POV Edward :

Tendu et inquiet à l'idée de retrouver ma famille, je coulais un regard vers Bella et fus vite rassuré par son sourire tendre et la force tranquille qu'elle dégageait. Tout se passerait bien…

J'entrais alors dans la maison, Bella à ma suite, et nous rejoignîmes ma famille qui attendait dans le salon. Ils étaient tous installés sur les sofas et fauteuils et nous avaient laissés un « canapé d'honneur », trônant fièrement au milieu des autres sièges. Une façon plus ou moins subtile de nous montrer qu'ils allaient nous cuisiner… Bella me lança un regard amusé.

Enfin ! La vache ça fait du bien ! Je n'en pouvais plus de toute cette tension sexuelle entre vous deux… Je vais pouvoir me détendre, merci frangin !

Je roulais des yeux suite aux pensées de Jasper, décidément…

Emmett, un sourire bienheureux aux lèvres, donnait l'impression de planer. Rosalie, assise à ses côtés, le couvait d'un regard tendre et dégoulinant d'amour.

Alice sautillait frénétiquement sur les genoux de Jasper tout en se massant les tempes, gênée de ne pas voir la suite des évènements.

Esmée débordait d'une joie sans égale en nous voyant avancer, Bella et moi, main dans la main et son regard pétillait d'admiration pour la jeune femme « qui avait su capturer mon cœur » selon elle.

Quant à Carlisle… Il était une contradiction à lui tout seul. À la fois impatient d'obtenir des réponses pour toute la myriade de questions qu'il se posait, curieux quant à la nature de Bella, vexé du dédain apparent de la jeune femme envers lui, effrayé par ses incroyables capacités… L'esprit de mon père était un tel fouillis, passant d'une idée à l'autre en moins d'un 1000ème de seconde, que je risquais la migraine si je m'y attardais trop longtemps !

Alors que tous nous dévisageaient avec une franche curiosité, ce fut Bella qui brisa finalement la glace.

- Bonjour. La nuit a été bonne, Emmett ?

- Hein ? Quoi ? Tu déconnes ! Meilleure que ça même ! J'ai dormi, j'en reviens pas, j'ai dormi !

- Ah ! Ah ! Non Emmett, tu n'as pas dormi, je te rassure…

- En tout cas, ça ne l'a pas empêché de ronfler au point d'en faire trembler les murs ! Railla Rosalie en ébouriffant tendrement les cheveux de son compagnon qui se mit à bouder.

- Bah si j'ai pas dormi, c'était quoi alors ?

- Tu étais dans une sorte de… transe méditative profonde. En phase avec ton « moi » intérieur, si tu préfères. Tu avais besoin de reprendre des forces, Emmett… Répondit doucement Bella.

Finalement, Jasper ne tint plus et mitrailla ses questions.

- Mais bon sang il s'est passé quoi au club ? Je n'ai pas vu ce qu'il s'est passé physiquement mais j'ai perçu le tourbillon émotionnel ! C'est quoi cette histoire d'Emmett qui doit reprendre des forces ? Il va bien le frangin ! Pourquoi as-tu dit que le pire est à venir et…

- STOP ! Bien que tout cela soit important, je pense que le principal est de savoir ce qu'étaient ces créatures sorties tout droit de l'Enfer mais également, si tu me permets la question, d'en savoir plus sur ta nature. L'interrompit Carlisle, le regard braqué sur Bella.

Cette dernière était tendue à mes côtés, non pas de crainte, mais d'énervement. Lorsqu'elle prit la parole, sa voix était froide, dure.

- Non. Le plus important, et la raison de ma présence ici, est de débarrasser Emmett au plus vite de mon ADN…

- C'est possible ? Alors tu pourras guérir Edward au…

- Je t'arrête tout de suite, Carlisle Cullen. Si je peux, et dois, assainir le corps d'Emmett de mon patrimoine génétique, il m'est impossible de le faire pour Edward. Il a été crée avec une part de mon ADN vivant en lui. TU as fixé mon ADN en lui en le mordant. Edward n'est pas malade, il est unique ! Une anomalie d'un point de vue génétique, peut-être, mais il est unique !

