversation par cheminée dans dix minutes, avoua-t-elle.
-Avec qui ?
Eva se mordit la lèvre. Elle ne pouvait décidément pas lui répondre que c'était à Belov à qui elle devait aller parler. Prenant son silence pour une simple hésitation, il l'encouragea d'un hochement de tête.
-Ma mère, mentit-elle en sachant que cette excuse était tout à fait valable.
-Je suis sûr qu'elle n'est pas si terrible que ça…
-C'est bien parce que tu ne l'as jamais rencontré ! Elle va trouver le moyen de me reprocher tous les maux de la terre. Pourquoi est-ce que je ne lui envoie pas plus de lettre, pourquoi je n'ai pas des O dans toutes les matières, pourquoi mes cheveux sont si mal coiffés ? C'est toujours la même chose ! A croire qu'elle ne peut pas se contenter d'être fière de moi comme je suis. Il faut toujours plus.
-Si ça peut te remonter le moral, déclara Albus très sérieusement, j'adore ta coupe de cheveux.
Eva éclata de rire à cette réplique. Elle ne comprenait pas pourquoi elle en avait autant dit sur sa mère, surtout qu'elle ne devait même pas la voir ni lui parler véritablement. Sûrement que de révéler ce qui lui pesait sur la conscience lui avait fait du bien pour une fois. Et s'il y avait bien une chose qu'Albus savait faire c'était écouter sans juger, particulièrement quand ça concernait la famille.
-Tu lisais quoi sinon ? Demanda-t-il, se penchant pour essayer de déchiffrer le titre sur la couverture.
-Guerre et Paix, de Tolstoï.
En voyant son regard perdu, elle expliqua :
-C'est un roman moldu russe du XIXe siècle.
-Ah…ça doit être…euh…passionnant.
-Ton manque de conviction est flagrant.
-Désolé mais ce n'est pas vraiment mon truc. En ce qui concerne la littérature, je me suis arrêté aux contes de Beedle le Barde. Mais si tu veux parler de livre, je suis sûre que Rose en sera ravie.
-Ta cousine ne m'aime pas, objecta-t-elle. Et j'avoue que je n'ai jamais lu les contes de Beedle le Barde.
Albus écarquilla les yeux et s'exclama, incrédule :
-Ce n'est pas possible ! Tous les enfants sorciers les ont lus !
-Quand j'étais petite mon père me lisait des histoires moldus. En grandissant, j'ai continué à lire mais j'avais tout simplement passé l'âge.
-Il faut réparer cette monumentale erreur. Attends ici.
Elle n'eut pas le temps de protester qu'il se releva d'un bond et s'élança vers les dortoirs. Qu'est-ce qu'il pouvait bien encore fabriquer ? Elle patienta quelques minutes, observant à la dérobée les autres élèves. Certains chuchotaient dans leur coin, d'autres faisaient des parties de bataille explosive. Un peu plus loin, elle repéra Rose et Shannon qui discutaient et au vu des regards que les deux filles lui jetaient, Eva était sûre d'être l'objet de leur conversation. De toute façon elle savait que la rousse ne m'aimait pas, ça se voyait sur son visage. Eva ne pouvait pas trop lui en vouloir non plus, après tout il était de notoriété publique que les Weasley/Potter/Harper ne l'a portaient pas vraiment dans leur cœur. Sauf Albus naturellement. D'ailleurs parfois elle se demandait réellement ce qu'il lui trouvait mais elle n'allait pas non plus s'en plaindre.
En parlant d'Albus, il revint brusquement, un petit livre de poche à la main.
-Tiens, dit-il en le lui tendant. Comme ça tu pourras le lire.
-Merci beaucoup.
-Par contre, fais attention à ne pas l'abimer. Je l'ai emprunté à ma tante Hermione et disons qu'elle peut être assez… excessive et surprotectrice quand il s'agit de ses précieux bouquins.
-Promis ! Dit-elle. Bon, je vais devoir te laisser, mon rendez-vous par cheminée est dans cinq minutes. Je préfère partir en avance, avec mon centre de l'orientation légendaire je pourrais me perdre.
Eva se leva, attrapa son sac puis sortit de la salle. Alors qu'elle commençait à avancer dans le couloir, la voix d'Albus retentit dans son dos.
-Eva !
-Oui ?
-Le bureau de McGo, c'est au deuxième étage, dit-il en rigolant. Là tu vas vers la salle de Divination.
-Je le savais très bien, répliqua-t-elle.
-Bien sûr, bien sûr.
Elle lui décocha un regard noir mais ça ne fit que redoubler l'hilarité d'Albus. Du coup, elle l'embrassa longuement brusquement sans prévenir. Il resta figé de surprise, stupéfait et écarlate tandis qu'elle reculait, fière d'elle.
-A tout à l'heure, dit-elle d'une voix chantante innocemment.
-C'est ça, bougonna Albus.
Il l'a suivi des yeux jusqu'à ce qu'elle disparaisse à l'angle puis secoua la tête. Elle était infernale.
