Hello à tous !
Mes vacances se sont bien déroulées, je suis même passée à un cheveu de Sainte-Maxime et par LE fameux péage ou la carte de nos tourtereaux fait scrouitch. Le destin a de ses ironies, mon fou rire hystérique n'ayant pas été compris par mon conducteur d'homme.
Nous retrouvons Kiki livré par Aldébaran, Shunreï subissant à nouveau un Seiya de plus en plus paniqué par l'anniversaire de Saori. Il en va même à quémander des conseils à la dernière personne à qui s'adresser.
Milo fait des cauchemars Kanonniens et extorque une promesse à Camus, Kanon est plus Kanonnien que jamais, Saori calcule de plus belle des choses qui ne la regardent en rien.
La cinquième rumeur bis s'ornemente.
Bonne lecture à tous !
Titre: Approche-moi et tu es mort
Couple: Milo x Camus
Disclaimer: Tout à M. Kurumada, Shueisha, Toei.
Approche-moi et tu es mort
Shunreï, recueillie généreusement par un vieillard violet qui en avait fait une parfaite maîtresse de maison, passa une deuxième soirée de pénitence cruelle.
Seiya de Pégase était en pleine crise de panique, et se voyait écrasé en rêve par un monceau de calendriers – nippons et européens – sur lesquels éclatait en rouge la date du premier septembre.
Jouant avec une perfection affectée son rôle de meilleur ami, Shiryu du Dragon, en fait, sentait intérieurement son sang bouillir et s'inverser dans ses veines en une remontée de cascade tumultueuse – et potentiellement mortelle.
Sa fiancée, inquiète, le couvait sous ses paupières bistrées, car tout le monde au Sanctuaire savait la nette tendance du deuxième bronze aux pertes d'hémoglobine spectaculaires et pas toujours justifiées. Etait-ce le désir de se mettre en valeur comme éternel second du héros qui poussait le Dragon aux pires excès de sacrifice pour attirer l'attention sur lui ?
Bref.
- Ton idée de chapeau était géniale, Shiryu, mais Saori verrait tout de suite que j'ai copié sur toi…
Shiryu n'en était pas tellement sûr à vrai dire.
- Elle est tellement intelligente et fine, ma Saori !
La jeune Chinoise retint de justesse un " hppppp " de rire avec tout le potentiel génétique et zen-éthique de ses ancêtres.
- Seiya, tenta le jeune homme en tunique lilas, secouant sa longue chevelure de plus en plus développée. Seiya, ton cadeau doit être personnel, tu ne dois pas mendier des conseils à tout le monde là-dessus ! Saori t'aime, elle sera très contente que tu lui ais offert un cadeau, les femmes sont comme ça : une attention qui nous paraît idiote, et elles fondent !
- T'as raison, Shiryu.
- Vraiment, Shiryu ? interrogea alors une tonalité toute chargée de miel et d'aigre-doux oriental.
Le jeune japonais se figea soudain d'une détresse plus ultime que l'ultime dragon : dans sa hâte à se débarrasser de son meilleur copain, il n'avait plus pensé aux petites oreilles, blanches mais femelles, de sa très chère fiancée.
Qui malgré son étalage en surface de principes désuets et non féministes, dissimulait en elle une cascade de susceptibilité grondante.
- Je veux dire, balbutia Shiryu, plus pris au piège que dans un cercueil d'améthyste. Je veux dire, en général. Notre couple est bien sûr à part, et…
La douce Shunreï démontra alors que les femmes chinoises pouvaient également crier et casser la vaisselle sur le dos du mâle, tout cela en gardant naturellement le don millénaire et raffiné de faire de chaque détail de la vie quotidienne une œuvre d'art.
Le canasson volant, lui, avait prudemment pris ses cliques, ses claques et deux bières Tsing-Tao pour continuer à ruminer en paix, sur les marches entre le Temple de la Balance et celui du Scorpion.
