Disclaimer : Harry Potter est à Rowling, pas à moi. Vous reconnaîtrez facilement mes apports à l'univers pré-cité.
Spoilers : Tome V (ne tient pas compte du tome VI, donc pas d'Horcruxes, pas de Reliques de la Mort, etc.)
Rating : T

Avec la nouvelle année, arrive les bonnes résolutions et écrire plus régulièrement ma fanfiction en fait partie ! Conséquence logique : voici un nouveau chapitre pou plutôt, comme je l'appelle, "un bébé-monstre de 24.000 mots... Pas que je vous ai réellement habitué à moins ces dernières années, mais bon.
Un grand remerciement tout particulier à ma béta qui, tout en ayant un enfant dans les langes (et deux autres pendus à ses jupes), parvient non seulement à me corriger et à me rappeler régulièrement à l'ordre ("ferme tes subplots !"), mais qui collabore aussi activement au travail d'écriture.

Petit rappel (ou pour plus d'info, allez faire un tour sur la Liguopédia) :
Axelle Messidor : Sénéchale de France, chef des Aurors et mère de Junon
Christian Messidor : Auror du Sénéchalat, affecté aux interventions rapides
Sandrine Messidor : la femme et alter de Christian. Auror du Sénéchalat, affectée elle aussi aux interventions rapides
Pythagora Maimonide : professeur d'arithmancie, en charge des psychométristes
Stanley Flint : Ambassadeur de Grande Bretagne en France.
Tony Murray-Head : son assistant.
Le Comte et la Comtesse d'Armorghast : professeurs à Beauxbâtons de duel et de destruction des arts noirs.
Marin Constan : homme politique français. Ministre de l'Education et alter d'Olympe Maxime

Et toujours nos chers Beauxbâtonneurs...
Marc-Horus Volauvent : la star de Beauxbâtons, alter de Ron
Miranda Ducratère et Simon Jarnac : alters, apportent leur aide aux Gryffindors
Altaïr Castel-Dajax : le petit ami de Miranda
Hippo Ravier : alter d'Altaïr. Surdoué et intéressé par tout.
Sirène Piccolo : alter de Suzanne Martin et cousine d'Hippo, le genre pas commode
Suzanne Martin : psychométriste.
Julie Sésame : joueuse de Quidditch et petite amie d'Olivier Nestor
Fatima Kasser, Guillaume Avril et Tina Moiré : également joueurs de Quidditch.
Wotan Crèvecoeur et Marie-Céleste Otéane : alters, membres de la Guilde de la Rose, excellents duellistes
Et bien entendu, Junon Sorlimus : tutrice de Harry et fille de la Sénéchale de France


Terreur Outre-Manche

Toute la semaine, une nuée de hiboux et de pigeons voyageurs s'abattit de manière régulière sur Beauxbâtons. Lettres, journaux anglais ou français et même petits paquets arrivaient les uns après les autres, à la grande joie des anglais. Les plus gros hiboux, peu habitués aux dimensions exiguës de la porte du pigeonnier, cherchaient désespérément leurs destinataires dans les jardins de Beauxbâtons, tournant dans les airs en poussant des cris de protestations. Le ton des lettres, d'abord excessivement prudent, s'était peu à peu libéré, même si l'on sentait encore que les parents censuraient une partie des informations. Par défiance, ou pour ne pas inquiéter leurs enfants ? Personne ne pouvait le dire. Bien vite, tous les membres de l'AD mirent en commun les nouvelles qu'ils recevaient.

Les lettres les plus normales étaient sans aucun doute celles que recevaient Justin Finch Fletchley. Ses parents, moldus, se réjouissaient que la chouette de Justin ait enfin réussi à apporter un courrier de sa part et imputaient les problèmes postaux à la complexité de l'administration française, a fortiori sorcière. "On ne peut pas faire confiance aux sorciers et encore moins aux français, mon chéri..." avait écrit Madame Finch Fletchley. Comme l'expliqua Justin aux membres de l'AD, ses parents ne s'étaient jamais vraiment souciés du monde sorcier et n'aspiraient qu'à une chose : que Justin fasse son droit à Oxford et qu'on ne reparle plus jamais de baguette magique.
En comparaison, la dernière lettre de la grand-mère de Neville était nettement plus informative. Elle racontait qu'un couvre-feu avait été instauré à 21h sur le chemin de Traverse sur demande des Gobelins, soi-disant suite à quelques émeutes et échauffourées entre ivrognes du Chaudron Baveur. Les Aurors, à qui s'étaient joints des membres du département de la Justice, passaient la grande majorité de leur temps à courir après les Détraqueurs. Elle se plaignait longuement de la difficulté à trouver une information d'un quelconque intérêt dans les journaux. Tout ne semblait être que propagande du gouvernement. Xenophilius Lovegood avait d'ailleurs bien du mal à faire imprimer son Chicaneur ces derniers temps, ce qui pouvait s'expliquer par le rachat successif des imprimeries par certaines familles que Madame Longbottom se refusait de citer. Elle terminait sa missive sur l'annonce du décès de Madame Rosmerta lors de l'attaque sur Hogsmead. Cette nouvelle avait beaucoup affecté les jeunes anglais, chacun se souvenant avec émotion de la tenancière des Trois Balais ; qui n'avait pas dégusté sa première Bierraubeure enfoncé dans les vieilles banquettes de son chaleureux pub ? Cette guerre devenait soudain horriblement concrète.
Millicent apprit de son côté que ses voisins, les Pucey, venaient d'émigrer aux États-Unis. La jeune fille se souvenait bien de leur fils Adrian, qui avait fait partie de l'équipe de Quidditch de Slytherin quand elle était en première année. C'était curieux de voir une famille de Sang-Pur quitter l'Angleterre avec tant de hâte. Sa mère se répandait longuement sur le nombre de coffres qui avaient quitté leur belle demeure et ne manquait pas de se lamenter sur le peu de temps qu'elle avait eu pour saluer sa grande amie Megan Pucey. Elle ne faisait pas la moindre mention de la tragédie d'Hogsmead, ce qui fit rager Millicent. Ses parents savaient bien pourtant que Morag était sa meilleure amie !
Terry Boot rapporta la blessure magique qu'avait reçu son oncle maternel, Rhys Hitchens. Ce dernier était actuellement au service des soins intensifs de Saint Mungo. Lisa Turpin, elle, mentionna la disparition d'un voisin, Callum Finbok, parti visiblement sans laisser d'adresse. Anthony Goldstein parla des insultes et autres "sangs-de-bourbe" qui avaient été taguées sur la maison d'un ami proche de ses parents. Par sécurité, ils n'avaient pas précisé son nom dans leur lettre. Quant à Luna, elle raconta dans les détails une enquête de son père portant sur la disparition de plusieurs sorcières nées-moldues qui travaillaient dans des boutiques du chemin de Traverse. Ce récit renvoya la plupart des anglais au pigeonnier et à l'écriture de nouveaux courriers demandant des nouvelles de leurs proches et amis. Hermione se félicita à nouveau du départ de ses parents pour l'Australie.

Les journaux anglais qui arrivèrent dans la semaine ne parlaient quasiment que de l'affaire Malfoy. Madame Parkinson avait trouvé moyen de diffuser ses opinions, même si les éditoriaux étaient nettement plus modérés que ses accusations. L'absence du fils Malfoy, qui permettrait pourtant de faire la lumière sur toute cette affaire, semblait hautement suspecte à de nombreux journaux, tout comme la disparition de Narcissa Malfoy. Hermione, quant à elle, était certaine qu'on utilisait ce meurtre sordide pour occuper les esprits et détourner l'attention générale des décisions politiques importantes d'un gouvernement à la botte de Voldemort.
Les journaux français, quant à eux, s'interrogeaient davantage sur la présence de ressortissants français en Angleterre et interpellaient le gouvernement pour savoir quelles mesures avaient été prises pour assurer leur retour sur le continent.


Le mercredi, tout Beauxbâtons eut la surprise de voir réapparaître Crabbe et Goyle. Les nains de jardins les avaient trouvés au petit matin, selon eux, devant le portail de l'Académie. Les deux garçons étaient en piteux état, sales, à moitié nus, hagards et totalement amnésiques. Ils étaient maigres comme des clous, encore qu'il restait à Crabbe quelques réserves de graisse sur lui. Le plus surprenant était l'état de leur peau, par endroit comme rongée par l'acide, à d'autres d'un rouge violemment irrité, ou d'une pâleur cadavérique. Mais hormis la perte de poids, leur état de santé ne paraissait pas particulièrement inquiétant. Le Marcou les garda deux jours à l'infirmerie et les empêcha surtout de trop manger, ce que leurs estomacs n'auraient pas supportés après deux semaines de jeun forcé. Malgré les traitements, la mémoire sur ce qui s'était passé durant ces quinze jours d'absence ne leur revint malheureusement pas. Il parut cependant quasi assuré à Hermione qu'ils avaient été victimes d'une mauvaise rencontre et non qu'ils avaient rejoint quelques Mangemorts cachés pour fomenter un mauvais coup. Draco, Millicent, Blaise et Theodore, rassurés d'avoir retrouvé leurs camarades, se précipitèrent à leur chevet et se relayèrent pour les distraire ou leur apporter quelques encas autorisés par le Marcou. Même Millicent fit un effort dans ce sens ce qui, pour elle, signifiait beaucoup. D'un commun accord, les Slytherins évitèrent dans un premier temps le sujet du meurtre de Lucius Malfoy et de l'implication de Pansy. Par chance, Crabbe et Goyle ne lisaient pas les journaux et se contentaient le plus souvent du résumé que Draco leur en faisait chaque jour. Ils remarquèrent immédiatement l'absence de Pansy et Morag, mais Millicent leur assura que les jeunes filles étaient juste rentrées en Angleterre et qu'elle leur en parlerait plus en détail plus tard. Ils se réjouirent sincèrement que les frontières aient réouvertes et bientôt ils ne parlèrent plus que d'enfin rentrer à la maison et de quitter ce pays de malheur. Il fallut bien alors leur expliquer ce qui s'était produit en Angleterre pendant leur disparition, et notamment la mort de Lucius Malfoy. Goyle fut proprement horrifié et assura Draco de son soutien dans cette affaire. Crabbe, quant à lui, bouda dans son coin, arguant qu'on aurait pu leur en parler avant, qu'ils n'étaient pas des idiots et qu'ils savaient voir une machination quand il y en avait une. Leur réaction soulagea Malfoy, qui tenait, malgré toutes ses dénégations, au soutien de ses pairs. Il avait été fortement ébranlé par les accusations de Madame Parkinson et la réaction du gouvernement anglais, qui avait l'air de le croire coupable ou tout du moins suspect. Tout le monde s'accorda à dire que Pansy avait été une victime et qu'il fallait que la lumière soit faite sur cette affaire sordide.
« A ton avis, qui va prendre la place de ton père comme bras-droit de ... Tu-sais-qui ? » demanda Vincent à son préfet.
« Peut-être ton père, Nott ? » hasarda Gregory.
Theodore et Draco pâlirent visiblement.
« Nous ne parlerons pas de ça, ici ! » répliqua vertement Malfoy, paniqué à l'idée qu'on puisse les entendre, mais aussi de révéler que les Mangemorts, c'était fini pour lui et que seule la fuite avec sa mère lui paraissait viable pour son avenir.
Theodore n'eut pas ses scrupules :
« Je ne veux plus jamais avoir des nouvelles de mon père, » dit-il d'une voix morne. « Depuis qu'il s'est enfui d'Azkaban, la maison a été fouillée trois fois, et ma tante Mulciber s'est encore plainte dans sa dernière lettre que les Aurors étaient passés deux fois la voir pour lui poser toute sorte de questions ! »
« C'est bon signe ! Ça veut juste dire qu'il est toujours en cavale ! »
« Et bien qu'il y reste. Je n'ai pas l'intention de marcher à sa suite... » continua Nott, en regardant par la fenêtre.
« Mais il pourrait te déshériter ! Brûler ton nom des parchemins familiaux ! » s'écria Gregory, choqué par l'attitude de son camarade.
« Tu n'es pas sérieux ?! Tu deviendrais un traître à ton sang ! » renchérit Crabbe.
« Je m'entraîne avec les Gryffindors et les autres maisons, » annonça Millicent, d'une voix calme. « J'ai rejoint le petit groupe de défense de Potter. »
« T'es pas folle, Millicent ?! Quand tu rentreras, tu seras accusée d'avoir pactisé avec l'ennemi ! »
« Je préfère être considérée comme une traître, plutôt que finir comme Pansy ! »
« S'il vous plaît ! Nous ne pouvons pas aborder ce sujet ici ! » coupa Malfoy avec toute son autorité de préfet, alors que Blaise acquiesçait, mort de trouille à l'idée que quelqu'un lui demande son opinion personnelle sur les Mangemorts. « D'après ce que l'Ambassadeur nous a annoncé, nos parents vont pouvoir venir nous voir dans une dizaine de jours. Ceux qui souhaitent rentrer en Angleterre le pourront. D'autres, comme moi, resteront à Beauxbâtons jusqu'à la fin de l'échange. D'ici là, je préférerais que nous gardions tous nos opinions personnelles pour nous. Les autres maisons seraient bien trop heureuses de nous voir en conflit. »
Tout le monde acquiesça et la conversation prit un ton plus léger, quand Blaise parla du rallye à venir chez les Piccolo.


Depuis une semaine, Sirène Piccolo faisait résolument la tête. Chaque année, le rallye mondain de sa famille au mois d'octobre la poussait au pic de son exaspération et la date fatidique approchait inexorablement. C'était le moment où tout le monde se permettait de formuler une opinion sur elle, son attitude, sa manière de se vêtir, de se tenir ou de s'exprimer, ses espérances matrimoniales et tutti quanti. Siri n'était pas idiote, elle savait bien qu'elle était le mouton noir de sa famille, mais généralement, on évitait de le lui faire remarquer. Sauf aux abords du rallye Piccolo.
Ce n'était même pas ses parents qui recevaient, mais des cousins de son grand-père, autant dire des vieux qu'elle ne voyait qu'une fois par an. Malheureusement, ils étaient de la branche aînée, ce qui leur donnait une légitimité pour parler au nom de tous les Piccolo. Siri savait déjà que son cousin Hippo ne serait pas de la partie, pas plus que son autre cousin Cyprien Sorer, dont le père était moldu. Elle devrait en revanche subir la présence de Valentin Tridan, le petit-fils du maître des lieux. Valentin n'était généralement pas invité aux rallyes mondains les plus sélectifs, considérant que sa mère s'était mésalliée ; mais Hermès Piccolo adorait son petit-fils. Que Siri ne puisse pas le sentir ne rentrait bien entendu pas en ligne de compte.
« Siri, ne fait pas cette tête... » intervint la voix de son alter pendant un déjeuner. « Tu pourras surement utiliser l'excuse de ne pas me laisser seule pour pouvoir rentrer au bout de quelques heures. »
La jeune Piccolo eut un pauvre sourire :
« Je ne supporte pas ce regain d'attention plus d'une heure, de toutes façons. On dirait à chaque fois que tout le monde me regarde ! Si, au moins, Harry Potter pouvait venir monopoliser l'intérêt général ! »
« Demande-lui, mais je doute qu'il puisse... »
« C'est vrai que s'il arrivait avec Junon au bras, ça ferait son petit effet ! » gloussa Altaïr, en s'asseyant à coté de Suzanne.
La table pour deux s'allongea pour accommoder quatre personnes. Hippo s'assit à côté de sa cousine.
« Tu te fais encore du souci pour samedi ? » lui demanda-t-il avec sollicitude.
Sirène se contenta de grogner, en dévorant rageusement une tartine de pâté.
« J'ai entendu que Neville et Ron y vont. Ils feront peut-être une diversion bienvenue ? » continua-t-il.
« Nan, c'est Harry qu'il faut, si je veux avoir la paix ! »
« En tous cas, ils auront vraiment besoin de ton aide pour être bien introduit auprès de la famille, » raisonna Hippo.
« Ils auront qu'à faire comme au rallye Nestor et se coller à tous les adultes qui passent. Avec la réouverture des frontières, les vieux auront envie de parler avec des anglais ! Ne serait-ce que pour savoir s'ils vont bientôt déguerpir... » remarqua Sirène.
« Ce serait quand même chic de leur donner quelques conseils... » insista son cousin.
« Okay, okay. Je ferai un topo à Neville d'ici là. »
Au même moment, Miranda et Simon, accompagnés de Neville et Hermione, arrivèrent dans le réfectoire. Altaïr se leva aussitôt et se jeta au devant de sa petite amie, comme si elle était une oasis au milieu du désert : « Mirandaaaaaaaa ! »
Sirène haussa un sourcil :
« Hippo ? »
« Ouais ? »
« Sérieux. Il craint ton alter ! » remarqua-t-elle en secouant la tête.
« Je sais, » répondit Hippo, laconique.
Suzanne explosa de rire.

C'est vers la fin du déjeuner que Sirène, encouragée par Hippo, se dirigea d'un pas résolu vers la table de Neville. Ignorant Hermione et Miranda, elle interpella le garçon, et Simon qui se trouvait à côté :
« Eh ! Vous venez samedi ? »
« Bonjour à toi aussi, Siri... » sourit Miranda.
« Je garde mon quota mondanité et politesse pour samedi, si tu veux bien, » lui renvoya Sirène.
« Oui, nous venons, effectivement, » lui répondit Simon. « Il y aura fort à faire auprès des personnalités présentes. »
« Accepterais-tu de donner un coup de baguette pour nous ? » demanda aussitôt Neville, qui préférait toujours mettre le maximum de chance de son côté.
Elle haussa les épaules :
« Entendu. J'imagine que ça m'aidera à passer le temps... »
« Merci Siri. Mieux vaut qu'on essaye de voir les détails un peu plus tard dans la journée, non ? » fit Neville, avant de poursuivre d'un ton hésitant : « Euh... En fait, on a une réunion de duel de 14h à 17h. Ça te conviendrait après ? Euh... Vers 17h30 ou quelque chose comme ça ? ... Je t'enverrai un pneu. »
Elle acquiesça, puis partit rejoindre Suzanne et Hippo.

