Hey!

Oui, je suis en vie. Non cette fiction n'a pas été abandonnée. J'avais dit que c'était dur d'écrire en ce moment. ;)

Un reviewer anonyme m'a demandé d'où je tirais les citations et d'où venait le titre de la fic. Je n'ai pas pu répondre puisqu'il était... anonyme. Donc, les citations ce sont des phrases que j'ai relevées au fil de mes lectures ou dans des séries-TV ou films, soit des phrases qui m'ont plu au détour du net.

Le titre: les cicatrices du temps, fait tout d'abord référence au voyage dans le temps bien sûr, mais également aux cicatrices visibles ou non. Celles de Severus qui ont beau s'être effacées chez l'adulte restent ouvertes et les multiples cicatrices mentales ou physiques d'Harry.

Bon j'espère que vous pardonnerez ces délais. Le M2, c'est la mort. Et bien que je comprenne votre impatience et votre frustration ( et là je m'adresse à moins d'1 pourcent de mon lectorat donc ne vous sentez pas visé ^^) on peut demander... poliment. Je ne m'amuse pas à la garder sous le coude pour le plaisir. =)

Voilà, un peu d'action dans ce chapitre.

Enjoy & Review


Most of the time one night blends into the next and weeks blend into weeks and months into other months. And sooner or later we all die. But at the beginning of the night anything's possible."
Lauren Oliver (Before I Fall)

La plupart du temps, une nuit se fond dans la suivante, les semaines se fondent en d'autres semaines et les mois en d'autres mois. Et tôt ou tard, nous mourrons tous. Mais au tout début de la nuit, tout est possible.

— Lauren Oliver (Before I Fall)

Chapitre 38 : The beginning of the night

Harry se coula silencieusement entre deux troncs fins et s'adossa au troisième, plus épais. Son cœur battait un peu trop fort, son sang pulsait à ses oreilles, l'empêchant de se concentrer pleinement sur les bruits qui résonnaient autour de lui.

Non pas que ses ennemis soient particulièrement bruyants...

Les doigts crispés sur sa baguette, il scruta l'obscurité qui l'entourait, tentant de percer la nuit et la végétation luxuriante de la forêt dans laquelle il se trouvait. Un insecte lui chatouilla la joue, il le chassa d'un geste agacé et leva les yeux vers la voûte noire, sans étoiles, qui surplombait l'endroit, se demandant s'il y en aurait encore pour longtemps.

Ses muscles criaient à la torture.

Tu es maître de ton corps, rappela la voix sèche de Snape-Prince dans son esprit. Ton corps se plie à ta volonté. Il ne te contrôle pas.

Il avait faim.

La faim n'importe pas.

Il avait soif.

La soif n'importe pas.

Tout entier à ces considération basiques, il faillit rater le mouvement à sa droite. Il pivota juste à temps pour dresser un bouclier rouge sang entre son agresseur et lui. Malheureusement, il ne maîtrisait pas encore tout à fait cette technique et le sort le fit reculer de deux pas, il buta contre une racine et s'étala en arrière dans la terre boueuse qui recouvrait le sol.

L'ombre furtive, incorporelle, s'avança. Il roula sur lui même. Un sort bleuté s'écrasa à l'endroit précis où sa tête s'était trouvée une seconde auparavant.

« Impedimenta ! » beugla-t-il.

Un sortilège informulé faible vaut toujours mieux qu'un sortilège hurlé à pleins poumons.

L'ombre para d'un geste de la main et riposta d'un nouveau trait bleu. Harry esquiva d'un bond sur le côté, grimaçant lorsque son genou se tordit un peu plus. Une vague de douleur l'envahit et il dut serrer les dents pour ne pas laisser échapper un cri de détresse.

La douleur ne compte pas. Tant que tu as mal, tu es vivant. Commence à t'inquiéter lorsque la douleur disparaît, c'est là que la mort rôde.

Bleu n'était pas bon, rumina-t-il. Bleu lui avait laissé une brûlure sur l'épaule qui avait mis trois jours à guérir.

Ce menteur avait promis qu'il n'y aurait plus de bleus.

Règle numéro deux : un ennemi ment toujours.

Règle numéro deux, alinéa un, se moqua mentalement Harry : Snape-Prince mentait lorsque ça l'arrangeait.

