Le poison d'Arachnée


Résumé du chapitre précédent :
Frodon pénètre dans le tunnel où l'obscurité est maître. Gollun achève son acte de trahison en abandonnant le Porteur de l'anneau au centre de la grotte. Ce dernier apprend bientôt que c'est en fait le repaire d'une araignée géante, qui tisse des toiles immenses et qui crache de l'obscurité. En ce moment fatal, il se souvient du cadeau de Galadriel, et sort la fiole elfique pour repousser les ténèbres et le monstre. Commence alors pour lui une course poursuite dans les hauteurs de Cirith Ungol… Pendant ce temps, Sarah arrive devant l'entrée de la grotte et y pénètre elle aussi, malgré sa répugnance. Sam, quant à lui, glisse dans les escaliers secrets pendant sa descente, et fait une chute vertigineuse jusqu'au pied de la cité morte. Il s'en sort cependant vivant, et tombe nez à nez avec le morceau de lembas que Gollum avait lancé. Fou de rage, il entreprend la remontée des escaliers… Nos trois héros vont une fois de plus dans la même direction, mais Sam et Sarah arriveront-ils à temps pour sauver Frodon des griffes d'Arachnée?


Cela prit un long moment à Frodon pour reprendre sa respiration et retirer ses bras ballants qui pendaient encore au dessus du vide. Gollum avait disparu, englouti par les ténèbres, et Frodon ne ressentit rien. Pas de satisfaction, pas de vengeance accompli, seulement un vide immense. Il regarda les rochers effilés comme des rasoirs plantés tout autour de lui, il regarda le ciel noirci par les nuages du Mordor, et finalement il regarda la cavité de l'antre d'Arachnée par où il était sorti, qui béait comme la gueule d'un animal mort, et il fit quelques pas en titubant. Une solitude pire que la mort l'envahit tandis qu'il songeait à tous ceux qu'il avait perdus, et quelque chose se déchira en lui. Il se retint à une corniche de pierre pour ne pas tomber.

Tandis qu'il serrait sa prise, il pensa à Sarah et à Sam, et il sentit ses forces l'abandonner.

- Comme je regrette… - murmura-t-il à voix haute – comme je regrette…

Il tomba lentement en avant. Au lieu du choc sur le pierre auquel il s'attendit, sa chute fut amortie par une étendue de gazon. Il resta un moment ahuri, respirant profondément la senteur de l'herbe, puis il se redressa lentement en prenant appui sur ses mains. Quelle ne fut son euphorie à sentir les rayons du soleil sur son visage et la caresse de vent dans ses cheveux encore enmêlés avec des toiles d'araignée. Une tâche scintillante brillait devant lui ; alors qu'il levait la tête, il vit les yeux bleus de Galadriel posés sur lui. Elle souriait, et était aussi resplendissante que dans ses souvenirs.

Tout en se penchant vers lui, sa voix retentit dans sa tête, comme jadis, mais elle était rassurante cette fois-ci.

- Cette tâche vous a été dévolue, Frodon de la Comté. Et si vous ne trouvez pas le moyen, personne ne le pourra.

Elle lui tendit une main à moitié enveloppé dans sa manche immaculée. Frodon regarda cette main ; son visage s'affermit et ses yeux bleus parurent reprendre vie. D'un mouvement ferme, il posa sa main dans la sienne, et sentit plus qu'il ne vit un sourire se former sur les lèvres de Galadriel. Alors que cette-dernière se redressait, le Porteur de l'anneau sentit une poigne vigoureuse le remettre sur pied. Il se retrouva dans l'endroit sombre et humide qu'était le passage de Cirith Ungol, mais il ne perdit pas contenance. Il respira à fond pour se donner du courage.

Aussi silencieux qu'une ombre, il s'éloigna de l'antre d'Arachnée et se cacha derrière un rocher pour regarder une tour noire dressée un peu plus loin, en altitude ; une lumière rouge, comme un Œil, brillait à son sommet, mais Frodon était sûr qu'il ne s'agissait pas de Barad-Dur, mais plutôt d'une simple tour de guet. S'il était si proche de Sauron, l'anneau le lui ferait sentir tout de suite. En se souvenant de son fardeau, le hobbit fit la grimace, et pria intérieurement pour qu'il ne devienne pas lourd.