Quelques heures plus tard, Sirène exposait en détail à Neville la liste des invités, qu'elle avait sans mal réussi à se procurer.
« Malfoy n'est pas invité ? » s'étonna le Gryffindor. « Je croyais qu'avec le foin médiatique autour de lui, tout le monde aurait eu envie de le voir, ne serait-ce que par curiosité... »
« Aucune chance ! Sarah Piccolo, qui organise le rallye avec sa belle-mère, n'aurait jamais supporté d'avoir un fils de Mangemorts dans son salon ! Son frère et sa famille ont été tués en 1977 par des sbires de Tu-Sais-Qui. »
« Ah, oui ! C'est la Madame Piccolo que j'ai rencontré lors du rallye Nestor ! Tu crois qu'elle se souviendra de moi ? »
« Une hôtesse qui se respecte se doit de reconnaître tout le monde, » le rassura Sirène.
« Il y aura d'autres personnes qu'on a vu au précédent rallye ? »
« Les invités sont relativement les mêmes, mais je ne saurais dire qui viendra en définitive... D'un point de vue mondain, personne ne rate le rallye Nestor. Alors que celui des Piccolo est plus accessoire... Il y aura surtout des jeunes. »
Neville hocha la tête et se replongea dans la liste.
« Ce n'est pas que je ne veux pas t'introduire auprès des personnes de ma famille, mais je ne suis pas exactement bien vu par tout ce petit monde-là, tu sais... » grinça la jeune Piccolo.
« Pourquoi ? » questionna-t-il.
« Au cas où tu m'aurais pas bien regardé, je ne corresponds pas exactement à leurs attentes : jeune fille en fleur à la tenue irréprochable et bonne à mar... » Elle s'interrompit abruptement. « Oh, mais attends une seconde ! ... Attends une seconde, je réfléchis... »
« Euh... Oui ? »
« C'est tellement simple ! Je n'en reviens pas de ne pas y avoir pensé plus tôt ! Tu as une cavalière pour le rallye ? » demanda-t-elle abruptement.
Neville ouvrit de grands yeux paniqués : « Non. Il en faut une ? »
Il se souvenait trop bien de la galère qu'avait été le Yule Ball en quatrième année. Et ce n'est pas comme si il pouvait à nouveau inviter Ginny !
Siri lui sourit de toutes ses dents :
« Une cavalière, c'est optionnelle, mais... Ça peut offrir des opportunités d'introduction. Et il se trouve que ma famille ne se tiendrait probablement plus de joie si j'arrivais avec un cavalier. Tu vois où je veux en venir ? »
« Oh... Tu penses qu'ils me verraient d'un meilleur œil s'ils pensaient que j'étais ton cavalier ? »
« En terme relationnel, ma famille me prend pour un cas désespéré. Tu serais donc accueilli comme Merlin en personne ! ... Et peut-être qu'enfin, ENFIN, ils me ficheraient TOUS la paix ! »
« Tu veux dire qu'ils vont penser... qu'on est... ensemble ? » interrogea Neville avec inquiétude. « C'est que, je n'ai pas très envie de leur mentir... »
« Ils croiront ce qu'ils voudront ! » s'enthousiasma Sirène. « Et comme personne n'osera nous poser franchement la question, pas besoin de raconter de mensonge ! »
« Mais t'es sûre qu'il y aura pas de conséq... » commença Neville.
« Tu comptes pas rester en France ad vitam, n'est-ce pas ? Quand tu rentreras en Angleterre, je ferai croire à une... relation à distance et... Ohlala oui ! Je pense que je suis tranquille pour au moins trois ans avec cette histoire ! »
« Euh... Enfin, moi, je m'engage pas... » fit Neville pour tempérer l'enthousiasme de la jeune fille.
« Zéro engagement garanti. On les laissera juste croire ce qu'ils auront envie de croire ! Ça va marcher du tonnerre de Zeus ! » s'exclama Siri en sautillant sur place.
« Si ça peut se limiter au rallye, je préfère quand même...» avança bravement Neville. « Je voudrais pas que ma grand-mère l'apprenne. Elle vient pendant les vacances de Samhain. »
Sirène fronça les sourcils, puis lui tendit la main :
« Vendu. Mais, une fois qu'elle sera rentrée, si tu peux m'accompagner de temps à autres, ça me rendrait service... Rien de compromettant, je te le promets ! »
« Ça me convient, » acquiesça Neville en étouffant ses réticences.


Après la session d'entrainement avec l'AD, Harry avait profité de ne pas avoir Junon sur le dos pour aller voler un petit moment avec les joueurs de Quidditch de Beauxbâtons. Julie Sésame et Tina Moiré l'avait accueilli avec joie, le présentant aux jumelles Piéhellé et autres joueurs qu'il connaissait peu. Le type désagréable aux longs cheveux noirs, Tristan Quelquechose, était aussi malheureusement là, mais sa présence ne suffit pas à gâcher le petit tour en balai de Harry.

A 18h00 tapante, il frappa à la porte du bureau de Pythagora Maimonide. Normalement, Junon devait avoir terminée sa session d'occlumencie. La porte s'ouvrit effectivement sur la fille de la Sénéchale, qui le salua d'un geste de la tête avant de disparaître dans le couloir. Il était un peu anxieux, mais si la jeune fille avait l'air sereine, pour quelle raison s'inquiéterait-il ? Ce ne serait sans doute qu'une session d'introduction.
« Bonjour Monsieur Potter, comment allez-vous ? » demanda Pythagora en lui servant une tasse de son thé à la menthe.
« Très bien, merci professeur. »
« Nous avons eu une session très productive avec votre camarade. J'espère qu'il en sera de même pour vous. »
Harry hocha la tête.
« Avez-vous préparé un souvenir ? » demanda Madame Maimonide en montrant à Harry une pensine posée sur le bureau.
« Oui, professeur. »
« Parfait. Nous allons le transférer au préalable dans la pensine, le regarder soigneusement l'un et l'autre. Puis, après vous l'avoir rendu, je travaillerai à le retrouver dans votre mémoire et vous ferez le maximum pour m'en bloquer l'accès. »
Harry saisit sa baguette et dégagea de sa tempe un long filet argenté qui le fit sourire. Il déposa le souvenir dans la pensine avant d'en vérifier l'exactitude, la tête plongée dans l'objet magique.
« Voilà, » dit-il enfin, « c'est un peu insignifiant, mais je me suis dit que c'était le mieux pour commencer. »
Pythagora Maimonide sourit et regarda à son tour. Elle vit l'équipe de Quidditch de Beauxbâtons à l'entraînement, Tina Moiré faisant de grands signes depuis les buts. Julie Sésame descendit en flèche vers Harry pour lui taper sur l'épaule et lui proposer aussitôt de lâcher le vif afin de s'entraîner l'un contre l'autre, les jumelles Piéhellé lui demandèrent où il avait laissé son équipement parce que c'était pas bien prudent de voler sans être correctement équipé et Harry répondit qu'il souhaitait juste voler un peu et qu'il comptait sur les batteurs pour lui épargner les cognards.
« Faudra demander à Annet ! » avait rigolé Anaïs en désignant la jeune Volauvent qui saluait Harry à son tour.
Le reste du souvenir n'était que sensation de vol, sentiment de liberté et vif d'or vibrant sous le vent.

« Excellent choix, Monsieur Potter ! Un souvenir insignifiant réduira votre stress et relativisera tout échec. Dans un premier temps, vous allez juste chercher à bloquer toutes vos pensées. Pour cela, respirez profondément, videz votre esprit et visualisez en vous un espace creux dans lequel vos souvenirs vont se glisser. Cet espace peut être à n'importe quel endroit de votre corps. La plupart des occlumens le visualise dans leur estomac, mais si votre pied par exemple vous parait plus adapté, n'hésitez pas à l'utiliser. »
« Pourquoi l'estomac ? » questionna Harry.
« Parce que le concept de manger rejoint l'idée de faire disparaître les choses. On oppose souvent ainsi l'estomac, qui décompose, au cerveau, qui utilise ce que l'estomac a décomposé. Le cerveau faisant ainsi réapparaître ce que l'estomac a détruit. »
« Ah, je comprends, » fit Harry. « Mais je croyais que l'idée était plutôt de monter des murs. »
« En occlumencie défensive, oui. Mais un mur mental est visible. Pour faire de l'occlumencie passive, invisible aux yeux d'un legilimens, il vaut mieux avaler vos souvenirs. »
Cela faisait sens, même si ni Snape, ni Dumbledore n'avaient jamais présenté la chose ainsi.
« Je partirai à la recherche de ce souvenir en particulier, bien entendu, mais il n'est pas exclu que je tombe sur d'autres souvenirs relatifs au Quidditch, » précisa le professeur. « Je vous laisse quelques instants vous concentrer sur votre respiration et la visualisation de votre espace creux. »
Harry posa une main sur son ventre et commença à inspirer, lentement et calmement. Au bout d'une minute, la voix du professeur lui parvint de façon lointaine :
« Imaginez maintenant qu'un fil relie votre respiration à votre espace creux... L'inspire est noir de souvenirs, l'expire blanche comme l'oubli... Quoiqu'il arrive, ne cessez jamais de respirer... Maintenant, regardez-moi, Monsieur Potter. »
Harry plongea ses yeux dans ceux, cernés, de Pythagora Maimonide. Il eut la brusque impression que ce regard allait lui dépecer l'âme. Mais comme elle le lui avait recommandé, il garda sa respiration aussi calme et sereine qu'il le put. Il sentit l'intrusion mentale, comme un insecte fureteur.
« Ce n'est pas mal. Votre espace creux est plutôt bien isolé... Mais que va-t-il se passer si je prononce le mot "Quidditch" ? »
Harry sentit toute une partie de souvenirs lui échapper, pleine de balais, de matchs, de buts et de vifs d'or. Il ne fallut que dix secondes à Madame Maimonide pour trouver le souvenir qu'elle souhaitait.
« Flûte ! Je suis trop influençable ! » s'écria Harry. « J'aurais dû m'attendre à cela... »
« C'était nécessaire. La plupart des legilimens aborde le sujet directement pour forcer leur "victime" à penser spécifiquement à ce qu'ils veulent. La suggestion est très pratique pour raccourcir la durée des interrogatoires. Les grands occlumens sont capables d'isoler un seul souvenir et de s'auto-convaincre qu'ils ne le possèdent pas, même sur suggestion. Une forme d'hypnose magique totalement fascinante. »
Harry hocha la tête.
« Puis-je essayer à nouveau ? » demanda-t-il.
« Vous êtes là pour cela, Monsieur Potter. »


Les choses s'arrangeaient parfaitement pour Stanley Flint. La réapparition de Vincent Crabbe et Gregory Goyle compensaient pour l'absence de Pansy Parkinson et Morag McDougal. Si Miss McDougal restait introuvable, il était cependant probable qu'elle se trouvait en Angleterre, donc hors de sa juridiction. Quant à Miss Parkinson...
Le retour des deux garçons avaient permis à Flint d'envoyer à tous les parents une invitation à venir en France pour les vacances de Samhain. Deux de ces invitations revêtaient un caractère particulier : celle pour Amelia Bones, qui devait venir signer les papiers confirmant le statut international à sa nièce ; et celle pour le responsable légal de Draco Malfoy.
En effet, avec la disparition de Narcissa, le jeune Malfoy se retrouvait sans personne pour répondre de lui, ce qui était d'autant plus gênant qu'il était plus ou moins témoin dans une enquête judiciaire. La France était assez stricte sur le respect des droits des mineurs. Si Draco devait être interrogé sous veritaserum, il ne pourrait l'être sans la présence de son responsable légal. Stanley Flint et Olympe Maxime se refusaient l'un et l'autre à cette tâche. La directrice de Beauxâbtons parce qu'elle veillait comme une louve sur la nichée de petits anglais qu'on lui avait confié, Stanley Flint parce qu'il n'avait aucune envie d'être présent si d'aventure le jeune Malfoy était amené à expliquer comment il avait rencontré sa mère dans les bureaux de l'Ambassadeur. Mais voilà que le Sénéchalat commençait à sérieusement presser l'affaire. Faute d'un responsable légal, il faudrait renvoyer Draco au service des Aurors anglais. L'Ambassadeur s'était donc empressé de chercher du côté de la famille de l'adolescent et notamment des sœurs de Narcissa. Bellatrix Lestrange était hors de question, pour la très commode raison qu'elle avait un casier judiciaire long comme le cou d'un dragon. Il ne restait donc qu'Andromeda, dont le mariage scandaleux assurait qu'elle ne partageait certainement pas, heureux hasard, les thèses des mangemorts... et dont la fille était fort opportunément Auror. Avec un peu de chance, et l'Ambassadeur savait très bien comment provoquer sa chance, les deux Tonks n'auraient pas plus envie que lui de voir Narcissa refaire surface pour être livrée aux sbires de Celui-Qu'on-Ne-Nommait-Pas. Un mot glissé entre deux macarons à son interlocutrice au Ministère français des Affaires Etrangères sur la courtoisie qu'il y aurait pour le Sénéchalat à laisser le soin de l'interrogatoire du fils Malfoy à une Auror anglaise qui, certes, était de sa famille, mais n'avait notoirement jamais entretenu de relation avec lui, désamorcerait toute curiosité inutile. Ne restait plus qu'à s'assurer que la justice anglaise accepte donc de confier Draco à Andromeda. Et justement, l'Ambassadeur connaissait une responsable du Magenmaggot notoirement opposée aux Mangemorts qui lui devait une fière chandelle pour avoir placé sa nièce et seule famille survivante sous la protection de l'Aréopage...
Les choses s'arrangeaient toujours parfaitement pour Stanley Flint.


Neville resta dans son lit dimanche matin. La perspective de voir quiconque et d'entendre un nouveau commentaire sur le "si joli couple qu'il formait avec Sirène" lui retournait l'estomac. Il n'arrivait pas à déterminer s'il avait pris une bonne décision ou pas. Le fait d'arriver avec Siri à son bras avait littéralement ravi les membres de la famille Piccolo, à qui il avait pu parler toute la soirée. On lui avait énoncé toutes les qualités de la jeune fille au moins huit fois. Certaines de ces qualités paraissaient d'ailleurs très fantaisistes : il avait par exemple de sérieux doutes sur son affabilité naturelle en société. Quant à ses compétences culinaires... L'enthousiasme des adultes lui avait cependant permis de sortir son petit couplet, maintenant bien rodé, sur la situation anglaise, sur les Mangemorts, sur Harry Potter et la défense de la Liberté en général. Le discours avait plutôt fait mouche, tout le monde s'accordant à dire que l'Angleterre était en mauvaise position et qu'il serait très fâcheux pour la France qu'un régime autoritaire s'installe dans le pays voisin. Siri avait même fait l'effort d'appuyer de temps à autres son discours de quelques remarques pertinentes. ll en avait retiré quelques promesses d'aide concrète et devait rencontrer quelques personnalités du monde politique et journalistique lors des fêtes de Samhain.

En revanche, Neville aurait pu faire sans Castel-Dajax. Le garçon s'était étouffé de rire pendant la première moitié du rallye, et seule la menace de prévenir Miranda l'avait calmé. Simon avait même fait en sorte qu'il rentre chez lui avant 23h, soit avant qu'il ne soit totalement ivre. Olivier Nestor lui-même avait trouvé très divertissant le couple que Neville et Siri formaient. Valentin Tridan, à qui Neville n'avait jamais adressé la parole, s'était même permis de lui dire d'un air moqueur que "tous les goûts étaient dans la nature". Ce sur quoi, Sirène lui avait répliqué qu'il pouvait retourner culbuter une pétasse sous une table plutôt que de les emmerder.
Bref, une soirée hautement divertissante. Neville ne doutait pas que d'ici la fin du week-end, tout Beauxbâtons serait en train de discuter leur prétendue vie amoureuse. Ou, pour les plus intelligents d'entre eux, de discuter la plausibilité de leur couple. Pourvu qu'ils n'aient pas attiré l'attention des deux généalogistes de sa classe !

Hermione frappa pour la troisième fois de la matinée à sa porte :
« Neville, je t'assure que ça va aller ! Tu peux sortir ! »
« Pas envie... »
« Tu n'as qu'à t'en tenir à la version simple : tu as accompagné Siri en ami pour lui faire plaisir, et il a été impossible d'expliquer aux adultes que c'était sans arrière pensée. »
Neville grogna.
« Plus tu t'isoles, plus ça va paraître louche. Alors que si tu en ris, tout le monde en rira aussi et ce sera oublié, » dit-elle enfin.
Neville avait ses doutes. Il se rappelait de l'affaire Malfoy/Bombaste, qui avait occupé l'intérêt général pendant près de trois semaines. Enfin, au moins, lui, était au courant des bruits, alors que pour Malfoy et Bombaste, ce n'était toujours pas certain.
« Okay... » dit-il finalement, avant de faire un brin de toilette et de rejoindre Hermione, qui lui avait promis de rester toute la journée en sa compagnie.


Le vendredi 25 au petit matin, Andromeda, son mari, et sa fille se pressaient au département des Affaires Étrangères du Ministère de la magie, où on leur fournit un portoloin pour le Sénéchalat français. A l'origine, c'était l'Ambassadeur du Royaume Uni, Stanley Flint, qui avait proposé à Andromeda d'engager les démarches pour prendre la tutelle de Draco Malfoy. Le meurtre abominable de son père, la disparition inquiétante de Narcissa, la réputation sulfureuse de Bellatrix Lestrange, tous les arguments, selon lui, parlaient en faveur d'Andromeda Tonks. Nymphadora n'avait pas été follement enthousiaste à l'idée de rendre service à son cousin, mais elle était en revanche très motivée pour empêcher Voldemort de mettre ses doigts cupides dans le coffre des Malfoys. De plus, elle avait eu le temps de s'entretenir avec le professeur McGonagall qui lui avait bien confirmé que le gamin était dans son lit à l'heure du crime. D'un autre côté, Tonks avait assisté à "l'interrogatoire" de Pansy Parkinson par les legilimens du département des Aurors, et la présence de Draco Malfoy dans son dernier souvenir cohérent ne parlait pas trop en faveur du jeune homme. Encore qu'il fallait bien reconnaître qu'il tournait le dos à Pansy et n'avait pas eu l'air de la remarquer. A moins qu'il ne l'ait précédée quelque part ? Bref, sans le témoignage du garçon, une bonne partie de l'affaire avait peu de chance d'être éclaircie, mais les Tonks estimaient en savoir assez pour décider que le jeu en valait la chandelle. En l'occurrence, soustraire Draco Malfoy et sa fortune des mains de Voldemort méritait de mettre la sécurité d'Andromeda et Ted encore plus en danger qu'elle ne l'était déjà.
Andromeda s'était donc démenée pour son neveu, car les démarches n'étaient pas si simples et avaient déclenché une affaire qui avait sérieusement divisé le département de la Justice Magique. Amelia Bones, la cheffe du Magenmagot, avait alors discrètement contacté Minerva McGonagall pour se faire expliquer les dessous de l'affaire avant de se décider à faire hâter un peu les choses. Nymphadora savait que si la brave femme avait réussi à rester en poste, c'était uniquement parce qu'elle avait fait feint d'être sous imperium et avait obéi à la plupart des recommandations de son nouvel "adjoint". Tentant le tout pour le tout, Amelia Bones avait placé le dossier Malfoy dans les dossiers prioritaires et lorsque son adjoint avait tenté de la "convaincre" que ce dossier sensible ne pouvait pas être traitée aussi rapidement et que d'autres départements devaient être informés, elle avait feint de se rendre à ses arguments. Puis, sans rien changer à ses intentions, elle avait fait passer le dossier Malfoy en force, le jeudi 24 au matin. En fin de journée, Amelia Bones avait été mise en retraite forcée pour "dissension avec les services du Ministre de la Magie et actes de subversions". La vieille dame n'avait pas attendu longtemps pour trouver une place dans le premier Eurostar et elle avait quitté en hâte l'Angleterre pour rejoindre l'Ambassadeur, comme ils en avaient convenu lors de leurs échanges.