Deux interludes de hurlements scorpionnesques et de chants made in Verseau ne l'aidèrent pas à se concentrer, mais finalement tout rentra dans l'ordre et les lumières du huitième temple s'éteignirent.
- Je devrais peut-être demander à Camus, il est si bien élevé… réfléchit à haute voix Pégase. Mais ses choix ne plairaient sans doute pas à ma Saori… Ou demander à Milo ? Mais il risque de me conseiller quelque chose de pas convenable pour une déesse vierge… Ou alors…
Chez le hurleur Scorpion, Milo avait la somnolence post-coïtale soupçonneuse, et Camus l'engourdissement post-coïtal somnolent. Certains aimaient bavarder sur l'oreiller, lui n'était pas de ceux-là – il n'aimait pas à bavarder tout court.
- Dis, ronchonnait Milo, prêt à s'endormir, dans les bras de son Camus.
- Oui ? fit malgré tout patiemment le Français.
- Kanon, il t'attire ?
- Milo ! protesta le Français, ensommeillé. Tu ne vas pas recommencer !
Cela vous gâchait un bon acte d'amour, ça, de parler de la cinquième rumeur bis !
- Nan, mais si t'avais à choisir entre Saga et Kanon ?
- Tu n'as pas de questions encore plus stupides ?
- Nan, mais imagine par exemple qu'il n'y ait plus que toi et eux…
- Je pourrais parfaitement rester célibataire, renifla avec componction le mentor de Hyoga. Ils n'ont qu'à s'arranger entre eux !
L'idée incestueuse fit ricaner le Scorpion.
- Nan, mais sérieusement Camus…
Le Scorpion, signe tourmenté, adorait se supplicier avec ce qui n'existait pas encore.
- Comment veux-tu que je choisisse entre deux hommes que je n'aime pas ?
- Prends le meilleur au lit !
- Ce n'est peut-être pas mon critère d'élection ultime, Milo…
Hululement horrifié du huitième gold.
- Mais pourquoi t'es avec moi, alors ? Je ne suis bon qu'au lit !
- Franchement, tu es stupide, mon Milo. Tu n'as pas honte de te déprécier ainsi ? Tu es un peu fou, mais drôle, sincère, romantique quand tu veux, excellent combattant et… Zut, tu cherches toujours les compliments, pourquoi je raconte tout ça moi ?
Tout ce sorbet apaisant à la fraise jeté sur les blessures emplies de venin de l'arachnide parvint enfin à apaiser l'atmosphère.
- Je t'adore, chouchou… Tu vois le meilleur en moi, et c'est pas facile !
- J'aime la difficulté. Et maintenant, bonne nuit, Milo, clôtura le Verseau rougissant.
Frétillant, son compagnon se glua à lui dans une étreinte étouffante de pinces.
- Bonne nuit mon Camus...
- Et bouge un peu ce pingouin en peluche du lit. On a plus six ans.
- Menteur, chouchou, Aiolos m'a dit que tu dormais avec quand j'étais sur Death Queen Island ! T'as même encore ton doudou Mickey de gamin planqué dans une boîte dans ton armoire, alors…
- La ferme et dors, Milo.
Un rire homérique et grec tira encore une fois Pégase de la morne stupeur qui lui tenait lieu de réflexion.
Aldébaran du Taureau, de son côté, avait forcé la porte du Temple de la spiritualité avec son galop de corrida, Kiki balancé au bout de son imposant bras comme une ménagère ferait danser l'anse de son panier.
- Mü du Bélier, mon ami, Shaka de la Vierge ! gronda cet homme que tous prenaient à tort comme un bon gros nounours pas très futé, bonasse et gentil jusqu'à la niaiserie avec le QI du bovin nourri aux farines suspectes.
Ce fût l'homme doué des confidences de Bouddha qui parût, dans un savant négligé de sari purpurin, ses blonds cheveux éparpillés dans son dos comme une rivière d'or pur s'échappant de son lit. Les suçons appliqués par la bouche d'un Bélier fougueux, qui éclataient vigoureusement à la vue sur la gorge et les épaules d'albâtre de Shaka, trahissaient cependant que le l'homme le plus proche des dieux se vendait désormais au Diable de la luxure et de la concupiscence.
