Je veux dédier ce chapitre à Frodounette, et l'assurer de toute mon amitié. J'envoie également de gros bisous à ma 'famille' du net, et merci à celles qui continuent de me lire et de me reviewer…
La suite sera disponible bientôt…
Chapitre 32 : Continuités
Emyn Arnen, décembre de l'an 21, quatrième âge
Eowyn s'occupe elle-même de son bébé, qui vient d'avoir trois semaines. Le petit Mardil, cependant, semble ne s'être que peu remis de sa naissance difficile et prématurée, il est apathique, pleure peu et peine à se nourrir. Eowyn reçoit beaucoup d'aide de ses filles, qui ont adoré leur petit frère dès le premier regard, surtout Eolain, car elle est encore faible…
Elle vient de changer le lange de son fils, et l'enveloppe ensuite dans les vêtements blancs et le manteau qui le protègeront contre le vent aigre d'hiver durant le voyage jusqu'à Minas Tirith. En effet, aujourd'hui aura lieu le baptême officiel du petit prince d'Ithilien, en présence du roi, de sa famille et des dignitaires. En effet, le petit prince a juste été ondoyé à sa naissance, mais la tradition veut qu'il soit baptisé par le roi lui-même en présence des princesses et des dignitaires. Dans la chambre attenante se prépare Faramir, qui achève de fixer la broche qui maintient en place le manteau blanc qui est l'insigne de sa charge d'Intendant. Il prend ensuite sa baguette blanche en main, et entre dans la pièce où Eowyn enfile sa robe…
Il vient déposer un baiser sur son épaule et demande :
" Es-tu sûre que tu veux venir ? Tu es encore faible… "
Eowyn acquiesce et répond :
" Oui, je me sens assez bien, ne t'inquiète pas… "
Eolain, assise non loin de là et déjà habillée, tient son petit frère dans ses bras, et le berce doucement pendant que sa mère achève de se préparer. Faramir s'approche d'elle, et lui dit :
" Tout cela me rappelle tant de souvenirs…il me semble voir ta mère avec Aragorn-Theoden, il y a tant d'années de cela. Elle était à peine plus âgée que toi, tu sais… "
Eolain sourit à son père, et lui dit :
" Et dans quelques années je me tiendrai là, moi aussi, avec mon propre enfant, qui sera à peine plus jeune que Mardil… "
L'ironie de la situation fait sourire l'Intendant, qui vient prendre son fils des bras de sa fille et lui sourit. Eolain se lève alors avec souplesse, replace d'un geste machinal le tissu de sa robe verte au tombé fluide, et aide sa mère à finir de se préparer…
Rohan
Eldarion, levé de bon matin, s'étire sur le seuil de sa tente quand il voit Arador arriver en courant, le sourire aux lèvres, habillé de façon très sommaire et les cheveux encore en bataille. Eldarion baille puis lui demande avec un sourire :
" Qu'est-ce qu'il t'arrive ? "
Arador manque renverser son ami et lui arracher le bras alors qu'il lui dit joyeusement :
" Ma mère a accouché, j'ai une petite sœur ! "
Eldarion sourit à son ami et lui dit :
" Félicitations, tu es frère aîné toi aussi ! Comment l'ont-ils prénommée ? "
Arador annonce cérémonieusement, comme s'il s'agissait d'un trésor :
" Eledhwen Elenwë Arwen…c'est moi qui avais suggéré le troisième prénom, en l'honneur de ta…de la reine… "
Eldarion sourit largement, et dit :
" La reine en sera honorée, j'en suis sûr… "
Arador rayonne littéralement, et Eldarion pense qu'il a bien mérité à présent d'avoir une vie de famille stable, même si celle-ci arrive au moment où il va atteindre sa majorité. En effet, comme il est de tradition dans les royaumes en exil, depuis Nùmenor, la majorité est acquise lorsqu'on atteint vingt-cinq ans, et Arador aura vingt-cinq ans au mois d'août de l'année suivante, tout comme Meneldil. Il est à présent un peu plus grand qu'Eldarion, mais la carrure est la même, ainsi que les yeux bleus et les cheveux sombres, caractéristiques de la noblesse originaire d'Arnor. Son visage est cependant plus marqué par la vie au plein air que celui du prince, mais, ce matin, les yeux bleus brillant de joie ensoleillent le visage du jeune homme…
