Hayden Bloom – Anges et Démons
Ah, voilà en prévision un chapitre comme je les aime! C'est-à-dire un chapitre que je commence sans savoir ce que je vais écrire dedans. Enfin, j'ai une vague idée mais ... En tout cas je suis très heureuse : je vais enfin pouvoir arrêter d'écrire « Hayden et Naïs » et dire d'un coup « les Angémons », comme j'en rêve depuis 38 chapitres
Si vous ne vous rappelez pas du tout ce qui s'est passé entre Ethan et Naïs, relisez donc les chapitres 13, 14 et 15.
Attention ! Je n'en suis pas sûre au moment où je m'attelle au clavier, mais le prochain chapitre de cette fic pourrait bien être le dernier ! Vous êtes prévenus.
Chapitre 38 : Les Guérisseurs
— Place ! Faites de la place, s'il vous plaît ! Vite !
— Par ici ! Non, poussez-vous ! Oui, vous, là ! Dégagez le passage !
— On est en train de le perdre, il faut le réanimer !
Le hall d'entrée de l'hôpital Ste-Mangouste était en proie à un véritable tourbillon de frénésie. Des Médicomages vêtus de robes vertes couraient en tous sens, l'air pressé et nerveux, bousculant des visiteurs aux expressions angoissées. Les patients, sorciers ou Moldus à l'air hagards et allongés sur des brancards de fortune, apparaissaient sans cesse au milieu du hall, et étaient aussitôt véhiculés vers les différents étages de l'hôpital. La grande majorité d'entre eux prenait la direction du deuxième étage, consacrés aux virus magiques ; ce service avait d'ailleurs été tellement mobilisé au cours des derniers mois qu'on l'avait en partie étendu au premier étage et au rez-de-chaussée de l'hôpital.
La folle agitation ambiante contrastait vivement avec l'activité ordinaire de l'hôpital, mais seulement si on la comparait aux habitudes des années précédentes. Depuis des mois, une terrible épidémie ravageait le monde sorcier, et les Guérisseurs de Ste-Mangouste étaient plus réquisitionnés que jamais. Pourtant, leur impuissance face au mal qui sévissait n'avait jamais non plus été plus atterrante. Certes, ils arrivaient encore à protéger les individus menacés de contagion en les plaçant en quarantaine et en leur administrant de fortes doses de charmes thérapeutiques, avec des effets secondaires parfois gênants. Ils parvenaient aussi à apaiser un peu les souffrances de ceux qui étaient irrémédiablement atteints par le virus. Mais c'était bien tout ce dont ils étaient capables. Et la liste des morts s'allongeait dramatiquement chaque jour.
Sur un brancard blanc qui lévitait au-dessus du sol, une jeune femme à la peau devenue grise était allongée, immobile, ses yeux grands ouverts fixant le plafond avec une expression presque sereine. De temps en temps, une toux caverneuse la secouait pendant de longs instants et faisait tressaillir son corps déjà à demi paralysé. Un bandage entourait sa main droite où une cloque avait récemment éclaté, imbibant le tissu du bandage d'un sang noirâtre. De sa bouche aux lèvres desséchées sortait parfois un léger soupir.
Les deux Médicomages qui l'accompagnaient échangèrent un regard désolé. Hayden avait la gorge nouée, et les yeux de Naïs s'embuaient de larmes. D'un pas triste comme celui un cortège funèbre, ils firent avancer le brancard jusqu'à une salle où des dizaines d'autres victimes attendaient à présent la mort avec résignation. Hayden et Naïs firent de leur mieux pour installer leur patiente dans de bonnes conditions, près d'une fenêtre par laquelle passaient de joyeux rayons de soleil, puis ils sortirent de la salle et refermèrent sans bruit la porte derrière eux.
— On la connaît, n'est-ce pas ? demanda Naïs en ôtant le masque étanche qui lui couvrait une partie du visage. Je suis sûre de l'avoir déjà vue, mais je n'arrive pas à retrouver son nom.
Hayden hocha la tête, l'air sombre.
— Elle s'appelle Agathe Rackharrow, elle était entrée à Poudlard quatre ans avant nous. C'était une très bonne amie de mes frères et sœurs, Brian et Nelly.
— Merlin, c'est vrai. C'était une joueuse de Quidditch, non ?
— Oui, une très bonne joueuse de Quidditch, même. Elle avait tout appris de Zach Fenwick, et ils étaient restés très proches depuis ... Plus que proches, même.
Naïs ne répondit rien, plongée dans de sombres souvenirs. Zach Fenwick, jeune Attrapeur extrêmement brillant, avait en son temps attiré suffisamment de gloire sur sa Maison de Poufsouffle pour en redorer définitivement le blason. Il avait été emporté par le virus un mois plus tôt.
