*Salve JKRowling*

Résumé du chapitre précédent :

Bataille sur le Chemin de Traverse entre les Mangemorts et les Aurors, l'Ordre, et l'Armée du Phénix. Les jeunes sorciers restent plutôt en arrière, et aident à ramener les blesser hors du champ de bataille, et à les soigner. Grâce à son pouvoir guérisseur, Drago parvient à sauver la vie d'un Auror mortellement blessé. Ginny trouve ses limites lorsqu'un homme meurt tandis qu'elle le transporte.

La bataille est interrompue par l'arrivée d'une armée, celle d'Ombrage (absente). Militaire, mélange d'armes et de tactiques Moldues et magiques, cette armée fait empirer la situation pour les deux camps, qu'elle attaque sur deux fronts. Voldemort apparaît, furieux, mais voyant qu'il ne peut gagner, fait se replier ses Mangemorts.

Les généraux de l'armée proposent des négociations aux Aurors et à l'Ordre : ils les laisseront repartir et s'occuper de leurs blessés, en échangent de quoi ils prendront le contrôle du Chemin de Traverse. Kingsley, Maugrey, et Harry acceptent, leur camp trop faible pour continuer de se battre.

La bataille est terminée, et les jeunes sorciers rentrent à Poudlard, épuisés.

Ce chapitre se déroule : du vendredi 22 mars matin au samedi 23 mars au soir

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TROISIEME PARTIE
Chapitre 37 – Triple Jeux Et Double Face

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La porte s'ouvrit violemment et Ron se réveilla en sursaut. Il écarquilla les yeux en voyant des membres de la Brigade envahir le dortoir des Gryffondor et venir vers lui et vers Neville.

Les deux jeunes qui s'approchèrent de lui cherchèrent à le tirer hors de son lit, et il vit que les deux autres avaient poussé Neville à terre pour le réveiller. Ron se débattit mais les deux garçons l'attrapèrent chacun par un bras et le tirèrent sans broncher hors de la pièce.

Ron eut un instant de questionnement. Il cessa de se débattre pour les observer, et se laisser traîner sans résister, trop abasourdi par ce qu'il semblait comprendre.

Les jeunes sorciers étaient des élèves de Poudlard, membres de la Brigade, mais leur visage et leurs yeux étaient complètement vides de toute expression. Comme s'ils avaient été soumis à l'Imperium…

- Ou à un enchantement puissant, lui chuchota Hermione en réponse à ses hypothèses lorsqu'ils parvinrent à échanger quelques mots dans les couloirs.

Presque tous les membres de l'Armée du Phoenix avaient été pris et emmenés de force ainsi par une Brigade Inquisitoriale trop mécanique pour être naturelle.

Ils furent emmenés dans le bureau d'Ombrage et poussés au centre de la pièce, devant une Dolores Ombrage fulminante, qui commença son sermon tandis que ceux qui avaient encore leur baguette se la voyaient enlevée et posée sur le bureau.

- Inadmissible. INADMISSIBLE !

La voix d'Ombrage monta dans les aiguës.

- Jamais je n'aurais cru voir le jour où autant d'élèves s'échapperaient du château en pleine journée, pour ne revenir qu'en pleine nuit. Et pour quoi ? Pour aller faire de mauvaises choses !

Ron glissa à voix très basse à Hermione, tandis que l'horrible bonne femme continuait son discours outragé :

- Tu as vu ? Il manque…

- Oui, ils ne sont pas inquiétés, encore une fois… ou alors ils ont reçu un autre type d'accueil…

Daphné était à côté d'eux et les entendit. Elle s'incrusta alors dans la conversation.

- Des meneurs de la Brigade les ont réveillé de façon à peine plus civilisée et les ont emmenés ailleurs.

- Merde, lâcha Ron.

- S'ils ont du bon sens, ils garderont le contrôle et diront qu'ils étaient parmi les Mangemorts, chuchota Hermione. Ils peuvent faire croire qu'ils ont été appelés par Voldemort.

- SILENCE ! gronda la voix d'un septième année.

Derrière lui, Lisa serra les dents en reconnaissant un Serdaigle. Il s'était engagé dans la Brigade Inquisitoriale assez vite, convaincu qu'Ombrage était la meilleure chose qui leur était arrivé. Malheureusement, la Brigade n'était pas composée que de Serpentards ennemis, et des élèves d'autres Maisons s'y étaient enrôlés par conviction ou pour être en sécurité.

D'ailleurs, la plupart des élèves qui suivaient Ombrage étaient des ennemis de Voldemort, excepté ceux parmi les Serpentards qui suivaient aussi Darren Prince, et qui s'étaient engagés pour que celui-ci ne soit pas à l'écart des agissements de l'horrible sorcière.

- Vous aurez bien sûr tous des retenues, et retenez que la punition sera à la hauteur du crime… Mais vous serez également étroitement surveillés ! termina Ombrage.

Elle se tourna ensuite vers un membre de la Brigade et lui parla à voix basse. Il sembla argumenter avec elle mais elle monta le ton et il s'inclina. Il fit quelques signes aux autres et ils quittèrent la pièce.

Elle ferma la porte derrière eux, et jeta un sort d'insonorisation. Les jeunes sorciers restant dans la pièce échangèrent des regards suspicieux.

Elle se retourna vers eux… et leur adressa un grand sourire.

- Mes chers enfants… Tout ne va pas être aussi noir que ce que vous imaginez !

Un silence lourd lui répondit.

- Bien, il faut que je m'explique… Voyez-vous, je ne souhaite pas que le Seigneur des Ténèbres reste au pouvoir. Certaines de ses idées me conviennent, mais je veux avant tout de l'ordre et de la discipline dans ce monde. Mes chers enfants, vos résistances sont louables, mais elles sont vouées à l'échec, ne le voyez-vous pas ? Car elles manquent d'or-ga-ni-sa-tion.

Elle parlait lentement, articulant exagérément, comme s'ils n'étaient pas capables de comprendre, ou en tout cas pour être sûre qu'ils assimilent bien son discours.

Les jeunes sorciers voulaient bien la croire sur le point qu'elle venait d'énoncer, mais ils se méfiaient de ce qu'elle allait dire ensuite.

- Vous voulez que le Seigneur des Ténèbres soit vaincu ? Vous voulez un monde de paix ? Moi aussi. Et seul l'ordre peut assurez cette paix pour tous. C'est pourquoi, je vais vous faire une proposition : joignez-vous à moi.

La plupart froncèrent les sourcils, d'autres prirent des expressions perplexes.

- Vous étiez sur le lieu de la bataille hier, continua Ombrage. Non ne le niez pas, cela ne servirait à rien. Si vous niez, je finirai par faire semblant de vous croire, mais je saurai quand même. Donc, établissons une bonne fois pour toute que vous y étiez et cessons d'en discuter.
Personne ne répondit à cela.

- Bien. Ainsi comme je le disais, vous y étiez. Vous avez donc pu admirer la puissance d'une armée ordonnée et contrôlée. C'est la seule façon pour que les choses fonctionnent. Quittez-donc ces petites résistances vaines et joignez-vous à ma puissance face à celle du Seigneur des Ténèbres. Personne ne peut se battre sur deux fronts en même temps…

Il y eut un long silence stupéfait. Les jeunes sorciers échangèrent des regards. Elle les regarda avec son sourire faussement affectueux.

- Bien sûr, je vais vous laisser y réfléchir. Vous serez punis tout de même pour avoir manqué les cours, être partis du château, et avoir perturbé la tranquillité de l'école par votre absence. Partez maintenant, et j'attends votre réponse. N'oubliez pas non plus que vous n'êtes pas obligés d'être tous d'accord. Si seulement quelques uns souhaitent me rejoindre, ne vous sentez pas forcés à vous taire par la pression de votre groupe. A très bientôt je l'espère !

Personne ne bougea immédiatement. La situation était étrange et difficilement croyable. Ils finirent par quitter la pièce, les sourcils froncés, et des expressions soucieuses sur le visage.

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Dans les cachots, la tension était palpable. Joris Haken, l'ancien leader de la bande pro-Voldemort, qu'Harry avait détrôné sans mesure, et trois autres septième années peu commodes, avaient attrapé Darren Prince et Drago Malefoy à leur sortie de la Salle Commune et les avaient coincés dans un couloir un peu écarté des passages habituels.

Ils avaient été commandités par Ombrage, faisant partie de la Brigade, mais ils n'avaient que faire d'elle. Ils étaient de futurs serviteurs du Seigneur des Ténèbres, et ils commençaient à avoir des soupçons…

Cela avait failli mal tourner, ni Harry ni Drago n'appréciant la manœuvre, mais ceux-ci s'étaient contrôlés pour ne pas les envoyer balader au sens propre du terme, et pour écouter leurs accusations.

- Vous étiez absents tout l'après-midi hier, comme les toutous de Potter !

- Cela fait plusieurs fois qu'il y a trop de coïncidences avec eux !

- Quel est votre véritable camp, hein ?! Vous n'êtes que des espions et de sales traîtres !

Les accusations et insultes continuèrent ainsi quelques minutes durant lesquelles Harry et Drago serrèrent les dents pour ne pas faire quelque chose qu'ils auraient regretté, attendant que leurs interlocuteurs se calment et les laisse répondre.

