Chapitre 35 : Germinal

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Lily Evans ne pouvait pas tomber malade. Pas le matin de son examen blanc de Métamorphose.

– Tu es toute blanche, tu le sais ça ? dit Alice, en lui servant un grand verre de jus de citrouille, l'air soucieuse.

– J'irai à l'infirmerie après le contrôle…

– Tu es sûre ?

Elle acquiesça.

Mais les chiffres tournaient de plus en plus devant elle… attendez ? quels chiffres ? C'était son manuel de Métamorphose… non ? Ouhlaa, qu'est-ce qu'elle avait mal à la tête…

A quelques mètres d'elle, James venait de faire une mauvaise blague. Il la regarda avec un drôle d'air.

– Lily ? Tu es sûre que ça va ?

– Oui…

– Je demande, parce qu'en temps normal, tu m'aurais soit défenestré, soit recouvert de pustules formant le mot VANTARD sur mon front, pendant toute la journée, soit…

– Je ne suis pas d'humeur, grogna-t-elle.

– Lily Evans serait-elle stressée ? dit-il, moins par taquinerie que par compassion. Marquons ce jour d'une pierre… Tu sais très bien que ta copie va encore être placée dans le top cinq…

– James ?

– Oui ?

– Tais-toi.

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Le numéro de la question 16 commençait à se brouiller. Elle se concentra, mais ses yeux n'y arrivaient pas. Puis ce fut le trou noir.

- Non ! Lily ne meurt paaaaas, cria théâtralement la voix de James dans ses oreilles.

Elle n'ouvrit même pas les yeux. Quelqu'un la tenait dans ses bras et courait. Ce n'était pas très confortable, mais au moins, c'était chaud. Son cerveau dut reconnaître l'odeur de James - et décider qu'elle était en sécurité et pouvait s'évanouir sans risque d'être lâchée, parce qu'elle ne se réveilla qu'à l'infirmerie.

L'odeur des produits aseptiques picota ses narines, mais ce parfum était plutôt rassurant. Elle sentit bientôt un oreiller moelleux sous son crâne douloureux, et elle entendit vaguement les pas de l'infirmière quitter précipitamment son bureau.

– Est-ce que tu as bu ou mangé quelque chose que quelqu'un t'aurait donné ? dit la voix de James, dans son oreille mais qui semblait lui parvenir de très loin.

Mrs Pomfresh et lui la regardaient avec attention.

– Non… je suis juste malade… croassa-t-elle.

Si elle avait été dans son état normal, elle aurait remarqué leur insistance, sur une question qui, à sa connaissance, n'étaient pas posée aux autres élèves admis à l'infirmerie. Elle ne comprit que plus tard qu'ils avaient craint un empoisonnement par un anti-Né-moldu. Vu l'air tendu de James, il aurait adoré qu'elle réponde à sa question par l'affirmative. De préférence, avec un nom.

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Quelqu'un lui chatouillait le nez. Elle pensa à Abélard, mais le chat pesait son poids et elle ne sentait que les couvertures contre elle. Elle renifla, se tourna sur l'autre côté en tremblotant. Elle détestait avoir la fièvre.

La deuxième fois qu'on lui chatouilla le nez, elle ouvrit grands les yeux. A son chevet, James écrivait d'un air bien trop innocent.

- Si cette plume retourne une seule fois dans mes trous de nez, je te la fais manger. Et le poulet auquel elle appartenait avec.

- C'est une plume d'autruche…

- Alors j'espère que tu as faim…

Même sourire lui faisait mal. Elle avait même du mal à avaler sa salive. Alors protester quand James s'allongea sur le lit, à côté d'elle…

- Dégage, James… Mes microbes et mes crobes entiers meurent d'envie de te dévorer…

- Wow, tu dois vraiment avoir de la fièvre pour faire une blague aussi pitoyable…

- Mmh… divertis-moi, je n'ai rien de mieux en rayon…

Alors il la divertit. La blague de Babbity Lapina qui faisait de la soupe à la citrouille, celle de la Gobeline amoureuse d'un gnome, celle de la licorne qui rêvait de voler sur un balai, toutes y passèrent. Et Lily se dit que vraiment, elle devenait très bon public, avec 39° C…

