Hello tous !

Je vous ai déjà dit que j'aime vos reviews ? Au cas où : j'aime vos reviews. Merci à Mana, Luckias, Emi, Neko Kirei, Nianafleur, Clélia, admamu, Zo, rockerapril, Almayen, Mimi et Selenia !

Merci pour vos premiers retours sur Le diamant et la perles !

Et merci, toujours, à ma chère bêta, Elie de mon coeur !

Bonne lecture :)


Chapitre 37

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Mycroft estimait qu'il en apprendrait bien plus par John à propos de Sherlock, que par le directeur. Il leva la main pour éviter l'homme quand ce dernier essaya de s'approcher.

« Je ne suis pas encore prêt pour vous, le tança-t-il en entraînant John vers l'extrémité du couloir où personne d'importance de les écouterait. Dis-moi ce qu'il s'est passé.

– Ce qui s'est passé, c'est que vous étiez censé arranger les choses mais que vous n'avez rien fait, l'accusa John.

– Je sais. J'ai… J'ai eu une conversation avec Sherlock pendant laquelle il a paru clair que Sherlock pense que je passe trop de temps à… arranger les situations.

– Oh, bordel. Tout ça, c'est à cause de Sherlock qui croyait que vous me payiez ?

Mycroft cligna des yeux.

– Tu es au courant de ça ?

– Il avait amassé tous ces indices pour prouver que c'était forcément vrai, comme si j'étais un foutu mystère qu'il essayait de résoudre.

– Bien sur que tu es un mystère qu'il tente de résoudre. Sherlock divise tous les éléments de sa vie en deux catégories : ce qu'il comprend, et ce qu'il est en train d'essayer de comprendre. De ce qui relève de la première catégorie, il se fiche complètement. Les choses de la secondes catégories ne courent pas les rues, et il se trouve que tu es l'une d'entre elles, John Watson. Pour des raisons qui, je l'avoue, ne m'apparaissent absolument pas clairement. L'idée que j'ai pu être assez malin pour te regarder et penser que tu serais capable de captiver mon frère autant que tu l'as fait est si ouvertement absurde que j'ai envisagé comme possible que sa logique soit faussée par mon… implication bien-intentionnée dans sa vie. C'était, semble-t-il, le mauvais moment pour faire preuve de laxisme.

– Il boude, dit John. Vous savez comment il est. La plupart du temps, il aurait vu notre séparation comme un défi, ça l'aurait gardé occupé, mais il s'était mis cette idée dans la tête et ça l'a paralysé sur place. En plus, il était malade, pour commencer, et on s'est fait surprendre par la pluie à Londres, samedi, et ça n'aurait vraiment pas dû me prendre tant de temps pour comprendre que quelque chose se passait mal. Je veux dire, vraiment mal, par opposition à ce qui est sherlockement normalement mal.

– Ce n'est pas de ta faute, dit automatiquement Mycroft, parce que John faisait partie de ces personnes qui avaient besoin d'entendre ce genre de choses. Que s'est-il passé, dimanche ?

– Rien.

– Pas un mot venant de Sherlock ?

– Non. J'ai entendu dire qu'il avait joué du violon jusqu'au milieu de la nuit.

– Et hier ?

– Il n'est pas allé en PD. Et il ne faisait plus de bruit, de ce qu'on m'a dit.

– Et aujourd'hui ?

– Je lui ai fait passer un mot ce matin, mais je ne pense pas qu'il l'a lu, et j'ai fait en sorte que quelqu'un lui amène de la nourriture en cachette, mais je suis sûr qu'il ne l'a pas mangée. Alors je suis allé chercher Lestrade pour voir s'il avait parlé avec lui, mais Lestrade s'est fait virer, comme vous le savez évidemment. J'ai appris que Dimmock était le nouveau tuteur de Sherlock, alors je suis allé le voir. Il a dit que Sherlock n'était allé à aucun cours et qu'il s'était pris des heures de colle de tout le monde. Il les a glissées sous la porte de sa chambre mais il ne l'avait pas vu, ce qui voulait dire que personne ne l'avait vu depuis samedi et qu'on ne l'avait pas entendu depuis que son violon s'était tu dans la nuit de samedi à dimanche. Dimmock a ignoré le fait que j'étais inquiet et je n'ai pas eu le droit d'entrer dans l'internat, alors j'ai déclenché l'alarme et j'ai forcé la porte de Sherlock, dans le chaos.

