Bonjour à tous !
Hé bien nous y voilà, voici le chapitre que tout le monde attendait, je suppose ! Et, c'est un long chapitre à dévorer !
Je remercie tous ceux et celles qui m'ont laissé une review depuis la dernière MAJ. Merci à Rosa020, Asadal, Coralie91, Ingrid, Keelane et Ptitoon ! Encore mille mercis à celles qui sont toujours là à chaque post ! Cette histoire n'en serait pas là sans vos encouragements ! ;-)
Comme d'habitude, n'hésitez-pas à me joindre par MP si jamais vous vous posez une question, ce sera avec grand plaisir que je vous répondrais !
Bonne lecture et à très très très bientôt !
Ce qui s'est passé...
La fillette se risqua à un nouveau coup d'œil vers ce qui était en train de se façonner. Sa construction s'achevait. Ce qui était auparavant qu'une ébauche s'était miraculeusement transformée en œuvre d'art. La masse avait vu ses traits se dessiner avec plus d'habilité, tout en finesse et en subtilité, se parant d'une multitude de détails qui avaient tous leur importance. La masse prenait forme, corps et matière, devenant ainsi une réalité palpable. L'enfant sourit en suivant ses courbes délicates, la générosité de ses formes, le caractère de ses traits, ses longs filaments d'or qui lui dissimulait une partie de cette sculpture façonnée de sa main. C'était sa promesse qu'une nouvelle ère, celle tant ardemment attendue, allait enfin débuter. Tout serait bientôt terminé. Juste la fin d'une aventure et le commencement d'une autre.
La petite fille reporta son attention sur le Seigneur du Temps lorsqu'il repoussa ses mains. Elle tressaillit en se rendant compte bien trop tard l'erreur qu'elle avait commise en se laissant distraire. Elle perdit toute son assurance lorsqu'elle rencontra le regard du gallifréen une brève seconde. Elle ferma les yeux. Il était bien trop tôt. Pas tout de suite, paniqua t-elle. Pas encore. Elle n'avait pas fini. Il lui fallait encore un peu de temps. Il ne devait pas intervenir maintenant...
Chapitre 29
Face au soudain silence de la fillette, le Docteur rouvrit les yeux. Son attention se portait sur autre chose que lui. Curieux malgré lui, il jeta un regard dans la même direction qu'elle. C'est alors que quelque chose d'incontrôlable se passa en lui. Une gigantesque vague d'espoir le submergea. Retenant son souffle, il cru pourtant à une hallucination. A un fantasme provenant de son cerveau détraqué. Venait-il de basculer dans la folie comme David ?
Un gémissement s'échappa de ses lèvres empreint à la fois de douleur et d'espérance. Ses coeurs desséchés venaient d'un coup se gorger de vie. Et après tout ce temps, ils étaient assoiffés mais ils s'étranglèrent, étouffant sous ce flot abondant auquel ils s'abreuvaient avidement et maladroitement. Le chagrin, la douleur, la souffrance s'effaçaient, s'atténuaient enfin, dissipés par cette folie, cette source de vie dont ses yeux semblaient eux aussi s'étancher.
A cet instant, il s'en voulait. Comment avait-il fait pour ne pas se rendre compte de sa présence plus tôt ? Et, il s'en voulait aussi pour croire à cette folie, cette illusion qui semblait se graver sur ses rétines.
Le Seigneur du Temps tendit la main, ses doigts agrippant l'air suppliants. C'était seulement à quelques pas de lui. Si prés de lui. Ce n'était juste qu'un corps auréolé d'une fine lumière dorée. Il l'appelait. L'attirait irrésistiblement vers lui. Un spasme secoua le Docteur. Un sanglot brisa le mince filet de voix qui s'échappait de ses lèvres. Juste un son qui ne forma qu'un seul mot...
Dans un hoquet de stupeur et d'espoir, le Docteur chuta de la banquette, tombant sur les grilles du Tardis. Les coeurs battant à une rythme toujours plus soutenu, toujours plus vite, la main tendue vers ce corps, il resta pétrifié, incapable de réagir. C'était de trop pour lui, surtout après avoir passé toutes ces interminables et pénibles journées avec cette idée intolérable que c'était fini. Finissant par commencer à faire son deuil pour tenter d'accepter de l'avoir perdue à jamais. Car quelque part, il ne voulait pas y croire. C'était trop beau pour être réel. Oui, cela ne pouvait être que chimérique. La folie avait fini par avoir raison de lui. Une vérité s'imposa alors à lui. On ne pouvait pas échapper à son destin. Quoi qu'il se passe, les événements qui ont pu jalonner sa vie, quoi qu'il fasse, que ce soit les actes du Docteur, de son reflet ou de David, ce qu'il avait entraperçu devenait une réalité, il finissait par devenir fou. Ce qu'il était aujourd'hui. C'était pour lui la seule explication raisonnable et logique à cette apparition miraculeuse.
Pourtant poussé par son amour, gorgeant la popeline de ses coeurs, le Docteur se releva avec précipitation. Mais le flot intense et ininterrompu des émotions en lui, faisant bourdonner le sang dans ses oreilles, lui coupa les jambes. Il se rattrapa au rebord de la console. Se tenant à celle-ci, il avança d'un pas tremblant, le regard ravagé. N'en pouvant plus d'être si éloigné de cette folie, il relâcha la console, tendant les bras vers elle. Car était-ce réellement une apparition ? Un miracle ? Une hallucination ? Un prodige ?
Cela changeait-il quelque chose, finalement ? Qu'Elle soit réelle ou imaginaire ? Il ne pouvait pas, de toutes manières, vivre sans Elle.
Seulement, ses jambes une fois de plus cédèrent. Le gallifréen tomba sur les genoux en gémissant, les doigts suppliants, à la recherche de sa présence, de sa chaleur. Un hoquet secoua son corps si frêle, dévastant, cassant, brisant le seul lien qui le rattachait encore à cette réalité si insoutenable. Il se mit à ramper vers Elle.
- Non ! Tonna une voix rude ! Tu ne dois pas t'en approcher !
Le Docteur se figea avant de se retourner vers la fillette. Le visage fermé, le regard planté dans le sien, cette fois-ci, elle n'avait plus rien d'une enfant.
- Si tu la touches, tu vas l'endommager ! Le processus n'est pas terminé ! Je n'ai pas encore fini !