- Aldébaran, prononça nettement l'Indien, tentant de faire percevoir par son simple ton que le deuxième gardien était comme tous les humains un tas de boue mal pétri et voué à la destruction.
Le fier Taureau avait le cuir résistant et imperméable à toute nuance de culpabilisation religieuse.
- Dis à Mü de se rhabiller et de venir, Shaka, ordonna le Brésilien, un sourire en coin jouant sur son visage dont la bonté intérieure compensait les traits ingrats.
Vexé, Shaka se replia sur son tapis persan et revint bientôt en compagnie d'un Atlante à la tenue tibétaine hâtivement rajustée.
- Mon ami ! accueillit Mü, même si son amant lui avait dit en coulisses tout le mal qu'il pensait des taureaux mal éduqués qui venaient déranger les gens honnêtes en plein jour.
Le sociable Bélier avait toutefois découvert que son cher petit ami appréciait ou même simplement tolérait peu de monde : toutes proportions gardées, Camus du Verseau était d'une sociabilité débordante, chaleureuse et joviale comparé à la Vierge aux errements mystiques.
- Ô, Maître, mon maître ! glapit le jeune Kiki, en une frappante imitation de Hyoga du Cygne, disciple à vie du onzième gardien.
- Kiki ! s'étonna le Bélier réparateur d'armures, en une série de clignements de paupières manifestant une difficulté certaine à revenir à la basse réalité terrestre après avoir fréquenté des cieux trop élevés.
- J'ai rien fait, Maître Mü, s'empressa le rouquin, s'agitant toujours avec vélocité entre la grande patte d'Aldébaran. C'est eux qui m'ont maltraité ! Camus du Verseau m'a gelé et donné un coup de pied aux fesses ! Kanon des Gémeaux m'a menacé de le couper la tête !
Le petit Atlante se mit alors à pleurnicher de façon extrêmement convaincante pour un mentor crédule, mais fausse pour la sourcilleuse réincarnation de Bouddha.
- Petite vermine, aurais-tu commis l'irréparable ? martela la Vierge.
- Il a été pris la main dans le frigo, en train de voler ma tarte aux cerises, gronda le Taureau. Il y a trois témoins irrécusables !
Mü du Bélier, frappé douloureusement dans son honneur sans faille de Chevalier d'Athéna, de pédagogue éclairé et de race atlante, secoua ses longs cheveux parme en un balancement de déception.
- Kiki, j'ai honte pour toi.
- Tu as tort, renifla le prétentieux blondinet élu des dieux. Il ne faut jamais avoir honte de soi, encore moins pour les autres !
- Aldébaran, pardonne-lui pour cette fois, tenta Mü.
- Je veux bien pardonner, rugit le Brésilien, lâchant le gamin sur le sol parfaitement pur de Shaka, mais il faut que cela cesse, un point c'est tout !
- Cela cessera, promit le Bouddha vivant, d'un ton subtilement agrémenté de ciguë.
Satisfait dans ses attentes, Aldébaran tourna ses grands talons.
- Je tiendrai ça à l'œil, tu sais ! Bon courage, Mû !
- Merci mon ami, soupira le premier gardien, qui ne sût pas exactement si son ancien voisin parlait de son élève ou de son amant.
Des deux, sans doute.
- Bon, susurra l'amant avec la gourmandise qu'il avait à précipiter un ver de terre gigotant dans l'un des six enfers. Bon, Kiki, notre épreuve a visiblement été un échec !
- Mais j'ai bien dû survivre puisque vous m'avez jeté dehors ! se défendit férocement le mini-Bélier, l'orangé colérique de ses joues assorti à ses cheveux.
- C'est vrai, Shaka, plaida Mü.
