− Je crois que tu as largement remporté ton pari, commenta Lily.

La première édition de La Gazette de Poudlard n'en finissait pas de faire parler d'elles. Les uns, enthousiastes, la considéraient déjà comme un trésor inestimable et s'imaginaient volontiers faire le Gros Plan après avoir élucidé une enquête, sauvé un ou une camarade d'un accident ou d'un guet-apens. Plus pragmatiques, d'autres jugeaient le premier numéro très satisfaisant, mais préféraient quand même attendre la prochaine édition pour évaluer aussi concrètement que possible le programme de Harry. Néanmoins, une chose était certaine : Harry avait gagné une certaine popularité, mais également des ennemis.

En réalité, tous les malveillants de Poudlard observaient désormais Harry avec beaucoup de méfiance, d'hostilité et d'intrigues. Lily connaissait ces regards qui ne présageaient rien de bon : un jour, une semaine ou deux – voire même un mois –, ils annonçaient un méfait inévitable. Cependant, une rumeur de plus en plus persistante chassa progressivement la menace pesant sur Harry : une rumeur selon laquelle les Serpentard connaissaient une maigre crise interne, opposant plus particulièrement Morphée Deadheart à Carlton Inn.

− C'est qui, celui-là ? demanda Harry quand la rumeur leur parvint.

− Un sixième année et l'un des fidèles lieutenants de ses camarades de septième année, répondit Marilyn. Il n'est pas très doué en matière de duel, mais il sait très bien tricher. Son père est potionniste, alors il a accès à toute une gamme de potions très utiles qu'il verse souvent dans l'assiette ou dans le gobelet de son futur adversaire. A mon avis, il est déjà en train de regretter d'avoir provoqué Deadheart en duel…

− Qu'est-ce qui te fait dire ça ? s'étonna Mary.

− Deadheart ne mange jamais dans la Grande Salle.

Evènement notable, la présence de Deadheart au petit déjeuner. C'était la première fois depuis le début des cours que le nouveau Serpentard s'était présenté dans la Grande Salle, mais il n'y était guère resté longtemps – à peine plus de cinq minutes, en tout cas.

− On sait ce qu'il s'est passé ? demanda Elena.

− Pas vraiment, admit Mary. Comme toujours avec les rumeurs, elles ont tendance à être transformées à chacune de leurs transactions. Hannah a entendu dire que Deadheart aurait insulté les Serpentard de « branleurs », mais ça reste à vérifier. En tout cas, on raconte que les amis d'Inn ont parcouru le château de long en large pour mettre la main sur Deadheart – probablement pour l'attaquer –, mais qu'ils ne l'ont trouvé nulle part.

Lily lança un regard en biais à Harry, visiblement très – trop, même – intéressé par le duel annoncé. Cet intérêt la laissait quelque peu perplexe, cependant. Ce n'était pas d'y assister qui paraissait focaliser toute son attention, il s'agissait de tout autre chose. Comme s'il soupçonnait quelque chose de se dissimuler derrière cet affrontement.

Elle ne lui posa aucune question. Comme convenu avec Elena, les trois jeunes femmes feraient preuve d'une très grande discrétion quant à leurs interrogations sur leur nouvel ami. Comme disait la Massalienne, « aucune de ses réponses ne le révélera mieux que ses actes ! » La méfiance à peine dissimulée d'Elena à l'égard de Harry faisait beaucoup réfléchir Lily et Marilyn, qui se demandaient si la Massalienne ne s'était pas « rapprochée » de lui sans avoir une idée derrière la tête.

C'était d'ailleurs une chose assez récurrente et frustrante : Elena comme Harry, les nouveaux Gryffondor avaient le don pour comprendre ou soupçonner des choses qui échappaient totalement à Lily et à Marilyn. Lorsque Harry avait « annoncé » qu'il s'intéressait à La Gazette de Poudlard, Elena avait affirmé que Harry avait un plan, qu'il ne se portait pas candidat par « passion du journalisme » et que « son objectif final est bien plus grand qu'il ne le laisse croire. Apprendre le courage, jouer la transparence, défier les 'Piliers' actuels… Ce ne sont que des petits bouts de ficelle appartenant à une corde ! »

Etrangement, plus elle les connaissait, plus Lily trouvait des similitudes entre Harry et Elena. Ils paraissaient être aussi intuitifs, intelligents, compétents, soupçonneux et méfiants l'un que l'autre. Elena elle-même reconnaissait une « étrange mentalité Massalienne » chez Harry, mais elle ne s'attardait jamais sur le sujet. A l'évidence, faire part de certains secrets de Massalia à ses nouvelles amies ne la dérangeaient pas, du moment que ces secrets n'en disaient pas « trop » sur l'éducation suivie par les anciens Massaliens.