Il détailla l'ombre qui était en train de faire apparaître une boule d'énergie argentée. C'était nouveau. Probablement pas bon.

La silhouette avait forme humaine mais on aurait dit qu'elle était faite de brume noire. Ou de ténèbres. Dans tous les cas, Harry avait appris à ne pas apprécier ces créatures.

La boule d'énergie grossissait à vue d'œil.

Étudier l'adversaire est une approche sensée. Attaquer avant qu'il n'attaque est une meilleure approche.

Se souvenant de justesse d'utiliser un sortilège informulé, il se concentra jusqu'à sentir le pouvoir palpiter en lui. Ces sorts là étaient avancés, équivalents aux A.S.P.I.C.s de septième année voire plus élevés. Snape-Prince avait été impressionné par la rapidité avec laquelle il les avait assimilés. Oh, il n'avait rien dit, bien entendu, mais il l'avait vu sur son visage.

Une torsion du poignet, un coup vers le haut puis un trait à droite.

Il n'y eut rien de visible et, pendant une seconde, il crut avoir échoué.

Tu as trop confiance en toi. C'est ce qui te perdra.

Une seconde seulement. La suivante l'ombre écartait les bras, tombait à genoux et disparaissait dans le néant qui l'avait engendrée.

La boule d'énergie continua à flotter là où elle était.

Elle enflait.

Pourquoi est-ce qu'elle continuait à grandir ?

Tu ne réfléchis jamais. Tu charges comme un bon petit Gryffondor, sans prendre en compte les détails évidents.

Harry se mit à courir, ignorant la brûlure dans son genou. Il accueillit la douleur avec soulagement. La douleur, la peur... C'étaient des armes. Utilisées à bon escient, elles permettaient de se tirer de toute échauffourée.

Ne fuis jamais un adversaire. Mieux vaut être un égal qu'une proie.

Ce n'était pas un adversaire, c'était une boule de lumière qui allait probablement exploser. Terrens lui arracherait la tête s'il devait manquer une autre entraînement pour cause de blessure...

Règle numéro cinq : ne tourne jamais le dos à un adversaire.

Mais ce n'était pas un adversaire !

Il continua à courir, sautant par dessus les racines et prenant appui sur les troncs pour avancer plus vite. Tout ce qu'il avait à l'esprit était de s'éloigner assez vite de la boule pour ne pas être pris dans la déflagration.

Une proie finit toujours par tomber dans le piège du prédateur qui la chasse.

Il déboucha dans une clairière et, à bout de souffle, s'arrêta le temps de reprendre sa respiration. Plié en deux, les mains sur les genoux, davantage en appui sur sa jambe gauche que sur la droite, il s'efforça de prendre des bouffées d'air régulière.

Il faisait si sombre qu'il ne remarqua les silhouettes que trop tard.

Il leva sa baguette mais à sept contre un, il n'y avait aucun espoir de victoire. Un ronronnement dans son dos trahit la présence de la sphère.

Épuisé, il baissa sa baguette et leva une nouvelle fois les yeux vers le dôme.

Il avait faim, soif et il était fatigué. Tant pis si ça n'était pas censé compter.

« Je me rends ! » cria-t-il.

Rien ne bougea. Il aurait aussi bien pu parler tout seul.

Et puis, une des ombres s'avança. Rien ne la distinguait des autres mais Harry savait qu'elle dissimulait quelque chose de plus terrible que les simples silhouettes sans cervelles. Après tout, il avait pris l'habitude de ce jeu là...

Instinctivement, il fléchit légèrement les jambes, mit son épaule gauche en retrait et leva son bras droit. La position de duel était discrète mais lui permettrait d'enchaîner plus vite.

L'idée de le laisser gagner immédiatement lui traversa l'esprit mais il la rejeta presque aussitôt. Il saurait. Il savait toujours tout.

Puis, l'ombre entra dans la danse et Harry ne put rien faire d'autre que réagir. Il para, feinta, utilisa la moitié des sortilèges que Snape-Prince lui avait appris plus ceux que Severus et lui avaient dénichés dans la bibliothèque, mais même s'il avait connu tous les maléfices du monde, il n'aurait jamais réussi à vaincre cet adversaire là.