Le corps frissonnant de rage, Bella foudroyait Carlisle d'un regard assassin au point où mon père se tassa dans son fauteuil. J'attrapais la main de Bella et caressais sa paume du bout du pouce. Cela marcha, elle se calma.

- Bella ? Je voulais te remercier d'avoir sauvé mon Emmett. Sans toi, je n'ose imaginer ce qu'il lui serait arrivé… Mais… en quoi est-ce si important que tu le débarrasses de ton ADN ? Au pire il deviendra comme Edward et…

- Il ne deviendra jamais comme Edward. Edward est unique. Une anomalie… une erreur… excuse-moi mon petit vampire. Dit alors Bella en me couvant d'un regard tendre. Mais ton frère est absolument unique, à la fois né de ma morsure et de celle de Carlisle. Il est un hybride, une sorte de mutant si tu préfères. Ses deux patrimoines génétiques différents, mon ADN et celui de Carlisle, cohabitent naturellement en lui depuis un siècle et ont crée cette perfection absolue qu'est ton frère. Emmett, quant à lui, est un vampire. 100 % vampire. Et si on ne le débarrasse pas au plus vite de mon ADN, cela va le ronger de l'intérieur…

- Mais j'pète la forme !

- Pour l'instant Emmett, mais ce n'est que temporaire… Petit à petit, ton caractère va devenir plus brutal, violent… tes caractéristiques physiques vont changer également… mon ADN va ravager chacune de tes cellules sur son passage, comme le venin agit sur le sang et les organes d'un humain pendant la transformation… Puis tu seras peu à peu bombardé par ma conscience… tu en deviendras fou à lier Emmett… Au point où tu souhaiteras t'en débarrasser toi-même et où il n'y aura pas d'autre choix que de mettre fin à ton existence… Est-ce donc ce que tu souhaites ?

Un silence lugubre et le choc le plus total fit suite aux paroles de Bella. Finalement, Rosalie prit timidement la parole.

- Est-ce pour ça que tu étais si réticente à le sauver ?

Bella hocha tristement la tête alors qu'Emmett l'observait bouche-bée.

- Et… euh… ça peut pas attendre ?

- Non Emmett… Mon ADN est comme une gangrène, il est déjà en train de pourrir ton corps, il n'y a pas de temps à perdre…

- Bon… ben… euh… Qu'est-ce qu'on attend alors ? Claironna mon frère d'une voix forte malgré sa peur évidente.

- Je préfère te prévenir que ça va être… douloureux… Incroyablement douloureux… Mais c'est dans ton intérêt Emmett…

Alors que Bella se relevait gracieusement de notre sofa, Carlisle l'arrêtait brusquement.

- Qu'est-ce qui nous dit que c'est vrai ? Qu'est-ce qui me dit que tu n'essaies pas de nous manipuler par peur d'avoir un nouvel hybride sur les bras ? Qu'est-ce qui…

- Elle dit la vérité, Carlisle, je le sens ! S'exclama Jasper.

- Tu n'en sais rien ! Tu es incapable de percevoir ses émotions !

- Crois-tu que j'aurais gaspillé mon précieux temps à vous sauver et préserver vos existences pour mentir de la sorte ? S'offusqua Bella, le regard noir vissé sur mon père.

- Si tu ne lui fais pas confiance, moi si Carlisle. S'interposa Rosalie alors que notre père l'observait, complètement effaré. Elle nous a tous sauvés… elle a sauvé mon Emmett, nom d'un chien ! Vas-y Bella, fais ce que tu as à faire…

Bella observa longuement ma sœur puis hocha la tête avant de se tourner vers moi.

- Je vais avoir besoin de ton aide, mon petit vampire, mais je préfère te prévenir que ça va faire mal… Très mal…

- C'est mon frère, Bella… Je suis prêt à tout pour lui !

Son regard s'emplit alors de douceur et un léger sourire étira ses lèvres alors qu'elle me couvait des yeux. Enfin, Bella se tourna vers Emmett.

- Je m'en voudrais d'abîmer de si beaux meubles… Emmett, allonges-toi par terre, tête vers le nord magnétique s'il te plait. Edward ? Je voudrais que tu te places devant lui, mains posées sur ses tempes.