Tremblant, le gallifréen reporta son attention sur cette bulle dorée. Des milliers de papillons de lumière s'agitaient avec frénésie autour d'Elle. Ils formaient une sorte de cocon qui semblait peu à peu se fondre, ne faire plus qu'un avec ce corps. Celui-ci devenait plus net. Un désir irrépressible, dévorant, de le toucher, il se remit à ramper. Mais, l'enfant le retenu par le bras avec une force peu commune par une personne de sa taille.
- Non ! Somma t-elle. Tu ne dois pas intervenir pour le moment !
Le Docteur rencontra à nouveau le regard impassible de l'enfant. Il émanait d'elle une autorité qui l'obligea à plier, à obéir. Il se mit alors, à contempler ce spectacle, les larmes ruisselant sur ses joues pâles. Les doigts tendus vers l'origine de cette lumière, tressautaient sous la faim de la toucher, de la caresser, de ressentir à nouveau cette présence indispensable que son corps, tout son être réclamait.
Dorénavant, tous les papillons semblaient s'être fondus les uns dans les autres, recouvrant ce corps si aimé, si désiré, d'une fine pellicule lumineuse. Celui-ci recroquevillé en position foetale, soudainement se mit à bouger, se dépliant tout entier. Et, un regard chocolat s'ouvrit à nouveau sur l'Univers.
Cependant sa poitrine se creusa tandis qu'Elle se cambrait en cherchant de l'air comme une noyée. Elle étouffait. Le Docteur sentit les mains de la fillette relâcher son emprise sur son bras. Sans attendre une seconde de plus, il se précipita vers Elle en rampant. Agenouillé à côté d'Elle, il la redressa, la poussa en avant et lui tapa dans le dos de toutes ses forces pour la forcer à respirer. Il y eut un hoquet. Ses poumons semblaient se remplir d'air tandis que sa poitrine se soulevait. Elle laissa s'échapper un râle tandis que ses yeux se refermaient.
A l'intérieur du Tardis, seule la litanie du Seigneur du Temps déchirait le si douloureux silence.
- Chochana... Ma Chochana...
Le Docteur ne cessait de répéter cette supplique, le fredonnant comme une comptine. Bien incapable aussi d'émettre un autre son, un autre mot. Enveloppée dans son long manteau brun, il tenait le corps de Rose sur ses genoux, blotti contre lui, la serrant contre ses coeurs. Il la berçait tout doucement, sa joue contre ses cheveux blonds.
- Ma Chochana...
La joie, le bonheur, l'euphorie parcouraient ses veines, faisant brûler tout son corps d'une fièvre. Le soulagement et la jouissance l'étouffait. Plus rien n'avait d'importance. Plus rien n'existait autour de lui. Son Univers se résumait à Rose. La lumière qui illuminait son chaos. La chaleur qui réchauffait ses coeurs. La vie revenait en lui, reprenait possession de son corps. Plus jamais, il ne lâchera la main de Rose. Il allait la garder pour toujours dans ses bras. Il se jurait à cet instant qu'elle ne les quitterait plus jamais.
- Seigneur du Temps...
Le Docteur secoua la tête, refusant d'entendre l'appel de la fillette. L'Univers lui avait rendu son trésor, son oxygène, sa vie. Le reste lui importait peu. L'enfant disparut à peine une seconde pour réapparaître dans un nuage de poussières d'étoiles aux côtés du gallifréen. Elle lui prit délicatement le visage afin de faire en sorte de croiser leurs regards.
- Ce n'est pas tout à fait, Rose, expliqua -t-elle quasiment en chuchotant comme pour s'excuser.
- Si, c'est elle ! Lui répliqua t-il avec le ton colérique d'un gamin.
Il s'arracha à l'emprise de la fillette et alla se réfugier dans le cou de la jeune femme. Puis, il la serra un peu plus fort contre lui, ne cessant de gémir son prénom.
- Je suis désolée, Seigneur du Temps, ce n'est pas Rose. Et, tu le sais au fond de toi.
Il secoua la tête, refusant d'écouter obstinément les paroles si destructives pour lui. Il repoussa quelques mèches dorées de la joue de Rose, l'embrassant sur le front. Sa peau était si douce et ses cheveux si soyeux sous ses doigts. Les paupières closes, elle semblait juste dormir paisiblement. La fillette, un voile de tristesse sur le visage, l'observait attentivement. Elle leva la tête en direction de la console.
- Vous aviez promis, murmura t-elle. Que tout serait bientôt terminé...
- Chochana...
Ce surnom n'était qu'un chuchotement inaudible entre les lèvres du Docteur.
- Seigneur du Temps, l'appela tout doucement la fillette sans réellement d'espoir d'attirer son attention.
Elle avança ses doigts vers les cheveux du Docteur mais suspendit son geste. Elle aurait voulu le réconforter, et lui dire que tout ira bien, que ce n'était plus qu'une question de temps, qu'elle savait qu'il ferait le bon choix. Cependant, ce n'était pas son rôle aujourd'hui. Elle en avait en tout autre, celui de poursuivre la transition en lui insufflant ce souffle tant attendu. Alors, elle laissa retomber sa main et attendit.
Resserrant ses bras autour du corps si fragile de sa compagne, le Docteur se recula de l'enfant. Il ne la laisserait pas lui reprendre Rose, lui arracher. Il voulait qu'elle parte, qu'elle le laisse seul avec sa compagne. Les larmes brouillant sa vue, il contemplait ses jolis traits, ses longs cils, ses lèvres, son nez. Ses coeurs se mirent à cogner brutalement dans sa poitrine en rencontrant à nouveau ce regard tant adulé. Il posa la paume sur sa joue, un petit sourire se dessinant sur ses lèvres.
- Chochana...
Cependant, la jeune femme ne semblait par réagir. Ses pupilles ne cessaient de bouger comme si elles étaient incapables de se fixer sur une chose particulière. Elle semblait être dépossédée de ses forces, de sa volonté.
- Chochana... S'il te plaît... Chuchota le gallifréen d'une voix tremblante.
La jeune femme ne réagissait toujours pas. Il se mit à scruter ses yeux et ne trouva pas ce qu'il y recherchait. Ses coeurs se remirent à saigner. Alors qu'il commençait tout juste à prendre conscience la signification des paroles de l'enfant, il continuait de refuser d'y croire. Il posa sa joue contre la poitrine de Rose et n'entendit rien. Pas le moindre battement. La vie ne s'écoulait pas dans ses veines. Il n'y avait aucun écho. Juste le vide. Rien d'autre. Elle n'était pas là. Ce n'était pas Rose. Pourtant même en comprenant cela, il ne pouvait se résoudre à lâcher ce corps. Parce qu'une partie de lui voyait toujours Rose. C'était ses cheveux, ses traits, son corps... C'était elle d'une manière ou d'une autre. La gorge nouée, prêt à hurler son désespoir, il redressa la tête vers la fillette pour trouver en elle des explications.