Il analysa sa situation. S'il quittait l'abri de son rocher, il pourrait s'engager sur le petit chemin qui le menait droit au pied de la tour. Il serait parfaitement visible tout le long du sentier, mais c'était appremment la seule route. Ne quittant pas le point rouge des yeux, il essaya de capter un mouvement qui révélerait la présence de gardiens dans la tour, mais tout demeurait immobile. D'ailleurs, la distance trop grande ne lui aurait pas permis de voir les mouvements futiles, s'il y en avait.

Cependant, le hobbit avait la conviction que la tour n'était pas déserte. Comment pourrait-elle l'être? Tout à son étude du territoire ennemi, il n'entendit ni ne vit la tête énorme d'Arachnée jaillir d'un des trous de son antre, suivie aussitôt de quatre pattes poilues. Sans un bruit, même pas ses tac-tac habituels, l'araignée se hissa hors de sa cachette et rampa vers le porteur de l'anneau.


Sarah marcha et marcha, essayant d'ignorer cette chose poisseuse qui tapissait chaque centimètre carré des murs de la grotte. Elle était effrayée à l'idée de tourner en rond, mais l'était encore plus à l'idée de s'écarter du mur, de s'égarer au milieu des ténèbres et de tomber nez à nez avec l'araignée géante. Elle ne savait pas combien de temps s'était écoulé depuis qu'elle avait pénétré dans l'antre d'Arachnée, et cela n'aurait eu guère d'importance si elle essayait seulement de trouver la sortie et de sauver sa peau, mais tel n'était pas son cas ; elle était là pour retrouver Frodon. Et elle ne partirait jamais sans lui, ou sans avoir vu son cadavre de ses propres yeux.

Tout juste comme elle désespérait, se traitant de tous les noms d'avoir laissé Frodon partir, un courant d'air frais parvint à son visage. Elle s'arrêta, se demandant si elle n'avait pas rêvé, mais un autre courant caressa sa peau, faisant voler en arrière de petites mèches de ses cheveux. Le cœur ragaillardi, elle pressa le pas ; le courant d'air se fit de plus en plus fort, et les ténèbres reculaient quelque peu face à un soupçon de lumière.

Enfin, elle arriva devant la sortie. Plusieurs toiles d'araignée pendaient de travers, mais elle les écarta avec sa lame. Enfin, elle sortit complètement dans l'air libre, et n'osant trop y croire, inspira profondément, tête levée vers le ciel noir. Son sourire libérateur s'effaça de ses lèvres lorsqu'elle se rendit compte qu'elle n'avait toujours pas vu trace de Frodon. Il était peut-être encore dans cet endroit ténébreux, pourchassé par cette bête à la bedaine noire? Elle frissonna et se retourna pour regarder l'endroit en question : retourner là-dedans la répugnait, mais avait-elle le choix?

Indécise, elle déambula le long du mur extérieur de l'antre d'Arachnée, qui était percé de plusieurs trous semblables à celui par lequel elle était sortie. Elle les surveilla étroitement, guettant l'apparition de pattes poilues ou d'yeux brillants derrière le rideau d'obscurité. Elle parvint ainsi devant un trou beaucoup plus grand que les autres. Une immense toile d'araignée qui devait recouvrir l'entièreté de la sortie était déchirée. Prudemment, elle s'approcha de plus près pour voir ce qui se passait : les fils blancs laiteux avaient été coupés net, et les deux pans de la toile pendaient laconiquement des deux côtés. Sarah sentit son sang se glacer dans ses veines, et elle sut presque avec certitude que Frodon était passé par là. Comme pour confirmer ses soupçons, un éclat brillant attira son attention et elle s'en approcha vivement, oubliant toute prudence. Dard était là, pris dans la toile ; la vue de l'épée de Frodon sans son propriétaire fit monter une bouffée de panique en elle. Rapidement, elle coupa les fils qui retenaient la lame avec sa propre épée, puis prit Dard par la garde et le détacha de la toile.

Frodon avait été pris sur cette toile gigantesque, alors soit il s'était échappé, soit il avait été dévoré. Sarah s'obligea à réfléchir froidement : si la deuxième option était juste, elle ne pourrait plus rien faire. Par contre, s'il avait réussi à s'échapper, il ne devait pas être loin! Remplie d'un espoir amer, elle se détourna de la toile en loques et tourna à gauche. Au début, elle ne le vit pas, sa cape le confondant avec le rocher près duquel il se tenait. Mais même s'il le portait pas de cape, elle ne l'aurait pas vu, car toute son attention était concentrée sur la masse énorme et dégoutante de la bedaine de l'araignée. Cette dernière était juchée au dessus des rochers, masse sombre se fondant dans le ciel noir.