Emmett s'exécuta, s'allongeant nonchalamment alors que je m'agenouillais face à sa tête et posais mes mains sur lui.

- Tu as déjà fait ça, Bella ? Demanda Jasper avec une franche curiosité.

- Non. Jamais. Je me suis contentée d'exécuter les vampires contaminés…

- Comment ? Comment oses-tu dire une telle chose et vouloir nous faire croire que tu agis pour notre bien ? Comment peux-tu penser que ton expérimentation sur mes fils va marcher ? Comment veux-tu qu'on te fasse confiance ? De quel droit… Feula Carlisle, outré.

- Si je n'ai jamais pratiqué cette… expérimentation comme tu le dis si bien, Carlisle Cullen, c'est parce qu'Edward n'existait pas. S'il n'existait pas, jamais je n'aurais essayé de sauver Emmett, je l'aurais achevé...

Entre hoquets de stupeur et déglutitions diverses, je ne savais plus où donner de la tête. Ce fut finalement Jasper qui posa la question qui m'intéressait.

- Et en quoi Edward est si important pour… soigner Emmett ?

Bella mit quelques longues secondes à répondre, cherchant ses mots, puis finalement elle releva les yeux vers moi avant de se tourner vers Jasper.

- Edward va agir à la manière d'un… filtre, prends par exemple le principe de la dialyse pour épurer le sang. Dans ce cas présent, Edward va purifier le venin d'Emmett en aspirant l'accumulation d'énergie imposée par mon ADN pour ensuite lui restituer l'énergie vampirique.

J'écarquillais les yeux, stupéfait. Moi ? Faire ça ? Mais j'en suis incapable !

- Tu ne sais pas de quoi tu es capable, mon petit vampire…

Enfin, Bella inspira lentement les yeux clos avant de me souffler un « on y va ». Lorsqu'elle les rouvrit, ses yeux étaient devenus une fois deux plus ces deux globes luminescents qui lui mangeaient le visage.

Les mains posées sur les tempes d'Emmett, agenouillé à ses côtés, je perçus une fois encore cette étrange pression sur mon cortex et observais mon frère. Bella le détailla longuement du regard, des pieds à la tête, avant de passer lentement ses mains le long de son corps, sans jamais le toucher.

Il n'y avait pas un bruit dans la villa, tous retenaient leurs souffles en attente des évènements. Finalement, Bella émit un petit claquement de langue rageur alors que sa main se trouvait au niveau du talon gauche de mon frère puis s'adressa à Jasper.

- Peux-tu maintenir Emmett, s'il te plait ? Et si quelqu'un pouvait faire de même avec Rosalie, je lui en serais reconnaissante, merci.

Et alors que Carlisle ouvrait la bouche pour la questionner, Bella posa son index sur le talon d'Emmett. Un hurlement effroyable s'échappa de sa gorge alors que Jasper le maintenait tant bien que mal au sol et que Carlisle ceinturait déjà une Rosalie qui voulait protéger son compagnon.

Les yeux mi-clos, ses longs cils laissant passer un filet de lumière irisée, le doigt de Bella chemina lentement, trop lentement le long de la jambe de mon frère qui beuglait son agonie. Ses yeux étaient exorbités sous la pression, menaçant de s'éjecter à tout instant de leurs orbites… sa bouche ouverte en un rugissement dément… ses gencives si tendues sur ses dents, comme si ces dernières souhaitaient sauter toutes seules de leurs mâchoires… sa langue dégoulinante de venin s'agitait furieusement dans sa bouche… Seigneur… C'était abominable à voir…

Rosalie braillait des menaces de mort à l'encontre de Bella, ne supportant pas de voir son compagnon à l'agonie. Elle se débattait férocement entre les bras de Carlisle, au point où Alice et Esmée vinrent à la rescousse de mon père. Jasper peinait à maintenir Emmett tant mon frère se débattait… de plus, son empathie ne l'aidait en rien puisqu'il souffrait autant qu'Emmett…

Alors que le doigt de Bella arrivait péniblement au niveau du nombril d'Emmett, je ressentis un étrange fourmillement sur le bout des doigts, un fourmillement désagréable… qui se mua en tiraillements… puis en milliers de picotements d'aiguilles chauffées à blanc… Mon souffle était de plus en plus court, laborieux, alors que Bella arrivait au cœur de mon frère et que l'acide me bouffait les bras… puis le cou… Je serrais les dents essayant tant bien que mal de contenir le hurlement qui voulait s'échapper de ma gorge…

Excuse-moi Edward ! Pardonne-moi mon petit vampire ! Pardon ! Pardon ! Pardon !

