Gandalf et Tauriel revinrent aux cavernes à vive allure sans faire de pause. Eviter les orques leur fit faire de nombreux détours, qu'ils mirent à profit pour noter l'avancée de leurs ennemis. Ils arrivèrent vingt-quatre heures plus tard au palais du royaume des forêts.

Les cavaliers démontèrent une fois à l'abri et s'avancèrent sur le chemin principal, sous le regard implacable de Legolas. Rarement le prince portait-il les atours de son rang. Il avait troqué son habituelle tunique en cuir et sa cote de maille pour une tunique longue et un épais manteau bordeaux. La couronne, semblable à celle de son père, semblait étrange sur lui car il n'avait jamais apprécié la mettre. Seule incartade à la tradition : il avait posé le sceptre royal sur le trône où il refusait de s'asseoir. Alors qu'il restait en hauteur, surplombant le grand hall, son regard dardé sur ses sujets en contrebas et revêtus d'habits de cérémonie, il ressemblait parfaitement à son père, si ce n'était une expression moins froide mais qui trahissait une profonde colère.

Les elfes présents dans le hall observèrent silencieusement Tauriel, de retour chez elle. Peu d'entre eux l'avaient vue lever les armes contre Thranduil mais tous en avaient entendu parler. Il n'y avait pas de mots pour décrire leur incompréhension ni leur colère à l'idée de telles exactions. Lever la main contre le roi ! C'était impensable pour les elfes. Aussi impensable qu'aider des nains ou s'éprendre de l'un d'eux.

Leur hostilité était palpable et la jeune elfe la ressentit sans peine. Tauriel se tint droite, fière malgré le trouble qui agitait son cœur, car elle ne regrettait aucun de ses gestes. Si les choses étaient à refaire, elle les referait sans l'ombre d'une hésitation…sauf à arrêter Thorin avant qu'il ne puisse s'évader. Si seulement ces nains n'avaient pas réveillé Smaug pour la deuxième fois ! Elle secoua la tête pour chasser ses mauvais souvenirs d'une ville en feu hurlant à l'aide.

Tauriel leva les yeux vers Legolas. Son cœur manqua un battement lorsque leurs regards se croisèrent tant celui du prince était glacial. Si Gandalf s'en aperçut, il ne dit rien. Alors qu'Elrond surgissait dans le hall, ses yeux scrutant la jeune elfe dont les blessures étaient encore visibles malgré ses vêtements.

« Je vous apporte des nouvelles, Prince Legolas ! annonça Gandalf.

— Monseigneur Legolas, murmura Tauriel en s'inclinant respectueusement.

— Je crains de n'avoir pas uniquement de bonnes nouvelles, quoi que les mauvaises restent à démontrer.

— Allons en parler en privé, ordonna le prince avant d'ajouter à l'intention de l'ancienne capitaine de la garde, vous aussi, venez. »

Ils se dirigèrent vers le salon privé du prince dans un silence complet, Tauriel à la traîne derrière les autres. Elrond avait d'ores et déjà une petite idée des blessures qu'elle avait tandis que Legolas l'ignorait volontairement. Il restait en tête, menant le petit groupe, alors que Gandalf se tenait à ses côtés.

Tous trois s'esquivèrent par un passage dérobé jusqu'aux appartements du prince, plus accueillants que les froids bureaux du palais. Legolas invita le magicien et le semi-elfe à s'asseoir, ignora superbement Tauriel mais resta, lui, debout.

« La plupart des nains de la compagnie de Thorin vous sont réellement favorables, déclara le magicien. Ils haïssent les orques et cette alliance contre nature. Certains d'entre eux ont pris de risque de libérer Tauriel.

— Quelle importance ? s'exclama Legolas. Combien sont-ils, une dizaine ? Une quinzaine ? Contre une armée d'orques. Contre leur propre roi ! Iraient-ils jusqu'à prendre les armes contre Thorin en personne ? J'ai du mal à le croire ! Libérer un prisonnier et se rendre coupable de traitrise sont deux choses différentes. Les nains sont loyaux. Je n'y crois pas une seule seconde !

— La folie frappe toute leur famille, rien ne garantit que les neveux d'Ecu-de-Chêne n'en sont pas atteint également, rappela Elrond. Je crains que l'espoir ne soit vain les concernant.

— Vous pouvez avoir foi en Kili ! intervint Tauriel avec virulence. Il sait où est la justice et se battra jusqu'au bout avec honneur.