- Je l'ai engendrée, lui déclara t-elle face à son regard douloureux. J'ai dû la reproduire.
- Engendré ? Répéta dans un état second le Docteur. Reproduire ?
- Oui, il le fallait puisqu'elle n'a plus d'existence physique au sein de cet Univers.
Le gallifréen ferma les yeux en serrant les dents, puis posa son front contre les cheveux de Rose. Qu'est-ce que tout cela voulait signifier ? Est-ce que l'Univers se jouait de lui une nouvelle fois ? Lui redonner de l'espoir avant de le piétiner sans remord ? Pourquoi le torturer de cette manière si violemment, si cruellement ? Pourquoi lui faire endurer la pire des souffrances ?
Ce n'était juste qu'un corps qu'il tenait entre les bras. Simplement une enveloppe corporelle. Sans vie. Sans âme. Sans Rose. Sans ce qu'il faisait qu'elle était elle. Il poussa un cri déchirant le silence du Tardis. Pourquoi le faisait-on souffrir de cette manière-ci bien abominable ? Pourquoi le corps de Rose ? Son apparence physique ? Pourquoi donc la fillette lui affirmait-elle qu'elle l'avait conçu ?
Ce nouveau coup subit explosait son seuil de tolérance à la douleur. Il n'en pouvait plus. Est-ce que l'Univers allait enfin en finir une bonne fois pour toute avec lui ? Il voulait que cela cesse. Que la douleur s'estompe.
La fillette leva une nouvelle fois les yeux vers la colonne. Elle fronça des sourcils et marmonna quelques chose d'incompréhensible entre ses dents comme si elle répondait à une personne invisible qui lui aurait adressé la parole. Elle repoussa une mèche blonde d'agacement, puis se tourna vers le gallifréen.
- Les Astres, lui confia t-elle. Ils savent tout depuis le début. Ils t'ont caché beaucoup de choses, la raison à ton existence, sur ce que l'Univers attend de toi... Cependant, il temps...
- Temps pour quoi ?
- Les Astres ont amorcé la transition. Un Nouvel Ordre doit être établit. L'ancien équilibre doit lui laisser sa place. Et tout repose sur toi, dorénavant, Seigneur du Temps car tu portes en toi ce nouveau souffle tant attendu.
Sa respiration se bloqua alors que son étreinte autour du corps se crispa. Un Nouvel Ordre ? L'ancien équilibre ? Cela faisait étrangement écho à des paroles qu'il n'avait pu oublier. Des paroles bien soigneusement rangées quelque part dans les méandres de son cerveau et qui n'avaient cessé de le hanter depuis le retour de Rose. Ces mêmes paroles que le Méchant Loup avait déclaré lorsqu'il s'était éveillé en Rose, sonnant comme un avertissement. Et dont, il n'avait jamais pu trouver la quelconque signification. Tout revenait donc sans cesse au Méchant Loup
Le Docteur avait toujours su au fond de lui que sa vie avait pris le plus important ses virages lors de l'apparition du Méchant Loup. Oui parce que finalement, il n'avait jamais pu répondre à certaines questions qu'avaient soulevé les évènements du Satellite Cinq. Notamment à celle qui aurait pu lui donner un semblant de réponse au fait même que la vie s'écoulait toujours en Rose, après avoir porté le coeur du Tardis en elle. Combien d'heures avait-il passé à observer sa compagne dormir paisiblement au creux de ses bras en s'interrogeant sur le Méchant Loup, sur son apparition. En quoi, avait-il transformé Rose ? Jusqu'à quel point ? Le Tardis en avait-elle une responsabilité ? Qu'est-ce qui avait fait pour que sa compagne puisse continuer de vivre ? Est-ce que tout cela avait été orchestré dans le seul but de vaincre la tempête ?
Il avait eu quelques réponses lorsque Rose... Un boule d' angoisse se bloqua dans sa gorge. Même le penser était une douleur atroce. Il chercha malgré lui un peu de réconfort dans les cheveux blonds. Sa compagne lui avait dit qu'elle avait fait un choix. Qu'elle était ainsi devenue sa gardienne par l'intermédiaire du Méchant Loup. Encore là un énième de sa part. Elle avait changé pour lui, devenant ainsi une Rose de sang-mêlé en abandonnant son Humanité. Elle lui avait tant donné dans sa vie. Et lui ? Que lui avait-il offert en contre-partie ? Pas grand chose. Juste la promesse d'un amour inconditionnel, profond et éternel. Juste cela. Rien d'autre. Et, elle s'en était contentée. Elle ne lui avait jamais rien réclamé. Rien de ce qu'une femme pouvait attendre d'un homme. Non, elle s'était juste satisfaite de se tenir à ses côtés, ne demandant qu'à l'aimer.
Comment avait-il fait ? Hein ? Qu'avait-il fait dans sa vie pour avoir trouvé Rose sur son chemin ? Comment pouvait-elle porter autant d'amour à son égard ? A quel entité devait-il ce miracle ? A tous ces moments, ce bonheur, cette joie pure partagés avec elle ?
- A toi, lui répondit la fillette comme si elle lisait dans ses pensées. Tu ne dois qu'à toi, la présence de Rose dans ton existence. C'est toi qui l'a choisi.
- A moi ?
- Oui, ce choix t'appartient à toi seul. A personne d'autre que toi. Les Sages Célestes savent énormément de choses, mais ils ne peuvent pas lire dans les coeurs aimants.
L'enfant lui sourit chaleureusement et passa ses doigts d'un geste tendre sur sa tempe.
- Ton choix a été perçu par les Astres comme un signe. Le signe que l'Univers attendait depuis tant de temps. L'émergence du Méchant Loup en Rose n'a fait que confirmer que le temps était enfin venu pour que le Nouvel Ordre prenne la relève.
Le Docteur observait intensément la fillette. D'une voix tremblante, il lui demanda :
- Qu'est-ce que tout cela signifie ?
- Que tout ce qui t'est arrivé dans ta vie n'est finalement pas que le simple fruit du hasard. L'Univers a fait de toi l'élu, comme l'a été d'une certaine manière ta mère. Il n'attendait plus que tu trouves ton pendant.
- Rose... Souffla t-il d'une voix vacillante.
La petite fille hocha de la tête pour le lui confirmer avant de poser son regard débordant d'une certaine tendresse sur l'enveloppe corporelle de Rose.
