Je sais que j'ai sauté un vendredi pour écrire ce chapitre, mais sa taille le justifie ! J'ai bien tenté de le couper en deux mais... Heu... Non. C'était vraiment vraiment moche... Donc voilà ! Je pense que vous saurez me pardonner au vu de ce que vous lirez ) (même si votre envie de me tuer ne passera qu'à la fin du chap... ;)

Un énorme merci à tous ceux et celles qui pensent à reviewer, mettre en favorite ou en follow ! Sachez que l'histoire vit aussi grâce à ça et que, d'une certaine manière, vous la faites évoluer avec vos commentaires ! Je prends toujours en compte ce qu'on me dit mine de rien ;) Même si parfois je continue à ma sauce, je garde toujours en tête les réflexions sur les commentaires des personnages ou l'évolution de l'histoire ! Je suis loin d'être parfaite, et je peux très facilement m'éloigner des caractères si je ne fais pas attention et ce sont vos reviews qui m'empêchent de partir trop en quenouille ;)

Donc big merci !

Et big merci à Pimpiericky aussi ! Une bétalectrice d'enfer !

Bonne lecture :

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Ça déménage !

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Chapitre 37 : sauvetage de l'enfer.

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Dean ferma douloureusement les yeux tandis que l'électricité parcourait son corps, crispant ses muscles. Le courant n'était ni assez fort pour le marquer définitivement, ni trop faible. Juste de quoi le faire souffrir et prier le ciel pour que ça s'arrête, malgré son profond athéisme.

L'électricité fut coupée et Dean s'écroula en tas au sol, avalant l'air à grandes goulées. Une main le prit par le col tandis qu'il tentait de retrouver sa respiration et le souleva de force. Il s'agissait de Jack, le monsieur muscle d'Alastair. Dean se retrouva sur ses pieds malgré lui, juste à temps pour recevoir un violent coup de poing dans le ventre qui le plia en deux de douleur et le fit tomber à genou.

- Tu es résistant Dean, j'admire ça, commenta distraitement Alastair comme s'il buvait le thé au lieu de tabasser un type dans les toilettes d'un bar miteux. Vraiment, j'admire ! Mais jusqu'à un certain point seulement.

Dean cracha au sol et foudroya du regard Alastair. Celui-ci lui présenta le manche d'une dague. Le jeune chasseur frissonna violemment, des sueurs froides coulant le long de son dos. Plus loin contre un mur carrelé du fond des toilettes se trouvait un pauvre type, ficelé et bâillonné. Un sacrifice humain.

- Prends cette arme et je ne te ferai plus rien Dean, murmura doucement Alastair en s'accroupissant face à lui.

- Plutôt crever, espèce de trou du cul, ragea l'ainé des Winchester.

- Oh non ! Ce serait bien trop facile. Tu ne mourras pas, pas si vite, pas si... Facilement. Relève-le !

Jack attrapa l'arrière du col de la veste de Dean et le releva à nouveau, le tenant devant lui comme un pantin désarticulé.

- Dis-moi mon enfant, comment va Sammy ?

Dean se débattit violemment, essayant de frapper Alastair de ses faibles forces.

- Je t'interdis de le toucher !

- Prends cette dague !

Dean serra les dents. Ses narines s'évasèrent alors que la colère et l'impuissance le prenaient à la gorge, faisant trembler ses membres.

Un nouveau coup, dans les reins. Jamais le visage, toujours dans des endroits discrets. Dean s'en réjouissait dans son malheur, se disant qu'ainsi au moins, il pouvait toujours trouver des mensonges crédibles pour Sam, des excuses pour son père.

Mais ça faisait quand même un mal de chien, songea-t-il en se laissant glisser le long du mur carrelé et froid alors qu'Alastair s'en allait, Jack emportant avec lui le type destiné à être son initiation.

Ce n'était pas la première fois qu'Alastair lui faisait le coup. Ce n'était pas non plus la dernière. Dean avait peu d'espoir pour le gars, son sort était scellé depuis le moment où il s'était fait attraper.

Le jeune chasseur se releva, soufflant comme un bœuf sous la douleur, conscient qu'il ne pouvait pas passer sa nuit dans les toilettes. Il actionna ses jambes, l'une après l'autre, difficilement au début, et partit rejoindre son père dans le bar. Il lui avait dit qu'il s'absentait pour passer un coup de fil à Sam et malgré la durée étrangement longue de son absence, John ne fit aucun commentaire. Dean n'était même pas tout à fait sûr qu'il se soit aperçu de sa disparition et quand bien même, son père ne faisait plus guère la différence entre dix minutes et une heure quand il avait un verre devant lui...

Dean s'installa à côté de lui sans un mot et avala à son tour de l'alcool pour engourdir la douleur.

Plus le temps passait, plus Alastair venait le voir fréquemment, plus les séances de torture étaient rapprochées et plus Dean commençait à se trouver des excuses pour prendre cette putain de dague et s'attaquer à la victime du jour. De toute façon, le type devait probablement quelque chose à Alastair, de l'argent de ses casinos, de ses filles, de la drogue ou tout simplement l'avait-il trahi. Pas une oie blanche donc, pas un gars innocent, peut-être même avait-il mérité ce qui lui arrivait... Et puis Alastair allait s'occuper de son cas de toute façon ! Alors quelle importance que ce soit lui ou un autre qui se charge de son cas ?

Dean avala une grande gorgée de vodka en découvrant vers où le menaient ses pensées. Il ne prendrait pas cette dague ! Jamais !

000

Bien loin de ce genre d'ennuis en Virginie, Gabriel regardait distraitement les enfants courir d'un bout à l'autre de la cour de récréation.

Il s'était fait engager en tant que surveillant au début du mois de mars dans cette école élémentaire, soit deux semaines auparavant, et il trouvait le boulot plutôt sympa. En tout cas, ça lui donnait pas mal d'idées pour ses vidéos, autant pour sa chaîne principale de cuisine que pour sa chaîne secondaire où il commentait les vidéos les plus tordues du web. Il venait tout juste de commencer cette dernière mais ça démarrait fort ! En tout cas, Sam avait l'air de beaucoup aimer sa nouvelle chaîne même s'il discutait toujours énormément sur la première avec d'autres abonnés. Le lycéen était le plus fidèle de ces derniers et l'un des plus actifs à le défendre. Gabriel trouvait cela amusant autant que touchant de voir à quel point Sam se sentait impliqué dans son activité. Il ne pouvait pas non plus se voiler la face, le gamin lui avait clairement ramené par mal d'abonnés ! A tel point qu'il pouvait presque envisager de ne vivre que de son activité de youtubeur. Presque.

Gabriel sortit de ses pensées pour intervenir dans une bagarre au sujet d'une brioche au chocolat, la dispute semblant prête à dégénérer en combat de boue et de lancés de feuilles. Il ne sut trop comment, mais s'il réussit sans mal à séparer les enfants, il se retrouva avec une petite fille blonde aux cheveux nattés et aux joues rouges qui lui faisait une déclaration d'amour sous le regard brillant de ses petites camarades. Gabriel s'amusa de ça, content que ses collègues l'aient prévenu que cela était déjà arrivé et plutôt deux fois qu'une. Sans cet avertissement, le blond se serait sérieusement inquiété de sa propension à attirer les mineurs ! Comme Sammy...

A son plus grand soulagement et après quelques conversations avec lui sous le signe du stress, Gabriel avait pu se détendre en constatant que Sam ne remettait plus le sujet de ses frères sur le tapis. Ils avaient simplement recommencé à parler de tout et de rien, comme si rien n'avait été dit ou fait, même si... Même si Gabriel avait de plus en plus de mal avec le regard que le plus jeune posait sur lui. Ça le rendait très mal à l'aise de voir tout cet... Ce... Toute cette affection dans ses yeux verts mais pire encore, il avait l'impression de ne plus pouvoir s'en passer, d'aimer ça et de rechercher cet éclat tout en le repoussant pas précaution...

Sa relation avec le petit Sam devenait décidément de plus en plus problématique. Ils n'étaient qu'amis, Gabriel ne voyait pas les choses autrement, ne pouvait pas voir les choses autrement ! Sauf quand son cœur se prenait un coup de boost suite à une remarque de Sam, sauf quand il se mettait à observer le corps du plus jeune avec envie avant de rougir de ses pensées, sauf quand ils hésitaient tous les deux à éteindre la communication...

Tout était devenu compliqué depuis sa dernière déclaration !

Quoique non, c'était faux.

Tout était devenu compliqué avec Sam depuis le jour de sa toute première déclaration ! Le gamin n'avait que treize ans à l'époque, juste treize. Un petit bonhomme qui entrait à peine dans l'adolescence et qui le regardait comme s'il était un dieu omniscient et omnipotent. Gabriel avait cru avoir remis Sam sur le droit chemin, lui faire oublier cette idée stupide comme quoi il l'aimerait d'amour, et puis finalement, trois ans plus tard, ils étaient de retour au même point.

Sauf que Sam avait seize ans désormais, bientôt dix-sept. Il n'était plus un bébé. Il avait même sacrément grandi le bougre ! Et Gabriel se retrouvait dans la mouise jusqu'au cou...

La cloche de la récréation sonna, ramenant Gabriel sur terre par la même occasion, et les enfants se rangèrent presque sagement en rang deux par deux devant leur classe.

