Hola!

Non toujours pas morte. C'est pas faute d'avoir été roulée dessus par la fac et le boulot, mais je suis une coriace ^^

Trêve de plaisanteries. Je reviens à vous, mes elfes et hobbits préférés, avec un nouveau chapitres, où il y aurait (ENFIN) de l'action. Ne m'en voulez pas, j'ai eu une grosse pas d'inspiration (trois mois c'est pas rien) en plein milieu et du coup j'ai peur qu'il y ait des incohérences (je vous fais confiance pour les pointer du doigt les vilaines).

Bonne lecture mes chéri(e)s et merci à tous pour vos reviews!

Chapitre 38:

Je n'ai pas pu rejoindre Dale pour les funérailles de Tanan. Son fils aîné m'a écrit pour me dire qu'une partie de ses cendres ont été répandues dans sa forêt natale, et que l'autre partie nous serait envoyée. Je lève les yeux et essuie mon visage baigné de larmes. La lettre est accompagnée d'une missive toujours scellée, ses derniers mots pour nous:

"A Galadh, coeur vaillant, j'adresse ces quelques lignes. Bien des années ont passées, mon fils, mais ton souvenir est resté, intact et vivace dans mon esprit. Tu as éveillé en moi l'envie de voir le monde, et m'as donné l'espoir que cela pouvait encore être possible pour la vieille branche de Wose que j'étais. Fais-moi honneur, fils, et parcours le monde, emmène tes enfants là où mon bonheur a été complet, dans ces montagnes où nous nous sommes rencontrés. Fais vivre ma mémoire, celle de celui que j'étais alors, car mes enfants à Dale perpétueront celui que je suis.

A Hana, douce et tendre, inchangée. Ah, Hana! Sache que chaque fois où j'ai dû tourner les talons loin de toi, le regret accompagnait chacun de mes pas. Ces mots échangés à Imladris la veille de mon départ restent vrais aujourd'hui encore: si les choses étaient différentes, si aucun elfe n'était entré dans ta vie, j'aurais parcouru toutes les contrées d'Arda et au-delà pour nous trouver un havre de paix où vivre et mourir. Pardonnes-moi ces quelques paroles, met les sur le compte d'un vieil homme mourant: tu as été ma lumière, et ton souvenir accompagne mes dernières heures.

Maintenant, je vais me montrer plus sérieux et pardonnes ma franchise: je ne serais plus là pour veiller sur toi et m'inquiéter pour vous deux. Je sais que Galadh est un homme désormais, et que les elfes veillent sur vous, pour le moment. Mais quelque chose se prépare, Hana, quelque chose de terrible. Tu n'es pas la raison pour laquelle le Mal dirige son regard vers la forêt, mais tu te situe sur un terrain dangereux et convoité. Surveille tes arrières, Hana, et place ta confiance uniquement en ta famille. Rînamlthen est un elfe bon et attentif, je n'ai pas peur.

J'ai une dernière requête pour toi, Hana. Mes cendres te parviendront quelques jours après mon décès. Conserve-les. Je veux pouvoir encore sentir que je suis avec vous. Accorde-moi cette dernière faveur, ma douce Hana.

Je regrette que mes jours n'aient été plus longs. Soyez heureux, et surtout, soyez prudents.

Tendrement vôtre,

Tanan"

Un profond soupire soulève ma poitrine, et je me lève de mon fauteuil et me dirige vers le balcon ouvert. La Lune tranquille se reflète dans l'étang où se baigne Rînmalthen. Il entame un chant mélodieux, triste. Une brise légère vient soulever quelques mèches de mes cheveux et porter mon odeur jusque mon époux. Il se retourne vers moi, son visage n'exprimant rien que le chagrin. Je comprends que les elfes restent loin des mortels et ne se mêlent que très peu de leurs vies. Elles sont si brèves. De la lumière provient du balcon de la nurserie, Drimeth donne le sein à sa fille, alors que Galadh se remet lentement de ses blessures.