Eldarion lui demande :
" Tu iras bientôt voir ta petite sœur et ta mère, je suppose ? "
Arador secoue la tête :
" Non, pas de permissions pour l'instant, tu sais ce qu'a dit Arbarad…tant qu'on a besoin de nous ici, nous restons tous. "
Eldarion acquiesce et dit :
"Je sais…ma fiancée vient d'avoir un petit frère, et je lui ai écrit que je ne pourrai assister au baptême, comme il était prévu. "
Arador demande alors :
" Il est enfin né ? Comment l'ont-ils appelé ? "
Eldarion sourit et dit :
" Mardil, comme le premier Intendant de la maison d'Anàrion qui régna… "
Cette conversation quelque peu frivole a le don de leur faire oublier pour un instant toute cette désolation qui se trouve non loin d'eux, tout ce qu'ils ont vu ces dernières semaines, ces peuples démunis de tout qu'ils ont aidé du mieux possible…Eldarion, bien qu'habitué à présent à des spectacles d'horreur, a bien failli plusieurs fois perdre son sang-froid devant tout ce qu'il a vu ici, des corps démembrés, en voie de décomposition plus ou moins avancée, ces enfants orphelins qui pleurent…
Il s'est très vite remis des blessures qu'il a reçues en sauvant un enfant emporté par le fleuve de boue qui a dévasté une partie du Rohan, mais ses côtes le font encore un peu souffrir. Pourtant, il refuse de ménager sa peine, conscient de sa chance…
Certains des peuples ici ne parlent encore que le rohirric, et il bénit Eomer de lui en avoir appris les rudiments autrefois. Il peut donc se faire comprendre assez aisément, et aide les autres Rangers en les aidant eux aussi à se faire comprendre. Il est vrai que les Rangers sont rompus aux différents langages parlés sur la Terre du Milieu, l'Ouestrain, le Sindarin, le Quenya, mais beaucoup moins au rohirric, qui est cependant un idiome dérivé de l'Ouestrain.
Eomer est retourné à Edoras depuis quelques jours, mais un de ses maréchaux est resté pour le représenter et servir d'intermédiaire entre les populations locales et les Rangers. En effet, bien qu'ils soient ici sur ordre du roi de Gondor, ils n'en sont pas moins des étrangers à la région, et ils éveillent chez certains rohirrim de la méfiance…
Arador dit alors :
" Il est temps d'aller travailler, nous sommes attendus… "
Eldarion acquiesce, et, enfilant sa tunique de cuir et sa cape, suit son ami pour aller prendre leurs ordres auprès d'Arbarad en tant que chefs d'unité. En effet, comme son père est encore auprès de sa mère, Arador le remplace à la tête de son unité…
Minas Tirith
Les dignitaires affluent vers le palais où va avoir lieu sous peu le baptême du petit Mardil. Eladiel, qui a veillé à l'habillement des jumelles, ajuste sa couronne sur sa tête d'un geste machinal tout en réfléchissant. Elle sent que Primula est soucieuse, elle a dû sentir que quelque chose allait arriver grâce à ses pouvoirs, mais Eladiel n'a pas pris le temps de se pencher sur sa vasque pour en savoir plus. Elle a confiance en son amie, et se tiendra également sur ses gardes pour l'aider le cas échéant…
Ajustant sa robe de velours gris, elle appelle :
" Primula ! Es-tu prête ? "
Primula, qui achève de se préparer dans sa chambre, sort en étrennant, toute fière, une création originale de sa mère. Le modèle en est résolument hobbit, mais le tissu est de manufacture elfique, plus fin encore que les velours gondoriens que porte Eladiel. La robe est composée de deux parties, l'une, une chemise à manches mi-longues, fabriquée dans un tissu plus fin de couleur beige, et l'autre, une sorte de chasuble sans manche faite dans un tissu elfique bleu du plus bel effet, qui rappelle la couleur des yeux de Primula.
