NOTE DE MYTHOLOGIE :

Seidr : Je l'utilise comme synonyme de « magie » pour une question de syntaxe, dans l'intérêt de ne pas répéter 50 fois le même mot dans le même paragraphe, mais cette utilisation est erronée. Voici la vraie définition du mot (qui s'écrit avec un ð, mais je l'enlève pour différencier les deux) :

Seiðr : c'est une activité. C'est un ensemble de rituels, de magie et de pratiques shamaniques, souvent associés à une transe. Son étymologie est d'ailleurs « effervescence », « bouillonnement ». Un seiðr pratiqué par un homme est immédiatement associé au fait d'être ergi (nom) ou argr (adjectif) qui renvoient au « non-masculin », à l'« efféminé » et connotent l'homosexualité masculine (j'utilise d'ailleurs ergi dans ce sens).

Néanmoins il faut nuancer, au moins pour cette fiction : le seiðr pratiquée par un homme n'est pas directement associée à l'ergi. Il est associé à la faiblesse qu'il provoque son utilisateur, puis à sa vulnérabilité en combat, puis à la femme, puis à la féminité, puis à l'homosexualité. Il est important de garder ce cheminement en tête pour connaître l'origine du mépris envers les mages. Ils sont insultés d'ergi, pas à cause de leur prétendue sexualité ou féminité, mais à cause de la faiblesse qu'on leur associe, habituellement propres aux femmes ou aux homosexuels (parce qu'on sait tous que les homosexuels sont faibles, hein, les Ases ?).

Attention, les hommes qui utilisent le seiðr ne sont pas faibles en soi. C'est le seiðr qui les rend faibles. Snorri Sturlusson, le bonhomme qui nous a légué beaucoup d'informations/poèmes sur la mythologie nordique, le dit : le seiðr rend son utilisateur faible et sans force.

Je reviendrai sur ce point, donc je ne vous dis pas immédiatement en quoi cet élément influence la manière dont les mages sont considérés dans RQPM.

En tous cas, dans RQPM, « ergi » est une insulte parfois gratuite, qui n'est pas toujours à prendre dans son sens original. Elle peut l'être lorsqu'on parle ouvertement d'orientation sexuelle, mais sinon, lorsque vous êtes Ases et faites passer le mot comme quoi Loki est un ergi, vous ne dites pas, « il est gay », vous dites « il est faible » ou encore « le fait qu'il se consacre à sa magie le rend faible, il devrait l'abandonner pour devenir fort ».

Ce qui veut dire une chose : être considéré ergi (dans le sens faible) n'est pas une fatalité, abandonner le seiðr serait « revenir dans le droit chemin », et ainsi, être accepté de nouveau comme un guerrier à part entière. Les mages et sorciers ne sont pas exclus pour ce qu'ils sont, mais pour ce qu'ils font, et qui est considéré comme une « erreur ». Et il faut de la bravoure pour marcher sur un chemin dont on essaye de vous détourner.

Seiðmaðr : homme pratiquant le seidr. Oui le titre du chapitre est un peu bizarre aujourd'hui, ma chère Greeninouni pourra témoigner de ma galère pour en trouver un...


Chapitre 38 : Mortal Art of Seiðmaðrs


Une remarque de Loki, et Selín dressa la tête pour retourner un regard farouche au dieu malicieux qui faisait facilement une tête de plus que lui. Ses mèches brunes ondulées s'agitèrent, accentuant son humeur, et le sourcil du côté tatoué de son visage se haussa.

– Comment ? Voyons, Loki, penses-tu vraiment que j'aie de la place aujourd'hui ? A la dernière minute ? Je suis sollicité de toutes parts, n'as-tu pas eu vent de mon talent ? Ne crois pas que je vais changer mon agenda pour accueillir un prince !

Impassible, Loki considéra à peine l'Asgardien qui s'agitait derrière le comptoir depuis lequel il notait l'horaire de ses clients. Son regard s'était perdu vers le vide derrière son interlocuteur. Calmement, il finit par rétorquer :

– Nous passons aux Thermes avant de te voir, attends-nous dans une heure.

– Une heure ? Bien bien, obtempéra le jeune homme en écrivant dans son carnet.

Freyr ne s'étonna pas davantage de cet échange que de toute la conversation qui l'avait précédé. L'Ase masseur s'avérait pour le moins farfelu, et la tolérance de Loki à son égard, légendaire.

Selín fit tournoyer son crayon et le plaça entre ses dents. Il posa sur ses deux clients deux yeux azurs pétillants, se retourna pour consulter un écran, puis leva un index en l'air.

– Je suppose que vous préférez la solitude… Les bassins Ukjil et Voð sont vides.

– Voð, répondit Loki.

– Je vous accompagne ? Proposa la voix suave.

– Je me souviens du chemin, déclina l'Ase.

Hochant la tête, le Jydill – nom attribué au plus expérimenté mage masseur de ces lieux, avait appris Freyr – les salua avec enthousiasme. Loki replaça son masque et la capuche de son manteau, ce en quoi Freyr l'imita, et s'éloigna du centre de la salle pour emprunter un couloir dissimulé derrière un rideau de dentelles.

Ignorant comment qualifier son ressenti depuis sa rencontre avec Selín, le Vane se contenta de ricaner discrètement dans le dos de son ancien disciple, ce qui ne passa pas inaperçu auprès de ce dernier.

– Il est particulier, admit-il en lui adressant un regard amusé au-dessus de son épaule.

– Mais tu l'aimes beaucoup, ne put s'empêcher d'ajouter Freyr.

– Il est tout ce que le Palais méprise, indiqua Loki sans réellement répondre.

Le roi laissa le silence paisible à peine perturbé par le son de leurs pas nourrir sa réflexion. Le ton plat de Loki banalisait son observation, mais il entendait bien plus que cela dans ses mots. Un regret, une interrogation, une frustration, une colère, un abattement, une faille poursuivant la fracture qui l'affaiblissait au point qu'il se résolve à l'admettre sans ciller.

Lui qui était si prompt à se lancer dans l'analyse et à rassurer Loki par celle-ci, se montra soudainement plus franc. La logique et l'explication n'apaisait pas un doute sous-jacent.

– J'aime cette indépendance d'esprit et de jugement chez toi, confia-t-il.

Loki ne lui adressa pas un regard tel que précédemment, il poursuivit son chemin comme s'il ne l'avait pas entendu. Au bout de quelque secondes, un souffle malicieux lui échappa :

– Je le sais.

Ils débouchèrent sur une salle, et cela interrompit leur conversation. La beauté de la caverne que Freyr découvrit, de toute évidence naturelle d'après la forme ronde et irrégulière des strates colorées qui s'empilaient dans la roche, le laissa silencieux. Loki, quant à lui, se retourna pour capter dans la vivacité des pupilles de son aîné le sentiment qui l'avait saisi.

– Voð est mon bassin favori.

– Et tu as toujours eu très bon goût.

Loki ricana.

– Tu es bien flatteur aujourd'hui, que veux-tu ?

– Rien de plus que le privilège de te flatter, fredonna le Vane.

– As-tu lu le règlement à l'entrée ?

Devant son sérieux, Freyr lui retourna un regard perplexe.

– Pourquoi donc ?

– Il est stipulé clairement que toute interaction d'ordre sexuel est interdite. Je t'en informe puisque je te trouve suspect.