La nouvelle de la mort de Tanan l'a dévasté. Je n'ai pas voulu la garder secrète. Il est robuste, il peut supporter la nouvelle. Nous avons pleuré de longues heures, laissant Drimeth se tordre les mains. Elle sait qui il est et quelle importance il a eut dans nos vies. Mais ni elle ni mon époux ne peuvent comprendre ce que nous avons perdu. Je n'ai pas retenu mes larmes en voyant le poignard qu'il a offert à Galadh au-dessus du berceau de la petite. Depuis quelques jours, la maison vit un deuil que chacun porte à sa manière. J'ai vécu assez longtemps, et ai vu des hommes mourir, se sacrifier et souffrir, parfois pour moi. Mais rien ne pouvait me préparer à la perte d'un être cher. Contrairement à ce que j'avais pu penser, c'est très différent de ce que je ressens en pensant à ma famille qui m'attend peut-être encore dans l'autre monde. Car malgré le nombre d'années passées ici, j'ai toujours ce petit espoir qui persiste, comme une braise sous la cendre, qu'un jour je reverrais leurs visages. Une dernière fois. Pour Tanan, je sais que c'est un voyage sans retour.

Je rejoins mon époux sous la Lune. Vêtue d'une robe légère, noire, j'entre lentement dans l'eau, mon corps imparfait ridant l'eau, la secouant, la dérangeant. Lui ne bouge pas, comme une île, il m'attend. Je l'atteins et joint mes doigts aux siens, ma tête se reposant sur son épaule. La Lune est parfaite ce soir, resplendissante. Les litanies de mon époux pour elles se finissent alors que sa poitrine se soulève dans un profond soupire. Une larme tombée de son oeil ruisselle le long de sa poitrine. Je la regarde rejoindre l'eau sombre de l'étang. L'eau fraîche nous couvre à la taille. Je ne dis rien. Nous n'avons jamais besoin de parler pour nous comprendre. Il finit par dégager son bras et m'attirer à lui, sa main sur ma taille. Il pose ses lèvres sur ma tête, et reprend sa contemplation de la Lune et des étoiles. Je me joins à lui lorsqu'il reprend ses chants.

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"Pensez-vous que ce qu'il dit est vrai? Que nous courrons un grave danger, même ici?" demande Drimeth en renouant son corsage.

Je prends la petite et la berce en tapotant son dos, tout en poursuivant mes cent pas.

"Ce que je sais, ma chérie, c'est que Tanan se trompait rarement."

Elle soupire lourdement et se redresse sur son fauteuil. Son regard glisse vers l'extérieur, sur un banc, se trouve son époux, le regard pensif perdu par-delà les arbres, lançant régulièrement un bâton à Faërentaur qui le ramène en remuant la queue avec enthousiasme.

"Il ne me parle plus. Il pense que la tourmente dans laquelle il se trouve est au-delà de mon entendement."

Je la regarde. Elle est éperdue, la malheureuse. Et mon fils souffre de la perte, encore une fois.

"Laisse-lui le temps, Drimeth. Galadh ne garde jamais rien pour lui très longtemps. Tu sauras trouver les mots pour lui en temps voulu, j'en suis sûre."

La vérité c'est que je ne sais plus moi-même comment parler à mon époux. Nous avons une véritable complicité, je vois son amour pour moi tous les jours. Notre vie conjugale est parfaite. Cependant, lorsque l'on en vient aux affaires du domaine...il ne me laisse faire que le strict nécessaire requis d'une épouse de Seigneur, mais rien de plus. Je n'ai d'ailleurs plus le droit de sortir de l'enceinte de la cité sans accompagnement, et sans lui en avoir parlé longtemps à l'avance. Je sais que je devrais me révolter, mais je sais aussi qu'il s'inquiète. Et s'il s'inquiète, c'est qu'il a d'excellentes raisons de s'inquiéter. Ramener Thranduil sur le tapis n'a pas aidé dans le dialogue. Mais je crois qu'il comprend qu'il ne peut pas faire face à la menace, seul.

