Kimmy Lyn : Ton enthousiasme fait chaud au coeur, je te remercie. Tosh a respecté sa promesse, mais elle a donné à Ianto matière à réfléchir. Reste à savoir quelle décision il va prendre...
Chapitre 37
Le leader la fixa, sondant son esprit. Elle prit son visage entre ses mains et vrilla son regard dans le sien.
– Je pense que tu as trouvé ce que tu cherchais, fit-elle doucement, se doutant bien que l'immortel avait vérifié ses dires.
– Je te demande pardon, dit-il en s'écartant, mais je ne veux pas…
– Je le sais bien. Cependant, tu dois savoir qu'il est au courant pour le filtre de perception.
– Tu le lui as dit ?
– Oui, il semblait vivre dans l'angoisse de voir l'Unit débarquer à n'importe quel moment, il fallait bien que je le rassure au moins sur ce point. Je ne lui ai rien dit de plus, je peux te le certifier.
– Je sais, souffla l'immortel en s'asseyant, posant ses mains sur son ventre.
– Tu me sembles fatigué, fit la jeune femme en s'accroupissant devant lui, veux-tu que je demande à Owen de venir ?
– Non, ça devrait aller. As-tu l'intention de retourner le voir ?
– Oui, il ne s'y est pas opposé.
– D'accord, alors tiens-moi au courant, tu veux bien ?
– Évidemment. Je retourne à mon boulot, si tu as besoin, appelle-moi, dit-elle en se levant pour quitter la pièce.
– Merci Tosh.
– Mais de rien.
Elle sortit, laissant l'immortel à ses pensées. Arrivée au bas des marches, elle fit signe au médecin et l'informa que leur leader ne semblait pas au mieux de sa forme. Il la remercia et se rendit à l'infirmerie pour prendre son matériel puis monta voir son Capitaine.
– Alors Jack, un coup de fatigue ! fit-il en s'approchant.
– Ce n'est rien, elle n'aurait pas dû te déranger pour si peu.
– Non, au contraire, elle a eu raison, une grossesse n'est jamais sans risque, d'autant plus la tienne. Je te rappelle que tu es le premier homme qui va donnait naissance au 21e siècle, répondit-il en prenant son stéthoscope.
Il lui fit remonter sa manche et prit sa tension qu'il trouva un peu basse, mais il ne dit rien. Depuis quelques semaines maintenant, l'immortel ne partait plus en intervention et il commençait à s'ennuyer fermement. Declan avait été blessé lors d'une sortie et Finley devait assurer, seul, certains déplacements, étant secondé par Owen lorsque c'était nécessaire.
– Ok, il te faut du repos, mais tout va bien.
– J'en ai assez de me reposer, je ne fais que ça ! lâcha-t-il bougon.
– Je sais bien, mais il n'y a rien d'autre à faire.
Il rangea son matériel puis se tourna vers son leader.
– As-tu l'intention d'aller le voir ? demanda-t-il.
– Non, je l'ai déjà dit à Tosh.
– Il attend peut-être que tu fasses le premier pas.
– Je n'en sais rien.
– Tu pourrais aller au Razzi et essayer d'écouter ce qu'il pense, ça pourrait vous aider, tu ne crois pas.
Jack releva la tête, se doutant bien que le médecin était au courant de l'escapade de sa compagne.
– Non, je veux lui laisser le choix, dit-il passant sous silence le fait qu'il s'était déjà rendu sur le lieu de travail du Gallois, mais sans se faire remarquer, chose délicate, il fallait bien se l'avouer. Un jour, il viendra me voir à la villa, j'en suis persuadé, il faut juste qu'il en trouve le courage et il n'en manque pas, je lui fais confiance.
– Bien, je te laisse et pense à te reposer.
Il se dirigea vers la porte et s'arrêta pour se tourner vers son leader.
– Voudrais-tu venir dîner avec nous ? fit-il. Je pense que ça te ferait du bien.
– Merci, mais je préfère rentrer.
– Tosh serait heureuse que tu viennes.
Après un long moment, le Capitaine accepta l'invitation et Owen descendit les marches pour aller voir sa compagne. Celle-ci fut ravie de savoir que son leader allait passer la soirée avec eux et elle se replongea dans ses recherches.
Le médecin demanda à Declan de le suivre afin de voir où en était sa guérison. Le militaire le rejoignit et s'assit, le regardant ouvrir sa session pour consulter son dossier.
– Alors ? fit-il ?
– Je n'ai plus mal, c'est un peu raide, mais avec de l'exercice, ça ira.
– Ok, fais-moi voir ça.
Il retira sa chemise et laissa son collègue palper autour de sa blessure, semblant satisfait de la cicatrisation.
