Chapitre 52
- Papa ?
Alan, qui se tenait devant la fenêtre, regardant pensivement à l'extérieur se retourna, plein d'espoir. Il eut un moment de déception en s'apercevant que l'appel ne venait pas, comme il l'avait espéré du lit de Don, mais de celui de Charlie qui, étendu à plat dos, avait les yeux fixés sur lui. Malgré tout, un franc sourire éclaira le visage du père.
- Charlie ! Comment vas-tu chéri ?
- Papa : qu'est-ce qui s'est passé ? Qu'est ce que je fais là ?
- Tu ne t'en souviens plus ?
- Non. Je me souviens avoir passé une journée plutôt calme et puis…
- On a tiré sur toi, Charlie.
- Quoi ? Mais comment ? Qui ? Pourquoi ?
- Attends, du calme d'accord ? Je vais t'expliquer.
Tout en parlant, Alan s'était assis dans le fauteuil toujours placé entre les deux lits. Mais, tandis qu'il parlait à Charlie, son regard revenait, malgré lui sur Don. Il y avait maintenant vingt-deux heures de passées : pas encore tout à fait la moitié du chemin ! Et aucune amélioration n'avait encore eu lieu dans l'état de son fils aîné. Il se sentait épuisé, à bout de force, n'ayant dormi que par intermittence sans plonger vraiment dans un sommeil réparateur.
- Papa !
- Oui, Charlie.
Le ton impérieux de son cadet l'obligea à fixer à nouveau son attention sur lui. Charlie regardait aussi en direction du lit et Alan s'attendait à l'entendre lui demander des nouvelles de Don. Mais au lieu de ça, le mathématicien dit :
- Explique-moi, je ne comprends pas.
- Tu ne te souviens vraiment de rien ?
Alan aurait tout donné pour n'avoir pas à être celui qui ferait revivre à Charlie l'épreuve qu'il venait d'endurer. Mais il savait aussi qu'il devait répondre à ses questions. Il s'étonnait cependant de son manque de réaction à la vue de son frère inconscient. Il aurait pensé que ç'aurait été sa première préoccupation. Peut-être était-il encore trop groggy pour prendre vraiment conscience des choses ? Peut-être au contraire avait-il déjà analysé la situation et conclut qu'il était inutile d'ennuyer son père avec des questions alors que la situation parlait d'elle-même ? Qui saurait jamais ce qui se passait dans la tête du génie ?
- De rien papa. J'ai besoin de savoir. Qui a tiré ? Pourquoi ?
Charlie s'aperçut qu'à nouveau son père regardait vers le lit voisin.
- Arrête de faire ça s'il te plaît !
- Arrête de faire quoi ?
Alan fixait de nouveau les yeux sur lui, sincèrement étonné.
- Ca ! Tu t'intéresses plus à lui qu'à moi ! C'est tout de même un comble ! C'est moi, Charlie, ton fils qui suis dans ce lit, blessé ! Et tu es sans arrêt tourné de l'autre côté !
- Charlie !
Alan était complètement abasourdi de cette réaction qui cadrait si peu avec la personnalité généreuse de son fils. Soudain il eut peur qu'il ne s'agisse d'une réaction due au traumatisme crânien. Dans l'une de ses nombreuses gaffes, Larry avait mentionné la possibilité d'un changement radical de personnalité suite à ce type de blessures. Est-ce que c'étaient les prémisses d'un tel changement qui s'amorçaient dans cette colère qui ressemblait furieusement à une crise de jalousie si peu dans le tempérament de Charlie, et d'autant moins lorsqu'il s'agissait de son frère ? Il avait en effet tellement l'impression de lui avoir trop souvent volé l'attention des autres durant leur enfance, qu'il était le dernier à s'offusquer de le voir être le centre d'intérêt, les rares fois où cela arrivait.
- C'est vrai quoi : je ne veux pas paraître m'accorder plus d'importance que je n'en mérite. Mais est-ce que c'est trop demander que de pouvoir bénéficier de ton entière attention durant quelques minutes. Tu pourras toujours t'occuper de cet étranger après. Il me semble que je devrais passer en priorité non ?
- Un étranger ?