Un picotement sur sa nuque apprit à Gabriel qu'il était observé. Sans s'inquiéter, imaginant facilement qu'un parent puisse le surveiller par précaution, il tourna la tête vers la grille de l'école et blanchit brusquement.

Divers plans de fuite s'accumulèrent dans son cerveau alors que tout son corps se préparait à courir.

Problème : il était dans une école. Pour des raisons de sécurité, il n'existait qu'une seule entrée et sortie.

Il était coincé.

Et Mickaël s'approchait de lui avec détermination.

Gabriel tenta le tout pour le tout. Il courut, comptant sur l'effet de surprise pour pouvoir passer à côté de son frère et sortir sans se faire attraper. Il avait presque dépassé son frère quand il se sentit brutalement tirer en arrière par un bras. Prestement, ce même bras vint s'enrouler autour de ses épaules, comme pour l'étrangler, et Gabriel se retrouva avec le dos plaqué contre le torse de son frère aîné.

- Je te tiens et je ne te lâche plus, déclara fermement Mickaël.

Gabriel se débattit tout de même, il n'avait pas d'autres choix... Il se tortilla en tout sens tout en désespérant de son corps qui appréciait cette chaleur fraternelle procurée par cette étreinte. Elle lui avait tant manqué, même en considérant que la moitié du temps il se retrouvait ainsi par la force.

- Calme-toi, je n'ai pas l'intention de te blesser, s'exaspéra son frère. Je veux juste qu'on discute !

- Lâche-moi !

- Non. Je te connais, tu partiras aussitôt que je t'aurai libérer !

Gabriel crut avoir une chance de s'en sortir quand il vit du coin de l'œil le directeur de l'établissement se diriger vers eux, les sourcils froncés par l'inquiétude.

- Tout va bien M. Speight ? s'enquit-il en regardant suspicieusement l'homme qui avait un air de famille certain avec son nouveau surveillant.

- Non, ce n'est...

- Je suis Mickaël Speight, voici ma carte, intervint rapidement son aîné d'une voix ferme en tendant un carton couvert d'une écriture stylisée au directeur. Je vais devoir vous emprunter mon frère, j'ai une discussion importante à avoir avec lui.

Gabriel tenta de se débattre à nouveau en l'insultant à moitié mais Mickaël restait sourd à ses demandes et se contenta de resserrer sa prise autour de ses épaules.

C'était une prise familière, très familière, rassurante aussi malgré la privation de sa liberté de mouvement. C'était toujours grâce à cette prise que Mickaël l'attrapait lors de ses fugues, c'était aussi grâce à elle qu'il le ramenait chez eux.

Gabriel déglutit difficilement tandis que les souvenirs affluaient, écoutant à peine le directeur qui indiquait lui donner sa journée. Quand la prise autour de son cou se relâcha enfin, ce fut uniquement pour que son poignet soit fermement maintenu par la main de Mickaël.

Il ne résista plus quand il fut emmené hors de l'école, suivant simplement son aîné, la tête basse, comme il l'avait déjà fait tant de fois à l'école, au collège, au lycée...

000

Sam avait appelé Castiel. Il n'avait pas pu s'en empêcher alors que l'angoisse menaçait de lui faire rendre son déjeuner tellement elle lui tordait les boyaux. Encore qu'il aurait mieux fait de parler d'angoisses au pluriel...

Son frère le mettait autant sur les nerfs que Gabriel. Son attitude en particulier, lui qui essayait de lui faire croire que tout allait bien, qu'il n'avait encore jamais croisé Alastair mais qu'il était fermement sur sa piste avec leur père.

Rien n'était plus faux, Sam le savait. Il avait vu le corps couvert de bleus de son frère une nuit où son haut s'était relevé jusqu'à ses aisselles. Il avait des difficultés à s'asseoir parfois, ses mains se crispaient sans raison, son regard paraissait sombre et hanté...

Sam avait déjà raconté tout ça aux fédéraux, par mots détournés grâce à internet, mais ces derniers semblaient dans l'incapacité de faire quoi que ce soit et lui avait une cible rouge incrustée sur son dos. Le FBI ne demandait qu'à arrêter Alastair, mais il leur manquait encore des preuves. La surveillance de Dean était leur meilleur moyen pour savoir de façon détournée où se trouvait Alastair et où ils pouvaient envoyer des équipes s'infiltrer dans l'organisation sans risque pour obtenir ces preuves si fondamentales.

Donc Sam attendait, priant pour un mieux, fusillant du regard son père au regard flou qui était responsable de leur situation désastreuse et rageant un peu contre Dean qui ne lui disait rien et contre le FBI qui mettait son frère dans la position du métal chauffé à blanc, entre le marteau et l'enclume.

Et aujourd'hui, Sam avait une double raison de s'inquiéter.

Gabriel.

Le lycéen avait raconté à Castiel la cause de la rupture entre Gabriel et sa famille. Celui-ci lui avait ensuite juré de s'occuper de la chose.

Et il l'avait fait.

Et Sam avait l'impression d'avoir trahi Gabriel... Il avait donné à Castiel l'adresse du blond ainsi que son lieu de travail pour que Mickaël le rejoigne. Alors certes, Castiel lui avait certifié que Gabriel faisait erreur sur toute la ligne et que ce qu'ils faisaient lui et Sam c'était pour son bien ! Mais le lycéen ne pouvait pas s'empêcher de culpabiliser. Et aujourd'hui, il angoissait en plus de culpabiliser, Castiel l'ayant prévenu que Mickaël allait retrouver son frère cadet le jour-même et mettre un terme à tout ce qu'il croyait faussement être la vérité. Il valait mieux pour Sam qu'il soit au courant de la situation si jamais Gabriel le prenait finalement très mal ou découvrait son implication dans le guet-apens qu'ils avaient monté mais résultat, il stressait à mort, s'attendant à tout instant à recevoir un appel d'un Gabriel furieux.

Assis sur son lit, son ordinateur prêt à être utilisé, Sam attendait donc, se demandant vaguement s'il n'allait pas faire un ulcère à force de s'inquiéter pour les deux hommes de sa vie...

000

Gabriel était sur la banquette d'un café, l'épaule collée à la vitre, son frère assis en face de lui. Mickaël n'était pas fou, vu la place où il avait été installé, Gabriel savait qu'il ne pourrait pas fuir sans être immédiatement rattrapé par son aîné.

Il était coincé, littéralement pour ne pas dire physiquement.

Alors quand le serveur était venu, il avait commandé un milk-shake et une tarte au sucre, occultant le regard inquiet de son frère qui se contenta d'un café serré.

Le silence régna. Ou plutôt, Gabriel fit régner le silence, refusant de répondre aux questions de Mickaël, regardant ostensiblement vers la fenêtre et ignorant chaque tentative de discussion. Il se sentait piégé et n'avait aucune envie de faciliter les choses à son frère.

Le serveur arriva et déposa leur commande. Gabriel eut bien du mal à se retenir de se jeter sur la nourriture comme un affamé.

- Comment vas-tu ? demanda Mickaël qui espérait que le sucre délierait la langue de son frère.

Gabriel haussa les épaules avec indifférence.

- J'ai été surpris de te voir travailler dans une... Dans une école. Je ne savais pas que ça te plaisait.

Nouveau haussement d'épaule.

- Raphaël est entré en école de médecine.

Tant mieux pour lui, eut envie de répondre hargneusement Gabriel mais il se retint, serrant fermement la mâchoire.

- C'est ridicule Gabriel, soupira Mickaël avec agacement. Tu vas refuser longtemps de me parler ou même de me regarder ?

Pour toute réponse, le plus jeune tourna ses yeux vers lui et le regarda avec fureur.

- On m'a raconté ce que... Pourquoi tu nous fuis, hésita un peu Mickaël. Tu te trompes Gabriel, on a jamais... Ça ne s'est pas passé comme tu le crois.

Ledit Gabriel se sentit affreusement trahi à l'instant même où son frère se tut. Il ressentait pleinement le couteau qui venait de se planter dans son cœur.

Autant pour l'amitié, ça ne valait pas mieux que les autres formes d'amour au final. Mais Sam...

Gabriel avait espéré, il avait vraiment espéré ! Une nouvelle erreur de l'idiot sentimental...

Le fugueur entendit vaguement son frère fouiller dans son portefeuille mais il n'était plus vraiment là. Il était déçu, au-delà des mots.

Sam avait tout raconté à son frère... Il ne lui avait pas promis de ne rien dire mais ça paraissait être une évidence ! Sam savait qu'il ne voulait plus avoir affaire à ses frères ! Il aurait dû comprendre ! Ne pas se mêler de ses histoires ! Et maintenant, Dieu qu'il avait mal...

Une photo glissa sur la table jusque sous son nez.

- Regarde Gabriel. Je t'en prie, regarde cette photo.

Gabriel obéit, lassé, moralement épuisé. Il ouvrit de grands yeux avant d'attraper le morceau de papier glacé avec des mains tremblantes pour l'approcher de son visage.

- C'est... bredouilla-t-il, surpris.

- Moi, Naomie et notre fils. Il vient d'avoir deux ans.

Gabriel allait pour féliciter son frère par réflexe et puis il se souvint.

Il était en colère, contre lui, contre eux tous. Et ce n'était certainement pas un portrait de son frère souriant tendrement avec son adorable bébé dans les bras, sa femme à ses côtés, qui allait l'attendrir si facilement !

