Je marche sur le chemin de l'auberge avec mon chat dans les bras. J'ai conscience de ne pas m'être adressé à Lorène de la bonne façon. Ces temps-ci, je pense de plus en plus à mon corps, à notre quête, à tout ça mais il m'est impossible de raisonner normalement. Alors que la nuit est tombée, j'ouvre la porte de notre chambre, vérifiant que grand frère ne dorme pas. Il est assis en tailleur du le lit, un mur de livre autour de lui, un carnet de notes à la main. Le bruit de la porte lui fait relever la tête, il semble surpris, sûrement de me voir revenir seul.

- Elle est où ?

Je laisse le chat descendre de mon armure et se promener librement dans la chambre, je me demande si j'arriverai à l'expliquer à mon propre frère.

- Elle est encore dehors, je l'ai laissée seule.

- Al, il s'est passé quelque chose dernièrement ? Me demanda-t-il, suspicieux.

C'est vrai, j'avais presque oublié qu'il devinait facilement quand quelque chose ne va pas. Peut-être que c'est à lui que je dois m'adresser en premier.

- Ed, tu crois vraiment qu'on va réussir à récupérer nos corps ?

Un silence s'installe entre nous, il me fixe avec ses yeux dorés grand ouvert. Edward soupire en fermant son cahier et en le déposant sur la table de nuit juste à côté du lit.

- T'es devenu amnésique ou quoi ? Après tout ce qu'on a fait, après tous les espoirs que les gens ont fondé en nous, tu crois vraiment qu'on peut se permettre d'arrêter ? T'as pas envie de récupérer ton corps ? T'as pas envie de goûter à la bonne cuisine de Winry ?

Je me sens soudain mal d'avoir douté de notre but final, je suis incapable de réfléchir correctement. Edward retire les différents ouvrages pour libérer la place sur le lit puis envoie un faible coup de poing sur ma carcasse.

- Crois-le où non, je sais exactement ce qui se passe dans ta petite tête et t'as pas à t'en faire, je crois qu'elle t'aime bien.

- Hein ?

Il explose de rire en voyant mon incompréhension, qu'est-ce qu'il insinue ?

- Allez, je te connais bien p'tit frère ! T'aurais dû voir ta tête quand elle a dit que l'autre type qui lui avait donné les informations était beau.

Ma tête ? Mais grand-frère, personne ne peut voir les expressions que je fais…Edward garde un sourire bienheureux sur son visage, comme pour se moquer de moi. A vrai dire, j'en sais rien, je l'apprécie beaucoup mais au vu de mon corps et de la situation actuelle, je pense que rien n'est possible.

- Bref, je vais pioncer, il faudra se lever tôt demain pour savoir où a lieu leur petite fête.

Sur ce, il baille un bon coup et s'engouffre dans les draps, il se fait vraiment tard et je commence à me demander où est passée Lorène. Je ne me pose pas plus la question lorsque de faibles coups sont frappés à la porte. Elle s'ouvre sur la jeune fille de l'autre monde, visiblement attristée, c'est sûrement de ma faute.

- Ah Lorène, écoute, je…

- C'est bon Alphonse, je suis fatiguée, je vais me coucher.

Je tente une nouvelle fois d'entamer une discussion pour m'excuser de mon précédent comportement mais elle ne me laisse pas en placer une et retire ses chaussures avant de s'installer à l'autre bout du lit. Il est sûrement trop tôt pour espérer qu'elle me pardonne mais je ressaierai demain matin. Pour le moment, il est temps de passer une longue nuit à attendre que le soleil se lève, pour changer.


La nuit que je viens de vivre fait probablement partie des plus longues que je n'ai jamais vécue – avec celles qui ont suivies notre transmutation humaine. Je ne me suis jamais senti aussi heureux en voyant le soleil pointer à l'horizon. Ils ne devraient plus tarder à se réveiller.

