J'ai passé le concours d'inspecteur du travail ^^ Et c'était super - mais alors super chaud. Pour vous donner une idée, le sujet de culture G, c'était "République et particularismes". Vous avez 5 heures :D
Sinon, je ne pense pas reprendre l'alternance passé-présent car j'ai vraiment galéré avec le chapitre précédent. Je suis plutôt contente du résultat, mais c'est trop de boulot pour poster souvent...
Un petit détail aussi, je sais pas si ça été bien compris : les candidats de Master Chef sont des cuisiniers amateurs. Par exemple, Julia est chef d'entreprise, Charles, mannequin et Cathy, juge.
Dernier point : le passé de Drago, c'est pour relativement bientôt. Une partie en tout cas :P
Merci pour vos petits mots,
Fantaisiiie
Chapitre 39 :
J'ai encore la délicieuse sensation du corps de Malefoy contre le mien lorsque je pousse la porte battante pour retourner dans la salle du tournage. Les candidats et leurs proches ont fait place nette. Il ne reste plus que deux plans de travail, au centre de la pièce. Je m'avance un peu, Malefoy sur mes talons. Les chefs entourent Cathy, qui laisse sa tête reposer sur l'épaule de son mari. Ils semblent avoir quelques paroles réconfortantes. Lorsqu'ils nous aperçoivent, ils nous font signe d'approcher.
- Allons-y..., soupiré-je en poussant doucement Malefoy devant moi.
Pour la première fois depuis que j'ai eu à participer à cette émission, je me sens en danger. Habituellement, Malefoy assure et je me repose sur lui. J'obéis à ses ordres, je ravale ma fierté, j'ignore son ton sec et méprisant et tout se passe bien. Cette fois, je sais que je devrais faire plus que ça. Et c'est une responsabilité terriblement effrayante.
Arrivés près des chefs, Kandborg me donne une tape amicale dans le dos et je m'efforce de masquer ma surprise face à tant de familiarité.
- J'espère que vous l'avez regonflé à bloc parce qu'aujourd'hui... ce n'est pas le Thomas que nous connaissons !
Je jette un coup d'œil à Malefoy mais il se contente de hausser les épaules.
- Vous avez une mine affreuse, commente Ofwordan.
Comme s'ils l'avaient entendus, deux moldus encerclent Malefoy. Le premier passe un peigne dans ses fins cheveux blonds. Le second tente de masquer ses traits tirés à l'aide d'un pinceau couvert de poudre blanche. Malefoy éternue et j'ai le droit à un regard mauvais lorsque j'étouffe un rire. Il se dégage avec humeur.
- Il faut dormir la nuit, grommelle Ormon dans sa barbe et Malefoy serre les dents, comme s'il retenait une réplique cinglante.
Je suis presque soulagé d'entendre un membre de l'équipe du tournage annoncer la reprise de l'antenne.
- Il reste une minute ! prévient-il d'une voix grave.
J'ai alors l'impression d'être perdu au milieu d'une ruche. Les chefs regagnent le centre de la pièce après un « bonne chance à vous » qui résonne sinistrement à mes oreilles. Les candidats et leurs proches se tassent dans le fond de la salle et leurs murmures fébriles emplissent la pièce. La présentatrice, les yeux fermés, attend docilement qu'une jeune moldue finisse de lui poudrer le nez. Puis elle replace une mèche de cheveux rebelle derrière son oreille et resserre la prise sur son micro.
- Viens, m'ordonne Malefoy.
Son ton n'est pas aussi autoritaire qu'il le voudrait. Cathy et ses trois proches sont déjà installés derrière le plan de travail de droite. Il prend donc place derrière celui de gauche.
- Où sont-ils ? souffle-t-il d'un air exaspéré et je comprends qu'il parle de Ron et Hermione.
Je me retourne et je les vois approcher, hésitants.
- J'espère que ça va aller, murmure Ron lorsqu'il arrive à mon niveau. Éplucher des légumes reste dans mes compétences, mais il ne faut pas plus...
Malefoy serre les dents et je ne réponds pas, de peur que l'un ou l'autre de mes amis ajoute quelque chose qui pourrait encore accroître son stress.
- Dix secondes, annonce un cameraman.
Je vois Malefoy fermer les yeux. La poudre n'a pas amélioré sa pâleur, bien au contraire, mais ses cernes sont plutôt bien dissimulées. Je remarque qu'il garde ses poings serrés, posés sur son plan de travail, pour empêcher ses mains de trembler. J'approche ma bouche de son oreille et j'articule, le plus silencieusement possible :
- Ça va aller... Je suis là.