D'autres amis passèrent la voir. Eux, avaient choisi de finir leur épreuve de Métamorphose – même si les chances que James ait réussi la sienne, même avec une heure en moins, étaient très élevées, puisqu'il finissait invariablement ses devoirs en avance. Peter couvrit le lit de Lily de friandises de Honeydukes, Gidéon et Maugrey lui apportèrent des comics moldus (Sirius leur avait fait découvrir, au cours des vacances de Noël), Liv et Chiara des tisanes maison pour faire refluer la fièvre (Lily les fit habilement glisser vers la pile d'emballages de bonbon vides, pour qu'ils finissent dans la poubelle plutôt que dans son estomac…). Un peu avant l'heure du dîner, quand le ballet des élèves se fut interrompu (chacun étant parti réviser l'épreuve du lendemain - Potions), le professeur McGonagall lui rendit visite. Elle lui dit, assez sévèrement qu'elle la croyait assez intelligente pour savoir se ménager en période d'examens. Sa formule exacte avait été « Avant de vouloir s'occuper de la santé des autres, il faut s'occuper de la sienne… » Lily eut le bon sens de sembler coupable. Mais elle ne regrettait pas un instant toutes les heures sup' de Préfète, où elle avait déjoué méfaits de potache et accidents organisés bien plus graves.

Elle s'endormit du sommeil du juste.

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James avait peut-être raison. Une mauvaise grippe n'aurait pas dû la clouer au lit pendant dix jours, pensa-t-elle en voyant Margot s'approcher d'elle avec un panier plein de croissants.

Par Merlin, ce que les viennoiseries étaient bonnes…

- C'est nul, hein, fit Margot, compréhensive, en mordant pour sa part dans une madeleine.

- Surtout quand les invités sont là… et qu'on a passé des mois à préparer leur arrivée…

Comme prévu, la délégation de Beauxbâtons était arrivée deux jours plus tôt. Lily avait à cette occasion appris à déléguer (dans une dimension toute lilyenne, bien sûr) les responsabilités. Professeurs et préfets jouaient parfaitement les suppléants auprès de James. Amélia lui rapporta même avoir entendu les préfets de Serpentard s'exclamer qu'ils étaient impressionnés que Lily et lui aient géré autant de tâches jusqu'ici.

Quand on parle du loup (du loup-garou et du sorcier, en fait)…

Elle ne put s'empêcher de remarquer que Remus avait rougi en voyant que Margot était déjà là. Mais il avait la meilleure poker face qu'elle ait jamais vue. Exception faite de celle de Sirius, le jour où McGonagall, partie à la poursuite de celui qui avait changé la statue de Salazar Serpentard en un plantureux nu à l'antique, était venue faire un discours menaçant dans la Salle Commune des Gryffondors. Remus posa sur la table de nuit de Lily les notes de cours qu'il avait pris pour elle. Les feuilles de parchemins couvertes de mots pris avec minutie rassuraient toujours plus Lily que les notes lacunaires de Sirius et James, qui, avec leur mémoire et leurs facilités n'avaient pas besoin d'avoir des traces des cours qu'ils suivaient. Pas étonnant qu'Andromeda lui ait demandé ses cours à elle, plutôt qu'à son cousin.

- Salut !

- Coucou ! Qu'est-ce que vous faites là ?

- On n'est venu pour les croissants, fit James, sérieux. Uniquement.

- Ha-ha.

Sa tête était encore trop embrumée pour qu'elle soit de bonne humeur. James mordit dans un pain aux raisins en souriant, d'un air satisfait.

- Quoi ?

- Rien.

- Oh, à d'autres…

Son sourire s'élargit, mais il ne dit toujours rien.

- Remus ? Parle ou je le frappe.

Le loup-garou sourit.

- Dans ce cas, je n'ai aucun intérêt à parler…

- Hé ! protesta James, la bouche pleine.

