Cet OS a été écrit dans le cadre de la cinquante-cinquième nuit du FOF et répond au thème « esclave »

Son : Don't you (forget about me) – Simple Minds

Bonne lecture !


OS 37 : Les chaînes de sa française

« Il faut que l'homme libre prenne quelque fois la liberté d'être esclave. »

- Jules Renard -

Bill croisa le regard désapprobateur du gobelin et lui envoya un sourire moqueur.

En fermant les yeux, il pouvait encore ce souvenir du malaise qui lui rongeait le ventre, il n'y a pas si longtemps, quand sa mère triturait ses cheveux, la naissance de sa barbe ou fixait l'anneau de son oreille avec des yeux plein de déception.

Avant, il aurait frissonné sous le regard que lui opposait le gobelin, il aurait baissé la tête, les épaules affaissées, se maudissant une fois encore de n'avoir toujours pas renoncé à cet air que tout le monde lui reprochait. Il serait rentré chez lui et aurait hésité durant un instant, baguette à la main, à couper pour de bon ce qui semblait être la seule chose mettant le reste du monde d'accord.

Il ne fallait pas grand-chose, finalement, pour mettre tout le monde du même côté. Une tignasse rebelle, des tâches de rousseurs, une boucle d'oreille et vous vous attiriez l'ire du reste de la planète. Alors, comme tous les soirs, il aurait approché la baguette de ses cheveux, aurait levé les yeux pour se regarder dans le miroir et puis il aurait perçu cette lueur, juste là, tapie au fond de son regard marron, le suppliant de ne rien faire. Il se serait souri, aurait baissé la baguette… et se serait maudit dès le lendemain matin sous le regard de son boss.

Avant, il envisageait les repas de famille avec malaise, les nerfs en pelote… il essayait sans cesse de s'inventer une excuse pour ne pas y aller. Ne pas constater à quel point Perçy rentrait dans le moule avec les félicitations du monde, ne pas constater la désapprobation de sa mère… mais alors, il aurait aussi raté l'étreinte subtile de Ginny qui en lui serrant le bras, l'éloignait gentiment de l'influence maternelle et lui rappelait à quel point elle aimait son frère, le rebelle.

Le rebelle…

Avant, Bill aurait voulu se révolter contre l'étranglement de cette société qui le considérait comme tel. Ginny pensait sans doute bien faire mais elle le renvoyait sans cesse à cette image de lui dont il ne voulait pas. A cette société tant étouffée dans ses règles, bouffée par ses codes, que la moindre incartade vestimentaire le plaçait au niveau du pire des rebuts. Il se serait couché le soir venu, dans sa chambre d'adolescent, avec la culpabilité de ne pas se bouger les fesses pour changer les choses. Pourquoi ne pouvait-il pas affronter le regard des autres ? Pourquoi baissait-il sans cesse la tête quand les yeux d'une femme se fixaient sur sa boucle d'oreille et qu'elle pinçait des lèvres ? Il aurait été trop facile de tout mettre sur le dos de Molly Weasley, cette mère qui faisait ce qu'elle pouvait…

Et un jour, un jour, il croisa la route de Fleur Delacour : courageuse, merveilleuse, gracieuse et avec cet accent français qui donnait un ton ridicule à son prénom. Les premières fois qu'elle l'avait appelé Bill, il n'avait pu s'empêcher de sourire, elle lui avait demandé ce qu'il lui prenait, il avait nié, elle avait vu rouge… Elle était belle en colère.

Chaque fois qu'ils se voyaient, Bill prenait mille et une précautions, tenant trop à cette petite perle blonde pour la perdre bêtement. A cette époque, il envisagea sérieusement de se séparer de sa boucle d'oreille mais il ne pouvait s'y faire il s'était infligé trop longtemps le regard des autres pour s'en débarrasser du jour au lendemain. Alors il prenait toutes les précautions du monde pour la camoufler derrière une mèche et puis un jour…

Un jour, il emmena Fleur sur la côte et un coup de vent idiot révéla l'objet de toutes ses attentions. Il n'avait pu qu'être spectateur du regard de la jeune femme se posant sur son oreille et il avait attendu, attendu une désapprobation qui n'était jamais venue. Et puis, elle avait ri, elle l'avait traité d'idiot et ensuite, elle l'avait embrassé. Légèrement, rapidement et il avait eu l'impression de n'être frôlé que les ailes d'un papillon timide. Il avait ri aussi tandis qu'elle rougissait puis il l'avait attrapée et serrée contre lui comme si sa vie en dépendait.

Il la demanda en mariage avec ce-même anneau quelques années plus tard et elle le menaça de la pire des tortures s'il ne se débrouillait pas pour lui trouver une plus jolie bague de fiançailles. Elle n'avait jamais dit « Oui », elle l'avait traîné chez le bijoutier mais elle n'avait jamais dit « oui ».

Alors ce jour-là, tandis que le gobelin le regardait avec dédain, Bill ne put s'empêcher de se souvenir de ses menaces et il sourit. Le sourire d'un homme qui en sait plus, un homme que Fleur avait libéré de ses chaînes pour mieux se l'asservir, le sourire d'un homme esclave du rire de sa française.


J'espère que ça vous a plu !

Len