Tout était glacé. Le vent, les cris. Tout.
On hurlait à la mort. La mort ? Non, c'était pire que la mort.
Tout était parti en une seconde. Il n'avait pas fallu plus d'une seconde aux joueurs pour poser le pied à terre et tenter de fuir, de se cacher dans les boxes. Il n'avait pas fallu plus d'une seconde pour que le public saute des gradins pour se battre. Il n'avait pas fallu plus d'une seconde pour que les enfants soient tirés énergiquement par le bras par leurs parents. Il n'avait pas fallu plus d'une seconde pour que le regard de Draco Malfoy fasse le tour de sa loge, de celle des Potter-Weasley, puis crie un « Scorpius ! » étranglé.
Il n'avait pas fallu plus d'une seconde pour que la bataille s'installe et fasse rage.
Des milliers d'animaux argentés tourbillonnaient dans le ciel, dansant une valse morbide avec ces faucheuses sans visages, ses cadavres d'âmes aveugles.
Il fallait fuir. Impossible de transplaner dans l'enceinte du stade l'air était trop dense, trop plein de magie noire et pourtant trop vide de toute magie. La magie était une âme : comment pouvait-elle subsister dans un lieu envahi par les Détraqueurs ?
James, Albus, Lily, Rose, Hugo, étaient serrés contre Hermione. Une loutre lumineuse tournait sans arrêt autour de cet étrange groupe, pour empêcher tout être obscur et cagoulé de s'en approcher.
Draco Maloy surgit devant eux, venu de nulle part. Il était livide, un air de détresse dans ses yeux brillants. Il regardait le groupe, tête par tête. « Scorpius n'est pas avec vous ? ».
Il n'attendit même pas la réponse pour repartir en hurlant « Scorpius ? Scorpius ! ». Il savait qu'elle était négative.
« Il faut que j'aille retrouver Scorpius ! » cria Albus. « Il ne sait pas faire de Patronus ! »
Et il sortit de la protection magique, sous les protestations effarées d'Hermione.
Albus fit rapidement face à un être sans yeux, aux grandes mains grises et visqueuses. Il eut froid, tout à coup. Il se sentait triste. Désespéré. Il n'arrivait plus à lever sa baguette. A quoi bon ? se disait-il. Il avait perdu, en quelques secondes, le gout de tout, le gout de se battre, le gout d'aller sauver son ami. « Expecto Patronum ! » une voix féminine et rauque s'éleva. Une masse argentée, d'abord informe, puis prenant la forme d'un ourson, chassa le Détraqueur. Albus se sentit moins mal. Puis, tournant la tête, il vit le clin d'œil que lui adressait sa sauveuse : Phyllis Goyle, qui avait laissé sa famille fuir sans elle (peut-être même l'avaient-ils tout simplement oubliée). Et il se sentit bien.
Une main le saisit par l'épaule. Il se retrouva assis à califourchon sur un balai, le visage contre le dos de sa mère, les mains de Phyllis accrochées à sa taille. Ginny emmenait les deux enfants hors des murs du stade.
Andromeda Tonks devait fuir, mais pas sans Teddy. Il cherchait à se battre, mais les Détraqueurs étaient trop nombreux, bien trop nombreux… « Teddy, où est Teddy ? ». Son petit fils était son unique raison de vivre. Et puis elle le vit. Etendu sur le sol. Blessé à la tête. Une mauvaise chute. Elle voulut crier. Et puis elle vit. Elle vit une main, pâle, délicate, bien que profondément ridée, soutenant la tête de son Théodore. Elle vit une autre main qui tenait fermement une baguette d'où émanait un filin argenté qui la reliait à un gigantesque serpent. Elle vit Cissy, sa Cissy, avec son Teddy. Elle venait de trouver un nouveau souvenir, encore plus fort, qui lui permit de faire apparaître un grand aigle majestueux, pour venir en renfort.
Dans le chaos, elles offrirent une image douce, irréelle : un serpent, un aigle, tournoyant autour de deux vieilles dames portant tant bien que mal un jeune homme aux cheveux bleus…non verts… non rose… non argent…
Et toujours le même spectacle, pathétique, d'un homme blond et pâle qui hurle à la mort « Scorpiuuuus ! ». Qui se fait bousculer et bouscule la foule qui se rue vers l'extérieur, tandis que lui s'enfonce toujours plus.
D'une jolie femme brune, trop maigre, dont le bout du nez remue frénétiquement, dont le visage est noyé de larmes, et qui, pour protéger son mari par un sortilège, songe aussi fort qu'elle peut au jour où il lui a demandé sa main.
Elle le suit, il l'arrête. « Astoria, sors. Dépêche-toi. » Elle secoue la tête. Les yeux baissés. « Non… » murmure-t-elle « Non… ». « Astoria, je t'en supplie. »
Alors la foule l'emporte, malgré elle, malgré tout. Elle lui crie un « je t'aime ! » qu'il n'entend pas. Il n'entend plus rien. Il court. Il veut retrouver son fils. Et tant pis pour les autres. Pour ceux qu'il bouscule violemment, qu'il fait tomber pour se frayer un passage.
Il les déteste, tous ces gens qui ne pensent qu'à sauver leur peau, à sauver leur âme… Draco s'arrêta. Il aurait fait ça, lui aussi. C'était ça qu'on appelait le karma ?
Tout était de sa faute. Mais non, pas Scorpius, pitié, pas Scorpius…