− On sait où aura lieu le duel ? demanda alors Harry.

− Non, répondit Mary d'un air déçu.

− Il ne faut pas compter sur Inn pour révéler cette information, ajouta Marilyn. Ca ramènerait trop de témoins, et ça handicaperait ses amis pour intervenir si les choses tournaient mal pour lui. De toute façon, Lily déteste qu'un Gryffondor quitte la tour après le couvre-feu !

Lily eut un sourire. A entendre Marilyn, cet argument faisait loi, imposant à Harry l'interdiction formelle – voire, inviolable – d'essayer de quitter la tour Gryffondor après le couvre-feu.

− Alors, si Lily déteste ça, je ne peux que me soumettre à sa volonté, dit Harry.

− Elle veut aussi que tu me fasses un strip-tease, tu sais ? mentit Marilyn d'un ton très naturel.

− Oui mais, ça, ça ne risque pas de nous faire perdre des points si je lui désobéis, objecta-t-il, amusé.

Marilyn se renfrogna légèrement et croqua à pleine dents dans une pomme de terre, l'air boudeur. Sa moue avait, malheureusement pour elle, aucun pouvoir sur le nouveau Gryffondor qui continua à manger tranquillement.

− Tu es sûre que les potes d'Inn n'ont pas trouvé Deadheart ? lança Elena à l'adresse de Mary.

− C'est ce qu'on dit, répondit celle-ci, surprise. Pourquoi ?

− Parce qu'il en manque deux.

Portant aussitôt son attention vers la table de Serpentard, Lily repéra rapidement Carlton Inn, qui conversait avec le plus grand sérieux avec ses camarades de sixième année. A côté, les septième année écoutaient avec intérêt, se regardant d'un air étrange par moments, tandis que la colère durcissait lentement les traits de leur lieutenant. Les nouvelles n'étaient visiblement pas bonnes.

− Vous pensez qu'ils ont trouvé Deadheart ? s'enquit Marilyn.

− Non, répondit Elena, c'est Deadheart qui les a trouvés. Si les potes d'Inn avaient trouvé le Diable, on en aurait entendu parler car il y aurait sûrement des sortilèges échangés. L'absence d'incidents, toutefois… c'est l'une des spécialités de Morphée.

− Il les a neutralisés, tu crois ? demanda Lily.

− A n'en pas douter, assura Elena d'un ton léger. L'attitude d'Inn n'est pas typique de Poudlard, nous avions des lâches de la même espèce. Quand l'un d'eux, convaincu de pouvoir vaincre Deadheart, le provoquait en duel, ses amis chargés d' « assister » au combat disparaissaient sans laisser la moindre trace, se retrouvaient à l'infirmerie pour une raison ou une autre, étaient pris en flagrant délit de « promenade nocturne », etc. En d'autres termes, ce soir, Inn apprendra à ses dépens qu'on ne sous-estime pas le Diable.

− Du moment que Deadheart ne le malmène pas trop… dit Lily.

− A ta place, je ne compterai pas là-dessus, intervint Harry.

Les quatre jeunes femmes tournèrent la tête dans sa direction, même si Elena parut moins intriguée que les autres par l'affirmation de leur camarade.

− Qu'est-ce que tu veux dire ? lança Mary.

− Elena me contredira si je me trompe, dit Harry, mais je pense que le duel n'est pas une provocation d'Inn, mais de Deadheart. A mon avis, Deadheart a délibérément cherché le conflit pour passer à une nouvelle étape du plan qu'il a préparé, à savoir prendre le contrôle de Serpentard.

− Inn n'est qu'un pion… objecta Mary.

− Mais à force d'écarter les pions de son chemin, Deadheart finira bien par atteindre les « pièces maîtresses ». La moindre victoire jouera en sa faveur. Sa réputation gagnera, mais la menace qu'il représente aussi. En battant les pions, il opposera les « maîtres de Serpentard » à faire face à un choix : l'affronter pour prouver qu'ils contrôlent toujours leur maison, ou faire profil bas et être discrédités.

Elena observa attentivement Harry d'un œil calculateur.

− Comment, sans jamais lui avoir parlé, tu peux connaître sa stratégie ? interrogea-t-elle.