Il reposa le papier et croisa les bras, retournant à la contemplation de la rue. Ses mains étaient crispées et l'une de ses jambes tressautait toute seule pour évacuer son stress.

- Nous avons découvert que Naomie était enceinte fin septembre, peu avant que tu... Qu'on ne sache pour toi et tes... Problèmes, commença à expliquer Mickaël, les yeux dans le vague. Nous l'avons su après avoir dû l'emmener à l'hôpital pour des douleurs abdominales. Dans sa famille les grossesses ont toujours été difficiles et synonymes de complications et malheureusement, cela s'est très vite confirmé pour elle aussi. On pensait également qu'elle mettrait du temps à... à tomber enceinte, comme sa mère avant elle et la mère de celle-ci. Nous pensions avoir le temps de déménager tranquillement et d'envisager le mariage quand... Quand on l'a su. Tout ça nous a un peu pris par surprise, au mauvais moment. Le divorce des parents, tes problèmes de santé, le déménagement qui ne pouvait plus être reculé, la grossesse de Naomie... Gabriel, quand tu es venu, quand tu nous as entendus, moi et Luc et maman et papa, tu ne connaissais qu'une partie de l'histoire. Gabe, les médecins prévoyaient de sérieux ennuis de santé à ma femme tout au long de sa grossesse et...

- J'aurais été de trop, je comprends.

- Gabriel ! rétorqua Mickaël. Ce n'est pas ce que je veux...

- Mickey, le coupa son frère cadet. C'est bon, j'ai compris. Réellement. Tu avais ta femme à t'occuper, elle allait mal et tu... J'aurais été... Un fardeau supplémentaire.

Gabriel comprenait, sincèrement. Et sa colère fondait comme neige au soleil alors qu'il observait à nouveau la photo. Ça ne l'empêchait pas de se sentir mal, toujours blessé. Mais il comprenait. C'était même plutôt rassurant de voir que Mickaël ne faisait pas l'erreur de ses parents et se concentrait sincèrement sur sa famille. C'était quand même douloureux... Un nouveau rejet, un nouvel abandon, même si tout était très logique. Mickaël devait privilégier sa femme et son fils avant tout. Pas ses frères, surtout pas celui qui semblait destiné à rater sa vie.

Ses deux épaules furent prises dans un étau et Gabriel releva les yeux pour tomber dans leurs jumeaux dorés.

- Gabriel, cette discussion que tu as entendue, c'était juste une discussion comme ça, sans réelle prise de décision. Nous mettions simplement les choses à plat. Si maman et papa t'avaient... Si... Tu aurais été le bienvenu chez moi, comme toujours ! Pourquoi crois-tu que moi et Naomie allions emménager dans un appartement de trois chambres ? Nous savions que nous n'aurions pas de deuxième enfant, que ça aurait été trop risqué avec ses antécédents familiaux. À qui crois-tu que je destinais cette troisième chambre ?

- A ton bureau ? murmura Gabriel.

- Idiot, répondit Mickaël à voix basse en posant une main sur le crâne de son frère. Ça aurait peut-être été compliqué avec Naomie mais on se serait arrangé. Elle t'apprécie autant que moi et je n'ai jamais eu l'intention de te laisser de côté.

Gabriel posa sa tête entre ses bras sur la table, respirant difficilement alors que son aîné lui caressait gentiment les cheveux. Il retenait les pleurs, les gémissements et les halètements qui montaient le long de sa gorge, les étouffants dans le creux de ses bras.

Il n'avait rien manqué de ce qu'avait dit Mickaël, pas même la partie où ses parents le lâchaient complètement, mais pas non plus la partie où son frère le recueillait immédiatement après, alors qu'il n'en avait nullement l'obligation, alors qu'il avait sa propre famille, alors qu'il risquait clairement d'être une source de stress supplémentaire pour sa femme à la grossesse difficile.

Mickaël attendit patiemment durant de longues minutes que son cadet relâche tout ce qu'il avait conservé au fond de lui. C'était silencieux et contenu, la douleur soigneusement cachée derrière le barrage de ses bras.

Gabriel avait toujours eu la joie expansive et la tristesse secrète.

- Notre fils a eu une santé fragile au début mais maintenant ça va mieux, chuchota Mickaël quand son frère se calma. Nous aimerions beaucoup que tu viennes le voir...

- Je... Un peu de temps. J'ai juste besoin... D'un peu de temps.

Mickaël hocha simplement la tête et tendit une carte de visite à son frère, une avec son adresse et son téléphone.

- Quand tu veux. Et... On pourra s'arranger pour que Raphaël vienne aussi, si ça te convient. Il a une petite amie maintenant et je pense qu'il aimerait te la présenter.

- D'accord, accepta son cadet d'une voix tremblante. Avant je... J'ai juste...

- C'est quand tu voudras. Rien ne presse. Essaye juste... Pense à me donner de tes nouvelles, lui demanda Mickaël, le visage sincèrement inquiet.

Gabriel hocha la tête avant de s'excuser pour faire un tour aux toilettes. Il avait besoin de s'isoler, de faire le point, d'échapper à ses iris dorés qui le scotchait sur place.

Il avait une tête abominable... pensa-t-il distraitement en voyant son reflet dans le miroir. Sa mine brouillonne correspondait assez bien à son état d'esprit cela dit.

L'eau froide que Gabriel passa sur son visage dégonfla un peu ses yeux et lui éclaircit les idées.

Il venait d'apprendre beaucoup de choses aujourd'hui, même un peu trop. Il allait lui falloir du temps pour accepter de s'être trompé du tout au tout, pour pouvoir à nouveau penser à ses frères sans rancœur. Et puis aussi, il devait réfléchir à Sam. Sa discussion avec Mickaël avait changé la donne sur de nombreux points.

Pour commencer, le plus jeune l'avait "vendu" à son cousin et à son frère. C'était quelque chose qu'il allait avoir du mal à accepter, même s'il avait clairement fait ça pour l'aider, et même si ça avait fonctionné. C'était pour le principe ! Principe qui n'était lui-même qu'une excuse pour éviter... Autre chose.

Le cœur de Gabriel se remettait tout doucement à battre normalement maintenant qu'il savait la vérité sur ce soir et cette discussion qui lui avaient empoisonné l'esprit. Le monde se remettait à tourner dans le bon sens et la vision de Gabriel s'éclaircissait. Il le sentait au fond de lui, il recommençait à croire en l'avenir. Pour l'instant à peine, ce n'était qu'un lumignon au milieu de ses ténèbres personnelles, mais c'était un début. Un début qui présageait de grands changements dans sa vie.

Qu'allait être Sam pour lui maintenant qu'il avait ses frères ? Qu'il n'avait plus besoin de se raccrocher à sa présence ? N'y avait-il réellement que ça entre eux ? La nécessité de combler un manque ? Et le manque comblé, au moins de son côté, Gabriel voulait-il pour autant diminuer leur temps ensemble ? Quelle excuse aurait-t-il pour avoir le gamin auprès de lui ? Pour accepter ses attentions ?

Il fallait qu'il se pose et qu'il réfléchisse. A ses frères, sa famille, Sam, la suite de sa vie...

000

Dean essayait désespérément de respirer. Ses poumons étaient en feu, son visage humide, et sa vue se brouillait lentement. Il se noyait ou s'étouffait, il n'était pas tout à fait sûr du terme, en tout cas il agonisait.

Le linge humide fut soudain retiré de son visage et Dean put à nouveau respirer, avalant à grandes goulées l'oxygène qui lui manquait tant.

Le manche d'un poignard voguait sous ses yeux.

Dean détourna la tête.

Le linge revint, gorgé d'eau, se posa sur son nez, sur sa bouche, l'eau coula sur lui et l'enfer recommença.

Alastair, assis face à lui, continuait de lui présenter le manche du poignard, un sourire malsain aux lèvres.

Dean résistait. Résistait fort. Il se noyait mais il résistait !

Mais ses yeux... Il n'arrivait plus à quitter l'arme des yeux alors que ses poumons le brûlaient...

000

Sam se rongeait les sangs dans sa chambre de motel.

Son frère l'inquiétait de plus en plus. N'eurent été les consignes du FBI, il aurait déjà exigé la vérité à Dean, mais il ne pouvait pas. Rien ne devait changer dans leurs habitudes. Dean ne devait surtout pas devenir suspect aux yeux d'Alastair et de ceux qui les surveillaient au risque que lui ou Sam n'en subissent les douloureuses conséquences. Sauf que Dean souffrait déjà et Sam était incapable de l'aider. Il ne pouvait que ronger son frein, espérant avoir de bonnes nouvelles des fédéraux et, comme si ça ne suffisait pas, Gabriel, celui qui lui faisait oublier l'espace d'un moment toutes ses emmerdes, celui-là même, ne l'avait pas contacté depuis une semaine et rejetait tous ses appels. Tout ce à quoi il avait eu droit c'était un petit :

Gabriel : Besoin de réfléchir.

Trois petits mots qui traînaient sur le logiciel de visio/chat de Sam. Ils le stressaient, ne lui laissaient aucun indice sur l'humeur de Gabriel. Était-il en colère contre lui après ce qu'il avait fait ? Lui en gardait-il rancœur ? Se sentait-il trahi ? Est-ce qu'au moins la situation s'était arrangée avec ses frères, avec Mickaël ? Même Castiel n'en savait rien, il n'avait eu aucune nouvelle, que ce soit de Gabriel ou bien de Mickaël. Silence radio. Ça inquiétait Sam à un tel point qu'il avait complètement planté ses derniers devoirs, heureusement dans des matières peu importantes. Mais quand même...