Je décide me lever de mon coin pour contourner le lit et jeter un œil dehors, je remarque que mon chat a dormi entre Lorène et Edward sans qu'ils s'en rendent compte. Alors que je contemple l'extérieur, je perçois quelqu'un bouger dans mon dos, c'est Edward qui se lève tôt pour une fois. Il tente de ne pas faire trop de bruit afin de ne pas réveiller sa partenaire de sommeil et m'adresse un bref signe pour me dire bonjour. Nous rejoignons ensemble la salle de bain pour discuter tranquillement.

- Dernière nuit dans ce trou paumé avant de retourner à Central, baîlla-t-il en attachant ses cheveux en natte. J'espère qu'il y aura un peu d'action pour nous ce soir, ça fait un bail que je ne me suis pas battu.

- Ed, le colonel va finir par te punir à force de détruire Amestris. Pour une fois, agis un peu comme un grand…

A défaut de l'être…

- Ca va, ça va, détends-toi. Puis j'ai une excuse, je pourrai dire que c'est la faute de Lorène et de son alchimie.

Voyant un large sourire s'emparer de son visage, je ne doute pas qu'il oserait l'accuser. Cet état joyeux se calme ensuite pour devenir plus sérieux.

- D'ailleurs, reprit-il en se tournant vers moi, je dois te dire que ce qu'on a vu à Liore, c'était pas normal, j'imagine que tu t'en doutes.

Ce qu'on a vu ? Il doit parler de la transmutation de Lorène, il a raison, je n'avais jamais vu un cercle rouge comme celui-là. Sauf peut-être lorsque notre transmutation humaine a tourné au drame.

- Pourtant, si je me souviens bien, aucune de ses précédentes transmutations n'avait fait ça. C'est comme si quelque chose avait changé depuis notre dernière arrivée.

- Tu crois ? Demandai-je surpris de sa réflexion. Pourtant, la dernière fois qu'on l'avait vu, c'était lorsque Laetitia les avait transformées en chimère.

Edward hoche la tête avant de repartir dans ses pensées, je crois qu'il a une petite idée de la raison de sa nouvelle puissance. J'aimerai bien savoir ce qu'il en retourne. Il finit d'enfiler ses vêtements et m'indique la porte du pouce.

- Je vais partir maintenant pour tenter de savoir où se déroule leur petite fête, je te laisse la réveiller.

- Tu crois vraiment que c'est une bonne idée ?

- Al…tu m'exaspères…

Il soupire une bonne fois avant de repartir en direction de la chambre, il se chausse et sort en me faisant un bref signe avec un sourire fier. Une fois la porte refermée, je me retrouve à nouveau dans une petite angoisse. Je n'oserai jamais la réveiller avec ce qu'il s'est passé la veille. J'espère qu'elle ne m'en veut pas mais au vu des précédents événements, je doute sur sa clémence. Elle est pelotonnée dans les draps, j'entraperçois à peine son visage sous sa tignasse de cheveux blonds. Doucement, je tente de la faire émerger en tapotant son épaule dévoilée par-dessus la couverture.

- Lorène…réveille-toi, il faut se lever.

- Mh…Michèle, passe-moi tes devoirs…

Ah, elle doit rêver de son monde, je n'y avais pas pensé. Il faut dire, depuis que nous avons appris la mort de la chimère, nous évitons de trop parler de l'autre monde. Pourtant, j'ai l'impression que depuis quelques jours, elle est beaucoup plus sereine. Lentement, je la vois bouger sous ma main, elle se redresse avant de lever son visage vers le mien, toujours à moitié endormie.

- Alphonse ?

- Edward m'a dit que tu devais te lever pour l'aider à trouver des informations pour ce soir. Dis-je d'une voix basse.

Lorène s'assit sur le matelas et relève ses genoux contre sa poitrine, elle baille à plusieurs reprises sans me répondre. Le jour se lève dehors, éclairant au fur et à mesure la chambre dans laquelle nous sommes.

- A propos d'hier…commençai-je.

Elle s'empresse d'agiter sa main devant moi, visiblement plus réveillée.