Cette fois, Alan commençait vraiment à s'inquiéter. Est-ce que Charlie n'avait pas reconnu son frère ? Est-ce que son amnésie était plus grave qu'il n'y paraissait ?
- Ecoute, je vais appeler le médecin et…
- Je n'ai pas besoin d'un médecin papa ! J'ai besoin de comprendre ce qui s'est passé.
Charlie tenta de se redresser et Alan s'empressa auprès de lui pour l'obliger à rester allongé. Le mouvement avait déclenché une onde de douleur et le mathématicien ferma les yeux, le souffle court, tandis que son père faisait courir sa main dans ses cheveux pour l'apaiser.
- Ca va aller Charlie, respire ! Ca va passer.
Et soudain, tandis qu'il se tenait ainsi, à son niveau, Alan comprit : d'où il était, Charlie ne voyait pas le visage de son voisin de lit ! Il ne voyait qu'un corps, depuis la taille, recouvert de draps blancs, le haut étant masqué par le moniteur cardiaque. Un grand froid l'envahit quand il réalisa que Charlie n'avait pas identifié son frère. Il ignorait encore que celui-ci était dans le coma. Et ça allait être à lui de lui asséner l'horrible nouvelle. Alan ne savait pas s'il en aurait la force.
Il ferma les yeux un moment, cherchant à rassembler son courage. Il devait trouver les mots pour parler à son fils. Lorsqu'il rouvrit les yeux, il s'aperçut que Charlie le fixait, l'interrogation dans le regard :
- Papa ? Qu'est-ce qui se passe ? Qu'est-ce que tu as ?
- Charlie…
Alors qu'il cherchait encore les mots pour le mettre devant la réalité, le bip du moniteur de Don eut soudain un raté. Alan se figea. Charlie le fixait, sans comprendre pourquoi soudain son père pâlissait. Il sentait qu'il se passait quelque chose et s'énervait de ne pas comprendre. Quelque part dans son subconscient, il savait qu'un événement terrible s'était produit, événement qui avait abouti à son hospitalisation, mais il y avait aussi autre chose, un souvenir qu'il n'arrivait pas à faire émerger et qui le hantait, une angoisse diffuse qui s'accentua soudain en voyant le regard affolé qu'Alan portait sur le lit voisin alors que le bip du moniteur s'emballait soudain avant de faire place à une alarme lancinante.
Charlie n'avait pas besoin de voir l'écran pour savoir que, sur celui-ci, la sinusoïde était en train de se démultiplier à l'infini, indiquant que le cœur se contractait de façon anarchique. Il se sentit empreint de compassion pour son voisin mais, avant qu'il ait le temps de dire un mot, il vit Alan se lever, blafard et se précipiter vers le lit :
- Don, Don non ! Je t'en supplie mon ange ! Ne me fais pas ça ! Reste avec moi !
Don ? Mon ange ? Charlie porta la main à sa tête douloureuse. Est-ce qu'il devenait fou ? A moins que ce ne soit Alan qui avait saisi l'homme dans le lit voisin et tentait de le relever au moment où infirmières et médecins faisaient irruption dans la chambre.
- Monsieur Eppes, laissez-nous la place, ordonna l'infirmière. Reculez ! Laissez-nous nous occuper de votre fils !
Son fils ! Mais c'est moi son fils, songeait Charlie, ayant l'impression que son cerveau allait exploser sous la pression qu'il ressentait. A moins que… Non ! Non ! Il l'aurait su ! Il l'aurait senti !
Alan avait reculé le long du mur et restait figé, fixant désespérément le lit autour duquel on s'empressait avec des gestes pourtant calmes et mesurés.
- On va le choquer. Chargez à 200, reculez, on choque !
Un corps qui s'arquait sur le lit et retombait lourdement.
- Toujours en fibrillation. On charge à 250, reculez, on choque !
Don ? Son fils ? Les termes de l'équation commençaient à s'ordonner dans sa tête douloureuse. Il se dressa, malgré la douleur qu'engendrait ce simple mouvement. Il fallait qu'il voit, qu'il sache, qu'il s'assure de son hypothèse.