Au début, elle ne sut pas ce que la bestiole faisait là, mais un léger mouvement juste en dessous d'elle attira son attention et Sarah se sentit le cœur au bord des lèvres. Frodon se tenait là, inconscient du danger, la tête tournée vers la tour de guet qu'elle apercevait un peu plus loin. L'araignée était juste au dessus de lui, et lentement, un dard dégoulinant de venin se déploya de sous son ventre. Un craquement retentit, et Frodon sursauta, se retournant par la même occasion. Comme au ralenti, ses yeux croisèrent ceux de Sarah.

Avec un élan d'amour et de désespoir, elle courut vers lui tandis qu'un hurlement franchissait ses lèvres.

- Baisse-toi!

Le sourire réjoui que commençait à arborer Frodon se figea en une expression de douleur lorsque le dard emposoinée d'Arachnée s'enfonça dans son dos. La stupeur se peignit dans ses yeux tandis que le poison se propageait dans son corps et engourdissait ses membres. Le monde vacilla autour de lui et tout ne fut plus que ténèbres.

- NON!

Le cri de Sarah se répercuta contre les rocherset contre les derniers lambeaux de conscience du porteur de l'anneau avant qu'Arachnée ne retira son dard du corps du hobbit. Ce dernier, l'écume à la bouche, bascula en avant. L'araignée le saisit entre deux pattes et commença à l'enrouler dans une substance blanchâtre. Bientôt, le corps de Frodon disparut à l'intérieur du cocon. Sarah s'approcha d'elle, les yeux chargés de fureur ; elle brandissait Dûnnaur de la main droite et Dard de la main gauche.

- Lâche-le, sale monstre – gronda-t-elle.

L'araignée suspendit son geste, ses centaines d'yeux tournés vers elle.

- LÂCHE-LE!

L'araignée, méfiante, obtempéra. Le corps de Frodon tomba sur le sol et demeura inerte. Sarah lui jeta un bref coup d'œil chargé de douleur avant de reporter son attention sur Arachnée. Cette dernière s'approchait d'elle à présent, d'un pas calculateur. Soudain, elle se jeta sur la hobbite, ses mandibules redressées. Sarah roula sur le côté, lui trancha une patte avec Dûnnaur. Se remettant debout, elle chargea à son tour et blessa l'une de ses mandibules. L'araignée accula la hobbite à un mur et, avec sa mandibule valide, pressa le bras gauche de Sarah, qui fut obligée de lâcher Dard avec un cri de douleur.

Avec Dûnnaur, elle commença à frapper la mandibule d'un geste rageur jusqu'à ce que cette dernière se casse en deux, libérant un flot de liquide verdâtre. Arachnée poussa un sifflement de douleur et battit en retraite. Sarah arracha le morceau de mandibule plantée dans la chair de son bras et la jeta à ses pieds. Elle n'avait qu'une vague conscience de la douleur.

Sans prévenir, la bête sauta sur elle et s'abattit sur sa poitrine de tout son poids ; Sarah roula sur le côté, se cogna durement contre la pierre et tomba sur le derrière. Arachnée ouvrit une petite bouche pleine de crocs pointus et s'approcha de la hobbite avec une vitesse dont elle ne l'eut pas croyée capable. Elle n'eut que le temps de brandir son épée avant que la bête ne le saisisse entre ses dents jusqu'au garde.

Sarah lutta pour dégager son épée, mais l'araignée émit un bruit écoerant de succion et la lame s'enfonça un peu plus. Serrant les dents, Sarah hurla :

- Brille Dûnnaur! Brille Flamme de l'Ouest!

Et la lame s'anima d'un éclat si vive que l'araignée fut comme éclairée de l'intérieur par une flamme. Son corps noir tressauta, ses yeux injectés de sang fixèrent la hobbite avec ahurissement avant qu'elle ne recrache la lame avec une force brute.

L'épée, toujours flamboyante, s'arracha des mains de Sarah et retomba un peu plus loin, dans la poussière. Sarah rampa aussitôt dans sa direction, mais une patte poilue et dure comme la pierre d'enfonça dans son dos. Elle ne vit pas le dard qu'Arachnée déployait de nouveau, cette fois-ci à son intention.