- Petit imbécile, siffla la perfection incarnée au Sanctuaire sous la forme virginale du sixième protecteur d'Athéna. Je ne te reproche pas d'avoir volé !
- Ah ? s'esbaudirent en commun les deux Atlantes laineux.
- Mais de t'être laissé prendre ! acheva le vertueux Chevalier de la Vierge.
Il produisit alors un effrayant sourire plein de quenottes pointues et brillantes
- Et tu vas le payer cher !
- Camus chéri, gémissait le Scorpion entre deux croissants au chocolat matinaux. Promets de ne plus revoir Kanon !
Le malheureux huitième gardien avait été victime d'un cauchemar atroce et plus vrai que nature, et le raconta à son homme pour le convaincre : Saga offrant une autre bague à Camus et une pile de livres. Demandant son glaçon en mariage. Camus refusait avec hauteur et Milo riait.
Jusque là, c'était un songe merveilleux, et Milo offrait sa propre bague avec amour. C'est là que le rêve avait mal tourné, Camus lui tapotant le dos et refusant de se marier.
Triste, Milo avait cédé, mais alors tout s'était encore aggravé : Kanon survenait, en pantalon de cuir sexy, rasé de frais, le sourire aguicheur et conquérant, couvrait le Verseau d'une cascade de bijoux rutilants sortis de ses doigts magiques, prenait son Camus par la main pour lui présenter un magnifique yacht clapotant dans le port du Pirée.
Hagard, hurlant sous le nom du bateau – " Aurora Execution ", bien sûr -, le pauvre arachnide avait vu Camus sourire comme une héroïne débile de film à l'eau de rose et accepter que le traître Dragon des Mers lui passe autour du doigt une alliance – qui devait valoir le triple de la sienne ou de celle de Saga.
A ce stade, il se fit interrompre par l'agacement rationnel de son compagnon, qui lapait imperturbablement son thé chaud.
- Tu es stupide, Milo, j'ai le mal de mer, je ne vais pas accepter un yacht en cadeau !
Le Grec refusa de se laisser amadouer et continua son récit : Les deux héros montaient donc sur le fameux bateau après un baiser torride, sous la véritable serviette blanche d'adieu agitée par une Athéna radieuse, et Camus avait juste un geste nonchalant de la main pour son ex-petit ami largué en une minute. Et lui donnait comme seule explication, de sa voix froide, que Kanon " était mieux pourvu de tout ", et qu'il lui offrirait un train de vie supérieur et luxueux.
- Quel rêve absolument ridicule, Milo, jugea le Verseau, méprisant. Tu me vois me marier par intérêt financier ?
Milo, boudeur et barbouillé de chocolat, haussa ses épaules dorées par le soleil en un geste qui n'était pas exempt d'un certain doute.
- Ah, merci de ton opinion ! se froissa le Français. Tu me prends pour un être vénal ? Et d'abord, ce cauchemar est illogique. D'où Kanon tirerait-il autant d'argent ? Il est toujours fauché.
- Vouais. Mais il en a une plus grande que moi, et ça, c'est la vérité !
- Je m'en fiche de la taille, tu es lourd, Milo !
- J'ai trop peur, mon Camus, pitié, refuse de frayer avec ce vicieux sur pattes ! En échange, je te promets de moins inviter Aphro, Death et lui. Je sais qu'ils t'ennuient, avec leurs émissions de foot, leurs bières et leurs joints.
- Le football est encore un moindre mal, grinça amèrement un garçon qui se délogeait systématiquement des soirées de son petit copain. Mais, Milo…
- Jure-moi que tu vas le fuir et ne plus lui adresser la parole !
Sous le chagrin sincère de son arachnide paranoïaque, le fier Maître des Glaces céda – essentiellement pour avoir le calme.
- Je promets.
- Merci Camus, je t'aime tant !
- Moi aussi. C'est ton tour de faire la vaisselle au fait.
Ravi de son succès, le Scorpion nouvellement galant s'empressa, et Camus reprit un deuxième thé vert en ouvrant le journal. Il allait y prendre goût, à un Milo assumant les corvées ménagères.