En parlant du loup. Leur vie à Hiris et lui est des plus harmonieuses. Je crois qu'il est enfin amoureux. Gwirith continue de m'écrire chaque semaine, m'informant de chaque détail de la vie de cour. Je tiens à rester informée, si un changement ou une perturbation devait survenir, je dois pouvoir réagir. Son témoignage n'est pas le seul à m'être rapporté. Eäriel, Nimiel et Fanen me répètent sans cesse que Hiris me doit sa position, et qu'elle me porte en très haute estime. Mais son silence me fait douter de cette soit disant affection.

Me plonger dans les affaires de cour me fait oublier Tanan un court instant. Aussi stupide que cela paraisse, je me surprends à me languir de ma vie d'avant. Mais un rapide coup d'oeil à ma petite famille, et tous mes doutes s'envolent. Parfois, je prends quelques minutes pour repenser ma vie. Comment j'étais seule en arrivant ici. Comment les elfes avaient été les premiers, et les seuls (en-dehors des nains, mais c'est une autre histoire) à m'accueillir et me traiter avec bienveillance. Du moins pour la plupart. Tanan n'est qu'un rappel de l'aspect éphémère de la vie. Je n'ai été entourée que d'êtres éternels, oubliant que la mort est inéluctable pour tous les autres.

« Ma Dame. Les comptes de ce mois-ci. »

Je lève la tête vers le comptable du domaine et lui souris alors qu'il me tend le livre de comptes. Je commence à feuilleter les premières pages. Rînmalthen ne sait pas que je consulte les dépenses extérieures, mais il se doute bien qu'en consultant les comptes de la maison, je ne peux pas résister à la tentation.

« Le prix du mithril a encore grimpé… »

« Les temps sont incertains, ma Dame. Le trésorier nous a assuré que selon l'état des mines, son prix ne peut être baissé, malgré toute l'amitié qu'ils vous portent. »

« Je sais bien, Elund. Mais si cela continue ainsi, nous pourrions tout aussi bien nous tourner vers une autre mine. »

Le comptable fronce les sourcils, mais son ton reste neutre.

« Il s'agit d'un Royaume, Ma Dame. Et Le roi est un ami puissant. »

Je soupire et tourne rageusement la page. La situation à la Moria s'aggrave et je ne peux rien y faire, nous sommes nous même en constante confrontation avec les Orcs, et la magie de la forêt s'estompe de plus en plus. Une nouvelle épidémie a forcé les Hommes à quitter un village à la frontière, autrefois un endroit paisible et prospère. Ce village fantôme est maintenant régulièrement attaqué par des forces de Gundabad que nos armées peinent à repousser. Se battre sur plusieurs fronts est devenu une tâche quotidienne et fastidieuse. Et nos propres terres étant infestées du poison de la magie noire, certaines denrées nous viennent à manquer. Ce n'est pas encore catastrophique, mais cela pourrait très vite le devenir.

Comme je m'y attendais, les rentrées d'argent sont plus minces que le trimestre précédent, mais nous arrivons à tirer de bons avantages de notre commerce avec l'extérieur. Du moins, c'est ce que les Seigneurs des autres Maisons nous disent dans leurs rapports. Bar-en-Draug n'est pas une maison qui effectue du commerce externe, exception faite du mithril utilisé dans la confection des armures et des bijoux précieux (mais aussi parce que c'est sur ordre du roi). La spécificité de cette maison est l'entraînement militaire et la formation des futurs membres du corps d'élites du roi. Il n'empêche que nos relations externes nous concernent dans la mesure où il s'agit de l'image du Royaume en plus de ses finances. Je n'ai jamais été douée en maths, mais je sais que si le roi continue de prendre les bons conseils que je me tue à lui envoyer (ou plutôt à son conseiller puisqu'il n'acceptera plus rien venant de moi), j'ai de bons espoirs pour la suite. Les Royaumes des Hommes ne sont pas encore inclus dans notre politique extérieure, mais je travail à ce qu'il soit un peu plus ouvert d'esprit. La tendance des elfes à rester en-dehors des affaires des hommes me garde hermétiquement fermée à la situation des royaumes, et au peuple de mon fils…du moins ce qu'il devrait considérer comme son peuple.