Quoi qu'il fasse, l'ombre avait un temps d'avance sur lui.

Au bout de minutes interminables, sa baguette lui fut arrachée et il tomba à genoux sous l'impact. Le choc de son genou heurtant le sol se réverbéra tout le long de sa cuisse et remonta jusqu'à son ventre. La nausée faillit lui faire rendre son lointain déjeuner. Déséquilibré, il posa une main par terre et leva la tête vers l'ombre.

Il n'attendait aucune pitié et ne fut pas surpris de ne pas en recevoir.

« Legilimens. »

Le sort résonna dans le silence oppressant des lieux, puis la forêt disparut dans un tourbillon d'images et de couleurs. Avant même qu'il ait pu dresser ses boucliers, il vit défiler dans sa tête la moindre des erreurs qu'il avait commises ce soir là.

La première avait été de tourner à droite à l'embranchement, s'il en jugeait par le souvenir qu'on lui imposait.

Luttant pour reprendre le contrôle, il en projeta un autre, espérant que l'homme le décoderait. Sa première erreur avait été de sortir du lit, ce matin là.

Il perçut un amusement intense qui ne lui appartenait pas, puis le flot de souvenirs disparut et la véritable bataille commença.

Harry contracta la main par réflexe, comme pour mieux concentrer son pouvoir. Au lieu de tourbillons de magie, tout ce qu'il attrapa ce fut un peu d'humus et des feuilles mortes.

Le feu flambait haut et clair. Ça n'empêcha pas l'esprit ennemi de venir s'y écraser. Il passa au travers de la première rangée de défenses comme si elle n'avait pas été là. Puisant dans la force de cette barrière inutile, il renforça la deuxième. L'esprit ennemi se faufila entre les flammes comme si elles n'avaient été que de simples flammèches.

La troisième l'arrêta. L'homme s'enfonça dans le brasier et tomba dans le piège qu'Harry lui avait tendu. Il resta prisonnier des flammes, incapable d'avancer ou de reculer. En son pouvoir.

C'était la première fois qu'il parvenait à totalement l'arrêter et il dut contrôler un mouvement de joie. Toute exaltation fut rapidement douchée par la détresse qui émanait par vagues brûlantes de son prisonnier.

Souffrances.

Désespoir.

Paniqué, il libéra immédiatement l'esprit étranger. Que s'était-il passé ? Y était-il allé trop fort ? Avait-il irrémédiablement...

Mais une fois le piège levé, l'esprit fonça en avant, se riant de ses défenses. Un mot résonna à l'intérieur de son crâne. Sarcastique et moqueur.

Crétin.

Ce sale...

Un avertissement lui parvint. L'homme pouvait parfaitement décrypter ses émotions.

Pour ce qu'il en avait à faire...

Il lui restait à passer les marécages avant de pouvoir atteindre à nouveau ses souvenirs et les marécages n'étaient absolument pas au point. L'eau n'était pas son élément principal et tenter de le contrôler demandait bien trop d'énergie.

En moins d'une minute, ce fut terminé.

Snape-Prince était derrière ses défenses, à l'intérieur de sa tête et il n'y avait plus rien à faire que d'admettre la défaite. Si l'homme avait été Voldemort, Harry serait en train de se tordre de douleur sur le sol, assailli par des visions apocalyptiques.

« Tricheur. » lâcha-t-il, avec une mauvaise foi certaine, lorsque le Professeur l'eut libéré.

Le Maître des Potions ne répondit pas, déjà penché sur sa jambe. C'était une constante. Les blessures n'importaient pas tant que l'entraînement était en cours. Mais dès qu'il était terminé, Snape-Prince se transformait en une sorte de mère-poule qui terrifiait Harry plus qu'autre chose...

Il ne pouvait pas non plus nier qu'il appréciait l'inquiétude – certes, excessive – du Mangemort.

« Ce n'est pourtant pas bien compliqué d'éviter quelques racines. » grommela Snape-Prince, en agitant sa baguette au dessus de son genou.

Harry le laissa faire, étudiant les murs lisses de la pièce dans laquelle ils se trouvaient. La forêt avait disparu avec ses ombres et ses dangers. Restaient les pierres grises de la salle uniformément monochrome.

