Chapitre 37 : Jour 9 – Destiné

Samedi le 16 mai 1936.

« Je crois t'avoir trouvé quelque chose! », s'écria Azena en secouant Amélia de son sommeil.

Étendue sur le divan, une courtepointe grossièrement cousue aux couleurs extravagantes la couvrant douillettement, Amélia se redressa subitement, les yeux grands ouverts, parfaitement attentive.

« Il y a un manoir dans le Nord de Londres qui recherche une nouvelle servante! », poursuivit Azena avec enthousiasme.

Le visage d'Amélia perdit toute teinte.

« Servante dans un manoir? Qui voudraient m'engager moi comme servante? », questionna tristement Amélia en se pointant elle-même d'un air incrédule.

« Pourquoi ce manque de confiance soudaine? », questionna à son tour Azena, un air sévère s'affichant sur son visage basané.

« Azena, je ne connais absolument rien des coutumes de cette époque-ci! Toi, tu le sais mieux que quiconque! », s'exclama Amélia avec découragement, se remémorant la journée qu'elle avait passée avec Azena lors de leur rencontre, trois jours plus tôt, lorsqu'elle lui avait avoué qu'elle était apparue ici en mettant la bague de ses ancêtres à son doigt. Bien sûr, elle n'avait pas révélé toute sa vie entière, mais lui avait tout de même fait part de beaucoup de chose, entre autres de sa Grand-Mère Sissi, du professeur Snape, de Poudlard, et même de ses amis et quelques-uns de ses tourments. Azena avait été d'une écoute précieuse.

« Justement, tu n'as rien à perdre, dans ce cas. Et tout à apprendre! Je ne suis peut-être qu'une sorcière bohème qui gagne sa vie à vendre des bijoux et toutes sortes de babioles, mais je ne suis quand même pas ignorante! Je vis dans ce monde depuis 57 ans, ma petite! »

« Alors tu pourrais m'apprendre un peu? », demanda Amélia avec espoir.

« Certainement! Je ne suis pas une experte, mais je suis parfaitement en mesure de trouver quelque chose qui pourrait t'aider. »

Amélia observa le vide en silence, le visage pensif, s'imaginant nettoyer la vaisselle et balayer le plancher.

« Comment sais-tu qu'il y a un poste de libre? »

Azena lui fit un clin d'œil complice en balançant légèrement la tête, l'air rieur.

« Abbigail, la cuisinière et la nounou du manoir, s'avère à être une des sœurs d'une grande amie à moi, Vivienne. J'ai parlé de toi à Vivienne; t'inquiète, je n'ai révélé que l'essentiel, elle ne sait rien de tes vrais secrets et du monde parallèle où tu proviens, et lorsque je lui ai mentionné le fait que tu recherchais un emploi, elle a aussitôt proposé celui de travailler comme servante! Et tu as de la chance, l'offre n'a pas été officialisée encore au public, car crois-moi petite, n'importe qui avec une cervelle sauterait sur l'occasion de travailler dans le manoir de la grande famille Van Droski! Des sorciers, qu'ils sont! Et doué, c'est immanquable! Si on se dépêche, tu pourrais avoir l'emploi avant que la ville ne sache qu'ils soient à la recherche d'une nouvelle servante… Et puis tu… »

Pendant un instant qui dura trop longtemps, Amélia avait senti son corps chavirer au moment où Azena avait prononcé le nom de la famille pour lequel elle devrait travailler. Le restant du discourt d'Azena avait paru distant et flou, tellement la jeune sorcière en était troublée. Van Droski. La famille Van Droski. Les ancêtres d'Amélia.

Voyant le visage de la jeune sorcière de décomposer à vue d'œil, Azena cessa son bavardage et s'approcha d'elle.

« Il y a quelque chose qui ne va pas? »

Amélia tenta de contrôler sa respiration du mieux qu'elle pouvait, sentant la nausée s'emparer d'elle.

« Amélia? Qu'est-ce qui ne va pas? », s'inquiéta Azena.

La jeune sorcière se laissa choir sur le fauteuil le plus près, la main plaquer sur le front.

« Je… Je vais bien… »

« Ne fais pas l'idiote! Toute couleur à quitter ton visage, déjà que tu es bien pâle… »

« Azena? », interrompit Amélia en fixant le vide, les sourcils froncés.

« Oui? »

« La famille dont tu me parles… »

« Les Van Droski? »

« Oui… C'est ça… C'est un nom plutôt hors du commun… »

« Oui, en effet. C'est une famille russe. En réalité, c'est le général Van Droski qui est russe. Sa femme est française, Cécile je crois qu'elle se nomme, ou peut-être est-ce Céline… »

Céleste. Elle se nomme Céleste, songea aussitôt Amélia.

Choquée par la nouvelle, la jeune sorcière acquiesça d'un air absent, cherchant désespérément à s'évanouir.

Ses ancêtres. La famille Van Droski était ses ancêtres. Sa famille à elle. Elle allait postuler pour un poste qui l'obligerait à servir pour le restant de sa vie sa propre famille, sans jamais qu'il ne sache qu'Amélia est en réalité leur arrière-petite-fille.

« Et sais-tu pourquoi ils veulent une nouvelle servante? Je veux dire… Qu'est-ce qui te fais croire qu'ils voudraient bien m'accorder une chance si… », parvint-elle à dire afin de masquer son découragement.

« Ils n'ont pas mis l'ancienne à la porte! C'était Abbigail la servante. »

Amélia fronça les sourcils, cherchant la cohérence dans ses paroles.

« Mais… Mais tu viens de me dire qu'elle était la cuisinière et la nounou… »

« Oui, et c'est le cas. Mais il s'avère qu'elle faisait les trois. Seulement, pour le bien d'Abbigail et de la famille, ils en ont conclu que c'était mieux d'apporter une aide supplémentaire au manoir. »

« Ahhhhh…», s'exclama Amélia, comprenant finalement la logique de cette histoire.

« Alors, ça t'intéresse toujours? », questionna Azena avec le sourire.

« Je… Oui… Oui, bien sûr! »

Amélia songea à sa famille. Elle rencontrerait sa famille.

« Mais je suis encore particulièrement incertaine à l'idée de… Tu sais… être à la hauteur… Et tout le tralala… », ajouta-t-elle en grugeant nerveusement ses ongles.

« Mais je t'ai dit que je t'aiderais, n'est-ce pas? »

« Oui… »

Amélia retira ses ongles de sa bouche. Elle devait le faire. Elle songea pendant une minute d'avouer ce qu'elle venait de découvrir à Azena, que la famille Van Droski était vraiment sa famille, mais pour une raison qu'elle ignora, décida de garder cette information pour elle-même pour l'instant. Mais au moins, une chose était désormais claire ; c'était maintenant son destin que de rencontrer la famille Van Droski.

.oOoOo.

L'été tire déjà à sa fin… Chez moi, ce fut chaud et humide et je n'ai pas eu beaucoup de temps pour moi-même étant donné que je travaille beaucoup. Dans la chaleur, ce n'est pas toujours évident, mais j'adore ça quand même!

Donc j'espère que ce mini chapitre vous a plu... Il est court, j'en suis consciente, mais rassurez-vous, le prochain chapitre vous attends à l'instant!
Allez, filez!

xoxo