- Allez, répondez ! finit enfin par cracher l'un d'entre eux.

Harry inspira profondément et lorsqu'il parla, ce fut d'une voix glaciale.

- Bien… Maintenant que nous avons enfin la parole, peut-être allons-nous pouvoir vous faire ravaler vos commentaires. Nous étions absents hier parce que nous sommes allés nous battre. Le Seigneur des Ténèbres nous a appelés et nous avons rejoins ses rangs.

- Tu mens ! répliqua Joris. Le Seigneur des Ténèbres ne donne la Marque qu'une fois sortis de l'école et majeurs !

Harry eut un rire sec et Drago renifla avec mépris.

- Le Seigneur des Ténèbres n'a pas de règles aussi stupides ! Il fait ce qu'il veut, quand il veut ! Et qui a dit qu'il fallait la Marque pour appeler son plus fidèle serviteur et héritier ?

Les Serpentards eurent un éclair de surprise épouvantée dans le regard.

- Que croyiez-vous ? gronda Harry. Le Seigneur des Ténèbres et moi nous sommes rencontrés plusieurs fois, et Drago plus de fois encore. Pensez-vous vraiment que nous aurions pu être des espions et lui mentir tandis que son regard tout-puissant nous transperçait l'esprit ? Croyez-vous vraiment que nous pourrions nous associer avec ses ennemis sans sa connaissance de la chose et son consentement ?

Les quatre septième année avaient gardé leurs airs confiants mais en réalité ils n'en menaient pas large. Autour de Darren Prince était apparue une aura noire et menaçante, et ils en sentaient la pression sur leurs corps.

Joris serra les dents et ne s'avoua pas vaincu.

- Donc si je demande au Seigneur des Ténèbres, il saura que vous étiez parmi ses serviteurs ?

Drago plissa les yeux et lui répondit.

- Va donc lui adresser la parole… si tu en es capable !

- Je n'ai qu'à envoyer un message ! Et nous saurons tout de suite si vous mentez ! répliqua le septième année.

Harry ricana et avança son bras avec une rapidité impressionnante. Son poignet se posa sur la gorge du Serpentard qui perdit son masque assuré tandis que Darren Prince se rapprochait lentement de lui.

- Tu sens cela ? murmura-t-il en sifflant presque. Tu sens la chaleur glacée ? La brûlure et les ombres ? Sens-tu ce qui s'émane de ma peau ? A ton avis… que pourrait-il bien y avoir qui produise cet effet là… ? Mmm ?

- Il… tu… tu as reçu la Marque… articula avec difficulté le jeune homme.

- Mieux, stupide serviteur imbécile… mieux... Regarde…

Harry releva lentement sa manche et força Joris à tourner les yeux. Personne autour ne pouvait voir, et de loin, on aurait presque pu croire à une étreinte. Une étreinte terrifiante.

- Bien sûr… tu vas garder ça pour toi… n'est-ce pas ? siffla Harry à voix basse à l'oreille du Serpentard.

Celui-ci hocha la tête, et Harry le lâcha en se détournant. Les lèvres de Drago s'étirèrent dans un rictus moqueur et il le suivit tandis qu'ils quittaient les lieux sans accorder plus aucune attention aux Serpentards derrière eux.

- Qu'est-ce que tu as vu alors ? chuchota l'un d'entre eux à Joris.

- Il a la Marque ? insista un autre.

- Je ne peux rien vous dire. Il n'a pas la Marque des Ténèbres comme tous les autres. Il a quelque chose de particulier, murmura le jeune homme en vérifiant qu'il ne pouvait être entendu.

- Donc le Seigneur des Ténèbres…

- Je propose qu'on ne fasse plus rien pour contrarier ou soupçonner Darren Prince. Il est le favori du Seigneur des Ténèbres, aussi puissant et terrifiant que lui, et je ne donne pas cher de notre peau si on recommence, répondit Joris, grave et extrêmement sérieux.

Les autres acquiescèrent rapidement.

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Plus loin, Harry et Drago allèrent s'enfermer dans une salle de classe quelques minutes pour souffler eux aussi.

- Très cher, je crois que cette fois, ils ont compris ! lança Drago à Harry.

- J'espère bien. Je commençais à en avoir assez de leurs soupçons, répondit Harry en soupirant.

Drago s'approcha de lui avec un sourire moqueur et dans une démarche … évocatrice.

- Cher et tendre, savez-vous que vous pouvez devenir terriblement sexy lorsque vous écrasez les larves de Mangemorts ?

- Mon passe-temps favori, je dois dire, et je commence à m'y perfectionner ! répondit Harry en entrant dans son jeu.

- Cela, votre favori ? réagit Drago faussement outré. Et bien, monsieur, vous-

Il fut dans l'impossibilité de terminer sa phrase, car Harry l'avait attrapé et attiré brusquement à lui, plaquant ses lèvres sur les siennes en l'enserrant contre lui. Drago répondit immédiatement au baiser fougueux et à l'étreinte d'Harry.

Ils reculèrent jusqu'à un bureau, et Harry y fit basculer Drago, qui recula pour s'y allonger. Harry grimpa avec lui, ne cessant ses baisers et caresses pressantes. Sa main descendit lentement et défit la chemise du pantalon pour se glisser dessous. Drago fit passer une des siennes dans le dos d'Harry et agit de même pour lui aussi aller trouver la peau brûlante de son amour.

Ils s'embrassaient fiévreusement, et pressaient le corps de l'autre contre le leur, mus par une pulsion animée d'un désir fusionnel.

Soudain, le bruit de la porte s'ouvrant brusquement les fit sursauter. Leur surprise leur fit perdre leur équilibre sur le bureau et ils tombèrent tous les deux par terre.

- Prince et Malefoy ! se fit entendre la voix outrée et courroucée de McGonagall.

Ils se relevèrent précipitamment et remirent leurs uniformes correctement.

- Retenue ce soir ! On ne s'enferme pas dans une salle de classe pour y donner libre cours à des comportements honteux !

Ramassant leurs affaires, ils quittèrent la classe sans regarder le professeur aux yeux lançant des éclairs, retenant de rire. Le professeur McGonagall les regarda partir et soupira en secouant la tête. Et puis sourit.

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La journée se déroula sans autre incident. Hermione parvint à prendre un moment discrètement avec Harry à midi pour lui raconter ce qu'Ombrage leur avait dit, et ils s'accordèrent pour faire une réunion le lendemain dans le but de clarifier tout cela.

Il lui raconta en retour l'entrevue que Drago et lui avaient eu avec les Serpentards, passant sous silence la Marque, dont personne si ce n'était Drago, ne connaissait l'existence, et elle fut rassurée de voir qu'il avait repris le contrôle sur ces Serpentards.

Il lui raconta alors, amusé, ce qu'il s'était passé ensuite, et, avec surprise, vit Hermione rougir lorsqu'il lui parla de McGonagall.

- Hermione ? Qu'est-ce qu'il y a ? s'inquiéta-t-il.

- Non, non… rien du tout, répondit-elle d'une voix aigue.

- Hermione…

Elle pinça les lèvres, se dandina quelques secondes, et puis ne tint plus et cracha le morceau.

- Je crois que le professeur McGonagall et le professeur Rogue…

- Quoi, qu'est-ce qu'ils ont ? insista Harry sans comprendre où elle voulait en venir.

- Et bien… l'autre jour… je suis allée voir ton père… et j'ai entendu… et bien… en fait… j'ai entendu qu'il était avec quelqu'un…

- Hermione, je ne comprends rien, viens-en au fait ! la pressa Harry.

Elle garda le silence une seconde encore, et puis laissa tomber sa résistance.

- Je crois que McGonagall et ton père ont une relation… au-delà de celle attendue entre collègues… Tu vois ce que je veux dire ?

Harry resta complètement interdit, immobile et silencieux. Hermione se retint de rire, la situation devenant légèrement plus comique, et passa sa main devant les yeux d'Harry.

- Tu es encore là ?

Il déglutit et essaya de parler.

- McGonagall… et mon père… McGonagall et Rogue…

- C'est ce que j'ai cru comprendre, confirma Hermione d'une toute petite voix.

Le visage d'Harry prit alors une couleur désespérée. Hermione ne tint plus et se mit à rire.

- Ce n'est absolument pas drôle ! Tu l'as dit à Ron ?

- Pas encore, mais je vais définitivement le faire maintenant !

- Seulement à Ron, d'accord ? Personne, personne, personne d'autre !

Elle essaya de le rassurer sur un avenir potentiel avec McGonagall sur les portraits de famille, imaginant que ce n'était peut-être qu'une passade, due aux tensions de la guerre, et aux besoins d'affection, mais cela le rendit plus mal encore.

Ils se quittèrent quand il fallut retourner en cours, mais Harry broya du noir durant les quelques heures suivantes. Drago, lui, faisait des efforts incommensurables pour ne pas éclater de rire, et laissa éclater son hilarité quand ils quittèrent enfin leur dernière heure de cours.

Ils croisèrent par hasard Ron et Hermione dans un couloir, et Drago et Ron ne furent pas loin de repartir dans leur fou-rire, tous sachant exactement ce à quoi pensaient les autres à ce moment là. C'était la première fois qu'une connivence s'établissait entre eux.