Les Tonks au grand complet, eux, avaient eu droit à un portoloin express vers le Sénéchalat, pour assister à l'interrogatoire de Draco Malfoy sous veritaserum. Sur demande du Sénéchalat, c'était même Nymphadora qui dirigerait elle-même l'interrogatoire en présence de la Sénéchale de France. La jeune Auror anglaise avait déjà conduit ce genre de procédure et, si cela pouvait permettre à son cousin d'être disculpé du meurtre de son père, ce serait tant mieux pour tout le monde. Pour lui bien sûr, mais surtout pour l'Ordre dont une des priorités était de réduire la puissance financière de Voldemort. Il était évident qu'en acceptant la tutelle de Draco, ses parents s'étaient interdits un retour prochain sur le sol anglais. Nymphadora elle-même devait être complètement grillée aux yeux du Ministère.


Les Tonks arrivèrent dans la salle de transit du Sénéchalat. La jeune Auror apprécia les rayures multicolores qui ornaient chaque mur de la pièce, rendant toute infiltration particulièrement ardue. Un membre du Sénéchalat les attendait :
« Monsieur and Madame Tonks ? And Officer Tonks, from the English Aurors ? » demanda-t-il avec un grand sourire.
« How do you do? » répondit Andromeda en lui tendant la main.
« How do you do? My name is Christian Messidor, » fit l'Auror, en serrant sa main tendue, puis en saluant son mari et sa fille. Il sortit une fiole attachée à sa ceinture : « Would you mind drinking a bit of our Anti-Babel Potion to help you with the french language? »
« Of course not. It isn't a bother at all. »
« Thank you, » répondit l'Auror français en leur passant la fiole.
« J'espère que votre transit portoloin s'est bien passé, » reprit Messidor en français, après une petite minute. « La Sénéchale va vous recevoir. Puis nous vous mènerons à votre neveu. »
« Merci, » répondit Andromeda, en emboitant le pas de l'Auror dans les couloirs du Sénéchalat.

Nymphadora suivait le cortège en regardant un peu partout d'un œil attentif et curieux. Ce n'était pas tous les jours qu'elle voyait les locaux d'un service d'Aurors autre que le sien. Là, une petite cuisine, ici, une salle de repos où des agents prenaient un café en plaisantant entre eux; tout le long du couloir, des portes de bureaux, pour la plupart fermées, une salle d'entrainement rempli de tatami du sol au plafond, quelques salles lumineuses éclairées par des verrières de verre coloré. Enfin, la porte du bureau de la Sénéchale, qui ressemblait à toutes les autres.
Christian Messidor frappa et s'effaça pour les laisser entrer sans se joindre à eux. Nymphadora avait déjà vu Axelle Messidor, souvent représentée dans les journaux français, mais elle ne s'attendait pas à l'impatience qui émanait de cette femme. Visiblement, elle était pressée de résoudre l' "affaire Malfoy".
« Ah ! » s'exclama Axelle Messidor. « La famille Tonks ! »
Le "enfin" était sous-entendu dans son ton.
Elle se leva de son bureau et le contourna pour leur serrer tour à tour la main.
« Je suis Axelle Messidor et suis en charge, en temps que Sénéchale de France, du service des Aurors français. Merci d'être venu si promptement. L'affaire Malfoy qui vous concerne est un sujet que mon Premier Ministre souhaite voir réglé au plus vite. Comme vous n'en doutez pas, il s'agit d'un point de légère dissension avec votre gouvernement. »
« Je comprends, » acquiesça Andromeda. « Nous sommes heureux de prendre la responsabilité légale de notre neveu, et de faire en sorte que tous se passe au mieux pour le déroulement de l'enquête. N'est-ce pas, Nymphadora ? » ajouta-t-elle en souriant à sa fille.
« Bien sûr, » renchérit aussitôt Tonks, en prenant sa voix la plus professionnelle. « Le service des Aurors anglais, que je représente, n'a que quelques questions concernant l'enquête sur le meurtre de Lucius Malfoy. Tout devrait être rapidement réglé. »
« Je suis heureuse de l'apprendre, » conclut la Sénéchale, en les invitant à s'asseoir. « Pourrions-nous au préalable faire le tour de ces questions ? »
Tonks sortit une de ses plumes à rapport de sa poche et conjura un carnet dont les pages étaient déjà couvertes de notes :
« La formulation me parait essentielle, afin de ne pas créer de confusion chez l'interrogé, » commença la jeune Auror, en repassant ses notes. « J'envisageai de commencer par une question simple de type : "Draco Malfoy, avez-vous déjà songé de manière concrète à attenter à la vie de votre père Lucius Malfoy ?". La question laisse peu de place à l'ambiguïté et l'adjonction des termes "manière concrète" nous épargnera les rancœurs adolescentes envers l'autorité d'un adulte. »
Axelle Messidor se pinça les lèvres et hocha la tête :
« Cela me convient. Si la réponse est négative, il y a peu de chances qu'il ait quoi que soit à voir dans cette affaire. Mais nous ne devons pas négliger qu'il a pu être au courant d'une volonté de meurtre sans y participer directement... Si Mademoiselle Parkinson est effectivement coupable, elle aura peut-être formulé des intentions que le sujet a pu ne pas prendre au sérieux. »
La plume à rapport inscrivit quelques mots supplémentaires sur le carnet, avant que Nymphadora ne propose :
« Et bien, nous pourrions formuler une deuxième question : "avez-vous déjà été témoin d'une intention de meurtre envers votre père Lucius Malfoy ?" »
« La formulation me parait peu claire, » objecta la Sénéchale. « Je comprends que vous souhaitez en apprendre un maximum, mais nous devons nous en tenir à l'affaire. Que diriez-vous de "étiez-vous au courant des intentions homicides de Pansy Parkinson concernant votre père" ? Là encore, si la réponse est négative, elle mettra hors de cause l'interrogé. »
« Nous ne devons pas oublier que Miss Parkinson n'a, semble-t-il, pas vraiment agi de sa propre volonté. Parler ici "d'intention" est peut-être inapproprié. Nous pourrions essayer une troisième question tout aussi directe : "avez-vous manipulé Pansy Parkinson dans l'intention d'attenter à la vie de votre père ?" » suggéra Nymphadora.
« J'imagine que ces questions devraient suffire à déterminer l'implication du fils Malfoy dans cette affaire. Vous pourrez ensuite poser les questions de routine de type "où étiez-vous à l'heure du crime ?", "quand avez-vous vu Pansy Parkinson pour la dernière fois ?" et "avez-vous une idée de qui pourrait être à l'origine de ce meurtre ?" »
« Tout à fait, » approuva la jeune Auror. « Mon service souhaiterait également que je l'interroge sur la disparition de Narcissa Malfoy. Y voyez-vous un inconvénient ? »
« Absolument pas. »

C'est à ce moment que le père de la jeune Auror, qui ne disait trop rien depuis le début de l'entretien et se contentait de sourire d'un air affable, prit la parole pour s'enquérir de l'état de Draco :
« Je comprends que la procédure d'interrogatoire soit importante pour la résolution de l'enquête, mais comment va Draco Malfoy concrètement ? Est-il entouré à Beauxbâtons ? J'ai cru comprendre que le professeur McGonagall avait quitté l'Académie la semaine passée et qu'il n'y a donc plus aucune personne adulte de nationalité anglaise vers laquelle il puisse se tourner... »
La Sénéchale le regarda d'abord d'un air surpris, comme si cette sollicitude lui paraissait totalement hors-de-propos, puis elle fronça les sourcils en admettant ses arguments :
« Votre venue à Beauxbâtons pendant les vacances de Samhain n'en sera que plus importante pour lui. Par ailleurs, je dois vous informer que l'Académie fonctionne sur un système de binôme, ainsi les élèves ne sont jamais isolés. L'alter de Draco Malfoy est Mademoiselle Luna Lovegood et, d'après ma fille, qui étudie également à Beauxbâtons, les deux jeunes gens passent la plupart du temps ensemble. Il s'est également fait quelques amis parmi les élèves français et bien entendu, il a également de nombreux amis anglais. »
« Luna Lovegood ? » intervint Andromeda, en souriant. « La fille de Xenophilius Lovegood, le directeur du Chicaneur ? Voilà qui est incongru ! »


Après quelques remarques anodines, la Sénéchale appela la cheminée personnelle de l'Ambassadeur Stanley Flint pour lui demander de faire venir Draco Malfoy au Sénéchalat. Le garçon arriva en compagnie de Christian Messidor deux minutes plus tard. Andromeda le trouva très pâle, mais c'était peut-être sa complexion naturelle. Narcissa avait toujours eu la peau la plus claire des trois sœurs Black. Il dévisagea les personnes présentes dans la pièce, passant vite sur le visage de la Sénéchale qu'il reconnut immédiatement, pour s'attarder sur celui de sa tante :
« Tante Andromeda ? » demanda-t-il, scrutant ses traits qui ressemblaient à ceux de Bellatrix Lestrange.
« C'est moi-même. Bonjour Draco. Voici ton oncle Edward et ta cousine Nymphadora. »
« Personne ne m'appelle jamais Edward ! » s'écria son mari, en tendant la main au jeune homme. « Tu peux m'appeler Ted, Draco. »
Ce dernier serra la main du sorcier né-moldu avec un simple geste poli de la tête. Puis il se tourna vers sa cousine qui pour l'amuser, changea abruptement sa coupe de cheveux, les faisant passer de brun en bataille à des boucles d'un turquoise chatoyant. Le jeune Malfoy ouvrit grand les yeux et mit deux secondes à réaliser que sa mâchoire était tombée.
« Vous ne devriez pas faire un usage aussi récréatif et dérisoire de votre don de métamorphomage, agent Tonks... » grommela la Sénéchale.
Nymphadora haussa les épaules et garda ses boucles bleues, puis elle se tourna vers son cousin :
« Draco, comme l'Ambassadeur Flint te l'a sans doute déjà expliqué, c'est moi qui suis en charge de ton interrogatoire, au nom du service des Aurors anglais. »
« Je suis au courant, » acquiesça-t-il avec nervosité, même si cela se voyait qu'il faisait son possible pour rester calme et impassible.
La Sénéchale sortit un flacon de veritaserum d'un tiroir de son bureau et le tendit à Tonks.
« Procédez, je vous prie. »
Draco contempla Nymphadora verser trois gouttes de la potion dans un verre d'eau, qu'il but jusqu'à la dernière goutte.
« Nous allons commencer avec des questions simples, liées à ton enfance, le temps que la Potion fasse effet. Quel est ton premier bon souvenir de Hogwarts ? »
« Quand j'ai été répartie à Slytherin, bien sûr. C'était la maison où mes parents avaient été réparties, donc j'étais très heureux d'être reconnu comme un Slytherin à mon tour. »
« Et ton pire souvenir ? »
Le visage de Draco s'assombrit :
« C'est quand cette saleté d'hippogriffe sauvage m'a attaqué sans raison. »
« Qui est ton meilleur ami ? »
« Un Malfoy n'a pas de meilleur ami, » répondit aussitôt Draco, comme une leçon bien apprise.
Ted Tonks fronça les sourcils. Andromeda soupira.
« Qui est ton plus proche ami ? » insista Nymphadora.
« Theodore Nott, » lâcha Draco tout à trac et d'une voix plus vive, plus enfantine, que son ton traînant habituel. « Theodore est intelligent et nous sommes du même monde. Même si... »
Il s'interrompit brusquement, comme surpris d'avoir autant parlé. La jeune Auror fit un signe à la Sénéchale pour indiquer que l'interrogatoire pouvait enfin commencer. Elle saisit ses notes :
« Draco Malfoy, as-tu déjà songé de manière concrète à attenter à la vie de ton père Lucius Malfoy ? »
« Non. Bien sûr que non. J'admire Père plus que tout et il est bien trop important pour l'avenir de la société anglaise. »
L'emploi du présent troubla un peu Nymphadora.
« Et as-tu déjà été témoin d'une intention de meurtre envers ton père Lucius Malfoy ? »
« Père est perpétuellement menacé. Par lettres délivrées par des hiboux anonymes, par appels de cheminée au milieu de la nuit, parfois même des insultes jetées en pleine rue par des moins-que-rien... Je suis sûr qu'ils sont juste envieux ! »
« Mais rien de concret ? » insista Nymphadora.
« Non, je crois pas. Et puis, je n'ai pas à poser des questions sur les affaires de Père, » ajouta-t-il d'un ton un peu définitif.
« Étais-tu au courant des intentions homicides de Pansy Parkinson concernant ton père ? »
« Non. Je ne pense pas que ce soit Pansy qui ait fait ça. Pansy ne souhaite que plaire à mes parents, parce qu'elle espère m'épouser. Mais moi, j'ai pas du tout envie de l'épouser. »
Nymphadora échangea un regard avec la Sénéchale.
« As-tu manipulé Pansy Parkinson dans le but de saboter ce mariage ? »
« Non. Je ne veux pas épouser Pansy, mais je veux pas l'envoyer en prison non plus, et certainement pas en assassinant Père ! Quelle idée grotesque ! »
« Et as-tu une idée de qui a manipulé Pansy Parkinson dans l'intention d'attenter à la vie de ton père ? »
« Quelqu'un qui le jalousait probablement. Ils doivent être nombreux dans ce cas... Mais encore fallait-il que cette personne connaisse Pansy et qu'elle soit en mesure de la mettre sous impérium ! Vous êtes sûrs que ce n'est pas un français ? » questionna Draco avec un air pointu.
Axelle Messidor plissa le nez et fit signe à Tonks d'accélérer la procédure, ce qu'elle fit, en posant des questions plus traditionnelles :
« Où te trouvais-tu à l'heure du crime, dans la nuit du dimanche 13 au lundi 14 octobre ? »
« A Beauxbâtons, je dormais dans la chambre que je partage avec les autres élèves de Slytherins. Neville Longbottom se trouvait également présent. »
« Pourquoi cela ? » demanda aussitôt Tonks.
« Ma vie était menacée depuis plusieurs semaines par Morag McDougal. Longbottom me sert de garde du corps quand Luna Lovegood ne peut pas le faire. »
Les deux Aurors échangèrent un nouveau regard pendant que la plume à rapport ajoutait quelques nouvelles notes au carnet de Tonks.
« Quand as-tu vu Pansy Parkinson pour la dernière fois ? »
« Le samedi midi avant sa disparition. Je l'ai aperçue à la cantine. »
« Parle-moi un peu de Morag McDougal. »
« Elle a tenté d'abord de m'étrangler après qu'on ait appris la chute de Hogsmead, - ça c'est parce que son père est Bourgmestre du village - et bien sûr, ça a dégénéré en bataille générale. »
« Cette stupide bataille... » fit Axelle Messidor entre ses dents.
« Et ensuite, elle a tenté de m'enlever un soir que je rentrais à Beauxbâtons. J'ai été délivré par les Gryffindors, ce qui, en toute honnêteté ne m'a pas ravi du tout, mais bon, ce n'est pas comme si j'avais eu le choix sur l'identité de mes sauveteurs. »
« Il faudra que l'on demande des précisions à Harry Potter et ses amis sur cette affaire, » remarqua Tonks. « J'interrogerai Harry demain à ce sujet... »
La Sénéchale acquiesça.
« Je pense que nous pouvons nous arrêter là, ma chérie, » intervint Andromeda. « Tu as le fait le tour des questions, n'est-ce pas ? Je n'ai pas l'impression que Draco Malfoy ait quoi que ce soit à voir avec les accusations des Parkinson. »
« C'est bien mon impression. Toutes les réponses du témoin ont été enregistrées. Je vais les sceller sur parchemin et les envoyer par hibou express à mon chef de mon service. »
« Ne deviez-vous pas poser quelques questions sur la mère du garçon ? » remarqua Axelle Messidor.
« Très juste, merci de me le rappeler, Sénéchale. Draco, as-tu une idée de l'endroit où se trouve ta mère, Narcissa Malfoy ? » reprit Nymphadora.
« Je n'ai pas à poser de questions sur les allées et venues de mes parents. Cela ne me regarde pas, » répondit aussitôt Draco sur le même ton un peu enfantin qu'il avait pris depuis le début de l'interrogatoire.
« On dirait qu'il récite des leçons qu'on lui aurait rabâché pendant des années, » intervint Ted Tonks.
« C'est ainsi que les enfants de ce milieu sont élevés, chéri, » lui répondit son épouse. « J'en sais quelque chose... Et ma sœur n'aurait pas élevé son fils différemment. »
« Quelle tristesse, quand même... » soupira Ted.


