Dédicace spéciale à Lunagarden pour qui ce texte a été spécialement écrit et qui a eu la gentillesse de m'autoriser à le publier.
Ce texte fait partie de la série comprenant également « Trois papillons autour d'une flamme » « Tels des plantes sur un sol désertique » et « Le temps des gardiens ». Il se passe avant les trois autres et retrace un pan de l'adolescence de Sephiroth, Genesis et Angeal.
Trois plumes noires
Chapitre 37) En terrain neutre, troisième partie
Gaïa année 1997
Dans la chambre, Angeal s'approcha lentement du lit, pour ne pas risquer de crisper le wutaïen qu'il savait déjà passablement nerveux.
Il n'en voulait pas à ce dernier de la suspicion dont il avait fait preuve en le choisissant lui, il comprenait ce choix.
Sarge aussi le comprenait, et tout comme lui, le regrettait quelque peu malgré tout.
- Tu aurais pu choisir Sephiroth. Dit il doucement à Ren-Qing.
Le dragon noir détourna les yeux, mal à l'aise, puis se dirigea vers la salle de bains.
- Je vais chercher de quoi te soigner. Murmura t'il en quittant la chambre.
Il ne voulait pas répondre à son compagnon, lui avouer que ce n'était pas vraiment le manque de confiance qui le poussait à choisir un autre que Sephiroth, mais plus tôt la crainte de voir ce dernier primer à nouveau sur lui, comme au temps de leur enfance.
Lorsqu'ils s'étaient retrouvés en présence, Sarge et Sephiroth faisaient équipe depuis près de deux ans, il avait tout de suite remarqué leur complicité, même si Sephiroth s'en défendait en public et affectait de n'avoir aucun intérêt pour son brun compagnon d'entraînement.
Lui aussi s'était senti attiré par Sarge, son instinct lui avait soufflé qu'ils pourraient être bien plus que des amis, mais sa logique lui avait aussitôt démontré que rien n'était possible. Ce garçon étranger ne resterait pas, et il était visiblement très attaché à celui avec qui il grandissait.
Un peu de jalousie, qu'il avait trouvé mal venue à l'époque, s'était éveillée en lui. Ce n'était pas juste, Sephiroth, qui visiblement n'attachait que peu d'importance à la présence de Sarge, avait le dévouement de ce dernier.
Il avait tenté de refouler ses propres sentiments, ne voulant pas sembler faible.
Il avait déjà expérimenté un attachement mal venu, alors qu'il n'était qu'un très jeune garçon.
Comme beaucoup de métis, il avait vu le jour sur l'île des dragons, par mesure de précaution son père, le dragon, avait fait venir sa mère humaine sur les terres de Kuon, dès qu'ils avaient été certains de sa grossesse.
La jeune femme avait accepté, pour le bien de l'enfant qu'elle attendait, et s'était retrouvée au milieu des autres compagnes, toutes deux des dragonnes, de celui qui avait su la séduire.
La première lui avait fait de la peine, son enfant lui avait été volé, alors qu'il n'était pas encore sorti de l'œuf, et n'avait jamais été retrouvé. Elle ne parvenait pas à s'en remettre et se morfondait dans son coin. L'autre dragonne, très fière de porter l'enfant d'un dragon noir, d'un seigneur, avait pris de haut la jeune humaine, l'estimant inférieure.
La mère de Ren-Qing avait enduré ce dédain bravement, seul comptait pour elle la sécurité de l'enfant à naître.
Elle n'avait pas compris la déception de la dragonne à la naissance de l'adorable petite fille qu'elle avait mis au monde. Le bébé était en parfaite santé, cela n'était il pas amplement suffisant ?
La naissance de Ren-Qing lui avait apporté une réponse, et elle n'avait pas été plaisante.
La dragonne à qui on avait volé son enfant avait déprimé et geint plus encore, tandis que la mère de la fillette avait craché de dépit, affirmant à qui voulait bien l'entendre, que mâle ou pas, le nouveau né n'en restait pas moins à moitié humain, donc sans la moindre valeur.
Le dragon noir lui n'attachait visiblement aucune importance à la venue au monde de son seul fils encore présent, pas plus qu'il n'en portait à l'existence de sa petite fille. Il n'avait d'affection que pour la dragonne affligée.
Ren-Qing avait grandi dans cet environnement difficile, sans la présence du dragon de la terre, lui aussi père d'une petite fille à peine plus âgée que Ren-Qing, il n'aurait sans doute connu que mépris et rejet de la part des dragons de l'île.