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Leur amusement, cependant, ne dura pas. La situation, les problèmes du moment, l'ambiance tendue de Poudlard et les agissements d'Ombrage empêchaient de rire bien longtemps, et Harry et Drago ne riaient plus du tout, lorsqu'en arrivant près de la salle commune, Harry entendit soudain quelque chose qui ne semblait pas une bonne nouvelle.

Il s'arrêta d'un seul coup dans le couloir, son visage concentré, et Drago perçut qu'il avait développé ses sens augmentés par son Animagus loup.
Comme rien ne venait, Harry laissa partir la tension qui s'était établie et fronça les sourcils.

- Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Drago.

- J'ai cru avoir entendu… mais je n'ai pas réussi à retrouver. Il m'a semblé entendre Théodore qui s'énervait.

- Tu penses qu'il a des soucis avec d'autres Serpentards ? réfléchit Drago.

- Dans le genre de ceux qui nous ont acculés ce matin ? dit Harry avec mauvaise humeur.

Drago ne répondit pas et se fit attentif quelques instants tandis qu'Harry essayait d'entendre à nouveau.

- Bon, finit par abandonner Harry, de toute façon, il est grand et peut se débrouiller. Et puis je ne pense qu'il apprécierait que je m'en mêle.

- Non, c'est sûr, répondit Drago son attention toujours ailleurs.

Ils repartirent et étaient devant la porte de la salle commune, quand Harry attrapa soudain le bras de Drago, l'arrêtant avant qu'il ne prononce le mot de passe.

Drago plissa les yeux, n'entendant vraiment rien, mais faisant confiance à Harry et ses perceptions. Il se glissa dans son esprit sans déranger sa concentration pour entendre avec lui. Ils ne captaient au départ que quelques mots et puis des phrases se formèrent.

"… traitres… excuses…"

"… espions… Prince… le Seigneur des Ténèbres nous connaît…"

"La prochaine fois qu'il nous convoquera, on verra bien ! Vous ne pourrez résister à son esprit et à sa puissance !"

Harry associa dans son esprit les visages aux voix qu'il reconnaissait. Il s'agissait des Serpentards de septième année qui les avaient embêtés le matin même, comme ils l'avaient deviné, et ils s'adressaient non seulement à Théodore mais aussi à Blaise et Daphné, ce qui était assez attendu.

"Et vous, vous vous trouverez bien imbéciles lorsque vous découvrirez qu'il n'y découvrira rien qu'il ne sait déjà !" répondit Daphné avec verve.

"Et vous pouvez toujours demander à Prince, il nous a déjà imposé cette discussion. Il sait que vous êtes là ?" ajouta Blaise.

"Prince n'est rien !" répliqua l'un des Serpentards.

Harry crut comprendre que celui-là se faisait frapper par un autre, sûrement Joris, pour dire une chose pareille après leur entrevue un peu plus tôt.

"Ah ouai ? Je croyais que vous le suiviez assez fidèlement pourtant ! Vous n'avez donc pas peur des représailles ?" railla Théodore avec mépris.

"Vos gueules ! Cela est entre nous !" rugit d'ailleurs Joris.

"Le Seigneur des Ténèbres est en contact permanent avec Prince, et il n'y a rien qui ne se passe dans ce château qu'il ne sache pas ! Vos manigances ne pourront le discréditer ou faire tomber le soupçon sur nous, elles ne feront que vous rendre ridicules et méprisés !" déclara Blaise avec aplomb.

"Ca vous plairait bien, hein !" grogna un autre septième année.

Seul des ricanements lui répondirent. Harry et Drago s'étaient rapprochés discrètement mais ne s'étaient pas manifestés.

Harry demanda mentalement à Drago :

"Est-ce qu'on intervient ?"

"Théo, Blaise, et Daphné n'apprécieront pas, mais ce serait bien qu'ils ne soient plus inquiétés. Je propose d'attendre, et si ça ne va pas plus loin pour l'instant, ne faisons rien. On pourra toujours en discuter avec eux après et peut-être qu'ils te diront eux-mêmes d'aller foutre une sacrée trouille et une bonne raclée à ces imbéciles congénitaux !"

Harry sourit et reporta son attention sur la conversation. Il ne fit aucune remarque sur ce qu'il ressentit venant de Drago : la fierté et la joie qu'Harry lui demande des conseils, son avis, alors qu'il aurait très bien pu décider seul de ce qu'il voulait ou devait faire.

Comme la discussion en effet ne semblait pas s'envenimer davantage, les septièmes années préférant peut-être vérifier, avant de prendre un risque, si leur si menaçant Darren Prince était ou non au courant de l'histoire. Et après avoir bousculé leurs trois interlocuteurs, ils s'en allèrent.

Harry et Drago ne se cachèrent pas sur leur passage, montrant même bien, adossés contre le mur, qu'ils avaient entendu la conversation. Le groupe de Serpentards s'éloigna rapidement sans piper mot.

- Merci, leur dit Théodore quand ils se furent rejoints, merci de ne pas être intervenus.

- Drago l'a conseillé, répondit Harry. Mais si vous avez besoin d'un coup de pouce, avec eux, n'hésitez pas à demander.

Les autres hochèrent la tête. Drago déclara alors après un silence:

- En fait, il faut que vous entendiez l'invitation à le faire, ici. C'est même presque une supplication. Darren a avoué plus tôt que s'énerver contre eux était son passe-temps favori, il rêve de trouver des occasions. Bientôt, il va avoir envie de s'en créer…

Tous regardèrent Drago avec une surprise amusée. Ce type d'humour ne lui était pas habituel et ils s'en étonnaient. Harry prit un air innocent avant de rire doucement. Il passa son bras autour des épaules de Drago et après avoir salué les autres, ils s'éloignèrent.

- Comment cela se fait-il que Darren ne soit pas complètement sombre et en mode je-réfléchis-trop-pour-faire-ce-qu'il-faut-et-ce-qu'on-attend-de-moi ? finit par lâcher Blaise.

- Je crois que Drago a un effet réellement apaisant sur lui, répondit Daphné en souriant.

- Et puis, il a peut-être trouvé un exutoire, un moyen de relâcher les tensions et tentations… ajouta Théodore.

Blaise garda précautionneusement le silence.

Hermione et lui n'avaient parlé à absolument personne de ce qu'ils avaient découverts sur Drago et Harry dans les cachots la semaine passée. Elle n'en avait pas même parlé à Weasley, et lui n'en avait pas parlé à Théodore.

Mais maintenant qu'il y réfléchissait, ce qu'Harry et Drago faisait avait beau être contestable, apparemment, cela portait aussi des fruits non négligeables.

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Harry et Drago étaient entrés dans la salle commune, et ils s'apprêtaient à aller dans la chambre du second quand on les appela.

Ils se retournèrent et virent la bande des pro-Voldemort près de la cheminée, là où ils avaient l'habitude de se rassembler. Joris s'était approché de deux jeunes sorciers, et il leur parla.

- Auriez-vous quelques minutes ? demanda-t-il d'une voix neutre mais respectueuse.

Harry hocha la tête et Drago avec lui, rejoignit la bande de jeunes sorciers.

Il n'y avait pas seulement le groupe restreint des septièmes années, il y avait l'ensemble de la bande, et absolument tous avaient des badges de la Brigade Inquisitoriale, même les plus jeunes.

Harry s'assit dans son fauteuil et Drago resta debout, adossé à un pilier de la cheminée.

- Prince, nous avons eu une discussion avec Nott, Zabini, et Greengrass. Vous l'avez d'ailleurs surprise, vous savez donc de quoi nous aimerions vous parler, lança prudemment Joris.

- Je vais nous faire à tous gagner du temps, répondit calmement Harry avec l'assurance qu'il affichait toujours avec eux. Le Seigneur des Ténèbres avait eu vent de leurs activités et a douté d'eux en effet, c'est pourquoi il a demandé à la fois à leurs parents et à moi-même de chercher à en savoir plus. Ne vous inquiétez plus d'eux désormais ou de leurs agissements. Le Seigneur des Ténèbres a décidé de profiter de leurs nouvelles… amitiés, avec les fidèles de Potter, et il s'est assuré de leur loyauté à son égard.

La bande chuchota un peu entre eux mais il n'y eut apparemment pas de contestation. Le mot était passé que Prince était véritablement un fidèle et proche du Seigneur des Ténèbres et personne n'allait risquer de le contrarier ou de remettre en cause son allégeance.

L'un d'eux se permit cependant une question.

- Ils sont donc des espions pour le Seigneur des Ténèbres ? Ils espionnent les amis de Potter pour le maître ?

- Le Seigneur des Ténèbres leur demandera des comptes rendus détaillés lorsqu'il en éprouvera le besoin. Pour l'instant il souhaite qu'ils renforcent la confiance des fidèles de Potter en eux pour bientôt les infiltrer réellement. Il ne faut pas mettre en danger leur couverture, donc j'espère qu'aucun d'entre vous ne commettra d'action… irréfléchie. Me suis-je bien fait comprendre ?

Il n'y eu aucune autre réponse que des acquiescements et hochements de tête. Drago glissa une pensée amusée dans l'esprit d'Harry.