Les longues heures de travail touchent à leur fin, et je me retrouve très vite sans rien à faire. Ce n'est pas vrai, il y a toujours quelque chose à faire, en tant que maîtresse des lieux, et guérisseuse expérimentée, je le sais bien. Mais toutes les excuses sont bonnes pour m'éclipser auprès de ma petite fille.

« Bonjour petit cœur. Oh, on a bien joué ? Viens dans les bras de ta grand-mère et raconte lui tes histoires. »

C'est avec un sourire béat collé au visage que je prends le bébé dans mes bras, et elle commence immédiatement à gazouiller. Je fais signe à la nourrice qu'elle peut nous quitter, sans détourner les yeux du petit ange dans mes bras. Elle a les yeux de son père, et la douceur de sa mère. Je pose mes lèvres sur le duvet de sa tête et la regarde bâiller.

"Vous êtes épuisée, petite Dame. Il est temps de fermer ces beaux yeux."

Je m'assois sur le fauteuil à bascule, et nous berçant toutes les deux, j'entreprends de lire le courrier en provenance de Fondcombe. Dame Celebrian rayonne plus que jamais de sa sagesse et sa douceur. Ses jumeaux ont bien grandit, et une autre bonne nouvelle est en route. Je souris, ignorant le creux dans mon propre ventre. L'infertilité est rare dans ce peuple. Que cela se produite dans une Maison aussi prestigieuse la rend d'autant plus visible et honteuse. De plus en plus, j'ignore la voix de Thranduil. J'aurais pu tomber enceinte de lui, mais j'en suis incapable avec mon époux. La culpabilité ne m'a jamais quittée. Je soupire et finis la lettre.

Le Seigneur Glorfindel est reparti à l'Est, aux ports de Mithlond. Elle ne peut pas m'en dire plus, car je le verrais par moi-même, mais un vieil ami doit faire son entrée ici. Une aide bienvenue. Mon regard se porte immédiatement vers la cime des quelques arbres en contrebas de la forêt, et me dis qu'une aide ne serait en effet pas de trop. Des rumeurs de plus en plus persistantes affirment que des hommes disparaissent et ne refont plus surface, des voyageurs, des promeneurs trop aventureux. J'ai vu bien trop d'horreurs ici moi même pour remettre en doute les rumeurs sur les orcs se déplaçant en plein jour, et d'autres plus grands encore que des elfes adultes. Gundabad est en plein travail, et on ne va pas tarder à en goûter le fruit.

C'est justement en finissant cette missive qu'une servante entre en trombe dans la nurserie, ses joues pâles et les yeux écarquillés.

"Ma Dame !"

Je me relève immédiatement, reposant le bébé délicatement dans son berceau et fait signe à la nourrice de prendre le relais.

"Parles." j'ordonne aussitôt la porte refermée derrière nous.

"Les orcs, ma Dame. Ils ont effectué une percée dans un village des Hommes aux frontières est. Ils ont tout brûlé et n'ont laissé aucun survivant."

"Ton Seigneur a-t-il été prévenu?"

"Oui, il est parti aussitôt, mais il a ordonné que vous restiez ici."

C'est tout lui ça !

"Et a-t-il donné une raison à cela?" je demande en gardant mon calme.

"Le messager a dit qu'ils attendent du sang royal...celui de Seigneur Galadh."

"Quoi? "

Je la dépasse pour me diriger vers le balcon et voir mon fils qui devait partir pour le sud. Mais je ne vois plus rien, seulement les garde devant nous garder en sécurité.

"Qu'est-ce que cela veut dire? Où sont-ils tous allé?"

"Je vous l'ai dis, ma Dame. Ils vont défendre les frontières."