Il baisse légèrement la tête, comme pour acquiescer, et rouvre les yeux. Il y a une seconde de silence total, puis la présentatrice approche son micro de sa bouche.
- Je suis ravie de vous retrouver pour ce test sous pression ! affirme-t-elle, comme si la situation était particulièrement joyeuse. Deux candidats et une seule place... Qui de Thomas ou Cathy saura se saisir de cette dernière chance ?
Je vois les caméras effectuer un gros plan sur chacun des candidats et je m'efforce de conserver une expression naturelle. Lors de l'épreuve précédente, je pouvais me fondre dans la masse. Désormais, je n'ai presque plus personne derrière qui me cacher... Je songe à Dudley puis, sans pouvoir m'en empêcher, à la tante Petunia et à l'oncle Vernon. Quelle tête feraient-ils s'ils me voyaient là, parmi tous ces moldus ? Je secoue la tête, comme pour effacer leur image de mon esprit.
- Nous vous avions imposé de cuisiner un plat typiquement français, lance Ofwordan. Cathy vous êtes tombée sur le navarin d'agneau, ce qui ne vous a pas inspirée. Et Thomas, vous aviez pioché la blanquette de veau, une recette que vous maîtrisiez mal...
Il marque une courte pause et je le maudis d'en rajouter.
- Pour vous départager, nous allons vous proposer une épreuve courte. Quarante-cinq minutes seulement ! Et, durant ce laps de temps, nous allons vous demander de nous préparer... un petit déjeuner ! A partir de produits français, bien évidemment.
Le chef Ormon prend le relais :
- Pendant ces trois-quarts d'heure, vous pourrez être aidé d'un seul de vos proches. Cathy, qui choisissez-vous ?
Je me tourne vers la juge, mais mes pensées sont déjà accaparées par Malefoy. Je l'ai senti se tendre un peu plus lors de l'annonce du chef.
- Mon mari, annonce la candidate d'une voix ferme, dépourvue d'hésitation.
Ormon acquiesce.
- Très bien. Phil, vous pouvez rester.
Les deux enfants de Cathy l'embrassent avant de rejoindre les candidats qualifiés et leurs proches.
- Et vous, Thomas ?
Je retiens mon souffle lorsque Malefoy se tourne vers moi.
- Ça te va ?
- Oui.
Je suis content d'entendre que ma voix est ferme alors que la dernière chose dont j'ai envie, c'est de perdre la présence rassurante de mes amis.
- Harry, vous êtes l'heureux élu ! annonce le chef et je vois Malefoy serrer les lèvres, comme si cette façon de formuler les choses ne lui convenait pas – mais alors pas du tout.
Ron me presse l'épaule d'un geste réconfortant. Il a déjà fait fait quelques pas lorsque Hermione murmure :
- Bonne chance... à tous les deux.
Je ne saurais dire qui de Malefoy ou de moi est le plus surpris. Je la remercie et je vois Malefoy lui adresser un bref signe de tête. Elle s'empresse de rejoindre Ron et je constate que, désormais, nous ne sommes plus que quatre face aux caméras. Il n'est plus question de se cacher.
La présentatrice déclenche le chronomètre sur l'énorme horloge qui surplombe l'atelier et Cathy et son mari filent vers l'épicerie. Malefoy les imite, avec un temps de retard.
- Tu as une idée de ce que tu vas faire ? lui soufflé-je, une fois arrivé dans la pièce annexe.
Il secoue la tête et balaie l'épicerie des yeux. Je suis son regard. Les produits sont partout, empilés sur les étagères qui couvrent les murs ou sur des étals, au centre de la pièce. Il y a de quoi donner le tournis...
- Alors ? le pressé-je.
- Tais-toi, siffle-t-il pour toute réponse.
Il prend appui sur une étagère et se pince l'arrête du nez en expirant longuement. Je patiente quelques secondes encore, mais rien de vient.
- Mal...
Son regard noir me stoppe immédiatement. Je me reprends :
- Dis moi quoi prendre et...
- Je n'en sais rien, me coupe-t-il froidement.
Je n'ai pas envie de comprendre et je secoue doucement la tête :
- Calme-toi et réfléchis. Tu dois bien...
Mais son regard me fait taire à nouveau. Il se détourne et je dois tendre l'oreille pour capter ses paroles.
- Il n'y a rien à faire. C'est le blanc total.
Il fait basculer sa tête contre l'étagère et croise ses bras sur sa poitrine, comme pour se protéger. Je recule d'un pas et je vois tout de suite qu'il se méprend sur mon geste.
- Les belles paroles sont loin, maintenant, hein, Potter ? Il ne reste plus que l'envie de partir en courant ?