"Tu as parlé comme ton père, à l'instant. La même façon de ralentir et de séparer les mots pour les articuler d'une façon super effrayante !"

Harry dut se retenir de laisser apparaître sur son visage son rire et son faux désespoir en réalisant que Drago avait raison.

Ayant la bande sous la main, il aborda un autre sujet, profitant de l'occasion.

- Comment les choses se passent-elles pour vous dans la Brigade ?

- Ombrage pense que nous lui sommes plus fidèles à elle qu'au Seigneur des Ténèbres, mais nous sommes fiers de la tromper ainsi ! répondit immédiatement un jeune homme qui devait être en sixième année.

- Elle ne se doute de rien, et après son discours hier soir, nous lui avons laissé croire que ses arguments nous avaient atteints et qu'on réfléchirait à la rejoindre pour de bon, compléta un autre.

- Un discours hier soir ? s'enquit Drago.

- Oui, elle nous a rassemblé pour nous donner la liste des élèves à amener dans son bureau aux aurores, et nous a expliqué qu'il allait bientôt être temps de choisir sa véritable allégeance, et de comprendre qui gagnerait cette guerre, expliqua le leader.

- C'est là que nous avons compris qu'elle avait son propre camp et qu'elle voulait diriger le monde et vaincre le Seigneur des Ténèbres, ajouta un autre jeune.

Harry et Drago échangèrent un regard et rapidement, quelques pensées.

"On peut être certains de leur allégeance au Seigneur des Ténèbres ?" demanda Drago.

"Je pense que oui, et surtout, je suis certain qu'ils me diront la vérité. Ils ont trop peur et de moi, et des répercussions si Voldemort apprend qu'ils ont essayé de me tromper", répondit Harry.

Drago ne releva pas l'ironie de la situation, et Harry revint aux personnes présentes.

- Faites attention, avec Ombrage, à bien jouer le jeu. Faites profil bas si vous n'êtes pas certains de pouvoir la convaincre et la tromper. Si vous pensez qu'on vous surveille, qu'on vous soupçonne, si vous avez des ennuis, faites le moi savoir, et je m'en chargerai.

Drago vit les plus jeunes et même des plus âgés commencer de regarder Harry avec cette lueur dans les yeux, cette lueur de… soulagement, de repos. Cette lueur qui naît lorsqu'on réalise que quelqu'un, quelqu'un de puissant et de capable, prend les choses en main, et que si vous avez du mal avec votre vie, il peut aider à la diriger, parce qu'alors il n'y a plus qu'à le suivre.

Harry hésita une seconde et reprit la parole, d'une voix plus basse et grave, sonnante du commandement.

- Ceux qui sont le plus à l'aise et qu'elle ne surveille pas trop, essayez de tirer des informations, d'entendre ce qu'elle dit à d'autres, de glaner des renseignements. Drago a déjà bien réussi à gagner sa confiance. Si vous apprenez des choses, transmettez-lui. Il saura encore mieux que moi comment classer les informations que vous pourrez rapporter.

Il y eut des regards échangés et puis tous comprirent ce que Darren Prince leur proposait : une part, un rôle, dans la guerre en puissance.

Lorsqu'il parla à nouveau, sa voix était bien plus sourde et cette fois la menace la faisait résonner.

- Si l'un de vous décide qu'Ombrage est un meilleur parti, qu'il se décide immédiatement. Et s'il répète un seul mot de nos conversations ou s'il cherche à nous espionner pour son compte, il regrettera de l'avoir fait. Il regrettera le jour où il aura pris cette décision, il regrettera d'avoir vécu jusqu'à ce moment, il regrettera sa vie entière et finira à genoux, me suppliant de la lui prendre. J'en fais le serment…

Harry laissa flotter et rôder parmi tous son aura de magie noire, lourde de sens et de promesses sanglantes.

A cet instant, il sut qu'ils le croyaient au plus profond de leurs êtres. Il sut qu'il les avait intimement convaincus que désormais, ils étaient liés par un contrat magique, un contrat qu'ils regretteraient de trahir s'ils devaient y venir un jour.

Ce n'était pas vrai, mais ils le croyaient, et c'était cela le plus important.

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Drago avait la tête un peu ailleurs quand il entra dans le bureau d'Ombrage.

Harry avait été particulièrement… persuasif, avec les autres Serpentards, un peu plus tôt. Mais surtout, Drago était perturbé par quelque chose d'étrange : il avait l'impression qu'Harry ne jouait pas seulement le jeu du leader sur les jeunes fidèles du Seigneur des Ténèbres.

Comme s'il essayait vraiment d'en devenir le chef. Comme s'il espérait qu'ils le prendraient pour chef, volontairement. Comme s'il espérait les conduire eux aussi, comme il conduisait déjà les siens.

Drago savait que si son impression était bonne, ca ne signifiait pour Harry uniquement qu'il essayait de faire au mieux pour gagner la guerre, et qu'il essaierait sûrement de faire changer les jeunes de vision des choses et d'état d'esprit au fur et à mesure.

Mais, ce qui dérangeait Drago, c'était la façon dont Harry pouvait présenter les choses, et faire des menaces ainsi. Il avait peur que, plus la guerre avançait, plus Harry prenait de responsabilités et de décisions, plus le désir s'ancrerait en lui de ne plus lâcher le pouvoir acquis, une fois que celui-ci n'aurait plus besoin d'être.

- Etes-vous toujours avec moi Drago ? interrogea Ombrage.

- Mes excuses, madame la directrice.

- Des soucis en tête ?

- Rien de très important…

Elle le regarda sans rien dire et il reprit pleinement son rôle. Il soupira et c'était comme s'il parlait quelque chose de difficile à exprimer.

- Mes parents me déconseillent de trop me rapprocher de vous… fit-il mine d'avouer.

- Vous ne devriez pas vous occuper de ce que vos parents pensent. Il est important que vous fassiez ce que vous désirez vous-même. Cessez de suivre les ordres d'un côté ou de l'autre et prenez votre destin en main.

Il y eut un silence et puis Ombrage revint au premier problème.

- Vous pourriez les rassurer en leur rappelant que je suis du côté du Seigneur des Ténèbres, contre Dumbledore et Potter, répondit Ombrage sans ciller.

- Mais ils ont des doutes, comprenez-vous. Le Seigneur des Ténèbres a des soupçons sur votre allégeance et sur vos motivations…

Elle eut un petit rire.

- C'est normal, le contraire serait même étonnant, répondit-elle. Voyez-vous Drago, j'essaie d'obtenir la confiance des deux camps, en leur promettant à tous les deux que je trompe l'autre pour le profit de celui auquel je m'adresse.

- Mais alors, pour qui êtes-vous ? demanda Drago innocemment.

Elle lui jeta un regard perçant, et lui sourit.

- Drago, vous connaissez la réponse, j'en suis certaine. Vous êtes un jeune homme très intelligent.

Elle se mit à parler d'une voix basse mais pleine d'une folle passion.

- Drago… Prenez avec moi le chemin de la grandeur, le chemin de la victoire, et de la paix grâce à un ordre que nous établirons, un contrôle que nous imposerons… Vous n'aurez plus jamais à obéir, les ordres viendront de vous. Vous aurez absolument tout ce que vous désirerez, et personne ne pourra s'opposer à vous…

Il ne répondit pas. Son visage exprima le désir de puissance, la tentation de ce qu'elle offrait, la lueur brûlante pour le pouvoir dans ses yeux.

Elle lui adressa son rictus à elle, et ils burent une gorgée de leur tasse de thé. Elle, convaincue que Drago Malefoy était entièrement dévoué à sa cause. Lui, retenant ses pulsions de victoire sur la femme devant lui.

.

Pendant que Drago était chez Ombrage, Harry, qui avait maintenant réglé ses problèmes avec les élèves de son actuelle Maison, décida de prendre quelques minutes pour lui, et alla discrètement frapper à la porte secrète des appartements cachés de Sirius, Remus, Miss Mint, et Caitlin.

Il fut accueilli par des étreintes affectueuses, et Caitlin lui sauta dans les bras. Elle était contente au début de le voir, et puis il s'aperçut qu'elle s'était mise à pleurer sur son épaule.

- Caitlin, Caitlin, qu'y a-t-il ? s'inquiéta-t-il aussitôt.

Ils s'installèrent sur le canapé et elle se blottit contre lui. Les adultes allèrent dans leurs chambres pour les laisser discuter.

- Harry, je ne comprends pas tout ce qui se passe, mais… j'ai peur.

- Tout va bien, ne t'inquiète pas.

Elle se redressa subitement et le regarda avec colère.

- Ne me mens pas, asséna-t-elle d'une voix forte, des larmes toujours sur ses joues, mais le regard brûlant.

Il soupira et s'excusa aussitôt. Il comprenait que la petite fille percevait bien plus que ce qu'on pensait, et surtout, il ne voulait pas lui mentir et la faire se sentir frustrée, comme il avait pu l'être, quand personne ne voulait lui dire la vérité, sous cet affreux prétexte aussi vieux que le monde : « tu es trop jeune ».

- Tu as raison, je suis désolé, lui dit-il en lui souriant doucement. Je voulais surtout te rassurer.