Une fois Draco rentré à Beauxbâtons, Nymphadora resta un peu au Sénéchalat pour discuter avec quelques collègues français, leur faire part de la situation anglaise et glaner des informations sur les positions françaises vis à vis des Mangemorts en Grande Bretagne et sur le Continent. Andromeda et Ted devaient, eux, rejoindre l'Ambassade et y retrouver Amelia Bones. La plupart des parents n'arriveraient en effet que le lendemain midi à Beauxbâtons, à l'issue des derniers cours.
« Agent Tonks ? » fit une voix dans son dos.
Nymphadora trébucha et faillit se prendre les pieds dans une chaise.
« Navrée, je ne voulais pas vous surprendre ! » s'excusa une jeune femme aux cheveux châtains et au sourire chaleureux. « Je suis Sandrine Messidor, de la cellule d'intervention rapide. Est-ce que je peux vous offrir un café ? A moins que vous ne préfériez un thé ? » ajouta-t-elle vivement.
« Oui, bien sûr. Un café fera l'affaire. »
Sandrine conduisit Tonks dans la salle de repos où elle la présenta aux collègues présents, nombreux en ce vendredi matin. Tonks soupçonnait juste qu'ils voulaient entendre de sa bouche ce qu'il se passait exactement en Angleterre.
« Qui a fait le café ce matin ? » demanda Sandrine à la cantonade.
« Romain, » grogna un des Aurors.
« Ouais, et comme d'hab, il a fait un jus de chaussette ! » renchérit une autre.
« Je croyais qu'il était interdit de machine à café ! » fit un troisième d'un ton indigné.
Sandrine se tourna vers Tonks :
« Si vous n'avez rien contre le café un peu clair... Sinon, je peux en refaire. »
« Ça m'ira. Ne vous donnez pas tant de peine... »
Tout le monde sembla se renfrogner encore plus, tandis que Sandrine versait une tasse d'un café qui parut tout à fait convenable à Nymphadora. Ils étaient vraiment bizarres, ces français... Elle mit deux sucres dans son café et chercha des yeux la crème ou le lait, qu'elle ne trouva pas. Sandrine Messidor contemplait sa propre tasse d'un air chagrin. Certains Aurors vidèrent discrètement leur propre café dans l'évier et relancèrent la machine, tandis que Tonks répondait à quelques questions sur la situation anglaise :
« ... bien entendu, vous vous doutez que tout ce que je peux vous dire est totalement non-officiel. La vérité est que nous sommes complètement muselés par le nouveau gouvernement. Le Ministre de la Magie est clairement sous imperium. Et bien que personne ne s'en rende compte, Vous-Savez-Qui fait danser le pantin (1). La plupart des postes haut placés ont été noyautés par des proches ou des sympathisants des Mangemorts. Sans compter tout ceux qui sont sous impérium. Le blocus leur a servi à prendre les rênes du pays. S'il est maintenant levé, c'est que c'est chose faite. Pour vous citer un exemple, Amélia Bones, la cheffe du Magenmagot, vient d'être mise à la retraite anticipée pour insubordination à propos de l'affaire Malfoy. Elle est en ce moment même avec l'ambassadeur Stanley Flint, et n'envisage pas de revenir en Angleterre sous peine d'être emprisonnée. Et ceci n'est qu'un exemple parmi des centaines d'autres. Quant à son remplaçant, Pius Thicknesse, non content d'être incompétent, il vient d'ordonner la constitution d'un fichier des nés-moldus, en commençant par les personnels du Ministère. »
« A quand le port de l'étoile jaune ? » maugréa une Auror, approuvée aussitôt par plusieurs de ses collègues.
« Vous ne croyez pas si bien dire... » s'exclama Tonks. « Combien de temps leur faudra-t-il d'après vous pour construire des camps ? »
Il y eut une série d'exclamation d'horreur.
« Et qu'en est-il de votre service ? » interrogea un jeune Auror.
« Mon service ne sert plus à rien. Récemment, on ne nous a confié que des missions d'ordre publique : faire appliquer le couvre-feu sur le Chemin de Traver... je veux dire dans le quartier sorcier de Londres, courir après des pseudo-agitateurs pro-mangemorts qui battent la campagne pour effrayer les nés-moldus et les sangs-mêlés. Nous devrions être en train de lutter pour reprendre Hogsmead aux Mangemorts et libérer Hogwarts, mais non ! Comme dirait le gouvernement, relayé par la presse qui est à sa botte : "dormez braves gens, nous avons la situation bien en main", tout en faisant passer le maximum de lois sécuritaires. »
La tirade énervée de Tonks acheva de convaincre toutes les personnes dans la pièce de la situation dramatique que vivait leurs plus proches voisins.
« Et pour compléter le tableau, un grand nombre de Détraqueurs sont encore dans la nature. Ils se sont alliés aux Mangemorts et font tout pour terroriser le plus possible les populations sorcières, qui restent cloîtrées chez elles... Sans compter l'effet qu'ils ont aussi sur les populations moldues. Bref, la situation est cauchemardesque, » conclut Nymphadora avec un sourire amer.
« Mais sous quelles conditions cette situation pourrait perdurer ? » demanda un Auror qui n'avait pas encore ouvert la bouche. « Normalement, les sorciers devraient bientôt sortir de leur stupeur et au moins tenter de se prémunir contre les Détraqueurs. »
« Et exiger du gouvernement que Hogwarts soit libéré ! » renchérit une autre. « Mangemorts ou pas, leurs enfants y sont toujours réfugiés, n'est-ce pas ? »
« Nous pensons justement que le siège de Hogwarts a été un moyen d'écarter Dumbledore du jeu politique, » raisonna Nymphadora. « Et même si l'école venait à être libérée rapidement, Dumbledore serait la première personne qu'ils licencieraient pour mettre un Pro-Mangemort à sa tête. »
« Ce ne sera peut-être pas tâche facile... » remarqua une femme plus âgée. « Dumbledore reste un symbole. »
« Dumbledore a déjà été remercié l'année passée. Ce ne sera qu'une redite, » fit Tonks amère. « Si personne n'a réagi l'an dernier, pourquoi le ferait-il aujourd'hui ? »
Christian Messidor se joignit à eux au moment où une Auror demandait d'un ton inquiet à Nymphadora :
« Mais qu'allez vous faire alors ? »
Tonks haussa les épaules.
« Ce serait plutôt à moi de vous demander vos intentions. Depuis la réouverture des frontières, on a vu une recrudescence des passages vers la France. Ça ne m'étonnerait pas qu'un grand nombre de sorciers nés moldus viennent tenter leur chance en France. Jusqu'à présent, le gouvernement a laissé faire, mais comme ils viennent de mettre en place leur fameux fichier des nés moldus, il est possible que les opportunités d'immigration deviennent de plus en plus rares, de plus en plus difficile à obtenir. Un certain nombre pourrait tenter de venir de manière irrégulière. Avez-vous prévu une politique particulière les concernant ? »
« Une recrudescence migratoire ? » intervint Christian d'un ton prudent. « Jusqu'à présent nous avons attribué ce phénomène à la reprise abrupte de la circulation entre nos deux pays. Nous surveillons activement ces mouvements de population, et aussi de biens, avec le service des douanes. Nous ne faisons rien jusqu'à nouvel ordre pour les canaliser ou les réduire. »
« Mais y aura-t-il une politique d'accueil ? » insista Tonks, qui voulait obtenir de vraies réponses.
« Malheureusement, ce n'est pas à notre niveau que la décision sera prise, mais soyez assurée que la Sénéchale saura faire entendre votre point de vue. »
Nymphadora hocha la tête, tout en se demandant si le point de vue serait bien effectivement entendu, et encore mieux, transmis.
« Et comptez-vous rester en poste ? » demanda Sandrine Messidor avec sollicitude.
« Non. Je pense être définitivement grillée, avec la part que ma famille a pris dans la protection légale de Draco Malfoy. Je ne comptais pas reprendre du service de toutes façons. Il est fort probable que j'entre dans la clandestinité dès mon retour. Beaucoup de collègues Aurors sont également prêts à franchir le pas. »
« Je vois que la situation risque d'être très compliquée pour vous, dans les mois à venir, » remarqua Messidor d'un air pensif, avant de lui tendre une main amicale : « Permettez-moi de vous féliciter de votre intégrité, agent Tonks, et de vous souhaiter bonne chance ! »
« Merci, nous en aurons tous bien besoin ! »
D'autres sorciers vinrent lui serrer la main et lui demander ses projets, mais Tonks se contenta de sourire. Il n'était pas question ici de parler de l'Ordre du Phoenix. Elle avait donné suffisamment d'informations aux Aurors français pour qu'ils puissent se faire une opinion, alerter leur tutelle et réfléchir dès à présent à la manière dont ils comptaient ou pas s'engager au côté de la Grande Bretagne. Maintenant, elle devait retrouver ses parents à l'Ambassade et dès le lendemain ils iraient à Beauxbâtons pour régler les derniers détails de la tutelle avec Draco Malfoy. Et elle, de son côté, en profiterait pour transmettre des messages à Harry.


Tonks émergea de la cheminée du secrétariat de l'Ambassade, où elle fut accueillie par le secrétaire particulier de Stanley Flint, un certain Murray-Head. Il regarda d'un air suspicieux sa chevelure turquoise, puis la conduisit vers le bureau de l'Ambassadeur, tout en lui posant quelques questions sur la levée du blocus :
« Avez-vous une idée de ce qui a provoqué la réouverture des frontières, Miss Tonks ? » questionna-t-il. « Nous sommes bien en peine d'expliquer les événements à nos ressortissants. »
La jeune femme pinça les lèvres :
« Pas exactement. Le bouclier a pu céder pour plusieurs raisons : volontairement mis à bas par le Premier Ministre, mais aucune communication n'a été faite en ce sens ; une fragilisation naturelle du bouclier qui était en place depuis plus d'un mois - c'est la thèse généralement admise ; ou bien entendu une concentration de magie pure, mais il aurait fallu de nombreux sorciers pour le faire et cela aurait pris beaucoup de temps. »
« Trop de temps pour passer inaperçu ? » conclut Murray-Head.
« Exactement. »
Ils arrivèrent devant le bureau de l'Ambassadeur et le secrétaire introduisit l'Auror après de son supérieur.
« Miss Tonks, Excellence. »
Aux côtés de l'Ambassadeur se trouvait Amelia Bones, que Tonks salua avec cordialité, et ses parents. Stanley Flint se présenta avec simplicité, les invitant tous à s'asseoir, tout en leur offrant un petit encas pour le déjeuner.
« Et bien, Miss Tonks, vos parents étaient justement en train de me conter l'interrogatoire du jeune Malfoy, » sourit Flint, en grignotant un morceau de foie gras. « C'est un grand soulagement de le savoir disculpé de cet horrible crime. »
« C'est peut-être un peu tôt pour qu'il soit disculpé, » modéra Nymphadora, « mais son témoignage devrait largement plaider en ce sens. »
« Quel soulagement ! Le jeune Draco a été très affecté par tous ces événements, savez-vous ? » poursuivit l'Ambassadeur. « L'assassinat de son père, la disparition de sa mère... »
Il laissa sa phrase en suspens.
« Je ne comprends pas comment Narcissa a pu être assez irresponsable pour abandonner son fils dans une telle situation ! » intervint Andromeda, d'un ton chagriné. « Je suis vraiment désolée pour toutes les complications que cela a dû vous créer, Excellence ! »
L'Ambassadeur lui offrit un sourire et fit un geste de dénégation de la main.
« Je vous en prie. J'ai été heureux de rencontrer votre neveu... Savait-il quelque chose sur sa mère ? » demanda-t-il après un court moment d'hésitation. « J'imagine que les Malfoy doivent avoir plusieurs lieux secrets de retraite. »
« Très probablement ! Mais le garçon n'avait pas l'air de les connaître... » répondit Nymphadora. « Il paraissait très peu informé des affaires de ses parents. »
L'Ambassadeur hocha la tête, tout en choisissant avec une attention marquée le prochain petit four qu'il allait goûter. Il l'engloutit d'un air satisfait.
Un reniflement de Amelia Bones attira l'attention générale :
« Cela est bel et bon, mais cela m'a aussi coûté mon poste ! » remarqua-t-elle d'un ton aigre. « Je comprends bien l'intérêt de faire échec aux manœuvres de Vous-Savez-Qui, mais j'aurai préféré sacrifier ma couverture pour une affaire autrement plus sensible que l'héritier Malfoy. »
Tonks ouvrit de grands yeux en la voyant aborder aussi ouvertement le sujet de Voldemort devant un homme dont ils ne connaissaient pas précisément la sensibilité politique.
« Madame Bones, la question financière est toujours primordiale, » lui répondit Flint, d'un ton conciliant. « Comme je vous le disais ce matin, la perte des apports financiers des Malfoy, et sans doute également ceux des Parkinson, ne peut que handicaper la cause des Mangemorts. Pour racheter des imprimeries, des radios, des espaces publicitaires, pour faire une propagande efficace, il faut des galléons. Beaucoup de galléons. »
« Je vous l'accorde. Mais il ne nous reste plus guère que l'exil ou la clandestinité à présent ! » ronchonna l'ex-cheffe du Magenmagot.
« Si vous choisissez de vous installer en France - ce qui serait sans doute mieux pour la tutelle du jeune Draco - je me tiens à votre disposition pour vous aider dans vos démarches, » proposa aussitôt l'Ambassadeur aux Tonks. « L'administration française peut être tellement fastidieuse... qu'elle offre des opportunités parfois inattendues. » ajouta-t-il avec un petit sourire.
« Cela nous serait d'une grande aide, effectivement... » reconnut Andromeda, tandis que Ted acquiesçait.
« Et vous ? » demanda Flint, en se tournant vers Amelia Bones et Nymphadora.
« J'ai plutôt dans l'idée d'aller agir au niveau international. J'ai quelques contacts à l'Aréopage... » fit Madame Bones, en croisant les bras sur sa poitrine.
« Peut-être pourriez-vous rencontrer Noé Sorlimus ? » proposa Flint. « Il travaille pour l'Aréopage depuis quelques années, et comme il s'agit de l'époux de la Sénéchale, je pense qu'il aura à cœur d'aider votre cause. »
« C'est une idée... »
Tous les regards se tournèrent vers Nymphadora.
« Je... » commença-t-elle, nettement plus hésitante que dans les bureaux du Sénéchalat. « Je pense passer à la clandestinité... Vous m'excuserez, Madame Bones... Mais la direction du service des Aurors cherche plus à immobiliser les carrosses (2) qu'autre chose ! »
« Bien entendu, ma chère ! Je vous approuve, » acquiesça Amelia Bones.
« Es-tu bien sûre, ma chérie, que tu ne veux pas rester avec nous ? » tenta de la convaincre Andromeda.
« J'aimerai bien, Maman. Mais il y a Ré... enfin des gens qui m'attendent là-bas, tu sais... » se reprit-elle, en rougissant.
Stanley Flint toussota avec tact pour meubler le silence embarrassé qui suivit :
« Quoi qu'il en soit, si vous avez besoin d'aide, n'hésitez pas... » finit-il par dire en conclusion.


L'excitation était à son comble durant les derniers cours du samedi matin. Tous attendaient avec impatience l'arrivée d'un parent, d'un grand-parent, d'un frère, d'une sœur, et de nouvelles fraîches d'Angleterre. Certains, comme Seamus, étaient fermement décidés à rentrer chez eux. D'autres, comme Nott, souhaitaient absolument rester à Beauxbâtons. Il y avait ensuite la longue liste des indécis : ceux qui voulaient rester avec leurs amis, ceux dont la famille déciderait pour eux, ceux qui attendaient d'en apprendre plus sur la situation anglaise. Et enfin, la catégorie des orphelins, qui devenaient de plus en plus nombreux au fur et à mesure que l'année avançait : Harry, Susan Bones, Hermione, Malfoy. Hermione n'était pas orpheline dans les faits, heureusement, mais aux yeux des sorciers c'était tout comme. Quant à Bones, elle n'avait plus guère que sa tante, mais qui devait venir normalement.

La Comtesse annonça enfin la fin du cours de DAN avancé. Le premier à quitter la salle de cours, en courant comme un enragé, fut Sacha Piscies. Il hurla un "bonnes vacances !" enthousiaste à la cantonade et fila sans demander son reste. Sirène Piccolo le suivit de près, sans doute pressée de retrouver son alter qui devait avoir cours de psychométrie avec Madame Maimonide. Wotan Crèvecoeur et Marie-Céleste Otéane vinrent calmement saluer Harry et lui souhaiter d'agréables vacances. Olivier Nestor fit un clin d'œil à Harry mais il passa vite, un bras enroulé autour des épaules de sa Julie, sans doute dans l'espoir de l'entrainer dans un recoin sombre. Ils furent vite rattrapés, au grand dam d'Oliver, par Fatima Kasser, Guillaume Avril et Tina Moiré, qui entamèrent aussitôt une discussion vive avec Julie à propos de Quidditch. Encore que d'après les éclats de voix, ça ressemblait plus à des provocations entre équipes adverses qu'autre chose. Harry se souvint que plein d'élèves de Beauxbâtons faisaient partie des équipes juniors de clubs pros. Tina revint vers Miranda et Simon :
« Prétendre que les Ogres ont une chance cette année ! Elle fabule la Julie ! Quant à Guillaume, il me fait bien marrer avec les Sternes ! Et Fatima a grave déconné en quittant les Dracs pour les Falkes... Non, non, non, objectivement, si on doit craindre quelqu'un cette année, c'est plutôt les Morvac'h ! »
« Comment se place ton équipe ? » demanda Harry, plus pour lui faire plaisir qu'autre chose.
« Les Dragonnarres ? Au niveau junior, on est plutôt bien classé, en général entre la 3e et la 5e place... »
Harry l'écouta d'une oreille passer en revue telle et telle équipe, se plaindre d'Annet Volauvent, dont l'équipe avait battu celle de Tina récemment, avant de finalement saisir son sac de cours d'un air décidé. Après avoir salué ses amis, elle partit gaiement chercher son matériel de Quidditch.
« Ça fait du bien de voir quelqu'un qui ne se soucie de rien... » remarqua Harry.
Il se tourna vers Miranda et Simon qui le regardaient d'un drôle d'air, enfin surtout Miranda.
« Harry, ça va aller ? » demanda-t-elle.
« Écoutez, je pense que ça va aller, oui. Il y a un certain nombre de gens très engagés parmi les parents qui devraient venir. On va enfin avoir de vraies nouvelles ! Peut-être même des nouvelles de Hogwarts, qui sait ? » répondit-il.
« Nan, mais je voulais dire... Toi et Hermione, vous êtes les seuls qui ne vont voir personne... »
« Oh, je ne peux pas dire pour Hermione, mais il y aura la famille de Ron. Je les considère quasiment comme ma propre famille. »
Sa réponse eut l'air de rassurer Miranda, qui lui sourit :
« Je vais tâcher de trouver Hermione, alors ! Bonnes vacances, Harry ! » dit-elle, avant de lui coller deux bises.
Ces français et cette manie de se becqueter les joues...


Accompagné de Simon, Harry descendit vers le Grand Hall où il assista du haut des marches au départ de la plupart des élèves. Au bout de dix minutes, il n'y avait plus grand monde. Il vit Junon, baguette au poing, reconduire les jumeaux Bellamie à la cheminée. Il fallut un ou deux sorts et la menace d'autres, plus vicieux, pour les décider à dégager. Bientôt Hermione les rejoignit, accompagnée de Miranda, Altaïr et Hippo.
« Neville n'est pas avec toi, Hermione ? » demanda Harry.
« Il est parti devant. Il est très impatient de voir sa grand-mère... »
« Hermione, tu es sûre que tu veux rester à Beauxbâtons ? » la pressa Miranda.
« Oui, oui. Je veux avoir des nouvelles. Savoir ce qui se passe vraiment. Ne t'en fais pas, à Hogwarts, on ne voit jamais nos parents avant Noël. »
Miranda fronça un peu les sourcils, mais n'insista pas à nouveau. Pendant ce temps, Hippo tendait le cou dans l'escalier et aperçut la fille de la Sénéchale qui semblait garder l'accès au Grand Hall :
« Combien de temps avec qu'elle ne nous repère et nous jette dehors ? » grimaça-t-il.
« Je ne vois pas comment on pourrait passer sans qu'elle nous voit... » répondit Miranda. « Et elle connait surement les raccourcis vers les autres bâtiments. »
« Mieux vaut elle que la Sénéchale, je suppose... » remarqua Simon avec philosophie.
« La Sénéchale va venir, tu crois ? » demanda Hermione, qui n'avait pas gardé un bon souvenir de sa première entrevue avec Axelle Messidor.
« Certains parents de vos condisciples sont ouvertement pro-mangemorts et il s'agit de Beauxbâtons, » fit le jeune Jarnac avec fatalisme.
« Ouais, ça fait pas un pli ! » maugréa Altaïr, qui était resté plutôt calme jusqu'à présent. « Je vais faire diversion. Essayez de passer discrètement... »
« Ça va pas marcher, Altaïr ! » fit Hippo, en tentant de le retenir. Le jeune Castel-Dajax l'agrippa en retour et l'entraîna à sa suite :
« Et bien, on va essayer à deux alors ! » s'écria-t-il en cavalant dans les marches, malgré les récriminations d'Hippo.

