Chapitre 38 : La ville d'Halloween, deuxième passage
Nous atterrîmes dans la forêt de la Ville d'Halloween. Mon corps fut parcouru d'un frisson : c'était un de mes Disney préférés, peut-être un des seuls qui sortait du lot.
Dans notre premier passage dans cette ville, nous avions dû affronter Oogie Boogie, revenu des ténèbres par Maléfique. Le sac d'insecte avait enlevé le Père-Noël, ainsi que Sally, l'amie de Jack l'épouvantail. Mais nos Keyblade avaient triomphé d'Oogie, qui avait connu une fin…peu enviable.
Notre apparence changeait dans cette ville, pour pouvoir se mêler aux effrayants habitants. Et je n'échappais pas à cette règle. Sur ma tête reposait un chapeau pointu de sorcière, complètement tordu, au bout duquel pendait une araignée. Je portais une robe noire, déchirée pour former des manches et pour s'arrêter à mes genoux, et elle tombait en lambeau dans mon dos jusqu'au sol. Au dessus de mon décolleté carré pendait ma clé, qui n'avait que perdu sa brillance. Je portais des gants résilles aux mains, et de larges bottines aux pieds. Enfin, du noir coulait sous mes yeux, comme si j'avais pleuré pendant des heures, me donnant un air effrayant et à la fois pathétique. La seule chose qui n'avait pas changé était mes larges boucles blondes qui descendaient jusque mes hanches.
Nous marchâmes, guidés par la lune. Le bois d'arbres morts était parfaitement sinistre, et nous nous fondions presque dans le décor. Nous nous trouvions devant la porte de la ville enneigée, lorsque nous vîmes, éparpillés sur le sol, une dizaine de cadeaux, petits, gros…et un Jack habillé en père Noël. Celui-ci ramassait les présents sur le sol, et lorsqu'il nous vit, il leva sa main en l'air.
-Vous tombez à pic ! s'exclama-t-il.
-Cette expression te va à la perfection, murmurai-je à Sora.
Le Maître de la Keyblade voulut répliquer, mais Jack le coupa.
-Vous voulez bien me donner un petit coup de main ? demanda-t-il en désignant les cadeaux. Ces paquets doivent appartenir au Perce-Oreille ! Je pense qu'il faudrait mieux les lui rapporter…
Sora croisa les bras, réfléchissant.
-Et ils sont arrivés là…
-…par hasard ? finis-je.
-Vous ne me croyez pas ? s'attrista Jack.
-Disons que nous connaissons ton obsession pour cette fête. Avoue que l'on a le droit de se poser des questions, dis-je.
-Ma petite fièvre de Noël est passée, voyons, s'exclama Jack comme si c'était forcément logique.
-Oh, souris-je, et ce costume… ? questionnai-je.
-ça ? sourit Jack. Ce n'est qu'un déguisement ! Et Sally s'est donné tant de mal pour le faire…allez ! Nous avons du pain sur la planche !
Nous portâmes les paquets jusqu'à la maison du Père-Noël. Le problème majeur fut surtout lors du passage, avec le tourbillon de neige et la chute vertigineuse…mais nous arrivâmes sains et saufs jusque la petite chaumière et l'usine de jouets.
Le vieil homme prit un air soulagé. Il courut vers nous tandis que nous posâmes notre trouvaille sur la table.
-Mais où avez-vous trouvé ça ? demanda-t-il.
-Dans la Ville d'Halloween, s'empressa de répondre l'épouvantail. Vous deviez être bien embêté, n'est-ce pas, Perce-Oreille ?
-Oui, merci beaucoup, fit le Père-Noël en examinant un des cadeaux, mais…Ce n'est qu'une petite partie de tout ce qui m'a été volé.
-Volé ! s'écria Sora.
-Mais comment peut-on voler le Père-Noël ! rajoutai-je.
Tous se retournèrent vers Jack, et je suivis le mouvement. Nos regards accusateurs scrutèrent son visage.
-Oh, Perce-Oreille, vous ne me soupçonnez pas, quand même ? s'offusqua-t-il.
-Ce costume te désigne, me semble-t-il, gronda le vieil homme.
-L'habit ne fait pas le moine, que je sache, répliqua l'épouvantail. Mais…qu'à cela ne tienne, nous démasquerons le vrai coupable !
Nous nous retournâmes vers lui, étonnés qu'il ne nous ait pas consultés avant. Alors que je m'apprêtais à riposter, Sora leva sa main en signe de silence.
-Très bien, je m'en remets à vous, fit le Père-Noël.
-Bon ! s'exclama Jack. Sora, Gabrielle, Donald, Dingo, en avant!