Salle va-et-vient... Salle sur demande...

Il n'aurait plus dû s'étonner des merveilles dont recelait Poudlard et pourtant, la première fois que Snape-Prince l'avait emmené là, il était resté bouche bée. La pièce faisait exactement tout ce qu'on lui demandait. Une simulation totalement contrôlée, une salle d'entraînement, une salle d'étude... Ou comme Severus, Lily et lui l'avaient découvert, une salle de cinéma équipée au summum de la technologie moldue de l'époque.

Il n'était pas allé raconter au Professeur qu'il avait montré la pièce à ses amis, il n'était pas certain d'en avoir la permission.

« Tu as de nouveau tourné le dos à tes ennemis. » reprocha sèchement Snape-Prince, lorsqu'il eut fini d'agiter sa baguette.

Harry testa son genou en pliant et dépliant prudemment sa jambe. Lorsqu'il fut certain que rien n'était cassé, il soupira.

« Qu'est-ce que j'étais supposé faire ? » répondit-il. « Attendre que la sphère explose ? »

« Te servir de ta tête est trop demander, je suppose ? » ironisa Snape-Prince. « Il suffisait de désamorcer le bouclier qui l'entourait puis d'annuler le sort qui la maintenait en activité. Trois sortilèges tout au plus. »

Il suffisait de.

Harry se fit violence pour ne pas lever les yeux au ciel.

« Je le saurais pour la prochaine fois. » promit-il, préférant couper court à toute mésentente.

Il avait faim et s'ils ne se dépêchaient pas, le repas du soir serait terminé avant qu'ils rejoignent la Grande Salle.

Snape-Prince le dévisagea avec une exaspération évidente. Apparemment, ses motivations étaient clairement inscrites sur son visage.

« Tu réfléchis avec ton estomac. » s'irrita le Maître des Potions. « Je parle de ta survie et tu ne penses qu'au pudding dont tu vas t'empiffrer. »

« Je n'ai pas le droit de manger de pudding. » lui rappela-t-il, avec un sourire amusé. « Vous m'avez puni. »

Pour avoir fait un croche-pied à James en plein milieu du cours de Défense, alors que ce dernier allait au tableau. En toute honnêteté ce n'était que pour riposter à l'insulte que le Maraudeur lui avait jetée dans le couloir, un peu plus tôt. Ainsi qu'une claire indication qu'il passait trop de temps avec Severus.

Il n'était pas certain de savoir si Snape-Prince l'avait puni pour avoir essayé de faire tomber un camarade ou parce que James avait esquivé l'attaque peu subtile avec une grimace moqueuse.

Les Maraudeurs semblaient satisfaits de s'en tenir aux insultes ces derniers temps. Visiblement la 'plaisanterie' que Severus et lui leur avaient joué avait douché toute envie de s'en prendre à eux plus physiquement.

« Peut-être devrais-je forcir la punition et t'interdire aussi la tarte à la mélasse ? » siffla le Professeur, d'un ton menaçant. « Tu m'écouterais sans doute un peu mieux. »

Il était plus choqué que l'homme connaisse son dessert préféré que du chantage qui pesait sur lui.

« Mais j'écoute ! » protesta Harry. « Seulement dans le feu de l'action, c'est un peu compliqué de se souvenir de tout. »

« C'est en te souvenant de tout que tu survivras, espèce d'idiot. » s'énerva Snape-Prince. « Crois-tu que le Seigneur des Ténèbres te laissera le temps de reprendre tes esprits avant d'attaquer ? »

Il ouvrit la bouche mais son estomac, traître, le devança. Le gargouillis lui arracha une grimace coupable.

Snape-Prince leva les mains en signe de défaite et pivota sur lui-même. Harry s'arracha au sol froid avec soulagement.

« A propos... » reprit le Professeur, une fois qu'ils furent dans le couloir. La porte de Salle sur demande se fondit dans le mur. « Slughorn m'a informé que tu avais mis ton nom sur la liste des élèves qui demeuraient à Poudlard pour les vacances. Cela est inutile étant donné que tu résideras dans nos quartiers. La liste ne sert qu'à contrôler les dortoirs. »

Ils avaient commencé à marcher pendant l'explication de Snape-Prince et Harry ralentit sans le vouloir.