− Parce que je connais bien mieux Serpentard que tu ne le soupçonneras jamais, déclara Harry. Deadheart était le « maître » de Massalia, il possédait une notoriété et un pouvoir qui lui font aujourd'hui défaut à Poudlard. Or, un Serpentard qui n'a pas de pouvoir, il n'a que trois choix : obéir, s'imposer ou se révolter. S'il choisit de désobéir, il lui faudra en payer le prix. Et personne n'est à l'abri d'une erreur d'attention, pas même Deadheart.

Elena scruta longuement Harry, apparemment très intéressée par ses propos. Elle se garda néanmoins d'exprimer la moindre approbation ou une quelconque protestation qui auraient pu étayer ou démentir l'opinion du nouveau Gryffondor. Indéniablement, les deux nouveaux Lions étaient des personnes très atypiques, mais seules Marilyn et Lily semblèrent en avoir conscience. Car Mary reprit la parole comme si les paroles de Harry n'avaient pas eu de véritable intérêt :

− Et pourquoi parles-tu d'une « nouvelle étape » ? interrogea-t-elle.

Lily n'était pas certaine qu'apporter une explication, même erronée, à Mary était une bonne idée. Outre la quasi-impossibilité de la blonde de garder pour elle les informations entendues dans une conversation « privée », Harry risquerait d'attirer une attention peu sympathique de Deadheart. Si le jugement de Harry était correct, comment le Massalien réagirait-il en apprenant que ses manigances secrètes – mais soupçonnables – avaient été révélées ?

− Parce qu'avant de tenter quelque chose, il faut connaître le terrain sur lequel on s'apprête à agir, dit Harry.

− Et dans un langage normal, ça signifie quoi ?

− Que les trafics du Diable vont reprendre, répondit Elena d'une voix détachée.

− Tu veux dire… qu'il va faire à Poudlard ce qu'il faisait à Massalia ? s'étonna Mary.

Marilyn roula des yeux d'un air exagérément las, mais Lily la comprenait parfaitement. Depuis que les absences nocturnes de Deadheart de la salle commune de Serpentard, et la révélation qu'aucun de ses camarades ne l'avait déjà vu dans leur dortoir, presque tout le monde avait soupçonné le Massalien de préparer quelque chose – et ses anciennes activités clandestines avaient rapidement rejoint la tête de la liste des manigances possibles.

Lily ne doutait pas un seul instant qu'à Poudlard, Deadheart trouverait d'innombrables clients fidèles. Se livrer à de nouvelles expériences était presque une tradition : à l'approche des examens de fin d'année, une palette aussi impressionnante que ridicule de « produits miracles » apparaissaient dans les couloirs en prétendant améliorer les mémoires, la concentration, etc. Si Deadheart proposait des marchandises clandestines et donc, illégales, tout un régiment d'élèves se feraient un plaisir de s'y essayer – et même, de les adopter.

− Qu'est-ce qu'il compte vendre ici ? s'intéressa Mary. Ce qu'il vendait à Massalia ?

− J'en doute, répondit Elena. Certains produits existaient grâce aux serres de Massalia. En outre, la médiatisation dont il a fait l'objet aura suffit à convaincre ses anciens collaborateurs à ne plus traiter avec lui. Même innocenté, Deadheart reste dans le collimateur du ministère de la Magie à cause de son nom. Je pense plutôt que le Diable a dédié son été britannique à créer une nouvelle gamme de produits et à se faire des connaissances pour acheminer tout ça à Poudlard.

Lily lança un regard en biais à Harry, qui écoutait d'une oreille distraite. A l'évidence, il était lui-même venu à la conclusion d'Elena bien avant que la discussion ne commence, mais Lily s'inquiétait surtout de ses projets quant à ces informations. Un article sur les manigances de Deadheart intéresserait probablement Poudlard, les élèves et le corps professoral, mais il risquerait d'apporter de sérieux ennuis au nouveau rédacteur-en-chef. Pour l'heure, il ne paraissait pas avoir l'intention d'écrire une ligne sur ce sujet…

Néanmoins, le jeune homme l'intriguait de plus en plus. Son analyse de la mentalité Serpentard était plus fidèle à la réalité que celle qu'en ferait quelqu'un comme Mary. Pourtant, malgré les quelques « pantins » des Serpentard qui l'avaient attaqué, Harry n'avait pas encore été véritablement confronté à la maison rivale. Détail curieux, s'il avait fait appel à Elena pour le contredire pendant son soupçon sur le véritable « provocateur » du duel, il n'avait pas cherché à demander à Lily ou Marilyn de le corriger dans son discours sur la mentalité Serpentard.