Et puis le miracle eut lieu, au milieu de la seconde semaine d'attente, alors que le mois de Mars se finissait.

Gabriel l'appela.

Sam accepta la conversation d'une main qui tremblait légèrement. Le jeune homme blond apparut derrière son écran, le visage lisse de toute émotion, dans une posture neutre, assis sur un canapé, les coudes sur les genoux et le menton appuyé sur le dos de ses mains.

- Sam.

- Hey Gabriel, répondit nerveusement Sam, la gorge entravée par une boule monstrueuse d'angoisse.

- Tu as tout cafté à mon frère, fit Gabriel d'une voix atrocement atone.

- A Castiel en fait, déglutit difficilement le lycéen. Je n'ai pas les coordonnées de tes frères.

- Donc deux personnes sont au courant de quelque chose qui n'aurait jamais dû sortir d'une conversation entre toi et moi, si je comprends bien.

Sam baissa les yeux, la culpabilité l'écrasant.

- Kiddo, tu penses sincèrement qu'on peut rester ami après ça ?

Sam avait toujours cru que dans ces cas-là on avait l'impression que son cœur s'arrêtait de battre... Connerie ! Le sien avait doublé de volume et il le sentait clairement cogner et marteler ses côtes avec violence.

C'était un risque à prendre, il l'avait toujours su. Un genre de quitte ou double où non seulement Gabriel pouvait en ressortir davantage blessé mais où lui-même pouvait y perdre le seul lien qui les reliait. Mais Sam avait décidé de jouer. Et il avait perdu. Et ça faisait affreusement mal.

- Sam, regarde-moi, demanda Gabriel.

L'adolescent obéit en mode robot, l'esprit vide de tout en dehors de la sensation de perte. Il vit le sourire de Gabriel et ne comprit pas, pas plus que son regard attendri et un brin joueur. Il était juste KO.

- On ne pourra plus être ami, annonça-t-il sans se départir de ce sourire auquel Sam s'accrochait désespérément. Mais il me semble que tu voulais plus, non ?

- Hein ? fit la voix rauque de Sam.

- Réveille-toi Kiddo ! Je te propose d'enfin sortir avec moi, s'amusa Gabriel. Sauf si finalement tu préfères ren...

- Non ! Je le veux ! Enfin je veux dire... Oui ! On sort ensemble ! bafouilla précipitamment Sam.

- Super ! On se rappelle demain ? J'ai l'impression que t'es un peu à côté de tes pompes ce soir, sourit-il malicieusement. A demain Sammy-moose !

- Ouais... Ok... A demain... Attends, Gabe !

Trop tard. Sam regarda l'écran noir devant lui avec stupéfaction. Il n'était pas bien sûr de ce qu'il venait de se passer... Pour être exact, il n'était pas bien sûr d'avoir réellement vécu de ce qui venait de se passer. C'était comme si son cerveau avait eu un bug en cours de conversation. Un moment, Gabriel lui annonçait clairement que tout était fini entre eux et la seconde d'après qu'ils étaient en couple, si Sam le voulait bien. Ça voulait forcément dire que son cerveau avait disjoncté, n'est-ce pas ? Gabriel n'avait pas pu passer de l'un à l'autre, il avait fait une crise de narcolepsie et rêver sa mise en couple, c'est tout !

Son logiciel de visio bippa.

Gabriel : Oh ! Et tout s'est bien passé avec mon frère si tu te poses encore la question Sammy !

Non, Sam ne se posait pas la question. Il s'en posait plein mais pas celle-là ! En tout cas, ce message infirmait son hypothèse du rêve, éveillé ou non.

Donc, il sortait avec Gabriel...

Bah merde alors... C'était... Pas vraiment le genre de début de relation auquel il s'attendait ! Mais c'était du Gabriel tout craché. Imprévisible, inoubliable et qui vous mettait la tête à l'envers avec la petite goutte de tricherie nécessaire pour ne pas avoir à se dévoiler ! Mais à ce sujet, Gabriel pouvait toujours courir, Sam ne lâcherait pas le morceau, il connaîtrait les raisons de ce revirement !

Il était en couple avec Gabriel...

Sam se laissa tomber en arrière sur le lit et regarda le plafond, le cœur gonflé de joie et un sourire idiot aux lèvres.

Il était avec Gabriel !

Sam passa le reste de la soirée la tête dans les nuages, oubliant un peu son frère et ses emmerdes durant un bref moment de plénitude. Ce fut à peu de choses près la même histoire les soirs suivants. Sam ressortait de ses discussions avec Gabriel avec un sourire qui lui mangeait totalement le visage. Pourtant, on ne pouvait pas dire qu'il y avait eu un énorme changement dans ce qu'ils se racontaient, loin de là ! Et il n'y aurait probablement pas de changement radical jusqu'à ce qu'ils se revoient en vrai, mais ça n'empêchait pas Sam d'avoir un air béat plaqué sur le visage.

Dean ne manqua pas de s'apercevoir du changement d'état d'esprit de son cadet. De déprimé, ce dernier venait de passer à stupidement heureux. Le jeune chasseur n'avait pas besoin d'explication, il connaissait. Il devait même probablement avoir cette même tronche heureuse à gerber - à sa grande honte - quand Castiel était dans les parages !

Son petit frère était non seulement amoureux mais apparemment heureux en amour. La prochainement fois qu'il croiserait Gabriel il lui péterait les genoux, pour bien faire passer le message au nabot que son frère n'était pas un jouet ou une conquête quelconque, mais il était tout de même heureux pour Sam. Ça lui faisait presque oublier à quel point il crevait de douleur, les nerfs à vif et la respiration comme bloquée par une chape de plomb. Alastair était très imaginatif en matière de torture, on ne pouvait pas lui enlever ça. Dean ne comprenait pas bien pourquoi il insistait autant pour l'avoir lui particulièrement, y mettant autant d'énergie et de moyens juste pour le convertir lui, mais il se serait bien passé de ce privilège !

000

Sam attendait nerveusement devant son écran. Il était seul dans la chambre de motel et il venait de lancer l'appel sur son ordinateur.

Ça allait être sa première discussion depuis que Gabriel et lui étaient officiellement ensemble.

C'était bizarre de penser ça... Après tout ce temps à espérer, à se faire rembarrer à chaque tentative, à imaginer tout un tas de possibilités plus folles les unes que les autres sur leur mise en couple, en passant du baiser suite à une chute hasardeuse sur le blond à Gabriel qui le rejoignait un soir au motel pour l'emmener loin de tout, après tous ses essais infructueux, c'était finalement fait. Lui et Gabriel sortaient ensemble.

Il n'y avait pas encore eu de baisers cependant, pas non plus d'embrassades ou de câlins ou même un simple contact un peu plus intime comme deux mains enlacées. Pour l'instant, Sam n'y avait que des paroles, comme une farce, lancées à la fin d'une conversation.

- Hey Sammy, le salua Gabriel en répondant enfin à son appel.

- Hey Gabe.

- T'as l'air complètement stressé, s'amusa le blond. Détends-toi, t'es trop loin pour que je te mange !

- D-dommage, répliqua Sam en se forçant à sourire.

Il avait les mains moites, c'était affreux. Gabriel le rendait nerveux comme jamais. Il avait peur de faire ou de dire une bêtise, que finalement le blond lui annonce que tout n'était qu'une mauvaise blague ou qu'il réalise soudain, en voyant son comportement, que Sam n'était pas la bonne personne.

Bref, Sam était nerveux au-delà de toute mesure et savoir que son attitude en devenait moins mature le stressait encore plus.

- Sammy-boy, respire un grand coup, allez ! Sinon dans deux secondes tu vas t'évanouir et je vais devoir appeler les pompiers, plaisanta Gabriel.

Le lycéen obéit et se força à inspirer et expirer profondément les yeux fermés dans l'espoir de faire disparaître ses angoisses.

- J'imagine que tu veux savoir comment ça s'est passé entre moi et Mickey ? lança Gabriel une fois Sam légèrement détendu.

- Je ne voudrais pas me mêler de ce qui ne me regarde pas...

- C'est trop tard, tu ne crois pas ? ricana le blond avec un sourire malicieux.

Son visage ne reflétait aucune colère au grand soulagement de Sam. Ça avait été l'une de ses plus grandes craintes, que Gabriel lui en veuille toujours d'avoir tout dévoilé à Castiel et par ricochet à son frère.

- Gabe, si j'ai fait ça, commença Sam pour se justifier, c'était uniquement pour toi, pour que tu ailles mieux. Et je faisais confiance à Castiel, je savais qu'il ne ferait rien qui pourrait te... Te blesser.

- Écoute Kiddo, soupira Gabe en passant une main dans ses cheveux. Je n'ai pas vraiment envie qu'on parle de ça comme ça, à travers un écran. Quand on se verra, face à face, on en reparlera, si tu le veux encore à ce moment-là...

Sam acquiesça, notant le retour de ce surnom qu'il n'appréciait que moyennement. Cependant, il l'avait un peu cherché cette fois...

- Je ne sais même pas quand on pourra se voir, souffla le lycéen avec dépit. Mon frère a... Il a des ennuis et je ne pourrai juste pas être tranquille tant que ce ne sera pas réglé et mon père... Disons que ça ne s'arrange pas entre lui et moi. Mais dès que tout est arrangé pour Dean, on pourra se... Se donner rendez-vous ?