- Raconte-moi, dit-elle à nouveau d'une voix sans appel. Pas tout, mais ce qu'il se passe. Raconte-moi ce qu'il se passe et dis-moi ce qu'il va se passer. Personne ne veut me parler. Ils disent que tant que je suis ici, rien ne m'arrivera, et que je ne dois pas m'inquiéter.

Il vit dans ses yeux sa détermination.

- Mais je peux entendre et sentir quand toi, ou Neville, ou Luna, vous entendez, voyez, sentez des choses qui paraissent encore plus affreuses quand je suis assise sur mon lit et que je ne sais pas ce que c'est, ni ce que ça veut dire.

Cette fois, sa voix avait résonné d'une supplique, une supplication de ne plus être dans l'ignorance.

- Dis-moi. Dis-moi Harry. Je sais que je suis une petite fille, je sais que je n'ai que dix ans. Je sais aussi que j'ai déjà vu et vécu plus de choses que j'aurais du. Et vous me devez de ne pas me laisser sans savoir en décidant pour moi.

Il la regarda, et sentant l'émotion lui nouer la gorge, il préféra la serrer dans ses bras plutôt que de tenter de répondre.

Elle semblait encore si petite, si fragile et innocente. Il comprenait l'envie de ne rien lui dire. Il comprenait qu'on espère lui faire conserver son ignorance salvatrice. Mais il comprenait, et sûrement mieux que quiconque, son désir à elle de savoir et de comprendre. Et surtout, il comprenait sa frustration de ne pouvoir décider par elle-même ce qu'elle pouvait endurer ou non.

Il le lui devait. Il faisait partie de tout ce qui avait bouleversé sa vie. Il le lui devait. Et si elle ne pouvait être capable de faire face, jamais elle n'aurait été désignée par l'esprit ancestral de l'une des plus grandes sorcières de l'histoire.

Alors il lui raconta. Pas tout, pas tous les détails, il garda des choses vraiment difficiles, parce que malgré sa bonne volonté, elle n'avait vraiment encore que dix ans. Mais il lui parla des différents évènements, il lui parla un peu des différentes idées des différents camps, il lui parla d'Ombrage, de Voldemort, de Dumbledore, de lui, de leurs idéaux, des idéaux des autres.

Elle lui posait des questions pour comprendre, comprendre cette situation, ces conflits, ces oppositions, cette guerre dont elle faisait partie quoi qu'elle veuille, quoi que quiconque veuille. Elle voulait comprendre pour avoir sa propre opinion, son propre avis.

Elle ne voulait plus être seulement une petite fille effrayée. Elle n'avait que dix ans, mais elle voulait avancer vers la suite de sa vie, au lieu de rester dans cette enfance surprotégée que tous essayaient de lui donner, et qui était déjà évanouie.

Ils arrêtèrent de discuter quand elle bailla, et il l'aida à aller se coucher, restant avec elle jusqu'à ce qu'elle s'endorme.

Quand il revint dans le salon, Sirius et Remus s'y étaient installés, et ils l'invitèrent à se poser avec eux. Ils discutèrent un peu sans aborder les sujets difficiles, parlant sans rien dire vraiment, pour reposer leurs esprits.

Et puis Remus essaya de parler avec Harry de la situation, des derniers événements, de lui, de son état d'être. Mais alors qu'il pensait qu'Harry lui parlerait facilement, profiterait de ses questions pour exprimer ses ressentis, il fut surpris de constater que le jeune homme ne désirait pas s'ouvrir à eux.

Ce pouvait être du à un mal-être et une attitude compréhensible en des temps pareils, mais il réalisait qu'en réalité, Harry ne leur parlait plus, plus vraiment. Et Sirius et lui ne savaient pas si c'était de leur faute, ou si c'était simplement un fait sur lequel ils ne pouvaient agir.

Harry esquiva donc les questions de Remus, ne répondant que peu et évasivement, et orienta la conversation sur des nouvelles idées et stratégies.

Il n'avait pas envie de parler des ombres de son cœur et de son esprit, pas avec eux. Il ne voulait pas leur laisser voir cette part de lui. Il ne voulait pas qu'ils voient ses plus grandes faiblesses et désespoirs.

- Comment se passent les entraînements ? demanda-t-il. Il y a encore des gens qui y viennent ?

- Oui bien sûr. Ils ont peur et c'est justement pour cela qu'ils viennent. Ils ne veulent pas rester à trembler dans leurs dortoirs, ils veulent pouvoir résister et se défendre et se battre même pour certains.

Harry resta pensif quelques instants.

- Et bien j'ai une idée… finit-il par murmurer.

.

Le lendemain, samedi, une fois la nuit tombée, dans tout le château des jeunes sorciers sortirent discrètement de leurs dortoirs et se faufilèrent sans bruit, évitant les patrouilles de préfets et de la Brigade, jusqu'au septième étage.

La journée avait été particulièrement bonne pour les Serpentards en général, car ils avaient gagné leur match contre les Serdaigle, le matin-même. Pas de beaucoup, mais avec brillance, car Drago avait attrapé le Vif d'Or dans une cascade assez impressionnante.

Les Serpentards qui patrouillaient dans les couloirs étaient donc particulièrement enorgueillis, et heureusement pour les jeunes sorciers qui devaient les éviter, cherchaient trop à faire la fête entre eux pour voir ce qui se passait sous leur nez.

Lorsqu'ils furent tous entrés dans la Salle sur Demande, Sirius salua les élèves venus avec humour, pour détendre un peu l'atmosphère, et essayer de faire baisser la tension de leurs épaules. Les plus jeunes surtout, semblaient prêts à craquer. Ils venaient aux entraînements pour ne pas baisser les bras, pour ne pas ne rien faire, mais aussi pour se détendre.

Les entraînements étaient leur moment pour faire de la magie, pour sentir qu'ils étaient capable de faire quelque chose, pour être avec des amis et parler de tout sans avoir peur d'être surpris pour des paroles imprudentes.

- Ce soir, nous accueillons un invité surprise ! annonça alors Remus. Avec les derniers évènements et la situation à Poudlard, il a proposé de venir vous voir, pour deux raisons. Vous aider à ne pas perdre espoir, et vous faire une proposition…

Les chuchotements s'élevèrent, les élèves essayant de deviner de qui parlait Remus, et puis le bruit se mit à courir, d'une supposition, une hypothèse emplie d'espoir. L'excitation montait sous les regards amusés de ceux qui étaient au courant.

Harry entra dans la Salle sur Demande, avec son apparence, ses traits du Survivant et de leur leader dans la lutte contre Voldemort. Il fut reçut par des acclamations de joie.

Les membres de l'Armée du Phénix dans la salle sourirent en voyant tant de réaction, et Harry eut chaud au cœur de voir que son idée avait été une bonne initiative.

Les élèves qui n'étaient pas impliqués dans la guerre, dans de tels temps, commençaient à voir leurs espoirs et courage retomber. Ils n'avaient pas su grand-chose de la bataille qui avait eu lieu deux jours plus tôt, il n'y avait pas eu de Chicaneur pour les renseigner, et ils n'avaient eu que des échos peu positifs.

Cela ajouté à l'ambiance de l'école et au pouvoir d'Ombrage grandissant, la motivation avait du mal à être nourrie. C'est pourquoi Harry avait décidé de leur apparaître, pour leur redonner courage.

Ils attendaient un discours, il parla simplement pour le moment, réservant son message pour la fin de la séance.

- Bonsoir à tous, je suis ravi d'être revenu à Poudlard pour vous voir. Ne vous inquiétez pas de ma présence, j'ai mon passage secret ! commença-t-il en souriant chaleureusement.

Il y eut des sourires joyeux et les regards tournés vers lui brillaient avec force.

- Je vous parlerai davantage tout à l'heure. Pour l'instant, reprenez donc votre entraînement, et je passerai parmi vous.

Sirius et Remus eurent alors le plaisir de voir tous les jeunes sorciers se lancer au maximum dans les exercices qu'ils leur donnèrent.

Harry se baladait, discutait avec ses anciens amis qui n'étaient pas dans l'AP et qui voulaient des nouvelles, donnait des conseils et aidait à s'améliorer. Il en profitait aussi pour repérer les plus combatifs et volontaires, les plus âgés, les plus doués ou à l'aise…

Alors que la fin approchait, Remus proposa à tous, que, inspirés par la présence d'Harry qui avait, très jeune, réussi à former un Patronus complet, ils s'y essaient tranquillement pour terminer l'entraînement.

Tous firent ravis mais peu y parvinrent rapidement. Il y eut cependant de premières brumes argentées et quelles esquisses de formes animales.

Harry demanda l'attention tandis que la séance touchait à sa fin.

- Bravo à tous pour vos efforts, votre travail, et bien sûr merci, pour votre participation et discrétion. Continuez ainsi.

Ils réagirent tous joyeusement.

- Bien, j'aimerais maintenant faire une proposition. Elle est ouverte à tous mais n'est pas une obligation, en aucun sens. Uniquement ceux et celles qui s'y sentiraient prêts, capables, assez forts mentalement et psychologiquement, ainsi que magiquement, peuvent s'y sentir concernés, et pour tous les autres, ce n'est absolument pas grave si vous n'êtes pas ou pas encore dans cette catégorie.