Alors que Jack sortait, il eut un bruit de verre brisé dans l'usine de jouet. Nous nous retournâmes vers la porte qui menait à l'usine, surpris. A l'intérieur, les lutins, terrorisés, nous montrèrent la porte du haut du doigt. Nous montâmes une pente douce, qui menait à cet accès, et vîmes un spectacle surprenant.
Am, Stram et Gram triaient les jouets en fonction de leurs goûts. Ils avaient tout dévasté dans la petite pièce, là où on emballait les cadeaux.
-Hey ! s'écria Donald pour indiquer notre présence.
-Alors c'est vous qui les avez volés ! s'énerva Sora.
-Volé quoi ? s'étonna la fillette.
-Les cadeaux du Perce-Oreille, expliqua Jack. Avouez !
-C'est pas nous ! défendit le petit diable.
-Mais…
-…ça nous aurait bien plu !
-Sauve qui peut ! rajoutèrent tous au même moment.
Ils se mirent à courir dans tous les sens. Nous devions les arrêter : ils saccageaient tout, nous lançaient des boîtes de jouets, et mine de rien, nous faisaient vraiment mal.
Mais, malheureusement pour nous, ils disaient la vérité. Ils soutinrent qu'ils n'étaient pas les voleurs. L'enquête que nous menions se retrouva donc dans une impasse. C'est alors qu'arriva Sally…qui informa qu'une horde de Sans-cœurs avaient envahis la place ! Nous courûmes aussitôt vers la Ville d'Halloween. Des vols de cadeaux, c'était mal, mais des voleurs de cœurs…c'était pire. Faisant passer les Sans-cœurs avant le reste, et nous avions raison, nous marchâmes du plus vite que nous pûmes vers la ville sinistre…
…et un sinistre tableau nous y attendait…
Le Maire, sans comprendre le danger des Sans-cœurs, essayait de leur faire entendre raison, mais ces créatures n'avaient aucune raison…juste de l'instinct. Des cadeaux, éparpillés sur le sol pavé, gisaient à leurs pieds et les Sans-cœurs les ramassaient, essayant de saisir leur sens. Un cadeau est l'objet même des sentiments, un pan entier du cœur que l'on offre à une personne aimée. Et pour un Sans-cœur, comme l'indique son nom, c'était un concept difficile à concevoir. Nous fîmes apparaître nos Keyblade, décidés de les exterminer.
Mais ces Sans-cœurs étaient coriaces. Je les avais appelés « les Wolverine », en l'honneur du personnage de X-men, car ils étaient dotés d'énormes griffes qui déchiraient tout ce qui se trouvait sur leur passage. Un bout de ma jupe y passa et, furieuse, je décidai de donner tout ce que j'avais. Le plus pénible n'était pas de les toucher, mais d'éviter leurs attaques incessantes…Mais heureusement, ce n'était qu'un petit groupe, et le combat prit rapidement fin.
Une poupée et son paquet avaient échappés à l'assaut. Jack piétina le jouet pour ramasser le papier.
-Quel dommage, soupira-t-il, ça avait l'air d'être un très beau cadeau…
-Euh…Jack, commença Sora.
Mais un grand bruit retentit, et le docteur en fauteuil roulant sortit de sa tour
-A l'aide ! s'écria-t-il. C'est terrible…ma dernière expérience a disparu. Elle a été volée !
-Votre expérience ? Volée ?
-Oui…
-J'ai une idée, fit alors Jack. Oui, même une très bonne idée…
-Quoi ? demanda Sora, inquiet des bonnes idées de l'épouvantail.
-On va attirer le voleur dans un piège…il a l'air d'aimer les cadeaux. Oui, nous allons créer des leurres. Retournons à l'usine !
Alors que nous nous mîmes à nouveau en route, pressés par Jack, Sora se pencha vers moi.
-C'est une bonne idée ? demanda-t-il.
-Pourquoi ? questionnai-je, surprise.
-Eh bien…vu que tu as l'air de savoir ce qui va se passer avant tout le monde…
J'éclatai de rire, mais mon sourire n'était pas crédible. Depuis quand se baladait-il avec cette idée dans la tête ? Mais…après tout…la bataille finale serait pour très bientôt.
-Laisse tomber, Sora, souris-je. Je n'ai aucune idée sur ce plan. Mais je pense que c'est la meilleure idée que l'on ait, donc…
Il ne semblait pas totalement convaincu, mais sourit à son tour. Après tout, un mensonge de plus en lui ferait pas de mal…ni de bien.