La jeune hobbite a entremêlé des rubans dans ses cheveux sombres, mais, au contraire des rubans colorés dont elle orne sa chevelure habituellement, elle a choisi cette fois des rubans d'or et d'argent qui illuminent ses cheveux d'ébène. Eladiel, ravie de voir son amie si jolie, ajoute cependant :
" Je sais ce qu'il te faut… "
Elle ouvre un coffret de lebethron qui se trouve sur sa coiffeuse, et en sort un fin cercle de mithril, presque invisible. Seul le rend visible la perle poire qui retombe au milieu du front. Doucement, pour ne pas faire bouger le savant édifice de tresses et de rubans, elle pose le cercle sur la tête de son amie avec un sourire…
Eladiel a choisi de rajouter cette touche princière parce que Primula est la fille du Porteur de l'Anneau, personnage hautement estimé dans toute la Terre du Milieu, et la princesse aînée a voulu ainsi mettre à l'honneur son amie…
En sortant du carrosse qui les a amenés d'Emyn Arnen, Eolain prend bien garde de protéger son petit frère contre le froid qui règne, puis le donne à sa mère. Après elle sortent Aragorn-Theoden et Boromir-Eomer, immensément fier car il été choisi pour être le parrain de son propre frère. Le jeune prince d'Ithilien, qui aura treize ans dans quelques jours, a beaucoup grandi, et l'on peut distinguer dans son regard grave un regard particulier sur le monde, inusité pour un adolescent de cet âge. En effet, seul de la famille de l'Intendant, il a hérité d'une soif de savoir qui ressemble à celle qui animait son père autrefois, son père si versé dans le savoir de l'ancien temps mais qui dut museler son être profond pour devenir le guerrier souhaité par son père. Bien sûr, il a été encouragé dans cette voie par ses parents, qui ont remarqué ses capacités particulières à apprendre vite n'importe quelle écriture. Le jeune prince, s'il n'en fait pas état, aime à mettre ses capacités au service de l'archiviste du palais pour lire certains vieux manuscrits. Toujours traité en petit dernier de la famille, il est ravi de la naissance de son petit frère car il peut enfin ressentir ce dont ses frères et sœurs lui parlent depuis si longtemps, la fierté d'être frère aîné, de protéger et d'aider un plus petit que soi. Cette fois, on a définitivement cessé de le traiter en l'enfant qu'il n'est plus.
Le vent fait bouger les boucles châtain clair du jeune prince, et son regard gris indéchiffrable se pose sur la façade du palais…
Près de lui, Aragorn-Theoden marche pensivement. Sa cape de velours vert se soulève au vent hivernal qui s'engouffre, mais il n'en a cure, son esprit est tout entier tourné vers Eladiel, la dame de ses pensées. Il ne l'a pas revue depuis quelques semaines, étant en mission avec son père à Minas Ithil, mais c'est comme s'il ne l'avait pas quittée, elle a été présente en lui, il suffisait qu'il pense à elle pour que son visage lui apparaisse nettement et que tout élément négatif s'efface.
Avoir appris qu'il avait été conçu avant le mariage de ses parents l'a secoué sur le coup, mais maintenant il n'y accorde plus d'importance car il n'y a aucun doute possible sur sa filiation, comme le lui a fait remarquer son père. Tout en lui rappelle Faramir : ses cheveux châtain clair frisottants, ses yeux bleu-gris, certaines mimiques, ainsi que son caractère profond et secret. Aragorn-Theoden se livre peu, a un caractère calme et accomplit toujours correctement son devoir, quel qu'il soit et quoi qu'il doive lui coûter. Il perd rarement son calme, mais, quand il le fait, c'est sous le coup d'une forte émotion, comme celle qui a lui a fait avouer ses sentiments à Eladiel.
Le futur Intendant soupire imperceptiblement. Chaque fois qu'il se retrouve devant Eladiel, il a des difficultés à rester lui-même, comme si sa maîtrise s'en allait en fumée, et il déteste cela. Pourtant, il ignore comment aller contre ce sentiment si fort, comment le maîtriser, et cela l'énerve encore plus. Comment oser demander au roi la main de sa fille aînée dans ces conditions ?