Le corps s'arquait de nouveau sous la décharge et, se redressant encore un peu, le mathématicien aperçut alors le visage blafard duquel sortait le tube débranché pendant qu'on le choquait, mais qui prouvait que le malade était sous respirateur. Un hurlement lui échappa :
- Don ! Non ! DONNIIIIE !
Le regard d'Alan se détourna alors de son aîné pour se porter vers Charlie, livide, en proie à un désespoir sans borne. Il fit un geste vers lui tandis que l'une des infirmières se détachait de Don pour s'approcher du mathématicien.
Soudain celui-ci retomba lourdement en arrière. L'infirmière se précipita :
- Docteur, il convulse !
- Bon sang ! Appelez le docteur Helssworth, vite ! Je ne peux pas lâcher celui-là !
Il enchaîna :
- On charge à 300, reculez, on choque !
Une troisième fois l'électricité courut dans le corps de Don. Une troisième fois la main du médecin remonta à la carotide pour prendre le pouls. Une troisième fois l'infirmière rebrancha le tube au respirateur.
Les bips accélérés firent soudain place à un sifflement continu :
- Asystolie ! adrénaline, vite !
L'infirmière tendait une seringue au médecin. Alan, affolé, ne sachant plus où donner de la tête, regardait la seconde équipe qui venait d'entrer et s'occupait de Charlie. Ses yeux allaient d'un lit à l'autre, sans discontinuer et il n'entendait plus les ordres qui se croisaient, s'entrechoquaient dans ce qui lui semblait un maelström incontrôlable. Et pourtant il devait bien y avoir dans cet affolement apparent un fil conducteur car soudain un calme étrange retomba sur la chambre.
- C'est bon, j'ai un pouls. Le cœur est reparti. On vérifie que ses points n'aient pas lâché, disait le médecin à sa droite.
- Ca y est, il se calme. Appelez le scanner : je veux son IRM maintenant, ordonnait celui à sa gauche.
Il les regardait, éperdu, ne sachant pas auquel poser d'abord les questions qui le taraudaient, ne sachant pas duquel de ses fils il devait s'enquérir en premier.
Les deux médecins dirigèrent alors leurs yeux sur lui. Le premier s'adressa à lui :
- C'est bon, nous l'avons stabilisé à nouveau. Tout danger semble écarté dans l'immédiat.
- Mais… ? s'enquit Alan qui avait bien senti la réticence dans le ton du praticien.
- Je ne vous mentirai pas monsieur Eppes : cette défaillance cardiaque au bout de vingt-quatre heures est mauvais signe, très mauvais signe. Jusqu'à présent nous pensions que l'état de votre fils était stable, mais il est évident qu'il se détériore au contraire.
- Qu'est-ce que vous essayez de me dire docteur ? Que mon fils est perdu ? C'est ça ? demanda-t-il d'une voix tremblante.
- Rien n'est jamais perdu monsieur Eppes. Simplement vous devriez vous préparer à ce que, peut-être, votre fils ne se réveille pas.
Il le regarda, horrifié :
- Vous croyez vraiment que je pourrais me préparer à quelque chose comme ça ? Vous le croyez vraiment ? C'est mon fils, mon petit garçon ! Alors jamais je ne pourrai accepter une telle chose, jamais !
- Je comprends. Excusez-moi, dit le médecin un peu contrit.
- Il peut encore s'en sortir non ?
Le ton d'Alan était suppliant.
- Bien sûr, tout espoir n'est pas perdu. Mais cette alerte est sérieuse, vous devez en être conscient.
- D'accord. Et pour Charlie ?
Il avait détourné la tête pour se concentrer sur l'autre praticien.
- Nous allons l'emmener passer une IRM. J'ai peur qu'il ne fasse un œdème cérébral.
- Pourquoi ? Il allait bien à ce que vous avez dit.
- En effet. Mais dans les cas de chocs violents au cerveau, on n'est jamais complètement sûr de l'évolution des choses. C'est d'ailleurs pourquoi nous l'avons gardé en soins intensifs.
- Et quand en saurez-vous plus ?
Une infirmière venait justement prévenir qu'on attendait le patient au scanner.