Nous arrivâmes chez le Père-Noël, et lui expliquâmes notre plan. Lui aussi semblait d'avis favorable, et nous autorisa à emballer de faux paquets à l'aide de sa machine. C'était beaucoup plus amusant que dans le jeu vidéo, enfin surtout parce qu'il n'y avait pas de chronomètre. Les paquets furent vite finis, à mon grand regret, et nous préparâmes…le plan.
Jack alla chercher une énorme boîte, qui pouvait tous nous contenir. Le Père-Noël nous donna l'emplacement d'une grande place, dans laquelle le voleur nous trouverait sûrement. Sora et moi, nous formâmes un chemin de paquets qui menait jusque l'énorme boîte. Enfin, nous nous cachâmes tous à l'intérieur, et Donald, grâce à la magie, ferma lui-même le cadeau. Il ne fallait plus qu'attendre…et espérer.
-Arrête de me taper ! s'exclama Donald.
Il faisait un noir d'encre et nous étions tous entassés les uns sur les autres.
-Aïe ! On m'a marché sur la main !
-Désolé, Gabrielle, fit la voix toujours optimiste de Jack.
-Chut ! ordonna Sora.
Il eut quelques secondes d'un silence profond, et soudain…
-Je t'ai dit d'arrêter !
-ça alors, c'était toi, Donald ? fit la voix enjouée de Dingo.
-Pourquoi est-ce qu'on doit jouer les appâts ? demanda Sora.
-Epatant, hein ? rit Jack.
-Ouais, c'est ça, ricanai-je. AH, C'EST QUOI, CA ?
-Chut, Gabrielle ! commanda Sora. C'est moi, je ne voulais pas te faire peur !
-C'est raté…
Subitement, un long bruit métallique hurla dans nos oreilles. Il se rapprocha, doucement, mais sûrement. C'était assez effrayant, surtout lorsque Jack nous intima de nous redresser. Je me levai, lentement, et lorsque le bruit s'arrêta, nous relevâmes le couvercle.
-On le tient ! s'écria Sora. Hein… ? fit-il en regardant le voleur.
Le voleur était l'expérience du Docteur. Immense, avec une forme humanoïde, elle avait été conçue avec différents morceaux de métal, tous difformes, lui donnant une allure monstrueuse. Mais d'un côté, elle faisait pitié, à en fendre le cœur…cette pauvre expérience qui ne voulait qu'avoir un cœur. Tout comme l'Organisation…
-C'est l'expérience du Docteur Finkelstein ! s'écria Jack.
Elle essaya de nous fracasser avec ses poings, ne cherchant dans le fond qu'à se défendre, parce qu'elle se sentait menacée. Je devais moi-aussi défendre ma vie, mais au fond, cette expérience ne m'avait rien fait. Parfois, son corps se démantibulait, devenait plusieurs morceaux, qui tapaient tous en même temps, chacun avec une attaque propre à lui. C'était très difficile d'éviter toutes les attaques, et d'en même temps riposter, mais Sora semblait très bien y arriver. Dès le moment où la créature commençait à faiblir, elle perdait peu à peu son visage, ses doigts, puis ses bras…et je lui donnais le coup fatal.
Il ne restait plus que le tronc et la tête pour tomber sur le sol, inertes. Puis l'expérience disparut dans un nuage noir…
-On a réussi ! s'enthousiasma Jack. L'affaire est élucidée !
Le traîneau du Père-Noël se posa alors sur la place, tiré par ses rênes. Il descendit et marcha vers nous.
-Vous avez attrapé le voleur ? demanda-t-il.
-Naturellement, sourit Jack.
-Il y a un truc que j'arrive pas à comprendre, dit Sora, c'est pourquoi l'expérience du Docteur volait les cadeaux ?
-Une expérience ? s'étonna le vieil homme.
-Le voleur ! s'exclama Jack, fier de lui. C'était un automate créé par le docteur Finkelstein.
Le Père-Noël s'avança vers les restes des restes de l'expérience, intéressé.
-Hum, un automate ? Voyons voir ça…effectivement. Ce docteur aime les inventions farfelues. Bravo, Jack. Je tiens à te remercier. Le Père-Noël est le seul à pouvoir distribuer les cadeaux, mais tu as bien mérité un petit tour de traîneau…
-Perce-Oreille ! s'exclama Jack, surpris et fou de joie.
Il sauta immédiatement dans le traîneau rouge sans se faire prier. Le vieil homme se retourna une dernière fois vers l'automate.
-Tout ce que voulait ce pauvre pantin, c'était un cœur, soupira-t-il.
Alors que le Père-Noël s'envolait dans les cieux, Sora, Donald, Dingo et moi nous nous mîmes en marche vers la Ville d'Halloween, pour expliquer au Docteur ce que sa machine était devenue.