Pour l'occasion, il a choisi de revêtir une tunique offerte par son oncle Eomer, verte et rouge, en velours soigné, mais sur sa poitrine s'étalent les armes de sa famille. Il préfère ces couleurs vives au noir et argent du Gondor, et cela fait ressortir la pâleur de son teint, héritée de sa mère. Cette élégance discrète lui convient bien, et reflète bien la discrétion de son caractère…
La famille royale et les dignitaires attendent le couple princier d'Ithilien devant les fonds baptismaux traditionnels. Eowyn de Gondor se tient devant ses sœurs, car elle a été choisie pour être la marraine du petit Mardil. Sam et Rosie, accompagnés d'Elanor, sont debout à côté d'Elessar et d'Arwen. En effet, Sam est un personnage important aussi bien par ses fonctions de maire que par ce qu'il fut par le passé l'un des Porteurs de l'Anneau, et le roi a insisté pour qu'il se tienne auprès de lui. Primula, rayonnante dans ses beaux atours, est debout près d'Eladiel.
Eowyn tient Mardil dans ses bras, et Faramir le lui prend des mains pour le présenter au roi, comme le veut la tradition. Le souverain considère un moment le minuscule visage qui se découpe sur les linges blancs et demande :
" Faramir, Intendant de Gondor, Prince d'Ithilien, comment voulez-vous nommer cet enfant qui vient de vous naître ? "
Faramir répond d'une voix égale, qui ne trahit par son émotion :
" Mardil Ecthelion Faramir… "
Il a déjà vécu ce genre de cérémonie quatre fois, mais l'émotion l'étreint comme la première fois, lorsqu'il avait présenté Aragorn-Theoden tout juste né au roi qui venait, quelques jours auparavant, d'être père lui aussi. Pourtant, il sait que ce n'est pas la même tout à fait, il craint pour son dernier fils, si fragile, dont la petite vie peut s'éteindre comme la flamme d'une bougie soufflée par le vent. Eowyn s'avance auprès de lui, et il s'apaise un instant, sachant tout ce qu'elle a donné pour que Mardil puisse naître. Elle pose un instant son bras sur le sien, et il sent une fraîcheur bienfaisante se diffuser dans tout son corps, une onde de calme qui l'apaise instantanément.
Près des fonds baptismaux sont posés des linges, ainsi que l'huile sacrée des rois, utilisée pour les baptêmes des membres de la famille royale et des princes du sang. Faramir, bien que non apparenté de près au roi, est néanmoins considéré comme un prince du sang.
Eowyn dénude alors le torse du bébé, et Faramir le positionne au-dessus de la grande vasque de pierre alors que Boromir-Eomer et Eowyn de Gondor posent aussi leurs mains sur le corps de l'enfant. Le roi prend alors une petite phiale en terre cuite et verse par trois fois l'eau sacrée que contient la vasque sur le front du bébé hurlant. Il prend ensuite le flacon d'huile, et marque avec sa main le front du bébé en disant la phrase rituelle en quenya :
" Mardil Echtelion Faramir, fils de Faramir et d'Eowyn, prince et princesse d'Ithilien, sois le bienvenu dans ce monde que tu illumines par ta venue. Que les Valar veillent sur toi tout au long de ta vie et qu'ils t'accordent longue vie ! "
Mardil pleure moins fort à présent, il se contente de geindre dans les bras de son père. Soudain, il se met à s'agiter et cette agitation devient vite des convulsions. Les yeux de l'enfant se révulsent et il se tord en tous sens…
Eowyn attrape son fils, mais ne parvient pas à calmer les convulsions qu menacent vite la vie du bébé. Primula s'approche alors, et lui dit :
" Donnez-le moi ! Vite ! "
Eowyn obéit, et, une fois dans les bras de Primula, le bébé se calme et cesse de s'agiter alors que la jeune hobbite ferme les yeux, plongée dans une intense concentration alors qu'apparaît autour d'elle un halo argenté, signe de son pouvoir. Mardil alors reprend sa teinte rose normale, et se calme avant de tomber dans un bienheureux sommeil. Primula, devenue très pâle, tend alors le bébé à la princesse en disant :
" Il est sauvé… "
Eladiel remarque qu'elle tient à peine sur ses jambes, que sa respiration est haletante et ses narines pincées. Elle sait que les pouvoirs de guérison de Primula lui demandent beaucoup d'énergie, et cela ne l'étonne guère. Pourtant, Primula parvient à se maintenir sur ses jambes au prix d'un violent effort, et regarde Eladiel avec un sourire. La princesse lui rend son sourire, lui pose la main sur l'épaule et Eowyn s'avance vers la hobbite :
" Vous avez sauvé la vie de mon fils, nous vous serons éternellement redevables… "
Et elle s'incline respectueusement, ainsi que Faramir et tous les membres de la famille de l'Intendant, suivis par tous les assistants à la cérémonie, alors que Mardil émet un léger gazouillis pour la première fois de sa courte existence, complètement remis….