Mon cerveau semblait avoir été jeté au cœur d'un volcan et léché par le magma brûlant alors que Bella arrivait difficilement à la nuque de mon frère. Je voulais lâcher prise, je ne supportais plus cette agonie et j'avais beau hurler, hurler, rien ne parvenait à l'apaiser…

Je suis désolée ! Tiens bon, tiens bon ! C'est bientôt fini, je te le promets ! Ne romps pas le contact, ne le romps surtout pas !

Et alors qu'Emmett, Jasper et moi rugissions, parvenus au summum de cet épouvantable calvaire, subissant l'agonie et torturés par les pleurs de notre famille, le doigt de Bella arriva finalement à la tempe gauche d'Emmett puis effleura ma main. Si l'agonie d'Emmett semblait stoppée, la mienne ne faisait que commencer car le calvaire vécu jusque-là n'était rien face à la torture que je subissais désormais…

Son doigt remonta le long de mon bras… puis passa dans mon cou… sur mon menton… alors que je hurlais tant la douleur m'était intolérable. Les mains posées sur les tempes d'Emmett, je faisais des efforts inimaginables pour ne pas lui broyer la tête… Je n'en pouvais plus… Que cela cesse !

Je sentis alors quelque chose remonter dans ma gorge, comme une bile noire et acide, abjecte, puis remplir ma bouche alors que le doigt de Bella caressait doucement ma lèvre inférieure. Bouche ouverte en un rugissement effroyablement terrifiant, Bella y plongea deux doigts et en ressortit l'étrange matière. Elle était bien noire, d'apparence visqueuse, mais immatérielle. Elle referma sa main autour de la substance qui s'évapora instantanément puis ancra son regard doux au mien.

Posant sa main sur mon front, elle attendit quelques secondes avant de glisser une fois de plus son doigt le long de ma joue droite… puis mon cou… mon bras… ma main…

Je ne ressentais plus de douleur désormais, cette fois-ci j'avais une impression de chaleur, mais une douce chaleur, une chaleur bienfaisante… Son doigt quitta alors ma main et glissa sur le visage de mon frère, de sa tempe droite à son menton, de son menton au cou, alors qu'Emmett haletait… haletait… Puis Bella arriva au torse de mon frère et posa la paume de sa main à l'emplacement de son cœur mort et je sentis un tiraillement au niveau du cortex alors que Bella se concentrait sur le cœur d'Emmett, pompant, aspirant toute mon énergie. Je sentis cette dernière me quitter et déferler à toute vitesse vers Emmett, canalisée par Bella.

Un bruit de valve épouvantable s'échappa de la gorge d'Emmett lorsque Bella ôta sa main et il se redressa d'un geste brusque alors que je m'écroulais sur lui, incapable de me retenir, complètement vidé, à bout de forces, les mains toujours cramponnées aux tempes de mon frère.

Des bras chauds s'enroulèrent au tour de mon torse et une voix douce susurra au creux de mon oreille.

- Tu peux le lâcher Edward… C'est fini… Tu as été incroyable mon petit vampire… absolument incroyable…

Le nez enfoui dans le creux de son cou, je laissais Bella trifouiller mes cheveux en inspirant sa fragrance, tentant de reprendre des forces.

Du coin de l'œil, j'aperçus Rosalie enroulée autour d'Emmett, le palpant sous toutes les coutures.

- Tu vas bien Emmett ? Tu es sûr ? Tu n'as rien ?

- Je vais bien ma Rosie, te bile pas !