Le roi éclata de rire.

– Je n'ai probablement pas besoin de te flatter pour que nous brisions le règlement.

– Vraiment ?

– Oui, mon magnifique prince, chantonna Freyr.

– Tu recommences.

– Oh, Loki, que tu es attentif, comme toujours…

– Ça suffit, sourit l'Ase en se détournant de lui. Depuis que je t'ai laissé coucher avec moi tu es devenu niais.

– Que tu m'as laissé ? S'esclaffa le Vane. Dois-je te remercier ?

– Certainement.

Freyr haussa les épaules et suivit Loki vers une pile de serviettes bleutées.

– Depuis que je t'ai laissé coucher avec moi tu es devenu arrogant, répliqua-t-il.

Loki feignit l'offense et avant qu'il ne puisse se diriger vers un paravent non loin du bassin, il sentit un souffle rauque contre son oreille qui lui arracha un rire joueur :

– Je te montrerai aisément que je n'ai rien de niais…

– J'attends cela avec impatience, ronronna l'Ase, véritable amateur de ces jeux de séduction.

Loki fut le premier à déshabiller puis à se glisser dans le bassin, qui le détendit si bien qu'il garda les yeux clos pour savourer le plaisir de son corps délassé. Néanmoins, il n'oublia pas son avantage à s'installer dans la source thermale avant Freyr, et ouvrit un œil pour le scruter lorsqu'il s'installa à ses côtés. Le Vane ne manqua pas son regard et leva les yeux, amusé. Au son grave et contenté qui fit vibrer la poitrine du souverain au contact de l'eau, Loki fut agité d'un frisson agréable. Il ne s'attrista pas que la vision de ce corps nu lui soit en partie dérobée, car le visage délecté du Vane rejeté en arrière et la sensualité délicieuse de sa silhouette épousant les courbes de la paroi sans résistance achevèrent de le provoquer vicieusement.

Il ne brida pas sa curiosité, jusqu'à ce que son regard ne retombe sur la cicatrice qui barrait discrètement le flanc de Freyr depuis qu'Eir l'avait en partie estompée. Il n'éprouvait plus autant de gêne à sa vue, pourtant, il trouva difficile de l'ignorer, et finit par déposer un index contre la peau blanchie.

Freyr détacha son crâne du rebord rocheux pour se redresser, et sans croiser son regard, le sien rivé sur la marque de la blessure cautérisée, il sut que le Vane le scrutait attentivement. Peut-être avec un peu de peine.

– Si elle t'importune autant, je la ferai complètement disparaître.

– Ce n'est pas ce que tu veux, sinon elle ne serait déjà plus sous mes yeux, fit remarquer l'Ase. Tu veux te souvenir de cet affrontement.

Freyr secoua la tête et porta une main au visage du prince. Il frôla sa tempe et replaça quelques mèches qui protégeaient son regard du sien.

– Non, je ne pense pas qu'il soit utile de ressasser les événements ou de les exposer toute sa vie à ses yeux. Mais du vivant de Nerthus, j'ai besoin d'une…preuve…

Il inspira fortement et laissa sa phrase en suspens. Sa main tomba contre le cou de l'Asgardien.

– Loki, ces flammes puissantes nées de ta magie, sache que je suis honoré de les porter.

Le prince secoua la tête.

– Elles sont faites pour tuer, Freyr.

– Mais tu les as maîtrisées pour me sauver, contredit le Vane, et je suis fier d'être le seul à les avoir contemplées sans perdre la vie.

– De quelle « preuve » as-tu besoin du vivant de Nerthus ? Demanda soudainement Loki en rencontrant son regard avec plus de vivacité.

Le soupir de Freyr mêlé à son faible sourire cria qu'il avait espéré ne pas être confronté à cette question, mais Loki n'était pas du genre à ignorer sa précédente hésitation. Il abaissa le regard vers la surface de l'eau.

– Même les Thermes ne sont pas suffisants pour nous épargner ce genre de discussions, s'amusa-t-il amèrement.

– On ne se délivre pas d'une confession, on se délivre d'une souffrance, murmura Loki. Tu m'as enseigné cela autrefois.

Freyr ricana.

– Tu utilises mes paroles lorsqu'elles t'arrangent, Langue d'Argent.

– Toujours.

Le souverain expira lourdement et composa sa réponse en regardant le plafond de roches colorées. Loki attendit patiemment, concentré sur l'air pensif et mélancolique de son ancien mentor.

– J'ai besoin d'une preuve qu'elle ne m'aime pas, chuchota Freyr au bout d'un long moment.

Sa gorge était enrouée, et la seconde d'après, son regard détourné. Loki fut pris au dépourvu. Ce n'était pas le fils révolté qu'il entendait, ni même le roi résigné.

– Que veux-tu dire ? Demanda-t-il prudemment.

Mais Freyr soupira.

– Vraiment, ce n'est pas une conversation qui devrait nous distraire-

– Freyr, il est un peu tard pour ça, intervint Loki. Je t'ai rarement surpris tenir de tels propos. Eclaire-moi.

– Mes…propos sont pathétiques.

– Et que-

– Ce sont les propos d'un enfant et d'un imbécile, Loki. Je ne veux pas aborder ce sujet.

Le jeune prince ne pensait pas être blessé durant cette conversation qui malmenait si profondément son ancien mentor, et pourtant, il reçut ces paroles comme une gifle. Il n'eut pas le temps d'y songer, sa colère parla plus vite que son interlocuteur ne l'apitoya :

– Combien de ma honte vais-je te confier avant que tu ne laisses transparaître la tienne ? Siffla-t-il rudement, sans s'arrêter au regard défait qui observa soudainement sa réaction. Tu ne peux pas sous-entendre puis fuir la seconde suivante.

– Très bien, Loki, calme-toi, apaisa immédiatement le Vane, très surpris.

Il avait déposé sa main contre l'épaule du Jötunn et le sentit se détendre rapidement. Lui-même constatait certainement l'exagération à laquelle l'avait mené sa frustration. S'ouvrir l'avait rendu nerveux, et ne pas voir sa confiance retournée, furieux, songea Freyr. Il voulait une réponse, mais pas autant qu'il ne souhaitait se débarrasser du malaise qui le dominait lorsqu'il se rappelait toutes ces choses que le Vane savait à son propos.

Pour autant, Loki ne sembla pas trouver la volonté de s'excuser, car ses lèvres s'entrouvrirent sur un son parfaitement muet. Freyr sut s'en contenter, mais cette habituelle incapacité à se faire pardonner de la part de l'Asgardien ne lui plaisait pas pour autant.

Encore une fois, il voulut soupirer : comment quelques minutes dans cette eau relaxante avaient pu prendre cette tournure ? Une part de lui éprouva l'envie de se rapprocher de son régent pour dissiper cette tension, mais une autre s'était vexée d'avoir été sermonné ainsi.

– C'était un peu agressif, admit soudainement Loki en murmurant.

Cette tentative réticente de se faire pardonner, ridiculement indirecte, dissipa entièrement l'animosité de Freyr. L'effort surhumain qu'avait produit Loki pour bredouiller un semblant d'excuse aussi misérable s'imposa immédiatement à lui en manquant de provoquer son hilarité. C'était un euphémisme indécent, une réaction charmante parfaitement caractéristique de son ancien élève.