– Évidemment que tu as fait ça, dit Mycroft, cataloguant mentalement les infractions qu'il devrait couvrir.

– Et je l'ai trouvé… ben, en gros comme ça. Mauvaise toux, forte fièvre, tremblement et respiration rapide.

– Et tu as diagnostiqué une pneumonie.

– C'était assez évident, dit John en haussant les épaules, avant de croiser les bras, l'air déterminé : Bien, maintenant. Qu'est-ce que vous comptez faire à propos de tout ça ?

Mycroft le regarda en retenant un sourire. Honnêtement, il adorait traiter avec John. Il était franc et direct, simple à comprendre. C'était un tel soulagement.

– Que veux-tu que je fasse ?

– Je veux récupérer mon ancienne chambre. Je veux que tout revienne à la normale. Je veux que personne ne nous embête. Sherlock devrait reprendre ses études indépendantes, ça lui plaisait vraiment. Ils devraient reprendre Lestrade parce que Sherlock pourrait finir par réellement tuer Dimmock s'ils doivent travailler ensemble. Et ils devraient me dire où Gladstone a atterri.

– Gladstone ? Il a officié comme Premier ministre dans les années quatre-vingt puis il est mort en paix chez lui après une brève maladie.

John leva les yeux au ciel :

– Pas ce Gladstone-là. Le chien.

– Le nom du chien est… Gladstone ? voulut se faire confirmer Mycroft en levant les sourcils.

– Oui, répondit résolument John. On aime ce nom.

– Mes parents aussi, fit remarquer Mycroft. Tellement qu'ils me l'ont donné comme deuxième prénom. Vous avez nommé le chien d'après moi ?

– Quoi ? Non, j'avais des cours sur le Premier ministre… Votre deuxième prénom, c'est Gladstone ?

Mycroft estima que cette conversation ne les menait nulle part.

– Je suppose que tu voudrais que je m'occupe du chien ?

John hésita.

– Pas si vous ne voulez pas, j'imagine. Mais je me sentirais mieux si je savais qu'il est à un endroit où on prend soin de lui.

– Je me renseignerai sur le chien. John, et ta mère ?

– Quoi, ma mère ? se hérissa le garçon.

– C'est elle qui a insisté pour que Sherlock et toi soyez séparés. Si elle s'était positionnée comme moi à ce propos, malgré le plaidoyer du directeur, je ne pense pas que tu aurais été déménagé. L'avoir de son côté lui a donné du courage. Le fait que Sherlock a été laissé livré à lui-même dans sa chambre pendant trois jours avec une pneumonie et qu'on lui a permis de se déshydrater petit à petit me donne une marge de manœuvre beaucoup plus grande que samedi vis-à-vis du directeur. Mais si on te renvoie dans ton ancienne chambre, il sera obligé de prévenir ta mère et tu devras…

– Je m'en fiche, asséna John, férocement.

– Elle va…

– Je m'en fiche, répéta-t-il en insistant sur les mots. J'en ai marre qu'elle revienne dans ma vie qu'aux moments où elle a l'impression que…

John se coupa lui-même, avant de reprendre :

– Avec un peu de chance, elle aura trop bu pour que ça l'intéresse, quand il appellera, finit-il, amer.

Mycroft le regarda longuement, puis lui dit :

– Retourne avec Sherlock. Je vais vraiment régler ça, cette fois. Je te le promets.

John hocha une fois la tête, sèchement. Il eut le temps d'avancer de deux pas vers la chambre de Sherlock avant que Mycroft parvienne à faire sortir le mot d'entre ses lèvres.

– John.

Ce dernier s'arrêta de marcher et se retourna, les sourcils levés avec curiosité.

– Je suis désolé, dit Mycroft, gêné. De ne pas avoir… je suis désolé.

John ficha ses mains dans les poches de son uniforme scolaire.

– Je vais m'occuper de lui pour vous. Mais vous devez m'aider quand je vous le demande.