- Pas du tout, répliqué-je. Je réfléchis figure-toi.
Il tourne à demi le visage vers moi et je soutiens son regard pour lui prouver que je suis sérieux.
- J'ai beau essayer, je n'y arrive pas, avoue-t-il enfin, d'une voix si faible que je dois tendre l'oreille pour le comprendre. Rien ne vient comme si mon cerveau était vide...
Il marque une pause de quelques secondes et il ajoute :
- Tu dois jubiler, hein ? De voir que ces quatre jours m'ont beaucoup plus affecté que toi...
Il a parlé sur le même ton et je me demande un instant si j'ai bien entendu. Peut-être ai-je simplement imaginé ces paroles ? Mais ses dents serrées et son regard fuyant achèvent de me convaincre que je n'ai pas rêvé. « Il faut dormir la nuit » avait dit le chef Ormon. Je détaille le visage fatigué de Malefoy, ses traits tirés. Puis je me remémore ses gestes tremblants, mal assurés. Est-ce moi qui ai mis Malefoy dans cet état ? Brusquement, j'éprouve le besoin de me justifier :
- Ce n'était pas à moi de faire le premier pas. Pas après... ça.
Un goût amer se répand dans ma bouche. Pervers, hein ? Il s'apprête à répliquer, mais je le coupe.
- Plus tard. Tu n'as pas de temps à perdre.
Je regarde autour de moi, comme si j'espérais qu'un ingrédient se mette à clignoter, me donnant une idée de génie. Bien sûr, tout reste parfaitement immobile. Les paquets et bocaux sur les hautes étagères, les fruits et les légumes sur leurs étals... Il y a tant de choix et de couleurs que j'en suis perdu.
Je respire profondément pour éloigner la panique qui me guette. Malefoy n'a pas besoin que je sois dans le même état que lui, bien au contraire. Mais mes efforts pour rester calme sont sérieusement entamés par Cathy et son mari, qui quittent l'épicerie en courant, leur panier en osier rempli à ras-bord. Je vois Malefoy les suivre des yeux puis déglutir avec difficulté. Tout comme moi, il sait que chaque seconde qui passe est définitivement perdue et l'éloigne de la qualification. Un soupir rageur lui échappe, puis il frappe violemment le plat de sa main contre les étagères de bois qui s'étendent derrière lui, faisant trembler quelques bocaux de verre. Il s'apprête à recommencer et je retiens sa main juste à temps, presque instinctivement.
Sa paume est douce, fraîche. Je la serre entre mes doigts de toutes mes forces, comme pour lui transmettre un peu d'énergie. Et lorsqu'il serre mes doigts en retour, je sens un long frisson me traverser. Je ne lâche pas ses yeux gris et une autre scène me revient en mémoire. Je suis dans la chambre d'hôtel de Malefoy, à Londres, attablé au bar qui sépare le coin cuisine du reste de la pièce. Je viens de saisir son poignet et je me demande ce qui m'arrive. Parce que ce que je ressens tout d'un coup n'a rien d'ordinaire.
Les battements de mon cœur s'accélèrent brutalement et je sens une vague de soulagement m'envahir. Ce jour là, quelques minutes après cet étrange contact, Malefoy m'a prouvé qu'il n'avait rien d'un prétentieux lorsqu'il prétendait savoir cuisiner. Et il m'avait servi... un petit-déjeuner.
- Le pain perdu, c'est bien français ? lui demandé-je subitement.
Il y a un instant de flottement. Puis il secoue la tête.
- A ce niveau, ça ne passera pas.
- Ça ne répond pas à ma question.
Mon ton est décidé et il finit par acquiescer.
- Oui, c'est français.
- Alors fonce.
Il secoue à nouveau la tête mais je place mes mains sur ses épaules et les presse avec fermeté.
- Tu n'as plus le temps et tu n'es pas en état d'improviser quoi que ce soit... Alors tu vas faire exactement la même chose que la dernière fois. Tu te souviens ?
Je soutiens son regard et il proteste faiblement :
- C'est trop simple, Potter. Ils ne vont pas... Il ne peuvent pas...
Je ne desserre pas ma prise et il ne parvient pas à finir sa phrase.
- Fais-moi confiance. Tu vas les épater.
Il serre les dents puis, très lentement, il acquiesce. Je lâche ses épaules et il soupire, rendant les armes :
- Trouve-moi de la vanille...
Lorsque je déniche enfin les longs bâtonnets noirs, Malefoy a déjà réuni le lait, le sucre roux, les œufs et les mangues. Il semble avoir repris le contrôle de lui-même. Son air décidé me rassure quelque peu. Il emballe grossièrement un large morceau de brioche dans du papier fin, presque transparent, et je m'inquiète :
- Ils ne vont pas te reprocher de ne pas la faire toi-même ?