- L'Univers ne repose que sur un seul et unique principe. L'Equilibre Suprême selon lequel chaque chose ne peut exister que si sa non-chose coexiste avec elle. Et Rose et toi êtes deux moitiés qui forment un tout. Deux êtres qui se complètent et s'annulent en même temps. Finalement, une chose et sa non-chose.
- Et en quoi Rose et moi sommes concernés ?
- Tout simplement que l'Univers a décidé de faire de vous deux, Seigneurs du Temps et de ton pendant, celle que tu auras choisi, l'Equilibre Suprême sur lequel il se reposera, devenant ainsi ses gardiens, le Nouvel Ordre.
La respiration du Docteur, brusquement se précipita. Il haletait comme si l'air se raréfiait dans ses poumons. Il détourna la tête de l'enfant, posant sa joue rugueuse contre celle de Rose. Il se mit à se balancer d'avant en arrière, ses bras ne relâchant toujours pas son étreinte autour de ce corps si familier. Le gallifréen oscillait entre colère, culpabilité et douleur, complètement perdu.
Tout ce en quoi il croyait, tout ce en quoi il s'accrochait pour rester debout, venait de s'écrouler comme un château de cartes. Et pourtant ce qui lui arrivait à cet instant, il s'en moquait. Il ne parvenait à voir que sa responsabilité, sa faute. C'était à cause de lui, de ce qu'il représentait aux yeux de sa compagne, tout ce qui lui était arrivé. Tout ce qui s'était passé dans la vie de la jeune femme depuis avoir croisé son regard pour la première fois. Tout ! Le Satellite Cinq... L'apparition du Méchant Loup en elle... La Rose de sang-mêlé qu'elle était devenue en abandonnant son Humanité. Torchwood... Canary Wharf... Et par la suite Louve... A l'origine de la tempête. Toutes ces répercussions venaient de son choix de faire Rose sa compagne. Juste parce qu'il l'avait choisi. Juste parce qu'il en était tombé amoureux...
Mais alors pourquoi voulu t-il hurler ! Pourquoi l'Univers lui avait-il alors arraché Rose ? Pourquoi lui retirer la jeune femme si elle était son pendant, son choix ? Si c'était vraiment ce que l'Univers avait tellement attendu de lui ? Pourquoi faire de lui ce gardien de cet Equilibre Suprême pour lui incomber la responsabilité d'un Nouvel Ordre, maintenant que sa compagne n'était plus ? Pourquoi tout ça maintenant ? Et puis pourquoi lui ? Pourquoi Eux ? Qu'est-ce que l'Univers attendait-il réellement de lui en fin de compte ?
- Sauf que l'Oracle s'y est opposé, reprit la fillette, interrompant la transition...
- L'Oracle ? L'interrogea le gallifréen en la coupant.
- Ta race avait pour devoir de protéger l'Univers, c'était sa raison d'exister. Elle était le gardien de son Equilibre Suprême. Mais, elle a renié ce rôle en créant l'Oracle qui s'est fait maître en s'accaparant l'Equilibre de l'Univers, volant ainsi sa destinée. Il est le responsable à énormément de choses dans ta vie.
L'Oracle ? Qu'est-ce que cela représentait dans sa vie ? Etait-ce ça qui le manipulait ? Le responsable à tout ce qui venait de se passer ? Etait-il en partie la réponse, l'histoire de sa vie ? Le Docteur se mit à caresser les mèches de Rose essayant de se raccrocher à une réalité palpable. Il plongea son regard dans celui de l'enfant, l'incitant à continuer.
- Il n'a pas voulu écouter les avertissements des Astres, ni voir la transition qui s'amorçait avec l'arrivé de Rose dans ta vie, de ton choix qui en découlait. L'émergence du Méchant Loup en elle puis de leur symbiose n'aurait dû être que la première étape à la passation d'un équilibre à un autre. Les Astres lui ont offert une partie de leur faveur...
- Les Sages sont à l'origine du Méchant Loup ?
- Non, Seigneur du Temps. Ils n'ont fait qu'évoluer l'émanation de son âme en lui faisant don de sa force afin de faire d'elle, ton égal à part entière. Sauf que l'Oracle a interrompu leur symbiose ne voulant pas admettre que son temps était révolu. Il m'a ainsi ordonné d'arrêter ce processus, transformant la clef en chaîne pour Rose et en prison pour le Méchant Loup, le réduisant à sa forme la plus insignifiante.
- Toi ? Vociféra le Docteur.
La fillette sursauta et recula d'un pas. Le visage du gallifréen venait de se métamorphoser. Ses traits s'étaient durcis. Tout comme son regard qui s'assombrissait, laissant la colère, la rage briller de mille feux.
- Je suis désolée, Seigneur du Temps... Je n'avais d'autres choix que de leur obéir...
- Qu'obéir ! Alors tu es avec cet Oracle !
- Pas tout à fait ! Se défendit-elle en reculant du gallifréen. Ce n'est pas ce que tu sembles croire...
Il déposa le corps de Rose avec délicatesse contrastant avec l'expression menaçante qu'il arborait. Les muscles tendus en serrant les mâchoires spasmodiquement, il se leva avec vélocité.
- Qu'est-ce que je suis sensé croire d'après toi ? Alors que tu viens de m'avouer à l'instant même que c'est par ton geste, par ta responsabilité que le peu d'Humanité de Rose qui lui restait la consumait parce que tu as interrompu sa symbiose avec le Méchant Loup !
- Seigneur du Temps...
Il la saisit par les épaules et se mit à la secouer, ne s'occupant aucunement de savoir s'il lui faisait mal ou non.
- Et puis qui es-tu ? Cria t-il. Qu'est ce que tu fais à l'intérieur du Tardis ? Pourquoi as-tu reproduit le corps de Rose ?
La fillette baissa les yeux devant le reg ard glacial du gallifréen, irradiant de colère mais aussi de douleur.
- Juste une présence qui a toujours été là, à tes côtés, murmura t-elle. Une présence qui a tout fait pour te protéger de l'Oracle malgré ce que tu peux croire. Il m'a utilisé aussi, te manipulant à travers moi. Je suis désolée ! Je ne voulais pas !
L'enfant se jeta soudainement dans les bras du Docteur, se pressant contre lui, s'accrochant à lui avec ses petites mains. Troublé par cet élan, il se figea, ne sachant comment réagir. Les mains sur ses épaules, il était pourtant incapable de la repousser. Aveuglé par la douleur de son deuil, il avait refusé jusqu'ici de reconnaître cet être. Mais maintenant contre lui, il ne pouvait plus le nier. Elle l'avait accompagné durant la majeure partie de sa vie. Une présence invisible au si doux murmure accompagnée de cette douce brise. Celle qu'il considérait comme une amie.