— Je le pense aussi, abonda Gandalf. Du reste, si quelqu'un peut faire revenir Thorin parmi les gens sensés, alors il s'agit de Bilbon Sacquet ! N'oubliez pas mon cambrioleur. Il a fait face à un dragon et s'en est sorti. Il fera face au nain le plus têtu que la Terre du Milieu ait jamais porté !

— Je n'y crois pas ! répéta Legolas avec hargne. Tout ceci est leur faute ! Quoi qu'ils aient envie de faire, la situation les dépasse. Les nains ne peuvent plus nous être d'aucune aide.

— Nous n'avons pas le choix, observa sombrement Gandalf. L'armée de Bolg près de Dale égale déjà les forces des elfes sylvains. Nous les avons observés en revenant. Ils sont justes hors de votre portée, aux lisières des arbres. Assez loin pour que les elfes ne soient pas encore un problème pour eux mais suffisamment pour être une menace permanente. »

Les épaules de Legolas s'affaissèrent. Il se savait piégé, peut-être autant que les nains de Thorin se sentaient piégés dans leur précieuse montagne. Les orques arpentaient librement ses propres terres et il épuisait ses troupes pour lutter contre les araignées, sans pouvoir diviser ses forces entre ses ennemis. La présence d'Elrond et ses conseils avisés l'aidaient mais le Semi-Elfe ne pouvait pas faire de miracle. Pour le moment, ce dernier restait silencieux, analysant la situation. La Forêt Noire ne devait pas tomber mais Fondcombe était loin. Peut-être pourrait-il fournir quelques centaines de soldats mais pas davantage. Quant à la Lothlorien, il avait bon espoir que la Dame Galadriel aide ses voisins du nord. Sans Thranduil qui n'appréciait pas les Noldors, les discussions seraient plus aisées entre les deux royaumes.

Magiciens et elfes restèrent silencieux quelques instants tandis que Tauriel restait à l'écart. Elle n'osait plus prendre la défense des nains par crainte de la réaction de Legolas.

Le magicien en profita pour sortir un paquet enveloppé dans un linge et il le posa sur la table. De forme allongée et la pointe d'une épée elfique dépassant du tissu, Legolas comprit ce dont il s'agissait au premier regard. Son cœur manqua un battement. Il connaissait si bien les épées de son père qu'il n'avait besoin que d'un aperçu de la lame pour les identifier. Combien de fois dans sa tendre enfance avait-il essayé de jouer avec ? Il s'était coupé avec la lame effilée dans son enfance alors qu'il jouait au soldat et avait volé l'épée de son père.

« Ceci devrait vous revenir », reprit Gandalf. Les nains n'ont retrouvé que cela, au pied de Ravenhill. Kili pense que Thranduil a survécu. Les orques ont cherché son corps pendant des jours, sans succès. A l'endroit de la couronne, les nains ne l'ont pas trouvé. C'est une excellente nouvelle ! »

Legolas ne le pensait pas. Il tendit la main, écarta le linge et resta figé devant la couronne brisée de son père. Il effleura du bout des doigts le métal froid puis il s'éloigna et se posta près de la fenêtre, se forçant à garder la maitrise de ses nerfs. Il ne se retourna qu'une fois certain que son visage ne trahissait aucune de ses émotions, dans une imitation inconsciente de son père.

Elrond tenait la couronne entre ses mains et l'inspectait avec minutie. Il la tournait et la retournait entre les mains.

« Le coup provient d'une épée aux bords dentelés, sans doute un cimeterre d'orque, estima le semi-elfe d'une voix calme en dépit de la situation. Un coup latéral de bas en haut d'une grande force mais de la pointe de l'épée. Legolas, il n'a pas été fatal. Très grave, voire handicapant, mais pas fatal.

— En êtes-vous certain ? »

La voix du prince s'éteignit. Elrond n'avait pas son pareil pour l'art de la guérison et la question était surtout pour se rassurer lui-même. Legolas n'arrivait pas à croire que son père ait pu survivre. Abandonner ses armes, ne pas faire parvenir de message à son royaume…ce n'était pas de bon augure. Le guérisseur hocha la tête. Il reposa la couronne sur la table. Dans le fond de la pièce, le cœur de Tauriel manqua un battement. Elle détourna les yeux.

« Je pense que Thranduil accompagne les enfants de Bard au sud de la forêt, annonça Gandalf. Nous le soupçonnions mais j'ai la confirmation des nains que Bolg chasse Bain, le seul fils de Bard. Une compagnie entière des orques est à ses trousses !

