Fou. Je vais devenir fou, ce n'est pas possible autrement. Quelqu'un, s'il vous plaît, dites moi comment m'en sortir. La vie a mis de nombreux pièges sur mon chemin, vraiment beaucoup et je les ai tous surmonté mais là, je ne crois pas que je le pourrais. Mon esprit s'évapore petit à petit pour sombrer dans le néant et je ne vois plus rien de sensé autour de moi. Je préfère faire cavalier seul mais là, j'ai besoin d'aide sinon, il ne restera rien de Trafalgar Law, dit le chirurgien de la mort, réputé comme un grand sadique. Pourtant, je suis à leur merci. Comment aurais-je pu m'en douter avec ces grands sourires qu'ils m'offraient ? Ces visages amicaux et naïfs qui ne demandaient qu'à se faire berner ? Je crois qu'on s'est fichu de moi.
" Garde ton sang-froid ! "
C'est la seule chose que je peux m'obliger à faire. Et vous vous demandez peut-être ce qui m'arrive ? Bonne question. Cela fais quelques jours que je suis sur le bateau de l'équipage du chapeau de paille et je n'en peux plus. Personne n'a le moindre bon sens, personne n'écoute jamais rien, personne ne fait attention aux possibles dangers que leurs actes pourraient entraîner et le capitaine n'est même pas toujours écouté. J'ai essayé de faire quelque chose d'eux, j'ai essayé de monter une stratégie pour notre future attaque de Dressrosa mais tout s'est soldé par un cuisant échec.
" Où est la raison ? "
Je n'arrêtais pas de me le demander depuis quelques jours et la question semblait n'avoir aucune issue. Vraiment aucune. Par pitié, je ne sais pas ce que j'ai fait de mal mais rendez-moi mon équipage ! Rendez-moi des gens avec du bon sens et pas cette maison de fous ! Mes hommes me manquent avec leur bonne humeur, le fait qu'ils écoutaient chacune de mes paroles attentivement et m'obéissaient toujours. Même Bepo qui ne cesse de s'excuser tout le temps. Même le sous-marin jaune qui était devenu ma maison. J'en pleurerais presque et pourtant, je déteste m'abaisser à ce genre de choses. Les larmes n'apportent rien.
" Je dois faire quelque chose... "
J'étais sur le pont du Thousand Sunny et c'était bien trop dangereux car à tout moment, quelqu'un risquait de m'aborder pour me faire encore plus sombrer dans la folie. Il fallait me cacher mais où ? Trouver un allié serait appréciable si tant est qu'il y en ait un dans les parages. C'est alors que l'idée me vint et je me sentais presque stupide de ne pas y avoir pensé avant. Bien sûr qu'il y avait quelqu'un avec qui parler et qui n'était pas rongé par cette bêtise ambiante ! Et en plus, cette personne devait actuellement se trouver dans un lieu où ces énergumènes ne poseraient pas les pieds. Le destin me souriait un peu.
Discrètement, je me faufilais sur le pont pour pénétrer dans un couloir, heureux d'avoir pu visiter le bateau les premiers jours. Il n'est pas spécialement grand mais c'est toujours mieux de savoir où se trouve chaque chose. Sans me faire voir, je parvenais à cette fameuse pièce désertée par la grande majorité des personnes présentes ici : la bibliothèque. Le lieu, avec son odeur légère de couvertures en cuir, revêtait un caractère saint à mes yeux. Ici se trouvait également la personne que je cherchais, tranquillement installée à une table, plongée dans un ouvrage de plusieurs centaines de pages. Je me dirigeais vers elle et m'assis tout en me faisant accueillir par un sourire radieux, presque maternelle. C'était une femme qui n'était autre que l'archéologue de l'équipage, la fameuse Nico Robin, survivante d'Ohara pour ce que je savais mais surtout ma sauveuse.
"- Tu désires quelque chose, Trafalgar Law ?
- Simplement un peu de calme, avouais-je en m'installant plus confortablement.
- Ah, je vois très bien ce que tu veux dire. C'est vrai qu'ici, c'est le meilleur endroit.
- Dis-moi Nico Robin, en toute franchise, comment fais-tu pour survivre ici ?
- Survivre à quoi ? demanda-t-elle en posant son livre.
- A la folie ambiante. A l'influence des autres qui te pousse à perdre la raison.
- Ha ha, tu as déjà commencé à ressentir cela alors que cela ne fait que quelques jours que tu es avec nous ? Mon pauvre !
- Donne-moi ton secret, implorais-je. Je veux rester stable mentalement.
- Je n'ai pas spécialement de secret. J'ai toujours eu un tempérament calme et je prends les choses venant de leurs bêtises à la légère. Leur sincérité me fait rire car ils ne sont pas fous. Ils aiment simplement vivre leur vie sans qu'on leur donne d'ordre, c'est tout. Il faut s'y habituer.