- Rooh… ton cher et tendre est seulement en possession de ton bulletin de notes.

Lily leva les yeux au ciel et tendit la main.

- C'est payant.

- James.

- Juste un bisou.

- On dirait les négociations d'un enfant de six ans.

- Si j'avais six ans, j'ajouterai un balai volant à la liste de mes exigences. Et une licorne.

Au cours de l'heure suivante, Lily se dérida peu à peu, bien aidée par Margot, dont l'anglais, parfait en terme d'accent, ne l'empêchait pas de traduire de manière parfois perturbante certaines expressions françaises…

La cloche de 15h retentit quelque part dans le château. Lily récolta son bulletin, un baiser de James, une fournée de viennoiseries de Margot et un regard complice de Remus.

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Potions : Optimal. La deuxième élève la plus douée de son année, Miss Evans maîtrise des potions plus avancées encore que le programme, et, à sa connaissance parfaite des propriétés magiques des ingrédients standard, s'ajoute l'intuition, et j'ose le dire, le talent. Horace Slughorn

Arithmancie : Efforts exceptionnels. Elève sérieuse qui sait voir au-delà des calculs très intéressée aux applications de ma matière à d'autres domaines de la Magie. Pulcheria Murphy-Whither

Métamorphose : Optimal. Excellente élève, sérieuse, dont les résultats excèdent souvent les attentes de son professeur et le niveau de ses camarades. Minerva McGonagall

Botanique : Acceptable. Elève sérieuse et intelligente, mais qui préfère étudier les propriétés médicinales des plantes au programme, souvent au détriment des manières de les entretenir. Pomona Chourave

Sortilèges : Efforts exceptionnels. Grande maîtrise et adresse. Des facilités à continuer d'exploiter ! Filius Flitwick

Défense contre les forces du mal. OptimalDes aptitudes indéniables en Défense et une ténacité efficace; le seul regret de son professeur est que miss Evans ne se destine pas à une carrière de duelliste ou d'Auror… Elphias Dodge.

Spécialité Médicomagie : Optimal. On comprend pourquoi miss Evans a choisis cette spécialité. Harold Derwent.

Commentaire global : Excellente élève (dans les cinq meilleurs de la promotion 1978) Préfète-en-chef à la hauteur de sa tâche. Minerva McGonagall (Directrice de la maison Gryffondor, Directrice adjointe, etc.)

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Lily rosit littéralement devant tant de compliments. Bon… Le Professeur Chourave semblait encore lui en vouloir pour ce qu'elle avait fait à cette pauvre pousse de Saule Cogneur (trop de fumier de dragon tue… la plante en-dessous)… mais pour le reste, elle était plus que satisfaite ! C'était le bulletin qui serait envoyé à ses futurs employeurs, en attendant les résultats d'ASPICs. Belby n'aurait aucune raison de ne pas soutenir sa candidature…

Une nouvelle madeleine atterrit dans sa bouche. Elle avait le goût du réconfort. James avait toujours été doué pour la faire se sentir bien. « Demandez Potter, le nouvel anti-migraine » pensa-t-elle, avant de se rendormir.

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Elle ne sortit de l'infirmerie que trois jours avant que les élèves de Beauxbâtons et Poudlard ne repartent, pour les vacances de printemps. En entrant dans la Grande Salle, elle salua des visages français connus et sourit à d'autres. Ses camarades de Gryffondors l'accueillirent à grand renfort d'embrassades elle eut droit à un compte-rendu de tout ce qui s'était passé depuis la fin des examens (même si Alice lui avait déjà tout raconté) et à une double ration de tarte à la mélasse (son péché mignon).

Lily nota tout de même que les élèves de Beauxbâtons étaient beaucoup moins nombreux à être venus, que la liste qu'elle avait établie avant leur arrivée ne le prévoyait. Elle comprenait leur méfiance. Avoir un mage noir en liberté, et ses complices cachés un peu partout dans le pays, n'était pas pour aider le tourisme britannique…

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- C'est quoi comme morceau ?