« Où croyez-vous aller comme ça, vous deux ? » fit Junon d'un air pincé, en tapant du pied.
« Déjeuner ? » répondit Altaïr avec son ton le plus insolent. « On a parié que le menu était meilleur pendant les vacances ! »
« Dehors... » ordonna Junon.
« D'accord. Mais on peut quand même aller réclamer un panier pique-nique, nan ? » insista Altaïr, en contournant la fille de la Sénéchale. « C'est pas interdit. »
« Dajax. Ma mère se trouve déjà dans le réfectoire. Tu tiens vraiment y aller ? » remarqua-t-elle sur le ton de la conversation. « Arrêtez un peu ces enfantillages... »
Hippo jura entre ses dents et Altaïr grimaça avant de faire demi-tour :
« Laissez tomber. L'épouvantard est déjà dans la place ! » cria-t-il du bas des escaliers.
Miranda et Simon descendirent les retrouver et, sans un regard pour la jeune Sorlimus, prirent tour à tour la cheminée. Altaïr les suivit, et Hermione nota qu'il mentionnait l'adresse des parents de Miranda plutôt que la sienne avant de se lancer dans les flammes. Hippo s'attarda un peu, demandant à nouveau à la Gryffindor comment elle se sentait, et lui promettant de passer pendant les vacances pour ce devoir d'arithmancie qui vraiment n'était pas évident.
Harry les laissa discuter et s'arrêta au niveau de Junon :
« Tu es plus sympa que tu ne le laisses deviner... » sourit Harry. « Tu aurais pu les laisser affronter la Sénéchale par eux-mêmes »
« Je ne veux pas faire exploser de chaudron inutilement... Tu sais bien que ça me retombe toujours dessus, de toutes façons, » ajouta-t-elle d'un ton un peu amer. « Vous devriez rejoindre le réfectoire. Tous les élèves anglais y sont priés, y compris ceux qui n'attendent personne. »

Harry et Hermione hochèrent la tête et se dirigèrent vers la sortie du bâtiment principal. Il commençait à faire sérieusement froid et Harry était content d'avoir pris sa cape avec lui. Les températures étaient moins basses qu'en Écosse à la même époque, mais l'humidité était la même. Même si le brouillard, par quelques procédés magiques, épargnait les jardins de Beauxbâtons, il semblait ceinturer les murs de l'Académie, que l'on apercevait derrière la tonnelle et le verger. Hermione se fit la promesse de visiter mieux les jardins de Beauxbâtons, maintenant qu'ils étaient en vacances. Harry l'entraîna dans l'Aile Byzantine et ils rejoignirent les autres anglais, qui attendaient dans un fort brouhaha l'arrivée de leurs familles. Ron leur fit signe immédiatement. Marcus n'était pas à ses côtés, ce qui paraissait étrange tant on voyait peu les deux alters l'un sans l'autre.
« La Sénéchale n'a laissé aucun français rester, » maugréa Ron, en guide d'explication. « Pas même Marcus ! Je pensais qu'elle ferait une exception pour que mon alter puisse rencontrer ma famille, mais elle a rien voulu entendre. Tout de même, il s'agit de Marcus ! »
« Elle a aussi fait partir les deux filles de notre classe qui font de la généalogie... » renchérit Neville. « J'ai cru comprendre qu'elles espéraient observer les personnes présentes et prendre quelques photos et notes pour leurs dossiers sur les familles anglaises. »

Harry préféra aller voir Axelle Messidor avant de participer à la discussion. Tout le monde savait qu'il passait sa vie au Sénéchalat, alors autant ne pas différer.
« Bonjour Sénéchale, » la salua-t-il.
« Bonjour Potter. Vous n'êtes pas en service aujourd'hui, vous le savez. Même si j'apprécie que vous soyez venu me saluer, » lui répondit-elle avec presque un sourire.
« Je voulais juste m'assurer qu'il n'y avait pas de consignes particulières me concernant. »
« Hmm... Nous sommes assez de deux avec Junon pour assurer la sécurité du lieu, sans compter les professeurs, » ajouta-t-elle, en désignant le Comte et la Comtesse, qui discutaient avec Madame Maxime.
Harry savait par les équipes du Sénéchalat que les époux d'Armorghast avaient été Aurors avant d'entamer leurs carrières d'enseignants.
« Aucune de nos projections n'a semblé aboutir à une situation de crise, » expliqua Axelle, en faisant référence à certaines réunions où l'on envisageait sous tous les angles comment une situation donnée pouvait dégénérer. « Mais bien entendu, ça ne signifie pas que nous ne restons pas sur nos gardes. Je vous laisse, maintenant, Potter, je dois accompagner la directrice aux portes de l'Académie afin d'accueillir les familles et les officiels. »
« Entendu, Sénéchale. »

Les camarades de Harry, qui l'avaient d'abord regardé d'un air curieux quand il s'était mis à discuter avec Axelle Messidor, s'étaient déjà désintéressés de la scène. Les Hufflepuffs formaient le plus gros groupe au fond du réfectoire, encore que Faucett faisait, sans surprise, bande à part avec Stebbins. Les Ravenclaws étaient allés chercher Goldstein à l'infirmerie et le garçon, le bras encore en écharpe, était pris en charge par Lavender, qui paraissait aux petits soins pour lui. Elle venait même de lui conjurer un coussin pour qu'il puisse appuyer son bras plus confortablement. Les soeurs Patil discutaient à voix basse avec Dean près de l'entrée. Brocklehurst et Perks s'étaient approchées d'Hermione et leurs voix mécontentes portaient suffisamment pour qu'Harry comprenne qu'elles parlaient de leur cours d'option de la matinée : un cours de métamorphose avancée de Lefunest. Les Slytherins... Les Slytherins avaient l'air plutôt inquiets. Il ne fallut pas plus de trois secondes à Harry pour se rendre compte que Theodore Nott manquait une nouvelle fois à l'appel. Malfoy était littéralement livide et Zabini semblait sur le point d'aller parler à Moon, l'alter de Nott. Harry allait intervenir quand il vit Neville en personne échanger quelques mots avec eux, puis aller parler lui-même au Hufflepuff. Curieux, Harry les rejoignit.
« Qu'est-ce que c'est que cette histoire encore ? » s'écria Freddy Moon. « Nan, je l'ai pas vu depuis le petit-déjeuner. On suit même pas la même option. Vous avez vérifié à la bibliothèque ? »
« Oui, bien sûr qu'ils ont vérifié. Nott était bien là pour son cours d'option et Malfoy était avec lui. »
« Ben, pourquoi tu demandes pas à Malfoy alors ? »
« Nott a dit à Malfoy de partir devant et qu'il arrivait tout de suite. Seulement, il a jamais suivi... » expliqua Neville.
« Je comprends pas, pourquoi tu viens m'interroger ? » fit Moon, d'un ton légèrement exaspéré. « Ce n'est pas comme si j'étais un ami de Nott. Ok, on est alter, mais ça s'arrête là. Le mec disparait, réapparait, re-disparait. Que veux-tu que j'y fasse ? C'est une juste une plaie pour les cours de duel. Je sais jamais s'il va être là ! »
« Oui, je me doute que ça doit énervant... » admit Neville. « Si par hasard, tu as de ses nouvelles avant tout le monde, envoie juste un pneu à Malfoy. »
« Ouais, il se le prendra dans les dents ! Ça sera toujours une petite consolation ! » finit par rigoler Freddy, avant de retourner vers son groupe d'amis.


Il y eut soudainement une rumeur excitée vers la porte d'entrée et tout le monde leva vivement la tête. Harry aperçut, d'un oeil, Junon se positionner à gauche de la porte, alors que sa mère faisait entrer d'abord Marin Constan, qui fit un salut général à l'assemblée des élèves, et enfin les parents. Même si Harry avait rencontré pas mal de parents sorciers, entre la coupe du monde de Quidditch deux ans auparavant et le tournoi des Trois sorciers, il était cependant bien en peine de les reconnaître tous. Il fut vite happé par l'étreinte de Molly Weasey qui venait juste de libérer Ron et qui se tourna ensuite avec le même enthousiasme vers Hermione. Le clan Weasley était certainement le plus nombreux : hormis Molly, Fred et George, Bill et Charlie avaient fait le déplacement. L'aîné des Weasley expliqua en deux mots aux trois Gryffondors qu'il était venu avec Fleur Delacour, mais qu'il l'avait laissée chez ses parents dans la matinée.
« Je me demande s'ils vont me laisser la revoir de tout le séjour... » remarqua-t-il avec amusement.

Alors qu'il écoutait Charlie parler à nouveau de la fameuse lettre de Hagrid, celle qu'il avait reçu trois semaines auparavant, Harry vit une dame un peu forte, aux cheveux poivre et sel, s'approcher de Madame Maxime et s'adresser à elle d'une voix vive. La Directrice eut l'air embarrassé. Elle conjura aussitôt un parchemin où elle écrivit trois lignes qu'elle envoya par pneu. Puis elle invita d'un signe de tête la dame à patienter en lui offrant une tasse de thé. Bizarre... A moins qu'il ne s'agisse d'une parente de Theodore Nott. Madame Maxime venait sans doute de se rendre compte, à l'instant, que le garçon avait à nouveau disparu. Ce n'était pas de chance pour la directrice, elle qui venait à peine de récupérer Crabbe et Goyle.
Une main se posa sur l'épaule de Harry, le faisant sursauter. Il tourna la tête si vite qu'il faillit se faire un torticolis et dut faire un gros effort sur lui-même pour restreindre son réflexe de tirer sa baguette à tout va. Tonks, le visage encadré de boucles turquoises, leur souriait d'un air taquin.
« Salut vous deux ! Tu permets que je te l'emprunte, Charlie ? » lui demanda-t-elle.
« Tonks !? Ça alors ?! Que fais-tu là ? » s'exclama le cadet des Weasley.
« J'accompagne mes parents. Nous sommes devenus légalement responsable d'un certain cousin du côté maternel... »
Du pouce, elle indiquait l'un des coins du réfectoire où Andromeda et Ted Tonks parlaient à voix basse avec Draco Malfoy. Harry ouvrit de grands yeux, tandis que Charlie remarquait :
« On dirait que ça ne ravit pas tout le monde... »
En effet, Mesdames Crabbe et Goyle semblaient très mécontentes de voir Andromeda Tonks. Et elle regardaient du côté de Molly Weasley avec le même air dégoûté. Moins de dix minutes plus tard, elles conduisaient leurs fils respectifs vers la sortie de l'Académie, déclarant qu'elles ne restaient pas une seconde plus dans un lieu infesté de traîtres à leurs sangs. Il fallait dire que personne n'avait voulu leur adresser la parole, ni les Macmillan, ni les Bulstrode, ni même Madame Zabini. Avoir un mari recherché par les Aurors pour le massacre de Hogsmead n'était pas vraiment un atout social.
« Bon débarras ! » grogna une voix âgée sur leur droite.
« Grand-mère, enfin... » fit Neville.
« Ce n'est pas parce que tu as du sang Rosier que tu doit frayer avec ces gens-là ! » grinça la vieille dame, en direction de son petit-fils. « Merlin sait tous les efforts que j'ai fait pour te soustraire aux mauvaises influences... »
« Je suis sûre que Maman ne les a jamais fréquentées après Hogwarts, » défendit aussitôt Neville.
La vieille dame regarda son petit-fils d'un air ébahi, surprise sans doute de le voir se rebeller, puis elle se radoucit un peu :
« Bien sûr, mon chéri. Si on peut accorder une chose à ta mère, c'est bien qu'elle était une femme de conviction. »
« Une femme de conviction et une très grande Auror ! » rectifia Tonks avec enthousiasme. « Un modèle pour nous tous. J'ai été formée par Mad-Eye Moody, Neville. Et il ne s'écoulait jamais une semaine sans qu'il ne parle d'Alice Longbottom. »
« Vraiment ? » s'exclama Neville, avec une curiosité non feinte. « Et que disait-il d'aut... »
« N'ennuie pas les gens avec tes questions, Neville, enfin ! » coupa Augusta Longbottom d'une voix autoritaire. « Il y a des sujets bien plus importants et plus d'actualités à aborder aujourd'hui, je présume ? » Elle avait accentué le mot "d'actualités", comme si converser sur des faits vieux de 15 ans était le comble du ridicule.
Tonks regarda tour à tour Neville et sa grand-mère, clairement gênée. Harry, lui, écoutait la conversation sans en croire ses oreilles. Hermione lui mit un petit coup de coude et murmura discrètement :
« Pas maintenant, Harry ! Je t'expliquerai, mais plus tard. »
« Mais Grand-Mère... » insista Neville.
« Je ne veux pas en entendre parler. En tous cas, pas ici, avec tous ces gens. »
Sans trop lui laisser le temps de réagir, Augusta le dirigea d'un geste insistant en direction des Weasleys. Quelle que soit la teneur de la conversation qui était en jeu, Madame Longbottom ne voulait clairement pas qu'elle ait lieu.

Tonks haussa les épaules, mal à l'aise, en les regardant s'éloigner. Puis elle avisa que Harry et Hermione étaient toujours là et profita de l'occasion pour leur raconter à voix basse ce qu'elle avait exposé aux Aurors la veille. Puis elle aborda des questions plus confidentielles, concernant l'Ordre et ce qu'elle savait de Hogwarts.
« Remus et moi avons tenté de nous approcher le plus possible de l'école. La vérité est qu'il ne reste presque plus de Mangemorts sur place. Ils se sont contentés de lever un bouclier qui isole le château et maintient l'illusion d'un siège. »
« Mais s'il n'y a plus de Mangemorts, pourquoi le siège n'est-il pas levé ? Ne peut-on pas rompre ce bouclier de l'extérieur ou de l'intérieur ? »
« Le château est affaibli. Rien ne peut être fait de l'intérieur. Et les quelques Mangemorts encore présents veillent sur leur bouclier. »
« Mais pourquoi ont-ils assiégé Hogwarts plutôt que de l'attaquer ? » demanda Harry. « Je croyais que Voldemort cherchait à éliminer Dumbledore. »
« C'est une manœuvre stratégique Harry, » expliqua Tonks. « Les Mangemorts savaient qu'ils n'arriveraient pas facilement à faire tomber l'école. Il valait bien mieux l'isoler et en profiter pour prendre le pouvoir en éliminant Rufus Scrimgeour et en mettant son vice Ministre sous impérium. »
« Mais Dumbledore ne l'avait-il pas prévu ? » interrogea Hermione.
« De ce que j'en sais, il avait escompté une attaque frontale et avait soigneusement préparé ses défenses en s'alliant à certaines créatures magiques. Mais la stratégie de Voldemort a mis à mal ses plans. Hogwarts est isolé et affaibli et Dumbledore sans aucun pouvoir. »
« Et l'Ordre dans tout ça ? »
« L'Ordre s'est donné deux missions : la première est de placer des enfants sorciers d'origine moldue dans des familles d'accueil à la campagne. Mrs Figg et Arthur Weasley coordonnent ces actions. »
« Et la deuxième ? » fit Harry en voyant que Tonks n'avait pas l'air de poursuivre.
La jeune Auror soupira :
« Nous avons eu des désaccords sur la deuxième. Mad-Eye a décidé qu'il fallait mettre hors de nuire les Mangemorts en cavale les plus dangereux : Les Lestrange, Nott, Mulciber, Crabbe, Goyle... Grâce à Severus Snape qui espionne toujours pour notre compte, nous avons obtenu des localisations précises. »
« Snape ? Il n'est pas à Hogwarts ? » s'écria Harry.
« Non. Dès l'attaque d'Hogsmead il a rejoint les rangs des Mangemorts. Et n'a pas remis les pieds à l'école. Il nous est d'ailleurs plus utile ainsi, quand il est dans l'entourage de Voldemort, » remarqua Tonks. « Bref, Mad-Eye a su où était certains Mangemorts de la première heure et comme on ne pouvait pas les capturer pour les garder prisonniers ensuite... »
« Tu veux dire... ? » commença Hermione.
« Oui. Rabastan Lestrange a été retrouvé mort lundi dernier. Mad-Eye cherche les autres, maintenant. Aux dernières nouvelles, il traquait Crabbe et Goyle senior. »
Harry fit signe à Tonks de ne pas poursuivre. Il ne pouvait pas continuer cette conversation ici. Le Survivant voyait bien que la Sénéchale les regardait d'un air suspicieux et il n'était pas encore assez avancé en occlumencie pour pouvoir cacher des choses aux legilimens du Sénéchalat. Harry n'avait pas la moindre idée si la Sénéchale connaissait l'existence de l'Ordre du Phoenix. Elle savait sans doute que Tonks avait fait partie du commando de sauvetage du Ministère quand Harry et ses amis étaient tombés dans l'embuscade des Mangemorts. Mais que savait-elle de plus ?

L'attention générale fut brusquement détournée par une cascade de pleurs et de cris provenant d'une porte que Harry n'avait encore jamais remarquée, au fond du réfectoire. Les Hufflepuffs les plus proches se ruèrent pour l'ouvrir à la volée, mais restèrent bouche-bée sur le seuil. Hannah Abbot sanglotait pitoyablement, effondrée dans les bras d'un homme qui devait être son père. Quelques minutes plus tard, les deux Abbot quittaient Beauxbâtons par cheminée, pour retourner au plus vite en Angleterre. Les explications finirent par parvenir jusqu'à Harry, par le biais d'un Ernie Macmillan aussi furieux que malheureux. La mère moldue de Hannah avait été assassinée à leur domicile, deux semaines plus tôt. Les meurtriers avaient stupefixé son père et lancé un Avada Kedavra sur sa mère sans défense.
« Je suis sûre qu'ils ont visé les Abbot parce que ce sont des Sang-purs et que ces saloperies de Mangemorts n'ont jamais supporté que le père de Hannah épouse une moldue ! » lâcha-t-il, hors-de-lui. Il paraissait lui-même aux bords des larmes. Harry devina qu'il connaissait personnellement la mère de son amie. « Comment ils peuvent faire des choses pareilles ?! Bordel ! »
Une dame aux cheveux clairs s'approcha de Ernie qui essuyait ses yeux sur sa manche :
« Je suis désolée pour Hannah, darling... » lui dit-elle, en posant une main sur son épaule. « J'appréciais aussi beaucoup sa mère. »
« Maman, je peux pas la laisser affronter ça toute seule ! Nous devons aussi rentrer ! » lança-t-il d'un ton véhément.
Harry voyait le danger que leurs départs représentaient pour l'AD. Abbot et Macmillan étaient et avaient toujours été deux piliers de l'AD depuis sa création, mais dans de telles circonstances, Harry ne pouvait pas les retenir. Mais la dame fronça les sourcils et ne laissa pas son fils décider :
« Je pense au contraire, Ernie, que tu vas rester ici. La situation à la maison est bien trop grave et on ne sait jamais ce qui va se produire. Tu sais que l'ami d'enfance de ton père, John, a perdu son travail au Ministère il y a trois jours ? Remercié sans aucune raison valable ! Et ce n'est pas le plus grave... En tous les cas, hors de question que je te laisse rentrer et faire n'importe quoi ! »
« Je n'ai pas l'intention de faire n'importe quoi, je veux ju... »
« Tu fais toujours n'importe quoi quand tu es en colère ! » s'écria sa mère, ce qui eut le mérite de faire taire Macmillan immédiatement.
Harry fit un pas en arrière et regarda ailleurs afin de ne pas avoir l'air d'assister à cette dispute familiale.
« J'ai parlé à Monsieur Abbot, Ernie. Hannah ne va rester que quelques jours à Londres, le temps de se recueillir sur la tombe de sa mère. Et ensuite, il la renverra ici. Elle ne peut pas rester là-bas et toi non plus. Hogwarts est toujours assiégé à l'heure qu'il est et Merlin seul sait ce qui s'y passe. Tout ce que nous pouvons faire maintenant est de garder confiance en Albus Dumbledore. Et de croire fermement qu'il ne vous a pas envoyé en France pour rien. »
Ernie hocha la tête, son sang froid retrouvé. Madame Macmillan fit un sourire à Harry, qu'elle avait bien évidemment reconnu, puis entraîna son fils vers les autres élèves de Hufflepuffs :
« Allons, allons. Tes camarades ont besoin de leur préfet. Tu ne vas pas leur faire défaut maintenant, n'est-ce pas ? »