- Ca va, n'en parlons plus, ça n'a pas d'importance, pas vrai ?

Je réponds positivement à contrecœur, pour moi, ça en a mais je n'ai pas envie de causer plus de problèmes. Il y a des choses plus importantes à régler dans l'immédiat. Lorène sort du lit et s'engouffre dans la salle de bain sans un mot, j'ai du mal à lui parler, contrairement à ces derniers jours. Je vais finir par croire qu'elle s'entend mieux avec Ed qu'avec moi…Un miaulement signification me fait sortir de mes pensées, mon petit chat grimpe sur mes jambes, réclamant sa dose de caresse.

- Toi tu sais te faire comprendre, hein ?

Soudain, alors que je parcourrais la fourrure de mon chat, un bruit sourd s'élève dans la salle de bain. Je m'empresse de frapper à la porte pour m'assurer que tout se passe bien. Aucune réponse, j'entre sans autorisation et scrute la pièce du regard.

- Lorène ! M'exclamai-je en la voyant allongée sur le sol.

Elle ne bouge pas, je tente de la secouer légèrement pour qu'elle reprenne conscience mais rien n'y fait. Sa respiration est accélérée, c'est comme si elle faisait un cauchemar sans être capable de se réveiller. Paniqué, je la transporte jusqu'au lit et tâche de la refroidir en déposant mon bras de métal sur son front. Il faut que je prévienne Edward mais je ne peux pas la laisser comme ça. Je commence réellement à paniquer quand au bout de quelques minutes, la situation ne s'est toujours pas débloquée.

- Bon sang, réveille-toi s'il te plait !

Ca n'était jamais arrivé avant, du moins, je ne pense pas. Je me pose plein de question, elle ne semblait pourtant pas malade hier…

- Où suis-je ? Me demanda une faible voix.

Je retire mon bras et constate qu'elle est revenue à elle d'un seul coup, ses yeux bleus fixent le plafond mais son visage reste rougi par sa perte de conscience.

- On est toujours dans la chambre, tu t'es évanouie dans la salle de bain.

- Ah…

Elle se redresse difficilement, serrant les dents. Ca m'inquiète, j'ai envie de lui poser des centaines de question sur ce qu'il vient de se passer, mais, je ne sais pas, j'en suis incapable.

- Ca faisait longtemps…l'entendis-je soupirer tout bas.

Parce que…ça s'est déjà produit auparavant ? Maintenant que j'y pense, elle m'avait confié recevoir des messages provenant de la porte, c'est donc comme cela que ça marche ? Elle perd connaissance et puis elle revient à elle ? C'est étrange…

- Qu'as-tu vu cette fois ? Soufflai-je peu sûr d'avoir une réponse.

Son visage s'assombrit, je redoute le pire, j'espère me tromper.

- Oublions ça aussi, tu veux bien ? Si ça peut te rassurer, il ne vous arrivera rien.

- Ce qui veut dire qu'il va t'arriver quelque chose à toi.

Lorène hausse les épaules, je comprends ce qu'elle refuse de me dire. Rien que d'imaginer ce qu'elle a dû voir me mortifie, il faut que j'en parle à Edward pour qu'on puisse la protéger. Ca a fonctionné pour Havoc, alors ça doit fonctionner pour elle-même.

- Bref, je vais me dépêcher, sinon Edward va encore croire que je ne fous rien !

Elle enchaîne sur un rire qui sonne faux avant de repartir pour s'habiller, j'ai juste hâte que la journée se finisse une bonne fois pour toute.

Alors que Lorène est toujours dans la salle de bain, trois coups sont frappés à notre porte. Je pense d'abord à Edward qui attend probablement que nous le rejoignons mais lorsque je l'ouvre, c'est une tout autre personne sur laquelle je tombe.

- Bonjour, j'ai eu vent qu'une certaine Lorène logeait par ici, c'est exact ?

C'est un garçon plutôt grand, élancé, les cheveux châtains comme je les avais auparavant et les yeux clairs. Il ne me dit rien du tout pourtant il connait Lorène ?