Alors que la bête s'apprêtait à la planter dans son corps, une lueur aveuglante la fit glapir et reculer précipitamment en arrière.

- Arrière, monstre!

Sarah se releva et remit la main sur Dûnnaur. Elle vit Sam dressé devant l'araignée dans une posture de défi, sa main droite agrippant Dard et sa main gauche relevant la fiole de Galadriel qui émettait une vive lueur bleutée. Lorsque leurs yeux se rencontrèrent, ils hochèrent imperceptiblement la tête avant de charger ensemble en direction d'Arachnée.

Le reste de la lutte demeura confus dans l'esprit de Sarah. L'araignée se tournait brusquement vers l'un ou vers l'autre, puis chargeait. Alors l'autre hobbit se jetait sur elle en l'entaillant avec son épée. La poussière se levait et le sol était inondé par la quantité de liquide verte qui avait coulé des blessures d'Arachnée. Ensuite, profitant d'un moment de légère inattention de la part de Sam, elle chargea sur lui, l'envoyant voler dans les airs. La fiole de Galadriel lui échappa des mains et alla voler plus loin. Sarah voulut l'attraper au vol, mais l'une des pattes de l'araignée jaillit et l'en dissuada.

Sam, acculé au mur, ne vit d'autres moyens que de monter en altitude. À mi-chemin, cependant, l'araignée saisit sa jambe et le tira vers le bas. Le hobbit poussa un cri. Sarah commença à attaquer son corps à coups d'épées enflammés, mais la carapace qui le recouvrait était résistante et les contrecoups faisaient vibrer les bras de la hobbite jusqu'à l'épaule. Finalement, elle abandonna, se précipita vers sa tête et lui creva un œil avec la lame.

L'araignée, sous l'effet de la douleur, fit basculer Sam par dessus son corps. Le hobbit perdit son épée sous le choc, et se retrouva dans une position vulnérable, en dessous de la bedaine. Sarah le remarqua et essaya de concentrer l'attention de la bête sur elle pour donner à Sam le temps de se tirer de là. Mais Arachnée ne fut pas dupe, avec une de ses pattes poilues, elle envoya Sarah valdinguer sur le sol, puis sortit son dard empoisonné et se laissa tomber sur Sam.

Ce dernier hurla, roula sur lui même, et le dard s'enfonça dans la terre. Arachnée le retira et l'attaqua de nouveau. Sam roula d'abord vers la gauche, puis vers la droite, tout en évitant le poison mortel. Sarah se traîna jusqu'à l'épée de Frodon, mais la lame sembla peser des tonnes dans ses mains. Elle le porta néanmoins avec elle, puis trouva le moment propice pour le glisser à Sam. Ce dernier aggripa la garde, se mit sur le dos, et planta l'épée droit dans le ventre de la bête, dans la partie vulnérable qui n'était pas protégé par la carapace. Les pattes d'Arachnée fléchirent, tandis que son corps fut soudain pris de convulsions. Un grand flot de sang verdâtre coula de la plaie et aspergea le bras et la main de Sam, lui brûlant légèrement la peau. Sam retira l'épée et roula sur le côté, tandis que l'araignée agonisante se cabrait, se raidissait, et reculait vers son antre.

Sarah se risqua à aller prendre la fiole de Galadriel sur son passage, mais l'araignée ne l'attaqua pas. La fiole brilla dans les mains de la jeune hobbite, envoyant un rai de lumière aveuglante dans les yeux blessés de la créature. Avec un dernier cri, elle disparut dans les ténèbres de sa grotte. Il ne resta plus de la bataille que la traînée verdâtre qui partait du centre de la place jusqu'au trou de l'antre.

Sam regardait encore le champ de bataille avec abassourdissement tandis que Sarah se laissait tomber auprès du corps de Frodon. Avec encore une mince parcelle d'espoir, elle rompit la toile du cocon au niveau de son visage. Elle poussa un petit cri en apercevant ses yeux fixes, à demi-ouverts qui la fixaient sans la voir. Des boutons noirs de poison étaient apparus à plusieurs endroits de son visage, contrastant avec le teint mortellement pâle de sa peau. Sarah toucha sa joue d'une main tremblante, mais elle était glacée.

Sam s'accroupit à côté d'elle en observant son maître avec bouleversement.

- Oh non… Frodon… - gémit-il en le secouant.

Frodon ne réagit pas.

- Monsieur Frodon…

Sam prit sa tête sur ses genoux et fondit en larmes.