Effectivement, Éloïse Midgen était en train de pleurnicher sans bruit à côté de Susan Bones. Harry espérait qu'il ne s'agissait pas encore d'un nouveau drame. Il la regarda avec sympathie un instant, avant d'entendre la voix de Mary Faucett qui faisait un scandale non loin de là :
« C'est de la rigolade, cette école ! Je refuse de rester une seconde de plus ici ! Il y a deux élèves qui ont disparu pendant deux semaines et ensuite deux autres qui se sont fait le coffre ! Et ça fait genre trois semaines que Goldstein est à l'infirmerie ! C'est quoi c'te blague ? Et en plus, il y a des élèves français qui s'en sont pris à Will et moi sans raison et à plusieurs reprises ! J'me sens pas du tout en sécurité, ici ! »
« Mais, tu sais, Mary, c'est bien plus dur chez nous. Il y a des Détraqueurs qui errent dans la nature... Ta mère en a vu deux la semaine dernière juste à côté de la maison. On a dû appeler les Aurors... » tenta un homme aux cheveux grisonnants qui essayait de paraître le plus raisonnable possible.
« Ben, c'est bien à ça que servent les Aurors, non ? » renchérit Faucett hargneuse. « Au moins, on sait comment les choses fonctionnent en Angleterre. Ici, j'ai pas confiance ! »
« Ca ne me parait pas très raisonnable, ma chérie... » tenta une dame aux cheveux tirés en chignon, probablement sa mère. « Je me sentirais plus rassurée de te savoir ici... »
« Ouais, mais moi, j'me sens pas du tout rassurée ici ! Sérieux, m'man, j'veux rentrer ! Non, mais regarde les bleus que j'ai ! On a dû me recoller une dent ! Et c'est rien par rapport aux piqûres de frelons d'il y a deux semaines ! »

Alors que Faucett semblait prête à menacer de retourner en Angleterre par ses propres moyens si on la laissait là, Justin Finch Fletchley était au contraire arque-bouté sur le fait de rester à Beauxbâtons.
« Non, mais je vais quand même pas oublier que je suis un sorcier sous prétexte que la situation n'est pas sûre ?! » s'écria-t-il.
« Justin, cesse de nous répondre, à la fin, » lui répondit calmement un homme imposant. « Ta mère et moi avons discuté avec les autres parents et si nous avons correctement compris la situation, tu fais partie des cibles que ces... gens ont décidé d'abattre. La mère de ton amie, cette... Hannah, a été assassinée pour avoir épousé un sorcier. L'affaire est donc très sérieuse. »
« Nous te t'obligeons pas à oublier que tu es sorcier, » fit la mère de Justin en levant les yeux au ciel. « Mais il nous parait judicieux de quitter l'Europe quelque temps. Ton père vient d'obtenir un changement de poste et nous partons nous installer à Hong-Kong dans deux semaines. Nous trouverons bien une école sorcière pour toi là-bas ! »
« Mais je suis très bien ici. Je suis en sécurité, avec mes amis dans une excellente école de réputation internationale, » insista Justin.
« Hmm hmm... Enfin, ça reste le Continent. Et la France... n'a pas offert beaucoup de résistance à Hitler à l'époque. Tout leur gouvernement était chez nous ! Ton Grand-père s'en souvient très bien. »
« Mais c'est justement au tour de la France de nous apporter son aide ! » plaida Justin. « Ils ne nous abandonnent pas, alors que c'est notre propre gouvernement qui est en péril aujourd'hui ! »
« Tu es bien trop énervé pour écouter notre avis, » constata son père. « Nous en rediscuterons d'ici la fin de notre séjour. Et j'espère qu'à ce moment tu entendras la voix de la raison... »
Le jeune né-moldu se renfrogna mais ne daigna pas répondre.

Ça semblait mal parti pour Justin. Ses parents n'avaient pas l'air de se laisser fléchir. Sans doute se rappelaient-ils la seconde année de sa scolarité, quand leur fils avait été victime du Basilic de la Chambre des Secrets... Si Hannah ne revenait pas, les Hufflepuffs ne seraient plus très nombreux à l'AD. Harry jeta un œil à Midgen, qui avait arrêté de sangloter mais semblait toujours aussi triste. Inutile de se perdre en conjectures sur l'avenir de l'AD, le Survivant verrait bien le moment venu.


Après les explications de Tonks sur l'Ordre, Hermione avait passé un petit quart d'heure en compagnie des Weasley, écoutant notamment Bill s'inquiéter de la position des Gobelins vis-à-vis des Mangemorts. La politique générale de Gringotts était pour le moment de coopérer avec le gouvernement, mais il y avait des murmures en interne. Jamais devant le personnel sorcier, bien entendu. Les Gobelins avaient pour principe de ne jamais professer une opinion politique devant un membre d'une autre race, mais Bill surprenait de temps à autres des bribes de conversations. En tous cas, l'accès aux coffres des Mangemorts officiellement recherchés avait été interdits, et strictement placé sous l'autorité du directeur de la banque.
« Mais cela veut-il dire que le coffre des Malfoy est complètement inaccessible ? » demanda Hermione, en tirant Bill à l'écart.
« Depuis juin dernier, Madame Malfoy avait accès aux liquidités, mais ne pouvait plus pénétrer dans le coffre elle-même. C'est une rareté dans le droit Gobelin, où généralement le droit d'accès à son coffre est inaliénable, » expliqua Bill.
« Mais si les Tonks ont maintenant la tutelle de Draco, auront-ils, eux, l'accès au dit coffre ? »
« Bonne question, mais j'en doute. Je pense plutôt que les Gobelins prélèveront sur le coffre Malfoy une pension qui sera reversée à Andromeda Tonks, pension qui sera destiné à assurer les frais de vie de Malfoy junior jusqu'à sa majorité. D'ailleurs, » ajouta-t-il d'un air pensif, « c'est une affaire qui relève du judiciaire, pas du financier. Les Gobelins ne feront qu'appliquer en définitive ce qui a été décidé au moment de la prise de tutelle. »
Hermione hocha la tête. Voldemort venait ainsi de perdre définitivement la fortune des Malfoy et le contenu de leur coffre. Excellente chose ! Elle jeta un œil du côté des Tonks. Malfoy, tout en s'entretenant avec sa tante Andromeda, avait l'air presque indifférent. La jeune fille avait l'impression qu'il se contentait de hocher la tête à intervalles réguliers.

L'arrivée de Luna sembla le sortir de son apathie. Elle lui présenta aussitôt son père avec son entrain habituel et fut introduite auprès des Tonks. Cinq minutes plus tard, ils étaient toujours là et Hermione commençait à se demander sérieusement de quoi Xenophilius Lovegood et sa fille étaient en train de parler. La Gryffindor avait rencontré le père de Luna l'année passée et pouvait témoigner de son excentricité, et c'était un euphémisme. Hermione avait toujours eu du mal avec les théories complotistes et les analyses fantaisistes, mais elle devait bien reconnaître que les articles du Chicaneur possédaient parfois leur fond de vérité, ce qui était des plus précieux en ces temps de désinformation massive.
Elle s'approcha d'eux au moment où ils quittaient les Tonks. Xenophilius Lovegood paraissait très fatigué. Ses difficultés à faire paraître son journal semblaient l'atteindre durement, tout comme les pressions du Ministère.
« Heureusement qu'ici personne ne va m'empêcher de travailler ! » bougonna-t-il, quand la jeune fille lui demanda des nouvelles de sa publication. « Je dois rencontrer quelques journalistes, Henri Bellamie et des membres de son équipe. Et peut-être d'autres... Je suis bien content que vous soyez tous ici. La situation est d'autant plus terrible que les géants ont donné signe de vie. Merlin sait combien de fois j'ai mis en garde les autorités sur leur retour, mais personne n'a voulu m'écouter ! J'ai bien peur que nous approchions de la fin du monde que nous connaissons... »
« Les géants ? » s'écria Hermione, puis elle contrôla son volume sonore : « Que voulez-vous dire ? On a vu des géants dans le pays ? »
« Il y a des signes de leur présence, » répondit Xenophilius. « Il y a eu des mouvements dans les alignements de cairns et de menhirs dans le Dorset. »
« Et... c'est un signe de la présence de géants ?! » demanda Hermione, un peu sceptique. Elle n'avait jamais vu le demi-frère d'Hagrid s'en prendre à des cairns ou à des menhirs.
« Bien sûr, ma petite... » fit Monsieur Lovegood d'un ton convaincu. « Ils les déplacent. C'est une preuve infaillible ! »
« Oh, Papa ! Dire que tu avais déjà tout anticipé dans tes différents articles de cet été ! C'est affreux que personne ne veuille t'écouter ! » s'écria Luna. « Maintenant, je veux que tu me promettes d'être très prudent ! Si les géants sont là, les risques vont être immenses. Regarde ce qui est arrivé à cousin Peter. »
« Que lui est-il arrivé ? » questionna Hermione avec inquiétude.
« Notre petit cousin Peter est à Saint Mungo, dans un coma magique, suite à un sort de magie noire qui a transformé son bras en pierre, » répondit Monsieur lovegood. « Les médicomages supposent que le choc consécutif à cette blessure a entraîné cette perte de conscience. Ils essayent de guérir son bras, mais il y a peu d'espoir. »
« C'est terrible ! » s'écria Hermione. « Étiez-vous proche ? »
« Pas vraiment. Peter m'a toujours traité de vieux fou et n'a jamais approuvé mes articles. Mais je lui ai parlé la semaine dernière, et il se plaignait des nouvelles mesures sécuritaires prises par le Ministère. »
« Quelqu'un aura eu vent de cette conversation et l'aura dénoncé… » poursuivit Luna d'une voix sombre. « Quand je vois le piège qui s'est refermé sur Draco et le complot autour de la mort de son père, il est clair que quelque chose est en train d'influer sur les plus hautes sphères du pouvoir. »
« Vous ne pensez donc pas qu'il s'agit d'une vendetta entre Mangemorts ? » demanda Hermione. « Il semblerait que ce soit la thèse communément admise en France, même s'il y a bien sûr des avis divergents. »
« Une vendetta ? » répéta Monsieur Lovegood. « De ce que nous en savons, l'ambassade de Lucius Malfoy auprès des Tullures Vestatis a échoué. Est-ce que cela aurait provoqué la colère de Vous-Savez-Qui ou de l'un de ses lieutenants ? »
Hermione resta stoïque. Elle avait déjà entendu les théories de Luna. Mais elle ne pouvait pas nier que Lucius Malfoy n'était sans doute plus trop dans les petits papiers de Voldemort depuis son "échec" au Ministère.

Elle laissa les Lovegood à leurs discussions et continua son tour du réfectoire, s'efforçant à la discrétion. Encore que la discrétion était sans doute accessoire tant tous les Anglais semblaient absorbés dans leurs conversations. Hermione entendait s'échanger des nouvelles toutes plus sinistres les unes que les autres.
« ... et ton oncle est caché dans le grenier... Depuis qu'ils ont lancé leur recensement des nés-moldus, je vis dans la peur constante qu'ils ne nous arrivent quelque chose ! ... »
« ... les pauvres, ils ont tout perdu dans l'attaque d'Hogsmead. Leur domicile est en cendres. C'est à peine s'ils ont trois vêtements... »
« ... et il a été accusé par le Ministère de détourner des fonds publics. Il a été mis à pied et maintenant, il attend son procès... »
« ... et ce collègue a été agressé par un groupe ressemblant à des Mangemorts alors qu'il rentrait chez lui... »
« ... je ne laisse même plus ton petit frère sortir de la maison. J'ai trop peur des Détraqueurs ! ... »
C'était vraiment inquiétant, toutes ces personnes intimidées, menacées, blessées et, dans le pire cas, enlevées ou tuées. Même si elle se sentait très seule, Hermione se réjouit une nouvelle fois du départ de ses parents pour l'Australie.

Dean et son entourage se démarquaient par leur apparente insouciance. Le jeune sorcier était entouré de toute sa famille, dont toute une floppée de demi-soeurs moldues, qu'il amusait en faisant courir des chocogrenouilles sur les tables. Chaque soeur avait sa grenouille et l'encourageait à dépasser celles des autres. La plus jeune mangeait la sienne en poussant des petits gloussements de plaisir. Si Dean était inquiet pour sa famille, il n'en montrait rien. Le fait qu'ils soient tous moldus et habitaient le monde moldu les protégeaient probablement de toutes menaces immédiates. A condition que le Gryffindor resta loin d'eux... Dean allait probablement rester à Beauxbâtons, conclut Hermione, en se détournant de ce charmant tableau familial.

Du côté des Brown, les choses étaient plus calmes. Lavender parlait à voix basse avec ses parents, mais Hermione reconnaissait la manière nerveuse dont sa camarade de chambre tripotait ses nattes. La conversation devait l'inquiéter. A un moment, Anthony Goldstein et sa mère se joignirent à eux et Hermione se demanda si les parents ne discutaient pas de l'opportunité de ramener leurs enfants avec eux. C'est vrai que si Goldstein rentrait en Angleterre, Lavender y perdrait son alter de Duel et donc un allié précieux.
D'une certaine manière, Beauxbâtons les avait vraiment tous rendus interdépendants. Hermione n'envisageait plus de combattre sans Neville à ses côtés et c'était sans doute la même chose pour tous les autres alters qui avaient accepté de coopérer. Était-ce une bonne chose ? Était-on réellement plus fort à deux ? Elle se promit d'en toucher un mot à Simon et Miranda, dont la pratique du duel dépassait les standards des lycéens.

Hermione jeta un oeil vers les autres Ravenclaws. La mère de Will Stebbins était en train de raconter à haute voix qu'on avait trouvé un couple de moldus attachés à un arbre, sur la place du village où ils habitaient. Ils étaient complètement nus et avaient été criblés de coups par leurs agresseurs.
« C'est vraiment n'importe quoi ! » s'exclama-t-elle ensuite. « On vote des lois pour donner plus de pouvoir au gouvernement et on dirait que ça n'est pas encore assez pour ramener l'ordre ! »
« Mais qui a bien pu faire ça à ces pauvres moldus ? » demanda une des dames, très choquée.
« Sans doute une de ces bandes errantes qui prétendent faire leur loi depuis que le pays a basculé dans le chaos ! Je le demande : que font les Aurors ? » reprit Madame Stebbins en jetant un coup d'œil accusateur du côté de Nymphadora Tonks.
Hermione était outrée. Tonks avait mentionné à plusieurs reprises le temps qu'elle avait passée à courir après ces bandes de pro-mangemorts. C'était d'ailleurs une des raisons pour laquelle les Aurors n'avaient pas le temps de reprendre Hogwarts.

Elle en était encore à darder un regard vipérin vers Madame Stebbins, quand Ron lui tapa sur l'épaule.
« Eh, Hermione ! Euh... Ca va ? » demanda-t-il après avoir vu la tête de sa camarade.
« Certains feraient bien d'éviter d'exprimer leurs idées à haute voix... » grinça-t-elle, avant de se tourner vers le garçon : « C'est sans importance. »
La joie qui se lisait sur le visage de Ron faisait vraiment plaisir à voir. Il devait éprouver un tel soulagement d'avoir retrouver sa famille, qui plus est, en parfaite santé. Les jumeaux, arrivant par derrière, perchèrent un coude sur chacune de ses épaules.
« Merlin, Ronny ! Faut que t'arrête de grandir ! » grommela l'un d'eux. George, si Hermione ne se trompait pas.
Ils devaient légèrement se mettre sur la pointe des pieds pour atteindre ses épaules. Ron éclata de rire, il avait effectivement pris quelques centimètres depuis son arrivée en France.
« C'est vrai que Marcus, lui aussi, m'a fait remarquer que j'avais grandi ! »
« Fais gaffe à ton tour de tête alors ! Tu risques d'attraper une "Percyite" aigüe ! » remarqua Fred, moitié acide, moitié en plaisantant.
La mention du troisième fils Weasley assombrit l'humeur générale.
« Que fait-il... Percy... maintenant que Cornelius Fudge a été écarté du pouvoir ? » osa demander Hermione.
Ron haussa les épaules :
« Probablement un boulot inutile de gratte-papier... Quand je pense qu'il travaille encore pour le Ministère alors que papa s'est fait virer sans ménagement ! »
« Oh ? C'est vrai ? » questionna Hermione en regardant les jumeaux.
« Ouais, il n'était pas en "concordance" avec la politique générale du Ministère, » dit Fred. « On voulait en représailles faire une opé contre le Ministère avec quelques uns de nos produits maisons... »
« ... Mais bien sûr, Papa a pas voulu... »
« ... Maintenant qu'on est dans l'Ordre... »
« ... Faut pas qu'on attire l'attention... »
« ... Heureusement que la boutique est une couverture parfaite... »
« ... Faut qu'on en parle à Harry, d'ailleurs... »
Ils jetèrent un œil alentour et, après avoir repéré le Survivant, lui firent signe de les rejoindre.