Mycroft hocha la tête, et John hocha la tête en réponse avant de se détourner pour rejoindre la chambre de Sherlock. Mycroft eut l'impression qu'ils venaient d'atteindre un accord important et primordial. Puis il tourna son attention vers le directeur qui tordait presque ses mains d'inquiétude.

– Mr Holmes, commença-t-il, et Mycroft prit plaisir dans le fait qu'il n'avait pas utilisé son prénom cette fois.

– Bien, bien. Il semblerait que mon frère ait été fort mal traité dans votre estimé collège. Gravement déshydraté au point de devoir être hospitalisé, tout ça parce que personne n'a pensé à vérifier qu'il allait bien, alors qu'il n'a pas été en PD de la journée parce qu'il était trop malade pour sortir de son lit ?

– Mr Holmes, bégaya son interlocuteur.

– Il me semble que vous pourriez avoir un procès sur les bras. J'ai une maîtrise en droit, vous savez. Il apparaît que ne pas s'être préoccupé d'un élève que vous saviez ne pas être allé en cours et qui avait été trempé par la pluie par-dessus une maladie est une nette négligence de la part d'Eton. Néanmoins, il est également envisageable de s'arranger, ce qui éviterait un scandale dans les journaux.

– J'imagine que vous souhaitez que John Watson revienne dans sa chambre, supputa le directeur. Oui, je suis d'accord, ça fait parfaitement sens…

– Et qu'on retourne à Sherlock ses équipements scientifiques. Et qu'il ait de nouveau ses études indépendantes. Les choses reviendront à la normale et personne ne dira un mot de cette affaire.

– Mrs Watson… commença le directeur, hésitant.

– Je m'occuperai de la mère de John. Laissez-moi gérer ça. Vous n'avez qu'à faire ce que je vous dis.

– Mr Watson réinstallé dans son ancienne chambre et votre frère en études indépendantes. »

L'homme hochait la tête avec tant de ferveur que Mycroft songea qu'elle était en danger de rouler par terre.


Mrs Hudson était dans la chambre de Sherlock quand John revint. John n'eut aucune idée de la raison pour laquelle elle avait pu y entrer sans l'autorisation de Mycroft. Peut-être simplement parce que c'était Mrs Hudson et qu'une armée ne l'aurait pas tenue hors de la chambre. Quoi qu'il en soit, elle était là, s'agitant autour de Sherlock qui avait l'air mi-contrarié mi-enchanté de son attention.

Elle enferma John dans une étreinte maternelle dès qu'il passa la porte.

« Oh John ! s'exclama-t-elle. Mon chéri. Comment peut-on te remercier assez ?

– Oh, je vous en prie, râla Sherlock et John put entendre les yeux levés au ciel dans sa voix. Ce n'est pas comme s'il m'avait trouvé en train de m'étouffer à mort ou qu'il m'avait fait un massage cardiaque ou quelque chose du genre. John, dis à tout le monde qu'on doit partir de l'hôpital maintenant.

Mrs Hudson avait enfin relâché John de son câlin. Il remarqua que Sherlock était assis au bord du lit, l'air d'être absolument certain que sa prochaine étape serait de sortir de la pièce dans l'instant.

– Quoi ? protesta John, ses sourcils se rejoignant. Tu n'es autorisé à aller nulle part jusqu'à ce que les médecins disent l'inverse.

– Non, on doit aller à Londres, insista Sherlock.

– Oui, bien sûr, vu comme tout s'est bien passé la dernière fois que tu m'as dit ça. J'ai dû déménager, on a perdu notre chien, Lestrade s'est fait virer et tu as chopé une pneumonie. Retourne au lit, maintenant.

Sherlock fronça les sourcils dans la direction de Lestrade.

– Vous vous êtes fait virer ?

– Oui, confirma Lestrade, la voix légèrement ironique.

– Qui est mon nouveau tuteur, alors ?

– Dimmock, informa John quand l'adulte haussa les épaules.

– Dimmock ! glapit Sherlock, en se tournant vers Lestrade. Je ne peux pas travailler avec Dimmock. Vous devez revenir.