- Réveillez-vous M. Frodon, réveillez-vous…n'allez pas là où je ne peux vous suivre…

Sarah le regarda faire, son visage horriblement dénué de sentiment.

- Vous n'êtes pas endormi – hoqueta-t-il – vous êtes mort!

À ce dernier mot, Sarah eut un soubresaut : ce terme était comme un petit poignard qui lui aurait fouaillé le ventre. Sam releva la tête vers elle et vit la profonde détresse qui ravageait ses traits. Lentement, Sarah souleva le corps de Frodon, essayant d'éviter de recontrer ses yeux vides, et le serra contre elle. Elle ne trouva rien du corps tiède et protecteur qu'elle connassait, seulement une enveloppe aussi froide que la mort elle-même.

- Oh, Frodon… oh, mon amour…

Elle ne dit rien d'autre, ne pleura pas, mais son expression était celle d'une douleur si vive et d'un vide si monstrueux ne rien ne pourrait jamais combler. Au delà des larmes et presque de la douleur, elle se contentait de serrer le corps froid de Frodon contre elle comme si en agissant ainsi elle pourrait lui transmettre un peu de son chaleur. Tout à coup, la lame de Dard brilla d'une lueur bleutée. Sam se redressa.

- Des Orques – fit-il.

Sarah demeura immobile, même lorsque des cris s'élevèrent et s'approchèrent, venant de la tour.

- Je ne peux pas le laisser – fit-elle enfin.

- Sarah, tu ne peux plus rien pour lui. Il est…

- Tais-toi!

Sam recula légèrement mais Sarah ne semblait pas consciente de ce qu'elle disait. Elle regarda les yeux bleus ternes de son bien-aimé une dernière fois avant de passer doucement une main sur son visage pour lui fermer les yeux. Tout juste comme elle le touchait, mille souvenirs passèrent devant dans sa mémoire ; elle n'aurait jamais cru que c'était là qu'elle allait dire au revoir à celui qu'elle aimait. Un bruit de pas résonna contre le sol pierreux, mais Sam n'osa pas le lui faire remarquer, lui-même frappé de douleur. Sarah finit par poser le corps sur le sol avec mille précautions, puis déposa un dernier baiser sur son front froid.

Alors, sans un regard en arrière, elle ramassa son épée, la fiole de Galadriel, et se traîna elle et son âme brisée vers le premier abri qu'elle vit. Là, elle se laissa tomber contre le mur. Son chagrin était comme un fleuve en crue qui menaçait de déborder à tout moment, mais elle le refoula au plus profond d'elle-même et l'enferma à double tour. Sam la rejoignit quelques instants plus tard, haletant légèrement. À peine se furent-ils cachés et immobilisés que les premiers Orques portant des casques tamponnés de l'œil rouge de Sauron apparurent au bord du sentier.

Ils étaient au nombre de trois, tous plus cruels les uns que les autres. Leurs yeux jaunes balayèrent le champ de bataille, glissèrent sur les tâches vertes, pour s'arrêter sur le corps de Frodon.

- Qu'est-ce que c'est que ça? – rugit l'un d'entre eux.

- Paraît que la vieille Arachnée s'est amusée un peu… - répondit un autre d'un air méchamment ravi.

Tous trois s'approchèrent du corps et le contemplèrent en ricanant.

- Elle en a tué un autre – rigola le troisième.

Le premier partit d'un rire gras et donna un coup de pied dans le corps de Frodon ; Sarah serra les poings et se jura de lui faire payer ce sacrilège si l'occasion se présentait.

- Non – gloussa-t-il comme si c'était une bonne plaisanterie – non, celui-là n'est pas mort.

Cette fois, ce fut Sam qui se tendit, tandis qu'il murmurait, incrédule :

- Pas mort?

- Elle l'a piqué avec son dard – expliqua le second – et son corps est devenu aussi mou qu'un poisson sans arêtes! C'est comme ça qu'elle aime manger : de la chair fraîche!

Un soulagement aussi grand que l'immensité des cieux balaya la jeune hobbite, qui s'effondra en arrière en pantelant. Sam la prit dans ses bras et la serra avec émotion. Sarah eut peur que son cœur n'éclate tellement il battait vite. Les Orques tournèrent encore un peu autour du corps en claquant de la langue. Sarah se ressaisit et sourit brièvement dans la pénombre ; elle serra bien fort la fiole de Galadriel contre son cœur.