- Tes désirs sont des ordres Sammy-moose, répondit Gabriel, un sourire malicieux sur les lèvres.

- Idiot, rit nerveusement Sam. Alors, avec ton frère, ça s'est passé comment ?

Gabriel s'illumina aussitôt et se fit un plaisir de narrer sa rencontre avec Mickaël dans le détail ! En y ajoutant quelques éléments de son cru bien sûr, Sam n'en doutait pas une seule seconde. Il voyait mal Mickaël entrer dans une cour d'école sur une Harley pour kidnapper son cadet à la volée... Cela n'empêcha pas Sam d'écouter religieusement Gabriel.

Finalement, peu de choses avaient changé entre eux, pensa-t-il alors que le blond qui était désormais son petit ami faisait son cinéma à l'écran. Pour l'instant en tout cas. Sûrement que leur relation évolurait quand ils pourraient se voir et... Et qu'ils feraient... Plus...

Sam s'imaginait déjà presser le corps de Gabriel contre le sien sans avoir à se cacher derrière l'amitié ou un pseudo sentiment fraternel. Il se voyait passer une main dans la blondeur de Gabriel, le repeignant dans une douce caresse. Ils dormiraient ensemble, voire davantage, bien davantage... Sam en frissonnait par avance. Ça n'allait malheureusement pas se faire tout de suite, mais ça ne saurait trop tarder. Pour Dean, il ne pouvait vraiment pas, il ne pouvait pas s'imaginer heureux avec Gabriel tandis que son frère était dans les ennuis jusqu'au cou. Par contre pour son père... Si autorisation il n'obtenait pas, il fuguerait, sans aucun remord.

En attendant, il devait faire preuve de patience.

000

Dean avait fini par supplier à nouveau Alastair, voulant savoir pourquoi ? Sérieusement, pourquoi lui ? Il y en avait des tas qui ne demandaient qu'à faire le sale boulot de ce psychopathe et sans ruer dans les brancards ! Pourquoi s'acharner sur lui alors qu'il refusait clairement ?

La réponse d'Alastair, toujours la même, était tombée comme un couperet : il avait le potentiel.

Cela glaçait Dean d'effroi.

Quoi ? Il avait le potentiel d'être un psychopathe ? De faire du mal aux gens et de le faire bien ? Il était potentiellement doué pour torturer de pauvres types ? Pour être un parrain de la pègre ? Toutes ces réflexions lui retournaient l'estomac.

Le potentiel...

Dean se demandait parfois si ça ne faisait pas simplement partie de la torture psychologique que lui infligeait Alastair, au même titre que les photos de Sam sortant de l'école en riant, celles de Castiel dans sa chambre à l'université ou celles de son père vomissant dans le caniveau. Si cette histoire de potentiel n'était pas juste là pour le détruire un peu plus, le briser, lui faire croire qu'il était pourri de l'intérieur.

Et puis l'attraction de la dague se faisait terriblement puissante alors que Dean étouffait, crevait de douleur, se crispait sous les coups ou l'électricité ou subissait une quelconque humiliation destinée à le détruire moralement. Alors il envisageait de prendre l'objet et se disait qu'Alastair n'avait peut-être pas tort.

Il avait le potentiel.

Heureusement, les photos dont Alastair se servaient comme instrument de torture morale étaient aussi ce qui permettait à Dean de tenir. Son père, qu'il devait rendre fier, qui était son dernier parent en vie et qui avait besoin de lui. Sam, son petit frère qui comptait sur lui, qui avait été le centre de son monde pendant un long moment, qu'il adorait et à qui il refusait qu'il arrive le moindre mal. Et Castiel, son amant, les souvenirs de leurs nuits ensemble, des matins au réveil long et câlin, des après-midis à se bécoter discrètement entre deux cours à l'internat, de cette impression que tout ne pouvait qu'aller bien quand ils étaient ensemble.

Dean tenait, difficilement mais il tenait. Il ne savait pas combien de temps il devait résister mais il tenait bon, parce qu'il le devait. Même si c'était putain de difficile. Même si l'idée de tout abandonner et de juste faire mal à quelqu'un d'autre pour ne plus souffrir lui le tentait énormément.

Mais ces derniers temps, Dean avait vu son frère sourire, être amoureux. Ça lui donnait une force supplémentaire.

Il tiendrait, coûte que coûte !

Et Dean tint bon. Il supporta les douleurs et les humiliations, serrant les dents, levant le menton en signe de défi. Il ne se laisserait pas abattre !

Ce regain de courage ne plut pas du tout à Alastair...

Un soir, alors que Dean partait rejoindre son père qui cuvait après avoir arrêté un repris de justice, Dean fut épinglé contre un vieux mur en briques et mis à la torture. Il n'avait même pas eu sa journée de relâche juste après le déménagement, Alastair lui collant désormais au cul comme un morpion sur un gigolo des bas quartiers.

- J'ai toujours eu une grande patience Winchester, grinça Alastair en s'approchant de lui, mais tu commences à la mettre à l'épreuve. Combien de temps allons-nous jouer à ce petit jeu ? Tu sais que tu craqueras un jour...

- Jamais, lui cracha le jeune homme avec toute la conviction dont il était capable après avoir été brûlé en plusieurs endroits.

- Dans ce cas tes proches mourront, lui susurra Alastair à l'oreille. Je te laisse un mois. Un mois entier pour te décider. Après cela, si tu refuses toujours, ton père mourra, puis ton frère et ensuite, ce sera le tour de ton petit copain.

Dean sentit son cœur louper des battements. Il venait d'être mis au pied du mur.

- Lâche-le, ordonna Alastair à son armoire à glace qui l'accompagnait en permanence avant de claquer sa canne au sol et de partir.

Dean s'effondra, glacé par le choix qui s'annonçait. Il ne pouvait plus reculer. C'était fini. Quand son frère finirait l'école pour entrer dans les grandes vacances, lui le condamnerait ainsi que tous ses proches ou se condamnerait lui-même.

Il était fini...

000

Sam n'était ni idiot, ni aveugle, ni même abruti ou aveuglé par l'amour ! Certes, sa toute nouvelle relation avec Gabriel lui donnait des papillons dans le ventre, quand bien même pour l'instant il n'y avait quasiment pas, pour ne pas dire pas du tout, de différence entre quand ils étaient amis et maintenant, mais ça ne l'empêchait pas de garder les yeux ouverts sur son frère ! Entre autre parce que c'était une partie de ce que le FBI lui demandait, de surveiller son état et de les renseigner sur leurs prochains déménagements, mais aussi et surtout parce que Dean allait visiblement mal et qu'il voulait être sûr que son frère n'allait pas faire une connerie !

Sauf que cette possibilité était devenue de plus en plus tangible à mesure que les jours passaient. Gabriel, qui n'était absolument pas au courant de tout ça, réussissait à le distraire assez pour que Sam ne se ronge pas totalement les sangs, mais ça restait compliqué à vivre. Les ennuis de Dean avaient clairement augmenté d'un niveau et ce dernier le cachait très très mal. Comment croire que tout allait bien quand il pouvait sentir le regard de son frère sur lui dès qu'il lui tournait le dos ? Regard qu'il avait intercepté à quelques occasions pour n'y trouver que douleur et résignation.

Alors Sam avait fini par donner un ultimatum à l'agent Henriksen à travers les commentaires sur les vidéos de Gabriel – dont le nombre d'abonnés avait explosé depuis le début de cette histoire. Soit le FBI intervenait, d'une façon ou d'une autre, soit Sam révélait à son frère qu'il était au courant de tout depuis le tout début avec sa fracture, prévenait son père en passant et tous ensemble ils partaient pour le Mexique ou le Canada en laissant les fédéraux le bec dans l'eau ! Le FBI n'avait pas besoin de savoir que jamais John n'écouterait son cadet...

L'ultimatum avait étonnamment bien fonctionné mais loin de rassurer Sam, ça l'inquiétait plutôt. Il s'était passé une chose dont il n'était pas informé, une chose assez grave pour que les fédéraux s'inquiètent aussi pour Dean. Ce n'était vraiment pas une bonne nouvelle...

L'agent Henriksen ne lui demanda qu'une chose pour intervenir : il devait convaincre son frère de l'accompagner dans un petit restaurant de Dallas.

Sam s'en voulut de jouer sur les sentiments de Dean pour parvenir à ses fins, mais il le fit ce soir-là, parce que son frère avait vraiment, vraiment besoin d'un coup de main.

- On pourrait aller manger dehors ce soir ? demanda-t-il en rangeant son ordinateur.

- Pourquoi faire ? On a ce qu'il faut ici, non ? J'crois qu'il te reste même des trucs verts dans le frigo.

- Oui mais ça nous changerait de manger un truc qui n'a pas été préparé et emballé il y a plus d'une semaine, railla Sam.

- Du moment que ça se mange...

- Dean ! soupira Sam avec exaspération.

- Quoi ? s'offusqua son frère. J'ai pas envie de sortir et j'en vois vraiment pas l'intérêt !

- L'intérêt c'est que ça fait longtemps qu'on a pas été quelque part ensemble. C'est juste pour manger un truc ! En plus j'ai cru lire qu'ils avaient une spécialité de burger triple volaille dans un diner d'ici !