Il y eut un bruit semblable à l'explosion d'un pétard, et les deux Angémons furent un moment aveuglés par l'apparition soudaine d'un grand nuage blanc et poussiéreux. Toussant, Hayden fit de grands gestes du bras pour évacuer la poussière et la fumée qui envahissaient tout à coup le couloir de l'hôpital, puis il sentit contre sa joue le contact légèrement râpeux d'une feuille de parchemin qui voletait doucement au milieu de centaines de ses semblables.
— Oh, c'est pas vrai ! Pas encore ! grogna Hayden.
— Ils ne pourraient pas nous laisser mourir en paix, ces monstres ! s'exclama Naïs avec hargne.
Ce qui avait semblé n'être qu'un nuage de poussière était en fait une multitude de petits pamphlets, tous semblables et écrits sur parchemin. On pouvait d'abord y lire les mots « La Ruine » mais aussi, écrites dans une encre couleur de sang, les multiples et extravagantes revendications de ce sinistre mouvement de Mangemorts ressuscités. Ce genre de paquets de pamphlets explosaient de plus en plus fréquemment un peu partout dans le monde sorcier pour rappeler aux victimes du Bellatrix les raisons de leurs souffrances, et aux autres les menaces qui pesaient toujours davantage sur eux. Les « Ruinés » prétendaient agir en toute légitimité et n'avoir d'autre but que de rendre au monde la forme qu'il aurait toujours dû garder : un monde de sorciers, et de sorciers seulement. Enfin, ils annonçaient avec bravache qu'ils allaient bientôt frapper dans une nouvelle attaque qui serait aussi violente que définitive.
Hayden sortit sa baguette d'un geste rageur et élimina les odieux parchemins d'un seul sortilège. Puis il regarda Naïs, se redressa, et serra les mâchoires.
— Ce que je peux les haïr, tous autant qu'ils sont, cette bande de dégénérés, siffla-t-il. C'est injuste qu'ils aient le moindre pouvoir sur nos existences !
— Je sais, répondit Naïs. Mais qu'est-ce qu'on y peut, pour l'instant ? Les chercheurs finiront peut-être par trouver un véritable antidote, mais en attendant il ne faut pas se décourager, Hayden. Il faut continuer à soigner tous ces gens.
— Jusqu'à quand ? La contagion se propage sans qu'on n'arrive à la retenir ; dans certaines régions, ils meurent comme des mouches.
— Ce n'est pas une raison ! Et puis nous sommes en plein été, je suis sûre que c'est ce qui favorise le développement du virus. On doit avoir atteint un pic, mais ça retombera quand on arrivera à l'hiver.
— Qu'est-ce que tu en sais ? demanda Hayden.
Son ton se voulait désabusé, comme s'il espérait pouvoir se détacher de toutes les souffrances qui l'entouraient, mais Naïs sentit qu'il n'arrivait pas vraiment à abandonner tout espoir. Elle prit les mains d'Hayden et les serra dans les siennes, le regard fier.
— J'en sais surtout qu'à nous deux, si nous faisons vraiment de notre mieux, nous sommes plus puissants que tout le personnel de Sainte-Mangouste réuni. Ne l'oublie pas, mon ange. Viens, maintenant, on a du travail.
Naïs n'avait pas tort : face au terrible virus et aux folies de la Ruine, la communauté magique se raccrochait à deux repères principaux. D'abord, bien sûr, la famille Potter, qui symbolisait tout leur espoir de lutter contre la magie noire et de finir par la vaincre. Pas un jour ne passait sans que la Gazette du Sorcier ne publie de nombreux articles et témoignages rappelant la victoire remportée par Harry Potter sur Lord Voldemort, des années plus tôt, ou bien relatant les actions récentes du héros national qui veillait lui-même à la sécurité de sa famille et de tous ceux qui l'entouraient. Après tout, qu'étaient les obscurs descendants d'une Mangemorte fanatique à côté du terrible Voldemort ? Le monde magique avait survécu à des crises bien pires que celle qu'il traversait à présent !
Cela dit, Voldemort n'avait jamais déclenché d'épidémie meurtrière et incontrôlable.
L'autre repère du monde sorcier était moins explicite, car les Angémons ne faisaient pas quotidiennement la une des journaux. Leur histoire et celle de leurs fantastiques pouvoirs avaient pourtant causé bien des remous dans l'actualité lors des circonstances tragiques qui avaient entouré la fin de leur 7ème année à Poudlard. Mais à présent, on ne perdait pas de temps à s'interroger sur l'origine de leurs âmes, et on se contentait de profiter de la belle aubaine qui apportait au monde un sorcier et une sorcière d'une telle puissance à l'heure où on en avait justement un besoin pressant. Depuis plusieurs mois, Hayden et Naïs étaient réquisitionnés presque nuit et jour : quand ils ne travaillaient pas d'arrache-pied à l'hôpital, ils étaient envoyés en mission d'un bout à l'autre du pays.