- Hum…qui êtes-vous ?

- Je suis Alexandre, je l'ai rencontrée hier sur le marché et j'aimerai m'entretenir avec cette charmante demoiselle.

Sa manière de parler me donne juste envie de lui claquer la porte au nez mais je n'ai pas le temps de le faire que Lorène sort de la salle de bain et nous rejoint au pied de la porte.

- Tiens, salut. Dit-elle avec un grand sourire. Alors, je t'ai tellement manqué que tu as dû me chercher dans toute la ville ?

Ils jouent un petit jeu qui me donne envie de vomir, c'est donc lui hier qui lui a donné les informations sur la soirée ? Il n'a rien d'exceptionnel.

- Précisément. Tu sais, c'est dur de retrouver une voyageuse dans le coin mais je pense que ce que j'ai à te dire pourrait t'intéresser. Tu viens ?

Lorène hésite un moment et me lance un regard surpris, ce type a apparemment autre chose à lui dire mais j'imagine que je suis de trop dans leur petit jeu.

- Pourquoi, tu ne peux pas me le dire ici ?

Le jeune homme lève un sourcil à sa question.

- Je me disais que ton ami ne faisait peut-être pas partie de tes plans.

« Tes plans » ? Mais qu'est-ce qu'elle avait été raconté encore ? Ce qui me gêne le plus dans cette situation, c'est de voir Lorène rougir avec un sourire béat alors que je n'ai aucune idée de ce qui se passe.

- Il en fait partie, répondit-elle, donc, j'imagine que tu sais où se passe la cérémonie ?

Alexandre hoche la tête positivement, autant qu'il nous serve.

- J'ai même mieux, je peux t'inviter à y aller.

- T'es sérieux ?! Enfin, je veux dire, qu'est-ce qui te dit que j'accepterai d'y aller avec toi ? Je pourrai simplement prendre l'information et partir à cette soirée en m'y incrustant.

- Mais tu ne le feras pas, n'est-ce pas ? Après tout, nous y trouvons un intérêt commun.

- Alors toi aussi… ?

Il opine du chef, c'est tellement énervant de comprendre un mot sur deux à leur conversation !

- Je ne comprends pas, ajouta-t-elle en s'avançant davantage. Comment un garçon comme toi peut avoir envie de se l'approprier pour la jeunesse éternelle, je veux dire, t'es encore jeune.

- Justement, c'est là toute la subtilité. Regarde moi, je suis plutôt mignon avec un beau corps, alors pourquoi ne pas le garder pour les siècles à venir ? Regarde-toi, aussi, que ferais-tu si dans quelques années ta beauté décline, que quelques rides tracent tes jolies fossettes ? Il serait idiot de gâcher tout ça alors que nous les alchimistes, nous pouvons l'éviter.

Son discours m'exaspère, je n'ai pas l'habitude de m'insérer dans les conversations des autres mais là s'en est trop. D'un geste bref, j'agrippe l'épaule de Lorène et la force à s'écarter de ce garçon.

- Vous dites des bêtises, les alchimistes ne servent pas de leur pouvoir afin de trouver la pierre philosophale pour vivre éternellement ! Protestai-je en serrant les poings. De plus, je suis sûr que même dans quelques années, Lorène resta aussi jolie que maintenant !

Un moment de pur silence s'en suit, je me répète mes paroles en tête, je crois que j'ai fait une boulette. Voyant qu'Alexandre arbore un sourire moqueur, je pousse Lorène à l'intérieur de la chambre et referme la porte. Il s'exclame alors qu'il viendra la chercher le soir pour la conduire à la cérémonie.

- Eh…c'était quoi ça ? Dit-elle à la fois blasée et surprise.

- Quoi ça ?

- « Lorène restera aussi jolie que maintenant », t'as bu ou comment ça se passe dans ta tête ?

J'ai presque l'impression de déceler une once de moquerie dans sa voix, ça fait mal. C'est pourtant normal que je la défende, il me semble.