– Combien as-tu donc lutté pour admettre cela ? Ne put-il s'empêcher de plaisanter.

Loki se vexa dans la seconde et Freyr leva ses paumes en guise de défense.

– Bien, bien ! Je vais répondre, ainsi nous pourrons apprécier ces thermes à leur juste valeur. Je n'ai aucune envie de me quereller avec toi.

L'Ase reprit des traits plus doux. Freyr sourit, mal à l'aise.

– Je n'ai jamais parlé de ça. C'est d'une stupidité haïssable. Je n'ai pas…

Il regarda ailleurs, refusant de croiser le regard de Loki.

– Une part de moi croit encore en elle. J'ai besoin d'une raison rationnelle de la vaincre pour en être capable… J'ai besoin d'une preuve que c'est la seule solution.

Il secoua la tête avec frustration, révolté par les propos qu'il tenait. C'était tellement idiot !

– M'apitoyer sur mon sort après des siècles, préférer penser que je pourrais la tirer de sa folie… C'est d'une naïveté honteuse et repoussante ! Alors que je sais que je me trompe !

– Freyr…

Prenant son visage dans une main, Freyr laissa échapper un grondement colérique. Il frissonnait. Loki saisit son bras.

– Tu ne serais pas mon Meistara si tu étais un imbécile.

L'énergie et l'animosité en lui retombèrent soudainement pour ne laisser place qu'à une profonde mélancolie.

– Je ne pense pas l'être, Loki… Mais ces pensées le sont. J'ai l'impression de ne plus être moi-même lorsqu'elles me traversent. Elles trahissent ma volonté.

Il osa enfin lever le regard, l'air fatigué.

– Nerthus a une…emprise sur moi. Etre contraint de l'avouer…

– Personne n'exige que tu l'élimines toi-même, raisonna l'Ase.

– Mais je ne peux laisser personne le faire à ma place. Je hais ce lien et je le briserai. Je ne veux pas la laisser me vaincre de cette façon.

– Elle ne te vaincra d'aucune façon. N'est-ce pas ? Accentua Loki en glissant sa main contre la cicatrice.

L'amusement et la tendresse se mêlèrent à l'expression morne du Vane. Il couvrit la main sinistre de la sienne.

– Non, elle ne me vaincra pas, autrement tu serais capable de me tirer du monde des morts pour me tuer de tes propres mains.

– Tu as tout compris.

Le souverain expira longuement, comme pour se débarrasser de toute la tension accumulée.

– Je ne sais pas comment nous sommes arrivés à ce sujet, rit-il amèrement. Ce n'était pas mon intention, je te suis reconnaissant de m'avoir montré cet endroit, Loki.

L'Ase s'en enorgueillit visiblement, une expression qu'apprécia grandement son aîné. Pour l'avoir vu souffrir, hurler et détruire, l'observer se réjouir avait un goût particulier, précieux, et unique. Parfois, la rancune et la douleur qu'exprimait son ancien disciple le désespérait de le voir un jour épanoui.

Une certaine vulnérabilité motiva les lèvres qu'il déposa contre le front de l'Ase. Il cacha sa réflexion dans le sourire qu'il adressa à l'air surpris de Loki.

L'avenir m'apprendra peut-être que je perds mon temps. Sa haine demeure forte, et mon amitié n'est pas suffisante pour la brider.

L'Asgardien, achevant la discussion précédente, s'éloigna pour récupérer un plateau de fruits sur le bord. De plus en plus pensif, Freyr se glissa davantage dans l'eau.

Pourquoi a-t-il fallu que la vie vienne t'éprouver à ce point, Loki ? Un homme comme toi, si intelligent, si plaisant, si joueur ? Tu n'es pas la malveillance qui te ronge. Tu mérites mieux que la haine. Et pourtant, même moi, je doute de toi.

Loki tendit le bras vers un large agrume violet, et posant ses coudes contre le rebord du bassin, commença à en arracher patiemment la peau, les paupières se fermant répétitivement avec la chaleur et la langueur qui s'emparait progressivement de ses muscles. Il les ferma complètement au contact des dents de Freyr contre sa nuque, agressives, et de ses bras autour de sa taille. Délecté par la sensation que le Vane laissait sur sa peau, il pencha sagement la tête d'un côté.

– Est-il si évident que je ne suis pas homme à défendre le règlement de ces bassins, ou bien comptes-tu m'offrir tant d'attention pour finalement me laisser frustré ? Ronronna l'Ase.

– Ce qu'il te plaira le plus, jeune prince.

– Je peux demander tout ce que je veux ? Susurra-t-il.

– Apprends à mesurer ton exigence.

Joueur, Loki gronda.

– Bien, mon maître.

Le toucher léger s'arrêta le temps que Freyr souffle contre sa peau.

– Je croyais que nous étions d'accord à propos de ce titre, mais tu ne sembles pas vouloir t'en séparer facilement, Lærisveinn.

Loki frémit.

– Et tu me donnes la réplique, glissa-t-il en un murmure suave, à peine expiré.

Une main se détacha de son ventre et la seconde d'après, un long frisson le parcourut au contact des ongles qui glissèrent le long de son dos jusqu'à ses reins. Il appuya entièrement ses avant-bras contre le bord du bassin et plaça sa tête entre eux.

Freyr suivit son mouvement pour embrasser la racine de ses cheveux, dévoilée par les mèches qu'il avait écartées. Loki montra son plaisir d'un grondement rauque contre son coude. Ses paupières closes, il inspirait profondément, infiniment détendu, se laissait faire sans aucune méfiance ou gêne. Le Vane mordit son épaule, remonta sa main jusqu'à une omoplate qu'il massa.

Oui, il avait peur.

Si Loki laissait de nouveau sa colère parler il n'y aurait pas de retour en arrière possible. Il ne pourrait rien pour lui. Et cette angoisse alimentait l'élan possessif de son bras passé autour de lui, des morsures qu'il apposait contre sa peau, motivait sa volonté d'égayer Loki. Freyr espérait à jamais avoir une prise sur sa personnalité pour l'empêcher de sombrer.

La satisfaction du jeune mage le tranquillisa progressivement. Alors ses gestes se firent plus délicats, plus caressants. Bientôt, sa poitrine se déposa contre son dos et son front contre son épaule. Seule sa main droite caressait encore le flanc pâle jusqu'à sa hanche immergée. Freyr se réjouit de la docilité de Loki : se laisser toucher passivement n'était pas une habitude très asgardienne, et le prince appréciait de tout contrôler.

– Si nous poursuivons, nous ne profiterons pas de cet endroit et serons en retard, chuchota le Vane.

– Et moi qui voulais tant briser le règlement… Soupira Loki.

Contre ses lèvres, Freyr sentit le voile doux d'un quartier du fruit que Loki épluchait. Il le saisit entre ses dents avant de se détacher du Jötunn et se laissa chuter en arrière pour glisser dans l'eau jusqu'aux clavicules. Il redécouvrit avec plaisir le goût sucré du Svekur asgardien, fruit que Loki adorait depuis aussi longtemps qu'il le connaissait. Et ce petit détail plein de nostalgie le calma.