Eléa, la fille de Kuon, avait été sa première amie, jusqu'à ce qu'il rencontre Bao, une petite dragonne de son âge. Sa demie sœur Huan ne posant les yeux sur lui que pour le tourmenter et se moquer de lui.
Alors qu'il venait d'avoir cinq ans, il avait été subjugué par la beauté délicate de Bao, mais aussi par sa gentillesse envers lui.
Pendant plusieurs mois, il avait partagé ses jeux avec Bao, s'attachant de plus en plus à elle, malgré les mises en garde d'Eléa.
Puis, alors qu'ils allaient avoir sept ans, Bao et Huan étaient devenues amies et celle à qui il s'était tant attachée, s'était mis à le tourmenter elle aussi.
Cela avait été trop pour la mère de Ren-Qing, indignée elle avait quitté l'île des dragons avec lui, fermement décidée à ne jamais y revenir.
Ren-Qing avait été soulagé de cette décision, même s'il perdait Eléa et sa famille, il n'avait plus à craindre d'être malmené comme il l'avait été.
Les humains leur avait fait bon accueil, ignorant que Ren-Qing était à moitié dragon, les pensant des évadés de l'île, la rumeur persistait parmi eux que les dragons retenaient des humains en esclavage, ils avaient accueilli la femme et l'enfant bien volontiers.
La mère de Ren-Qing n'avait pas démenti l'affirmation, qu'on pense qu'elle était une esclave des dragons qui avait eu le cran de les fuir l'arrangeait. Quelque part, elle avait bien été victime des dragons, l'un d'eux l'avait séduite et emmenée dans un lieu où elle n'avait pas été bien traitée et ou son fils n'avait pas vraiment connu de meilleur sort.
Voila pourquoi il avait tenté d'occulter l'élan qui le poussait vers Sarge, malgré la visible gentillesse de ce dernier, ou peut être à cause d'elle justement.
Trahi par Bao, qui elle aussi s'était montrée gentille au départ, il ne voulait pas revivre cela.
Pourtant, malgré tous ses efforts, il avait fini par s'attacher au souriant garçon, touché par son enthousiasme et sa joie de vivre.
Il avait appris le tragique destin des parents de Sarge et ne l'en avait trouvé que plus admirable encore d'être si joyeux. Il avait le sentiment qu'à sa place il aurait été tout autre.
Oui, il s'était attaché à lui, il aurait voulu lui demander de rester, lorsque le moment était venu pour la délégation de la SHINRA de repartir, mais il n'avait pas osé, par crainte d'un refus.
Il ne le craignait plus à présent, Sarge était désormais son compagnon, il ne laisserait personne les séparer, surtout pas Sephiroth.
Sephiroth a qui il avait demandé de veiller sur leur ami, et qui s'était bien mal acquitté de cette mission.
Ren-Qing s'efforça de refouler son amertume.
Sephiroth avait pourtant promis à l'époque, avec toute la gravité qui était sienne déjà à dix ans.
Pourquoi n'avait il pas tenu sa promesse ? Pourquoi avait il laissé Sarge se précipiter au devant du danger et de la souffrance ?
Pour s'occuper l'esprit et ne pas revenir les mains vides, il prit une bassine et la remplit d'eau chaude, un réservoir placé dans la cheminée permettait d'en avoir, à condition de ne pas en abuser et de songer à le remplir après chaque utilisation. Il actionna machinalement les robinets, puis retourna vers la chambre.
Avant de recoudre la moindre plaie, il fallait que le corps de Sarge soit propre.
Il rafla au passage ce qui avait été la trousse de soin des parents de son compagnon, le contenu en était vieux, mais c'était mieux que rien.
Angeal le laissa découvrir Sarge et le laver, disparaissant quelques instants dans le couloir.
Il ne fut pas surpris de ne plus y voir que Genesis, il se doutait déjà que tel serait le cas.
- J'aurai besoin de ton kit de survie. Dit il calmement. Je sais que tu ne te déplaces jamais sans.
Genesis ne se fit pas prier, ce qui le soulagea, et tira de l'une de ses poches la pochette qu'il trimballait partout.
Angeal savait qu'il y trouverait du fil, des aiguilles neuves et quelques autres petites choses dont il pourrait avoir l'utilité.
- Elle s'appelle revient. Précisa pourtant Genesis en le regardant retourner vers la chambre.
- Je te donne ma parole que son surnom est « Dans les plus brefs délais ». affirma Angeal en disparaissant.
Genesis soupira et s'installa sur les marches, essayant de faire abstraction de la poussière.
Il se sentait plus seul, inutile et mal venu que jamais.
Sephiroth était sorti, il avait réussi à faire fuir le gosse et Angeal était sur le point de recoudre les plaies d'un fugitif qu'ils étaient censés ramener et non secourir...