Il hausse les épaules d'un air agacé.
- Tu sais faire lever la pâte en moins d'une heure, Potter ?
Je secoue doucement la tête et il siffle :
- Alors on suit ma méthode.
Il attrape une plaquette de beurre qu'il dépose dans son panier avant de compter chacun de ses ingrédients. Puis il se tourne vers moi :
- La dernière fois, je t'avais servi de la glace à la vanille avec. Là, ce n'est même pas la peine d'y penser, elle n'aura pas le temps de prendre.
- Ce n'est pas si grave, non ? tempéré-je.
Mais il secoue la tête.
- Je ne sais pas comment t'expliquer ça, mais sans glace, c'est trop... uniforme. Il faut trouver quelque chose pour garder le contraste chaud-froid.
Il se dirige vers un étal et choisit une petite dizaine de fruits de la passion, à la peau noire et fripée. Sans me regarder, il murmure :
- Il faudra s'en occuper en premier et la mettre au congélateur...
Cette phrase ne semblant avoir de sens que pour lui même, je ne demande pas de plus de précision. Je le suis lorsqu'il regagne son plan de travail, les sourcils froncés et l'air concentré. Je ne peux m'empêcher de jeter un regard inquiet du côté de Cathy, mais Malefoy me rappelle à l'ordre.
- C'est par ici que ça se passe.
Il pose devant moi les fruits de la passion. Puis, tout en commençant à éplucher les mangues, il m'explique :
- Tu les coupes en deux et tu les passes au tamis. Presse-les avec une spatule pour en extraire le jus. Quand c'est fini, tu me dis.
J'ouvre plusieurs placard avant de dénicher une petite passoire aux mailles très serrées que je décide de qualifier de « tamis ». Comme Malefoy ne soupire pas d'un air excédé, je suppose que je ne me suis pas trompé. Je trouve la spatule dans un des tiroirs du plan de travail. Puis je m'exécute. Couper les fruits en deux n'a rien de bien sorcier et j'ai presque l'impression de me retrouver en cours de potions. A la différence près que l'odeur est mille fois plus agréable que celle de la plupart des ingrédients que nous utilisions dans les cachots... Je place un bol dans l'évier, juste sous la passoire, dans laquelle je verse le contenu de quelques fruits. Doucement, je les presse contre les mailles avec la spatule. Il me faut quelques essais avant de trouver le coup de main, mais j'ai rapidement la satisfaction de voir la pulpe se détacher des grains noirs. Lorsque j'estime ne plus rien pouvoir récupérer, je passe aux fruits restants.
De temps en temps, je glisse un regard vers Malefoy. Il a fini d'éplucher ses mangues et les a taillées en morceaux parfaitement égaux. Ses gestes sont plus nerveux et plus brusques que d'habitude et il semble fonctionner en marche automatique. Je n'ose pas lui demander si ça va, de peur de casser la mécanique. Il pose une casserole sur le feu, un peu trop fort, et le bruit du métal qui cogne le fait sursauter. Il marque un temps d'arrêt avant d'y verser son lait puis, avec la pointe d'un couteau, il ouvre la gousse de vanille sur toute sa longueur et en racle le contenu à l'intérieur de la casserole. Le voir agir me fait du bien et je me concentre à nouveau sur mes fruits. Moins de cinq minutes plus tard, j'annonce à Malefoy que j'ai fini. Il se penche vers moi pour inspecter le contenu de mon bol et doit estimer que le résultat est satisfaisant car il acquiesce.
- Je prends le relais. Toi, tu t'occupes juste de remuer. Sans t'arrêter. Tu n'as rien d'autre à faire.
Nous échangeons de place et je récupère la cuiller en bois laissée par Malefoy. J'entreprends de mélanger les morceaux de mangues qui commencent très légèrement à caraméliser.
- Fais bien attention, me recommande Malefoy, la voix tendue. C'est traître avec le miel.
Je redouble d'attention. Remuer sans discontinuer n'est pas une occupation passionnante, mais je n'ai pas à m'en plaindre. L'opération menée par Malefoy m'a l'air bien plus délicate. Après avoir fait fondre son beurre dans une casserole, il y ajoute un peu de sucre et le jus des fruits de la passion. A l'aide d'un fouet, il bat énergiquement la préparation, y incorporant les œufs, petit à petit. L'odeur des fruits se fait plus forte de minutes en minutes et couvre bientôt celle de la vanille. J'inspire sans bouder mon plaisir.