L'Ase, les yeux fermés lorsqu'il dégusta l'agrume, s'immergea pareillement. Pour la première fois, ils se focalisèrent réellement sur les bienfaits de l'eau, laissèrent la vapeur embrumer leur vision et humidifier leurs visages, permettant à un silence serein de s'installer entre eux.

~oOOoooOOo~

Sans doute parce que Selín devait porter un vêtement sobre par-dessus sa tenue lorsqu'il l'avait rencontré, Freyr n'avait pas pris note de son apparence plus tôt. Un petit océan de détails extravagants chez le jeune homme vint intriguer son regard. L'œil bleu clair qui transperçait joyeusement quelques mèches brunes vagabondait partout, énergique, alerte, joueur. Il reflétait les touches azures de son léger haut gris perle, qui scintillaient répétitivement au moindre de ses mouvements. Autour de son cou, venant frôler les symboles tatoués sur son épaule droite, serpentait une écharpe bordeaux parcourue de tout son long par une ligne bleue très saturée, dans laquelle il venait parfois étouffer un rire taquin. Son pantalon, ample, d'une teinte brique un peu rosée, s'enfonçait dans de hautes bottes noires lacées dont les talons heurtaient le plancher pour marquer une démarche gaiement insouciante. Accompagnant leur mélodie, des colliers et bracelets de toutes les couleurs et matières cliquetaient aux poignets de la petite créature colorée qui s'agitait incessamment.

Quelle inhabituelle liberté témoignait cette attitude si peu asgardienne… Freyr ne s'étonnait pas qu'une telle personne ait pu attirer l'attention de Loki, mais se réjouissait avec surprise que ledit prince ait admis son respect pour Selín, quand bien même cela niait un peu plus sa légitimité à se proclamer Asgardien auprès de ses pairs.

– Je me suis encore amélioré pendant tes trois décennies d'absence, Loki, fredonna le Jydill en leur désignant l'une des tables de massage de la pièce rocheuse et parfumée dans laquelle il les avait emmenés. Lequel d'entre vous souhaiterait commencer ?

– J'aurais tout d'abord une requête, déclara plus sérieusement Loki, sous l'œil attentif du Vane.

– Bien sûr, acquiesça Selín en perdant son sourire, intrigué.

S'étant préparé à cette conversation, Loki ne prit pas de détour et conserva son flegme en s'expliquant :

– Ma perception de ma magie a été lésée, je souhaite la retrouver, abrégea-t-il.

– Lésée ? Interrogea Selín. Comment ?

– Est-ce ta curiosité mal placée qui parle ?

Le menu Ase soupira, de toute évidence frustré, mais il sembla à Freyr davantage inquiet qu'agacé de ne pas recevoir de réponse. On ne souffrait pas d'une blessure comme celle de Loki par hasard.

– Bien, allonge-toi.

Loki se contenta de retirer le manteau noir des Thermes puis s'installa sur la table devant le mage, qui tira un siège pour s'y asseoir après en avoir désigné un pour le Vane.

– Approchez-vous, Freyr, votre lien pourrait être utile, lui sourit-il.

Même si la coutume des Thermes d'être appelé par son prénom l'interpella une nouvelle fois, le roi ne se fit pas prier, et posa ses coudes contre le matelas en observant les gestes délicats de Selín lorsqu'il posa une main contre le crâne de Loki. De l'autre, il frôla sa propre joue pour stimuler le tatouage de runes magiques qui entourait son œil, dont l'iris commença à changer de couleur constamment.

Loki gronda faiblement, mais sa retenue ne trompa personne, et tira le mage vane de sa contemplation curieuse du pouvoir de Selín.

– Je ne fais qu'observer… Est-ce douloureux ? Demanda le Jydill.

Obstiné, mais surtout anxieux, Loki nia. Freyr, qui avait senti ces émotions le traverser, diffusa sa magie calme dans le corps du Jötunn en posant une paume contre son bras. Loki entrouvrit brièvement ses paupières mais les referma immédiatement en serrant la mâchoire. Il souffrait, mais il y avait aussi de la crainte dans sa façon de se raidir.

– Ça ne va pas aller, commenta Selín. Si la simple présence de ma magie est pénible, le reste sera intolérable.

– Je peux atténuer la douleur, proposa Freyr en changeant le flux de la magie qu'il insufflait.

Selín hocha la tête en voyant Loki plus détendu, bien que ce dernier semblait vexé d'être ménagé. Il s'adressa à lui avec plus de sérieux :

– La perception de ta propre magie n'a pas été coupée par accident, pour que tu sois si atteint. Je te recommande de me donner quelques détails.

– Une créature dotée d'une magie extérieure à Yggdrasil l'a coupée, en extrayant des souvenirs de ma mémoire, fut tout ce que Loki put admettre.

– Une magie extérieure ? Comment…

– Ce n'est pas le sujet, siffla-t-il.

– Depuis combien de temps portes-tu cette blessure ?

Loki sourcilla.

– Une vingtaine d'années, à présent.

Sélin marqua un silence stupéfait.

– Deux décennies ? C'est inimaginable, n'as-tu eu aucun accident ?

Freyr songea amèrement à l'état de souffrance intense de Loki au lendemain de son couronnement vane lorsque, face à Nerthus, il avait perdu le contrôle de sa magie. Il n'avait pas fallu une seconde pour que l'Ase s'effondre au déferlement de la magie de son Meistara. Ce n'était pas gênant de perdre le contrôle pour un mage lorsque celui-ci percevait sa propre magie : inconsciemment, il se mettait alors à en rejeter pour ne pas en souffrir et être empoisonné par un surplus. Mais Loki ne percevait plus rien, et ainsi, ne plus être capable de connaître ses limites empêchait son organisme de réagir de la sorte. Il était vulnérable à toute impulsion de magie passionnelle, qu'elle vienne de lui, ou bien de Freyr.

Néanmoins, Loki préféra éluder cet épisode :

– Ma magie a été partiellement scellée à mon emprisonnement, jusqu'à peu. Je n'aurais pas pu franchir ma limite.

Cette fois-ci, ce fut le choc qui s'empara des traits du Jydill. Probablement inconsciemment, son pouce décrivit une caresse douce contre le front du prince.

– Loki, un sceau appliqué avec une telle blessure n'a pas seulement laissé ton lien avec ta propre magie abîmé et inutilisable. Même si je rétablissais ta perception, il te faudrait du temps et de l'assistance pour que tu parviennes à la ressentir et à la maîtriser. Comme un muscle, le peu d'exercice l'a atrophiée, et un sceau réduisant l'intensité de ta magie n'a pu qu'accentuer ce phénomène.

– Je l'entrainerai.

– Non, tu ne comprends pas, soupira Selín. Tu ne peux pas l'entraîner toi-même, tu pourrais bien la perdre à jamais. Il est impossible de l'entraîner avec assez de subtilité pour ne pas la fragiliser davantage.

– Que suggérez-vous, Selín ? Intervint le Vane, préoccupé par cette explication.

Le Jydill se redressa vers Freyr et le questionna à son tour en massant attentivement les tempes de l'Ase.

– Je n'ignore pas les évènements de ces derniers jours. Si vous venez me voir maintenant, cela signifie que vous allez vous battre.

Freyr ne crut pas nécessaire d'acquiescer. Les lèvres de Selín se pincèrent, et son regard pensif retomba sur Loki.