- Pourquoi tu insistes autant ? râla Dean. En plus, te voir me recommander un hamburger c'est limite louche.

- Dean, on est quel jour ?

- Un mardi je crois, pourquoi ?

- Le combien et de quel mois ?

- Qu'est-ce que ça peut faire le jour que nous sommes ?

- On est le treize mai Dean. Ça fait onze jours que j'ai dix-sept ans, souffla Sam en faisant sa bouille de chiot triste. Je sais qu'on s'en fiche des anniversaires dans notre famille mais... On peut pas juste... Manger ensemble ?

- Mais on le fait, le soir au motel ! Et puis ça coûte cher de manger dehors...

- Je propose juste un diner Dean ! C'est pas ça qui va nous ruiner ! Je veux juste... Je sais pas... Me dire que parfois, on fait les choses presque normalement ?

- Sammy...

- Un diner ! Ça va pas te tuer ! Enfin... Sauf plus tard à cause du cholestérol...

- Ok, c'est d'accord ! le coupa aussitôt Dean en passant immédiatement de la position vautrée sur le lit à assise. Tout pour que tu ne me parles pas de tes conneries de nourriture bio ou pire, d'irrigation du colon ! Je mets mes chaussures et on y va.

- Merci Dean.

- C'est ça oui, grommela celui-ci, faussement contrarié. Et ce hamburger triple volaille a intérêt à tenir ses promesses, moi je te le dis !

- Je suis sûr qu'il le fera !

Sam sourit à son frère qui enfilait ses chaussures, la culpabilité lui travaillant rudement l'estomac. Il lui mentait, allègrement. C'était pour son bien, mais il lui mentait tout de même, il le manipulait. Dean n'allait vraiment pas apprécier ça et en même temps... Sam refusait de laisser son frère s'enfoncer plus longtemps. Il avait l'air moins blessé ces derniers temps mais ce n'était pas une excuse, pas quand les fédéraux semblaient aussi inquiets que lui. Alors c'était un quitte ou double, comme pour Gabe. Sam espérait juste que le résultat serait aussi bon...

Le chemin vers le diner fut court, même à pied. Une fois entrés à l'intérieur, Sam ne laissa pas le choix à son frère et malgré ses protestations (- Mais qu'est-ce qui te prend Sammy ? Lâche ma veste tu vas abîmer le cuir ! Et on se met toujours près de la vitre d'habitude !) il s'installa à la place indiquée par Henriksen, au fond du restaurant, à l'abri des caméras et des regards indiscrets.

- Sammy, je te jure que tu commences à m'inquiéter, maugréa Dean en prenant la carte. C'est toi qui as voulu venir et pourtant tu tires une tronche de trois pieds de long !

- Je suis juste un peu nerveux, ça fait longtemps qu'on est pas sorti, essaya de se justifier le lycéen.

- On vit pas comme des hommes des cavernes non plus !

Sam leva un sourcil tout en regardant son frère avec une expression neutre.

- T'exagères toujours tout Samantha, râla Dean.

- Et toi tu prends tout à la légère !

- Ok, là tu me fais vraiment flipper, dit l'aîné des frères en posant brusquement la carte en plastique sur la table. Qu'est-ce qu'il se...

- Vous avez pu venir, le coupa l'agent Henriksen en s'asseyant à leur table.

- Sammy ! gronda aussitôt Dean en foudroyant son frère des yeux.

- Tu ne m'as pas laissé le choix !

- Tu as une petite idée de ce qui va se passer si jamais...

- Il ne se passera rien, toutes les précautions ont été prises, dit l'agent fédéral en venant défendre Sam. Votre frère nous a fait comprendre qu'il y a un problème.

- Il se mêle de ce qui ne le regarde pas et vous aussi, grinça le jeune chasseur en se calant au fond de la banquette, bras fermement croisés sur le torse.

- De ce qui ne me regarde pas ? Tu te fous de moi Dean ? s'étouffa Sam. Tu es en danger ! Bien sûr que ça me regarde !

- Et maintenant tu l'es toi aussi avec tes conneries !

- Tout est sécurisé, rappela Henriksen avec assurance. Dites-nous ce qui a changé avec Alastair.

Dean siffla entre ses dents, plus buté que jamais, et les fusilla alternativement du regard.

- Depuis quand vous vous occupez de mon cas, vous ? aboya-t-il.

- Depuis le début.

- Ah ouais, j'oubliais, votre « surveillance », railla Dean. Vous avez des progrès à faire à ce sujet ! Alastair vous a grillé tout de suite !

- Écoutez, nous ne sommes pas loin d'avoir tout ce qu'il faut pour attraper Alastair et l'enfermer à vie ou, selon l'état qui le jugera, lui faire l'injection létale. Nous avons juste besoin d'un peu de temps supplémentaire pour réunir certaines preuves capitales, trois semaines, peut-être un peu moins. Avons-nous ce temps ?

Dean détourna le regard de l'agent fédéral et regarda le mur. Voila pourquoi il aurait préféré une vitre, il aurait eu l'air moins idiot à regarder dehors qu'à contempler un papier peint qui devait dater de Mathusalem.

La date limite que lui avait fixée Alastair se terminait dans deux semaines. En admettant qu'il tiendrait tout ce temps... Les tortures physiques avaient cessé mais Alastair se chargeait de lui rappeler, encore et encore et encore, que tout ne dépendait que de lui, la survie de sa famille, de son amant... Qu'il avait leur vie entre ses mains, qu'elles seraient éclaboussées de sang, d'une manière ou d'une autre. Nerveusement c'était très dur à tenir. Il voyait tous les jours son frère, bien vivant, son sourire niais à vomir sur le visage après chaque discussion avec son nabot. Il songeait ensuite à son choix, soit le regard dégoûté, déçu et probablement méprisant de son frère face à ce qu'il ferait pour Alastair, soit ses yeux laiteux, morts... Et puis, même s'il aurait voulu ne pas y penser, Dean savait qu'une fois sa famille décédée, les tortures reprendraient. Alastair était allé bien trop loin pour reculer or, Dean ne voulait plus avoir mal... Les souvenirs encore frais de ses précédents tourments lui vrillaient les nerfs et le faisaient trembler d'appréhension. Dean savait que si tout devait recommencer, il céderait. Peut-être pas immédiatement, mais il céderait. Un jour, il torturerait à son tour pour ne plus avoir mal... Tout ça parce qu'il était faible, désespérément faible...

- Dean, appela Sam, inquiet devant le silence de son frère.

Ce dernier se tourna vers lui et l'agent fédéral et son visage reflétait l'intense fatigue morale qu'il ressentait. La gorge de Sam se serra en voyant son frère mal, au point de ne plus réussir à jouer la comédie.

- Qu'est-ce qui a changé ? demanda l'agent spécial, sincèrement préoccupé et pas uniquement pour son enquête.

- Alastair s'impatiente, répondit simplement Dean.

- Qu'est-ce qu'il te veut à la fin ? s'énerva Sam.

- Ce qu'il veut ? ricana le jeune chasseur. Moi. Il veut que je cède, que je le rejoigne.

- Mais tu refuses, déclara Sam avec soulagement.

Dean ouvrit la bouche pour répondre. Il la referma sans qu'aucun son ne sorte de ses lèvres.

- On va accélérer les choses, quitte à prendre des risques, décida Henriksen devant la tournure des événements. Deux semaines, c'est possible ? Vous tiendrez ?

Dean haussa mollement les épaules et Sam se mit à avoir réellement peur pour son frère.

- Deux semaines et nous pourrons enfermer définitivement cet enfoiré, essaya de le rassurer l'agent.

- Faites comme ça vous chante, grogna Dean avant de reprendre le menu plastifié pour se planquer derrière.

Sam n'apprécia pas du tout cette réponse. Son frère semblait avoir déjà abandonné la bataille. Il devait trouver une solution, n'importe quoi, pour lui redonner envie de se battre ! Ça devenait urgent...

000

Ça faisait cinq jours que Dean avait parlé à l'agent Henriksen. Cinq jours qu'il avait passé à suivre son père de bars en bars, ne cherchant même plus à savoir si ce dernier coursait Alastair, celui qui avait été la cause de la mort de sa femme, s'il chassait un énième criminel quelconque ou s'il picolait simplement. A dire vrai, Dean s'en fichait un peu. Les regards de chien battu que Sam posait sur lui ces derniers jours avaient confirmé sa décision.

Il allait céder.

Il était temps pour lui de dire oui à Alastair, s'assurant ainsi que le regard de Sam ne virerait pas au blanc laiteux de la mort. Son petit frère allait probablement lui en vouloir au début, culpabiliser peut-être, chercher un moyen pour le « sauver » sûrement, mais ça lui passerait. Dean faisait confiance à Gabriel, même si ça lui arrachait la tronche de le dire, pour rendre Sammy heureux. Lui... Lui il ne dormait plus la nuit,se crispant au moindre bruit non-identifé, lui en avait assez d'attendre sa condamnation. Quelques jours de plus ou de moins ne changeraient rien après tout, quoi qu'en dise ce foutu agent du FBI...

Dean enfila sa veste et ses chaussures silencieusement et quitta le motel en pleine nuit, inconscient du regard vert qui le suivit quand il ferma la porte. Il s'éloigna assez pour être tranquille et sortit son téléphone, ou celui d'Alastair plutôt. Il composa le numéro pré-enregistré depuis le tout début, ses mains tremblant à peine.