Un peu plus tard, Eladiel regagne ses appartements, et trouve Primula endormie dans un fauteuil. Celle-ci s'est retirée un peu plus tôt, mais elle était tellement épuisée qu'elle n'a pas eu la force d'atteindre sa chambre. Doucement, Eladiel la soulève et va la porter dans sa chambre avant de lui retirer ses chaussures et de la recouvrir de sa couverture…
La journée a été épuisante, pleine d'émotions, mais elle n'a pas sommeil, son esprit et son corps sont en éveil et pleins d'agitation. Une fois de plus, Primula a fait preuve de l'efficacité de ses pouvoirs en sauvant la vie du petit Mardil, et Eladiel l'admire beaucoup de pouvoir aider les gens ainsi. En effet, à quoi servent ses pouvoirs à elle, sinon à rendre encore plus floue sa perception du monde déjà difficile ? Pourtant, plus que tout autre, Eladiel sait que tout pouvoir est à double tranchant et demande à celle qui le détient énormément de contrôle, le pouvoir de guérison de Primula en est un bon exemple, elle lui paye un lourd tribut. En plus de cela, elle fait régulièrement des cauchemars, dont elle-même a pu avoir un aperçu de l'intensité précédemment, et souffre de ne pouvoir rien y faire. Quant à son pouvoir de divination par l'intermédiaire de sa grand-mère, elle n'en parle jamais, mais Eladiel devine bien ce qu'il lui coûte de porter sur ses épaules tout cela…Cependant, c'est cela qui a sauvé la vie du petit Mardil, car la tension de Primula étant sans aucun doute provoquée par sa connaissance de ce qui allait arriver.
Eladiel soupire : que sont ses propres pouvoirs à côté de la charge de Primula ? Grâce à son ami, qui l'a guérie des troubles causés par l'adaptation de son corps à l'évolution de ses pouvoirs, elle ne ressent plus aucun mal physique, mais n'a pas l'impression de contrôler davantage ses pouvoirs de prémonition.
Elle enlève sa couronne qui pèse sur sa tête et dénoue ses cheveux d'ébène qui croulent en vagues sombres sur ses épaules de lait. Elle se change ensuite, et revêt une robe d'inspiration elfique faite dans un tissu léger bleu clair et retenue aux épaules par deux broches. Elle aime, dans l'intimité du palais, se vêtir comme elle le faisait à Imladris, de ces robes éthérées qui ressemblent à celles que portait sa mère autrefois et qui mettent en valeur ses formes sans néanmoins les dévoiler…
Ainsi mise à l'aise, elle s'aperçoit que le sommeil la fuit encore. Drapant un léger châle sur le tissu de sa robe, elle sort alors de ses appartements pour se rendre au seul endroit où elle sait que l'apaisement viendra : le jardin d'hiver, lieu de prédilection de sa mère. Elle se sent bien au milieu des plantes depuis son enfance, fait transmis par sa mère…
Elle marche légèrement, de sa démarche d'elfe, comme si elle ne posait pas pied à terre, et ses sandales de cuir ne font pas de bruit sur le sol dallé. Seul le froissement du tissu de sa robe trouble le silence qui règne dans le palais…
Elle s'arrête alors qu'apparaît Aragorn-Theoden, qui marche droit devant lui, l'air préoccupé. Il semble sortir d'un songe quand il aperçoit la princesse, et il lui dit, tout en s'inclinant :
" Je ne pensais pas vous trouver ici, Altesse… "
Eladiel dit alors :
" Je ne parvenais pas à trouver le sommeil… "
Le regard bleu d'Eladiel plein de bonté se pose sur le futur Intendant, et elle lui dit doucement :
" Vous ne devez plus craindre pour la vie de votre frère… "
Aragorn-Theoden détourne son regard gris et dit :
" Ce n'est pas lui qui me soucie, il survivra sans aucun doute… "
Il n'ose dire ce qui le préoccupe, mais Eladiel le comprend immédiatement : il a des doutes sur lui-même, sur sa capacité à succéder à son père, mais aussi sur ses capacités à devenir à son tour un mari et un père…