- Emmenez-le à la tour! – ordonna finalement le premier.

Les deux autres s'executèrent rapidement ; l'un le prit par les pieds, l'autre par les aisselles, et ils disparurent derrière les rochers en riant et en ballotant le corps de Frodon entre eux.

- Sam, tu es un idiot! – se morigéna-t-il lui-même.

- Il va se réveiller dans quelques heures – râilla la voix d'un Orque de derrière les rochers.

- Et il souhaitera ne jamais être né – compléta un autre.

Puis tous les trois partirent à rire de nouveau. Sarah grinça des dents, puis se tourna vers Sam ; il n'y avait que détermination dans ses yeux, mais pas l'ombre d'un sourire.

- Qu'allons-nous faire? – demanda-t-elle.

- On va le sauver – décida-t-il.

Elle secoua la tête avec impatience.

- Bien sûr qu'on va le faire, mais tu as un plan?

Sam haussa les épaules.

- On les suivra, et ensuite, on verra sur place.

Elle acquiesça, puis ramena ses genoux contre sa poitrine et appuya son front sur ses avant-bras. Elle tremblait légèrement. L'une de ses manches était imbibée de sang, là où la bête avait planté sa mandibule dans son bras.

- Sarah, ça va?

Elle ne répondit pas. Le silence qui s'était installé sembla s'éterniser avant que Sarah redresse la tête et regarde Sam dans les yeux.

- On peut y aller – fit-elle – leurs pas se sont évanouis.

Elle surprit Sam qui regardait sa blessure avec insistance, mais elle secoua la tête.

- Pas le temps pour ça. Ce n'est qu'une éraflure superficielle.

Sam ne fut pas totalement convaincu, mais décida de ne pas insister. Ils se levèrent et suivirent prudemment la route empruntée par les trois Orques quelques minutes auparavant. Au loin, la tour de guet les lorgna de son œil rouge et sardonique, les défiant de s'approcher.


Il avait froid : ce fut la première impression qui lui vint à l'esprit. Il se sentait fatigué, mais pas de cette fatigue brute qui l'avait habité depuis si longtemps. Il avait l'impression qu'un bon repos pourrait lui redonner des forces… oui, il avait juste besoin de se reposer. Des bruits de voix et des cliquetis retentissaient quelque part derrière lui, inconsistants et lointains. Il avait froid par vagues, comme si son corps était exposé à un courant d'air. Il frissonna, et cela le tira un peu plus de son état léthargique. Il s'aperçut que ses bras étaient croisés sur sa poitrine, en un geste instnctif pour se protéger du froid, et il sentit des cordes lacérer douloureusement ses poignets.

Au même moment, il perçut dinstinctement le contact du sol froid sur sa peau même. Pas étonnant qu'il eût si froid! On lui avait enlevé sa chemise et il était torse nu. Sa lucidité monta encore d'un cran lorsque les voix derrière lui acquérirent subitement une tonalité plus forte et un sens à ses oreilles. C'était des Orques, deux Orques à en juger par les voix. Lentement, avec frayeur, Frodon ouvrit les yeux.

Il n'y avait pas beaucoup de lumière dans l'endroit où il se trouvait, mais le peu qui planait dans l'air suffit à lui faire mal aux yeux et à faire naître un début de migraine au sein de son crâne. Il referma les yeux, frisonna de nouveau et se recroquevilla sur lui-même comme un chiot blessé. À peine ses paupières se furent-elles refermées, qu'une voix si proche et si réelle qu'elle semblait crier à son oreille, retentit dans sa tête.

- Baisse-toi!

La dernière chose qu'il avait entendue…Alors, tout lui revint : comment il avait couru dans l'antre d'Arachnée, comment il avait été pris dans la toile, comment il s'en était arraché, comment Gollum était tombé dans l'abîme, comment l'araignée l'avait piqué… Mais il n'était pas mort, et il paraissait être prisonnier des Orques. Il se trouvait probablement dans la tour de guet qu'il avait aperçue plus tôt. Mais alors, qu'était-il advenu de Sarah? Un grand tintamarre retentit derrière lui, le faisant sursauter. L'un des Orques brâilla :

- Bas les pattes! Cette chemise scintillante est à moi!

L'autre émit un sifflement méprisant, puis râilla :

- Ça va aller pour le Grand Œil, comme tout le reste d'ailleurs.