Malgré toute leur ardeur, la situation devenait chaque jour plus critique et commençait à menacer d'exploser du jour au lendemain. Le monde magique retenait son souffle. Allait-il succomber au virus Bellatrix ? Allait-il être frappé à mort dans une attaque sans merci menée par les Ruinés ? Allait-il survivre ? Mais comment ?
Les jours passaient, et rien ne s'arrangeait. La panique commençait à gagner les esprits, et on reporta des cas de plus en plus nombreux de victimes du virus qui avaient préféré se donner la mort rapidement plutôt que de l'attendre dans la douleur et sans espoir. Au milieu du mois d'août, alors que la chaleur était à son comble et favorisait les accès de folie, les Angémons furent réveillés en pleine nuit par leur supérieur hiérarchique de Sainte-Mangouste. Le vieux Médicomage les informa que leur présence était requise de toute urgence dans la banlieue d'une ville de l'Est, où un sorcier avait perdu l'esprit en apprenant qu'il était condamné par le virus, et avait cherché pendant toute la journée à contaminer le plus de personnes possibles, sorciers et Moldus confondus. L'homme avait été arrêté et envoyé dans un institut spécialisé, mais il avait semé une véritable débandade dans son quartier.
Hayden et Naïs transplanèrent sur l'heure vers Colkester, la ville en question, bien qu'ils eussent les yeux encore bouffis de sommeil. Une fois arrivés, ils se rendirent compte qu'effectivement, la situation avait de quoi inquiéter. Tous les habitants du quartier soit se barricadaient chez eux en lançant des sorts à tous ceux qui faisaient mine d'approcher, soit couraient en tous sens pour trouver quelqu'un qui puisse les aider. Hayden distingua deux sorciers à l'air désemparé qui portaient l'insigne du Ministère de la Magie : visiblement, ils étaient débordés par les événements. Suivi par Naïs, Hayden s'approcha d'eux pour obtenir un peu plus d'informations.
— C'est de la folie ! gémit l'une des employés, la bouche couverte par un masque rudimentaire. Nous n'arriverons jamais à faire entendre raison à ces gens.
— Oui, approuva l'autre, c'est à croire qu'ils vont faire comme celui qui les a mis dans cet état et se mettre en tête de nous transmettre le virus à nous aussi ! C'est très dangereux de rester ici, vraiment !
— Mais vous n'allez pas partir, n'est-ce pas ? demanda Naïs d'un ton froid. Ces gens ont précisément besoin de notre assistance à tous.
— Bien sûr, bien sûr, mais c'est que ...
— Nous allons établir un point de regroupement pour nous occuper de tout le monde, dit Hayden. S'il vous plaît, ajouta-t-il en désignant une petite place entourée d'arbres, faites le tour du quartier et informer les habitants que nous allons nous installer là-bas.
— Bien ... Oui, d'accord, approuva la sorcière du Ministère avant de déguerpir au plus vite avec son compagnon.
Naïs eut un soupir agacé tout en revêtant le masque et les gants qui leur seraient indispensables pour éviter la contamination.
— Comment veulent-ils qu'on travaille efficacement avec des empotés pareils ?
— Ils ont peur, c'est normal, répondit Hayden en réprimant un bâillement. Allez, viens.
Hayden passa un bras autour des épaules de Naïs pour la réchauffer dans le froid de la nuit qui s'achevait, et ils se dirigèrent vers la petite place où ils avaient décidé d'installer leur quartier général. La puissance de leur magie leur permit d'accomplir en un instant ce qui aurait demandé toute la matinée à deux sorciers ordinaires : pour être plus visibles, ils déplacèrent les arbres qui bordaient la place et envoyèrent dans les airs des gerbes d'étincelles dorées qui restèrent attachées à l'atmosphère. Ensuite, ils firent surgir un grand chapiteau blanc, sous lequel apparurent bientôt deux bureaux couverts de tout le nécessaire, ainsi que des rangées de bancs et de lits d'hôpital. Enfin, ils édifièrent de plus petites tentes pour y installer ceux qui devraient passer quelques temps en quarantaine, et envoyèrent quelques hiboux au Ministère et à Sainte-Mangouste pour demander des renforts.