Eladiel pose doucement la main sur son bras, et ressent cela, non comme un afflux douloureux de pensées confuses, mais, pour la première fois, comme quelque chose de doux, qui ne la fait pas souffrir. Elle regarde le futur Intendant et lui dit avec un léger sourire énigmatique :
" Vous deviendrez l'Intendant quand le temps en sera venu, mais pas encore maintenant… "
Son regard bleu semble le transpercer, et il reste figé alors qu'elle achève :
" Acceptez enfin de voir dans le miroir de votre cœur, et vous apprendrez beaucoup… "
Elle a parlé d'une voix monocorde, la voix qu'elle a lorsqu'elle a une vision, mais cela n'effraye pas Aragorn-Theoden qui soutient le regard de la princesse. Eladiel semble revenir à la réalité, le regarde et achève :
" Vous voyez, vous n'avez rien à craindre… "
Eladiel ne comprend pas pourquoi elle se sent soudain si calme, si apaisée, mais que son cœur bat si rapidement. Le regard gris d'Aragorn-Theoden ne quitte pas le regard de la princesse, et, sans qu'ils s'en rendent compte, leurs mains s'entrelacent…
L'intimité entre eux est si grande à cet instant qu'elle occulte tout le reste, il n'y a plus qu'eux et ce qui éclot à cet instant, ce sentiment qui couve entre eux depuis des mois. Alors, doucement, leurs lèvres se rapprochent, puis se rejoignent…
Rohan
Les feux du campement des Rangers déchirent la nuit profonde, mais beaucoup d'entre eux dorment déjà, épuisés par le travail accompli. Eldarion, qui attend Arbarad pour lui faire son rapport, nettoie soigneusement Eärendil, même s'il n'est pas besoin de beaucoup frotter, le métal elfique se salit peu…
Une voix dit alors derrière lui :
" Attends-tu aussi Arbarad ? "
C'est Meneldil, qui rentre de mission un peu plus loin, dans les montagnes. Le jeune Ranger est encore vêtu de sa tunique de cuir, et ses bottes sont boueuses. Eldarion sourit au cousin de son père et lui dit :
" Pas eu trop de difficultés ? "
Meneldil s'assied, se sert une tasse de la fameuse boisson aux plantes des Rangers dont il boit une gorgée avant de dire :
" Moins que ce que je pensais, nous avons été mieux perçus qu'ici. Tout est presque entièrement terminé, là-bas… "
Il enlève sa cape de tissu épais et ses bottes et soupire d'aise en tendant ses pieds au feu. Il demande alors à Eldarion :
" Tu as des nouvelles de ta famille ? "
Eldarion sourit et répond :
" Oui, tout le monde va bien, aux dernières nouvelles…Mère s'est totalement remise, et ils ont baptisé le nouveau petit prince d'Ithilien, Mardil. "
Il ignore encore ce qui s'est passé au baptême de Mardil, car la lettre que lui a écrite Eolain ne lui est pas encore parvenue. Meneldil répond alors :
" Tout est bien, alors… "
Pourtant, Eldarion, avec son instinct de demi-elfe, sent que son ami a quelque chose sur la conscience, dont il n'ose pas parler. Il décide alors de l'aider :
" Tu sais, ma famille aimerait que tu reviennes de nouveau avec moi à la prochaine permission, mes sœurs jumelles t'ont adoré…enfin, cela m'a permis de leur échapper un instant en tant que victime préférée. "
Ce trait comique fait doucement rire Meneldil qui répond :
" Il est vrai qu'Elsea et Elya ont de l'énergie à revendre, et je comprends que tu sois leur victime favorite, cela se voit qu'elles t'adorent… "
Eldarion sourit et dit :
" Depuis qu'elles savent marcher elles n'ont eu de cesse de me poursuivre dans mes moindres faits et gestes…j'avais quatre ans quand elles sont nées, mais je m'en souviens très bien. Cependant, la seule personne qu'elles craignent vraiment, en dehors de nos parents, est notre sœur aînée, elles croient qu'elle peut voir à travers elles… "
Meneldil demande alors d'un air détaché :
" En parlant d'Eladiel, il y avait une jeune personne qui l'accompagnait, petite de taille. Qui était-ce ? Je n'ai jamais vu personne ainsi…elle m'a dit son nom : Primula Sacquet. "