"Galadh est avec lui..."

Mon ventre se noue et les pas précipités dans le couloir me disent que Drimeth est aussi au courant.

"Hana !"

"Oui, ma chérie. Une fois encore nous sommes laissées derrière."

Soucieuse, je fixe les arbres au loin comme s'ils pouvaient me donner une réponse, un indice. Un signe. Mais tout est affreusement calme et silencieux. Seule une mince volute de fumée noire au loin me confirme les dires de ma servante.

Seigneur sauvez les. Pour moi.

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Je n'ai fermé l'oeil de la nuit. Cela fait trop longtemps qu'ils sont parti, et aucun message ne nous informe sur l'avancée de la situation. Ne tenant plus, je sors de mon lit et me dirige vers la penderie. Une malle enfouie au fond de mon bric à braque créé un fourmillement dans mes membres. Je la tire vers moi et retenant mon souffle, soulève le couvercle.

"Bonjour, toi."

Je soulève un présent bien trop longtemps ignoré. L'épée offerte par le Seigneur Elrond, il y a une éternité. Son éclat est toujours aussi vif, et les années d'inaction n'ont pas réussi à l'émousser. Mon coeur se serre en remarquant ma tenue soigneusement pliée et oubliée au fond de la malle. Aux couleurs d'Eryn Galen. Je l'effleure du doigt, mais n'ose pas prolonger le contact. Je prends mon épée et son fourreau avant de refermer ce coffre et le pousser derrière les épaisseurs de vêtements. Les cottes de maille de mon époux étant trop larges, je me contente de vêtements de voyage et d'une cotte en cuir, espérant ne pas avoir à en venir aux mains, et que je ne sois pas trop rouillée.

En tressant mes cheveux, mon regard est attiré par mon anneau de mariage ornée d'une Ithiloth en gemme blanche. Je le serre longuement entre mon pouce et mon indexe, puis finis par le retirer et le poser sur ma coiffeuse. Si le pire devait arriver, ils n'auront pas cette partie de ma vie à portée de main. Avant de partir, je laisse une note pour mes servantes, ne voulant pas créer plus de panique que ce qui les agite déjà. Ma jument lève instinctivement la tête vers l'entrée de l'étable alors que j'en ouvre la porte. L'endroit a été vidé de ses pensionnaires. Seuls quelques chevaux messagers ou destinés à chercher de l'aide en cas de besoin, mâchonnent paresseusement du foin. Comme si elle ressentait l'urgence, elle ne fait aucun bruit alors que je la selle et se laisse docilement monter. Après un dernier regard en direction de la maison, je talonne ma jument qui court au grand galop à travers la cité, alors que je quitte les lieux pour l'est du domaine. Je lui murmure des ordres en elfique, appris de mon fils et de mes compagnons. Je passe sans grand mal les premières portes, ma cape me cachant, mais quelques regards perspicaces me reconnaissent, et bientôt, une garde au complet me fait barrage. Je suis contrainte à m'arrêter, mais ne descends pas de ma monture.

"Qu'est-ce que cela signifie? Laissez-moi passer!"

Ils ne se laissent pas démonter, bien que certains piétinent, visiblement mal à l'aise.

"Je regrette ma Dame." dit un des gardes en me faisant une révérence courte, mais respectueuse, "Nos ordres sont clairs et ne peuvent être contestés."

"Vous oseriez vous opposer à votre Dame? Dois-je vous rappeler ma position et par conséquent, la vôtre?"

Il resserre sa main sur sa lance et je le vois détourner le regard.

"Je regrette." répète-t-il. "Il doit toujours y avoir quelqu'un dans le domaine pour diriger la Maison."

Je m'efforce de ne pas soupirer de frustration et de dépit.

"Elle survivra à quelques jours sans moi. Je vous interdit de vous mettre entre moi et la défense de mes terres!"

Il se balance d'un pied à l'autre ayant désormais plus l'air d'un petit garçon que d'un garde.