– J'ai été viré, Sherlock. Ça veut dire que…

– Je sais ce que ça veut dire, l'interrompit Sherlock avec impatience. Mais vous ne m'écoutez pas. Je ne peux pas retourner à Eton si c'est Dimmock, mon tuteur. Mycroft, appela immédiatement Sherlock parce que son frère venait d'entrer dans la pièce. Tu dois remettre Lestrade à son poste.

– Je voudrais bien, mais il m'a demandé de ne pas interférer, répondit facilement Mycroft avant d'embrasser Mrs Hudson sur la joue. Bonjour, Mrs Hudson. Comment vous semble-t-il ?

– Je ne pense pas qu'il va mourir, répondit la femme, l'air un peu secouée par l'expérience malgré tout.

– Je suis dans la pièce, vous savez, s'immisça Sherlock, agacé. Et je vais bien. Depuis quand tu arrêtes d'interférer quand on te le demande ?

– Depuis que j'ai décidé que tes folles théories à propos de l'étendue de mon ingérence étaient possiblement en passe de te rendre fou.

Mycroft s'appuya avec élégance sur son parapluie.

– Ce ne sont pas des théories folles. Et puis peu importe. Je te demande d'interférer maintenant. Je dois récupérer Lestrade. Je ne retourne pas à Eton sans lui.

– Tu ne crois pas que tu devrais lui demander ce qu'il en pense ?

– Pourquoi ne voudrait-il par revenir à Eton ? demanda Sherlock, l'air totalement inconscient du fait qu'il pourrait ne pas être la personne avec laquelle il est le plus agréable de travailler.

Mycroft soupira et regarda Lestrade :

– Sherlock est actuellement en position de demander au directeur tout ce qu'il veut. Il semblerait que, ce qu'il veut, c'est que tu redeviennes son tuteur. Es-tu disposé à le faire ?

Lestrade observa Sherlock pendant un moment.

– Tu ne t'enfuiras plus d'Eton sans que je le sache et que je t'en aie donné l'autorisation expresse ?

Sherlock considéra l'option. Son index tapotait contre ses draps.

– Vous appellerez le Sergent Donovan à propos de Carl Powers ?

– Oui. Quand les médecins te laisseront sortir. Et si tu pars de toi-même à Londres pour la voir ou enquêter tout seul ou tout autre chose, je ne l'appellerai plus pour quoi que ce soit à ta demande.

– Et si vous venez à Londres avec nous ?

– Je n'ai aucune objection à cette proposition, informa Mycroft.

– Très bien, on a un marché. dit Lestrade après un moment, avant de se tourner vers son amant. Va me récupérer mon travail.

Mycroft inclina la tête pour signifier son accord et quitta à nouveau la chambre en balançant son parapluie.

– Clostridium botulinum, John, dit Sherlock, l'air très satisfait de lui-même.

– C'est quoi, ça ?

– C'est l'arme du crime. Pour Carl, et aussi pour la victime du studio de film.

– Du botulisme ? dit John. Mais… pourquoi ?

– Aucune idée. Ça a du sens au moins pour Carl Powers, c'était facile de l'injecter dans son système à travers la crème corticoïde. Mais c'est un moyen tellement propre et beau de commettre un meurtre, pour celui des studio… Pourquoi bouger le corps de la scène de crime, le découper et le recouvrir de sang de mouflon arménien ? À sa place d'origine et vu l'incompétence de Scotland Yard, personne n'aurait jamais suspecté un meurtre.

– Peu importe, dit John. Quel est le lien entre Carl Powers et le type du studio ?

– Il y en a obligatoirement un, affirma Sherlock en se recouchant dans son lit, le regard levé au plafond. Clostridium botulinium. C'est tellement spécifique. Presque comme laisser une carte de visite. C'est au-dessus du lot. Ces deux meurtres étaient tous les deux au-dessus du lot, de façon totalement inutile. Pour envoyer un message ? Possible. Nous aurions besoin du code pour le décrypter, par contre. Ou alors ça pourrait simplement être un frimeur. Un type qui fait ça juste parce qu'il le peut.

– Tu sais, fit remarquer John, ça aurait du sens que les deux meurtres soient connectés d'une façon ou d'une autre. Ça expliquerait qu'on se soit fait poursuivre sur les toits. On a tourné autour de ces deux meurtres, on doit avoir l'air d'une menace.