Eldarion, tout en passant doucement un chiffon sur Eärendil qui reflète les flammes du feu, répond :
" Pourtant, tu as déjà vu des personnes de sa race, quand nous sommes passés à Bree…Primula est une hobbit, et elle est la fille du Porteur de l'Anneau, personnage important s'il en est. Eladiel et elle se connaissent depuis l'enfance, elles ont le même âge… "
A la lueur qui s'est allumée dans le regard du Ranger, l'instinct d'Eldarion lui confirme que ce qu'il a pensé est juste. Meneldil, malgré son calme apparent, trahit son attirance pour Primula. Cela explique ses accès de rêverie fréquents ces derniers temps…
Pourtant, Meneldil ne relève pas ce qu'Eldarion vient de lui dire, il n'a manifestement pas envie d'en parler, et continue d'un air détaché :
" Ah, je ne savais pas qu'il existait des Hobbits différents de ceux que nous connaissions… "
La Comté étant interdite aux humains par décret du roi, cette ignorance ne surprend pas Eldarion, qui respecte cependant le silence de son ami sur le sujet. Il lui en parlera plus tard, s'il le sent réceptif, mais préfère pour cette fois ne pas insister…Il reprend sur un ton léger :
" Alors, te voilà prince du sang ? "
En effet, le roi vient de publier un décret recréant le statut de prince du sang, tombé en désuétude avec la chute de la royauté gondorienne. En font partie les membres indirects de sa famille, c'est à dire les trois sœurs de sa mère qui sont encore en vie ainsi que leur descendance, dont font partie Arbarad et Meneldil, ainsi que les descendants des sœurs d'Arathorn, qui ne sont plus que trois. Eldarion ne connaît pas cette partie de sa parenté, ni certains des cousins et petits-cousins de son père, mais trouve justifiée la mesure qui les concerne, reconnaissance royale pour tant d'années de loyaux services car nombre d'entre eux ont combattu et ont protégé l'Arnor et le Gondor. Elessar a pensé le faire depuis longtemps, mais il a fallu de longues années de recherches pour les retrouver tous, c'est chose faite à présent…
Meneldil grimace :
" Je me serais bien passé de cet honneur, je suis heureux comme je suis, cela ne change pas fondamentalement ma vie, mais je suis redevable au roi de ce qu'il a fait pour nous…je suppose que tu ne connais pas toute notre parenté, n'est-ce pas ? "
Eldarion secoue la tête :
" J'en ignore une grande partie, en effet…on m'a fait apprendre les rois de jadis, mais on m'a peu parlé de ma propre famille encore en vie à ce jour. "
Meneldil, alors, explique d'un air complaisant :
" Des descendants de Dirhael, il ne reste à présent que trois sœurs, Miriel, Niniel, qui est la mère d'Arbarad, et Gloredhel, ma mère. Des petits-cousins, il y a Valandil et Erendis, qui sont enfants d'Eledhwen, décédée à ce jour , ainsi que Sirion, Nerdanel et Aradan, qui sont enfants de Miriel. Je ne les connais pas tous, car certains se sont exilés loin de l'Arnor, dans les royaumes elfes, dit-on… "
Cela n'étonne pas Eldarion, car il sait que depuis très longtemps les gens de sa famille et de sa race ont des rapports avec les Elfes. Il regarde Meneldil et lui dit :
" J'aimerais bien les connaître un jour… "
Meneldil lui jeta un regard indéchiffrable et dit :
" Ne dis pas cela…certains d'entre eux sont hostiles à ton père, on ne sait pourquoi, et on dit même qu'ils se seraient alliés avec les forces de l'ombre autrefois. "
Eldarion frissonne, et dit :
" Mon père le sait-il ? "
Meneldil secoue la tête :
" Cela je l'ignore… "
Eldarion dit alors :
" Alors tu vas le lui écrire, et il fera le nécessaire… "
Meneldil acquiesce et gagne sa tente, laissant le jeune prince interloqué assis devant le feu, son Evenstar serrée dans ses mains, comme si elle pouvait le protéger du mal…
A SUIVRE