La tonalité raisonnait pour la deuxième fois à son oreille quand il se sentit retourné, frappé au visage et poussé brusquement dans une ruelle avant d'être bloqué contre un mur. Deux yeux bleus furieux le regardaient.

Castiel.

Merde...

- Sam m'a tout dit, fit la voix rauque et glacée de son amant. Il m'a aussi dit que tu abandonnais mais je ne le crois pas. C'est impossible, ce n'est pas ton genre, n'est-ce pas ?

- Tu ne devrais pas être là, c'est dangereux, souffla Dean en le repoussant mollement.

- Dis-moi qu'il se trompe ! exigea Castiel en l'empoignant par le col de sa chemise.

Dean détourna la tête, incapable d'affronter le feu qui régnait dans les pupilles azurées.

- Tu n'as pas le droit d'abandonner ! gronda Castiel en le rapprochant pour mieux cogner son dos contre le mur. Tu n'as pas le droit ! Tu m'as juré que je pouvais avoir confiance en toi !

Castiel balança son amant contre l'autre mur avant de le relever brutalement et de le secouer, cognant à plusieurs reprises son dos contre la paroi de briques.

- Que tu seras toujours là, que NOUS serons toujours là l'un pour l'autre ! cria le brun. Je t'ai cru Dean ! Tu m'entends ? Je t'ai cru quand tu m'as dit que tu ne me trahirais jamais ! C'est toi qui m'as donné le courage d'être moi et d'assumer ce que j'étais ! Tu n'as pas le droit de me trahir comme ça ! Tu ne peux pas lâchement abandonner !

Castiel serra fermement les poings et toute la frustration de ces précédents mois de doutes et de solitude vinrent nourrir sa colère. Il donna un second coup de poing sur le visage de Dean avant de le projeter contre une grille sur laquelle ce dernier rebondit pour mieux se laisser tomber au sol.

Castiel le toisa de haut, les lèvres si serrées qu'elles étaient réduites à une fine ligne, son corps frissonnant de tension contenue.

- Fais-le, fit la voix cassée de Dean sous lui. Fais-le, achève-moi. Délivre-moi...

Castiel respira profondément pour tenter de se calmer. Cet homme juste là, sous lui, ça ne pouvait pas être le sien, ça ne pouvait pas être Dean ! Il n'était pas aussi... Brisé, cassé, détruit, pour ne pas dire pitoyable. Serrant les dents de rage, Castiel releva son amant et le regarda dans les yeux avant de lui donner un dernier coup au ventre. Il passa ensuite un bras sous ses aisselles et le força à marcher à ses côtés.

- Cas' ?

- Plus tard, grogna celui-ci qui supportait une bonne partie du poids de Dean.

Dean baissa les yeux et regarda ses pieds, se forçant à faire un pas après l'autre dans le silence. Cahin-caha, ils retournèrent ensemble jusqu'au motel. Dean se voyait déjà arriver dans la chambre qu'il partageait avec son père et son frère et devoir tout leur expliquer, tout dévoiler, mais il fut emmené dans une chambre vide comportant un simple lit double.

- Il n'y avait plus que celle-là, se justifia Castiel. Et je n'avais pas prévu que tu... Que nous passerions la nuit... Ensemble.

- Ça pourrait être sympa pourtant, non ? tenta Dean avec un sourire aguicheur.

Castiel le poussa sur le lit et le foudroya du regard, calmant immédiatement ses ardeurs.

- Je vais chercher de quoi te soigner, dit-il avant de sortir de la chambre.

Dean resta sans bouger en l'attendant, triturant le couvre-lit et grimaçant sous la douleur pulsante de sa joue doublement frappée. Castiel ne mit pas longtemps à revenir, un sac de glace dans une main et une trousse de secours dans l'autre. Il s'assit à côté du châtain et déposa lentement la poche froide sur sa pommette rougie.

Le visage de l'étudiant reflétait toujours sa fureur et son agacement mais ses gestes étaient doux même si légèrement saccadés par l'émotion.

- On a dû te voir, lança Dean pour casser le silence. Tu es en danger maintenant.

Castiel fit un claquement de langue agacé.

- Tu les as bien appelés, toi.

- Pourquoi tu es là ?

- Sam m'a appelé. Je suis arrivé en ville ce soir et je pensais aller te voir demain mais Sam m'a prévenu de ton départ.

Dean observa le visage face à lui, les sourcils froncés, les lèvres plissées de contrariété, les cheveux plus en bataille que jamais et les yeux sombres et fuyants.

- Sam t'a appelé et tu es venu... déglutit-il avec difficulté.

- Évidemment, claqua avec agacement la voix de Castiel. Enlève ton haut, j'ai dû te faire des bleus dans le dos.

- Ça, tu n'y es pas allé de main morte.

- La faute à qui ?

- Cas'...

- Enlève ce haut.

Dean obéit, grimaçant quand il leva les bras. Il devait avoir de beaux bleus au niveau des omoplates. Il siffla de douleur en se redressant quand Castiel commença à étaler la crème dans son dos.

- Tu ne m'as rien dit. Encore, constata le brun derrière lui.

- Je pouvais pas, vraiment pas. J'étais surveillé, par tout le monde.

- Et Sam ?

- Je n'ai aucune idée de comment il a su, répondit Dean avec aigreur. J'ai tout fait pour lui cacher pourtant...

- Tu en as l'occasion maintenant, raconte-moi tout. Depuis le début. Ne me cache plus rien.

Dean frissonna, à la fois à cause de sa peau à nu mais aussi en raison de la voix grave dans son dos. C'était troublant mais aussi plus simple qu'il ne puisse voir Castiel alors qu'il racontait tout, depuis les phases de recherche avec son père et les méthodes pas toujours moralement acceptables jusqu'aux menaces de mort d'Alastair en passant par leur première rencontre, son poignet brisé puis les coups, l'électricité, les asphyxies...

Castiel l'écouta en silence tout en continuant à soigner les bleus et égratignures qu'il avait lui-même causés. Petit à petit, à mesure que Dean narrait ses emmerdes avec Alastair, tremblant de plus en plus, ses gestes se firent plus doux, moins centrés sur les hématomes. Il alla jusqu'à entourer la taille du chasseur de ses bras et poser sa joue entre ses épaules.

- Tu peux le faire Dean, lui chuchota-t-il à la fin de son histoire.

- Comment peux-tu en être aussi sûr ?

- Parce que je te connais, je sais que tu es fort, que tu peux tenir le coup.

- Et si moi j'en étais pas convaincu ?

Castiel resserra ses bras et frotta son front contre le dos nu.

- Je peux l'être pour deux. Simplement, il faut que tu tiennes.

- Encore une semaine. Peut-être deux. C'est long.

Castiel s'éloigna de Dean, le faisant frissonner de froid, et l'allongea sur le lit. Étendu juste à côté de lui, le brun tourna son visage et déposa un baiser bref sur ses lèvres.

- C'est moins que dix-sept mois...

- C'est une explication pour le fait que tu m'aies défoncé la tronche ?

- En partie, l'autre étant que tu as songé à rejoindre un sociopathe qui se trouve être un parrain du crime.

Dean put enfin se plonger dans le regard, aussi bleu et sombre qu'une tempête déchaînée. Il ne réalisa même pas qu'il s'était rapproché de lui jusqu'à ce que leurs jambes se touchèrent. La main de Castiel se leva et caressa en douceur la pommette sensible.

- Dis-moi que tu vas résister, que tu n'accepteras pas.

- Cas'... Ce n'est pas...

- Dis-le-moi.

- J'aimerais mais...

- Dis-le.

La respiration de Dean s'accéléra alors que les doigts de Castiel continuaient de le frôler, provoquant mille tremblements de plaisir dans son corps. Il haleta malgré lui. Les yeux bleus de Castiel semblaient briller d'eux-mêmes dans la nuit.

- Dis-le.

- Je résisterai, souffla finalement Dean. Je ne le rejoindrai pas.

La bouche de Castiel se posa avec dureté sur la sienne, l'entraînant dans un baiser brusque et exigeant. Il agrippa fermement ses courts cheveux, le forçant à suivre son rythme. Dean fut emporté par le tourbillon de sensations et empoigna la chemise de son amant sans même le réaliser. Il roula ensuite sur lui-même, s'imposant au-dessus de ce dernier, bataillant à son tour pour prendre le contrôle du baiser. Ils s'éloignèrent l'un de l'autre et un sourire satisfait ourla les lèvres de Castiel.

- Je te retrouve, dit-il de sa voix si rauque qu'elle faisait entièrement vibrer Dean.

Dean ne put qu'acquiescer, le cœur battant tandis qu'une nouvelle force coulait dans ses veines.

C'était sa renaissance.

Et la nuit s'en trouva fortement raccourcie pour les deux amants.

000

- Ta réponse ? demanda Alastair avec un sourire de vainqueur.

- La voici ma réponse : va te faire foutre espèce de sale petit enfoiré. Ta proposition tu peux te la carrer bien profondément là où je pense et sans vaseline, répondit Dean avant de lui cracher à la figure.