- Pardonne-moi... Le supplia t-elle. Je t'en prie...
- Tu es...
Il ne put finir sa phrase. Un noeud dans la gorge l'en empêchait. Etait-il vraiment nécessaire de le dire à haute voix pour le réaliser vraiment ? Il savait dorénavant l'identité de cette mystérieuse fillette. Il comprenait pourquoi , elle semblait si bien le connaître, si bien lire en lui, dans ses pensées mêmes. Pourtant, il ne pouvait expliquer comment une telle chose avait pu se produire. Ce n'était jamais arrivé à sa connaissance. Pourtant, c'était une âme tout comme lui. Est-ce que cela l'étonnait ? Pas vraiment à vrai dire. Surtout pas après tout ce qui venait de se passer.
- C'est Rose, n'est-ce pas ?
Pour lui, c'était la seule et unique explication. Le Satellite Cinq avait été un tournant majeur dans leur existence. Pour Rose. Pour lui. Et finalement aussi pour le Tardis. Une autre répercussion à son choix. Il avait toujours eu conscience que sa compagne avait renoncé à une partie de son Humanité. C'était la seule raison à ce jour qu'il avait eu pour comprendre l'apparition du Méchant Loup en elle et pour ainsi avoir survécu après avoir absorbé le coeur du Tardis. Comment croire qu'une Humaine âgée tout juste de 19 ans aurait reçu les faveurs des Sages Célestes afin de faire d'elle le Méchant Loup, sa gardienne ?
- Oui, lui répondit l'enfant en reniflant. L'Humaine qu'elle était devait mourir afin de laisser sa place au Méchant Loup pour que sa force soit tout autant la sienne afin d'en faire ton égal à part entière. Elle m'a offert une partie de son Humanité lors de notre retour. Grâce à son cadeau, je peux prendre cette forme physique.
Le gallifréen, fébrile, se mit à passer ses doigts dans ses cheveux blonds, caressant ses boucles alors qu'elle se pressait toujours contre lui. Sa ressemblance avec Rose n'était pas dû au simple fait du hasard. C'était une partie de Rose, de son Humanité, qui subsistait à l'intérieur du Tardis. Un bout de sa chère compagne survivait à travers elle. Il reconnaissait bien là, la générosité de sa Rose. C'était une magnifique présent qu'elle lui avait fait don. Comment avait-elle pu autant bouleverser leur existence à ce point là ? Comment avait-elle pu devenir le pendant d'un vieux Seigneur du Temps comme lui ? Qu'elle soit l'amour de sa vie ?
Il avait compris la raison de l'acte que son reflet s'était apprêté à faire. Perdre Rose avait été perdre la moitié de lui-même. Elle était tout ce qu'il avait pu espérer dans ses rêves les plus fous, sans jamais croire un seul instant qu'il aurait pu l'obtenir. Il aurait été capable de tout pour elle. Rose était celle qui lui insufflait la vie, l'espoir, qui donnait une sens à sa vie, à son combat. Elle lui avait tout donné. Et l'Univers lui avait tout repris. Alors quelque part, il considérait cela comme normal qu'il veuille reprendre ce qu'on lui avait arraché sans raison.
- Mais une partie d'elle était encore humaine...
La voix du Docteur tremblait.
- Oui, leur symbiose était sur le point de se terminer lorsque l'Oracle m'ordonné de l'interrompre...
- Et, elle était en train de mourir...
- Ce n'était pas mon coeur comme tu le pensais qui était en train de la consumer. C'était le peu d'Humanité qui lui restait. Il lui dévorait l'énergie nécessaire pour soutenir leur existence.
L'enfant se détacha tout doucement du Seigneur du Temps et s'approcha de Rose. La jeune femme enveloppée dans le manteau brun sur le sol ressemblait à une poupée désarticulée. La fillette posa la paume sur son front et ses paupières se refermèrent sur ses yeux ne possédant aucune étincelle de vie. Elle se saisit de sa main pour la poser sur sa poitrine avant de se pencher pour l'embrasser sur la joue tout en lui chuchotant quelques mots. S'échappant de sa torpeur, le Docteur, incohérent, perdu, poussé par le désir de serrer ce corps, alla s'agenouiller à côté de lui. Il prit sa tête avec délicatesse entre ses mains pour la déposer sur ses genoux. Il repoussa quelques mèches de cheveux blonds.
Rose Tyler, cette incroyable bout de femme. Décidément, elle en avait fait des choses à elle toute seule. Elle avait fait évoluer l'homme et le Seigneur du Temps qu'il était. Elle lui avait montré un autre chemin, transfigurant à tout jamais sa vie. Elle avait réussi à dépasser un à un les obstacles, ne baissant jamais les bras, se battant contre vent et marée pour l'avoir lui. L'une des rares personnes qui avait réussi à lui faire baisser la garde. Elle avait été la seule aussi, capable de trouver les mots et les gestes afin de le rassurer, de l'apaiser et de le guérir. Comment avait-elle pu réussir tout ça, à elle toute seule ?
- Lors de notre retour sur le Satellite Cinq, poursuivit l'enfant, Rose et le Méchant Loup mourraient, n'ayant pas suffisamment d'énergie pour soutenir à leur existence dû au peu d'Humanité qu'il continuait de subsister en elle. Ils ont usé de leurs dernières forces en mettant fin à la Guerre du Temps et pourtant y ont survécu. Car, il n'y a qu'une seule et unique chose qui leur a permis de soutenir leur existence durant tout ce temps enchaînés à la clef : toi.
Le gallifréen releva vivement la tête vers l'enfant, déconcerté par son affirmation.
- Tu es la raison même à ce qu'ils aient survécu. Tu n'as pas seulement sacrifier ta neuvième régénération, tu leur as donné l'un de tes si précieux souffle de vie, leur procurant ainsi assez d'énergie pour soutenir leur existence jusqu'ici.
Le Docteur ferma les yeux, laissant ce souvenir refluer en lui. Cette scène qui resterait à jamais gravé en lui. Le baiser. Ce fameux baiser qui malgré ce délice de goûter à ses lèvres si douces et si sucrée, n'avait eu que pour but de reprendre le pouvoir du Tardis qui la rongeait afin d'atténuer ses souffrances et la laisser partir en paix. Persuadé que c'était fini, qu'elle était en train de mourir à cause de la dégénérescence provoquée par le Vortex du temps. Il se souvenait encore des larmes qu'ils retenaient, de sa détresse, de son impuissance de rien pouvoir faire pour elle, de ne pas être capable de la sauver.