Pendant qu'ils aménageaient l'endroit, les habitants de Colkester informés par les employés du Ministère arrivèrent peu à peu. Naïs se chargea de les accueillir pendant qu'Hayden achevait d'ajouter quelques agencements avant de se joindre à elle. À mesure que les gens affluaient, il s'avéra qu'il y avait eu beaucoup de peur, mais hélas presque autant de mal. Le sorcier fou qui s'était jeté sur tout le monde allait pouvoir se vanter d'avoir accompli son but en grande partie. Naïs fut bientôt alarmée de voir le nombre de ceux qui se plaignaient de migraines – premier symptôme du virus – croître sans cesse. Elle croisa un instant le regard d'Hayden, et leurs yeux étaient remplis d'angoisse. Mais ils continuèrent à travailler jusqu'à une heure avancée du jour, quand d'autres Médicomages vinrent les relayer.
— Les pauvres gens ! soupira Naïs en se laissant tomber sur un banc, épuisée, à côté d'Hayden. Les malades sont tellement nombreux ...
Elle posa la tête sur l'épaule d'Hayden et ferma les yeux.
— Je me demande à quoi ressemblera ce quartier d'ici un mois ou deux, dit sombrement Hayden. J'ai peur qu'il y ait beaucoup de morts.
— Tout n'est pas encore joué, si ? Au moins, on s'est occupés d'eux très rapidement. On a encore une chance d'empêcher le virus de se propager.
— Oui, une petite chance, c'est vrai. Mais il ne faudra pas les quitter pendant plusieurs semaines : la moindre pause dans le traitement leur serait fatale.
— J'ai l'impression qu'on va nous demander de rester ici un bon moment, conclut Naïs.
— Pourvu qu'aucun autre cas semblable ne se déclare d'ici là ...
Le souhait d'Hayden était manifestement trop idéaliste pour être exaucé. Durant deux semaines, les Angémons s'usèrent à la tâche en oeuvrant à apaiser aussi bien qu'à soigner les habitants du fameux quartier de Colkester, qui leur en furent du reste très reconnaissants et se mirent à voir en eux une aide miraculeuse. Hayden était devenu particulièrement populaire en passant plusieurs nuits blanches au chevet des deux enfants d'une famille dont l'état, précisément à la charnière entre la condamnation et la guérison, avait fini par se rétablir. Les choses auraient pu demeurer longtemps ainsi, mais un drame vint soudain faire trembler le monde magique : le virus avait fini par frapper les Potter.
La famille, réunie pour passer ensemble la fin de l'été, avait été découverte dans le petit village français où elle s'était cachée par l'un des redoutables membres de la Ruine. Selon le récit de la Gazette du sorcier, Ethan, le propre fils de Harry Potter, sortait tout simplement prendre l'air un matin quand le Ruiné en question, surgi de nulle part, s'était précipité vers lui en lançant un maléfice pour briser le Charme du Bouclier qui protégeait Ethan, et avait frappé le jeune homme à l'épaule d'un poignard imbibé du Bellatrix avant de détaler. Le geste eut une dimension assez théâtrale pour susciter l'émoi de tous les sorciers de Grande-Bretagne, mais l'angoisse succéda bien vite à l'émotion quand on comprit qu'Ethan était irrémédiablement contaminé et que, insoucieux du danger, ses parents préféraient courir le risque de la contagion plutôt que de fuir leur propre fils. Seule sa petite sœur, Violeta, avait été renvoyée immédiatement à Londres.
Devant cette grave crise, tous les yeux se tournèrent vers les Angémons, dernier espoir de la communauté des sorciers. Si quelqu'un pouvait encore accomplir un miracle pour sauver les Potter, c'était bien eux. Bien sûr, ils ne pouvaient pas abandonner tous les deux les habitants de Colkester, mais il fallait qu'au moins l'un d'eux aille immédiatement secourir ceux sur qui reposait tout l'espoir du pays.
— Il faut que ça soit moi qui y aille, Hayden, les gens d'ici seraient perdus si tu t'en allais.
— Non, Naïs, je t'en prie, n'y vas pas !
— Je n'ai pas le choix, nous ne pouvons pas nous permettre de priver les sorciers de ce que représentent les Potter. Tu sais bien que l'état d'esprit des victimes peut parfois tout changer, et si les Potter disparaissaient ...
— Je sais tout ça, je sais, mais je t'en supplie, ne me quitte pas. Ne vas pas avec lui !
La voix d'Hayden avait un ton d'angoisse qui impressionnait Naïs. Le jeune homme avait perdu son calme habituel, et s'agrippait à la main de Naïs comme s'il ne devait jamais la revoir. Le nom d'Ethan avait suffi à réveiller tous ses vieux démons de l'époque de Poudlard.
— Ne vas pas avec Ethan Potter, répéta-t-il d'une voix blanche.
— Je ne vais pas avec lui, répondit Naïs, mal à l'aise, je vais seulement le soigner.
— Ça revient au même. Si tu le soignes, combien de temps est-ce que vous allez passer ensemble ? Des jours, des semaines, ... ?