- La Danse des Chevaliers, de Prokofiev, répondit-Lily.

Alice referma doucement la porte de la salle de travail derrière elle. Elle n'avait pas l'air dans son assiette.

- Qu'est-ce qui se passe ?

- Maugrey vient de me dire que Frank est à Sainte-Mangouste.

Lily lâcha sa plume et ignora la tache noire qui apparut sur les fiches de cours qu'elle comptait envoyer à Andromeda.

- Qu'est-ce qui s'est passé ? C'est grave ?

- Juste un mauvais sort… Qui a fait disparaître tous les os de ses jambes… tu imagines un Frank en marshmallow ? Et le Poussoss est le seul remède, mais il ne peut pas traiter tous les os à la fois…

- Je n'aimerai pas être à sa place, grimaça Lily, qui avait déjà vu les effets de cette potion (si le nombre d'os à repousser étaient important, souvent le processus dégénérait et il fallait recasser et ressouder certains des nouveaux os par la magie…).

- Je ne suis pas surprise que ça arrive, mais j'aurais aimé qu'il me le dise.

- Il ne voulait pas t'inquiéter…

Ce n'était visiblement pas la chose à dire. La chose qu'Alice avait entendue trop de fois.

- Mais je m'inquiète ! Par Merlin, je suis toujours inquiète pour lui ! Alors, pour une fois, j'aimerais qu'on me dise que ce n'est pas pour rien !

Lily fit un sourire en coin. Souhaiter entendre que Frank est en danger n'était pas très raisonnable, mais elle comprenait Alice. L'incertitude était difficile à supporter. Elle ignorait comment elle-même réagirait pendant les premiers mois de James en tant qu'Auror. Surtout que les apprentis allaient de plus en plus souvent sur le terrain avant la fin de leur formation. Question de contexte. Lily passerait sans doute des soirées entières à espérer ne pas croiser James sur son lieu de travail, en tant que patient, à ronger le peu d'ongle qui lui restait. A moins que sa balle anti-stress ne cède la première.

- Je veux un cââââlin de ma meilleure amie, fit Alice d'une voix enfantine, en se coulant dans les bras de Lily.

- Vos exigences sont des ordres, rit Lily.

Elle métamorphosa une chaise en un énorme lapin pelucheux et éclata de rire en voyant Alice s'affaler dessus, comme sur un pouf.

- Rappelle-moi quel âge tu as ?

- L'âge de déjà me faire des cheveux blancs…

Ce n'était malheureusement pas très drôle, et les deux amies échangèrent un regard en silence.

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Remus ferma les yeux et s'allongea à côté de Margot. On n'était que la mi-mars, mais les beaux jours revenaient déjà. Entre deux giboulées, il profitait du parc avec sa correspondance française.

Ils étaient bien, là, à se dorer au soleil, à échanger quelques mots en français (Remus avait tenté de l'apprendre un peu en secret).

Mais soudain, Margot poussa un cri strident. Remus ouvrit les yeux. Une araignée de la taille d'un petit chien était apparue sur sa jambe.

- Patmol !

Personne ne répondit, mais Remus était certain qu'il était celui qui avait lancé l'Amplificatum. Il avait toujours été le plus acharné de ses amis, pour ruiner sa vie sentimentale.

- Accio cape d'invisibilité !

Sirius grimaça, découvert. Remus rendit sa taille normale à l'araignée, tout de même amusé. Mais Margot ne riait pas du tout. Elle n'avait pas apprécié d'être l'objet de la blague. Elle se leva, frappa l'épaule de Sirius, lança un regard furieux vers Remus et remonta vers le château à grandes enjambées.

- Oups ?

Remus lui lança un regard noir et suivit Margot.

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- Hellloooo Lily d'amour !

Lily leva un sourcil et baissa un peu son livre d'Arithmancie. James retourna une chaise et s'assit à cheval dessus, pour la regarder en souriant. Elle le regarda de la tête aux pieds. Il venait de passer une main dans ses cheveux pour les faire bouffer, il avait déboutonné le haut du col de sa chemise et il portait un sourire charmeur bizarrement familier.