- Bref, si t'as pas envie de me le dire, ne me le dis pas mais ça reste quand même bizarre de ta part de dire des choses aussi insensées.

- De toute façon, tu la dis toi-même, c'est contre-nature. Répliquai-je profondément vexé.

Elle écarquille les yeux, la bouche légèrement entrouverte. Je n'ai aucune envie de rester plus longtemps enfermé ici, j'attrape le chat et sort dehors pour prendre l'air. Je reviendrai probablement en après-midi, avant qu'ils ne partent pour la cérémonie, j'espère au moins que tout ça n'aura pas été vain.


J'ai dû passer plus de quatre heures dehors, à parcourir la ville, à aider quelques personnes sur mon passage. J'en avais presque oublié que nous partirons sûrement dès ce soir pour Central ou je ne sais quelle autre destination. Malgré la première impression que j'ai eue ici, les gens ont plutôt l'air sympathique, bien loin du genre de ce garçon. J'imagine que seuls ceux qui souhaitent posséder la pierre n'ont que faire des premières valeurs des gens normaux.

Mon frère doit probablement s'inquiéter de mon absence, je me demande ce que Lorène lui a dit. Je vais finir par croire que je suis vraiment bizarre, c'est sûrement aussi à cause de ce truc métallique qui me sert de corps, allez savoir…Je me dirige enfin vers notre logement, au bas de la porte, je perçois de la lumière et un son qui s'apparente à une transmutation. J'ouvre la porte sans frapper et rentre à l'intérieur de la chambre.

- Ca te va comme ça ? Demanda Edward en s'écartant de Lorène.

- A toi de me dire, je fais distinguée là-dedans ?

- Je peux pas faire des miracles non plus, rétorqua-t-il avant de se prendre un coup sur l'épaule.

Lorène a troqué son haut noir et son jean pour une robe noir longue jusqu'aux genoux, ses cheveux sont attachés comme dans sa période rousse, à la manière de notre mère.

- Ah, t'es enfin rentré Alphonse ! S'exclama Edward en remarquant ma présence. Qu'est-ce que t'es parti foutre ? On t'attendait !

- Vraiment ?

- Bah oui, poursuivit Lorène en posant ses mains sur ses hanches. Il faut qu'on se mette d'accord sur un moyen de vous faire rentrer vous aussi ! Je veux bien qu'Alexandre m'emmène mais seule dans ce nid d'alchimiste, je vais pas faire long feu.

Les deux blonds m'adressent un sourire complice, ils se sont probablement parlé pendant mon absence. Je trouve ça quand même louche qu'ils s'apprécient soudainement.

- Au fait, Lorène, j'ai une question pour toi. Reprit Edward d'un air plus sérieux.

- Oui ?

- Quand nous étions à Dublith avec Al et qu'Envy a tué la chimère, s'est-il passé quelque chose que tu as oublié de nous dire ?

Elle lève les yeux au plafond, une main sous son menton, pensive. Après quelques minutes de réflexion, elle hausse les épaules en répondant par la négative.

- Je n'ai eu le temps de rien faire, Mustang est arrivé avec son équipe. Pourquoi ?

- Parce que la puissance de ton alchimie est devenue dangereuse depuis lors, je me disais que tu connaitrais la raison.

Elle baisse les yeux au sol, nous devons aussi éviter qu'elle n'ait à se servir de l'alchimie, on ne sait jamais et surtout tant qu'on ne connait pas l'origine de cette puissance. Alors qu'Edward allait enchainer sur autre chose, une voix à l'extérieur nous interrompt.

- J'ai pas envie de me faire taper par l'armure alors juste une question, Lorène est prête ?

Je n'avais jamais eu autant l'envie de frapper quelqu'un et pourtant, je suis le plus pacifiste des trois. Lorène s'avance pour ouvrir la porte, elle se tourne vers nous et nous adresse un bref signe, nous indiquant de ne pas rester trop loin.