- Dans une trentaine de minutes monsieur Eppes.
Il fit un geste pour les accompagner.
- Non, restez-là, auprès de votre autre fils. Vous ne nous seriez pas utile de toute façon.
Trop sonné pour protester, trop déboussolé, trop fatigué par ce qui venait de se produire, il ne protesta pas. Lorsque les médecins et infirmières eurent quitté la chambre, poussant devant eux le lit de Charlie, un calme étrange tomba sur les lieux si animés quelques minutes avant. A nouveau on n'entendait que le bruit régulier du respirateur et les bips redevenus bien rythmés du moniteur cardiaque.
Alan se laissa glisser au sol, le dos toujours appuyé au mur. Il posa sa tête sur ses genoux, et là, pour la première fois depuis le début de ce cauchemar, il laissa couler ses larmes.
Au bout de quelques minutes, il se reprit et se releva. Il s'approcha du lit de Don, presque timidement. Il avait beau savoir qu'il était en vie, il avait peur de ce qu'il verrait en se penchant sur lui. Pourtant Don n'avait pas changé : il n'était ni plus, ni moins pâle qu'avant son alerte. Quiconque n'avait pas assisté à la scène aurait pu douter qu'elle s'était déroulée.
- Donnie, je t'en prie mon ange, je t'en prie… Bats-toi ! Tu ne peux pas me laisser. Charlie a besoin de toi. J'ai besoin de toi. Je t'en supplie.
Il chercha du regard le fauteuil que l'équipe soignante avait repoussé pour pouvoir se mouvoir autour du lit. Il le rapprocha à nouveau, s'assit et saisit la main de son fils dans les siennes. Il la porta à la bouche puis se mit à la caresser doucement.
- Repose-toi tant que tu veux chéri, mais reviens, reviens…
Il s'appuya au dossier du fauteuil et ferma les yeux quelques instants.
Ce fut le retour du lit de Charlie qui le tira de sa demi-torpeur. Il se dressa aussitôt. Le mathématicien était toujours inconscient. Il semblait tout à fait calme. Un instant il fut rassuré, puis, en croisant le regard du docteur Helssworth, son cœur se serra. Non ! Pas Charlie ! Pas lui aussi !
- Qu'est-ce qui se passe ? se contraignit-il à dire d'une voix blanche.
- L'IRM a détecté un œdème cérébral.
Il ferma les yeux une fraction de seconde, anéanti.
- C'est grave ?
Bien sûr que c'était grave, qu'est-ce qu'il croyait ?
- Oui. C'est sérieux en effet. Charlie a sombré dans le coma.
Un cauchemar, c'était forcément un cauchemar !
- Qu'allez-vous faire ?
- Il n'y a malheureusement rien d'autre à faire qu'à injecter des médicaments et à attendre que le cerveau dégonfle.
- Et si le cerveau ne dégonfle pas ?
Il le savait, bien sûr qu'il le savait, mais il devait l'entendre pour être sûr.
- Je suis désolée, mais il mourra.
Il prit une profonde respiration pour empêcher la panique qu'il sentait monter en lui de déferler.
- Mais si le cerveau dégonfle, il ira bien ?
- On devra attendre que l'œdème ait totalement disparu. Ensuite seulement on pourra évaluer les dommages éventuels.
- Les dommages éventuels…
Il n'en pouvait plus. Ses deux fils étaient dans le coma, aux portes de la morts. Et quand bien même ils y échapperaient, ils risquaient de n'être plus jamais comme avant. Comment vivre avec ce fardeau sur les épaules ?
- Buvez monsieur Eppes. Allons encore.
On appuyait un verre sur ses lèvres et il sentit un liquide s'infiltrer dans sa bouche. En même temps il ressentit une piqûre à la saignée du coude. Il ouvrit les yeux, ne se souvenant pas les avoir fermés et il s'aperçut qu'il était sur le lit de camp et qu'une infirmière lui faisait boire un verre d'eau tandis que le Dr Helssworth retirait la seringue avec laquelle elle venait de lui administrer un tonique.
- Ne bougez pas.
Elle posait son stéthoscope sur sa poitrine, écoutait les battements de son cœur puis prenait le tensiomètre que lui tendait l'infirmière.