— Je sais que ça va faire longtemps sans qu'on se voie, mais ...
— Ce n'est pas seulement ça, insista Hayden. C'est lui. Je ne veux pas que tu sois avec lui. J'ai un mauvais pressentiment, je suis sûr que ...
— Hayden, il ne va rien se passer entre lui et moi ! Il n'y a jamais rien eu qu'une petite histoire qui remonte à des années. Ne t'en fais pas, vraiment, tu n'as rien à craindre.
— Je sais que c'est irrationnel et j'en suis désolé, mais je ne peux pas le supporter !
— Tu as si peu confiance en moi ?
— Ce n'est pas une question de confiance, mais d'instinct. Laisse quelqu'un d'autre y aller !
— Tu sais bien que c'est impossible, c'est de nous qu'ils ont besoin.
— Naïs, n'y vas pas ! s'exclama encore Hayden d'un ton suppliant.
À cet instant, on frappa à la porte de la pièce où ils se trouvaient, et leur supérieur entra.
— Miss Taylor, si vous avez pris votre décision, il n'y a pas un instant à perdre.
— Je suis prête, dit Naïs d'une voix presque ferme.
Elle se leva du lit au bord duquel elle était assise, prit le petit sac où elle avait préparé ses affaires, et s'avança vers la porte. Au moment de sortir, elle s'arrêta et se tourna vers Hayden. Il s'approcha d'elle, la prit dans ses bras et la regarda fixement.
— Naïs, si tu y vas ...
— Je n'ai pas le choix, Hayden.
Elle l'embrassa brièvement, puis se libéra de son étreinte et disparut.
Naïs s'en fut donc au chevet des Potter, et plus particulièrement à celui d'Ethan, sous les acclamations de tout le monde sorcier. La crainte au sujet de leur santé était telle qu'on s'attendait à tout moment à ce que leur mort soit annoncée, aussi le soulagement fut-il grand d'apprendre que la précieuse famille allait être dans les meilleures mains qu'on puisse trouver. La quarantaine la plus stricte fut déclarée autour de la demeure des Potter, et pendant plusieurs jours, pas la moindre nouvelle ni la plus petite information n'en filtra. L'inquiétude s'accrut, concurrencée par l'espoir, tandis que les rumeurs les plus invraisemblables se succédaient.
Un événement survint alors, qui permit à tout le monde de croire que la balance allait peut-être finir par pencher du bon côté : grâce à la description qu'Ethan en avait donné avant d'être cloîtré chez lui, le département des Aurors parvint à mettre la main sur le Ruiné qui avait attaqué le jeune Potter et avait ensuite pris la fuite. Il s'agissait d'un jeune fanatique du nom de Rosier, aux cheveux argentés et à la silhouette squelettique. Après avoir obtenu une dérogation du Ministère, les Aurors qui avaient arrêté Rosier obtinrent le droit de lui faire boire deux gouttes de Véritasérum : Rosier avoua ainsi que la Ruine avait d'abord établi son quartier général en Albanie, mais que ses membres l'avaient abandonnés depuis six ou sept mois pour se disperser à travers le monde. Il annonça, comme les éternels pamphlets continuaient à le faire, que les Ruinés rassemblaient des forces pour lever une armée et attaquer leurs opposants avec tant de force que les vaincus ne s'en relèveraient jamais, et cela d'ici quelque mois. Enfin, il révéla – avec une goutte de sérum supplémentaire – que le virus contenait entre autres des œufs de Serpencendre, et que des cataplasmes à base d'ellébor pourraient avoir une certaine efficacité.
Malheureusement, Rosier se rompit le cou de ses propres mains dans sa cellule avant d'en dire davantage. Mais l'essentiel était fait, et les lecteurs de la Gazette du Sorcier se permirent de pousser un profond soupir de soulagement en découvrant ces heureuses nouvelles dans l'édition du matin. Comble de la joie, on apprit également à ce moment-là que Harry Potter et son épouse ne risquaient plus d'être contaminés par le virus, et que l'état de leur fils Ethan demeurait stable.
Hayden traînait les pieds avec lassitude dans les couloirs de Sainte-Mangouste. L'année qui finissait de s'écouler avait certainement été l'une des plus éprouvantes et des plus douloureuses de son existence, et la moindre des raisons n'était pas le fait qu'il n'avait pas pu échanger le moindre regard avec Naïs depuis trois bons mois. Par Merlin, elle lui manquait tellement qu'il avait l'impression d'être amputé ! Il avait du mal à se souvenir d'une autre époque où il avait été aussi durablement séparé d'elle. Quoique si, bien sûr : il y avait eu celle où cette sangsue d'Ethan Potter était venu se mettre entre eux.