Kanon avait guetté Camus pendant une heure, onze minutes, une seconde, et l'attrapa en fin de matinée devant le Temple des Poissons.
- Youhou, Camus !
Sous le sourire paraissant inhabituellement franc du fourbe ex-Dragon des Mers, Camus du Verseau se figea. Son propre rictus tint de tout sauf du sourire.
- Tu vas bien, t'as l'air tout malade ? continua sans complexe Kanon, qui ne commit pas l'erreur fraternelle de toucher sa proie, même pour une virile poignée de main.
Le onzième gardien, ligoté par sa politesse, commit sa première entorse à son engagement en répondant au salut de son ennemi.
- Bonjour, Kanon. Je vais très bien, merci. Et au revoir.
- Hé ! geignit le traître, qui en fait n'était pas du tout surpris de cette réaction malgré sa fausse bouille de gamin choqué. Ben, sympa !
- Ce n'est pas ta faute, tenta d'adoucir la muflerie le Français. J'ai promis à Milo de me tenir loin de tes griffes baladeuses.
- Maieuh ! C'est trop pas juste ! hulula le deuxième Chevalier des Gémeaux. T'es sûr que c'est pas ma présence qui te barbe ? J'ai pas une conversation assez intelligente ? Tu…
- Moi je veux bien discuter avec toi, Kanon, mais Milo est si jaloux, je ne vais pas ruiner ma tranquillité conjugale pour le plaisir d'être gentil avec toi.
Camus du Verseau avait beau être trop silencieux et avare de ses sentiments, il se montrait parfois d'une sincérité un peu trop prolixe à des moments parfaitement inopportuns.
Kanon, roi des margoulins retors, eût un alors sourire triste et aussi résigné à l'exclusion que son jumeau l'était à la rédemption.
- Je comprends très bien, Camus, tu as raison. Milo est si bien par rapport à moi.
- Cesse de te dénigrer, idiot. Pour ça, Milo et toi vous faites la paire.
- Bon, je te laisse alors, je vais te faciliter la tâche, promit le second jumeau avec toute la noblesse qu'il lui était possible de mettre dans sa vieille tunique d'entraînement.
- Merci.
- Je veux rester le copain de Milo, et j'aurais bien aimé que toi aussi tu deviennes mon ami, Camus, continua le fourbe, poussant un trémolo de regret dans son gosier habitué à la production de menteries. J'ai si peu d'amis !
- Tu as DeathMask et Aphrodite…
- Ce sont des camarades, des collègues de médisance, pas des confidents !
Là, par contre, Kanon était tout à fait sincère.
- Et il me semble que tu ne cherchais pas l'amitié, mais le sexe d'un soir.
- Tout le monde peut changer d'avis ! renifla avec une mine vertueuse Kanon.
Camus lança un coup d'œil nerveux par-dessus son épaule et Kanon retint un ricanement. Parole, le Verseau se dandinerait presque d'un pied sur l'autre, à tenter ainsi de ménager la chèvre et le chou – en l'occurrence le Scorpion et le Dragon des Mers. Ce gamin était trop choupinet, pensa un être qui se croyait, par ses huit ans de plus, mature et très avancé dans la sagesse expérimentée malgré ses allures de grand ado attardé.
- Je vais au Palais, maintenant. Essaye de m'éviter, ou Milo pourrait bien te mettre une correction, clôtura rapidement le magicien de l'eau et de la glace, qui se sentait sur une banquise glissante.
Et encore, si le froid Verseau avait lu les mots " gamin choupinet " dans le cerveau fécond du Gémeaux bis, il aurait encore plus glissé, et se serait vexé jusqu'aux confins de sa personnalité orgueilleuse et fière.
- Bonne journée, Kanon.
- Mouais, je viens de me prendre un râteau, bonne journée, tu parles !
Le Français s'éclipsa sans laisser loisir au comédien de continuer son petit numéro de charme et de martyr numéro un du Sanctuaire.