Ses relations avec les deux autres premières classes se remettraient elles des derniers événements ?
Il frotta machinalement son bras blessé, soupirant en sentant sous ses doigts la dureté du plâtre qui le recouvrait en partie.
Il aurait préféré qu'on ait recours à une matéria et que sa fracture appartienne déjà au passé, mais les directives de Lazard avaient été que leur utilisation soit limitée au cadre des combats, seul quelqu'un blessé en mission pouvait en bénéficier, ce qui n'était pas son cas cette fois. Une chute dans les escaliers au cours d'une dispute n'était pas et ne serait jamais considérée comme étant une blessure de guerre.
Il allait donc devoir patienter, le temps que son organisme fasse le nécessaire. Il détestait attendre...
Il rajusta son manteau qui menaçait de tomber, l'agrafa de son mieux et soupira.
Il avait froid, il avait mal au bras, un peu ailleurs aussi, on ne chute pas dans un escalier sans ressentir quelques douleurs et récolter des meurtrissures, une fracture ne suffisait pas...
Mais ce n'était pas cette souffrance là qui le tourmentait le plus.
Il était conscient qu'il était à deux doigts de perdre ses amis, si cela n'était pas déjà fait.
Il savait qu'il en était le seul responsable.
Laissant sa tête tomber vers l'avant il revit mentalement l'air surpris et choqué d'Angeal dans la grotte, alors qu'il était en train de le dévêtir en utilisant sa lame.
Un sanglot lui échappa.
Il avait fait cela... il avait usé de son épée contre Angeal, au risque de le blesser... non, en vérité, il avait bel et bien blessé son ami, même si les plaies n'étaient en rien physiques.
Peut être était il vraiment le monstre que sa mère semblait redouter de trouver chaque fois qu'elle le dévêtait enfant. Un monstre que rien ne trahissait au dehors, un monstre séduisant en apparence, mais terriblement laid à l'intérieur, un monstre capable d'infliger le pire à ses amis.
Peut être avait elle toujours senti, su qu'il tournerait mal, que c'était pour cette raison qu'elle avait peur de lui...
Si tel était le cas, que pouvait il donc faire pour changer cela ? Nul n'allait à l'encontre de son destin...
Une larme, puis une autre, roulèrent sur ses joues, bientôt suivies par un flot qui ne parvenait pas à le soulager.
Il avait conscience d'être en train de pleurer sur lui même, pathétique en plus d'être mauvais...
Il les essuya d'un geste rageur en entendant le pas de Sephiroth monter vers lui.
Pathétique, mauvais et lâche... incapable d'affronter le regard du général. Jaloux également, il cumulait tous les défauts.
Amer il se releva, décidé malgré tout à accueillir Sephiroth debout. Il n'en était certes pas à une médiocrité près, mais il ne tenait pas à se faire bousculer par un général contrarié.
Sephiroth s'arrêta à deux marches de lui, les yeux rivés sur son visage.
Genesis serra les dents, se retenant avec peine de s'essuyer les joues à nouveau. Il était visiblement trop tard, soit il avait mal fait ce geste, soit Sephiroth était vraiment observateur, sans doute la seconde option était elle la bonne, peu de choses échappaient à l'argenté en général.
Après un moment de silence pesant, devant l'expression tendue de Genesis, Sephiroth décida de ne pas poser de question et de faire comme s'il ne s'était pas rendu compte qu'il avait pleuré.
Ce n'était pas qu'il n'ait pas envie de découvrir pourquoi, seulement qu'il avait d'autres soucis en tête et aucune envie de repartir sur une discussion houleuse comme les affectionnait Genesis.
Il reprit donc sa progression, passant à côté du jeune homme aux cheveux roux sans faire le moindre commentaire, et retourna se poster devant la fenêtre.
Genesis resta immobile en haut des marches, blessé malgré tout par cette attitude. N'avait il donc vraiment aucun intérêt aux yeux de Sephiroth ? Alors qu'il s'attendait à au moins une réaction, même sous forme de reproche, il n'avait eu que le silence, ce qui à ses yeux se rapprochait dangereusement du dédain.
Oui... Sephiroth venait tout simplement d'ignorer sa détresse, cela voulait tout dire, pour lui aussi il n'était plus digne d'intérêt.
Sentant de nouvelles larmes menacer de couler, il commença à descendre lentement les marches.
Finalement, ce n'était pas le bras qu'il aurait du se casser lorsque Sephiroth l'avait poussé dans l'escalier, il aurait mieux fait de se briser la nuque et d'y rester, tout le monde s'en serait trouvé bien mieux.
À suivre