- Et bien, et bien ! s'exclame Ofwordan. Je ne sais pas ce que ça va donner, mais le fumet est appétissant en tout cas !
Les chefs, que je n'avais pas vus approcher, se tiennent debout devant le plan de travail de Malefoy. Sans me laisser distraire, je remue les morceaux de mangue, les battements de mon cœur se faisant de plus en plus sourds. Kandborg reprend :
- Alors, qu'avons-nous là ?
La question me paraît arriver plutôt au mauvais moment, car Malefoy mélange toujours sa préparation à un rythme soutenu. Heureusement, Kandborg lui fait signe de se taire :
- Finissez déjà de monter votre crème, c'est une étape délicate.
Puis il s'empare d'une grande cuiller qu'il trempe dans la casserole de lait chaud. Il la porte à sa bouche et a un signe de tête appréciateur.
- Parfait. La vanille est bien infusée. Vous n'avez pas chauffé trop vite votre lait.
Malefoy continue de fouetter sa crème pendant quelques secondes avant de couper de feu. Il s'apprête à la verser dans un bol lorsque le chef Ormon tend la main pour saisir la casserole par le manche. A l'aide du fouet, il soulève la crème à plusieurs reprises, comme pour en vérifier la consistance.
- Elle se tient très bien, admet-il enfin.
Malefoy récupère la crème qu'il verse soigneusement dans un bol. A ma grande surprise, il me le tend :
- Tu peux le mettre au congélateur, s'il te plaît ?
L'usage de la formule de politesse me fait lever un sourcil moqueur, ce qui n'échappe pas à Malefoy. Il pince légèrement les lèvres et je ne peux empêcher mon sourire de s'élargir.
- Bien sûr, pas de problème.
Le congélateur est placé au fond de la salle et je fais l'aller retour au pas de course. Lorsque je reviens, je capte la fin de la phrase du chef Kandborg :
-... jouez sur notre corde sensible, nostalgique. Très bien, mais comme il n'y a pas de prise de risque, vous n'avez pas le droit à l'erreur.
- Je sais, approuve Malefoy et il me lance un regard perçant que je reçois cinq sur cinq : « ça ne va pas suffire ».
Alors que les chefs s'éloignent, il se tourne vers moi.
- Je vais encore avoir besoin de ton aide, Potter.
- Je t'écoute.
Que ce soit bien clair, je décline toute responsabilité en cas de massacre. Je place les verrines au congélateur en lançant un regard au sceptique au liquide rouge qu'elles contiennent. J'en profite pour vérifier la crème de passion. Je penche légèrement le bol et elle met un certain temps à suivre le mouvement, ce qui me paraît bon signe. Je referme la porte en retenant un soupir. J'espère que tu sais ce que tu fais, Malefoy...
De retour à ma place, je le regarde battre les œufs avec une fourchette, jusqu'à les faire blanchir.
- Au lieu de bâiller aux corneilles, Potter, verse-moi un peu de sucre.
La perche est trop belle. J'attrape le paquet de sucre roux en susurrant :
- Je n'ai plus le droit au « s'il te plaît » ?
Il se mord la lèvre inférieure pour s'empêcher de sourire et je note avec satisfaction que ce geste est de plus en plus fréquent chez lui.
- Doucement, me murmure-t-il et, avec maintes précautions, j'ajoute un peu de sucre roux tandis qu'il continue de battre ses œufs.
Il me stoppe d'un « parfait » et je lève mon poignet immédiatement.
- Maintenant, le lait.
J'attrape la casserole et je la penche très légèrement au-dessus du saladier. Le lait vanillé s'écoule lentement tandis que Malefoy continue de remuer. De la même manière, il m'arrête avec un « parfait ». Je repose la casserole.
- Trouve-moi une assiette carrée et blanche.
Il marque un temps d'arrêt avant d'ajouter :
- S'il te plaît.
Je lève les yeux, surpris, et son sourire m'étonne plus encore que ses mots. Malheureusement, il se détourne vite de moi. Il trempe une tranche de brioche dans le mélange et la dépose dans la poêle. Le grésillement qui s'en échappe me ramène à la réalité et j'ouvre les placards sous le plan de travail.
- Ça te va, ça ? grogné-je en tirant une assiette de la pile.
Malefoy ne regarde même pas.
- Carrée et blanche, Potter. Ça devrait être dans tes cordes tout de même...
Je ravale ma réplique et je prépare l'assiette sur le côté. Malefoy retourne la tranche de brioche dans la poêle. La face visible est parfaitement dorée et l'odeur qui s'en dégage m'ouvre l'appétit.
- Ça m'a l'air réussi.