– Attendez, coupa Lestrade. C'est quoi cette histoire de poursuite sur les toits ?

– Rien, trancha Sherlock en envoyant un regard noir à John.

– On s'est fait poursuivre par quelqu'un, après qu'on a parlé à la mère de Carl.

– Par qui ?

– Si on le savait, répondit sèchement Sherlock, on vous le dirait. De toute façon, c'est pour ça qu'on doit parler avec le Sergent Donovan. C'est une affaire policière d'importance.

– Ça peut attendre que tu ailles mieux, nuança Lestrade.

– Et si le tueur botulique frappait à nouveau ?

– Tu penses que c'est vraisemblable ?

– On ne sait jamais, répondit Sherlock, solennel.

Lestrade soupira, résigné.

– Très bien, je vais téléphoner au Sergent Donovan et lui expliquer ta théorie mais tu vas rester dans ce lit jusqu'à ce que les docteurs disent que tu vas mieux, et tu ne courras pas à Londres après ça, jusqu'à ce que je te dise que c'est bon.

– Ce n'est pas une théorie. J'ai raison. Je sais que j'ai raison. Un tueur botulique, répéta Sherlock en se frottant les mains de jubilation. Brillant. »


L'arrangement d'un rendez-vous avec la mère de John devint compliqué dès lors qu'il fallut trouver une heure à laquelle Mycroft pouvait estimer qu'elle serait raisonnablement sobre. Le frère de Sherlock ne voulait pas qu'elle oublie la conversation qu'ils auraient. Il estima que l'heure la mieux appropriée à un rendez-vous sobre était le matin, ce qui nécessitait d'obtenir l'information qu'elle avait passé la nuit chez elle.

Raison pour laquelle Cynthia Watson, le premier matin où elle s'éveillait dans son propre appartement depuis que Sherlock avait été admis à l'hôpital, trouva Mycroft assis dans son salon.

Elle se figea et regarda Mycroft, sa bouche s'ouvrant et se fermant comme celle d'un poisson, pendant bien plus de temps qu'une personne sans gueule de bois en aurait eu besoin. Mycroft se demanda si elle expérimentait la même capacité limitée à penser que les poissons. Il se demanda combien de temps il la laisserait happer l'air en le regardant avant de décider de commencer à parler. Compter jusque cinq-cents, ce serait bien.

Il atteignait soixante-douze quand elle parvint à éructer :

« Vous !

– Bonjour, dit-il dans un sourire tendu. Bien que je doive dire que vous n'avez pas l'air très bien. Dépêchez-vous de prendre votre premier verre de la journée, s'il le faut. Nous avons à discuter et je suis quelqu'un de très occupé.

Elle enregistra ses mots avec une lenteur comique, ses yeux se transformant en deux fentes.

– Comment vous êtes rentré ici, bordel ?

– Cela ne vous regarde vraiment pas.

– Ça ne me regarde pas ? Comment vous êtes entré dans mon appartement, ça ne me regarde pas ? Vous savez, votre frère aussi est entré par effraction dans mon appartement.

– Il semblerait donc que vous ayez besoin de meilleurs verrous, Mrs Watson. Asseyez-vous ou prenez un verre, décidez-vous, je n'ai pas le temps pour ça, dit Mycroft, sa voix claquant.

Elle leva le menton et tira une des chaises dépareillées coincées sous la table à manger surchargée.

Mycroft alla droit au but :

– John jetait l'alcool, n'est-ce pas ? Il s'assurait qu'il n'y en ait pas ici ? C'est pour ça que ça n'a jamais été aussi loin avant. Ne prétendez pas que c'est la mort de votre mari qui vous a dévastée à ce point. Peut-être que John vous excuse de cette façon, dans sa tête, mais nous savons tous les deux que la seule chose que vous avez remarqué à la mort de votre mari, c'est l'afflux d'argent que cela vous a amené. Et cela vous a débarrassé de John, aussi. John est le genre de personnes dures à décevoir. J'ai été témoin de ce phénomène de mes propres yeux. John se débarrassait de l'alcool, emportait le bain de bouche, et vous récupérait dans des bars, et vous ne pouviez que le laisser faire à cause de cette force implacable qui le caractérise, mais il est parti et regardez-vous, à présent. Ce n'est pas le genre de choses qu'on dit à voix haute, mais vous êtes soulagée de ne pas avoir à lui faire face à la table du petit-déjeuner, ces jours-ci, n'est-ce pas ?