– Il est trop risqué de te battre dans cet état. Le moindre écart de l'un de vous pourrait te tuer, tu en es conscient ?

– Ce n'est pas la réponse que j'attends, siffla le concerné. Tu as une solution.

– Une solution serait de sceller tes pouvoirs pour ne pas subir les caprices de ta magie ou de celle de ton Meistara, et de ne pas prendre part au combat.

– N'ébranle pas le respect que j'ai pour tes dons, gronda sèchement l'Ase. Cette alternative ne m'intéresse pas.

– C'est probablement la plus raisonnable, intervint à son tour le Vane.

– Freyr, tu connais mon opinion à ce propos.

Et en effet, le Vane soutint le regard émeraude sans insister. Nerthus avait manqué de le tuer, donc l'Ase ne le laisserait pas l'affronter seul de nouveau, et ne s'écarterait pas d'une possibilité d'abattre la reine déchue.

Dans cette situation, le croyant lâche, nombre d'Ases auraient supposé que leur second prince saisirait la première occasion de déserter le champ de bataille. De toute évidence, ils ne le connaissaient pas. Loki n'avait rien de l'inconscience héroïque de son frère, n'accordait pas d'importance réelle aux affrontements qui ne le concernaient pas, mais il ne fuyait pas. Il se battait pour gagner et perdait pour se venger. La fuite n'avait aucune place dans la haine et la rivalité qui le liait à ses ennemis, et dans ce conflit face à Nerthus, Freyr reconnaissait l'aura meurtrière de son ancien disciple. Loki était un mage à la combativité passionnelle absolument létale, et Freyr mentirait s'il prétendait ne pas être fasciné par cet effrayant trait de personnalité chez lui.

Sorti de nulle part, un sourire éclaira le visage du Jydill, attirant l'attention du Vane.

– La deuxième solution est plus avantageuse pour moi, car elle suggère que vous me rémunériez généreusement, souffla-t-il.

Loki rit discrètement, soulagé et amusé par cette remarque. Selín poursuivit :

– Ta blessure correspond à une Faïnn-Sóð, une infection de magie – et ne dites pas « empoisonnement », je vous en prie, ce terme est rentré dans le langage des mages combattants depuis des siècles mais il ne veut pas dire exactement la même chose... S'exaspéra le Jydill. Quoi qu'il en soit, contrairement à une Faïnn simple, une Faïnn-Sóð est une infection de magie qui ne se répand pas. C'est un cas très rare : la grande majorité des Faïnn sont une infection de seidr noir chez un mage blanc, ou l'inverse…et dans ce cas, les similarités des seidr noir et blanc permettent à la magie infectante de se mêler à la magie résidante – c'est ce phénomène qu'on appelle empoisonnement et qui peut mener à la mort. Cependant, tu as été infecté par une magie extérieure à Yggdrasil, trop différente de la tienne, et de ce fait, incompatible pour un empoisonnement. La magie étrangère ne s'est pas mêlée à la tienne et est demeurée stagnante au niveau d'une zone de ton cerveau.

– Et elle a perturbé les caractéristiques de l'Essence de mon seidr dans cette zone, devina Loki.

– Ah, il apprend si vite, soupira rêveusement le Jydill en croisant le regard amusé du Meistara. Vous avez de la chance.

– Je n'ai pas à me plaindre, avoua Freyr en détaillant l'expression du Jötunn qui échouait complètement à paraître modeste, ce qui lui arracha un sourire.

– C'est un phénomène qu'on appelle ipékkt-skynjun, une dépersonnalisation sensitive de la magie, continua Selín. La magie étrangère qui stagne au niveau de ton cerveau perturbe ta magie et l'altère. Donc lorsqu'elle atteint le système nerveux, ta magie se dépersonnalise, et tu ne peux plus la reconnaître comme tienne. De ce fait, tu ne la perçois plus. En revanche, tu peux l'utiliser, car dès qu'elle quitte cette zone, elle redevient conforme à ton Essence et retrouve ses particularités. Pour rétablir et exercer ta perception au plus vite, il est nécessaire d'extraire cette magie, ce que je suis en mesure de faire. Il me faudra ensuite réparer les veines de seidr qui ont été lésées dans cette zone, puis te faire exercer ta perception.

– Combien de temps cela prendra-t-il ?

– C'est là que je parle de rémunération, sourit l'Ase. Je serai forcé de quitter les Thermes, car il me faudra plusieurs heures chaque jour sur une semaine, au moins, et ce n'est pas une tâche aisée... Ce sera invalidant pour tes fonctions, prévint-il.

Loki hocha la tête et, prudent, continua de soumettre Selín à une pléthore de questions. Lorsqu'il s'agissait de sa magie, il ne se montrait jamais hâtif et irraisonné. Freyr avait vu plus d'un guérisseur subir, publiquement ou non, les colères et insultes du prince. On ne soignait pas un mage comme Loki de la même façon qu'un guerrier comme Thor. Pour des êtres parcourus de magie dense et active, les gestes médicinaux nécessitant la magie pouvaient induire un déséquilibre dans le seidr, temporaire, mais parfois très gênant. Et si cela enrageait la plupart des mages – d'autant plus que ces interventions médicales n'attendaient pas leur avis s'ils étaient inconscients des suites d'un affrontement – Loki était l'un de ceux qui, homme et prince, pouvait se permettre de le faire savoir vindicativement. Etre restreint dans ses capacités magiques fragilisait et humiliait bien plus que toute blessure physique, et l'être par l'incompétence d'un ou d'une guérisseuse s'avérait révoltant.

On aurait pu penser d'un homme aussi agressif envers la plupart des guérisseurs qu'il n'avait aucun respect pour eux, mais si Loki venait voir ce Selín, cela signifiait qu'il avait une parfaite confiance en lui. C'était justement car il savait comme nombre de guérisseurs pouvaient se montrer médiocres qu'il tenait en haute estime ceux qui effectuaient leur tâche avec minutie et dextérité. Son respect était d'autant plus grand qu'il n'éprouvait pas de jalousie envers eux : sa magie médicale lui avait été enseignée par Frigga et il en était fier, il n'aurait pas pu lui préférer d'autres capacités.

Freyr les écoutait vaguement et s'amusa du peu de résistance qu'opposa Selín dès la première proposition de salaire de Loki. Le prince se montra généreux, et le Vane ne sut pas déterminer s'il devait mettre cette attitude sur le compte de son amitié pour le Jydill ou sur le fait qu'il utilisait l'argent du palais d'Asgard.

Il avait tout de même une petite idée de la réponse.

– Vous n'êtes pas seulement ici pour ce malheureux problème, n'est-ce pas ? Rappela Selín à la suite de leur courte négociation. Qui sera le premier ?

– Freyr, ricana immédiatement l'Ase en se relevant pour laisser sa place. Je ne veux pas lui gâcher la surprise de tes pouvoirs, Selín.

Le Vane haussa un sourcil destiné au prince qui lui adressait un regard joueur, et il se demanda ce qui pourrait tant le surprendre chez les capacités du Jydill.

– Aucune raison de s'inquiéter, lui assura Selín. Loki craint simplement de s'endormir s'il passe en premier et de ne pas pouvoir observer votre réaction.

Dans le dos du masseur, le concerné siffla. Il ne nia pas pour autant.