La respiration de Frodon s'accéléra tandis que la portée des mots « tout le reste » le frappait comme une massue. Avec ses mains attachées, il toucha toute l'étendue de sa poitrine sans rencontrer l'anneau. Une immense lassitude s'abattit sur lui. Derrière lui, le premier Orque rugit et vociféra :

- Je n'ai pas d'ordres à recevoir de la part d'un rat puant de Morgul.

Un grand vacarme assourdit la fin de sa phrase, tandis qu'une caisse s'en allait valdinguer sur le sol. Plusieurs babioles s'éparpillèrent sur le sol, et Frodon se demanda si l'anneau était parmi elles. Il songea un moment à prendre le risque de se retourner, mais un rugissement de la part du deuxième Orque l'en dissuada. Celui-ci prit une arme, qui tinta contre la cloison de pierre, puis se précipita et la brandit devant le nez de son compagnon.

- Tu le touches, et je me ferai un plaisir de planter cette épée dans ton gosier.

Sur ce, un bruit de bataille éclata, et Frodon se fit tout petit, terrorisé. L'un des Orques poussa un hurlement lorqu'il tomba à l'étage inférieure. En bas, les bruits de conversation et de rire cessa tandis que tous les yeux étaient portés vers l'Orque qui était tombé. En haut, celui qui l'avait poussé mugit :

- Cette vermine m'a menacé. Tuez-le!

Ceux de la même race que lui se jetèrent sur les autres, et bientôt une féroce bataille éclata, durant laquelle les Orques des deux camps s'entretuaient, hurlaient et fracassaient des objets sur la tête de leurs ennemis. Le vacarme devait s'entendre de loin. L'Orque qui était dans la cellule de Frodon se jeta lui aussi dans la mêlée, à l'étage inférieure, et Frodon demeura seul.


RARs :

Believe4ever : ahem, j'ai coupé l'autre chapitre à un moment décisif parce que quand même… faut bien entretenir l'intérêt des lecteurs, nan? De toutes façons, c'est pas comme si tu savais pas déjà ce qui va se passer (les grandes lignes quoi!), alors l'excuse est pas valide, lol. Non, sérieusement, j'ai coupé là parce que ça faisait déjà 13 pages, et que bon… j'aime pas trop ça les longs longs chapitres. Sinon, à part ça, t'as bien le droit de te plaindre lol! Dans une review, tu peux mettre à peu près tout ce qui te passe par la tête, ça me dérangerait pas :p. Eh oui, le boulot scolaire ne va vraiment pas de pair avec l'écriture! Je suis en secondaire 5, d'après le système québécois, en Seconde, dans le système français, et en première année du lycée dans le système italien et… bon, j'arrête là. Tout ça pour dire que ouais, c'est très dur, et ouais, j'ai à peu près 5 minutes par jour accordées à l'écriture. Merci pour tes encouragements ça fait vraiment du bien d'en avoir et… j'espère que la suite était bien.

AngelOfLinkinPark : hey, salut toi! Ah, t'as oublié que t'as laissé la review, mais c'est pas grave puisque tu l'as laissée, lol. Ça me fait toujours autant plaisir que tu continues à suivre l'aventure de nos petits hobbits. Merci pour la review (sans regret) et… comment ça t'es en dep? Il ne faut pas voyons! D'ailleurs, ma fic a pas une atmosphère très joyeuse en ce moment pour remonter le moral, mais bon… j'espère que ça va mieux maintenant. Allez, je te laisse! Merci encore!

Alex : hello! Dis donc ta review tombe tout juste! J'allais justement mettre le document Word sur et poster ce chapitre! Oo En tout cas, drôle de coincidence, lol! Oui, pour la description, j'ai passé pas mal de temps là-dessus. Je pense que j'aime bien ça dramatiser un peu les choses. Oui, la fin est vraiment proche… j'ai pas trop envie de finir cette fic, parce qu'après un an et demi, on finit par s'y attacher, mais toute bonne chose a une fin, malheureusement. Il doit rester au moins 5 chapitres avant que Frodon n'arrive au pied de la montagne du Destin, et quelques 5 ou 6 chapitres pour la fin. Merci pour la review alors! Ça m'a fait hyper plaisir.

PS : no kidding pour Elijah! Il est vraiment le meilleur, lol! Et il a aussi un de ses sourires… mais bon, toi aussi tu es fan d'Elijah? Tiens donc… bienvenue au club (Et comment ça ça sert à rien, c'est même très important de dire ces choses-là! LOL)