Tous les yeux étaient braqués sur Harry. La plupart devinaient déjà ce qu'il allait proposer, et se demandaient alors s'ils se sentaient prêts à accepter.

- Vous savez très bien que des élèves dans l'école, dont certains parmi vous ce soir, sont actifs dans le conflit contre Voldemort et le nouvel adversaire qui semble apparaître. Vous savez qu'ils sont une organisation avec un nom, vous l'avez lu sans doute dans le Chicaneur il y a quelques mois, vous savez qu'ils agissent secrètement au sein de Poudlard et en dehors dans notre lutte.

Harry laissa quelques secondes de silence.

- Je vous propose ce soir de faire, vous aussi, partie de l'Armée du Phoenix. Je le répète, cela ne s'adresse qu'à ceux qui sauront qu'ils tiendront le cap, ceux qui seront prêts à prendre les engagements les plus forts, pour être certains de ne jamais trahir les autres, ceux qui seront prêts à affronter la violence, les combats, tous les risques que nous prenons déjà, et ceux à venir.

Personne ne parlait, ne chuchotait, ou même ne regardait ailleurs.

Tous n'avaient pas envie de cela, bien sûr, mais tous écoutaient Harry Potter leur parler de la réalité, cette réalité qui avait réellement lieu en dehors de l'école, et qui s'y était faufilée en même temps que Dolores Ombrage.

- Que ceux qui souhaitent nous rejoindre attendent dans la salle, et que les autres retournent à leurs dortoirs. Personne ne sera blâmé pour quitter cette pièce, et je dirais presque, au contraire. Nous ne voulons pas risquer plus de vies, de nos vies encore jeunes et qui sont sensées avoir un long avenir. Nous ne voulons pas risquer plus de proches, ou de souffrance

Harry prit un air plus grave.

- Mais la guerre est là, une vraie, une vraie guerre entre trois grands adversaires. Et nous avons besoin de tous ceux qui voudront se battre à nos côtés, si nous voulons gagner sans que quiconque ne soit perdu sur le chemin de la victoire.

L'atmosphère était lourde de cette réalité qui pesait si fort sur leurs frêles épaules.

- Je vous préviens dès maintenant. Si vous restez, vous serez obligés de signer un parchemin enchanté, qui vous empêchera de révéler les noms, activités, occupations, informations que vous entendrez ce soir et à l'avenir. Si vous restez, vous entrerez définitivement dans cette sphère de risques et de secrets et vous ne pourrez pas en sortir jusqu'à ce que tout soit terminé.

Il baissa encore la voix.

- Si vous restez, vous prenez conscience de vos responsabilités : vous serez actifs au sein de l'Armée du Phoenix, vous prendrez des risques aux côtés de chaque autre avec nous, vous aurez la conscience des risques sur vos familles et proches si vous êtes découverts. Et vous reconnaîtrez ma position de leader de cette organisation.

Harry survola les visages. Certains étaient fermement déterminés, les plus âgés principalement, d'autres plus indécis, et puis il y avait de nombreux visages déterminés à ne pas rester et risquer autant.

Il les comprenait. Il les enviait, presque. Pas tant que ça, juste un léger pincement au cœur.

Comme Harry ne parlait plus, les jeunes sorciers comprirent qu'il était temps de choisir. Une grande partie quitta la salle, et certains vinrent le saluer avant de partir.

Il resta finalement quand même une quinzaine de jeunes.

Il y avait Colin Crivey et deux amis à lui, Gryffondors de son année. Harry aurait bien voulu leur dire de partir, les trouvant trop jeunes, mais il ne pouvait vraiment rien dire étant donné que Ginny était de leur année, et était bien présente.

En revanche en apercevant Denis Crivey qui essayait de rester discrètement avec une Serdaigle du même âge, Harry n'hésita pas un instant à les renvoyer. Gentiment, mais fermement.

Tous les autres étaient des cinquième, sixième, et septième années.

Harry sourit en voyant Seamus et Dean, bien décidés à participer, et il fut content de les voir. Fred et Georges discutaient joyeusement avec Angelina Johnson et Lee Jordan leur grand ami, qui venaient aux entraînements depuis le début et aidaient souvent les plus jeunes qui avaient des problèmes avec Ombrage.

Su Li, de Serdaigle, la meilleure amie de Lisa, était là elle aussi, et bien qu'un peu intimidée peut-être, elle semblait toutefois déterminée à faire sa place. A côté des deux jeunes filles, deux garçons de Serdaigle, l'un de sixième année, l'autre de septième année, deux frères, discutaient en observant les autres présents.

Wayne Hopkins de Poufsouffle, ami d'Ernie, discutait avec lui et un couple de septième année de leur Maison.

Harry était un peu en retrait avec Ron, Hermione, Sirius, et Remus, tandis que les membres actuels de l'AP parlaient avec leurs potentiels futurs 'collègues'.

Ils discutèrent à voix basse des personnes qui étaient restées.

- Pour les Gryffondors, j'étais certain que Seamus et Dean nous rejoindraient, et je suis sûr qu'ils feront d'excellents membres de l'AP, commença Ron, approuvé d'Harry. Colin, c'était inévitable. Je crois que ses amis s'appellent Matthew et Sam, je ne sais pas s'ils sont fiables ou s'ils sont autant surexcités que Colin. Ils sont sans doute très motivés mais il ne faudrait pas que leur enthousiasme soit… un problème.

- Je sais, c'est ce que je pense aussi. Mais tu te souviens, au début, Justin et Anthony manquaient de maturité dans les moments importants, et maintenant, ils savent quand être sérieux et concentrés, et ils font du très bon boulot, répondit Harry.

- Une bonne bataille et quelques cadavres, et vous n'aurez plus à vous inquiéter d'eux ! lança Sirius en riant.

Les regards noirs et réprobateurs qu'il reçut en retour lui firent comprendre que sa blague était de très mauvais goût. Tournant des yeux innocents vers Remus tandis que les jeunes reprenaient leurs observations, il promit silencieusement de se tenir tranquille.

- Fred et Georges nous avaient parlé de Lee et d'Angelina et ils ont apparemment essayé de faire des choses pour aider, même sans être dans notre groupe, il était assez logique qu'ils décident de rester, continua Hermione. Ils sont en septième année, ils sont fiables et forts magiquement, c'est une bonne chose qu'ils soient avec nous désormais.

- Tout à fait, confirma Harry. C'est bien qu'on ait d'avantage de plus âgés et avancés. Vous connaissez les Poufsouffles qui discutent avec Ernie ?

- Wayne Hopkins, il est de notre année, on l'a déjà croisé, répondit Hermione. Ernie et lui sont très amis, et son père est Moldu. Ca explique en partie son camp, et son envie de participer peut trouver son origine dans sa personnalité profondément altruiste et engagée. Il veut faire de la politique.

Sans s'arrêter, la jeune fille continua.

- Les deux autres sont Julia Handy et Charles McClagen. Ils sont en couple depuis qu'ils sont en troisième année, et bien partis pour obtenir d'excellents ASPIC. Ils veulent travailler dans l'humanitaire, et voyager dans les pays pauvres pour aider les plus démunis. Ils sont, bien sûr, complètement défavorables aux idéologies de nos adversaires, et j'imagine que leurs envies professionnelles et personnelles expliquent qu'ils nous rejoignent ce soir.

Les regards se tournèrent lentement vers Hermione et la fixèrent tandis qu'elle rosissait. Ron finit par lâcher :

- Géniale. Tout simplement géniale. N'est-ce pas qu'elle est géniale ?

Harry sourit, assez impressionné lui aussi.

- Est-ce que tu en sais autant sur les Serdaigles également ?

Hermione rosit davantage, leur faisant comprendre que oui, en effet :

- Su Li est dans la classe de Lisa, elles sont très amies, et Su a du vouloir suivre l'engagement de Lisa. Elle n'est pas très douée pour les sortilèges d'attaque et n'est pas très vindicative. En revanche, elle possède un esprit de stratégie et déduction assez impressionnant, et une logique souvent imparable. Elle est assez sage, comme une Serdaigle, et elle n'a pas honte de ses faiblesses, considérant que ses points forts les valent largement.

Désignant ensuite les deux autres Serdaigles un peu reculés, elle continua :

- Patrick Hampton, sixième année. Il était dans l'équipe de Quidditch comme Batteur en deuxième et troisième année, a arrêté après une blessure au bras qui l'empêche de jouer correctement. Pour compenser, il a fait pas mal de sport, et comme il aime toujours autant le Quidditch, il veut faire des études poussées dans la recherche sur les balais, les techniques, l'histoire du jeu, etc, et travailler dans ce milieu.

Harry releva qu'il avait en effet l'air en très bonne forme physique, ce qui n'était pas négligeable.

- Pour ce qui est de ses convictions, ses deux parents sont Moldus, et il aime se battre pour ce qu'il veut protéger et conserver, continua Hermione.

Elle passa à l'autre Serdaigle inconnu.

- Thomas Sprankle, septième année, préfet. Directeur du Club d'Echec, il a été plusieurs années une sorte d'intello solitaire, jusqu'en cinquième année, durant laquelle il a commencé de prendre des responsabilités scolaires et de loisirs, et a pris de l'assurance. Il est extrêmement intelligent et cultivé, il a écrit plusieurs articles historiques.