"Hîrnîn Conui a été clair, ma Dame. La maison de doit pas rester vide de sa Seigneurie."

J'ouvre la bouche pour le noyer d'insultes et -probablement- compromettre sa carrière dans la garde de la cité- quand je suis interrompue:

"La maison ne sera pas vide."

Drimeth s'avance alors que la horde de garde d'écarte pour la laisser passer comme la Mer Rouge devant Moïse. Les soldats baissent respectueusement la tête et la saluent avant que ma bru ne poursuive:

"Dame Hana est intendante du domaine durant l'absence de Hîr Conui, et par conséquent sa parole fait loi. Et dois-je vous rappeler que les vies de nos peuples sont menacées? Il s'agit d'un cas de force majeure, je suis sûre que Hîr Rînmalthen se montrera compréhensif."

Je lui jette un regard reconnaissant, alors qu'elle s'avance vers moi.

"Ton domaine est entre de bonne mains. Pars en paix, Hana."

Je la salue, alors que les gardes qui me faisaient barrage s'écartent à contre coeur.

"Noro lim !" je m'écrie alors que ma jument s'élance dans la forêt plus noire qu'un océan sans fond.

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J'arrive aux premières lueur de l'aube. L'odeur âcre de fumée et de sang me fait tousser alors que je progresse en direction du village brûlé. Je sens le sang quitter mon visage à mesure que je réalise que les hommes de Rînmalthen sont peu nombreux et les bruits de combats sont ténus.

Pitié...sauvez les...

Des bruits de pas dans ma direction me font ralentir, et une femme apeurée suivie d'un vieillard et d'une petite fille apparaissent. Ne me reconnaissant pas, elle fait demi-tour et crie aux autres de fuir. Je ne les rassure pas. S'ils avaient continué sur cette route, ils se seraient fait rattrapés de toutes façons. Je perçois des cris de douleur au loin. Je talonne ma jument et arrive finalement sur le champ de bataille, sur l'ancienne place du marché. J'ai eu mon lot de sang, mais jamais un champs de bataille n'avait parut aussi...rouge. Le sang des elfes et celui des hommes se mélange à celui noir et putride des orcs. Des visages morts figés dans la douleur et la peur, des visages de pères, de frères, de seigneurs, de paysans, de marchands, de capitaines...mon coeur se serre.

Je descend de ma jument et lui murmure de se cacher et de m'attendre. Elle file, sentant elle aussi le danger plus que présent. Je progresse sur les dalles irrégulières du sol, autrefois place joyeuse et animé, ne trouvant qu'un silence de mort. Je m'arrêtes en entendant un bruit de gouttes sur le sol. Mon regard se lève sur les murs de pierres m'entourant. J'étouffe une exclamation. Les corps des hommes de Galadh ont été empalés au bout de lances acérées, comme un avertissement. Je reconnais dans le lot, les visages que ses amis d'enfance...Beaucoup d'entre eux n'était encore que des novices et n'avaient pas encore deux cent ans. Je ravale mes larmes et me concentre sur une des artères ouverte par une porte arquée. L'obscurité m'avale alors que j'avance à pas mesurés, toujours guidée par les bruits de bataille.

Pitié...

Et c'est là que je le vois. Rînmalthen dans toute sa splendeur, se battant corps et âme, sans aucun signe de fatigue ou de renoncement. Il ne doit pas me voir. Je marche en rasant les murs et trouve ses hommes toujours debout, seuls contre tout un bataillon d'orcs. Parmi eux je vois mon fils, magnifique, majestueux, dirigeant ses hommes avec la prestance et l'assurance que Rînmalthen a toujours voulu voir en lui, celle qu'il a hérité de ses ancêtres. Je vois un meneur, pas un soldat.

"Tiens tiens...si c'est pas la pute du roi Thranduil en personne."