Rosalie déboula alors jusqu'à nous et nous enroula, Bella et moi, dans une étreinte à couper le souffle.

- Merci ! Merci ! MERCI ! Il est sauvé alors ? C'est vrai ?

- Emmett est parfaitement sain désormais. Il ne lui reste plus qu'à couler une immortalité heureuse. Quant à être sauvé, je suis désolée de te dire que je n'ai malheureusement rien pu faire pour son cerveau… Quand un cas est désespéré, il faut savoir le reconnaître !

- Mais euh !

Rosalie riait aux éclats alors qu'Emmett, faussement outré, boudait dans les bras d'Esmée.

Alice cajolait Jasper qui se remettait tant bien que mal de ses émotions – et des nôtres également – et Carlisle ne savait ni quoi dire, ni quoi penser.

- Mais que s'est-il passé ? Demanda-t-il d'une voix chevrotante.

- J'y ai déjà répondu, Carlisle, il fallait purifier Emmett.

- Qu'es-tu ? Et… et qu'étaient donc ces effroyables créatures qui nous ont attaqués ?

Alors que Bella ouvrait la bouche, nous entendîmes au loin un étrange crissement métallique. Bella se redressa subitement et son regard porta sur l'extérieur, vers les montagnes.

Sourcils froncés et lèvres légèrement retroussées, Bella émit un étrange grondement sauvage, létal. Elle se tourna alors vers nous et me pressa doucement la main.

- Ces créatures sont des Sauriens. Et comme vous venez de l'entendre, il en reste dans les parages…

Alors que ma famille hoquetait de stupeur et d'effroi, Bella me fit face et son regard s'adoucit légèrement.

- Je dois y aller Edward mais je…

- Je viens avec toi, Bella !

- Non. Tu es en sécurité ici. Tu dois reprendre des forces…

- Mais Bella !

- J'ai dit non, Edward. Ne t'inquiète pas pour moi, je ne risque rien mon petit vampire, je te le jure…

- J'ai peur pour toi Bella, peur de ce qu'il pourrait t'arriver et…

- Je te promets, je te jure que je ne risque rien Edward… Je serai rapidement de retour, mon petit vampire…

Sachant que je ne pourrai pas la convaincre, je capitulais. En un sens, elle avait raison, je n'étais pas au meilleur de ma forme… Alors que Bella se dirigeait vers l'entrée, j'agrippai son poignet et la retournai brusquement. Les mains plaquées sur ses joues, je m'emparais férocement de ses lèvres, oubliant un instant l'endroit où nous nous trouvions. Je l'embrassais de toutes mes forces et déversais la puissance des sentiments qu'elle avait fait naître en moi, gémissant dans sa bouche lorsqu'elle répondit farouchement face à mon ardeur. Malheureusement, un raclement de gorge nous ramena à la triste réalité et je me séparais de ses lèvres à regret…

- Z'allez nous faire un p'tit comme ça en public ?! Et mes chastes yeux alors !

Alors qu'Esmée nous regardait attendrie, les mains sur le cœur, mes frères et sœurs essayaient tant bien que mal de contenir leurs rires, même si Emmett s'esclaffait bruyamment.

Bella souffla longuement puis caressa doucement ma joue.

- Je reviendrai vite, rassures-toi.

Elle se dressa sur la pointe des pieds, embrassa chastement mes lèvres puis s'évapora dans la nature à peine la porte ouverte.

- Nom d'un grizzly ! Elle est rapide !

- Tu n'en as aucune idée, Emmett…

Un gémissement plaintif d'Esmée nous força à nous retourner, cherchant l'origine de son désarroi.

- Mon parquet ! Mon pauvre parquet ! Mais comment vais-je faire pour le retaper ?!

Effectivement, il était complètement défoncé à l'endroit où Emmett, Jasper, Bella et moi nous y étions trouvé. Hormis le changer, il n'y avait pas beaucoup de solutions possibles…

Je me tendis lorsqu'une main se posa sur mon épaule et me retournais, essayant de garder un masque impassible sur le visage.

- Edward ? Est-ce que tu pourrais nous expliquer ce qu'il vient de se passer, fils ?