« Oui, mais... » hésita-t-il, avant de se racler la gorge. « Je ne vais pas passer Noël à la maison. »

Le mot passa tout naturellement ses lèvres et il fronça les sourcils. Le Maître des Potions lui jeta un coup d'œil indéchiffrable mais ne releva pas. Harry savait qu'il ne le ferait pas. Snape-Prince était son adulte et, en tant que tel, ne ferait aucune remarque désobligeante.

C'était étrange d'avoir un adulte qui était conscient d'être son adulte. Un peu bizarre mais étrangement grisant.

Un mouvement du poignet du Mangemort et l'Assurdiato les enveloppa

« Et où comptes-tu aller, très précisément ? » s'enquit le Professeur, sur un ton qui indiquait clairement qu'il ne le laisserait aller nulle part. « Pas chez Lily, j'espère. Pétunia n'est jamais très agréable à cette période de l'année... »

« Pétunia n'est jamais agréable, tout court. » corrigea-t-il, avant de revenir à la discussion présente. « Sev reste à Poudlard et je ne veux pas qu'il soit tout seul dans les dortoirs. C'est triste de passer Noël tout seul. »

Et il en savait quelque chose.

« Ce ne sera pas son premier Noël seul et ce ne sera pas son dernier. » répliqua Snape-Prince, froidement.

Plus le temps passait, plus il lui arrivait d'oublier que Severus et le Professeur Snape étaient la même personne.

« Mais je suis là, cette fois. » répondit Harry. « Lily va partir mais moi... »

« Il ne passera pas Noël au château. » coupa l'homme. « Ma... Sa mère viendra le chercher au dernier moment. »

Le garçon étudia attentivement le masque lisse qui était ancré sur le visage du Professeur. Il jugea qu'il pouvait prendre le risque.

« Pourquoi ? » demanda-t-il. « Sev ne veut pas retourner chez lui... »

La mâchoire du Mangemort se contracta très brièvement.

« Ils n'iront pas à Spinner's End. » déclara Snape-Prince. « Elle va le présenter à son père. Mon grand-père, si tu préfères. »

« Celui qui vous a fait arrêter de fumer. » se moqua gentiment Harry. « Vu la consommation de cigarettes de Sev, ça vous a probablement sauvé la vie. »

Le regard que Snape-Prince tourna vers lui était hanté. Le Survivant pouvait presque voir les souvenir tourbillonner et venir frapper ses boucliers si parfaitement déployés. Il détourna la tête trop vite pour qu'Harry ait une chance d'identifier l'émotion qui affleurait à la surface.

« Vous ne m'avez jamais dit si c'était mieux chez vos grand-parents... » remarqua-t-il, très prudemment. « Severus ne parle jamais d'eux... »

Il espérait qu'ils n'étaient pas pires que son père. Il l'espérait vraiment.

« Severus ne les connaît pas encore. » déclara distraitement Snape-Prince.

« Oh... » lâcha-t-il. « Alors si elle a attendu jusqu'à maintenant pourquoi est-ce que votre mère... »

« Parce qu'elle savait. » l'interrompit le Professeur. « Mêlez-vous de vos affaires à présent. »

Ils avaient atteint le deuxième étage et Snape-Prince pila à l'intersection de deux couloirs avant de prendre à gauche... Ce qui n'était pas le chemin de la Grande Salle. Il fuyait, comprit Harry. Il fuyait toujours lorsque la conversation s'attardait trop sur son passé. Au moins, il avait cessé de hurler ou de s'énerver.

« Qu'est-ce qu'elle savait ? » lança-t-il, tandis que le Professeur s'éloignait à grandes enjambées.

Le Maître des Potions tourna la tête et leurs regards se croisèrent. Ce fut bref, mais suffisant pour qu'Harry perçoive l'agitation qui venait de percer les boucliers.

Une phrase résonna dans sa tête, claire et nette, gravée au fer rouge comme elle l'était dans l'esprit de Snape-Prince.

Le début de la fin.

Une tristesse immense le submergea et l'abandonna dans la même inspiration. Il secoua la tête et observa l'homme se faire avaler par l'obscurité du couloir.