- Ca va être tendu d'utiliser l'alchimie en présence d'une pierre philosophale…soupira Edward alors que nous attendons un moment pour sortir discrètement.

- J'espère qu'il n'arrivera rien…

- Arrête de t'inquiéter pour tout frangin, je vois pas ce qui pourrait mal se passer. Allez, on décampe !

Grand-frère passe devant, je suis chargé de refermer la porte derrière nous mais au moment où je veux le faire, le chat grimpe sur moi, me suppliant pour nous accompagner. Discrètement, je le glisse à l'intérieur de mon armure. C'est sûrement dangereux mais si je peux le garder un peu plus longtemps…

- Comment va-t-on faire pour savoir où elle est allée ? Demandai-je en rejoignant Edward sur la chaussée.

Il m'indique le sol du doigt.

- Tu te rappelles la broche qu'elle a volée ? On l'a brisée tout à l'heure. Lorène disait qu'il suffirait qu'elle lâche quelques morceaux sur son chemin, à la manière d'un conte de son monde. Elle va nous guider sans qu'on ait à les espionner.

Je vois, c'est donc ça les petites particules argentées par terre. C'est ingénieux, j'ai du mal à croire que ce soit son idée. Nous suivons donc les petites traces au sol, veillant à ne pas les rattraper mais rien qu'à imaginer ce que ce type doit être en train de lui raconter, ça m'énerve.

- Tu sais, Al, j'ai pas insisté tout à l'heure en ce qui concerne son alchimie mais je crois que je vais vite avoir la réponse.

- Tu crois qu'elle t'a menti ?

- J'en sais rien mais je pense que tout ça à un rapport avec la pierre philosophale. Elle nous a dit avoir été en contact avec lorsqu'Envy l'a forcée à l'utiliser. Pourtant, elle ne nous a jamais dit ce que cette pierre était devenue, on sait juste que le colonel est intervenu et que l'homonculus s'est barré mais est-ce que quelqu'un sait qui a repris la pierre ?

J'écoute attentivement Edward, je me rends alors compte qu'il a vraiment une piste mais si c'était le cas, ça voudrait dire que Lorène a potentiellement la pierre philosophale sur elle et qu'elle ne nous a rien dit ?

- Je ne suis pas en train de dire que Lorène nous mène en bateau mais une chose est sûre, c'est pas par magie qu'elle est aussi puissante maintenant.

- Et c'est pour ça que t'es sympa avec elle maintenant ?

Son absence de réponse me trouble vaguement, tout tombe sous le sens. J'aurai quand même du mal à croire qu'elle possède la pierre…mais elle a légèrement changé ces temps-ci, comme si elle nous cachait quelque chose. Et si c'était ça ?

Nous continuons notre chemin dans un calme religieux, nous approchons grandement de notre destination. C'est une grande maison, reculée par rapport à la ville, derrière un énorme chantier de construction où ne nous étions pas aventurés la veille. Il y a des gardes à l'entrée, nous faisons donc le tour et arrivons dans un jardin aux portes fermées mais sans surveillance. Une énorme grille gêne notre passage. Sans un mot, je propulse Ed de l'autre côté puis il transmute la grille pour l'ouvrir. Ne me demandez pas pourquoi on ne l'a pas transmutée avant de passer tous les deux, parfois, il vaut mieux ne pas se poser de question.

Nous brisons ensuite l'une des fenêtres de l'entrée, pour Edward c'est un jeu d'enfant pour rentrer. Pour moi, c'est légèrement plus compliqué. Au final, nous nous retrouvons dans une réserve, à quelques pas de la cuisine de la maison.

- Maintenant, silence jusqu'à la salle.

- Miaou.

…Eh mince. Edward me foudroie du regard, je crois que je suis grillé, pourquoi a-t-il fallu que mon chat miaule maintenant ? Je sens que je vais me faire tuer après tout ça. Nous nous rapprochons de l'autre pièce, elle est bondée de serveurs. Cela nous donne une idée, Edward transmute ses vêtements en smoking et change de chaussures. Il détache ensuite sa natte pour se coiffer en queue de cheval, lui donnant un air plus adulte.