- Je ne pense pas avoir besoin de t'apprendre quoique ce soit, Carlisle, tu en as été témoin, non ? De plus, Bella t'a expliqué en détails le pourquoi du comment, je ne vois pas ce que je pourrai dire de plus sur le sujet.

- Mais qu'est-ce qu'il te prend, fils ?

- Ce qu'il me prend ? C'est la meilleure ! As-tu vu la façon dont tu t'es comporté envers elle ? Après tout ce qu'elle a fait pour nous, tu te permets encore de la juger, de chercher la petite bête, de la diaboliser presque ! Et tu voudrais, qu'en prime, elle réponde à toutes les questions que tu te poses à son sujet ?! Ce serait plutôt à moi de te demander ce qu'il te prend !

- Mais enfin, Edward…

- Il n'y a pas de mais enfin qui tienne, bon sang ! Tu la traites en paria et…

- Elle n'a aucun respect pour moi et…

- Parce que tu la respectes, peut-être ? Maintenant, si tu permets, je vais me reposer, j'ai cours demain et surtout besoin de recharger mes batteries. Et si tu ne me le permets pas, c'est la même chose !

Je tournais les talons, laissant un Carlisle bouche-bée au beau milieu du salon, et fonçais dans ma chambre. Je me laissais tomber sur le sofa et mis un peu de musique, fermant les yeux afin de me détendre…

Lorsque j'émergeais, il n'était pas loin de 7h30. J'ouvris les yeux et découvris un Emmett hilare et un Jasper béat assis par terre.

- Mais qu'est-ce que vous foutez ici ?

- C'est l'heure de se lever petit frère ! Bien dormi ?

- Je n'ai pas dormi, Emmett !

- Ouais ben c'était tout comme… Quel pied de ressentir une telle sérénité après tant de décennies sans interruption ! J'aimerai bien pouvoir me mettre en phase avec mon « moi » ! T'as du bol !

- Vous voulez quoi ?

- Juste te rappeler qu'on part dans une dizaine de minutes ! Tu ferais mieux de prendre une douche, Eddy, tu pues le sexe à des kilomètres !

Je grognais et balançais le premier objet qui passait à ma portée à la tête d'Emmett, et grognais une fois de plus en m'apercevant qu'il s'agissait de mon Iphone… Je fonçais néanmoins sous la douche et rejoignis mes frères et sœurs quelques minutes plus tard, fin prêt. Lorsque Rosalie aperçut la Viper, elle siffla d'admiration.

- Wow ! Sacrée bagnole ! Mais où est la Volvo ?

- Euh… et bien… je l'ai… oubliée chez Bella.

- Qu'as-tu fait à la Volvo, Edward ?

Rosalie m'observait froidement, un sourcil haussé, l'air mauvais.

- Rien du tout ! Je l'ai oubliée !

Ça aurait pu passer si Alice ne pouffait pas de rire dans son coin, accompagnée de Jasper.

- Qu'as. Tu. Fais. A. La. Volvo. EDWARD !

- Elle est bien devant chez Bella, mais bonne pour la casse ! Ricana Alice.

- QUOI ? ? ?

Rosalie était absolument folle furieuse et la colère lui donnait un air dément. Je me tournais alors vers Alice, la pointant d'un index accusateur.

- Je pensais que tu ne pouvais pas voir Bella ?!

- Bien sûr que je ne peux pas la voir ! Par contre, comme elle n'est pas à proximité de feue ta voiture, j'ai pu voir ce qu'il reste de cette pauvre Volvo ! Sérieux Edward… As-tu vu dans quel état vous avez laissé cette malheureuse épave ?

- Mon p'tit frère est un homme… Comme c'est beau !

- La ferme EMMETT ! Une voiture ? Tu as osé t'envoyer en l'air sur UNE VOITURE ? Mais qu'est-ce que… REVIENS ICI IMMÉDIATEMENT ! JE N'EN AI PAS FINI AVEC TOI !

Craignant pour une certaine partie de mon anatomie, j'avais fui lâchement après avoir fait discrètement le tour de la Viper, espérant que Rosalie se calmerait suffisamment sur le chemin du lycée. Pfff… ma sœur et les voitures !