- « Hello » ?

- Tu viens faire un tour près du lac ?

- Je travaille. Où est ton badge de Préfet ?

- Quelque paaart…

James n'avait jamais cet accent chantant. Et il avait arrêté depuis un bon moment de passer sa main dans les cheveux toutes les minutes. Quelque chose clochait. Remus les observait, sourcils froncés, depuis l'autre côté de la Salle commune.

- Tu ne devrais pas être à l'entraînement de Quidditch ?

James eut l'air un peu air ennuyé par sa question, mais reprit son air décontracté habituel.

- Je l'ai annulé pour t'organiser un rendez-vous romantique…

Le regard de Lily se fit glacial. Son regard s'attarda sur le sourire charmeur et le col déboutonné.

- Petrificus Totalus.

Remus s'approcha.

- Sirius ?

- Le stock de Polynectar de l'Ordre est pour les urgences, espèce de crétin, siffla Lily entre ses dents.

Remus et elle décidèrent d'entretenir le sort jusqu'au dîner ça leur assurait une double vengeance. Et une heure et demi de tranquillité, pour travailler dans la Salle Commune.

- Ca fait combien de temps qu'il n'a pas eu de petite amie ?

- Trois mois complet. Faut qu'il compense…

Lily sourit. Emmeline était vraiment une fille géniale. Lily se pencha sur le côté pour regarder la statue qui traînait sur le tapis, et lui donna mesquinement un petit coup de pied. Les effets du Polynectar s'étaient dissipés depuis deux heures, et c'était bien le regard furieux de Sirius qui était fixé sur elle.

- Tu sais ce qui se passera quand James rentrera et que je lui dirais?

Elle aurait juré que malgré le sort, la pomme d'Adam de Sirius avait eu un sursaut d'angoisse.

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- Ta valise ! Lily, derrière !

Elle cilla et souleva la lourde valise jusqu'aux bras de James. Il tressaillit à peine sous son poids. Frimeur.

- Tu as mis quoi dedans ? Il pèse comme une licorne morte !

- Des livres…

- C'est les va-can-ces !

- Grouillez !

Une voix venait d'annoncer que le départ du Poudlard Express était imminent.

Ils montèrent sur le quai et agitèrent la main en direction d'Hagrid. Sans-Peur poursuivit leur wagon, en aboyant jusqu'au bout du quai. Juste avant que le train ne prenne un virage, qui les dérobe aux regards du garde-chasse et de son compagnon à quatre pattes, Sirius lança trois os qu'il avait gardés, pour son ami canin. Les jappements de remerciement les suivirent jusque plus loin.

Alice et Lily s'affalèrent sur la banquette, et regardèrent par la vitre ouverte. Avec les élèves de Beauxbâtons et de Poudlard, le train était plus bruyant que d'habitude.

- Vous voulez jouer à quelque chose ?

- « Trouvez quelle est la couleur des yeux de Lily ? » proposa James.

- Et ça recommence…

- Une Bataille explosive ? offrit Peter.

Les filles refusèrent d'un secouement de tête. Lily savait que sa meilleure amie n'attendait que le moment de poser un pied sur le quai de King's Cross pour transplaner à Sainte-Mangouste. Elle palpa son poignet gauche, où le bracelet que lui avait offert James répercutait contre sa peau les battements réguliers de son cœur. Elle lui adressa un petit sourire, de l'autre côté du compartiment. Il n'y avait pas l'exagération des regards séducteurs de Sirius dans ses yeux. C'était plutôt une sincérité tranquille. Quand il la regardait, il avait ce regard songeur, qui lui semblait une preuve d'amour.

Ils pouvaient indifféremment passer des heures à parler, et des heures en silence. Il lui arrivait de caresser ses cheveux sans raison, et à elle de lui faire un sourire sans dire quoi que ce soit. C'était assez. Pas toujours besoin de mots pour dire les choses. Il la faisait se sentir précieuse, elle le faisait se sentir aimé.