- Bon, vous devez vous reposer monsieur Eppes, c'est impératif.
- Qu'est-ce qui s'est passé ?
- Vous avez fait un malaise. Ca n'a rien d'étonnant avec la tension à laquelle vous êtes soumis depuis avant-hier. Vous devriez rentrer chez vous pour vous reposer.
- Je ne laisserai pas mes fils.
- Vos fils sont entre de bonnes mains monsieur Eppes.
- Je ne les laisserai pas.
En voyant le front buté de l'homme, le médecin comprit qu'elle ne le convaincrait pas. A moins d'appeler la sécurité, elle ne se débarrasserait pas du père de famille. Et elle savait déjà qu'elle ne ferait pas appel à la sécurité : elle comprenait ce qu'il ressentait et ne pourrait pas agir ainsi. Elle capitula.
- D'accord. Vous pouvez rester ici, mais je veux que vous restiez allongé au moins cinq heures. Promettez-le moi.
Elle vit le regard de l'homme se porter alternativement sur chacun des lit où gisait l'un de ses fils. Elle sut aussitôt ce qui lui traversait l'esprit.
- Promettez-le moi monsieur Eppes ou je serai obligée de vous faire expulser. Nous avons déjà bien assez à faire dans ce service sans devoir nous occuper de vous en plus !
- D'accord. Vous avez ma parole, je ne bougerai pas.
- Bien.
Elle n'insista pas : elle savait qu'elle pouvait lui faire confiance. Il était d'une génération pour laquelle la parole donnée avait encore de la valeur. De toute façon, en plus du tonique pour soutenir le cœur, elle lui avait injecté un léger sédatif qui faisait déjà effet. Les yeux du vieil homme se fermaient et sa respiration se fit plus régulière. Satisfaite, elle le quitta, recommandant tout de même aux infirmières de jeter un coup d'œil sur lui de temps à autre.
Elle se dirigea ensuite vers la salle d'attente : comme elle s'y attendait, la femme de l'agent Eppes et le professeur dont elle n'avait pas retenu le nom étaient là. Elle s'avança rapidement vers eux et leur apprit les derniers événements. Il ne lui semblait pas trahir ainsi le secret médical puisqu'apparemment Alan Eppes était le premier à vouloir qu'ils soient au courant de l'évolution de l'état de santé de ses fils.
Robin et Larry furent atterrés de ces nouvelles. Larry fut particulièrement affecté à cause de sa bévue de la veille lorsqu'on avait parlé de transférer Charlie : un peu comme s'il lui avait porté malheur par ses propos inconsidérés. Robin eut beaucoup de mal à lui démontrer la stupidité d'une telle position.
La jeune femme obtint la permission de remplacer Alan au chevet des deux blessés, malgré le règlement interdisant plus d'un visiteur en même temps. Mais le Dr Helssworth était de celles qui pensaient que les règlements n'étaient bons que lorsqu'ils étaient humains. Et en l'occurrence, celui-ci devait être aménagé, dans ce cas précis, pour rester humain.
L'assistante du procureur entra dans la pièce où le silence impressionnant n'était troublé que par les appareils de survie auxquels étaient branchés les deux frères. Elle s'arrêta un instant auprès d'Alan endormi et remonta doucement la couverture sur lui. Puis elle s'assit entre les deux lits et prit dans chacune de ses mains la main de l'un des garçons.
- Maintenant les frères Eppes, vous allez m'écouter, dit-elle d'une voix qu'elle s'efforçait de rendre ferme. Vous avez intérêt à vous réveiller très vite parce que votre père ne s'en sortira pas sans vous. Plein de gens ne s'en sortiront pas sans vous. Et à titre personnel Don Eppes, je te signale que, si jamais tu me plantes là, je ne te le pardonnerai jamais. Sache, pour ta gouverne, que les assistants du procureur ont le bras long et que leur vindicte est redoutable !
Un sanglot lui monta à la gorge et elle fut incapable de continuer. Alors elle resta là, se contentant d'étreindre leurs mains qu'elle avait posées l'une sur l'autre.
(à suivre)