Le jeune Potter sourit aux frères Weasley et leur demanda aussitôt comment ça se passait pour eux à Londres.
« Le chemin de Traverse a bien changé. Vous ne le reconnaitriez plus ! » remarqua George en réponse.
« Les Gobelins ont demandé et obtenu un couvre-feu à 21h00... » fit son frère. « Sous prétexte qu'il y a eu trois bagarres. »
« Ollivander a fermé boutique. Personne ne sait où il est ! »
« Fleury & Bott a dû retirer tout un rayon. Celui de la Défense contre les forces du mal, bien-sûr. »
« C'est un scandale ! » coupa Hermione.
« On en était sûrs ! Sûrs que tu dirais ça ! » répondirent en cœur Fred et George, qui ne pouvaient jamais laisser passer l'occasion d'une bonne plaisanterie.
« On avait même parié ! » fit Fred.
« Mais personne n'a voulu parier contre nous ! » renchérit George.
« Et pour l'Ordre ? » les interrompit Harry, qui fronçait les sourcils depuis le début de leur récit.
Fred retrouva son sérieux et baissa la voix :
« La boutique est le parfait paravent. Depuis le début du blocus, elle sert à abriter des nés-moldus qui ne veulent pas se faire recenser. On aide certains d'entre eux à passer discrètement du coté moldu. Ainsi on renforce l'action de Papa. »
« Bien sûr, la fuite n'est pas forcément une solution, mais on ne peut pas forcer les gens à résister, » renchérit George.
« Par contre, on a développé quelques produits sympas pour notre "arrière-boutique". Regardez, on en a apporté quelques uns avec nous... »
Hermione se pencha avec curiosité :
« Qu'est-ce que c'est ? » demanda-t-elle.
« Des chapeaux boucliers, » expliqua George, en plaçant le chapeau sur sa tête. « Le concept est super simple : on a enchanté ce chapeau avec un sort de bouclier directement dans les mailles du tissu et il permet ainsi de dévier tous les sorts mineurs. »
« Au début, on voyait plus ça comme un truc pour faire une farce, » poursuivit Fred. « Genre : "vas-y lance-moi un sort, ça me fait pas peur !" Et le sort n'aurait eu aucun effet. Mais en fait, l'Ordre a trouvé que ça pourrait être super utile pour se protéger des sorts perdus. »
George fit un signe de tête en direction de la jeune Auror :
« Shacklebolt et Tonks nous ont demandé de développer d'autres produits du même type et ils ont équipé les Aurors qui étaient sûr dans notre camp. »
« Et on a apporté quelques spécimens pour l'AD. Ils sont dans notre coffre à Avallon, » termina Fred avec un clin d'œil.
Ron regarda ses frères avec une admiration, mêlée de réticence.
« Ouais... C'est vrai que ça pourrait être utile... » admit-il finalement. « Mais bon, Marcus et moi, on a beaucoup axé le travail de l'AD sur les boucliers dernièrement. Pas vrai, Hermione ? »
« Je suis d'avis de mettre le maximum de chances de notre côté, » fit la jeune fille. « Le chapeau bouclier sera une sécurité de plus, au cas où un bouclier céderait. »
« C'est aussi mon avis, » approuva Harry.
« Ok, j'en parlerai à Marcus tout à l'heure ! »
« Lâche-nous avec ton Marcus, Ron... » fit Fred, en secouant la tête.
George se pencha vers Harry et Hermione :
« Ca fait une heure qu'il n'a que ce nom à le bouche. Il est toujours comme ça ? »
« Vous croyez que c'est contagieux ? Moi, je refuse de le rencontrer, si c'est le cas ! » renchérit Fred.
« Vous pouvez pas me faire ça ! » glapit Ron, alors que les jumeaux s'enfuyaient à l'autre bout du réfectoire.


Tout le monde paraissait plus calme maintenant. Monsieur et Madame Patil discutaient avec le Comte et la Comtesse, probablement du trio d'alter que leurs filles constituaient avec Dean Thomas. Madame Maxime quittait à l'instant le réfectoire en compagnie de la vieille Amelia Bones et de sa nièce Susan. Harry se doutait bien que c'était pour parler du don de psychométriste de la jeune fille. Il n'y avait toujours pas de nouvelles de Nott et la dame qui avait l'air de l'attendre paraissait de plus en plus impatientée. Heureusement, une femme noire extrêmement belle et bien vêtue vint la voir pour la saluer. Elles furent bientôt rejoint par Blaise Zabini, son fils très probablement, qui s'inclina devant la parente de Nott avec le style parfait que conférait certainement l'habitude. Ce n'était vraiment pas le monde de Harry.
Par curiosité, il s'approcha discrètement d'eux pour tenter d'entendre leur conversation :
« ... bien compris l'intérêt du blocus, mais je n'avais jamais envisagé une seule seconde qu'il s'appliquait également à moi, » monologuait Madame Zabini. « Comme chaque année, j'entendais partir sur la Riviera dès début octobre et voilà que l'on m'annonce que les frontières étaient fermées. Quel choc ! Me forcer à affronter les rigueurs de l'automne anglais... Et la semaine dernière, stupeur ! Mon jardinier se fait agresser sans raison aucune, alors qu'il passait une soirée de détente au pub. Non mais dans quel monde vivons-nous où l'on se permet d'attaquer mon personnel ? »
La dame âgée hocha la tête :
« Le respect se perd, ma chère dame. Toutes ces nouvelles générations ne respectent plus rien, ni personne. »
« Sans doute. Un vrai climat d'émeutes urbaines ! Dès que le blocus est tombé, j'ai envoyé, William, mon majordome, et son épouse, ouvrir ma villa de Juan-les-Pins. Je les rejoins dans le courant de la semaine quand tout sera prêt. Blaise, tu n'oublieras pas de me donner les adresses de Mesdames Nestor et Piccolo. Tu leur as bien envoyées une lettre de remerciement, n'est-ce pas ? »
« Bien entendu, Mère, comme vous me l'avez toujours recommandé. J'y ai joint un bouquet de pivoines songeuses. »
« Pour accroître les protections magiques de leurs demeures. Excellent. Excellent choix, Blaise, » approuva Madame Zabini.
« Merci, Mère. »
« Je les inviterai toutes deux pour un thé afin de les remercier à mon tour de t'avoir invité... J'espère que vous me ferez le plaisir de vous joindre à nous, Madame Mulciber ? »
« Ce serait avec joie, mais cela dépend surtout de mon neveu, qui manque à l'appel aujourd'hui... »
« Vraiment ? Blaise ? » demanda Madame Zabini en se tournant vers son fils.
« Oui, Mère ? »
« Où est ton camarade ? »
« Je l'ignore, Mère. Je n'avais pas cours avec lui ce matin, mais Malfoy oui. Peut-être pourriez-vous l'interroger ? » répondit Blaise avec aisance et un geste de la tête en direction du préfet des Slytherins.
« Merci, jeune homme, » répondit la dame, avant de se pencher vers Madame Zabini : « Avez-vous entendu parler de cette sordide affaire ? »
« Quel drame horrible ! Cela a dû être terrible pour Narcissa ! » s'exclama-t-elle. « Perdre son mari dans ces conditions... »
« J'ai oui dire qu'elle avait disparu... »
« N'est-ce pas ? C'est fort troublant... Comme si elle avait quelque chose à cacher... » sourit la mère de Blaise. « Merlin sait si j'ai affronté moi-même moult tragédies dans ma vie conjugale, mais jamais, au grand jamais, je n'ai perdu mon sang-froid au point de disparaître. Oui, fort troublant... » répéta-t-elle d'un air entendu.
Harry vit Blaise hésiter à intervenir. Le Slytherin détourna finalement les yeux et croisa ceux du Survivant. Il le foudroya du regard, puis un sourire mauvais étira sa bouche. D'un bond, il fut près de Harry et le poussa en direction des deux dames.
« Mère, Madame Mulciber, permettez-moi de vous présenter notre célébrité : Harry Potter en personne, » fit Blaise de son ton le plus affable. « Potter, je te présente, ma mère, Victoria Zabini, et la tante de notre ami Nott, Madame Mulciber. »
Les saluts furent polis, mais distants. Harry n'avait pas la moindre idée de ce qu'il devait dire. Pas plus qu'il n'avait la moindre idée des opinions politiques de ces deux femmes. Le nom de Mulciber sonnait bien trop familièrement aux oreilles de Harry. Il fut sauvé par Marin Constan qui, fort à propos, commença à s'exprimer à l'ensemble de l'assemblée :
« Chers élèves, chers parents... Chers amis, c'est avec une joie sans mesure que je vous souhaite, au nom de mon gouvernement, la bienvenue en France, et plus particulièrement ici, dans ce havre de liberté et de paix, qu'a toujours été Beauxbâtons, même aux heures les plus noires de notre histoire. Beauxbâtons n'est pas seulement un lieu d'apprentissage et d'enseignement, il est aussi porteur de traditions sorcières fortes dont la transmission a fait de la France ce qu'elle est aujourd'hui. Un pays libre, mais conscient de ses dettes. En offrant à vos enfants l'asile politique, notre gouvernement répond à l'appel de la fraternité entre les peuples et plus particulièrement envers le Royaume Uni, notre plus précieux allié. »

Marin Constan fit une petite pause dramatique avant de reprendre :
« Nous sommes d'autant plus attachés à recevoir du mieux possible vos enfants que nous approchons d'une grande fête sorcière, les fêtes de Samhain, qui dure trois jours en France. Une fête traditionnelle est toujours un moment d'union et de communion, dans la joie de se réunir et de se remémorer notre histoire, nos us et nos coutumes. La ville d'Avallon, toute proche, est un haut lieu de festivités chaque année et nous serions heureux de vous y accueillir pour profiter des nombreuses attractions qu'elle propose : bal populaire, danse du balai, concert de crapauds-cornemuses, banquets et attractions de toute sorte, concours de citrouilles, foire au chaudron, jeux et divertissements, dégustation de la fameuse Bois-Dieux, bière brassée uniquement à l'occasion de Samhain... Et bien entendu, nous serions honorés que vos enfants participent à notre grande retraite aux flambeaux, avant de processionner tous ensemble jusqu'à la Pierre-Qui-Vire. »
Il y eut des murmures d'assentiment dans les rangs des parents. Certains trouvaient certes que ce n'était vraiment pas le moment de faire la fête et que les français ne se rendaient pas bien compte de la gravité de la situation, mais la plupart semblaient avoir envie d'un peu de légèreté après ces deux mois particulièrement difficiles. Charlie et Bill Weasley, entre autres, semblaient ravis. Harry s'approcha d'eux et entendit Charlie se réjouir à l'idée de boire une bonne bière locale, tandis que Bill espérait à haute voix que Fleur accepterait de l'accompagner. Quant à Fred et George, ils commençaient déjà à faire une liste des produits qu'ils pourraient peut-être vendre pendant les festivités s'ils arrivaient à avoir l'autorisation pour un petit étal pendant la foire. La grand-mère de Neville elle-même ne semblait pas hostile à l'idée. Marin Constan exposa ensuite le détail de la retraite aux flambeaux, où il était coutume d'honorer les hôtes de marque en les mettant en tête du cortège.
Harry pour sa part ne savait pas trop quoi penser. Bien entendu il pouvait compter sur les politiques pour l'exploiter au maximum en terme de communication. Après le Premier Ministre aux Vendanges, Marin Constan à Samhain. Il jeta un œil à Axelle Messidor pour tenter d'avoir un avis, une impression, mais cette dernière lui retourna son regard avec une expression neutre. Peut-être était-elle chargée de la sécurité de Samhain et qu'il devrait l'accompagner sans avoir son mot à dire ?

Alors que Marin Constan poursuivait son discours en parlant de la sécurité que Beauxbâtons offrait aux élèves, le Comte reçut un pneu et vient faire signe à Madame Mulciber de le suivre. Harry les suivit curieusement du regard alors qu'ils sortaient du réfectoire. Avait-on enfin remis la main sur Nott ? Il hésita une seconde, puis se glissa à leur suite. Il était à peine sorti du bâtiment qu'il croisa Junon.
« Tiens ? » fit-il. « Je ne t'avais pas vu partir ! Les discours sont presque terminés, je crois... »
« Madame Maxime m'avait chargé de remettre la main sur Nott. Et comme j'avais ma petite idée... » répondit-elle, laissant entendre que le Slytherin était retrouvé.
« Ta petite idée ? »
« Lors de sa première disparition, Nott a déclaré avoir toujours été à la bibliothèque. Et voilà qu'il disparait à nouveau sur le chemin de la bibliothèque... Hasard ? Je n'en croyais rien. Et puis, je me suis tout à coup souvenue de la salle des archives de journaux. Le bibliothécaire ayant cherché à m'arrêter, je suppose qu'il était mêlé à l'affaire, ou tout du moins témoin complaisant. Davel a réussi à convaincre Nott de sortir de là sur la promesse qu'on le renverrait pas en Angleterre. Ils sont sacrément parano tes compatriotes ! »
Harry réfléchit un instant. Il connaissait mal Nott, mais le Slytherin n'avait jamais semblé partager les idées de Malfoy et cie sur la prééminence des Sangs-Purs, il n'avait même pas fait partie de la brigade inquisitoriale de Umbridge l'année précédente :
« Je suppose qu'il a peur de tomber sur son père qui est recherché par les Aurors... » hasarda-t-il.
Junon hocha la tête :
« Davel l'a amené voir sa tante dans le bureau de la directrice. J'imagine que c'est elle qu'il faudra convaincre ! »


Ils entrèrent à nouveau dans le réfectoire, où Marin Constan répondait aux questions des différents parents qui l'interpellaient :
« ... ne suis qu'un simple ministre de l'Éducation, je n'ai guère mon mot à dire en terme de politique générale ou extérieure... Bien entendu, mon Premier Ministre prend la situation très à cœur. L'asile politique que nous avons accordé à vos enfants en est bien la preuve... Nous travaillons activement aux frontières pour reprendre les échanges commerciaux avec nos partenaires anglais... Oui, c'est exact, Stoffmink est directement reliée à Gringotts. Vos enfants ne souffriront d'aucun problème financier... »

Les questions continuaient à fuser mais certains parents commençaient visiblement à s'impatienter. Bien vite, Blaise tendit son bras à sa mère :
« Mère, ne pensez-vous pas que nous devrions y aller ? J'ai hâte d'être à Paris. Vous avez réservé votre suite habituelle ? »
« Oui. La suite sorcière du Ritz. » sourit Madame Zabini. « Conduis-moi à la cheminée, chéri. Je voudrais d'abord passer dire un mot à notre cher ami Stanley Flint, puis nous irons nous changer pour la soirée. Où souhaites-tu dîner ? »
« Je me disais, Maman, que nous pourrions peut-être manger sur le pouce et prendre une loge à Garnier. Ils donnent le Casse Noisette ces jours-ci... »
« Excellente idée, Blaise, » sourit Madame Zabini, avant de remarquer d'un ton fin : « Tu ne m'as pas habitué à réclamer des divertissements moldus... »
« Je pensais que vous auriez ainsi l'occasion de rencontrer quelques personnes dans le foyer sorcier. »
« Merci, chéri. C'est très attentionné de ta part. »
Leurs voix s'éloignèrent alors qu'ils se dirigeaient vers le Grand Hall.
Harry avait toujours trouvé Zabini hautain et méprisant, mais il comprenait mieux maintenant d'où venait cet énorme complexe de supériorité. La vie simple des internats, fussent-ils ceux de Hogwarts ou de Beauxbâtons, devait lui paraître horriblement banal et en-dessous de son statut. D'une certaine manière, Zabini était l'antithèse de Harry, lui qui avait vécu une bonne part de son enfance sous l'escalier. Enfin, ce n'était sans doute pas le moment de s'attarder sur les injustices. Le souvenir de l'escalier venait de lui remettre les Dursleys en tête et leurs décès tragiques. Harry savait bien peu de choses à ce propos, le peu que Mrs Figg avait bien voulu écrire à Hermione dans sa lettre. Il chercha Tonks du regard, surpris que la jeune femme ne lui en ai pas parlé d'elle-même. Mais il est vrai qu'elle avait tant à faire ces derniers temps, et la disparition des Dursleys datait déjà de septembre. Il aperçut Tonks qui se trouvait en compagnie de ses parents qui continuaient de parler avec Malfoy.

L'arrivée en trombe d'un Seamus furieux, suivi par sa mère, le coupa net dans son élan.
« J'en reviens pas que tu me fasses ça, Maman ! » cria-t-il en s'asseyant rageusement sur une chaise et en tournant le dos à l'assemblée qui le contemplait, surprise par cet éclat de voix.
« Calme-toi un peu, Seamus. Et ne fais pas une scène, » le gronda sa mère. « Tu as passé l'âge. Tu restes ici, un point c'est tout ! C'est moi qui décide et certainement pas toi. Ici, tu es en sécurité et utile. »
« Je serais parfaitement en sécurité en Irlande et tu le sais ! »
« Peut-être bien, mais c'est ici qu'on a besoin de toi. »
« J'en reviens pas que, toi comme tous les autres, tu m'imposes ce fardeau !? » fulmina Seamus, en désignant d'un grand geste de la main toutes les personnes qui se trouvaient dans la pièce, comme si elles étaient complices.
« Eh, eh ! Seamus, calmos, mec ! » intervint Dean, en s'approchant de son camarade.
« Elle veut me forcer à rester ici ! ... Pour être l'alter de Bones... » ajouta-t-il à voix basse à son meilleur ami. Son visage était contracté en un rictus mauvais.
« Je sais que c'est injuste, mec... Mais tu peux pas abandonner l'AD comme ça, abandonner tes amis, tes idéaux et tout, » fit Dean, en lui passant un bras autour des épaules. « Moi, je veux qu'on reste tous ensemble, et quand on rentrera enfin, on sera plus forts et prêt à lutter aux côtés de Harry et de tous les autres. »
Seamus était toujours renfrogné et la bataille n'était sans doute pas gagnée. Mais Dean semblait décidé à convaincre son ami que sa place était à Beauxbâtons avec eux tous.

Harry rejoignit finalement les Tonks et tira Nymphadora à l'écart :
« Je voulais te demander, à propos des Dursleys, si tu savais... » Il s'interrompit.
« Oh Merlin, oui. Désolée Harry ! Tu veux plus d'éléments sur leurs décès ? »
« S'il te plaît, oui. »
« Les Mangemorts, enfin on suppose, ont fait exploser la maison le mardi 3 septembre au matin, juste le lendemain de la rentrée. Mrs Figg a été la première sur les lieux. Je l'ai appris par elle. Le Ministère n'a pas jugé cette information capitale, même s'il s'agissait de ton domicile. Du moment que tu ne t'y trouvais pas, cela suffisait à leurs yeux. Quand j'ai su, je suis allée jeter un œil aux ruines, mais très vite, l'attaque sur Hogsmead a eu lieu et... »
Elle fit un geste d'impuissance de la main.
« Est-ce qu'on a retrouvé les corps ? Tous les corps ? Je veux dire, même celui de Dudley, mon cousin ? » dit Harry en déglutissant péniblement à la mention de son cousin.
Nymphadora hocha la tête d'un geste nerveux.
« Le corps de ta tante se trouvait dans la cuisine et il y avait encore des restes de nourriture dans une poêle à moitié fondue. Ce qui nous laisse penser qu'elle préparait le déjeuner et que l'attaque a eu lieu vers midi. On pense qu'elle a été tuée d'un Avada Kedavra et non dans l'explosion de ta maison, qui a eu lieu après. Les deux autres membres de ta famille ont bien été trouvés morts, plus proches de l'entrée. Le corps de ton cousin avait encore ses chaussures au pied, preuve qu'il arrivait de l'extérieur. Là aussi, on suppose qu'ils ont été tués par un Avada. D'après Mrs Figg, l'explosion de la maison a été plus tardive, aux environs de 13h... On suppose que les assassins recherchaient quelque chose dans la maison et que, l'ayant trouvé ou non, ils ont définitivement effacé toutes leurs traces en réduisant la maison en cendres... Ou peut-être qu'ils l'ont juste détruite pour le symbole. Je ne sais pas... »
« Pour me prouver que je n'ai plus nulle part où me réfugier probablement... » fit le Survivant d'une voix amère et un peu ironique : « Ce serait bien le genre de Voldemort de faire ça. »
« Ca va aller, Harry ? » demanda Tonks avec sollicitude.
« Même si cette maison était aussi la mienne, je ne m'y suis jamais senti bien. Hogwarts est ma maison. C'est là que nous devons concentrer nos efforts. »
Nymphadora eut l'air déconcerté par l'attitude très mature de son vis à vis. Puis, elle lui sourit avec affection, en ébouriffant encore davantage ses cheveux d'une main taquine.
Autant pour détourner la conversation que par souci de rigueur professionnelle, Tonks l'interrogea ensuite sur l'enlèvement de Draco par Morag McDougal. Harry ne se priva pas de lui déballer tous les détails. Il hésita cependant à parler de la rencontre en toute illégalité de Malfoy avec un nécrospiriste. Bien sûr, les Gyrffindors étaient satisfaits d'avoir pris le Slytherin en faute et d'avoir un moyen de pression sur lui, mais ils avaient aussi promis de ne pas déballer l'affaire. Finalement, il s'en tint au récit de l'enlèvement et de l'interrogatoire de McDougal, suivis de la fugue de la jeune fille dès la réouverture des frontières.