Alice rit doucement contre son bras. Sirius avait trouvé un sort qui avait transformé son visage en masque de pâte à modeler. Il tira sur son nez jusqu'à le dresser en une ridicule virgule, puis se releva les sourcils. Avec un sourire en cul de poule, on aurait dit un personnage grotesque tiré d'un spectacle de marionnette.

Comme toujours, l'arrivée à Londres fut bien trop tôt à leur goût. Les anglais dirent adieu aux Français. Ceux, comme Margot, qui restait encore une semaine chez leurs correspondants, les suivirent vers le monde moldu.

Les Evans accueillirent Alice et Lily avec un grand sourire. Lily nota que beaucoup de parents les regardaient en chuchotant, comme s'ils allaient apporter une maladie ou le malheur sur leurs familles. Heureusement que Narcissa restait à l'école pour les vacances et que les Black n'étaient pas sur le quai… Mr et Mrs Evans saluèrent James, puis les autres Gryffondors que Lily leur présenta. Pétunia renifla d'un air méprisant dans son coin, ignorant les regards insistants de Sirius (qui la trouvait décidément très jolie, quoique moins piquante que Lily) et le gentil « bonjour » de Peter.

Alice disparut rapidement (elle laissa ses bagages à Lily, avec la promesse d'arriver avant le dîner chez les Evans). James les accompagna galamment la voiture, puis partit de son côté vers Godric's Hollows, après que Mrs Evans ait obtenu de lui la promesse d'un dîner à la maison.

Ce ne fut qu'arrivée dans la voiture que Lily remarqua ce qui brillait à la main de sa grande sœur.

- Est-ce que c'est ce que je crois ?

Lily ignora le regard inquiet de son père, qu'elle voyait dans le rétroviseur.

- Vernon me l'a offerte. Nous sommes fiancés.

- Mais…. Mais tu le connais depuis moins d'un an !

- Tout le monde n'a pas besoin de six ans pour se rendre compte qu'il est amoureux de son voisin de dortoir.

Lily ouvrit la bouche, puis la referma. Mrs Evans regardait résolument la route, d'un air ennuyé.

- Les théories de maman…

- Eh bien, est-ce qu'elles sont fausses, mes théories ?

Après tout, qui était-elle pour juger sa sœur. Chacun gérait différemment ses rencontres. Elle avait besoin d'être sûre de James, et surtout d'elle-même. Pétunia avait eu cette assurance beaucoup plus tôt. Peut-être parce qu'elle n'avait pas une guerre invisible à gérer, en parallèle de ses relations sentimentales…

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Lily remontait la rue principale de Godric's Hollow, quand elle reconnut plus loin devant elle la silhouette massive de Frank. Celle, fluette, d'Alice n'était nulle part en vue.

- Frank !

Le grand jeune homme se retourna. Il marchait avec une canne, mais son sourire ne semblait nullement affecté par sa récente blessure.

- Lily ! Comment vas-tu ?

- C'est plutôt à moi de demander ça… Alice n'est pas avec toi ?

- Elle n'avait pas encore eu le temps d'acheter un cadeau, donc elle nous rejoint là-bas.

- Le Bureau n'est pas trop surchargé ?

- J'ai dû menacer mon patron de démissionner pour qu'il me donne ma journée, grimaça Frank. On a vraiment besoin de tout le monde, même des apprentis Aurors… Tu as peut-être vu ce tremblement de terre inexpliqué dans le Kent, aux infos ? Maugrey pense que c'est là que les Mangemorts s'amusent pendant leurs vacances en province …

- Les Lestrange ont une maison à Folkestone, dit-elle pensivement. C'est vraiment… horrible.

- C'est le mot…

Ils arrivaient à la barrière blanche qui entourait le jardin des Potter. Ils pouvaient voir Sirius et Peter de l'autre côté de la baie vitrée, en train de discuter avec animosité avec Mrs Potter. La mère de James avait vraiment pris un coup de vieux, Lily pouvait le voir même à cette distance. Sa silhouette élégante s'appuyait plus que de coutume sur sa canne, et des cernes nouvelles soulignaient ses yeux.