- Mais justement, je n'ai pas envie de m'y habituer sinon, je vais devenir comme eux.
- C'est surprenant de te voir t'agiter ainsi, Trafalgar Law. Cela te désolée à ce point ?
- Plus que tu n'as l'air de le penser. Je sens ma raison partir.
- Je suis persuadée que tu ne la perdras pas vu la façon dont tu t'y accroches.
- Comment fais-tu, Nico Robin ?
- Comment je fais quoi ? s'étonna-t-elle.
- Comment fais-tu pour garder un tel calme et une telle sérénité en toute circonstance même quand l'équipage agit en dépit du bon sens ?
- Ah, c'est une bonne question. Peut-être que cela vient de la manière dont je les ai rencontré ? Au début, nous étions ennemis et je les ai longtemps espionnés, observés. Petit à petit, j'ai commencé à ressentir un fort attachement pour eux et ils m'ont convaincu de les rejoindre. Les débuts n'étaient pas faciles mais ils m'ont toujours soutenu et j'ai compris qu'ils feraient tout pour moi. Ils ont même bravé la mort pour venir me chercher. Je les aime tellement que je peux tout leur permettre. Ils sont comme une grande famille pour moi. C'est pour cela que je ne suis pas la bonne personne pour t'aider je crois.
- En effet, ton histoire est un peu différente mais tu es la seule personne sensée ici.
- Sensée, je ne sais pas, rit-elle encore. Mais il doit y en avoir d'autres quand même ! Nami, par exemple, elle est aussi raisonnable que moi.
- Je le croyais aussi, murmurais-je. Seulement, dès qu'on lui parle d'argent, elle peut devenir aussi terrible que les autres. Et je ne parle pas de son amour pour les mandarines.
- Ah, oui, tu as découvert cela. Pourtant, notre navigatrice sait se montrer aussi sérieuse que possible si tu évites ces deux sujets...
- Visiblement, ça n'a pas marché.
- Bon, passons Nami. Mais Ussop et Chopper ?
- Ce tanuki-renne m'a semblé assez sage mais il est bien trop naif et il a un côté vantard qui me gêne. En tant que médecin, on ne devrait pas se comporter ainsi. Ussop se montre assez raisonnable quand il n'a pas peur de son ombre ou n'essaie pas de mentir sur ses prétendus exploits, notais-je un peu amèrement.
- Bon. Et Franky alors ? Ou Brook ?
- C'est quelqu'un de bien mais je ne suis pas toujours son côté cyborg et son émotivité est... vraiment surprenante et très déroutante. Je ne m'y ferais pas. Pour le squelette, il ne semble avoir de considérations que pour ses blagues ou les femmes pour le peu que j'ai discuté avec lui.
- Peut-être que Sanji ou Zoro a pu te paraître un peu plus posé ?
- Certainement pas le cuistot avec son amour fou pour les femmes ni le sabreur qui s'endort et ne prend rien aux sérieux. Parfois, je me demande si ce n'est pas un de ces deux-là le capitaine car leur voix a autant de parole que le chapeau de paille ou même Nami.
- Notre capitaine est le pire selon toi, n'est ce pas ?
- Oui, soufflais-je, achevé. Et pire n'est qu'un mot faible. Je ne comprends même pas comment un type aussi naïf et gamin a pu survivre aussi longtemps. Il n'écoute jamais ce qu'on lui dit, se moque complètement du danger, laisse les membres de son équipage décider à sa place, rigole pour tout et ne respecte pas les stratégies sur lesquelles on s'était mis d'accord. Il m'épuise plus que les autres et je ne le comprends pas du tout. Non, vraiment, il n'y a que toi de sensé dans cet équipage.
- Nous avons un côté sadique qui nous rapproche un peu.
- Probablement même si j'ai l'impression de perdre le mien actuellement.
- Je ne le crois pas, Trafalgar. Et j'ai l'impression que tu ne te rends pas compte d'une chose.
- Qu'est-ce que tu veux dire, Nico Robin ?
- En vérité, je crois que tous les gens que tu as cité, tout notre équipage, tu les aimes bien.
- Quoi ? manquais-je de m'étrangler. Je ne vois pas qu'est ce qui peut te faire dire cela. Tu as vu ce que je viens de dire sur eux ? Certes, je ne les déteste pas mais les aimer ? Ce n'est pas possible. Je n'ai pas d'estime pour eux vu mes propos, alors aimer, ce n'est pas envisageable.
- C'est là que tu te trompes sans t'en apercevoir.
- Pourtant, je pensais sincèrement tout ce que je viens de dire.