Et voilà qu'il recommençait, ce minable petit arrogant ! Hayden grondait de rage en repensant à l'ancien Gryffondor, qu'il n'avait jamais pu apprécier. Tout en Ethan Potter l'insupportait, depuis sa ridicule tête de blondinet tout juste bonne à faire la couverture de Sorcière Hebdo jusqu'à sa détestable façon de passer pour une malheureuse victime au besoin impérieux de se faire materner, si possible par une jeune et jolie infirmière telle que Naïs. Que la vie d'Ethan ait été et reste gravement en danger ne rentrait pas dans les préoccupations d'Hayden. Il souffrait ? Eh bien il n'était pas le seul ! Et s'il mourait ? Bah, à tout prendre, plutôt lui qu'un autre.
De toute façon, il avait l'air bien décidé à ne pas mourir, si Hayden en croyait les derniers articles de la Gazette du Sorcier : les journalistes forçaient l'émotion causée par la présence du Bellatrix chez les Potter et par leur possible rétablissement d'une façon écoeurante. Hayden en était d'autant plus agacé que, contrairement à certains esprits simplistes, il n'était pas du tout convaincu que les Potter étaient le centre du monde. Bon, il admettait évidemment qu'Harry Potter avait été un véritable héros vingt ans plus tôt, mais pourquoi sa famille devait-elle en retirer la moindre gloire ? Ça n'avait aucun sens.
Et pendant que le sorcier moyen remerciait le ciel pour la bonne santé de ces dieux vivants, les anonymes continuaient à souffrir dans l'indifférence générale. Les révélations de Rosier avaient permis de freiner la propagation du Bellatrix, et le virus restait désormais concentré dans un certain nombre de pôles. Mais en dehors d'eux, la vie reprenait peu à peu son cours et le temps se hâtait d'émousser les souvenirs des temps les plus difficiles. On commençait à penser que tout était arrangé, et Sainte-Mangouste recevait de moins en moins de dons alors que les besoins de l'hôpital restaient énormes.
Hayden avait quitté la ville de Colkester dès que sa présence avait cessé d'y être indispensable, et était revenu à Londres pour y être utile au plus grand nombre. Les nouveaux contaminés continuaient de se succéder inlassablement, et ceux qui étaient déjà condamnés hurlaient parfois de douleur depuis les chambres où on les enfermait quand on craignait qu'ils n'aient des accès de folie. Avec une régularité désespérante, Hayden voyait se succéder les migraines, les muscles sensibles, la peau qui devenait grise et couverte de cloques, le sang qui noircissait, la paralysie progressive, et finalement la toux, la toux fatale qui annonçait une fin prochaine.
Et puis, il y avait toujours les terribles jours où Hayden voyait arriver quelqu'un qu'il connaissait. Par bonheur, les membres de sa famille avaient très tôt suivis ses conseils en matière de prévention sanitaire, et aucun n'avait été atteint. Mais tel n'était pas le cas de celle au chevet de laquelle il se tenait à présent : Morgana Lufkin, d'une pâleur qui ne disparaîtrait plus jamais, dormait en serrant convulsivement son oreiller entre ses bras. Elle avait terriblement maigri depuis les jours où elle étudiait à Poudlard, à peine quelques années plus tôt. À l'époque, elle était simplement une fidèle membre de MAB – le cher vieux Mouvement de l'Audace Blanche – joyeuse et heureuse de vivre. Hayden avait l'impression que ces années-là remontaient à des siècles.
Il ne se sentait pas si seul, alors. Il était aimé, et même adoré par de nombreuses personnes, de professeurs comme Draco Malfoy ou Kate Barrow jusqu'à de jeunes filles un peu trop romantique, en passant par les supporters de son équipe de Quidditch. Il avait MAB, il avait les folles et fascinantes expériences qu'ils avaient menées ensemble sur la Roche de Nuit. Il avait les soirées des Serpentards, tous les samedis soirs ou presque.
Et il les avait tous les quatre, ses amis de Serpentard devenus inséparables. Will ; parti aux Etats-Unis dès sa sortie de Poudlard pour y suivre son rêve, il n'avait plus donné signe de vie au bout de quelques mois. Trop occupé. Scarlett ; disparue d'une façon tellement affreuse et inconcevable qu'Hayden n'avait jamais pu s'habituer à l'idée de sa mort. Eric ; à moitié fou, enfermé à Azkaban où il dépérissait toujours. Naïs était allée lui rendre visite, une fois, pour lui dire qu'ils lui avaient pardonné. C'était sans doute le seul endroit du pays qui n'avait jamais été menacé par le Bellatrix : trop d'anciens fidèles de Voldemort achevaient d'y agoniser.
Naïs. Partie.