Resté seul, Kanon sortit une cigarette illégale de sa poche et l'alluma en laissant filtrer un grand sourire de gavial.
Il était vraiment le meilleur, se congratula-t-il. Bon, il avait peut-être l'air d'avoir perdu des points, mais en fait… il était sûr que non ! Camus ne lui tournait le dos que parce que ce cher Milo était en train de lui faire subir des crises de jalousie. En fait, le petit frigide n'avait aucune hargne contre lui, il aimait finalement discuter avec sa merveilleuse personne.
Et il s'inquiétait même du fait que son violent petit copain puisse lui mettre une raclée – au passage, ce n'était pas demain la veille que l'arachnide le surpasserait, hein…
Communément avec Saga, Kanon pouvait ne retenir d'une situation que les éléments qui l'arrangeaient.
- Il paraît que Camus refuse désormais d'adresser la parole à Kanon…
- Ah bon ? Mais il paraît aussi que c'est parce que Milo lui a interdit formellement !
- Camus, obéir à son mec ? Bizarre…
- Il est diplomate et veut la paix de ses fesses gelées…
- Mais il aimerait donc fréquenter davantage Kanon, alors ?
La cinquième rumeur bis s'ornementa subséquemment de la certitude suivante : l'amour étrange de l'ex-Marina traître à sa Déesse, traître à son Dieu marin manipulé, traître à absolument tout, aurait une infime chance de s'épanouir si Milo du Scorpion, jaloux à mort, ne tyrannisait pas son petit ami en réduisant sa liberté individuelle.
Sur son trône froid et ouvragé, Saori Kido, réincarnation d'Athéna à qui l'adolescente laissait peu de place, s'éventait nonchalamment entre deux signatures que le rusé Shion était parvenu à lui extorquer.
- Et celle-ci pour l'aide financière à la maison de retraite de Rodario…
- Ah, il y a une maison de retraite ? corna Saori, dont la cervelle étudiait en parallèle un problème bien plus intéressant que la pauvreté locale.
- Une visite y est prévue pour jeudi en quinze…
- C'est ton rôle de Grand Pope, Shion, réfuta la jeune fille, qui ne comptait pas gaspiller ses talents et sa divine beauté à visiter des vieillards gâteux.
Elle détestait hospices et hôpitaux.
- Nous verrons, ne se laissa pas éconduire l'Atlante, irrité. Bien, maintenant…
- Encore ? se plaignit la jeune déesse.
Elle parapha d'un trait de plus en plus négligé un autre papier, revenant à ses réflexions : la cinquième rumeur et la cinquième rumeur bis.
Elle avait voulu favoriser l'union Camus/Petit Pope, mais si Kanon était enfin sincèrement amoureux… Quoi de mieux qu'un conjoint froid et raisonné pour museler définitivement le pire trublion de sa Chevalerie décadente ?
D'un autre côté… Que faire alors d'un Scorpion empoisonné et touché dans ses points vitaux par l'abandon de son presque fiancé ?
Par Papa et son grand-père, pourquoi avait-elle sous ses ordres tant d'adultes psychopathologiques, ingérables et immatures ?
Le soleil de Grèce brûlait impitoyablement à son zénith, et c'était une bonne heure pour se promener tranquille. A part quelque malheureux apprentis qui avaient la malchance d'avoir un maître dur, tout le monde se reposait en laissant passer la grosse chaleur.
Aux arènes, Seiya de Pégase déboula, hérissé, le sourire fendu jusqu'aux oreilles, l'œil pétillant de joie/connerie - rayer la mention inutile. l
Son bel élan fût stoppé net par un feulement de tigresse en colère.
Le Chevalier de l'Ophiucius s'entraînait dans l'arène, tranquille et solitaire. Dur de voir l'ex-élu de son cœur farouche, qui l'avait rejetée avec toute la délicatesse lui étant propre - bref comme un sagouin maladroit -, pour agoniser d'amour aux pieds d'une réincarnation bidon… Une pouffiasse, selon Shaina, qui possédait certes de magnifiques cheveux mais un QI douteux et surtout l'art d'apporter des ennuis sans fin...