- Al, toi et ton putain de chat vous restez ici. Si j'avais tu entends quelque chose, tu fonces.

Je hoche la tête tandis qu'il entre discrètement dans la cuisine et s'approprie un plateau de viennoiserie – dont il en avale une par gourmandise avant de suivre les autres hommes à l'intérieur de l'immense réception. Je ressens quelque chose d'étrange, comme si il y avait une puissance inouïe pas très loin de moi. Ce serait une vraie pierre philosophale ? Qui contient donc de vraies vies humaines ? J'obéis à l'ordre d'Edward et j'attends, j'en profite pour ressortir mon petit chat pour qu'il puisse respirer librement.

- C'est malin, maintenant je vais me faire engueuler à cause de toi…

Visiblement vexé, le chat saute de mes bras pour rentrer dans la cuisine. Pris de panique, je le suis, attirant l'attention de tous les serveurs.

- Qu'est-ce que c'est ?! S'exclama l'un d'eux.

- Une armure géante ! Elle vient nous dérober le joyau !

- Mais non ! Je ne suis rien de ça ! Je viens juste récupérer mon chat !

Je vois celui-ci s'infiltrer dans la grande salle. L'un des serveurs accourt à l'intérieur tandis que deux autres lèvent leurs armes dans ma direction. Si seulement ils savaient que c'est plus dangereux pour eux que moi de tirer…

Soudain, le bruit d'une vitre brisée s'élève de l'autre côté de la grande porte, suivit de cris stridents. J'accours en direction du bruit tandis que les hommes se mettent à tirer sur moi avant de s'effondrer au sol par le ricochet des balles sur mon métal. Je pousse la porte et pénètre enfin dans la grande salle. Personne ne s'aperçoit de mon entrée bruyante. Pour cause : la vitre qui protégeait la pierre a été cassée et celle-ci subtilisée. Tous fixent un jeune garçon au beau milieu de la pièce, brandissant le joyau.

- Alors, c'était si dur que ça de l'obtenir ? S'écria-t-il en balayant du regard tous les spectateurs. Bande d'idiots dégénérer, vous croyiez vraiment que les gens ne venaient qu'ici pour admirer la pierre philosophale ?

- Espèce d'enfoiré, lâche-la ! Pesta Edward hésitant à s'avancer.

- Je suis d'ailleurs très heureux de constater la présence du Fullmétal parmi nous. Un véritable génie dans sa catégorie mais qui n'a jamais eu le privilège de posséder une telle puissance.

Pendant qu'Alexandre se vante encore et encore, ma boule de poil avance dans la salle et s'approche de lui, visiblement intrigué par ce qu'il se passe. Ce type ne remarque sa présence que lorsqu'il miaule à ses pieds.

- Oh tiens, un animal. Dit-il en l'attrapant par la peau du cou, tu es plutôt mignon mon petit pèpère.

Il n'a pas le droit de toucher à mon chat comme ça…je ne peux pas bouger, j'ai bien trop peur de ce qu'il pourrait faire avec sa pierre.

- Je vais en profiter pour vous montrez ce que vous avez raté.

Il lève le chat au dessus de sa tête et approche la pierre philosophale de sa gueule. Un lueur rougeâtre scintille autour d'elle et un grand cercle de transmutation se trace à ses pieds. Les invités se mettent à paniquer et courent en direction de la sortie. Seuls Ed, Lorène et moi restons à l'observer.

- Arrête ça tout de suite ! Cria Edward en s'élançant vers lui.

- Ed non ! M'exclamai-je mortifié.

Alexandre semble ne pas l'écouter et se prépare à transmuter mon chat. Il arbore un sourire satisfait lorsque l'éclat se fait plus fort.