Puis il reprit sa route, choisissant de couper par la passerelle extérieure plutôt que de faire tout le tour par les escaliers. Le crissement de la porte fut emporté par le vent froid qui soufflait, quelques flocons virevoltaient dans l'air mais il ne faisait pas assez froid pour que la neige tienne.

Il était à mi-chemin de la passerelle qui surplombait une petite cour intérieure lorsqu'il surprit les voix. Toujours curieux, il se pencha par dessus le parapet pour voir qui était assez fou pour traîner dehors par un temps pareil. Autre que lui.

Il se rejeta violemment en arrière lorsqu'il aperçut la masse de cheveux indomptable et la crinière soigneusement coiffée, toutes deux incroyablement familières.

« … pas obligé... » dit James.

Il les aurait reconnus n'importe où. Ne serait-ce que pour sa propre sécurité.

Une fois de plus, il regretta l'absence d'oreille à rallonge.

« Mes chers parents ont menacé de venir me chercher par la peau des fesses. » répliqua Sirius.

Son parrain parlait toujours assez fort pour être entendu à l'autre bout de l'école... Pas James. Sa réponse fut balayée par le vent.

« Oh, Regulus restera enfermé dans sa chambre ou suivra Bella comme un petit toutou... Bella se baladera dans la maison en racontant à qui voudra l'entendre ce qu'elle ferait aux Moldus... » énuméra Sirius, sur un ton dégoûté. « Avec un peu de chance, Narcissa se fera avaler par un miroir... Mon oncle restera enfermé avec mon père dans le bureau et Mère et Tante Druella s'occuperont du mariage d'Andromeda. »

Plus que de la colère, il y avait de la haine dans la dernière phrase. Il lui fallait assouvir sa curiosité coûte que coûte, imprudemment, il se pencha légèrement par dessus le parapet.

«Elle n'a aucune intention d'épouser Rosier. » expliqua son parrain, en réponse à une question que James avait dû poser. « Elle les manipule tous comme la reine des Serpentards et personne ne s'en rend compte. Elle ne va pas pouvoir continuer longtemps comme ça... »

Il ne lui fallut pas longtemps pour analyser les liens de parenté. Andromeda était la sœur de Narcissa et Bellatrix, donc la cousine de Sirius, donc la mère de Tonks. Et à sa connaissance, elle n'avait jamais épousé Rosier... Alors... Que s'était-il passé ?

« Ça va être affreux. » soupira Sirius. « Je déteste aller là-bas. »

James posa une main sur l'épaule de son meilleur ami.

« Toujours... bienvenu... moi. » affirma son père.

Malgré les mots manquants, il n'était pas dur de comprendre l'offre.

Il se pencha un peu plus pour entendre la réponse de Sirius et... une pierre se descella sous sa main et alla s'écraser à un mètre à peine de son parrain.

Il se rejeta en arrière et s'aplatit au sol, remerciant les cieux que Snape-Prince l'ait obligé à adopter de meilleurs réflexes.

« Il y a quelqu'un là haut ! » s'exclama James, assez fort pour que le vent ne le couvre pas.

Moins fort cependant que le hurlement de Sirius.

« SNAPE ! » accusa immédiatement le Gryffondor.

« Il est dans la Grande Salle ! » contra James sur le même ton.

Harry ne bougea pas d'un pouce, s'appliquant à faire le mort. Au bout de plusieurs minutes, alors qu'il commençait à croire qu'ils étaient partis, la voix de Sirius porta jusqu'à lui.

« Ce n'était peut-être que le vent. » remarqua son parrain. « Sûrement même. Qui serait assez fou pour sortir par un temps pareil... » Il y eut une pause. « Oh, pour nous ça ne compte pas comme de la folie ! C'est l'aventure, mon cher Cornedrue, l'aventure ! Dis moi plutôt comment tu vas t'y prendre pour inviter Evans... »

Très, très prudemment, Harry rejoignit la porte au bout de la passerelle, en prenant bien soin de rester plié en deux au cas où ils guettaient d'en-bas.

Une fois en sécurité dans le couloir, il s'adossa à la porte en bois massif et souffla de soulagement. Ce n'était pas passé loin.