Comment Seiya avait-il pu préférer cette Déesse incapable de se défendre à elle, Chevalier respecté et endurant, lui ayant sauvé plein de fois la mise en se sacrifiant ? Tellement injuste ! Cette Saori, qui enfant n'avait fait que le fouetter, adolescente l'avait traité comme un larbin avant de se laisser kidnapper à de multiples reprises, lançant Seiya dans des quêtes mutilantes et désespérées…
Et bien, il avait quand même préféré " Miss porte-poisse " à " Shaina fidèle bouclier ".
Shaina était fière et avait du caractère. Elle raccommodait patiemment son cœur en lambeaux. Elle ne pleurait que dans son oreiller, à l'abri des regards. Elle s'ouvrait à d'autres horizons plus vastes, plus escarpés, plus brûlants d'incendies phénixiens. Mais il ne fallait rien exagérer !
Que Seiya persiste à lui taper sur l'épaule comme si rien ne s'était passé !
Qu'il essaye de lier conversation en égrenant les mérites de Saori !
Qu'il ose, suprême insulte, s'enquérir de ses amours !
- Shaiiiiinaaa ! hurla Seiya du plus loin qu'il vit les mèches vertes de la femme chevalier.
Pour le Japonais, sa bonne vieille complice Shaina était exactement ce qu'il lui fallait pour résoudre son problème de cadeau féminin – bien que n'importe quel résident du Sanctuaire eusse comprit que les présents correspondants aux désirs de Saori Kido n'avaient aucune chance d'être communs à ceux de Shaina de l'Ophiucius.
- Shaiiiiinaaa ! glapit encore le bronze en lui tapant - ô surprise - sur l'épaule.
Vlan, bing, bang ! Une prise audacieuse du Chevalier d'argent lui fit mordre la poussière.
- Seiya, petite larve puante ! cria hargneusement l'Italienne avec une expression qui terroriserait n'importe quel être normalement constitué.
Mais il fallait croire que Seiya n'était pas normalement constitué. Le plus aveugle n'était pas celui qu'on croit… Shiryu était en somme d'une clairvoyance redoutable par rapport à lui. Et le canasson n'avait même plus l'excuse du masque dissimulant le visage des femmes chevaliers, puisque Athéna dans une crise de modernité avait aboli cette inique coutume.
Non, il ne remarquait jamais rien. La preuve, il se releva, poussiéreux mais souriant aux anges.
- Shaina, tu as encore accompli des progrès ! C'est incroyable !
- Fiche-moi le camp, Seiya ! lui intima la femme avec un geste de la main éloquent, voire grossier.
- Oui, mais, Shaina… Je voudrais te demander… Quel cadeau offrir à une femme pour son anniver…
Le bourricot n'eût pas le temps de terminer sa phrase que Shaina, après un triple axel suivi d'un petit salto avant, insinua rudement son coude dans les côtes de Seiya. Il se ramassa à nouveau le sable de l'arène mais se releva aussitôt.
- Ah, ah, ah, rit-il en s'avançant. Tu ne m'auras pas, Shaina ! Je suis Pégase, le chevalier de l'espoir et je me relève toujours !
Modeste, le Seiya ! Il aimait varier ses textes, en plus…
- Raaah ! hurla la fille à la tignasse verte, putain Seiya, t'es con où tu le fais exprès ? DE-GA-GES DE MA VUE !
- Mais, on est amis, Shaina, et tes conseils…
Il était engagé sur une mauvaise voie. Le Chevalier d'argent émettait à présent une série de sifflements menaçants qui faisaient honneur à sa constellation. Et elle sortit ses griffes, au propre comme au figuré.