Il acquiesce. Je tente une nouvelle fois :
- Tu es sûr de toi pour...
Mais il m'interrompt.
- Ils veulent un minimum de prise de risque. Ça passera.
Je vois bien que je l'agace. Il jette un coup d'œil inquiet à l'horloge. Il ne reste que cinq minutes avant la fin de l'épreuve.
- Je vais commencer à dresser. Regarde si tu arrives à décoller le dôme.
Avec maintes précautions, je soulève une louche dont Malefoy a recouvert la partie bombée de fins traits de caramel. Je m'attendais à plus de difficultés, mais la coque s'ôte presque toute seule. Je la dépose à côté de l'assiette. Les mains de Malefoy tremblent lorsqu'il dépose un à un les morceaux de mangue sur la tranche de brioche, au centre de l'assiette. Je reste un instant immobile à l'observer, mais je sens que mon regard le déstabilise alors je me détourne.
- Ramène-moi la crème et les verrines, demande-t-il bientôt.
Je m'exécute, revenant à petits pas pour ne rien renverser.
- Il reste une minute trente ! lance la présentatrice alors que je dépose le tout devant Malefoy.
- Je peux t'aider ? lui soufflé-je.
Il secoue doucement la tête, les yeux plissés sur son assiette. La brioche est entièrement recouverte de lamelles de mangues, d'un belle orangé brillant. Dans le coin gauche de l'assiette, il a placé son dôme de caramel. Il y verse sa crème et, à l'aide d'une cuiller, en lisse la surface. Enfin, dans chacun des coins restants, il pose une verrine.
- C'est parfait, lui assuré-je.
Mais il secoue la tête en attrapant un torchon blanc.
- Il a quelques gouttelettes de jus de mangue mais...
Sa main tremble tellement qu'il ne parvient à s'en approcher. A dix secondes de la fin, je lui prends le torchon des mains. Puis, je le presse contre la porcelaine blanche de l'assiette, absorbant les quelques minuscules taches qui le gênent.
- C'est fini ! annonce la présentatrice et je recule de deux pas.
Malefoy cloche son dessert et je le vois fermer brièvement les yeux. Je jette un œil du côté de Cathy, mais son petit déjeuner est également sous cloche. Je m'en veux de ne pas avoir regardé avant, mais j'ai l'impression de ne pas avoir eu une seconde de libre. C'était vraiment une épreuve marath...
- Merci.
Je me tourne vers Malefoy, mais il fixe un point, droit devant lui, comme si je n'étais pas à ses côtés. J'ouvre la bouche, mais les chefs se sont installés à la table qui leur est réservée et je préfère retenir mon souffle.
- Thomas... A vous ! appelle le chef Kandborg.
Malefoy s'avance vers les chefs, son assiette à la main. Lorsqu'il décloche, je ne peux m'empêcher de tendre le cou.
- C'est un beau dressage, lâche Ormon.
C'est le moins qu'on puisse dire... Ofwordan est le premier à se lancer. Il découpe un morceau de brioche et le porte à sa bouche. Il déguste quelques instants avant d'acquiescer, sans parler. Kandborg, lui, goûte d'abord la crème passion et il donne un petit coup de coude à son collègue en conseillant :
- Tu devrais essayer avec.
Ofwordan ne se fait pas prier, mais il ne laisse toujours pas échapper le moindre commentaire. Lorsqu'il tend la main vers la verrine, je retiens mon souffle. Il en avale une gorgée et j'attends le verdict.
- Poivron, passion... Original.
Je soupire de soulagement et j'intercepte le regard de Malefoy. Un regard qui signifie clairement : "je te l'avais bien dit".
Je ne saurais dire si la dégustation est réussie, tant les chefs sont avares en paroles. La seule chose qui me rassure, c'est qu'ils ne sont guère plus bavards en passant au plat de Cathy. Lorsqu'elle décloche son assiette, j'y découvre un mille-feuilles de crêpes.
- Entre chaque crêpe, explique-t-elle, le souffle court, il y a une couche de confiture pomme - canelle. J'ai tracé les arabesques au caramel beurre salé.
Effectivement, je distingue de longues lignes d'un brun doré qui parcourent l'ensemble de l'assiette jusqu'au sommet du mille-feuilles.
- Il y a de l'idée, approuve Kandborg.
Je regarde les chefs déguster en silence et je ne peux m'empêcher de remarquer qu'ils font autant honneur à son plat qu'à celui de Malefoy. Lorsqu'ils se lèvent pour délibérer, une caméra les suit de près et je me sens moins épié.
- Tu vas bien ? soufflé-je à Malefoy, de retour à mes côtés.