-Un cœur ? s'étonna Sora. C'est bizarre…pourquoi voler tous ces cadeaux, alors ?
-Sally t'expliquera ça mieux que moi, je pense. Et puis, je n'ai jamais vraiment offert un cadeau à quelqu'un, moi. Demande à Matthew ! plaisantai-je.
-Oui…j'y penserai.
-Ses anniversaires ont toujours été une catastrophe !
Ils éclatèrent de rire, imaginant bien comment j'avais pu rendre ces jours catastrophiques, indépendamment de ma volonté.
Enfin, nous arrivâmes sur la place où se trouvait le docteur, qui attendait que nous lui rapportâmes des nouvelles de sa machine. Nous lui racontâmes toute l'histoire, et, à notre grand étonnement, il sourit.
-Fascinant ! Mon automate n'a pas été volé, en fin de compte. Il s'est enfui de lui-même ! En d'autres termes, mon expérience est un succès époustouflant !
Sora se retourna vers Sally.
-L'automate était parti en quête d'un cœur…alors pourquoi voler ces cadeaux ?
-Parce qu'un cadeau, répondit Sally, c'est une façon d'offrir son cœur à une personne chère.
-Hum…vu comme ça, je commence à être triste pour cette marionnette, soupira Sora.
Soudain, il eut un bruit sourd, et Jack atterrit devant nous. Il avait apparemment sauté du traîneau rouge qui volait dans le ciel.
-Joyeux Halloween ! cria le Père-Noël tandis que de la neige tombait du ciel.
-Quel beau cadeau ! sourit Sally en regardant tourbillonner les flocons.
-Je ne comprends pas, maugréa Jack, Il n'y a pas de boîte, ni de rubans ni de jolis nœuds…
-Allons, Jack, expliqua Sora, ce n'est pas l'emballage qui compte ! Seul importe le contenu…
-Tu te fourvoies complètement, Sora, ris-je.
Il se retourna vers moi, le regard interrogatif.
-C'est l'intention qui compte.
-Oui, continua Sally, c'est l'intention de celui qui offre, le fait de vouloir sincèrement faire plaisir à quelqu'un.
-Mais oui, évidemment…merci Sally, tu m'as ouvert les yeux. Mais…que m'arrive-t-il ? s'exclama alors Jack, sincèrement étonné. Je me sens tout drôle. Comme…comblé !
-Jack, sourit Dingo, c'est grâce au cadeau de Sally !
-Tu crois ? demanda l'épouvantail. Ce sentiment merveilleux ?
Il s'approcha de Sally et lui prit les mains.
-Oh, Sally…tu m'as gratifié du plus beau cadeau au monde. Et je n'ai rien à t'offrir en échange…qu'est-ce qui te ferait plaisir ? Dis-le moi. Ce que tu veux !
-Allons, Jack…rien ne peut me faire plus plaisir que d'être à tes côtés.
-ça, inutile de me le demander !
Ils se mirent à danser la valse au milieu des flocons, riant aux éclats. Sora regarda la scène, pensif.
-Et moi, dit-il soudainement, est-ce que je lui ai jamais offert un vrai cadeau ?
-Oh, s'exclama Dingo, je suis sûr que quoi que tu lui offres, Kairi sera contente !
-Justement, répliqua Sora, c'est pour ça que c'est si délicat !
-L'important, conseilla Donald, c'est que ça vienne du cœur.
Un sourire amusé orna mes lèvres. On aurait dit un vieux groupe d'amis qui préparait l'un des leurs à son premier rendez-vous.
-Du cœur… ?murmura Sora.
-Kairi et Sally désirent le même cadeau, dis-je alors. Au fond, tout ce qui importe à Kairi, c'est d'être avec toi. Pour elle, il n'y aura pas de plus beau cadeau dans l'univers entier.
Sora observa le couple danser, mais il semblait voir bien plus loin, perdu dans ses pensées…lorsqu'il poussa un rire injustifié, Dingo, Donald et moi nous nous regardâmes, et éclatèrent de rire. Quoique ce n'était pas si bien de se moquer de sentiments aussi purs…
Puis arriva l'heure des adieux, le dernier monde de Disney que je voyais. Le commencement de la fin, si l'on pouvait l'appeler comme ça. Jack et Sally nous dévisagèrent.
-J'espère que nous allons nous revoir.
-Nos destins vont se recroiser, j'espère aussi, sourit Sora.
-A bientôt ! sourit Donald.
-Oui, souris-je à mon tour d'un air mélancolique…à bientôt.