Ron regardait sa petite amie avec une admiration qui faisait sourire tout le monde.

- Au départ, il avait placé son opinion contre Voldemort parce que c'était la meilleure déduction logique issue de ses connaissances et de l'Histoire, continua Hermione. Mais en en réalité, ses convictions sont les mêmes que les nôtres. J'imagine qu'il a décidé de rester ce soir parce qu'il a envie d'agir. Et puis je crois qu'il regrette de ne pas avoir vécu en France pendant la Seconde Guerre Mondiale, parce qu'il aurait adoré être un Résistant. D'où son envie de nous rejoindre je pense.

Harry fronça les sourcils à cette description.

- J'espère qu'il ne posera pas trop de problèmes, murmura-t-il. Je veux dire, qu'il n'aille pas jouer les héros, dans son rêve d'honneurs à résister, ou quoi. Et j'espère qu'il ne va pas se mettre à tout mélodramatiser…

Le silence qui suivit l'intrigua. Il regarda les autres qui détournèrent les yeux.

- Quoi ? demanda-t-il.

Pas de réponses…

- Oh, vous trouvez que c'est ce que je fais ?!

Sirius étouffa un rire et lui tapa sur l'épaule. Harry se renfrogna et s'apprêta à répliquer mais Hermione lui coupa la parole.

- Tu feras attention par contre, il aime bien diriger un peu, alors j'espère que vous n'allez pas trop vous monter la tête l'un contre l'autre… Il faudra que tu ne sois pas trop brusque s'il a tendance à chercher la direction…

Harry resta bouche-bée.

- Mais il apprendra à rester à sa place ! réagit-il avec mauvaise humeur.

Personne ne fit de remarques mais les lèvres pincées par les efforts pour ne pas rire n'améliorèrent pas son état.

Remus eut la présence d'esprit de changer de sujet.

- Tu vas leur parler maintenant ?

- Je préviens Drago qu'il peut venir avec les autres dans cinq minutes, et j'arrive.

Tout le monde se rassembla, et après avoir mentalement échangé quelques mots avec Drago, Harry prit la parole.

- Avant de vous donner davantage d'informations, vous allez devoir tous signer le parchemin qu'Hermione va vous faire passer. Il est enchanté pour que vous soyez dans l'incapacité physique de dévoiler quoi que ce soit, c'est une mesure de sécurité des plus élémentaires.

Personne n'émit d'objection, ils comprenaient l'importance de ce dans quoi ils avaient décidé d'entrer.

- Je souhaite également vous prévenir, avant qu'ils n'entrent, que des Serpentards sont avec nous. Que vous soyez prévenus : leur loyauté est indiscutable. Et si vous aviez des doutes, ils ont signé le parchemin eux aussi. Quoi qu'il en soit, je ne veux aucun soupçon, aucun regard suspicieux, aucune remarque. Est-ce clair ?

Les nouveaux acquiescèrent en échangeant des regards. Ils se demandaient pourquoi Harry devenait aussi autoritaire sur le sujet… et ils commencèrent vite à comprendre.

Lorsqu'ils virent Drago Malefoy entrer dans la salle, ils eurent bien du mal à respecter la consigne expressément prononcée par Harry quelques secondes plus tôt.

Drago, Théodore, Blaise, et Daphné avaient reçu la mission d'essayer de recruter également parmi les Serpentards, et bien entendu, uniquement envers des personnes dont ils étaient certains que leur parler ne les trahirait pas, et qui pourraient être intéressés.

Ils entrèrent dans la salle, et Harry vit qu'une fille de leur année les accompagnait. Il s'agissait de Tracey, la grande amie de Daphné. Ses parents étaient sang-purs et partageaient les idées de Voldemort, mais elle n'était pas du même avis.

Drago expliqua rapidement à Harry que c'était elle qui était venue voir Daphné pour lui demander si elle pouvait s'engager davantage dans le camp contre le Seigneur des Ténèbres. Elle pensait avoir pris un énorme risque, ne pouvant être certaine de l'allégeance de Daphné, mais elle avait été ravie et soulagée de voir qu'elle avait bien fait de lui parler.

Harry alla la voir et la remercia, et elle sembla légèrement intimidée devant lui, comme si elle ne savait pas s'il la croirait sincère ou s'il la renverrait en lui jetant un sort.

Il le sentit et essaya de la mettre davantage en confiance, et puis lui demanda de signer à son tour le parchemin, ce qu'elle fit sans une once d'hésitation avant de lui affirmer à voix haute et claire ses opinions dans le conflit.

Le sourire qu'il lui adressa lui fit comprendre qu'il la croyait, et elle sentit une chaleur agréable traverser sa poitrine. Elle sentait qu'elle avait fait le bon choix, pour elle-même, et elle ne regretterait pas.

Sirius et Remus quittèrent la pièce à ce moment, estimant que les jeunes allaient se débrouiller. Certains parmi les nouveaux, non habitués à travailler avec les Serpentards, et surtout particulièrement surpris de voir Drago Malefoy parmi eux, restaient silencieux mais leurs regards étaient mal à l'aise.

Harry décida de clarifier certains points.

- Maintenant que vous avez tous signé et que vous connaissez les visages de tous les membres de l'Armée du Phoenix, vous allez pouvoir apprendre un grand nombre de choses. Mais avant que quelques autres et moi-même ne nous lancions dans un cours sur l'Armée du Phénix, continua-t-il dans un sourire, vous allez découvrir l'un de nos plus grands secrets.

Des frissons d'excitations parcoururent les jeunes sorciers en l'entendant parler. Il sourit avec un air mystérieux et discrètement, sans que personne ne puisse voir sa façon de faire, changea son apparence.

Des cris de surprise furent échappés en voyant Harry Potter le Survivant et héros contre Voldemort se changer en Darren Prince, grand Serpentard et considéré comme le nouveau bras droit du mage noir.

Quelques anciens de l'AP rirent devant le côté légèrement mélodramatique.

- Je me présente, Harry James Darren Potter Prince ! lança Harry en souriant.

Tout le monde se mit un peu à parler en même temps, et des exclamations s'élevèrent de tous côtés.

Harry eut un peu de mal, mais il parvint enfin à ramener l'attention. Il entreprit alors, avec quelques autres, de raconter aux nouveaux l'ensemble des informations et comptes rendus de l'Armée du Phoenix.

Harry commença lourdement en parlant directement de l'intrigue majeure et du nœud de cette guerre. Il essaya de présenter les choses de façon ordonnée pour que tout soit clair.

Il commença par parler de l'opposition entre les deux grandes puissances magiques ancestrales, et en vint ainsi à évoquer leurs Champions, ici, Voldemort et lui.

Ceci l'amena à parler du Rituel, de ses deux utilisations possibles, permettant ou bien de détruire Voldemort, ou bien de le rendre réellement invincible et immortel, et expliqua globalement le fonctionnement, par des symboles, des objets, et des phrases rituelles, ainsi bien sûr que des Héritiers des Fondateurs.

Il parla de Caitlin, de Neville, de Luna, et du mystérieux héritier de Serpentard, du lien qui s'était établit, et du risque qu'il se défasse tant que les quatre héritiers ne seraient pas tous entièrement liés à un seul Champion.

Il parla ensuite du schéma aux termes latins, qui indiquait la formation des deux armées opposées, mais ne fit que survoler cette partie, manquant encore d'informations, et ne voulant pas s'étendre sur sa relation avec Drago pour l'instant.

Les anciens de l'AP n'en savaient pas tant que ça eux-mêmes. Tous surent simplement que Harry était le Dux et Princeps, celui qui guide et celui qui dirige, et que Voldemort était le Rex, le roi avec la nuance de tyran.

Ils surent aussi Drago et Harry étaient magiquement liés en plus de leurs sentiments, et ils apprirent rapidement que, par opposition aux Mangemorts, certains d'entre eux, peut-être tous, créeraient sans doute un jour prochain eux aussi un lien magique avec Harry, et qu'alors, ils seraient nommés Amari. Mais comme même Harry n'en savait pas beaucoup plus, il ne s'y attarda pas.

Après avoir laissé les jeunes sorciers réfléchir et discuter sur ce bloc d'informations, Hermione reprit en revenant sur l'Armée du Phoenix en particulier. Elle évoqua globalement leur façon de fonctionner et les règles de base, rappelant les consignes de sécurité, possibilités, et interdictions, et fit un point sur les procédés magiques de protection et sécurité, indiquant Ginny avec elle pour ces questions.

Ron parla de Godric's Hollow et de tout ce qu'il y avait à savoir dessus : la façon d'y voyager, le grenier, les utilisations possibles etc, et annonça qu'Harry et lui emmèneraient visiter, découvrir, et surtout, poser leur empreinte magique sur les protections de la Maison, dans la semaine à venir.

Théodore parla alors des différentes opérations qu'ils avaient menés jusqu'alors, évoquant au passage le système des paires, des partenaires, relatant et résumant les sorties qu'ils avaient effectués et leur déroulement. Il indiqua Ernie, Daphné, et Lisa, avec lui-même, pour ces points et informations s'ils avaient des questions, et en temps que référents en matière de stratégie.