- Probablement. Mais le fait que tu connaisses autant de choses sur eux, même si ce n'est pas positif, tu ne crois pas que c'est un signe ? Je t'ai vu essayer de leur parler, d'aller vers eux même si pour toi, ils n'ont pas la même façon de penser et qu'ils vont te rendre fous. Tu ne peux pas me dire que tu ne les aimes pas en sachant reconnaître chaque personne et ses capacités. Non ? "
Je réfléchissais à ce qu'elle venait de me dire et la réalité me frappa. Comment avais-je pu être aussi aveugle sur mon propre compte ? Elle avait raison, je les connaissais trop bien pour les détester. Pourtant, cela ne faisait que quelques jours que j'étais avec eux mais ils avaient chacun un charisme fou qui les rendait identifiable et ils m'avaient montré des aspects de leur personnalité que les étrangers ignoraient, une preuve de confiance en un sens. Nico Robin me laissa un petit moment de réflexion avant de recommencer à parler. J'avais l'impression qu'elle comprenait un peu trop bien ma façon d'être et mon état d'esprit.
"- Tu es d'accord, finalement, Trafalgar ?
- J'ai l'impression que tu dis vrai, même si c'est difficile à admettre. Cela ne change cependant rien au fait qu'il me fatigue et que j'ai l'impression de devenir fou.
- Tu as un exemple précis ?
- Oui. L'autre jour, nous discutions de stratégies, c'était un moment important et j'essayais d'expliquer comment il fallait s'y prendre avec Doflamingo quand nous allions aborder Dressrosa.
- Ah oui, je m'en souviens. Et je suppose que personne n'a rien écouté ?
- Pas vraiment mais quand j'allais arriver à un moment important. Luffy a décidé qu'il était temps d'aller manger, peu importe à quel point j'étais avancé dans les explications. Sanji a donc demandé ce qu'il fallait faire pour chacun et beaucoup ont décidé que ce serait un sandwich pour eux...
- Ce n'est hélas pas extraordinaire sur ce bateau, soupira-t-elle, en riant doucement à nouveau. Mais pourquoi cet évènement t'a marqué plus qu'un autre ?
- Parce que j'ai fait comme eux. Je n'ai pas réfléchi et j'ai dit à Sanji que je n'aimais pas le pain. C'était... Un grand moment d'absence et puis, je m'en suis rendu compte. C'était effrayant de me dire que je commençais à m'habituer et même à appliquer la logique de l'équipage.
- Tu essaies d'être un des nôtres, n'est ce pas ?
- Je te demande pardon ?
- Le fait que tu connaisses chaque membre de l'équipage et que tu commences à t'habituer à nous, c'est qu'inconsciemment, tu essaies de faire partie des nôtres. Je te comprends, j'ai vécu la même chose. Luffy et les autres sont tellement attachants, c'est impossible de les détester même s'ils ont vraiment leur façon d'être. Je suis sûr que dans le fond, tu aimes bien notre capitaine et que tu t'es attaché aux autres. Simplement, le fait d'agir de manière désorganisé, c'est fatiguant.
- Tu es passée par la même phase pour me comprendre aussi bien ? soufflai-je, surpris.
- Un peu mais pas aussi violemment parce que je savais dès le départ que je voulais m'intégrer. Même si notre histoire a été un peu mouvementé. Et puis, je les adore tous.
- C'est triste d'être plus facilement compris par une étrangère que soi-même.
- Peut-être que nous avons vécu des expériences similaires dans nos passés ?
- Je ne te le souhaite pas mais c'est possible.
- Tu connais la solitude n'est ce pas ? Le fait d'être détesté par tout le monde ?
- Oui, mais arrêtons-nous là, Nico Robin. "
Il y a des choses que je n'avais pas vraiment envie de voir revenir à la surface, surtout pas maintenant et en présence d'une personne que je ne connaissais qu'à peine. Cependant, l'archéologue semblait savoir ce que cela voulait dire d'avoir un passé compliqué, cela se lisait dans ses yeux et j'avais une assez bonne maîtrise de l'âme humaine pour le voir. Savait-elle par contre ce que cela représentait d'être le seul survivant d'un groupe ? Son sourire laissait penser que oui par moment mais je n'avais pas la prétention de lire ses pensés. Simplement, elle connaissait la souffrance et me comprenait, comme j'avais l'impression de la comprendre à présent.
Pour la première fois, je décidais de la regarder vraiment, sans rester concentrer sur autre chose. Elle était belle avec ses cheveux bien coiffés, même si elle avait quatre ans de plus que moi, soit la trentaine. Une femme ravissante et pourtant, j'étais assez difficile en la matière. Je dirais que nos ressemblances la rendaient même encore plus attirante. J'aurais bien aimé qu'elle fasse partie de mon équipage mais mieux valait ne pas y penser. La brune se resservit une tasse de thé et m'en proposa amicalement.