Au fond de lui, il avait souhaité qu'un miracle se produise à ce moment là. Que la vie ne déserte pas Rose. Que son temps n'était pas imparti. Elle était si jeune, si pétillante de vie. Et parce qu'il ne pouvait pas perdre une compagne une nouvelle fois. Encore plus elle. Elle qui avait réussi à le guérir, à lui redonner le goût et ses couleurs à la vie. Elle qui avait pris une si grande place dans son Univers, devenant en même le centre. Elle qui était devenue sa force sur laquelle se reposer, et où il puisait le réconfort dont il avait tellement besoin. De toute sa vie, il ne se souvenait pas d'avoir désiré quelque chose d'aussi fort que cette envie que Rose continue d'égayer sa triste et morne vie de Seigneur du Temps.
Le coeur du Tardis revenu à sa place originelle, il s'était agenouillé prés de sa compagne, le coeur lourd, avant de prendre conscience tout d'un coup qu'elle respirait, que son coeur battait. Principalement que la vie continuait inlassablement de couler dans ses veines. Cela lui avait paru inconcevable. Mais Rose était plus vivante que jamais. Son souhait avait accordé.
Alors, c'était cela. Ce n'était que par ce simple geste. Par ce baiser. Par son profond désir, il avait offert inconsciemment l'une de ses vies, leur procurant ainsi assez d'énergie pour que le Méchant Loup et Rose puissent continuer d'exister. Une bien maigre compensation par rapport à tout ce qu'elle lui avait offert.
- Tu vois, lui fit remarquer la fillette. Tu as toujours cru que tu n'avais rien fait pour la garder dans ta vie et tu avais tort. Ce n'est que grâce à toi que Rose et le Méchant Loup ont pu soutenir leur existence. A l'énergie que leur a procuré ce souffle de vie.
- Et qu'est-ce que cela change, aujourd'hui ? De savoir alors qu'elle n'est plus là. ? Cela ne me la ramènera pas. Et puis que va t-il se passer, maintenant ?
Le visage de l'enfant s'illumina. Elle entortilla l'une de ses mèches de cheveux autour de son doigt. Qui pourrait croire que sous cette apparence physique se cachait l'un des êtres les plus complexes et les plus mystérieux de l'Univers ?
- Beaucoup de choses, lui répondit-elle énigmatiquement.
- Quelles choses ?
- Tout est loin d'être terminé, Seigneur du Temps. L'Univers est prêt à basculer. Mais toi le seras-tu ? Prêt à faire un choix qui changera à tout jamais sa face ? Prêt à lui insuffler ce souffle que tu portes en toi ?
Soudainement, elle leva la tête, un beau sourire sur les lèvres, au moment même où une pluie fine de lumière étincelante tombait à l'intérieur du Tardis.
- Elle arrive, souffla t-elle. Il est enfin l'heure.
L'enfant tendit la paume vers le gallifréen.
- La clef lui demanda t-elle.
- La clef ?
- Celle que Rose t'a confié. Il me l'a faut.
Le Docteur baissa la tête, se détournant du regard de la fillette et resserra ses doigts sur la seule chose qui lui restait de sa compagne. Un petit bout d'elle qui lui survivait et qui était en sa possession. Il le gardait comme le trésor qu'elle avait été. Il ne s'en était jamais séparé depuis qu'elle la lui avait confiée. Il secoua la tête négativement la tête. Non, même s'il savait qui était cette enfant, ce qu'elle représentait pour lui, il ne lui remettrait pas la clef. On ne lui prendrait pas ça aussi. Il voulait préserver cette partie de sa compagne qui continuait d'exister. Elle la lui avait remise. Il lui avait la promesse de la garder avec lui et d'en prendre le plus grand soin. Alors, non, il la préserverait de tout. On ne lui arracherait pas la seule chose qui le raccrochait à Rose.
- J'en ai besoin, Seigneur du Temps. Elle va me permettre de faire le lien.
- Besoin pour quoi ? Quel lien ? Demanda t-il usé.
- La clef fait partie intégrante de Rose et du Méchant Loup. Elle est un fragment d'eux qui n'a jamais cessé d'exister dans cet Univers. Elle va me permettre ainsi de tous les réunir.
Le gallifréen ne répondit rien, s'accrochant à ses souvenirs, à ses sentiments qu'il avait partagés avec Rose. A cette clef qui à ses yeux était dorénavant son bien le plus précieux. L'enfant s'agenouilla à ses côtés en lui tendant sa paume.
- J'ai utilisé l'énergie de la faille en utilisant l'empreinte que Rose a laissé en moi afin de reproduire son enveloppe corporelle telle que nous la connaissons. Je te l'ai dit ton avenir n'est pas aussi sombre que tu ne le penses. Alors fais-moi confiance, Seigneur du Temps. Je t'en prie.
Le Docteur plongea à l'intérieur de cette immensité sans fin qu'était le regard de la fillette. Il semblait y chercher quelques chose. Du réconfort ? Une promesse ? Une force ? Une sorte d'apaisement ? Ou bien la partie de Rose qui survivait à travers elle ? A travers ce cadeau qu'elle lui avait fait ?
Il se passa un long moment dans le silence. Pourtant ce fut un échange intenses qui se déroula entre ces deux êtres exceptionnels, alors que la pluie de poussières d'étoile continuait de tomber autour d'eux. Aucun des deux ne se lâchait du regard. C'était un dialogue muet, emplit d'émotions. Cela faisait des centaines d'années qu'ils vivaient ensemble, partageant énormément de choses. Et pourtant le Docteur se rendait compte qu'il connaissait tout compte fait si peu cet être. En cet instant, il faisait réellement connaissance avec celle qui avait été présente à ses côtés depuis qu'il était un renégat. Il n'avait fait que l'effleurer durant tout ce temps.
- Dans un geste lent, il posa la main sur la joue de la fillette.
- Peux-tu me promettre que tout ira bien ?
- Je ne peux pas te le promettre, Seigneur du Temps. Cela ne dépendra que de toi.
Le gallifréen reporta son attention sur Rose. Enveloppée dans son long manteau, elle paraissait si minuscule, si frêle, terriblement fragile. Alors qu'elle était cette femme si forte sur laquelle, il s'était tant reposé. Avec laquelle, il avait réussi à se construire son petit bout de paradis. Qu'il ne devait à personne. Seulement à lui. Au retour de Rose dans sa vie, en tant que Louve, il avait enfin compris qu'il fallait saisir le bonheur sans attendre au risque de le voir s'échapper.