Il était peut-être à genoux, entravé et clairement dans une merde noire, il avait promis à Castiel qu'il ne rejoindrait pas la face de rat devant lui et il ne comptait pas se parjurer maintenant ! Il avait patiemment attendu que les jours passent, plus déterminé que jamais, espérant que les fédéraux trouveraient leurs putains de preuves avant qu'il ne passe à la casserole. Apparemment, le FBI était encore plus incompétent qu'il ne le pensait... Mais cela ne changeait rien à ses résolutions. Castiel était peut-être reparti dès le lendemain – c'était réellement trop risqué pour sa vie qu'il reste plus longtemps – il avait tout de même réussi à remettre Dean sur pieds, et ce en un temps record.

Sa réponse ne plut pas du tout à Alastair qui blanchit de rage.

- Je t'avais prévenu, grinça l'homme. Dis-toi bien que tout est de ta faute.

Dean entendit une porte s'ouvrir derrière lui.

Des bruits de pas, les marmonnements d'une personne bâillonnée.

Son père.

John apparut dans le champ de vision de Dean et tout son sang quitta son visage. Son père fut agenouillé, devant lui, et le canon d'une arme posé sur sa tempe.

- Dernière chance, Dean, grinça Alastair. Il n'y en aura pas d'autres.

Le jeune chasseur observa John qui le regarda en retour, un ordre dans les yeux. Mais lequel ? Il voulait qu'il le sauve ou bien qu'il le laisse se faire tuer ?

Dean n'en savait rien mais il était hors de question qu'il laisse son père mourir ainsi, devant ses yeux ! Il fit un mouvement du bras et on le lui libéra aussitôt.

Dean empoigna le manche de l'arme d'une main tremblante. On le leva ensuite de force et le tourna vers la jeune fille à l'apparence cadavérique qui était bâillonnée et attachée contre une poutre.

- Ouvre-lui le ventre.

L'ordre claqua dans l'atmosphère, clair et péremptoire. Dean fit quelques pas vers la jeune fille. Elle ne se débattait même pas, son regard ne reflétait que le vide de la droguée qui en avait trop pris trop vite.

Dean approcha la lame du ventre à la chair trop blanche.

- Tu as assez joué de ma patience, Dean, claqua Alastair dans son dos.

Le jeune chasseur posa la pointe de la lame sur la peau, regarda celle-ci se creuser sous la pression, se tendre mais sans rompre pour l'instant. Le contact du métal froid n'alluma même pas un éclat dans les yeux éteints de la fille. Elle n'allait peut-être même pas réaliser le problème quand ses boyaux s'échapperaient pour teindre le sol de dégradé de rouge.

Et pourtant Dean ne pouvait pas. Il ne pouvait pas la tuer. Quand bien même elle paraissait déjà morte de l'intérieur.

Il se tourna brusquement et lança son poignard en direction du bras qui tenait son père en joue. Ses entraînements ne se révélèrent jamais aussi utiles que ce jour-là puisqu'il toucha sa cible en plein dans l'avant-bras. Dean se mit ensuite en position de défense, prêt à défendre chèrement sa peau, même contre des flingues, même sachant que tout était perdu. Sauf que la pièce dans laquelle il se trouvait, les combles d'une maison abandonnée, se trouva soudain être prise d'assaut par tout un tas de gens couvert d'uniforme aux couleurs des fédéraux.

Dean regarda confusément l'assaut se dérouler autour de lui, les balles voler, les corps tomber. Il vit Jack s'écrouler comme une masse sur le sol, trois trous sanglants dans la poitrine, son flingue toujours en main. Il vit un agent fédéral être fauché en pleine tête par Alastair. Un Alastair qui le regarda ensuite droit dans les yeux, ces derniers reflétant la promesse d'années d'enfer et de souffrances.

Il vit l'arme se lever vers lui.

Le temps se ralentit.

Dean pouvait presque entendre le cliquetis du chien de l'arme quand la balle s'engagea dans le chargeur du colt.

Dean vit la mort approcher de lui, dans son costume sombre, son apparence longiligne et émaciée le toisant.

Et puis le temps reprit brusquement son cours quand Alastair fut bousculé sur le côté, par son père, déviant ainsi son tir. Alastair se reprit néanmoins bien vite et pointa à nouveau son arme vers l'aîné des Winchester.

Une balle siffla à travers la pièce et vint directement se planter entre les deux yeux d'Alastair.

Dean put respirer de nouveau avant de s'effondrer au sol. Quand chaque criminel fut désarmé et menotté, il se dirigea vers son père, moitié boitant moitié rampant, et l'étreignit de toutes ses forces.

C'était fini, réellement fini. Alastair était mort. Il n'y aurait pas de case prison pour lui, juste la fosse commune.

- Ça va aller fiston, murmura John à son oreille en le serrant contre lui. Tout est fini.

Dean tremblait de tous ses membres, allant jusqu'à claquer des dents alors que la pression de ces derniers mois et celle écrasante de ces dernières semaines redescendaient. On le prit par les épaules pour l'éloigner et il résista au début, seulement son père lui-même le repoussa et tout devint flou. Il réalisa seulement qu'il avait mal à la jambe, qu'il avait froid aussi. L'esprit gelé, il fut emmené par des agents jusqu'à l'extérieur de la maison où une ambulance l'attendait. A un moment, il dut s'endormir, soit à cause de la perte de sang, soit à cause de la piqûre qu'il avait reçue. En tout cas, il se sentit être allongé et tout devint noir...

000

Sam faisait les cent pas dans le couloir de l'hôpital. Il y avait couru dès qu'il avait reçu le message de son père, priant Dieu et tous ses anges pour que son frère n'ait rien de grave. Dans tous les cas, il refusait de quitter les lieux sans avoir vu son frère au moins une fois ! Bon, en vrai, il refusait de quitter l'hôpital sans son frère, tout simplement...

Déjà six heures qu'il patientait en salle d'attente. Son frère était en salle de réveil après être passé en chirurgie pour se faire retirer la balle qui avait percé sa cuisse. John et Sam attendaient qu'il se réveille et soit transféré dans sa chambre pour pouvoir lui rendre visite.

Le téléphone de l'adolescent sonna. Il envoya un énième message pour informer Castiel de la situation. Il en profita pour revoir les messages de réconfort de Gabriel. Ce dernier l'avait littéralement spammé quand il avait appris la nouvelle. Ça aurait pu ennuyer Sam mais dans les faits, ça lui faisait chaud au cœur. Tout comme les messages de soutien de Bobby et Ellen. Le lycéen se sentait plus soutenu par ceux qui se trouvaient à des kilomètres de là et qui lui parlaient par messagerie que par son propre père qui attendait silencieusement à ses côtés. Trop silencieusement. Sam ressentait régulièrement l'envie de le prendre par les épaules et de lui hurler dessus en le secouant comme un prunier pour obtenir une réaction.

Au moins était-il là, pensa Sam avec aigreur. Ça ferait plaisir à Dean, même si tout était de sa faute et de sa lubie de vouloir venger sa femme, leur mère, à tout prix. Un vrai capitaine Achab ! Sauf que Moby Dick avait failli tuer son frère et non son père...

Enfin, une infirmière vint leur indiquer le numéro de chambre de Dean et Sam dut se retenir pour ne pas courir à travers les couloirs blancs. Il ne se calma qu'une fois arrivé devant la porte, l'ouvrant avec appréhension, craignant l'état dans lequel il allait retrouver son frère. A son grand soulagement, loin d'être branché de partout et intubé, Dean était simplement allongé dans sa chemise d'hôpital, une couverture bleue le recouvrant.

- Hey Sammy, lâcha-t-il d'une voix pâteuse en les voyant entrer.

- Je t'ai déjà dit cent fois de m'appeler Sam, sourit nerveusement son cadet en s'approchant.

- Comment vas-tu fiston ? l'interrogea John.

- Papa ? J'ai une jambe trouée, dit-il bêtement, le regard flou.

- Je crois qu'on ferait mieux de te laisser dormir. Tu es complètement stone, remarqua Sam en posant une main rassurante sur l'épaule de son frère. Repose-toi.

- Ok, accepta Dean d'une voix faible en fermant les yeux.

Sam s'éloigna de son frère non sans prendre discrètement une photo pour rassurer Castiel. Maintenant, il était temps pour lui d'amorcer les "négociations" avec son père. Après l'opération, le chirurgien était venu les voir pour leur donner ses consignes et conseils sur la suite des événements, l'un d'eux était bien évidemment que la période de convalescence devait se faire dans un endroit calme et reposant. Sam n'avait alors rien osé dire à son père concernant les motels qui n'avaient vraiment rien de calme, que ce soit la journée ou la nuit. Par contre, il avait envoyé un message à Bobby et un autre à Ellen.

La mission était claire, une fois assuré que Dean était sain et sauf, il devait convaincre son père de les emmener vivre chez Bobby ou Ellen pour les grandes vacances. Si jamais lui n'arrivait pas à lui faire entendre raison, ce serait Ellen et Bobby qui s'occuperaient de faire chauffer les oreilles de John jusqu'à ce qu'il accepte ! Mais, d'une façon ou d'une autre, cet été se passerait à Sioux Falls, chez Bobby ou chez Ellen, avec ou sans leur père.

Castiel et Gabriel avaient d'ailleurs déjà été prévenus et étaient probablement en route...

Sam ferma son portable après avoir prévenu tout le monde et se tourna vers son père, le visage décidé.

- Papa, concernant la convalescence de Dean, je sais où nous irons !

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A suivre...

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Que dire après un chapitre pareil... Vous avez aimé ? O:) vous comprenez pourquoi ça m'a pris 2 semaines de l'écrire maintenant...