Il acquiesce lentement. La pression, qui le faisait tenir debout et qui guidait ses gestes, retombe peu à peu. Il prend appui sur le plan de travail en soupirant :
- J'ai juste envie que ça se finisse.
- Tu t'en es très bien sorti, affirmé-je. Tu as assuré. Jusqu'au bout.
Il secoue la tête.
- C'est toi qui as assuré.
J'aimerais répondre quelque chose, mais je n'arrive pas à réfléchir. Je me sens... flatté et j'ai une brusque envie de sourire. Envie que la présentatrice dissipe bien vite.
- Cathy et Thomas, venez me rejoindre.
Je suis Malefoy des yeux tandis qu'il s'éloigne de moi. La présentatrice glisse une main sur son épaule avant de faire de même pour Cathy.
- Je sais que ce moment est un moment difficile... Sachez que je suis de tout cœur avec vous !
Je ne peux m'empêcher de lever les yeux au ciel. Mais, déjà, les chefs reviennent et j'oublie mon agacement.
- Vous nous avez présenté deux petits-déjeuner radicalement différents, commence Kandbord en souriant. Thomas, vous êtes resté dans la tradition, avec une brioche façon pain perdu. Vous avez suivi le thème de l'épreuve jusqu'au bout en nous servant un jus très frais et très original. Vous avez ajouté un peu de technicité à votre préparation avec une crème passion extrêmement parfumée.
Il se tourne ensuite vers l'autre candidate.
- Cathy, vous avez été moins traditionnelle avec un mille-feuilles de crêpes, qui fait peut être un peu plus penser à un dessert qu'à un petit-déjeuner. Mais vous avez tout de même respecté le thème de l'épreuve.
Je vois le soulagement se peindre sur le visage de la juge.
- Votre caramel beurre salé était impressionnant, c'est à regretter qu'il n'y en ait pas plus, ajoute-t-il, sans se départir de son sourire.
Le chef Ormon prend le relai.
- Vous êtes deux excellents candidats, ce qui n'a rien d'étonnant à ce stade de l'émission. Thomas, vous avez souvent été largement en tête et de nombreuses fois coup de cœur. Cathy, vous n'avez pas autant brillé mais vous êtes plus régulière. Aujourd'hui, c'était votre premier test sous pression alors que Thomas commence à être un expert...
Je vois Malefoy serrer les poings tandis que le chef poursuit :
- Pour autant, nous n'avons pas eu mal à nous décider. Un dessert était plus léger, plus savoureux, plus... complexe.
Je ne peux retenir mon sourire. Je cherche le regard de Malefoy et je m'aperçois qu'il me regarde déjà. Je lui souris et il acquiesce. J'ai envie de hurler de joie avant même que le chef Kandborg ne donne le nom de l'heureux élu. Car je comprends que derrière ce simple mot, "complexe", se cache cette histoire de glace que Malefoy tenait absolument à remplacer. Et, comme pour confirmer mes pensées, le chef conclut :
- Thomas, c'est vous qui êtes qualifiés !
Je referme la porte de la chambre de Malefoy. A peine entré, il s'est effondré contre le mur. Je l'entends soupirer :
- Cette fois, j'ai bien cru que c'était la fin.
Il passe la main dans ses cheveux à plusieurs reprises, les ébouriffant. Je me force à détourner les yeux, mal à l'aise. Ce geste me plaît bien plus que ça ne le devrait... Malefoy se redresse et se dirige vers la porte coulissante qui mène à la salle de bain. Elle est recouverte d'un long miroir, dans lequel il s'observe quelques instants. Puis, d'une voix lasse, il lance :
- Je vais prendre une douche.
Il disparaît dans la salle de bain sans attendre de réponse et je reste seul dans la chambre, sans trop savoir quoi faire. J'ai la gorge sèche et je me sens épuisé. Rien que de repenser à cette soirée me fatigue. Il y a eu les applaudissements et les félicitations. J'ai imaginé sans peine Dudley parcourir son salon en hurlant et sautant, comme s'il avait gagné la coupe du monde de Qu... de football.
Les chefs ont serré la main de Thomas qui a rejoint le banc des qualifiés et je me suis empressé de le rejoindre. Hermione était enfouie dans les bras de Ron et elle en a émergé en articulant silencieusement :
- Vous l'avez fait ! Vous l'avez fait !
Derrière nous, les chefs et la présentatrice consolaient Cathy avec des phrases toutes faites, louant son parcours "remarquable" et lui assurant qu'elle pouvait être "très très fière d'elle". Enfin, l'équipe du tournage a rendu l'antenne et nous avons pu quitter la salle. Charles nous est tombés dessus alors qu'on attendait l'ascenseur.