– Ça me paraît bien. Tu vas pouvoir reprendre les interventions avec Finley.
– Merci, je commençais à me demander combien de temps ça allait durer, répondit Declan en se rhabillant.
– Je suppose que tu as déjà repris l'entraînement, fit Owen.
– Oui, mais modérément.
– Ok, alors tu peux aller lui dire que tout va bien.
– Merci, dit-il en quittant la baie médicale sous le regard pétillant du praticien.
Celui-ci nota les informations sur le dossier et referma sa session. Il jeta un coup d'œil à sa montre et constata qu'il était l'heure de partir. Il passa voir Tosh et la prévint qu'il montait chercher l'immortel.
En entrant dans la pièce, il vit que le Capitaine avait la tête posée sur ses bras repliés, semblant dormir sur sa table de travail. Il s'approcha et mit sa main sur son épaule.
– Jack, ce n'est pas une position pour dormir, fit-il.
– Je ne dormais pas, répondit-il en se relevant, je pensais à Ianto.
– Je comprends, mais ne te fais pas de souci, il va revenir. Pour le moment, il est l'heure de partir, prends ton manteau et suis-nous.
– J'arrive.
Owen le laissa et descendit rejoindre sa compagne. Quelques minutes plus tard, l'immortel était près d'eux et ils quittaient la base, laissant le Hub à la garde des deux militaires.
Ils sortirent du bâtiment et traversèrent la place en direction de la Bayside Brasserie, si chère au cœur du leader. Arrivé près de la table qui leur avait été réservée, il tira la chaise pour permettre à Tosh de s'installer puis il prit place à son tour. Pendant quelques instants, il laissa son regard balayer la baie, se souvenant des soirées qu'il avait partagées avec le Gallois.
Il sursauta quand il sentit une main se poser sur son bras et tourna la tête vers la jeune femme qui lui souriait.
– Excuse-moi, fit-il.
– Je te demandais si tu voulais prendre un apéritif.
– Non merci.
– Ok, alors regarde ce qui te ferait plaisir et s'il te plaît, essaye un peu de te détendre.
– Désolé, souffla-t-il en baissant les yeux.
– Tu n'as pas à l'être, je comprends très bien ce que tu peux ressentir, mais je voudrais que tu passes une bonne soirée. Ça fait des semaines que tu restes cloîtré au Hub ou chez toi, ce n'est pas bon. Il faut que tu te changes les idées. Lorsque nous aurons terminé, nous irons faire une balade, ça te fera le plus grand bien.
– Te voilà promue au grade de médecin, fit-il en souriant.
– Idiot, répondit-elle en lui donnant une bourrade dans l'épaule sous le regard amusé de Owen.
Le serveur s'approcha et prit leur commande puis il les laissa discuter. Peu à peu, le Capitaine se détendit et participa de bon cœur, leur racontant quelques anecdotes concernant ses voyages avec le Docteur. D'ailleurs, il était étonné que celui-ci ne soit pas revenu comme il l'avait promis !
Les plats servis étaient délicieux, mais l'immortel leur trouvait un arrière-goût de cendres, dû à son mal-être sous-jacent. Quand ils eurent fini, il insista pour régler la note et les rejoignit sur la baie. La Japonaise passa son bras sous le sien et en fit autant avec Owen puis elle les entraîna vers le centre-ville.
Ses sens en éveil, le leader avait un mauvais pressentiment. La rue était trop calme, ce n'était pas normal, même cette heure de la nuit. Il s'arrêta et posa un doigt sur sa bouche quand Tosh voulut parler. Il fit signe au médecin de la protéger et sortit son arme.
Une balle fusa pour aller se ficher dans le mur qui était derrière lui. Il se baissa et tira droit devant, ayant vu l'éclat d'un canon de fusil. Qui pouvait bien s'en prendre à lui ? Car à n'en pas douter, c'était bien lui qui était visé !
Il fut touché au second tir et entendit la Japonaise crier, puis il y eut un bruit de course. Il se releva et fut brusquement percuté par un homme qui l'entraîna avec lui dans sa chute quand le troisième coup de feu retentit.
À moitié groggy, il repoussa doucement le corps qui le couvrait et entendit un gémissement. Il devait rêver, cette odeur délicate, c'était celle du Gallois, il ne pouvait pas se tromper !
Il tourna la tête et vit Tosh et Owen, à l'abri derrière des containers. Des voitures de police arrivaient, toutes sirènes hurlantes et s'arrêtèrent près d'eux. Un homme en descendit et s'approcha.
– Vous allez bien ? demanda l'officier en se baissant.
– Oui, il n'y a pas de mal, mais je crois que le tireur est parti par-là, fit Jack en montrant la ruelle.