Lorsque je me garais sur le parking, je fus subitement bombardé par les centaines de pensées pathétiques de ces humains ultra-hormonaux. Comme de bien entendu, les « chaude-pisse sisters » et Newton s'étaient empressés de colporter les ragots – pour une fois véridiques- de notre soirée au club samedi soir, tout en en rajoutant, évidemment.

La matinée traîna en longueur et je ne supportais déjà plus les pensées jalouses et obscènes de ces pathétiques humains, ni leurs racontars abjects. La nouvelle rumeur était que j'avais baisé Bella au beau milieu du club, devant tout le monde, et que si elle n'était pas là aujourd'hui c'est parce qu'elle avait honte de s'être donnée en spectacle de telle façon. Je rejoignis alors mes frères et sœurs avec un soulagement non feint, mais cependant de courte durée car Rosalie n'avait toujours pas décoléré… Je réduisais mon troisième bagel en charpie lorsque je me mis à grogner, prêt à sauter à la gorge de Newton et de commettre un carnage…

- Si tu l'avais vue, Tyler, une vraie chienne ! Mais cette salope n'en avait que pour Cullen… Je ne vois franchement pas ce qu'elle lui trouve, sérieux il est vraiment zarb le gars ! Elle ne demandait que ça, je suis sûr qu'elle aurait été prête à satisfaire beaucoup de monde si tu vois c'que j'veux dire…

Une main s'abattit brutalement sur mon épaule alors que je tremblais de fureur et je me tournais vers Emmett, le regard noir de haine.

- Ça n'en vaut pas la peine, frangin, calmes-toi !

- Retire ta main tout de suite, Emmett…

- Des comme ça et des pires, t'en entendras d'autres, crois-moi ! Avec Jazz on y a déjà eu droit. Je sais que c'est dur mais t'es à la limite de les trucider, là !

- Non. Je sais garder mon calme…

- Faux Edward… Regarde !

Je vrillais mon regard à celui affolé d'Alice et étudiais la vision qu'elle venait d'avoir…

Newton et Crowley, riant grossièrement des paroles du boulet… Crowley fanfaronnant qu'il se taperait facilement Bella… Newton ajoutant qu'elle ne refuserait pas s'ils la baisaient tous les deux… Moi rugissant d'outrage, me jetant brusquement sur Newton… déchirant sa gorge et buvant à grands traits avant de tordre le cou de Crowley et d'arracher leurs bites ridicules sous les hurlements des élèves hystériques en fuite… Ne m'arrêtant pas avant de les avoir tous assassinés, corps enseignant compris… Du sang partout…

- Tu devrais partir Edward… Va te détendre quelque part, on te couvre… M'intima Alice d'une voix douce.

Je hochais la tête et quittais le réfectoire d'un pas vif. Une fois dans la Viper, je fis plusieurs fois le tour de Forks afin de me calmer, peine perdue… Ces misérables humains ne reculaient devant rien afin d'assouvir leur jalousie et curiosité malsaine ! Je finis par me garer à proximité du chemin menant jusqu'à la clairière où j'aimais me réfugier les jours de soleil et décidais d'y aller, l'endroit était tellement apaisant !

Les yeux fermés, je profitais de la sérénité des lieux lorsque je me redressai subitement, aux aguets après avoir perçu quatre odeurs nauséabondes différentes et des pensées haineuses.

Leurs grognements les précédèrent de loin, puis finalement ils arrivèrent, leurs silhouettes imposantes se découpant entre les arbres. J'attendais patiemment, ce n'était pas la peine d'attiser leurs caractères de nature belliqueuse ! Et puis je n'avais rien à me reprocher, la clairière se situant sur un territoire « neutre ».

Le petit Jacob arriva en tête, suivi par ses amis du club, Quil et Embry. Le quatrième, un dénommé Paul, particulièrement instable et violent, les suivait de près, avide d'action.