– Je suis navré, si je vous donne la moindre explication avant de commencer, Loki s'offusquera, dit-il en tendant au Vane une serviette bleutée extrêmement douce. Vous pouvez vous changer dans la pièce juste ici, enroulez simplement la serviette au niveau des hanches.

– Je ne pense pas qu'il tiendra jusqu'aux hanches de toute façon… Tu peux très bien garder le bas, ronronna Loki.

– Voyons Loki, joue le jeu, au moins pour le plaisir des yeux, fredonna Selín.

Bien. Freyr n'avait aucune idée de ce qui allait lui arriver, mais de toute évidence, ses deux interlocuteurs s'en réjouissaient.

– J'ai le sentiment que vous conspirez contre moi, souffla-t-il en quittant la pièce.

– Pas du tout, répondirent les deux Ases d'une même voix – compromettant clairement leur crédibilité.

Lorsqu'il revint, Loki s'était assis sur une deuxième table de massage qu'il avait poussée près de la sienne. N'étant pas encore complètement – à son goût – parfait connaisseur du physique du Vane, il le parcourut ostensiblement du regard avec un brin de possessivité qui fit sourire le concerné.

– Vous pouvez vous installer sur le dos, Maître Freyr, sourit Selín.

Le Vane haussa un sourcil espiègle.

– Je suis devenu « Maître » depuis que je suis à moitié dénudé, Selín ? Lâcha-t-il.

Complètement pris de court par son audacieuse provocation, Loki écarquilla les yeux puis éclata de rire.

– Ne le tente pas, il est assez dépravé sans qu'on ne l'encourage, articula le prince dès qu'il le put.

Et dépravé, Selín en eut l'air en plissant les paupières avec un rire discret.

– Je suis heureux que nous ayons le même sens de l'humour, Maître, murmura suavement le Jydill avant de retirer son écharpe non sans exagérer la sensualité dans ce mouvement.

Ce jeu ne crispa pas Loki, il en devint même un observateur diverti. Quand son aîné s'allongea, il se pencha au-dessus de lui et trouva son regard avec malice, une malice qui se mêla à une sorte de tendresse lorsqu'il s'exprima :

– Ferme les yeux, demanda-t-il.

Et adouci par la chaleur de cette voix, Freyr ne se fit pas prier. La main qui se posa avec délicatesse sur son épaule fut certainement celle de Loki – il reconnaissait la température tiède typiquement jötunne – et les deux autres, de chaque côté de sa mâchoire, celles de Selín.

– Inspirez et expirez profondément, Freyr, souffla le Jydill. Concentrez-vous sur le flux de votre magie.

Et le Vane s'y attela sans difficulté.

Jusqu'à ce que cela arrive, d'un coup. Un flot de chaleur délicieux envahit ses veines de magie, caressa chacun des pores de sa peau, fit vibrer tout son être en sollicitant un râle de plaisir qu'il n'aurait pu réprimer, et son sang afflua vers son crâne en laissant le reste de son corps léger et vaporeux. Son pouls accéléré, ses pupilles immédiatement dilatées, la légère humidité de sa peau, le firent frissonner intensément.

Furieux et euphorique, son seidr grondait, glissait et sifflait contre celui du Jydill. Submergé par cette sensation, il cessa de percevoir son corps, et seule sa magie déchaînée s'imposa à lui. Il lui fallut quelques secondes pour entendre l'appel de l'Ase qui avait ainsi stimulé son seidr.

– Freyr ? Ouvrez les yeux et regardez-moi, souffla-t-il. Et rappelez-vous : respirez. Voyez-vous mon œil droit ? C'est avec lui que je peux visionner votre magie. Apaisez-la progressivement, Maître… La première fois est toujours un peu brutale, ajouta-t-il en feignant un ton innocent qu'un regard aguicheur décrédibilisa complètement.

Freyr l'écouta. L'œil de Selín brillait, changeait de couleur, comme lors de son observation de la blessure du prince, et le tatouage qui l'entourait scintillait au point de l'éblouir. Il se concentra sur sa magie, commença à en reprendre les rênes, avant que son attention ne soit attirée vers Loki, dont il perçut la magie émeraude contre la sienne, et la paume contre sa poitrine.

Le jeune dieu remarqua immédiatement le regard qui lui était adressé, et lui retourna le sien. Ses pupilles dévoraient ses iris verts, ses lèvres s'étaient entrouvertes sur un sourire et une profonde exaltation peignait ses traits.

Loki partageait sa perception à travers leur lien. Un plaisir pur le parcourait en frissons ardents.

Freyr sourit, referma les yeux, et fit pulser brièvement son seidr contre celui du prince comme pour le saluer. Il entendit le rire discret de son "interlocuteur".

Selín soupira d'amusement.

– Loki, Loki…tu le déconcentres.

Les pupilles brûlantes et excitées du prince glissèrent vers lui.

– Freyr n'a pas besoin de concentration pour ça.

Sa défense arracha un sourire attendri au Jydill. Une vraie mère protégeant ses petits.

– Certainement, admit-il. Son seidr se stabilise rapidement... Vous devez avoir une magie très sensible et perceptive, Maître Freyr, fit-il remarquer. Seules les magies particulièrement portées sur l'analyse des corps étrangers réagissent aussi vivement à cette expérience.

– C'est le cas, répondit Loki à la place du concerné, témoignant sa connaissance du seidr de son ancien mentor.

– Nous allons pouvoir poursuivre, annonça alors Selín en retirant ses mains du crâne de Freyr. Cette fois-ci, mettez-vous sur le ventre, Maître.

Il semblait que Selín continuerait à nommer le Vane ainsi, malgré les usages des Thermes, songea Loki. « Maître », sans le nom de l'intéressé pour le suivre, était assez familier, souvent exclusif aux Lærisveinns face à leur Meistara. Le prince aurait pu s'agacer de cette proximité, mais il se trouva étonnamment indulgent à l'égard de cette liberté que prenait Selín. Il n'y avait rien de possessif, d'arrogant ou de réellement provocateur dans sa manière de s'adresser à Freyr, au contraire, il y avait du respect dans la complicité qu'il instaurait, sinon il ne se serait jamais permis d'agir ainsi face à Loki. Il le connaissait assez pour savoir que le prince n'hésiterait pas à formuler son exaspération.

Et puis, Selín avait un droit particulier qui apaisait Loki sur une telle question, un droit octroyé par son propre statut de Lærisveinn. S'il avait aujourd'hui pris un chemin différent de son Meistara et ne le fréquentait plus, il connaissait la nature du lien que les Lærisveinn et Meistara partageaient, et ne se permettrait pas d'y porter atteinte. Aujourd'hui, rares étaient les mages – et encore plus rares les hommes mages – qui décidaient de se lier ainsi, donc Loki se sentait, d'une certaine manière, proche du Jydill.

De toute façon, il n'aurait pas confié Freyr à un homme très très porté sur le genre masculin sans avoir une parfaite confiance en lui.

Il se demanda si Selín avait entendu ses dernières pensées lorsqu'il lui adressa un regard doux qui le tira de sa réflexion.

– C'est l'occasion pour toi d'améliorer ta connaissance et ta pratique de ma technique, Loki. Je commence, et tu poursuis dès que tu le souhaites ? Proposa-t-il.