Son visage était fixe et de marbre mais elle ne paraissait pas vouloir lui répondre quoi que ce soit. Elle n'avait probablement aucune idée de ce qu'elle pouvait dire.

– Harriet, quant à elle… Quelle fille intrigante. Elle est intelligente, vous savez. Ses notes étaient très bonnes. Un avenir brillant devant elle. C'était ce que tout le monde disait. Personne ne le disait de John. Ce n'est pas le genre de chose que les gens disent à propos des John de ce monde. Ils ne pensent pas à John. Ils parlent plutôt de « gentillesse », de « dévouement », de « force de travail », de « détermination » et de « sympathie ». « Douceur », est un mot qui revient souvent. Ils ne parlent pas de « futur brillant », ils réservent ça aux personnes comme Harriet. Le problème, c'est que pour les personnes comme Harriet, ça fait soit un brillant futur, soit de terribles catastrophes. Il n'y a pas d'entre-deux, et vous la laissez pourtant tituber le long d'un chemin catastrophique.

Elle lécha ses lèvres tremblantes et obligea une voix basse à passer sa gorge :

– Quand John était à la maison…

– Ce n'était pas son travail, répliqua sèchement Mycroft. C'était le vôtre. Pour autant que je puisse dire, John est plus intelligent que le reste de sa famille réunie. Il veut un futur brillant, il y tient terriblement et il l'obtiendra. Vous ne l'en empêcherez pas. Je sais tout sur vous et j'ai la possibilité de vous détruire avec ces informations. Tous ces secrets que vous tentez de noyer dans l'alcool, croyez-moi, je les connais tous. Je sais que votre part de l'argent a été dépensée et je sais parfaitement d'où vient celui qui vous permet de continuer à boire, et la moindre petite chose sordide que vous avez faite. J'ai essayé d'être gentil avec vous. C'est fini, à présent. Je dois m'assurer que vous compreniez bien : ne pas prendre ceci très au sérieux serait la pire erreur que vous pourriez commettre.

Elle le fixa. Ses mains tremblaient sur ses genoux et elle les pressa ensemble. Mycroft estimait qu'elle avait terriblement besoin d'un verre.

– Je ne comprends pas ce que vous voulez, dit-elle finalement.

– Restez loin d'Eton. Il y est heureux et ça marche bien pour lui, là-bas. Laissez-le tranquille. Il fera ce qui lui plaira, il ira à la faculté qu'il désire et vous ne le gênerez pas.

– Vous voulez que… que j'abandonne mon fils ? demanda-t-elle avec virulence.

– Rien ne me ferait plus plaisir que si vous ne l'abandonniez pas. Cependant, comme vous l'avez effectivement déjà abandonné, je ne vois pas qu'elle pourrait être votre objection. Voilà ce qu'il va se passer. Vous allez entrer en cure de désintoxication. Harriet également. Quand elle aura fini sa cure, je m'arrangerai pour qu'elle bénéficie de cours dans une bonne et respectable école. Quand vous aurez terminé votre cure, vous pourrez si vous le souhaitez contacter John, mais si vous faites quoi que ce soit pour saboter son passage à Eton, je serai les sept plaies d'Égypte pour vous. Il mérite d'avoir son année et vous le lui devez. Vous pourriez, si vous le souhaitez, appeler la police pour prévenir que vous avez eu une effraction mais ils ne m'arrêteraient jamais. Je ferais disparaître tout ça en un claquement de doigt. Gardez ça en tête et n'essayez pas de me faire du tort.

Mycroft se leva en tirant sèchement sur son manteau pour l'ajuster, puis saisit son parapluie.

– J'enverrai quelqu'un pour vous emmener en cure de désintoxication cet après-midi. Je vous souhaite une bonne journée. »

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À suivre


Merci d'être toujours là !

Et à la semaine prochaine ! :D

Nauss