Après le repas, les élèves prirent machinalement la direction de leur salle commune respective dans un brouhaha de pas et de conversations. Jetant un dernier regard vers Carlton Inn, Lily constata que la disparition de plusieurs de ses amis ne l'avait pas encore dissuadé d'affronter Deadheart. La présence de Mulciber et d'Avery à ses côtés expliquait cependant bien des choses : les deux septième année encourageaient probablement leur cadet à ne pas se dégonfler, lui assuraient sûrement qu'il avait toutes ses chances.

A l'évidence, le duel intéressait énormément Mulciber et compagnie et, comme toujours, ils préféraient rester en retrait pour mieux observer. Harry en avait été le parfait exemple : pour le dissuader de prendre le contrôle de La Gazette de Poudlard, les Serpentard avaient manipulé des élèves pour attaquer le nouveau Gryffondor, alors que les choses auraient sûrement été très différentes s'ils s'étaient eux-mêmes occupés d'agresser Harry. La faiblesse des Serpentard était leur ego démesuré : il ne leur viendrait jamais à l'esprit que quelqu'un d'autre qu'eux puisse être une « menace ».

− Quelles sont les chances de Carlton, à ton avis ? demanda-t-elle à Harry.

− Infimes, répondit-il en montant l'escalier de marbre. Si Deadheart cherche effectivement à prendre le contrôle de Serpentard, il frappera fort dès le début.

« Si » ? répéta Lily, intriguée. Tu n'es plus sûr qu'il veuille prendre le contrôle ?

− Il faut toujours prévoir une alternative à une certitude, déclara Harry. Comme je l'ai dit à Elena, je n'ai fait que soupçonner la stratégie de Deadheart et, même si je crois avoir raison, il est tout à fait possible que je me trompe.

Lily hocha lentement la tête.

− Tu penses qu'il pourrait faire exprès de perdre ?

− Ce n'est pas inenvisageable, admit Harry. Je dois reconnaître, toutefois, que je ne vois pas très bien quel intérêt il aurait à se laisser vaincre par Carlton.

De retour dans la salle commune, ils montèrent brièvement dans les dortoirs récupérer leurs sacs de cours pour se rejoindre près de la cheminée, dans les fauteuils confortables. Assez fière d'elle, Lily avait réussi à mettre tout le monde d'accord pour passer au moins une heure chaque soir à faire les devoirs, dont la quantité et la complexité croissaient à chaque cours. Si Elena ne rencontrait toujours aucune difficulté notable, Harry paraissait avoir plus de mal à réussir les exercices donnés par les professeurs McGonagall et Flitwick.

Après quelques minutes, cependant, Lily réalisa qu'elle éprouvait de grandes difficultés à rester concentrée sur le devoir de métamorphose. Elle qui avait critiqué vertement la manie de ses camarades à se battre en duel, n'aurait pas été mécontente d'assister à celui opposant Carlton à Deadheart. Ce n'était pas par inquiétude, ni curiosité : il s'agissait d'autre chose, d'une sensation très étrange et totalement inconnue.

− Heu… Lily ?

Toutes les têtes tournèrent d'un même mouvement vers un garçon de quatrième année, qui rougit furieusement.

− C'est p-pour toi, bredouilla-t-il en tendant un parchemin.

Dès qu'il eut lâché le parchemin, il s'enfuit presque. Légèrement déconcertée, Lily le regarda disparaître derrière la porte menant aux dortoirs des garçons, puis s'intéressa au petit rouleau. Brisant le sceau d'un coup de baguette magique, elle le déroula et reconnut instantanément l'écriture ronde et élégante de Dumbledore :

Lily, je vous prie de bien vouloir me retrouver à mon bureau dès que vous aurez reçu ce message. Dumbledore.

− T'as fait des bêtises ? demanda Marilyn en lisant par-dessus son épaule.

− Pas que je sache, dit Lily.

− Qu'est-ce qui se passe ? lança Harry, curieux.

− Dumbledore veut que je le retrouve dans son bureau.

Quelques regards s'échangèrent, mais Lily se désintéressa totalement de celui de Mary qui ne cherchait qu'à être informée du motif de cette convocation pour pouvoir la colporter dans Poudlard. Plus intéressante, le froncement de sourcils d'Elena laissait deviner que la Massalienne soupçonnait quelque chose mais, devant Mary, elle n'osa pas en parler. Harry, tout aussi malin, paraissait avoir la même idée en tête qu'Elena mais se garda bien d'en dire le moindre mot.

− Tu ferais peut-être mieux d'y aller tout de suite, suggéra Elena.

Apparemment, elle aussi interprétait le message de Dumbledore comme une « invitation urgente ». Abandonnant ses devoirs, ses amis et son fauteuil, Lily se faufila par le trou aménagé dans le mur et franchit le portrait pour se lancer dans le labyrinthe de couloirs conduisant jusqu'au bureau directorial.