Quelques coups légers furent frappés à la porte de la chambre qu'Hayden avait tenu à réserver à Morgana malgré le surpeuplement de Sainte-Mangouste.
— Entre, Ben, dit Hayden sans prendre la peine de se retourner.
La porte claqua doucement quand Ben Fenwick la referma derrière lui. Lui aussi n'était plus que l'ombre de lui-même. Le virus l'avait terriblement éprouvé, alors même qu'il ne l'avait jamais contaminé, en frappant successivement toutes les personnes qu'il aimait. L'ancien Poufsouffle vint s'asseoir à côté d'Hayden en soupirant tristement.
— Je crois que je ne m'y ferai jamais, à venir les voir mourir, dit-il sourdement.
— Moi non plus, répondit Hayden.
— Tu as dû en voir tellement, pourtant ...
— C'est vrai, je crois que j'ai perdu le compte après la première centaine, mais rien n'y fait.
— Je me souviens de ce moment-là. J'étais déjà venu, pour Zach, tu sais.
— Oui, je me rappelle. Au moins, c'est allé vite pour lui.
Ben hocha la tête comme un automate.
— J'aurais bien voulu que ça soit pareil pour sa femme, dit-il.
— Sa femme ?
— Agathe, tu sais, Agathe Rackharrow. Rackharrow-Fenwick, finalement.
— Je ne savais pas qu'ils s'étaient mariés.
Le souvenir d'un sourire apparut sur les lèvres de Ben.
— Si, au bout d'un certain temps Maman n'a pas pu s'empêcher de supplier Zach à deux genoux. Elle avait une envie folle de préparer le mariage. Ça s'est fait très discrètement, ils ne voulaient pas vraiment attirer l'attention.
— Ils devaient être heureux.
— C'est sûr. Maman, surtout. Elle en a eu les larmes aux yeux toute la semaine qui a suivi. Du coup, j'ai toujours eu peur qu'elle ne se jette sur Morgana dès qu'elle venait à la maison. Mais finalement, elle ne l'a pas fait.
Morgana s'étira faiblement dans son lit et Ben se tut. Sentant que la jeune fille allait peut-être bientôt s'éveiller, Hayden jugea bon de la laisser tranquille avec Ben et s'éclipsa discrètement. Le couloir où il arriva était plutôt calme, par rapport au reste de Sainte-Mangouste, et pendant un instant Hayden se permit de ne rien faire d'autre que d'écouter le silence. Un peu plus loin dans le couloir, il y avait une salle habituellement destinée à occuper les malades convalescents, mais qui avait été assez peu utilisée depuis que le virus sévissait : on y échappait ou on en mourait, il n'y avait généralement pas d'autre choix.
Sauf pour Ethan Potter. La photo de l'irritant jeune homme attira soudain l'œil d'Hayden. Elle s'étalait sur la couverture d'un exemplaire de Sorcière Hebdo, mais était à moitié cachée par celui de la Gazette du Sorcier déposé par-dessus. Les journaux dataient de quelques jours mais Hayden, n'ayant rien d'autre à faire, repoussa la Gazette pour voir ce qu'il se disait sur les Potter – peut-être, avec un peu de chance, l'état d'Ethan se serait-il suffisamment amélioré pour que Naïs le quitte ?
En découvrant l'autre moitié de la photo de la couverture, le cerveau d'Hayden se bloqua un instant, comme s'il se refusait à enregistrer ce qu'il voyait. Il y avait d'abord l'éternel Ethan qui – admirable exploit – parvenait à se tenir debout et à se promener dans son jardin. Mais à côté de lui, le bras passé autour de sa taille pour l'aider à marcher, et la main dans la sienne, il y avait aussi Naïs. Son joli visage se détournait, apparemment en rougissant, de l'objectif du photographe, mais Ethan ne se privait pas d'adresser à Naïs un regard débordant de la tendresse la plus mièvre. « L'amour plus fort que la mort » titrait le magazine.
Fébrilement, Hayden en tourna les pages jusqu'à trouver l'article principal. Ecrites en rouge et dans une police démesurée, les phrases « L'amour m'a redonné envie de vivre » ou « Sans elle et sans sa tendresse, il serait mort » lui sautèrent aux yeux violemment. Réprimant une envie de hurler comme les malades qu'il soignait, Hayden se mordit le poing tout en lisant la prose enflammée du journaliste.
« L'amour plus fort que la mort
Ethan Potter est sur la voie de la guérison ! Les médecins qui ont étudié ses rapports de santé l'ont affirmé samedi soir, en précisant qu'une rechute restait possible, bien qu'improbable. Voilà une nouvelle qui va ravir tout le monde sorcier. Une nouvelle ? Disons plutôt un miracle ! Et derrière ce miracle, nul autre qu'un ange.