L'Ase sourit. Le Jydill n'aurait pas manqué de comprendre leur proximité, et de lui proposer exactement ce qu'il voulait depuis le début : voir Freyr plier sous son contact, fondre sous sa magie.

– Avec plaisir, Selín... Et oui, j'économiserai mon seidr, Freyr, ronronna-t-il, certain qu'il s'inquièterait de le voir utiliser la magie alors qu'il devait déjà maintenir son clone sur Álfheim.

Sur la table, allongé sur le ventre et la tête sur ses bras croisés, le seul regard de biais et sourire que le Vane pouvait lui adresser marquèrent son approbation. Selín renchérit :

– Cette technique consomme très peu de seidr. La magie n'y est pas utilisée comme une source d'énergie, plutôt comme un outil, comme…une extension de soi. Notre magie va servir à orienter la vôtre, pour qu'elle agisse d'elle-même sur votre corps. Je pense que vous comprendrez mieux une fois que vous le sentirez…

Et sur ces mots, Selín posa ses mains contre les épaules du Vane, encore très raides. Ses mains et ses avant-bras luirent, chargés de magie. Freyr ne réprima pas longtemps un soupir délassé.

Puisqu'il n'était pas lié à Selín, il ne pouvait pas sentir directement sa magie, cependant, il perçut vite ses effets. Son propre seidr se laissait manipuler par celui de Selín, glissait dans ses muscles, circulait dans son corps fluidement, réchauffait ses contractures et régénérait les tissus. C'était un maniement si subtil de son énergie magique, une œuvre si précise, qu'il lui aurait été impossible de le reproduire seul. Aucun mage ne pouvait exercer un tel contrôle sur son propre seidr.

Disparaissaient des douleurs dont Freyr n'avait même pas connaissance, si constantes et si minimes qu'elles étaient devenues une véritable part de lui-même. Contre les mains qui malaxaient les muscles de sa nuque et de ses épaules, il cédait face à la chaleur grisante qui s'étendait en ondes plaisantes dans le reste de son corps. Et il fut rendu si somnolent par ce traitement exquis qu'il comprit rapidement en quoi il ne « tiendrait pas jusqu'aux hanches ».

Et soudain, des lèvres contre son oreille, et un souffle chaleureux pour accompagner une voix malicieuse :

– Ne t'assoupis pas si vite, Freyr…

Et deux mains contre le bas de son dos. Possessives. Différentes de celles qui dissipaient la tension entre ses omoplates.

Puis un seidr. Son gémissement qu'il ne put étouffer entre ses bras.

Lorsqu'il émit ce son brusque, la satisfaction du prince lui parvint en vagues d'énergie émeraude le long de sa colonne vertébrale.

Parce qu'ils étaient liés, le seidr de Loki n'avait pas le même détachement que celui de Selín, il se mêlait au sien. Leurs magies se frôlaient, s'entrechoquaient, se cambraient l'une contre l'autre, se caressaient, se magnifiaient, et, ensemble, chantaient. Leurs énergies conjuguées hurlaient une mélodie qu'eux seuls entendaient. La mélodie d'un passé, de souffrances, de désirs, d'amour et d'unité. Leur lien sifflait passionnément sous leur peau. Il résonnait. Ils résonnaient.

– Freyr…

Et Loki ne devait pas s'être attendu à une telle sensation, auquel cas il n'aurait pas lâché ce murmure inaudible et vulnérable contre son cou.

Puis, en quelques secondes, ce fut le noir. Un noir réconfortant, affectueux, qui n'occultait pas l'émeraude de cet autre seidr.

~oOOoooOOo~

Un tabac ljósálfar roulé entre ses lèvres, Selín comptait ses flacons, concoctions et instruments distraitement. C'était la troisième fois qu'il le faisait. Il n'avait pas l'habitude de s'aventurer au-delà de la région des Thermes pour un autre motif qu'une visite chez un sorcier ou mage de sa connaissance – visites rares, car il s'entendait mal avec la plupart de ses confrères – ou une journée à parcourir les marchés fascinants d'Álfheim – royaume difficile d'accès aux Ases depuis la guerre. Alors Vanaheim ? C'était nouveau.

Donc il hésitait, éloignait de sa vue certains outils et substances pour mieux les reprendre, jusqu'à ce qu'il ne sente une présence dans son dos qui observait son troublant ménage.

– Maître Freyr, sourit-il sans se retourner immédiatement. Comment vous sentez-vous ? Entrez, entrez, je vous en prie.

Pénétrer dans la salle de travail d'un mage sans autorisation était une chose que seul un non-mage ferait. Même le statut de Freyr ne justifierait pas cette offense.

Après quelques secondes de silence, le Vane lui répondit :

– Je comprends maintenant pourquoi Loki vante vos capacités, Selín.

Sincèrement flatté, l'Asgardien sourit et lui proposa d'un geste le même tabac que le sien.

– Même si je doute qu'il soit digne du roi d'Álfheim, ajouta-t-il avec un rire détendu.

Freyr secoua la tête poliment.

– Loki est encore assoupi ? Demanda le Jydill.

Toujours silencieux, il hocha la tête. Pour un roi, il se montrait bien calme et respectueux, pensa Selín.

– J'ai massé Loki juste après vous. Il n'a pas tenu bien longtemps après la résonance de votre lien.

Au souvenir de ce moment, Freyr aurait pu se montrer embarrassé. Loki et lui n'avaient plus tenu compte de la présence de Selín, et la sensualité de leur échange n'avait pas pu lui échapper. Cependant, entre mages, de tels instants étaient naturels, plus que la sexualité elle-même. Aucune gêne ne pouvait accompagner de tels rituels de magie, si proches des émotions et du plaisir. Il n'y avait peut-être rien de plus beau pour les mages que ce bonheur tiré de leur puissance, de cette communion mentale et magique à laquelle ils parvenaient ensemble tandis que le reste du monde ne les comprenait pas.

Les interactions du seidr d'un Meistara et d'un Lærisveinn se respectaient pour ce qu'elles étaient : absolument sacrées, fortement symboliques de la solidarité des mages entre eux.

– Nous attendrons qu'il se réveille, déclara Freyr. Nous nous rendrons à Vanaheim, vous aurez une chambre au palais et accès à l'endroit où réside Loki. Sa présence n'est ni connue de nos ennemis, ni de Vanaheim, donc veillez à ne pas en parler.

– Evidemment, sourit Selín. Restez ici autant de temps que vous le souhaiterez en attendant, Maître Freyr, et faites-moi signe si vous avez besoin de quelque chose, lui dit-il lorsqu'il eut l'impression que le Vane ne souhaitait pas particulièrement retourner dans la salle où il l'avait laissé quelques heures plus tôt avec Loki.

Le souverain s'autorisa donc à détailler les titres des livres, encyclopédies, et manuscrits qui s'accumulaient dans la bibliothèque de Selín tandis que celui-ci triait ses affaires. Quelques minutes de silence s'écoulèrent ainsi.

– Pourquoi avez-vous enseigné cette technique à Loki ? Finit par demander le Vane.

Cette question l'avait taraudé à son réveil. Pour les mages, le savoir était pouvoir. Freyr n'imaginait pas que le charme, certes indéniable, de Loki, ait pu suffire pour se faire enseigner gratuitement par Selín.

Le Jydill sourit, amusé par le souvenir qui lui revenait.