Je me retourne lentement, sachant parfaitement à qui j'avais à faire. Un orcs aussi vilain qu'imposant. Je le regarde dans les yeux, une expression dégoûtée sur le visage. J'en ai vue des gueules cassées, mais celle là était un vrai chef d'oeuvre de laideur. Ses lèvres casi-inexistantes couvraient à peine des dents pourries et une plaie infectée traversait son visage en décomposition, comme pour le tenir encore un peu. J'ose à peine le détailler, mais je sais de quoi il est armé.

"Je suppose que l'offre de ton roi tient toujours." je cingle, crispée.

Il émet un rire qui ressemble plus à une toux maladive et se penche sur moi, reniflant mon odeur à plein nez.

"Oui, il tient toujours à t'avoir."

"Pourquoi Galadh?" je lâche de but en blanc.

Je ne sais pas pourquoi, mais cet orc est d'une humeur loquace, ce qui n'est pas pour me déplaire. Je n'ai pas envie de me battre contre cette brute épaisse.

"A ton avis, imbécile! Le sang royal de Numénor coule dans ses veines ainsi que la longévité. Le roi sorcier veut s'en..."

Il s'interrompt et plisse ses yeux morts sur moi.

"N'essai pas de jouer à la plus maligne avec moi..."

"Non, c'est perdu d'avance..."

"Peste!" il crie en jetant sa masse sur moi. Je l'esquive juste assez pour éviter qu'il ne m'arrache le bras. J'aurais probablement un hématome, mais j'ai connu pire.

Rapide comme l'éclaire, il dégaine son épée noire. A l'odeur, je devine qu'elle doit être enduite de poison. Je plisse le nez en la regardant. Il sourit en suivant mon regard.

"Je ne vais pas te mentir, tu vas souffrir."

"Et je vais être honnête, moi aussi..."dis-je en dégainant à mon tour "Je vais aimer ça !"

D'un bref coup d'épée, je lui entaille la jambe, le désarçonnant juste assez pour me donner le temps de rajuster ma posture. Il grogne et se remet en place, pestant contre moi dans sa langue noire. Je grimace en entendant son vocabulaire fleurit et souris lorsqu'il énumère tout ce qu'il compte me faire. Je ne savais pas que me battre me ferait autant de bien. Je me suis empâtée, mais le son de la bataille à quelques mètres de là m'encourage. L'obscurité et la promiscuité de l'alcôve ne me dérangent pas, bien au contraire. Il s'est passé une dizaine de minutes lorsque j'arrive enfin à le désarmer. Il rugit de rage et je ris un peu trop fort, oubliant ce qui se joue un peu plus loin.

"Hana!"

Oh non...

"Ne vous occupez pas de moi!" je réponds en me maudissant intérieurement.

Mais quelle imbécile!

L'orc a vu mon embarras et un sourire cruel écarte la plaie qu'il a au milieu du visage. Dégoûtée, mais aussi effrayée, je lui enfonce ma dague dans la gorge, le faisant cracher un flot de sang noir.

"Je t'avais dis que j'allais aimer..."

Je reprends mon arme en main, juste à temps pour accueillir une demi-douzaine d'orcs alertés par les bruits de nos échanges. Je ne mets pas aussi longtemps que pour le premier (les Valar soient loués), mais je sens bien le poids de l'âge et celui de l'inaction. Un pincement de jalousie me prend quand je vois mon mari danser aussi gracieusement que la première fois que je l'ai vu il y a des années de cela. Nos regards se rencontrent un instant seulement. Juste un instant.

"NON !" hurle Galadh avant de se jeter sur un orc archer.

Je n'ai pas eu besoin de voir l'action de mes propres yeux pour comprendre. J'ai vu mon époux être ébranlé à une centaine de mètres de moi. Le temps s'est arrêté, l'espace s'est figé. Ma propre respiration semble m'avoir quittée. J'entends son souffle au moment où ses genoux rencontrent le sol. Sa peau parfaite miroite la lumière du soleil comme une mer de mithril, alors que ses cheveux forment un halo autour de lui. Son armure argentée semble absorber les rayons du soleil pour la rendre plus merveilleuse encore. Ses yeux d'ordinaire si froids n'étaient qu'inquiétude et désarroi. Sa bouche était ouverte dans un cri muet. Je suis arrachée à ma contemplation par les soldats elfes qui me viennent en aide.