Neville prit alors la parole pour expliquer le fonctionnement du Chicaneur, les types d'articles et d'informations, les façons de le transmettre et de le faire passer ainsi que ses camouflages, et rappela que les référents pour le journal étaient lui-même, Justin, Anthony, et Luna.

Fred et Georges firent ensuite un petit point sur les différents gadgets qu'ils possédaient et leurs utilisations selon les situations.

Drago enchaîna en faisant un point sur les doubles jeux, qui était infiltré auprès de qui et de quelle manière. Il expliqua ce que croyaient le groupe d'élèves pro-Voldemort, ce que croyait Voldemort, ce que croyait Ombrage, et fit une mise au point sur qui avait quel discours à tenir avec qui, pour s'assurer que personne n'échappe de paroles malencontreuses. Il rappela ensuite que Blaise et lui étaient à disposition pour rafraîchir la mémoire sur ces questions.

Ils avaient décidé de faire parler plusieurs personnes afin que les nouveaux voient que même si Harry avait le commandement, il n'était pas le chef absolu.

De même, tous avaient parlé ou avaient été évoqués comme référents ou responsables, afin d'informer les nouveaux venus que ce n'était pas par sa Maison qu'on était définis au sein de l'Armée du Phoenix, mais par ses capacités individuelles, par ce qu'on pouvait apporter au groupe, afin de montrer que tout le monde était impliqué et acteur.

Cela eut l'effet escompté, et cela produisit également un autre effet espéré : les Serpentards étaient bien moins regardés avec suspicion qu'à leur arrivée.

Harry termina par les secrets qui concernaient moins directement l'Armée du Phoenix.

- Merci à tous pour votre attention, commença-t-il. Vous avez un peu reçu toutes les informations d'un seul coup, mais c'était pour vous faire vous rendre compte, et pour que vous attrapiez le train en marche. Vous pouvez reposer des questions ou redemander des détails à tout moment, bien entendu.

En effet, certains avaient l'air un peu perdus.

- Avant de vous laisser partir, quelques dernières petites choses sur lesquelles nous voulions vous mettre dans la confidence, un peu comme un cadeau de bienvenue !

Harry souriait, détendu, et malgré les discours chargés qui avaient précédé, les jeunes sorciers se sentaient également assez tranquilles.

- Vous avez donc découvert que je suis le fameux Darren Prince, arrivé à la rentrée. Vous vous demandez peut-être pourquoi je ressemble au professeur Rogue et pourquoi j'ai été présenté comme son neveu. Qu'aurais-je bien pu vouloir avoir à faire avec lui, en effet, alors qu'il est notoire que nous nous détestons cordialement ? Tout d'abord, sachez que c'est une très bonne couverture, Voldemort ne pensera pas venir me chercher sous son nez. Mais il y a une autre raison.

Tous ceux qui ne savaient pas étaient particulièrement intrigués.

- Je vous dévoile cette information parce que vous avez signé un serment littéralement inviolable, mais jamais je ne l'aurais fait sinon. Ce que vous allez apprendre ne peut être dévoilé sous aucun prétexte à quiconque, des vies sont en jeu.

Les regards intrigués se teintèrent d'inquiétude. Qu'allait-il donc leur apprendre ?

- Peu de personnes le savent, mais ma mère avait une relation amoureuse avec le professeur Rogue. Elle s'est mariée avec James Potter pour couvrir cette relation et éloigner les soupçons qui se posaient sur son véritable amant.

Des lueurs s'allumèrent dans les yeux de ceux qui étaient en train de comprendre…

- Severus Rogue est mon père biologique, déclara enfin Harry.
Un silence de plomb suivit, qui fit sourire les jeunes qui étaient déjà au courant.

Soudain Seamus et Dean éclatèrent de rire. Ils riaient tellement qu'ils en pleuraient. Ron se mit à rire avec eux et lança :

- J'ai eu exactement la même réaction quand je l'ai appris !

- Oui, je me souviens ! confirma Harry en souriant. Hermione jouait la mère poule et toi tu étais écroulé.

Hermione fit semblant d'être outrée par ce commentaire.

Les paroles reprirent entre tous. Ceux qui connaissaient moins Harry et sa relation houleuse avec le professeur Rogue étaient amusés, n'ayant jamais imaginé Rogue comme père de famille, et surtout pas du Survivant, mais ils restaient plus discrets. En revanche ceux qui avaient plus l'habitude de côtoyer l'un ou l'autre parlaient vivement et avec un amusement qu'ils ne cachaient pas, les uns avec les autres.

Drago vint vers Harry et ils parlèrent discrètement.

- En comptant tout le monde, nous sommes trente maintenant, dit Drago.

- C'est vraiment pas mal, on a plus que doublé de nombre, répondit Harry. On va pouvoir être encore plus efficaces et actifs, je suis ravi.

- Je suis content aussi. J'ai l'impression qu'on a une vraie légitimité, murmura Drago en regardant vers les autres. Je veux dire… c'était déjà le cas, mais en voyant toutes ces personnes…

- Je vois ce que tu veux dire, lui chuchota Harry à l'oreille.

Drago eut un petit sourire et Harry effleura ses doigts.

Il redemanda rapidement l'attention, et ne déclara que quelques mots de remerciement à nouveau, avant d'annoncer que la séance était terminée, indiquant à tous qu'ils auraient une vraie réunion le lendemain en fin de matinée.

Au programme de cette réunion : mise à plat des allégeances et double jeux de chaque camp, compte-rendu des forces de chaque côté, et surtout, lancement des discussions et plans de sauvetage, pour Dumbledore.

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Explication du titre [Triple Jeux Et Double Faces] :

Je réfléchissais au fait qu'on voit dans ce chapitre les différentes alliances et attitudes des uns et des autres, et j'ai fini par avoir en tête l'idée de double jeu, et de double visage. J'en suis arrivée à ce titre par une envie de jouer un peu avec les mots.

Le Triple fait référence aux trois camps. Jeux indiquent les personnages joués par ceux qui prétendent être autres qu'ils ne sont. Double est pour ceux qui font semblant d'être quelqu'un d'autre, les discours officiels différents des réelles convictions, et pour Ombrage qui joue sur les deux camps. Et Faces est pour l'idée du visage montré, du visage caché, de l'apparence qui change, des apparences trompeuses.

La structure du titre fait également ces amalgames : il y a une construction répétée en parallèle, avec d'abord un mot de nombre, au singulier mais qui exprime un pluriel, et ensuite un nom au pluriel. Cette construction est donc deux fois, et les deux morceaux sont reliés par un troisième élément, la coordination 'et'.

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Remarques sur le chapitre :

Ombrage agit à la fois terriblement et en dirigeante compréhensive, pour mieux manipuler les jeunes élèves. Mais elle ne se rend pas assez compte que son petit jeu est trop clair pour la plupart, en particulier pour ceux qui suivent Harry. Et elle est complètement aveugle de ceux qui suivent véritablement Voldemort.

Pourquoi la rendre aussi peu éclairée ? Parce qu'elle n'est pas quelqu'un de si intelligent. Elle a ses idées, elle a du pouvoir, elle sait comment faire peur, comment manipuler, mais elle est tellement imbue d'elle-même qu'elle ne voit pas vraiment les autres. Et elle est aussi beaucoup trop inexpérimentée pour réaliser que tout est plus compliqué que ce qu'elle croit.

Harry va mieux, se contrôle mieux, redevient lui-même, mais tout ce qui s'est passé dernièrement n'a pas disparu. Et les traces qui semblent rester sont celles d'un certain goût pour le pouvoir et le contrôle. Drago a raison de s'en inquiéter, mais on peut espérer que cela n'est dû qu'à la situation et la guerre.

Pour ce qui est de la 'romance' Rogue/McGonagall, je répète, ce n'est pas une nouvelle grande histoire d'amour, ou une future nouvelle famille recomposée. Bien sûr, les jeunes voient les choses ainsi, parce qu'ils n'ont pas toutes les informations. Moi je les ai, et je préfère préciser les choses avant que les lecteurs ne s'échauffent à voir Severus retrouver l'amour.

Ce qui n'est donc pas le cas. Il s'agit plutôt, comme je l'avais dit la dernière fois, d'une envie d'affection entre ces deux personnages, qui sont très seuls tous les deux malgré tout, et qui s'apprécient, et apprécient passer des moments plus doux ensembles.

J'ai profité des nouveaux à l'Armée du Phénix pour faire un petit rappel et récapitulatif de toutes les informations sur l'intrigue.

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Questions de fin de chapitre :

Comment Ombrage sera-t-elle stoppée ? Que va-t-elle faire ensuite ? Qui va-t-elle avantager en premier pour prendre totalement le pouvoir ?

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Remarques références :

*Harry Potter et les Reliques de la Mort (Tome 7) : Harry arrive dans la Salle sur Demande occupée par les élèves qui résistent aux Mangemorts professeurs à Poudlard, et est accueilli avec grand enthousiasme.

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Annonce du chapitre suivant :

Intitulé [Sur Comment Faire Cuire Une Grenouille], les intentions, objectifs, et actions des différents camps seront clarifiés à nouveau, pour comprendre et décider quoi faire, un plan sera dressé pour essayer de libérer Dumbledore, et Harry ira visiter un peu sa famille…