– Et votre ami ?
– Il s'est évanouit, rien de grave, mentit-il. Notre médecin va s'en occuper, finit-il en faisant signe à son collège.
Le praticien se releva et s'approcha de son leader, Tosh eut les larmes aux yeux en reconnaissant le Gallois.
– Très bien, alors nous allons voir si nous trouvons quelque chose, mais je ne vous cache pas qu'il doit être loin. Auriez-vous une idée de qui pourrait vous en vouloir ?
– Non, pas du tout, répondit le Capitaine très simplement.
– Si vous n'avez plus besoin de moi, je vais aller aider mon collègue, fit le policier en se redressant. Il faudrait que vous passiez au poste demain.
– Si vous voulez, mais il n'y a pas eu de mal.
– Je dois quand même faire mon rapport et votre ami a été blessé.
– Très bien, je passerai dans ce cas.
– Madame, Messieurs, fit le policier en touchant sa casquette.
Jack attendit qu'il se soit éloigné pour retourner le jeune homme et le prendre contre lui. Il regarda son visage que la mort rendait si paisible puis il se leva et le prit dans ses bras. Ils retournèrent au Hub et descendirent par l'ascenseur invisible. Quand ils arrivèrent au sol, Declan et son ami s'approchèrent et furent surpris de voir le Gallois.
– Mais que s'est-il passé ? demanda Finley.
– Nous avons été attaqués dans la rue et Ianto a pris la balle qui m'était destinée.
Tout en parlant, il se dirigea vers la baie médicale et déposa son précieux fardeau sur la table. Il passa sa main sur le visage du jeune homme puis entreprit de défaire sa cravate pendant que Owen déboutonnait sa chemise.
– Redresse-le, fit ce dernier, on va lui enlever sa veste.
Le leader prit le Gallois par les épaules et le tira à lui pour l'appuyer contre son torse puis aida son collègue à le déshabiller. Il laissa traîner ses lèvres dans les cheveux soyeux, se gorgeant de cette odeur qui lui avait tant manqué. Il retenait les larmes qui montaient à ses yeux, les fermant de temps en temps pour empêcher les gouttes de tomber.
Quand le jeune homme fut allongé, Owen l'examina rapidement et vit que la blessure était refermée. Il laissa l'immortel près de son amant et rejoignit Tosh qui attendait des nouvelles.
Par le biais de la CCTV, elle regardait ce qu'il se passait et vit Jack prendre une chaise et s'asseoir près du lit, caressant doucement le visage du défunt. Elle voyait ses lèvres remuer en une prière silencieuse et soupira.
– Ça va aller, ne t'en fais pas, fit son compagnon en croisant son regard triste.
À ce moment-là, le Gallois reprit une grande inspiration douloureuse et se tendit sur le matelas. Le leader se leva et se pencha sur lui, passant ses doigts sur son visage.
– Ian, tout va bien, fit-il.
Les yeux du jeune homme papillonnèrent quelques instants avant de se fixer dans les pupilles qui le regardaient.
– Ian, pourquoi as-tu fait ça, souffla l'immortel.
– On ne tire pas sur un homme à terre, je…
Le Gallois baissa les yeux, presque honteux de sa réaction, puis il les releva aussitôt, comme surpris par ce qu'il venait de voir. Il se redressa et s'assit sur la table, vrillant son regard dans celui de son amant.
– Tosh s'est trompée, tu m'as déjà remplacé ! fit-il, surprenant le Capitaine.
– Que veux-tu dire ?
– Jack, tu sais pourtant que je suis assez observateur et que je te connais.
Comme s'il était gêné, le leader croisa les pans de son manteau, mais le jeune homme descendit de la table et ouvrit le vêtement puis passa sa main sur la bosse qu'il pouvait voir.
– Tu en es à combien ? demanda-t-il incrédule.
– Un peu plus de trois mois, répondit le leader.
– Oh ! Alors tu as rapidement trouvé quelqu'un pour te réconforter, fit Ianto avant de se détourner.
– Non Ian, ce n'est pas ce que tu crois…
– Tu vas me dire que tu n'es pas enceint !
– Si, souffla le Capitaine, mais…
– J'en ai assez entendu, fit le Gallois en s'écartant, tu n'avais pas à me faire revenir ici, je me serais très bien débrouillé, comme je le fais depuis plusieurs semaines.
L'immortel était secoué par ce qu'il venait d'entendre, son amant, l'amour de sa vie, pensait qu'il avait trouvé le repos dans d'autres bras que les siens. Il essaya de le rattraper, mais un voile noir passa devant ses yeux et il s'effondra sans un cri.
Au bruit de la chute, Owen arriva en courant, suivi par Tosh qui semblait très inquiète en voyant son leader allongé sur le sol.