Molly Weasley, qui s'était éclipsée une dizaine de minutes plus tôt pour discuter avec la Directrice, revint sur ces entrefaites dans le réfectoire. Elle fit signe à Harry et Hermione de se joindre à l'assemblée des Weasley :
« Mes chéris, je viens de m'entretenir avec Madame Maxime, qui a eu l'amabilité de me résumer ces deux derniers mois du côté français. Ron, j'ai été extrêmement déçue d'apprendre que tu avais fugué de l'Académie avec ton alter ! Je ne veux plus de ça, est-ce clair ? » fulmina Madame Weasley.
« Mais M'man, c'est parce que Marcus connaissait un moy...»
« Tu as vraiment fugué, Ronny ? » s'exclama Fred.
« Brillant ! » renchérit George. « Il est peut-être pas si mal, ce Marcus ! »
« Ça suffit, vous deux ! » coupa Molly, avant de se tourner vers on plus jeune fils : « Ron, je peux comprendre que tu te sois fait du souci pour nous au moment du blocus, mais je ne veux pas que tu prennes de décision hâtive comme ça ! »
« Entendu, M'man... » fit Ron, plus pour rassurer sa mère qu'autre chose.
« Madame Maxime a aussi mentionné une bourse que tu aurais obtenue, » continua Molly. « Une bourse d'étude pour "poursuivre ton partenariat avec Marc-Horus Volauvent". »
« Tu as une bourse d'étude, Ron ?! » s'exclama Bill, stupéfait. « Comment ça se fait ? »
Le benjamin des Weasley se rengorgea avant de répondre :
« Et j'ai aussi un studio à Paris. La bourse, c'est justement le Ministre de l'Education qui me l'a accordé. Vous devriez peut-être lui demander des précisions... » répondit Ron, en désignant Marin Constan qui discutait encore avec certains parents. « Ca m'a beaucoup simplifié la vie, ici. Mais je suis très raisonnable, tu sais... J'économise la plupart des sommes qui sont versées dans mon coffre ! » ajouta-t-il, assez heureux de montrer qu'il était maintenant financièrement indépendant.
« Je n'en doute pas, mon chéri, » sourit Madame Weasley. « C'est juste que je ne comprends pas bien pourquoi on te donne une telle somme d'argent... »
« De l'argent, un logement... » énuméra Fred.
« A quand du personnel ? » renchérit George.
« J'y suis pour rien, moi ! » s'énerva Ron. « Vous n'aurez qu'à interroger la mère de Marcus. Je t'ai bien dit, M'man, qu'elle invitait toute la famille à dîner ce soir ? »
« Oui, tu me l'as déjà dit trois fois, » lui rappela Molly avant de se tourner vers Harry et Hermione : « Venez-vous aussi ? »
« Pour des raisons de sécurité, je n'ai pas le droit de quitter Beauxbâtons, » grimaça le premier.
« Je ne connais pas vraiment la famille Volauvent... Je n'oserai jamais y aller sans invitation, » répondit la seconde en ouvrant grand les yeux.
Molly eut l'air déçu, mais n'insista pas. Hermione en profita pour poser la question qui la taraudait depuis qu'elle avait parlé à Nymphadora :
« Madame Weasley, nous avons discuté avec Tonks tout à l'heure. Elle nous a expliqué que le Ministère était entièrement sous la coupe des Mangemorts et que ces derniers avaient posé un bouclier pour isoler encore davantage Hogwarts. Mais quel était le plan du directeur Dumbledore, au juste ? »
« Je suis désolée, Hermione, mais je ne peux pas vous parler de telles choses. Tonks n'aurait pas dû vous... »
« Allons, Maman, ils ont le droit de savoir ! » intervint Bill.
« Et ce n'est pas comme si ces informations allaient les mettre en danger, vu qu'ils vont rester en France... » renchérit Charlie.
Molly pesa le pour et le contre de ce que lui disaient ses ainés, puis se décida :
« Entendu, mais rappelez-vous que tout cela est totalement confidentiel, vous en avez conscience ? Pas un mot à quiconque ! »
Harry déglutit en songeant à son niveau encore faible en occlumencie. Il faudrait qu'il demande des cours supplémentaires à Madame Maimonide pendant les vacances.
« Tonks n'a pas menti quand elle a dit que l'école était isolée et incontactable. Ce n'est pas seulement que les hiboux ne parviennent pas à passer le bouclier, c'est aussi que la magie d'Hogwarts est en train de décliner... »
« C'est possible, ça ? » s'exclamèrent Harry et Ron de concert.
« Dumbledore s'est allié avec des créatures magiques - des créatures dont je n'avais jamais entendu parler, qui viennent du Nord de l'Europe - en vu d'un affrontement direct avec les Mangemorts. Mais l'affrontement n'a malheureusement jamais eu lieu... Et les créatures sont toujours dans l'école. »
« Et ce sont elles qui affaiblissent Hogwarts ? »
« C'est ce que pense Remus, en tout cas. Nous ne pouvons pas contacter Snape, qui en sait plus sur cette affaire qu'un autre, car il ne quitte guère Vous-Savez-Qui en ce moment. C'est lui qui nous contacte, et non l'inverse. Heureusement, Minerva McGonagall est venue nous voir avant notre départ et elle a pu éclaircir quelques points, notamment sur la nature de ces créatures. »
Tous était pendu aux lèvres de Molly.
« Ce sont des sortes de gnomes, même s'ils sont différents de ceux qui vivent en Grande Bretagne, qui ont la capacité de vider leur adversaire de sa magie. Ils ne sont pas intrinsèquement dangereux ou agressifs, mais les sorciers ne peuvent rester trop longtemps en leur compagnie. Dumbledore a dû penser qu'une alliance avec eux permettrait au moins d'affaiblir Vous-Savez-Qui en cas d'affrontement direct. »
« Ça fait donc deux mois que Hogwarts voit sa magie aspirée par ces gnomes ?! » s'écria Hermione.
« Hélas oui. Enfin, c'est ce que nous supposons... »
Un silence accueillit sa déclaration.
« Il est donc d'une urgence capitale que le siège de Hogwarts soit brisé, n'est-ce pas ? » demanda finalement Hermione.
« Non, ce n'est pas... » commença Molly, mais Bill lui coupa la parole :
« Absolument ! Malheureusement, » continua-t-il, « de ce que Remus et Tonks ont pu observer en allant espionner sur place, il restait encore trop de Mangemorts à veiller sur le bouclier pour que l'Ordre puisse en venir à bout. Mais maintenant que McGonagall est revenue, et que Mad-Eye a commencé de faire le ménage... »
« Bill, ce n'est pas la question ! » l'interrompit sa mère avec ressentiment.
« C'est quoi, cette histoire de Mad-Eye ? » demanda Ron, éberlué.
« Mad-Eye a décidé de mener son carrosse de son côté, comme d'habitude ! » reprit vivement Molly sur un ton franchement colérique. De leur côté, Harry et Hermione signalaient discrètement à Ron qu'ils étaient dans la confidence et que les informations utiles pourraient s'échanger plus tard.
« Toujours est-il, » ajouta Madame Weasley, « que nous sommes moins inquiets que vous ne le pensez pour Hogwarts, car tout porte à croire que, maintenant que les Mangemorts se sont emparés du Ministère, le siège de l'école sera très prochainement levé et que les gnomes ne représentent en fait de danger vital pour personne sur une si courte durée. »
« Remus estime qu'à partir de six mois la situation serait critique, » compléta nonchalamment Fred.
« Oh non ! » se récria Hermione.
« L'Ordre examine en ce moment même différentes façon de lancer un assaut, » ajouta George dans un grand sourire.
« Quoi ? » s'écria Ron.
« Mais c'est pas fini, vous deux ! » tempêta Molly, avant de baisser la voix précipitamment. « Fred, George, Bill, Charlie, un mot de plus pour faire croire à votre frère qu'il se passe je-ne-sais-quelle aventure héroïque à la maison, et je vous traine par les oreilles jusque dehors ! C'est compris ?! » fulmina-t-elle dans un rictus.
« Tu as raison, Maman, » intervint Charlie en jetant un coup d'œil à ses frères, « Ron et ses amis se doivent de rester ici, inutile de les affoler pour rien. Ronald, » ajouta-t-il en se tournant vers son frère, « je te donne ma parole que Ginny ne craint rien. Et nous sommes tous positivement certains que la situation va s'arranger plus ou moins d'elle-même. Par exemple, les Mangemorts qui s'occupent du bouclier sont principalement les fuyards d'Azkaban ; maintenant que Mad-Eye est à leurs trousses, je doute qu'ils puissent tenir longtemps leurs positions. »
« Lèche-cul, » articula silencieusement Fred en direction de Charlie.
« Qu'est-ce que t'en sais, Charlie ? T'étais même pas en Grande Bretagne... » maugréa George.
« Le gouvernement non plus n'a pas intérêt à ce que ce siège s'éternise ! » vitupéra Molly. « Plus la situation perdure, plus les Mangemorts se rendent impopulaires auprès de leurs sympathisants, et ils ne peuvent certainement pas se le permettre. Attendre est la meilleure option ! »
« Ce n'est pas seulement la meilleure option, » intervint doctement Charlie tout en dédiant un sourire ironique aux jumeaux, « c'est aussi la meilleure stratégie pour l'Ordre : plutôt que d'aller bêtement se faire massacrer pour une histoire de quelques semaines de plus ou de moins, qui ne changeront rien en définitive, attendre que les choses se résolvent d'elles-mêmes permettra de faire croire aux Mangemorts que l'Ordre est trop affaibli pour les combattre. Ils se méfieront moins, pensant que la victoire est acquise. Et je n'ai pas besoin d'être sur place pour comprendre ça ! »
« D'ailleurs, c'est sans compter Dumbledore et les profs, » ajouta Bill d'un air penaud, se reprochant sans doute son emportement précédent. « Nous ne doutons pas qu'il travaille activement, de son côté, à trouver une des solutions ingénieuses dont il a le secret. Après tout, Hogwarts est plein de ressources ! »
Harry poussa un soupir intérieur : Tonks ne lui avait pas caché toutes ces informations par défiance, mais simplement parce qu'elles n'étaient pas - encore, ne put-il s'empêcher de penser - à l'ordre du jour. Il aurait été particulièrement peiné de découvrir que la jeune femme, elle aussi, ne lui faisait pas plus confiance que Dumbledore ou McGonagall. Mais il allait vraiment falloir mettre le paquet sur les cours d'occlumencie...
« Toute cette histoire fait penser à un piège, » expliquait Molly. « Pourquoi attaquer Hogsmead, alors que le but est simplement de couper les communications avec Hogwarts, si ce n'est pour pousser l'Ordre à sortir de la cheminée ? Et le fait que le siège soit maintenu alors même que les frontières ont réouvert ? Là aussi, ça ressemble aussi beaucoup à une provocation, pour obliger l'Ordre à se rassembler pour combattre à découvert. Nous serions bien sots de nous y laisser prendre ! »
« C'est vrai que je n'ai aucune envie de voir Fleur affronter un dingue du genre de Nott ou Lestrange pour rien, » abonda Bill. « L'Ordre n'agira que s'il ne reste vraiment aucune autre solution. »
« Je vois... C'est donc un jeu de patience entre eux et nous, maintenant, » résuma Hermione sur un ton concerné.
« Oui, » asséna Madame Weasley. « C'est terrible, bien sûr, mais "Wait and see" est la seule chose à faire pour le moment. C'est bien compris, Ron ? Pas de nouvelle fugue ! »
« Mais oui, Maman, » répondit Ron d'une voix lasse.
« Merci, mon fils, » souffla Molly avec soulagement. « Sur une note plus positive, Minerva m'a promis de parler à Percy, » ajouta-t-elle avec un pauvre sourire.
« Qu'est-ce qu'il devient celui-là ? » grogna Ron. « Me dites pas qu'il travaille encore au Ministère alors que Papa s'est fait virer ! »
Molly se mordit la lèvre inférieure, alors que Bill répondait à sa place :
« Si. Mais nous n'avons pas la moindre idée de ce qu'il y fait, ni pourquoi il travaille encore pour eux ! C'est insensé ! » conclut-il en reprenant une des expressions favorites de sa fiancée.
« Quoi qu'il en soit, Minerva a de l'influence sur lui. J'ai bon espoir qu'elle lui explique correctement la situation et le remette définitivement dans le droit chemin, » reprit Molly d'un ton encourageant. « Percy est intelligent. Il finira par comprendre. »
Par égards pour leur mère, Fred et George s'abstinrent de faire un commentaire. Mais Harry remarqua bien que ça les démangeait.
Il hocha la tête. C'était vrai que Percy respectait particulièrement leur ancienne chef de maison. Peut-être arriverait-elle à quelque chose, là où sa famille avait échoué...
« Et que fait Monsieur Weasley depuis son licenciement ? » demanda Harry, pour détourner la discussion vers un sujet moins conflictuel que le plus guindé des fils Weasley.
« Arthur s'occupe avec Mrs Figg, de cacher des enfants nés-moldus encore non scolarisés et de les placer dans des familles d'accueil à la campagne, » expliqua Molly. « Ils ont déjà placé quatre enfants et deux autres habitent encore avec Mrs Figg. Arthur parcourt le pays pour chercher des endroits sûrs où les envoyer. Et quand nous avons reçu l'invitation pour venir ici, il a préféré rester, dans l'espoir d'avoir des nouvelles de Ginny. Comme je vous l'ai dit, nous attendons la levée du siège pour bientôt. Sait-on jamais... » dit-elle, en regardant par une des fenêtres du réfectoire. Personne n'osa relancer le sujet d'Hogwarts.
« C'est vraiment très beau, ici... » remarqua-t-elle après avoir contemplé les jardins un petit moment. « Tellement paisible... Tout est si différent à la maison... »
« Allons, Maman, ne te laisse pas abattre ! » fit Bill, en lui passant un bras autour des épaules.
Il fit un signe à ses frères qui, sans discuter, saisirent leurs affaires et se levèrent. Molly prit tour à tour dans ses bras Harry et Hermione et leur promit de revenir au plus tôt. Puis elle se laissa conduire, entourée de sa nombreuse famille, vers l'âtre de Beauxbâtons.


Après leur départ, Hermione s'attarda un moment du côté de la porte. Elle se félicitait vraiment d'avoir envoyé ses parents en Australie, mais la chaleur maternelle que déployait Molly Weasley lui avait rappelé avec acuité ce qu'elle avait perdu. La jeune fille secoua la tête, tachant de se convaincre que tout cela n'était que provisoire et que la situation ne durerait pas indéfiniment. Elle devait aller de l'avant.
Elle venait de saluer les Lovegood qui quittaient l'Académie en compagnie des Armorghast - des parents à eux si Hermione avait bien compris - quand Mandy Brocklehurst s'approcha timidement d'elle :
« Euh... Hermione, je peux te parler ? »
« Oui, bien sûr Mandy. Il y a un problème ? » répondit-elle, en supposant qu'il s'agissait d'une question relative à l'AD.
« Hmmm... C'est un peu délicat, c'est à propos de mon frère. De mon grand frère, » expliqua la jeune fille, en montrant un type dégingandé aux cheveux bruns. « Mon grand frère dont je viens juste d'apprendre l'existence, » marmonna-t-elle entre ses dents.
Hermione ouvrit de grands yeux et dévisagea le garçon, mais la jeune Ravenclaw lui fit signe de regarder ailleurs. Elle poursuivit à voix basse :
« En fait, c'est pas du tout mon frère. Ça fait deux semaines que mes parents l'ont recueilli chez eux. C'est un étudiant en médicomagie d'origine moldue. Il ne pouvait poursuivre son apprentissage à Saint Mungo qu'à condition de se faire recenser par le Ministère et il a pris peur avec toutes les histoires d'agressions de nés-moldus qui courent. Je n'ai pas le détail de comment il s'est enfui, ni de comment il est arrivé chez mes parents, mais c'est sans importance. Quand l'invitation de l'Ambassadeur est arrivée, mes parents l'ont fait passer pour leur fils afin qu'il puisse tenter sa chance en France. Et le voici ! »
« Ils ont dû avoir sacrément peur pendant le voyage, » remarqua Hermione. « C'était culotté de le faire venir en France à la barbe du Ministère. »
Mandy leva les yeux au ciel pour dire tout ce qu'elle pensait de cette situation.
« Papa est complètement inconscient, par moment ! Quoiqu'il en soit, mon frère William - c'est son nom - est censé disparaître à Paris. Mais mes parents s'inquiètent pour lui et voudraient l'aider davantage. »
« Je me demande si le père de Miranda Ducratère ne pourrait pas faire quelque chose. Il est professeur à l'Université Bonsor... »
« C'est vrai ? Oh, ce serait super si ça pouvait éviter à mes parents de prendre encore davantage de risques... Je ne te cache pas que la situation me rend très nerveuse. »
« Je vais envoyer un pigeon à Miranda et lui demander de prévenir son père, » décida Hermione. « S'il est d'accord, je pourrais donner son contact à ce fameux William. »
« Merci Hermione ! Je vais leur annoncer que nous avons une piste grâce à toi... »
Hermione regarda Brocklehurst rejoindre ses parents et son frère en extra et leur parler d'un ton excité. L'ensemble de la famille vint la saluer et la remercier. Madame Brocklehurst lui confia leur adresse à Avallon, où ils devaient rester pendant les vacances.
« Merci, ma chère. J'espère que votre contact sera en mesure d'aider William, » lui dit-elle avant qu'ils ne quittent Beauxbâtons par l'âtre du Grand Hall.
Hermione sortit en direction du pigeonnier. Il n'y avait plus grand monde maintenant. Beaucoup d'élèves étaient partis avec leurs parents, quelques autres, comme Neville, faisaient visiter l'Académie à leurs proches. Harry avait disparu avec Sorlimus, probablement pour s'entraîner aux Arènes. Ron et les Weasley étaient partis chez les Volauvent. Elle soupira, tout en réfléchissant à la lettre qu'elle allait envoyer à Miranda.


1 : "faire danser le pantin" : expression sorcière pour "tirer les ficelles"
2 : "immobiliser les carrosses" : expression sorcière pour mettre des bâtons dans les roues


Et voilà ! Il s'en passe des choses, n'est-ce pas ?
Je vous laisse digérer tout ça pendant que je m'attelle aux fêtes de Samhain...

A bientôt
Ruth (qui trouve des bébés-monstres en son dédale)