– Je lui étais redevable, avoua-t-il. Même si je ne doute pas qu'il avait déjà entrevu à l'époque les avantages que me venir en aide lui procurerait, ce vicieux prince… Ah, n'y voyez pas une insulte à son encontre, je n'oserais pas en votre présence, ricana Selín.

La remarque fit rire le Vane silencieusement.

– N'ayez crainte, aucune insulte ne saurait l'atteindre à mes yeux. Mais continuez, Selín, que je puisse connaître une autre des fourbes ruses de mon Lærisveinn…

– Oh, je vous aime bien, Freyr, fredonna l'Ase franchement. J'ai été traîné dans un procès à la Cour, par un Noble asgardien disgracieux, agressif et idiot dont j'aurais presque pu prendre en pitié le caractère misérable. Je l'avais frappé au visage, avec mon physique de Furgisn

Le Furgisn était un petit insecte de montagne. L'auto-dérision amusa Freyr.

– …au terme d'une conversation très déplaisante dont le souvenir m'a incité à hurler pendant tout le procès : « Répugnant gras du bide, tu pourrais au moins te montrer respectueux avec les ergi que tu veux sauter ! »…

Cette fois-ci, l'honnêteté désarmante de l'Asgardien à l'égard de son orientation sexuelle fit vraiment rire le Vane.

– …Ce qui aurait été, admettons-le, une très mauvaise idée, continua Selín. Fort heureusement le généreux prince cadet a eu vent de ce procès. Nous nous étions connus dans les souterrains depuis plusieurs décennies déjà… Il a pris l'apparence d'un autre homme qui fréquentait les Thermes, s'est opposé publiquement à la limace rhumatisante qui voulait ma peau, et l'a fait cracher lors du procès ce qu'il ne faut jamais dire : que l'homme en face de lui, joué par Loki, fréquentait les Thermes. L'identité des membres des Thermes est secrète, c'est un motif de meurtre pour Karan et ses sbires, je me suis retenu d'éclater de rire devant l'audience ! Karan, qui assistait au procès, cette brave fille, a immédiatement négocié ma liberté contre son courroux. Je n'ai su que plus tard la ruse du prince, lorsque cet honnête homme m'a gentiment raccompagné aux souterrains de Palshenarr.

– Et il vous a demandé votre savoir, conclut Freyr.

– Il ne perd jamais le nord, acquiesça Selín. Mais quelle joie d'enseigner à un tel intellect… Il serait presque criminel de lui refuser quoi que ce soit, c'est la perle des mages des Neuf Royaumes, sourit Selín. Et encore, vous devez connaître bien mieux que moi l'étendue de ses capacités… Quel meilleur régent pour Álfheim, terre de seidr ?

Freyr se tendit légèrement, incertain. Même si Selín en parlait en tant que mage, il était Asgardien. Il s'attendait à la haine habituelle qu'amenait ce sujet. Le Jydill tiqua face à son silence :

– Vous ai-je froissé, Maître Freyr ? Ce ne serait pas étonnant, je parle sans réfléchir.

– Non, Selín, rassura le Vane. Vous êtes bien Asgardien, n'est-ce pas ?

– Peut-être est-il indélicat d'évoquer Álfheim auprès de vous, comprit le Jydill. Oui, je suis Asgardien.

Freyr secoua la tête.

– Je suis juste surpris par votre calme, Selín, avoua-t-il, toujours prudent car l'Ase se montrait véritablement courtois et amical avec lui, et il ne désirait en aucun cas l'inverse. Les Asgardiens n'ont pas oublié leur haine à mon égard.

Selín s'assit, posa le coude sur une pile de bouquins, et prit un air plus sérieux – peu commun sur son visage, réalisa Freyr.

– Certainement, soupira le Jydill. Et ils ont raison. Mais je n'ai perdu personne, alors ce qui m'a le plus marqué n'a pas été la reconquête d'Álfheim, Roi Freyr... C'est la honte que j'ai ressentie lorsque notre royaume a annexé celui des Ljósálfars. Asgard, qui méprise tant la magie masculine, volant le carrefour de toutes ses autorités…

Soudainement, étrangement, Selín ricana :

– Et puis en toute honnêteté, Maître Freyr… Je suis un homme qui exerce la magie, un homme qui aime les autres hommes, et un homme terré à longueur de journée dans un souterrain, loin du soleil d'Asgard… Vous pensez bien que si je brûlais de patriotisme, je ferais au moins un petit effort, sourit-il avant de reprendre sa tâche. Il était logique qu'Asgard paye un prix pour ses actes, et je ne me révolte pas contre ce fait. Bien sûr, les Asgardiens peuvent vous haïr, ils ont été humiliés, et pour certains, amputés de la présence de leurs proches. Mais pour ma part, je n'ai été ni l'un ni l'autre.

Selín semblait ne rien souhaiter ajouter. Freyr, pensif, s'assit à son tour.

– Je comprends pourquoi Loki vous apprécie, finit-il par avouer.

Le Jydill lui lança un regard sympathique.

– Je le comprends aussi, rit-il.

– J'apprécie tes capacités, rectifia une troisième voix.

– Déjà réveillé, mon prince ?

Loki, appuyé nonchalamment contre la porte depuis sans aucun doute un moment, retint son bâillement, mais ne prit pas la peine de répondre.

– Hâte-toi, Selín, tu nous retardes, articula-t-il paresseusement.

– Bien, bien, siffla le petit Ase.

Probablement encore ensommeillé, Loki avait fermé les yeux. Il sembla donc surpris lorsqu'il les rouvrit sur deux iris azurs. Freyr sourit ; leurs visages n'étaient séparés que d'un souffle. Selín, de dos, ne s'intéressait pas à eux – l'avoir comme témoin visuel ne le gênait pas, mais il ne voulait pas qu'un autre que Loki capte l'émotion qui l'animait. Il déposa une main contre la hanche du prince, et l'autre contre son cou. Loki sourit.

Il ne savait pas comment exprimer cette émotion, réalisa-t-il alors. Leur lien, vibrant entre eux, en eux, autour d'eux, occultant tout le reste. Leurs esprits, communiant sans aucune barrière… Il n'y avait rien pour le dire, rien pour exprimer son affection, rien pour retranscrire la compréhension qui les unissait et l'ardeur avec laquelle il la défendrait. Autrefois, lorsqu'ils avaient résonné ainsi, leur lien n'avait pas semblé si absolu. Mais à force d'être éprouvé, il s'était renforcé, puissamment.

Loki continua de sourire.

– Je ne sais pas vraiment quoi dire non plus, Freyr.

Et il semblait si serein, si joyeux et si léger que le Vane voulut l'étreindre pour ne plus jamais le lâcher. C'était le disciple comploteur et surdoué qu'il avait formé, l'adolescent fier et piquant vulnérable à la tendresse la plus simple, l'homme instruit, curieux et indépendant avec lequel il avait débattu des nuits entières.

Il ne le laisserait pas à ses démons. Pas maintenant qu'il le voyait si clairement derrière la Malice qui le dissimulait.


Note : Pour la définition de la Malice dans la dernière phrase, faites un truc bien pour vous et lisez "La Malice" de Green Absynthe. Genre Vraiment.

Yep motherfuckers, Thor Ragnarök got a trailer.