– Venez m'aider ! lâcha le médecin aux militaires qui les avaient rejoints.
– Que s'est-il passé ? demanda la jeune femme en retenant le Gallois par le bras.
– Je m'en vais, je n'ai rien à faire ici !
– Tu vas le laisser comme ça !
– L'autre peut venir l'aider s'il le veut !
– L'autre ! fit-elle incrédule, mais de quoi veux-tu parler ?
– Jack n'est pas l'immaculée conception jusqu'à preuve du contraire ! fit-il agressif.
– Mais tu n'as rien compris ma parole ! répondit la Japonaise en l'entraînant avec elle. Maintenant, tu vas m'écouter et je te prierai de ne pas m'interrompre, fit-elle en le voyant ouvrir la bouche. Quand je suis venue te voir, je t'ai dit ce qu'il en était, je ne t'ai pas menti, il attendait ton retour. Depuis que tu es parti, Jack ne vit que dans l'espoir que tu reviennes auprès de lui pour élever votre enfant ! Oui, tu m'as bien comprise, fit-elle en voyant son air étonné, il est enceint de toi !
– Il me l'aurait dit ! répondit-il agressif.
– Il ne voulait pas que tu le saches, il nous a même menacés pour le cas où nous lui désobéirions ! Il refusait que tu reviennes auprès de lui à cause du bébé ! Il voulait que tu puisses arriver à faire abstraction de tout ce que tu avais subi, bien qu'il aurait souhaité que tu lui demandes de l'aide. Nous l'avons soutenu comme nous avons pu, mais le seul qui aurait pu le soulager vraiment, c'était toi.
Le Gallois sentait une boule grossir dans sa gorge, il ne pouvait plus articuler un mot. Il cacha son visage dans ses mains et se mit à pleurer.
– Ianto, fit Tosh plus radoucie, va le voir, il a vraiment besoin de toi.
Elle le poussa gentiment vers le canapé où ses collègues venaient d'allonger le leader et leur demanda de les laisser seuls.
Declan alla faire du café et revint quelques instants plus tard avec son plateau puis il rejoignit les autres membres à la baie médicale.
– Jack a repris connaissance, fit-il au médecin.
– Ok, on va rester ici, le temps qu'ils puissent discuter un peu.
Dans la zone informatique, Ianto venait d'aider le leader à s'asseoir.
– Je suis désolé, fit le Gallois, je pensais…
– Non Ian, je ne t'ai jamais remplacé, tu es le seul que je veux près de moi.
– Tu aurais dû venir m'en parler.
– Non !
– Je suis pourtant concerné, tu ne crois pas ? dit-il en le fixant.
– Si, mais je ne voulais pas que tu le prennes comme une obligation.
– Tu te moques de moi, n'est-ce pas ! Quel plus beau cadeau pourrais-tu m'offrir ? Tu te rends compte, un enfant de toi, mais je ne souhaite rien de plus. Je te demande pardon pour mon absence. Je t'aime Cariad et je veux que nous lui donnions une véritable famille. Pourras-tu m'accorder ce bonheur ?
Jack hocha la tête, ne retenant plus les larmes qui inondaient maintenant son visage. Ianto le prit dans ses bras et le serra contre lui, puis il s'écarta légèrement et chercha sa bouche. Au début délicat, le baiser devint bien vite passionné, comme si le besoin de combler l'absence se faisait impérieux. Quand ils se séparèrent pour reprendre leur souffle, le Gallois lui sourit et tourna la tête en entendant des pas derrière lui.
– Je vois que vous avez pu vous expliquer, fit la Japonaise.
– Oui Tosh, merci, dit le leader.
– Jack, comment te sens-tu ? demanda le médecin.
– Ça ira, que s'est-il passé ?
– Je pense que tu as eu un accès de faiblesse, mais rien de grave. Maintenant que Ianto est revenu, il va pouvoir veiller sur toi !
– Évidemment, répondit ce dernier, faisant sourire ses collègues.
– Bien, repose-toi et je reviendrai te voir un peu plus tard, si tu le souhaites, tu peux aller dans ta chambre, tu y seras mieux installé qu'ici pour passer la nuit. Il faut que tu arrives à dormir un peu, tu me sembles trop stressé en ce moment.
– Ça va aller, ne t'en fais pas, mais c'est vrai que je serai mieux en bas.
– Ok, alors je vais t'aider, fit Ianto.
– Je peux me déplacer tout seul, répondit Jack un peu bougon, je ne suis pas encore impotent.
– Je n'ai jamais dit ça, se défendit le jeune homme, mais si tu veux te débrouiller, eh bien, vas-y !
À suivre…