La jeune Naïs Taylor, Médicomage hors pair, n'a pas quitté son patient le plus cher durant tout le temps où la menace du Bellatrix a pesé sur Ethan Potter et sur sa famille et leur a prodigué tous ses soins. Mais bien plus que ses compétences, c'est son admirable personne qui a permis au beau jeune homme de reprendre goût à la vie et qui lui a donné la force de survivre. Naïs Taylor, non contente de se montrer dévouée et fidèle à la tâche, a su inspirer à son protégé des sentiments qui dépassent la simple reconnaissance, et qui vont même au-delà de l'affection.
˝Je n'avais jamais vu mon fils aussi épanoui. Dire qu'il a fallu qu'il frôle la mort pour trouver le sens de sa vie !˝ Tels sont les paroles d'Aliénor Potter, la mère de l'heureux miraculé. Harry Potter lui-même se répand également en commentaires enthousiastes sur celle que son fils a choisie, et loue son charme avec une émotion touchante. ˝Elle l'a sauvé, et en le faisant elle nous a sauvé aussi.˝ La passion qui unit désormais les deux tourtereaux n'est pas encore officielle, mais ne saurait tarder à le devenir. ˝Ce qui m'arrive en ce moment a quelque chose de magique ˝ confie même le bel Ethan, qui avoue également avoir connu son ange dès l'époque de leurs études à l'école Poudlard et l'avoir ˝toujours gardée dans son cœur˝.
Il faut rappeler que (Suite de l'article aux pages 10, 11, 12 et 14). »
Hayden jeta le magazine à l'autre bout de la place et se laissa tomber dans un fauteuil. Dans ses yeux brûlaient des larmes de rage. Trahi ! Malgré toutes ses belles promesses, Naïs l'avait trahi encore une fois ! Et encore à cause d'Ethan Potter ! Aucun mot n'était assez insultant pour les qualifier tous les deux, et pourtant les cris de haine et de colère se succédaient dans l'esprit d'Hayden. Il aurait voulu croire que tout était faux, que c'était impossible, que Naïs l'aimait, qu'elle l'aimait autant qu'il la haïssait désormais. Personne n'avait le droit de les séparer, personne ! Ils étaient les Angémons, c'était dans leur essence, ils devaient rester unis, il ne pouvait pas en être autrement !
Et pourtant ... Pourtant ...
D'un geste de sa baguette, Hayden matérialisa plume et parchemin et fit venir un hibou dans la petite salle. Ses mains tremblaient, des larmes roulaient sur ses joues et aveuglaient ses yeux, mais il ne s'en rendait pas compte et inscrivait sans réfléchir toutes les malédictions qui pouvaient exister. Il ne s'arrêta que lorsque le parchemin fut noir d'injures et de menaces haineuses, puis il sécha l'encre à l'aide d'un sort, plia le parchemin, l'attacha à la patte du hibou, et l'envoya aussitôt à l'adresse de Naïs, avec l'ordre de ne pas rapporter de réponse. Plus rien ne l'intéressait, à présent. Il se laissa tomber sur le sol, secoué de sanglots.
C'est ainsi qu'on le trouva deux heures plus tard. Un Médicomage qui travaillait avec lui l'aida à gagner une petite pièce inoccupée de l'hôpital et, après y avoir fait apparaître un lit, il y allongea Hayden et lui donna une potion de sommeil qui l'endormit en un instant.
— Hayden ?
Pas de réponse.
— Hayden, c'est Ben. Je suis désolé de te réveiller mais il faut vraiment que je te parle. Tu m'entends ? Cligne des yeux si tu m'entends.
Hayden cliqua des yeux.
— J'ai un message pour toi. Il vient de la part de ... du Médicomage à qui Naïs envoyait les bulletins de santé d'Ethan Potter.
— Et qu'est-ce que tu veux que j'en aie à faire !? rugit soudain Hayden. Va-t'en, laisse-moi !
— Hayden, je sais que tu ne veux pas en entendre parler, mais ...
— Je ne veux rien savoir !
— C'est Naïs, elle ...
— TAIS-TOI !
— Les Ruinés ont appris qu'elle avait soigné Ethan, et ils ont voulu se venger. Elle est contaminée. C'est sans espoir.
Je trouve que je suis en train de devenir une véritable experte en matière de psychodrame larmoyant. Allez savoir d'où ça me vient.
J'espère que vous avez apprécié de lire un long chapitre car, j'en suis sûre maintenant, le prochain est le dernier !
À part ça, j'espère aussi que dans l'absolu vous avez bien aimé ce chapitre
N'hésitez pas à me donner vos commentaires ou à me raconter votre vie.
Lily Evans 2004
PS : Au fait, je viens d'avoir une idée pour ma prochaine fic :)