Ils étaient tous les quatre sous leurs formes animales et le spectacle était assez incroyable à voir tant ils étaient massifs et musculeux. Ils avançaient vers moi, le poil dressé sur l'échine, les babines retroussées sur leurs crocs acérés, les oreilles aplaties sur le haut de leurs grosses têtes velues, tapis au sol dans des postures menaçantes. Je levais les mains en signe de reddition et décidais de me présenter. Si le petit Jacob ne risquait pas de m'avoir oublié, les autres pouvaient penser que je ne faisais pas partie du traité conclu entre nos deux clans…

- Je suis Edward Cullen, je ne fais rien de mal, c'est un territoire neutre ici. Vous n'avez aucune raison de m'attaquer.

On sait très bien qui tu es, foutue sangsue !

C'est l'espèce d'ordure qui a ensorcelé la femme arc-en-ciel !

Il l'a souillée ! Avilie ! Je l'ai vu, j'étais là !

Le parasite doit mourir pour l'affront qu'il a commis !

J'aperçus alors dans leurs esprits une version totalement différente des évènements qui s'étaient déroulés samedi, au club et sur la falaise. Le petit Jacob avait déjoué la communication mentale dont bénéficiait la Meute sous leurs formes lupines en créant ma soi-disant attaque de Bella. Selon le sale petit cabot puant, j'aurais abusé sexuellement de cet ange…

- Il ne s'est rien passé de tout cela Jacob Black, et tu le sais très bien puisque tu nous as suivis… Tu n'es qu'un ignoble petit menteur, un petit garçon jaloux de ce que les autres possèdent !

Ce n'est qu'un menteur ! Il l'a attaquée, elle hurlait !

- Bien sûr qu'elle hurlait, Jacob, je la faisais jouir !

Le clébard, enfin le brun-roux, était de plus en plus mauvais, grognant, claquant des crocs, jaloux…

On ne peut pas faire confiance aux sangsues, ce ne sont que des monstres répugnants !

Le parasite ment, il a attaqué la femme de nos légendes ! Elle a peur de lui !

- Quil… Embry… vous étiez présents au club… Avait-elle le comportement d'une femme qui a peur ?

Les deux jeunes loups se remémorèrent la soirée sous tous les angles et la façon dont nos corps étaient enlacés, en parfaite harmonie. Le loup gris, Paul, ne voulait qu'une chose, attaquer du vampire, et il avait une pseudo excuse toute trouvée…

Puis subitement, alors que Quil et Embry reculaient, se rappelant les menaces de Bella si un loup s'en prenait à un Cullen, Paul et Jacob se jetèrent sur moi. J'arrivais à les esquiver au dernier moment, mais les deux autres durent se jeter dans la mêlée, Jacob Black reprenant ses droits naturels d'Alpha. Combattre un loup, voir deux, je pouvais. Quatre bêtes assoiffées de sang était une autre paire de manche… je ne retenais plus mes coups, tout en zigzaguant entre les arbres pour essayer de les semer. Un loup me mordit violemment l'épaule et je le repoussais en grognant de douleur, le bras à moitié arraché alors qu'un autre me fonçait droit dessus, me percutant violemment… Je me battais comme un acharné mais rapidement, mes forces me quittèrent, les évènements de la veille m'ayant laissé sur le carreau.

J'essayais de me rappeler les conseils de Bella et me connectais aux différentes essences afin de puiser dans les différentes ressources à ma portée, puis défonçais la mâchoire d'un loup gorgé d'un peu d'énergie végétale.

Regardez ses yeux ! Ce n'est pas normal ! Ils ressemblent à…

Ce n'est qu'une ruse de sangsue ! Nos légendes n'arrêtent pas de nous apprendre à nous méfier de leurs tours de passe-passe ! C'est un parasite qui ne mérite pas de vivre !

Rapidement, les loups m'encerclèrent, et bien que je me débatte de toutes mes forces, je n'étais pas de taille contre ces animaux. Alors qu'ils se jetaient tous les quatre sur moi, je fermais les yeux en souriant, le sourire de Bella imprégné sur mes rétines.

Je t'aime Bella…

Et alors que la douleur m'enfonçait dans un océan de ténèbres, je perçus au loin des voix affolées appelant mon prénom, et le timbre sensuel de l'ange qui m'avait donné cette existence…

Le paradis existe bien, finalement…