Ils arrivaient juste à la porte, quand un énorme poids faillit renverser Lily et Frank par derrière.

- Coucouuuuuuu !

- … Bonjour Alice.

- Je vous ai manqué ?

- Je t'ai quitté il y a une heure, chérie, dit Frank.

- Je t'ai quitté il y a un jour, choupi, dit Lily.

- Maiheu, ça devrait déjà être trop !

Lily et Frank éclatèrent de rire. Il était vrai qu'Alice était si attachante qu'elle manquait rapidement aux gens.

La fête-surprise, en petit comiték pour les dix-huit ans de James fut un succès. Il repéra l'embrouille de loin, Remus n'étant pas vraiment très bon cachotier, mais ça lui fit tout de même très plaisir. A force, Lily se rendait compte que le noyau soudé de leur groupe d'amis était intimement lié à leur engagement dans l'Ordre. Tous les Gryffondors n'avaient pas été invités : seuls les Mauraudeurs, Lily, Alice et Frank.

Le tour de table que firent les yeux de Lily confirma l'impression qu'ils resteraient ensemble, jusqu'à la fin.

Il y avait Alice, sa meilleure amie depuis la deuxième année, en apparence superficielle ou timide en apparence, mais exubérante et lucide quand on la connaissait bien. Il y avait Frank, un garçon lui aussi réservé, et déterminé. Ces deux-là ensemble pouvaient faire des étincelles. C'étaient des gens qui étaient peu sûrs d'eux-mêmes, l'un sans l'autre, mais une fois réunis, ils étaient une force positive pour l'un et l'autre. Il y avait Peter, le bon copain avec qui on aimait passer du temps, mais pas forcément celui auquel on parlait de choses sérieuses. Peter qui était si doué pour écouter. Il y avait Remus qui savait aussi écouter, et parler sérieusement, le grand-frère à qui on demandait conseil, à qui on pouvait révéler des secrets avec la certitude de ne pas les entendre être révélés. Il avait beau être un piètre menteur, les secrets de ses amis trouvaient en lui une tombe. Il y avait Sirius, le petit comique qui avait besoin d'attirer l'attention, et auprès de qui on pouvait chercher un réconfort certain (pas forcément à coup de blagues très fines…).

Et enfin James, qu'elle n'avait, elle s'en rendait compte à présent, plus vraiment réussi à faire rentrer dans la case « Amitié », après l'été de leur cinquième année. Il y avait eu un trop plein quelque part, après l'enterrement de son père. Après qu'elle l'a vu autrement qu'avec son éternel sourire insouciant vissé sur le visage.

- A James, qui a 18 ans aujourd'hui !

- A James qui est né cinq jours après le début du septième mois du calendrier révolutionnaire français ! dit Remus, avec un clin d'œil à Lily. Ce qui, en terme arithmancique ou divinatoire, doit signifier que le meilleure Marqueur de Gryffondor devait naître myope, et avec une envie insatiable de justice !

- Trop de blagues d'intellos ! N'ajoutons pas plus de sérieux à un monde qui nous donne déjà des rides à 18 ans !

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Alice éclata de rire.

James sortit, les joues rouges, les trois paires de caleçons aux couleurs de Gryffondor que contenaient le paquet de Lily. On pouvait même voir des petits lions et des petits Vifs d'or se balader sur le tissu.

Il leva les yeux vers Lily, et lui lança un regard interrogateur.

Elle acquiesça avec ce petit air de défi qui lui mettait toujours l'estomac en vrac.

Il sourit.

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Encore une fois, je ne suis pas très satisfaite, mais je voulais vous laisser avec un chapitre à lire avant une dizaine de jours sans nouvelles (cette fois, l'interruption est prévue ^^ pas de panne d'inspiration à mettre en accusation). Encore un ou deux chapitres, et on commencera la troisième partie (l'après Poudlard) ! Merci à tous pour votre fidélité, ça fait chaud au cœur d'avoir autant d'encouragements ! A bientôt !