Rose lui avait toujours tendu la main, attendant ce jour où il la lui saisirait afin d'enlacer leurs doigts, ce geste tellement intime pour eux. Et aujourd'hui, c'était à son tour. A lui de faire en sorte de retrouver son éden, de tout faire pour y parvenir. Il avait seulement à faire le premier pas et se laisser guider car il saisissait peu à peu cette nouvelle chance qui s'offrait à lui. Celui d'obtenir le bonheur. Ce que l'enfant voulait lui faire comprendre depuis le début. Et tout ne dépendait que de lui. De son choix. Sauf qu'il n'était plus cet homme qui fuyait ses sentiments. Et ce depuis avoir avoué à Rose ces trois petits mots, première pierre à l'édifice de sa nouvelle vie, de cette félicité qu'il avait mis tant de temps à refuser.
Il voulait faire confiance en l'enfant, croire en cette nouvelle chance qu'il se voyait offrir. Alors, il ferma les paupières, agrippa sa médaille à travers sa chemise avec ses doigts qui tenaient la clef de Rose. Et silencieusement, il prononça un serment. A lui-même. Puis, il leva sa main tremblante. Avec douceur, il déposa la chaîne au creux de la paume de l'enfant. Au moment de la lâcher entièrement, il eut un mouvement d'hésitation avant de refermer les doigts de la fillette dessus.
- Merci, lui fit-elle dans un murmure. Je vais en prendre soin.
Elle souffla et un petit nuage doré se forma sur la clef. Celle-ci, à ce contact, se mit peu à peu à luire. Une petite brise se leva à l'intérieur du Tardis et se mit à jouer avec la pluie d'étoiles. Les fragments étincelants dansaient avec grâce, comme des lucioles un soir d'été, avant d'être irrémédiablement attirés vers la clef où à leur réunion, elles disparaissaient. Lorsque la dernière luciole s'évapora à son contact, la clef irradiait d'une lumière aveuglante, éblouissant toute la salle de contrôle. Le visage de la fillette s'illumina d'un sourire et son léger rire résonna. Puis, elle se pencha vers Rose afin de lui passer le collier autour du cou. Une bulle se forma autour de la clef avant d'envelopper le corps de la jeune femme en se paraissant d'une multitude de couleurs.
Le Docteur, à contre coeur, se recula lorsque l'enfant lui prit la main pour l'inciter à s'éloigner alors que le corps de Rose se soulevait légèrement du sol. Un flot de poussières luminescentes s'éleva de la clef, tourbillonnant lentement sur lui-même. Il se transforma, se mua en une forme plus distincte. Celle d'un loup doré qui de ses grands yeux ambrés fixa le Docteur. Puis, lentement, il inclina la tête, posant le museau sur le front de la jeune femme avant de se volatiliser en la transformant en une véritable boule de lumière.
Le Docteur mit quelques secondes à s'habituer de nouveau à la pénombre après toute cette lumière aveuglante. Cessant les battements de son coeur, abasourdi par ce qui venait de se dérouler sous les yeux, il chercha de son regard, complètement affolé la présence de Rose.
La jeune femme était toujours allongée sur le sol. Ses cheveux auréolant autour de son visage lui donnait une allure féerique. Sur son front se tenait un loup majestueux. La marque, faveur des Astres indiquant ce qu'elle était devenue. Cependant, quelque chose d'autre venait de changer en sa compagne s'aperçut le gallifréen, les deux coeurs sur le point d'imploser. Il sentait à nouveau la force qui émanait d'elle. Cette force aussi douce que sauvage. Cette aura propre à Rose. Ce qui faisait qu'elle était elle.
Refrénant à grande peine toutes les émotions qui le submergeait, surtout cet espoir que tout soit enfin terminé, il s'approcha de sa compagne. Il glissa une de ses mains sous les pans du manteau enroulé autour du corps de la jeune femme afin de la déposer sur sa poitrine. A nouveau, il ne trouva pas ce qu'il cherchait, en particulier cet écho. Rien qui pouvait lui prouver que la vie s'écoulait en elle. Toujours aucun battement. Pas de coeur. C'était toujours le vide, faisant de cette enveloppe corporelle, juste un corps. Qu'est-ce que tout cela signifiait ? Pourquoi faire tout ça si Rose ne revenait toujours pas ?
La voix de l'enfant le sortit de son abbatement :
- C'est à toi de jouer. Es-tu prêt à accepter le rôle que l'Univers veut te confier depuis toujours ? A devenir ce Nouvel Ordre ? A être l'un de ses gardiens sur lequel reposera l'Equilibre Suprême de l'Univers ?
Le gallifréen ancra son regard dans celui de l'enfant. Il était déterminé, prêt à se sacrifier, à être tout ce que l'Univers voulait qu'il soit, quoi qu'en soit le prix à payer pour lui, si cela lui permettait de retrouver Rose à ses côtés. A former cet équilibre, à devenir ce nouvel ordre qu'il souhaitait. Si l'Univers était prêt à lui rendre sa compagne, il le servirait jusqu'à son dernier souffle. Parce que Rose méritait largement ce sacrifice de sa part. A son tour de tout lui donner.
Mais... Il y avait bien entendu un revers à la médaille, à ce miracle. Rose en étant sa non-chose, faisait partie intégrante de cette équilibre. Cela signifiait qu'elle deviendrait l'un de ses gardiens comme lui. A eux deux, il formerait ce Nouvel Ordre. Ce que les Astres lui avaient caché depuis toujours. Comme sa mère, certainement. Ce que l'Univers avait finalement prophétisé pour lui depuis bien longtemps. Etait-ce juste l'unique raison pour laquelle il était apparu dans cet Univers ? Etait-ce son destin de le devenir ? Quelque part ne l'avait-on préparé tout au long de sa vie à ce rôle ? Il n'avait cessé de courir d'un problème à un autre, d'avoir son chemin parsemé de tempêtes...
Et puis avait-il le droit de faire ce choix pour elle ? De lui imposer cette responsabilité, ce lourd fardeau sur les épaules ? Elle n'avait rien demandé de tout ça, d'être ce qu'elle était devenue. Juste de l'aimer. Non, il n'en avait pas le droit.
- Je ne peux pas... Finit-il de déclarer dans un murmure. Lui imposer cela, je ne peux pas.