"- Tu es surprenant, Trafalgar Law, déclara-t-elle.
- En quoi exactement ? fis-je en reprenant une pose qui me ressemblait beaucoup plus ainsi qu'un ton plus assuré, ce qui me fit presque sourire.
- Je ne pensais pas qu'un pirate qu'on appelle le chirurgien de la mort pouvait faire preuve d'autant de sentimentalité, c'est presque adorable.
- Ah, soupirais-je, retombant un peu dans la gêne. Ne dis à personne ce que je viens de te dire, je n'aime pas spécialement me plaindre.
- Je m'en doute et je resterais muette, tu peux me faire confiance.
- Merci quand même de m'avoir écouté, déclarais-je avec difficulté.
- Je t'en prie, cela ne me dérange pas. Cela fait du bien de parler à quelqu'un sur la même longueur d'onde, dans un sens, je peux te remercier aussi.
- Dans ce cas, nous sommes quittes.
- Pas encore. Tu as sauvé notre capitaine il y a deux ans et tu nous as aidé sur Punk Hazard.
_ Oui, admis-je. Peut-être devrais-je réclamer une récompense ?
- Et quel genre de récompense souhaiterais-tu ?
- Devine, murmurais-je avec un sourire carnassier, prenant la chose à la rigolade.
- Amusons-nous un peu alors ! " sourit-elle en me prenant au dépourvu.
Elle se leva et s'avança vers moi. Je ne savais pas ce qui allait m'arriver exactement mais je l'attendais, plongeant mon regard dans ses beaux yeux.
L'épisode de la bibliothèque demeurera secret et personnel. Il dura un assez long moment, suffisamment pour que j'apprenne à connaître certains côtés de Nico Robin et même certaines de ses compétences. Je lui révélais pour ma part une partie de ma personnalité que jamais personne d'autre ne devait voir. Je crois que cela lui a plu autant qu'à moi. Son sourire et son regard resteront gravés en moi encore longtemps. Le temps est passé trop vite et finalement, le moment est arrivé de quitter cette pièce pour rejoindre les autres. Notre absence commençait à avoir été longue et il ne fallait pas que quelqu'un nous voit comme ça.
"- Robin, commençais-je. Je garderais tout cela pour moi.
- Moi aussi. Mais je n'oublierais pas, Law.
- Qu'est ce que tu n'oublieras pas ?
- Ces instants passés avec toi. Il y a quelque chose en toi que j'aime beaucoup.
- Je crois que c'est la même chose que j'aime en toi. Je continuerais de t'appeler comme d'habitude devant les autres. Je préfère que cela ne se sache pas.
- Je comprends et je ferais de même. Seulement, je te demande une chose.
- Hum ? Je peux faire quelque chose pour toi ?
- N'hésite pas à revenir me voir dans la bibliothèque. C'est la seule pièce tranquille du bateau après tout et j'ai l'impression que nous avons encore beaucoup à nous dire. "
Elle passa la porte en me lançant un sourire dont l'interprétation était évidente puis elle disparut dans le couloir. Je me sentais prêt à affronter à nouveau cet équipage, beaucoup plus calme à présent. Je ne prendrais plus les choses autant à coeur. Je ne cessais de repense à l'archéologue en me dirigeant vers la cuisine à mon tour. Garder cet air froid que je m'étais forgé ne fut pas facile mais j'y parvins avec quelques efforts. La demande repassait en boucle dans mon esprit, comme une ritournelle.
" Bien sûr que je reviendrais. "
Pour la première fois depuis des jours, des semaines, des mois, peut-être même des années, quelqu'un prit plus de place dans mon coeur que la haine que j'éprouvais pour Doflamingo, depuis plus de treize ans. Quelque part, au loin, j'avais même l'impression de pouvoir sentir le sourire de Corazon. Cet homme que j'avais tant admiré devait être vengé mais il m'avait appris une chose. L'amour est plus fort que la haine et je le comprenais à présent. Je ne savais pas vraiment la nature du lien entre Robin et moi mais je m'en moquais. Avant d'arriver à Dressrosa, cela ne me ferait pas de mal de pouvoir oublier un peu ce qui m'attendait là-bas.
Voilà un autre one shot de fait ! J'espère qu'il vous a plu, n'hésitez pas à me donnez votre point de vue ! En l'écrivant, je suis devenue vraiment fan de ce pairing, ces deux personnages ont beaucoup plus en commun qu'il n'y parait.
Pour le prochain, on reste encore dans les mugiwaras (promis, je change après !) et ce sera un pairing hétéro de deux membres de l'équipage du chapeau de paille. Le titre provisoire est "le train sifflera trois fois" et la scène se passera globalement en pleine mer. Des idées ? Rendez-vous bientôt j'espère pour le prochain, bon courage pour la semaine !