Que pouvait bien lui vouloir Dumbledore ? Elle l'ignorait, mais une boule se forma dans son ventre tandis qu'un désagréable sentiment s'immisçait dans son esprit. Le ministère de la Magie ne la recherchait-il pas, le jour de la rentrée ? Sûrement avait-il estimé qu'il était grand temps qu'il l'interroge sur les évènements survenus en août, à la maison de ses parents… A moins que la nouvelle soit pire encore : et si le Culte de l'Ombre, à présent informé qu'elle était en possession du collier, s'en était pris à ses parents pour la faire chanter ?

Lily frissonna à cette pensée.

Lily ?

L'intéressée sursauta légèrement et se retourna, mais le couloir était complètement vide. Et merde, grogna-t-elle, en portant une main à sa baguette magique pour s'en saisir. Entendre son prénom et ne trouver personne était une situation délicate car, deux solutions s'imposaient : soit c'était une preuve de folie, soit le « lever de rideau » des manigances que réservait un groupuscule de pervers de Poudlard. Et Lily, malgré l'inquiétude de l'entretien avec Dumbledore, doutait de subir suffisamment de pression pour se mettre à entendre des voix inexistantes.

Ne demeurait qu'une seule explication : un gang des Vicieux. Comme annoncé à Elena, ils étaient rares et lents à organiser leurs méfaits, ce qui n'avait pas empêché trois filles, l'année dernière, de tomber dans leurs pièges. Les Vicieux étaient quasi-impossibles à identifier – il y en avait tellement ! – et curieusement, personne ne cherchait à les démasquer. Les trois victimes de l'an dernier, dont une était toujours scolarisée, n'avaient même pas essayé de se plaindre auprès des professeurs de leurs mésaventures, estimant sans doute que ce serait humiliant.

Lily ?

Lily porta son regard sur un couloir perpendiculaire, les sourcils froncés. La voix qui l'appelait était inconnue, et difficile à identifier. Féminine ou masculine, elle paraissait éloignée mais parvenait sans peine jusqu'aux oreilles de la jolie rousse, qui s'avança prudemment vers l'angle du couloir en retenant son souffle. Si les Vicieux étaient réellement derrière toute cette mascarade, alors les filles de Poudlard avaient du souci à se faire : leurs méthodes paraissaient non seulement plus élaborées et, à l'évidence, ils avaient choisi de s'en prendre cette année aux plus « inaccessibles ».

Atteignant l'angle du couloir, Lily inspira profondément. Tout le monde savait que les Vicieux comptaient sur la surprise : même en « s'annonçant », ils avaient toujours trouvé le moyen de détourner l'attention de leurs cibles pour les prendre à revers et obtenir ce qu'ils voulaient. Consciente de ça, Lily se récita plusieurs fois l'attitude à adopter : rester vigilante, ne pas se laisser surprendre, observer l'environnement. Trois règles défendues par Julie Samson qui, du temps où elle était encore à Poudlard, s'était illustrée en déjouant une manigance des Vicieux, et en attrapant deux d'entre eux.

Retenant son souffle, Lily bondit à l'entrée du couloir en levant sa baguette magique pour la pointer sur… elle ? Les yeux de Lily s'écarquillèrent lentement tandis qu'elle prenait conscience qu'elle ne menaçait pas un vulgaire miroir, mais bien une personne lui ressemblant en tous points. La seule différence était la chevelure : blond-blanc et si fine qu'elle en paraissait vaporeuse, la crinière de son sosie encadrait un visage identique au sien, quoiqu'un peu plus mât.

Le sosie sourit, le regard torve.

Bonjour, Lily, lança l'inconnue.

Sa voix était la même que celle entendue par Lily. Ni masculine, ni féminine, aisément audible mais étrangement lointaine. Le regard de la jolie rousse, cependant, se porta rapidement sur un éclat écarlate suspendu au-dessus de la chemise de nuit démodée de la jolie blonde : une sphère d'un rouge étincelant était accroché autour de son cou par une chaîne en or. Un collier que Lily connaissait bien, pour l'avoir elle-même autour de la nuque à cet instant précis.

− Que… ?

Rester vigilante, ne pas se laisser surprendre, observer l'environnement. Les trois règles que Lily ne sut respecter car, au moment même où elle parvint à articuler un mot, son sosie leva sa baguette magique et décocha un éclair de lumière nacrée.

Avant même que Lily ait eu le temps d'être éblouie, elle s'évanouit.