- Tu n'as pas à choisir pour elle, Seigneur du Temps. Rose a déjà fait son propre choix depuis bien longtemps. Elle ne souhaitait qu'une chose lorsqu'elle a regardé en moi. C'est une des raisons entre autre qui ont fait que le Méchant Loup s'est dévoilé à elle et que les Astres lui ont offert leurs faveurs.
- Mais...
- Non, le coupa t-elle. Il ne tient qu'à toi de faire ce choix. En ton âme et conscience. De savoir ce que tu veux dans ta vie.
De savoir ce qu'il voulait dans sa vie. Le Docteur sourit amèrement. Il n'y avait qu'une seule chose, qu'il désirait plus que tout. En son âme et conscience... Avait-il réellement le choix, s'il voulait retrouver Rose ?
Refuser ce rôle, ainsi qu'à retrouver Rose et attendre ce moment où il pourrait enfin la rejoindre parmi les Sages ? Et qu'est-ce qu'il adviendra d'elle, alors ? Ou bien être ce que l'Univers avait finalement prévu avec lui depuis le tout début avec une Rose à ses côtés ? Avoir la jeune femme à jamais avec lui, n'était-il pas un de ses rêves les plus fous ?
N'était-ce pas au contraire un cadeau que l'Univers lui offrait ? Un nouveau départ dans sa vie ? De clore une bonne fois pour toute l'histoire du Docteur, dernier Seigneur du Temps ? Et de commencer à écrire une nouvelle épopée avec cette seconde plume ? De donner un autre sens à son existence ? Sa destinée à jamais liée à celle de Rose ? N'était-ce pas que sa compagne voulait-elle aussi ? Se tenir à ses côtés pour toujours ? Elle qui lui avait fait si bien comprendre qu'il n'avait pas à décider pour elle. Notamment, le fait même s'il était oui ou non bien pour elle. N'avait-elle pas aussi fait son choix depuis bien longtemps ?
Lorsque le Docteur releva la tête, la fillette le scrutait intensément. Elle avança une de ses mains vers lui et la posa sur son torse.
- Cependant si tu fais ce choix, tu devras donner une partie de toi-même. Il n'y a que toi qui peut lui insuffler la vie.
- L'un de mes souffles ? Demanda t-il d'une voix vacillante.
L'enfant lui secoua la tête par la négative avant de reprendre la parole :
- Ce ne sera pas suffisant cette fois-ci. Il manque une seule et unique chose à cette enveloppe corporelle qui renferme l'âme de Rose, ce que je ne peux lui donner. Celle qui fait que la vie s'écoule, lui donne un écho. Et, elle est en ta possession.
- Je...
- Alors es-tu prêt à faire cela pour elle ? A lui offrir cette partie de toi, un peu de ton essence de Seigneur du Temps ? Comprends-tu tout ce que cela implique pour toi ?
Le Docteur caressa de ses doigts les boucles blondes de la jeune femme. Il comprenait. Cela voulait signifier plus de régénération. Il garderait à jamais cette apparence physique, ce caractère, ce qui faisait le Docteur qu'il était en ce moment même. Et ça le rassurait dans un certain sens. Lui qui avait toujours appréhendé, redoutait que pour sa futur régénération, le onzième Docteur, Rose n'ait pas la même place dans sa vie, que plus rien ne soit pareil avec elle. Lui qui avait déjà eu si peur de la perdre lors de sa dernière régénération, que leurs chemins se séparent. Et puis, n'avait-il pas en quelque sorte influencé sa régénération plus ou moins inconsciemment ? En voulant juste plaire un peu plus Rose ? La séduire autrement que par ce visage d'idiot ? Afin de jouer avec elle d'égal à égal dans ce jeux bien dangereux de séduction ?
Si par cela, il pouvait à nouveau observer avec émerveillement Rose sourire, parler, évoluer, rire aux éclats... de pouvoir aussi à lui dire combien il tenait à elle, qu'elle lui était essentielle, de lui chuchoter ces trois petits mors qu'il avait malgré sa promesse toujours beaucoup de mal à lui confier. Il le ferait. De toutes façons, cette partie de lui, appartenait à sa compagne depuis bien longtemps.
Elle avait changé pour lui, allant à abandonner son Humanité afin de devenir sa gardienne par l'intermédiaire du Méchant Loup. Elle était si exceptionnelle. Les Astres en avaient fait même une élue en lui offrant leurs faveurs afin de faire d'elle son égal à part entière. Personne dans sa vie n'avait fait tant pour lui, tant donné, tant offert. Le prix qu'on lui réclamait était finalement tellement dérisoire par rapport à tout ça, si cela lui permettait de la retrouver, de la sentir à nouveau bouillonnante de vie dans ses bras.
Le gallifréen passa une main sous les genoux de la jeune femme et l'autre sous son dos afin de la soulever dans ses bras. Puis, il se releva et fit face à la fillette. Il se tenait droit, digne, avec toute la prestance qu'exigeait d'appartenir aux Seigneurs du Temps. Majestueux aussi, tel le phoenix qui renaissait de ses cendres.
L'enfant hocha simplement de la tête en souriant alors qu'il n'avait pas prononcé un mot.
- Prêt ? Lui demanda t-elle simplement.
Le Docteur déglutit difficilement. Etait-il réellement prêt ? Serait-il à la hauteur du rôle que lui confiait l'Univers ? Le serait-il pour Rose ? Avait-il fait le bon choix pour eux ? Est-ce que Rose, malgré son propre choix, accepterait ce rôle ? Serait-il même assez fort pour elle ? Pour soutenir ce Nouvel Ordre ? Il était terrorisé. Effrayé par cet avenir si flou, ne sachant pas réellement où il allait, vers quoi il se prédestinait.
- Tout ira bien, lui fit l'enfant d'une voix douce pour le rassurer.
Ces quelques mots semblèrent apaiser le Docteur. Il posa son front contre celui de Rose, contre sa marque -faveur des Sages- et ferma les yeux. Des filaments de lumières s'échappant de la console se faufilaient jusqu'au Docteur. Zigzaguant dans les airs, ils tourbillonnaient autour de lui, le caressant, l'enivrant de leur chaleur. Et, il sourit. Il se mit à fredonner. Leur mélodie. Les battements de ses coeurs résonnaient dans tout le Tardis. Ces palpitations qui bientôt deviendraient les leurs. A tout les deux.
La fillette se dématérialisa, revenant ainsi sous sa forme la plus primaire, ce concentré de pure énergie enveloppant à son tour le Seigneur du Temps. Soudain, un éclair de lumière aveugla tout l'intérieur du Tardis.
Et, il ne resta plus que le long manteau brun qui dans un froissement tomba sur les grilles.