Soudain, la transmutation s'arrête, la lumière éclatante des lustres remplacent la rougeur ambiante, le cercle disparait, un bruit sourd s'élève. Alexandre lâche le chat qui s'enfuit vers moi, son visage est creusé d'une cicatrice au beau milieu du front. Il s'effondre sur le sol, les yeux grands ouverts, le sang coulant de son visage jusqu'à former une petite flaque sous son corps. Il est mort d'une balle dans la tête. Edward et moi nous tournons, choqués, vers l'auteur de cet acte. Lorène tient toujours son arme pointée en direction du corps, la main tremblante sur la gâchette.

- Qu'est-ce qui s'est passé ?! M'écriai-je.

Elle ne me répond pas, Edward marche vers elle et lui agrippe le poignet, récupérant l'arme à feu.

- On décampe, maintenant.

Lorène s'extirpe de son entrave et se dirige vers le corps du mort. Elle s'agenouille au niveau de la marre de sang et récupère la pierre. D'un coup de talon sec, elle brise le joyau, finissant en poussière avalée par le liquide rouge.

- Maintenant on peut.

Nous courrons en direction de notre entrée, celle du jardin. Lorène a retiré ses talons pour courir, tirée par Edward pour ne pas perdre de temps. Nous traversons le jardin ainsi que l'énorme chantier. Au loin, nous apercevons les militaires pénétrant sur le lieu du crime, nous devons rapidement déguerpir d'ici. Une fois hors de vue des habitants encore levés, nous ralentissons le pas pour permettre aux deux blonds de reprendre leur souffle. Mon chat a élu domicile dans les bras de Lorène, sentant probablement qu'elle venait de lui sauver la vie.

- Il ne s'est rien passé. Déclara Edward en enfonçant les mains dans les poches de son pantalon.

- J'assume entièrement ce que je viens de faire, enchaina-t-elle d'une voix calme.

- Il y avait sûrement une autre façon de s'y prendre que de le tuer.

- Tu crois qu'il valait mieux le laisser se servir de la pierre philosophale d'entrée plutôt que de l'arrêter ? Voyons Ed, tu sais très bien que parfois, on n'a pas le choix. Tu as dit que tu ne tuerais personne dans cette histoire mais je n'ai pas dit que je ne le ferai pas.

- Parce que je pensais que tu aurais la décence d'agir en être humain.

Visiblement échauffé par ses propos, Edward prend ses distances nous laisse derrière. Après ce que j'ai vu ce soir, je ne sais plus quoi penser, en qui croire. Je lance un simple regard inquiet à Lorène, elle caresse frénétiquement la tête de mon chat. Moi qui croyais qu'elle ne les aimait pas du tout.

- Al…il n'est pas mort.

- Hein ?

- Ce type, c'était Envy.

- Mais, comment tu le sais ? Pourquoi tu ne le dis pas à Edward ?

Elle hausse les épaules, affichant un petit sourire.

- C'est ma façon de lui faire payer d'avoir été gentil avec moi. Et puis, je n'allais tout de même pas faire mourir un petit chaton juste pour faire plaisir à ce type. C'est le tien après tout.

Ses paroles me font chaud au cœur, je ne m'attendais pas à ce retournement de situation. Décidément, j'ai encore beaucoup de choses à apprendre d'elle.

- Au fait Al, par rapport à ces derniers jours, j'aimerai juste que tu comprennes que t'as pas besoin de te prendre la tête avec tout ça. Franchement, tu t'en rends pas compte mais tu me mènes vraiment la vie dure.

- Comment ça ?

- Concentre-toi sur ton objectif principal et retrouve ton corps. Ecoute, je ne te dirai pas que je t'aime mais si tu veux vraiment savoir, la part de moi qui vit dans ce monde t'appartient entièrement. A toi de décider ce que tu veux en faire.

Elle continue de marcher alors que je m'arrête, fixant sa silhouette défiler en même temps que le soleil du crépuscule. Je ne saurai pas dire exactement ce que je ressens à ce moment-là mais une chose est sûre, j'ai rarement été aussi heureux.