Je ne sens pas mes jambes me porter mais en quelques instants je suis agenouillée devant mon mari, les mains sur son abdomen. Sa respiration devient saccadée.

"H...Hana..."

Je prends sa main, sentant un étaut glacé se serrer sur ma poitrine.

"Je suis là, mon amour. Ne parles pas."

J'écarte quelques mèches de son visage et remarque un mouvement sur ma droite. J'ai tout juste le temps de lever mon épée qu'un orc fond sur nous, tentant d'achever Rînmalthen sur le sol.

"Eloignez-vous de lui!" je hurle en ouvrant son ventre.

Je me redresse, tenant mon épée devant moi comme avertissement. Mais l'escouade est déjà en sous nombre, et je ne dois pas en abattre beaucoup avant qu'ils ne prennent la fuite, poursuivis par Galadh et le reste des hommes. Je me retourne et m'agenouille à nouveau devant Rînmalthen. Il me couve d'un regard fière et tente d'esquisser un sourire.

"Je n'ai pas perdu mon temps après tout, melethnîn..."

"Arrêtes..."

Une larme s'écrase sur son haubert sculpté. Il lève une main gantée vers mon visage et essuie une autre larme qui menace de tomber.

"Mon amour...ce n'est qu'une égratignure..."

"Arrêtes je t'ai dis! Je ne suis pas idiote, cette blessure est m...mor..."

Je m'interrompt, incapable de finir ma phrase. Ma tentative pour les aider et essayer de sauver la situation n'a fait qu'empirer les choses.

"Ce n'est qu'un impact de flèche, Hana."

"Infligé par ma faute! Si tu n'avais pas été distrait..."

"C'est la guerre, Hana. Je suis un Seigneur de guerre. Tel est mon destin."

Puis il émet un petit rire coupé par la toux.

"J'ai toujours pensé que ce serait ta cuisine qui m'achèverait."

Je hoquette, choquée.

"Idiot! Comment peux-tu rire dans un moment pareil?"

Il me sourit en dépit du sang sur ses lèvres.

"Ne pleures pas, Ithilnîn, je n'ai pas l'intention de mourir aujourd'hui."

Son assurance me laisse sans voix. Je ne sais pas quoi penser, mais mes larmes ne tarissent pas. La culpabilité ne me quitte pas non plus.

"ADA!"

Je lève la tête et voix Galadh, terrifié comme un petit garçon, jeter son casque à terre s'agenouiller près de Rînmalthen.

"Ionîn..."

"Pardonnez-moi...je n'ai..."

"Cesses, Galadh." l'interrompt son tuteur avec regard froid.

Galadh calme alors instantanément sa panique, et lui répond d'un bref signe de tête. Je pose une main tremblante sur sa joue et m'attends à ce qu'il la rejette. Il la retient contre sa joue et embrasse ma paume. Je croise brièvement son regard, et comprends alors qu'il est soulagé de me voir. Lui aussi a cru me perdre. Puis les yeux embués, il se lève et aboie des ordres à ses hommes qui réagissent immédiatement. Je suis surprise et heureuse de voir Eiliant se pencher sur son Seigneur. Il l'examine, lui prodigue les premiers soins, puis se tourne vers moi, alors qu'il est emporté vers une charrette.

"Il a eu de la chance, ma Dame. La blessure en elle-même n'est pas mortelle, mais le poison pourrait faire des dégâts irréparables si nous ne nous hâtons pas."

J'acquiesce.

"Biensûr."

Puis, alors qu'il tourne les talons, je le rappelle.

"Eiliant...merci. Pour tout. Je suis heureuse de vous revoir, mellonîn."

Il me rend un sourire serein, mâture.

"C'est un honneur, Hanawen."