Quelques badauds observaient désormais la scène avec un intérêt passionné. Les démêlés houleux entre le Divin Pégase et l'Ophiucius faisaient partie du feuilleton du sanctuaire, au même titre que la contre-contre rumeur, la cinquième rumeur et cinquième rumeur bis, les caprices d'Athéna et les résultats sportifs.
Hyoga, qui pour une fois n'était pas flanqué d'une blonde, murmura une remarque amusée à l'oreille d'un Shun rougissant.
DeathMask, bras croisés, harangua Shaina dans leur langue natale, et on pouvait déduire qu'il l'encourageait à écraser Pégase le plus cruellement possible.
En retrait derrière une colonne, Ikki du Phénix dardait un regard intense sur la belle combattante d'une part, et surveillait Shun et l'affreux canard de Sibérie d'autre part.
Le malheureux volatile immortel ignorait hélas qu'il était trop tard et que tout était consommé depuis la veille.
Shaina prit une position offensive, ongles aigus en avant. Elle irradiait de rage avec les émanations d'un tuyau chauffé à blanc.
Seiya n'était vraiment pas futé car il se frotta la nuque en ricanant bêtement. Il fallait absolument que l'Italienne lui donne un conseil féminin et avisé ! Shaina était si amusante, elle aimait tant à plaisanter pour se prouver sa valeur de combattante… N'est-ce pas ?
- Laisse-moi tranquille, Seiya ! tenta une dernière fois Shaina, qui retroussait ses lèvres sur des dents blanches dont les canines semblaient s'allonger de seconde en seconde en une saisissante illusion d'optique.
Mais Seiya, persuadé de la comédie amicale de sa chère amie aimablement éconduise en amour, allait se la jouer bourrin jusqu'au bout.
- Tu es si drôle, ma Shaina ! s'esclaffa donc le niais.
Trop c'était trop !
- Défends-toi, Pégase ! hurla Shaina, rauque d'exaspération.
- Je ne frapperai pas une femme, s'obstina Seiya, tout sourire.
Un choc terrible projetât Shaina sur Seiya.
Les bras en croix, il se retrouva avec le torse littéralement lacéré des Thunder Claw. Et il riait encore.
A genoux, le Chevalier d'Argent le tira sanguinairement par le col et approcha son visage pâle de celui du Chevalier Divin.
- Seiya, c'est la dernière fois que je te le répète mon bonhomme : approche-moi en parlant d'elle et tu es mort… souffla-t-elle en le foudroyant de ses yeux verts.
Un applaudissement isolé retentit, et les quelques spectateurs virent, effarés, Ikki descendre lentement les marches vers Shaina.
- Beau combat, Shaina, loua le Phénix avec un de ses rares sourires sincères, accordés au rythme d'un par bataille.
- Merci, accepta Shaina d'un hochement de tête distant.
Le bronze/divin s'aventura à lui tendre la main mais Shaina la dédaigna et se releva d'un bond souple. Ikki, décidément en veine d'audace, la suivit malgré son coup d'œil torve.
- Tu sais, Shaina, tu devrais être flattée.
- Flattée ? releva la jeune femme, intriguée malgré elle.
- Tu n'as jamais pensé que Seiya avait choisi Saori comme copine à cause de leur QI très proches l'un de l'autre ?
Les traits purs de l'Ophiucius se contractèrent et tous reculèrent à l'idée d'une explosion de colère. Un son argentin résonna et tous écarquillèrent les yeux de surprise.
Shaina avait ri. Elle accorda même un sourire doux et furtif au phénix avant de se détourner.
Shun, radieux de voir son frère se jeter dans la grâce de l'amour, calculant que cela lui permettrait de vivre le sien avec son beau Cygne, battit des mains avec un sourire exagéré d'héroïne de shojo manga.
DeathMask du Cancer, hérissé de stupeur, fila incontinent chez Aphrodite diffuser l'incroyable nouvelle rumeur : Shaina de l'Ophiucius, cœur blessé à mort par le bourricot de co-directeur, riait avec Ikki du Phénix, inadapté social patenté.
Pégase gisait toujours ensanglanté dans l'arène.