- Thomas ! Tu viens fêter ça ?
Il s'est ensuite tourné vers Ron, Hermione et moi et nous a souri :
- Vous êtes invités, bien sûr !
Mais Malefoy a poliment décliné l'invitation. Face à l'air déçu du jeune mannequin français, il a ajouté :
- Je suis désolé, je suis vraiment trop fatigué.
Charles a haussé les épaules et son attention s'est redirigée vers moi :
- Je compte sur toi pour le décider à sortir un peu de sa tanière ! Il ne vient jamais à nos soirées...
L'arrivée de l'ascenseur a coupé court à la discussion. En entrant dans la cage, je me suis contenté d'un vague :
- Je ne te promets rien, mais j'essaierai...
Arrivés à notre étage, j'ai laissé mes amis regagner notre chambre. Ron s'est bien retourné pour voir ce que je faisais, mais Hermione l'a fermement tiré par le bras. Malefoy a sorti les clés de sa poche et a dû s'y reprendre à deux fois pour déverrouiller sa porte. Peut-être s'attendait-il à ce que je le laisse seul ? Peut-être avait-il juste envie d'avoir la paix ? Je jette un œil à ma montre et je me demande s'il ne s'est pas endormi sous la douche. Ça fait plus d'une demi-heure qu'il est enfermé là-dedans...
Lorsque Malefoy en ressort enfin, il est accompagné d'un nuage de buée impressionnant. Il pose ses affaires sur le dossier de la chaise, près de la table où j'ai pris appui. Il porte un pantalon de jogging et un T-shirt noirs, qui tranchent sur sa peau pâle. Ses cheveux sont mouillés et l'eau les rend plus sombre que d'habitude. Ils tombent en mèches désordonnées autour de son visage, lui donnant un air moins... pointu et que je suis loin de trouver désagréable. Sans un mot, il se glisse dans son lit. Puis, il tend la main pour éteindre la lumière, se soustrayant à ma vue.
Je me sens soudain idiot de l'avoir attendu tout ce temps. Je laisse échapper un soupir imperceptible et je me dirige à tâtons vers la porte. C'est alors que sa voix rompt le silence – et l'obscurité.
- Reste, Potter.
Je ne peux retenir un « pardon » stupéfait et il lâche :
- Ne me force pas à répéter.
J'hésite un instant, incrédule. Pourtant, son "reste, Potter" résonne encore à mes oreilles. Je sais ce qu'il lui en a coûté de me demander une telle chose... Parvenant à retrouver l'usage de mes membres, je rebrousse chemin jusqu'à lui et je m'assois sur le lit à côté du sien - ce lit qui aurait dû être le mien. Le silence s'épaissit et il le rompt à nouveau :
- Parle-moi.
Je suis ravi que la lumière soit éteinte, ce qui m'évite d'avoir à cacher que je n'en mène pas large.
- De quoi ?
- De n'importe quoi...
Je réfléchis un instant, le cœur battant. Puis je me lance.
- Demain, si tu as envie, on ira visiter Paris.
L'avion ne décolle que le soir et la production a octroyé une journée de libre aux candidats.
- J'aimerais bien voir la vue du haut de la Tour Eiffel. Et, pourquoi pas, l'Arc de Triomphe.
- Moi aussi, souffle-t-il doucement.
Mes yeux s'habituent peu à peu à l'obscurité et je distingue son bras sur la couverture. Doucement, je tends les doigts vers sa main et je la frôle. Je le sens serrer le poing, mais il reste immobile. Ma respiration s'accélère et je poursuis :
- Le midi, on ira déjeuner sur les bords de Seine. On se baladera un peu. Et si tu veux aller voir la mer, on ira dans un coin tranquille et on transplanera.
Je continue de caresser le dos de sa main et il ne se dérobe toujours pas. Au contraire, je sens même qu'il commence à se détendre. Je savoure l'instant, les yeux fermés. Puis il demande :
- Où ?
- En Bretagne... Il paraît que les plages sont magnifiques.
Mon ton reste calme alors que mon sang pulse dans mes veines, comme si je venais de finir une longue course. De délicieux picotements parcourent le bout de mes doigts et je m'enhardis à prendre sa main dans la mienne. Je serre doucement ses doigts entre les miens. Peu à peu, je sens son corps se relâcher et son souffle se ralentir. Je reste immobile, sans lâcher sa main, pendant un long moment, silencieux. Puis, lorsqu'il est tout à fait endormi, je le lâche doucement et je sors sans bruit de sa chambre. Demain, j'aimerais enfin goûter à un peu de calme. Avec toi, Malefoy...