Il se hâta de rejoindre la Grande Salle et la table des Serpentards, et se laissa tomber en face de Severus, à côté d'un groupe de première année étrangement silencieux. Ou plus exactement sous Assurdiato ou Silencio. Son ami n'était pas très patient avec les plus jeunes.

« Tu dois absolument inventer un sortilège qui permettrait d'entendre malgré le bruit. » lança-t-il, en guise de salut.

Sev s'arracha à la lecture de son livre de potions – ou plus probablement de ce qui semblait être son livre de potions – pour le dévisager avec un certain amusement.

« Cela existe déjà. » offrit le Serpentard.

« Oh. » grogna-t-il de dépit.

Il se servit une généreuse portion du plat fumant puis jeta un coup d'œil vers la table des Professeurs. Pas de Professeur de Défense. Leur conversation avait dû vraiment perturber l'homme...

« Slughorn m'a rappelé que nous étions censés venir accompagnés à sa soirée. » reprit Severus, en posant son livre sur la table, prouvant ainsi que le sujet était sérieux au possible.

La fête de Noël de Slughorn. Il avait échappé à ses assemblées toute l'année mais n'avait pas trouvé d'excuses appropriées pour celle-ci. La soirée aurait lieu la nuit avant le départ du Poudlard Express, la veille des vacances et la date approchait à grand pas.

« Est-ce que c'est... vraiment obligatoire ? » grimaça-t-il.

Il ne se souvenait que trop bien du bal de Noël de l'année passée. Approcher une fille, lui demander d'être sa cavalière... Pas forcément une expérience qu'il aurait souhaité renouveler.

« Je crains que oui. » répondit Severus, un peu froidement. « Comptes-tu inviter Lily ? »

La question était tellement franche, porteuse de tellement de jalousie et de sentiments trop compliqués pour qu'il les dissèque, qu'il resta bouche bée.

Inviter Lily aurait très certainement été une solution adéquate. Pas d'ambiguïté et il n'aurait pas l'impression d'être un idiot fini.

Seulement... S'il invitait Lily, Severus allait l'assassiner dans un coin du château et faire disparaître son corps dans un des nombreux couloirs des cachots.

« Pas du tout. » mentit-il, comme si l'idée ne lui avait jamais traversé l'esprit. « Pourquoi ? »

« Pour rien. » lâcha Sev, bien trop vite.

Il se permit un sourire moqueur.

« Tu n'as pas l'intention de l'inviter, dans ce cas ? » plaisanta-t-il, s'attirant un regard noir.

« Il serait logique que nous y allions ensemble. » affirma Severus, sèchement. « Je suis son meilleur ami et elle n'a pas de... de... Elle doit avoir une escorte et je suis le choix le plus... logique. »

Voir Severus Snape balbutier et s'embrouiller valait tout l'or du monde, décida-t-il.

« Ce n'est pas à moi qu'il faut expliquer ça, tu sais ? » déclara-t-il. « Et tu ferais mieux de le faire vite, avant que quelqu'un d'autre n'ait la même idée que toi. Comme James, par exemple. »

Il regarda par dessus son épaule et finit par repérer Lily, en bout de table, relativement à l'écart du groupe de filles avec lequel elle traînait habituellement.

« Tu devrais y aller maintenant. » conseilla-t-il. Tant qu'elles ne sont pas en bande...

« Et toi ? » répondit Severus, en levant un sourcil. « Qui vas-tu inviter ? »

Il balaya la pièce du regard mais il savait déjà quel serait son choix final. La seule à qui il avait déjà adressé la parole et qu'il n'avait pas encore identifiée comme étant la mère de quelqu'un qu'il connaissait ou un Mangemort.

« Tu vas voir Lily maintenant et je me trouve une fille pour la soirée, marché conclu ? » botta-t-il en touche, en repoussant son assiette.

Severus haussa les épaules comme si la chose lui était parfaitement égale et se leva. Il dissimulait mal sa nervosité.

Intéressant, nota Harry, qu'il soit capable d'affronter Albus Dumbledore sans trembler mais que la perspective d'inviter Lily le transforme en boule de nerfs.

Tandis que son ami partait vers la table des Gryffondors, Harry prit son courage à deux mains et se dirigea vers Amy. Bizarrement, il aurait préféré être de retour dans la Salle sur demande...