— Thranduil ne faisait pas partie de mes visions, remarqua Elrond, mais l'épée que j'ai vu est la même que celle-ci. Elle était entre les mains du garçon. »

Legolas poussa un soupir de soulagement. Il s'effondra sur le canapé.

« Dans ce cas pourquoi ne pas être revenu dans la forêt ? Ou envoyer un message pour obtenir de l'aide ! Il en connait tous les chemins mieux que personne !

— Il n'a sans doute pas pu, estima Elrond. Les orques le cherchaient. Prendre le risque de se jeter dans leurs bras était trop grand pour lui. Les passages dérobés étaient trop loin et risquaient d'être découverts.

— Contourner la forêt était sans doute la meilleure solution si ses blessures étaient trop importantes

— Le danger sera de plus en plus grand au fur et à mesure qu'ils se rapprocheront de Dol Guldur et la poursuite de Bolg rendra sa tâche plus ardue encore, estima Elrond. Si le garçon a son épée, je crains que les blessures de Thranduil ne soient très graves.

— Vous devriez envoyer un message à la Dame Galadriel, suggéra Gandalf. La Lothlorien sera plus près s'il est déjà au sud de la forêt pour trouver l'aide dont il aura besoin.

— Je le ferai dès la fin de ce conseil, promit le prince. Puissent les éclaireurs revenir avec mon père ! Quel soulagement de les avoir envoyés au sud après ces rumeurs sur Bain. »

Pour le Semi-Elfe qui n'était pas présent lors de ces évènements, Legolas raconta les précédentes rumeurs colportées par les messages des nains de Thorin.

« Si les choses se passent mal au sud, les éclaireurs ne pourront pas protéger ce groupe, songea Elrond à haute voix. La forêt est dangereuse, d'autant plus maintenant que Dol Guldur est habité et que les orques sont sur leurs talons. Les éclaireurs disposent-ils de moyens de vous contacter en cas d'urgence ?

— Ils peuvent demander à des oiseaux de nous porter des messages d'urgence et j'ai augmenté les patrouilles assez loin de nos frontières pour les seconder, annonça Legolas.

— Une bonne chose car trop de mouvements de troupe alerterait les orques, approuva Elrond. Néanmoins si les choses s'enveniment, il vous faudra réagir vite. Je dispose d'un élixir pour les cas d'urgence. J'en donnerai à quelques-unes de vos troupes. Attention ! Il ne doit être utilisé qu'en dernier recours. Donnez-le à des patrouilles qui descendent assez bas au sud. Si Thranduil ne va pas en Lothlorien chercher de l'aide, il reviendra sans doute par les chemins qu'il connait bien au sein de la forêt. »

Gandalf et Elrond partirent après les salutations d'usage, laissant le prince seul avec Tauriel, toujours postée près de la porte, parfaitement silencieuse. Elle aurait voulu se porter volontaire pour cette mission mais un seul coup d'œil au prince lui avait fait comprendre que toute intervention de sa part serait des plus malvenues. Elle resta donc immobile tandis que Legolas terminait d'écrire une lettre. Finalement, au bout de cinq minutes, le prince se redressa et leurs regards se croisèrent pour la première fois depuis que l'ancienne capitaine était entrée dans la pièce. Pendant un instant, Legolas ne sut pas quoi dire. Finalement, il se leva et fit quelques pas vers elle. Au dernier moment, il s'arrêta au centre de la pièce.

« J'ai levé votre bannissement, annonça-t-il à voix basse. Le décret est signé et sera affiché dans un instant. Vous ne pourrez plus faire partie de l'armée mais vous aurez l'autorisation de résider dans la forêt.

— Je vous remercie, mon prince, souffla Tauriel, à la fois soulagée de ne plus être bannie et dépitée de ne plus pouvoir défendre son pays comme elle l'avait fait pendant des siècles.

— Je sais ce que je vous dois. Vous êtes restée en arrière pour me protéger, moi et le reste de l'armée. Je vous dois la vie.

— Je n'ai fait que mon devoir. »

Malgré elle, Tauriel ne réussissait pas à se réjouir. Elle ne cessait de penser aux nains d'Erebor, piégés sous le joug de Thorin. La situation de Kili l'angoissait. Il était venu la voir tous les jours pendant son emprisonnement, l'aidant à panser ses plaies, lui racontant tout ce qu'il savait sur la situation des elfes et des nains.

« Les elfes risquent de vous ignorer, poursuivit Legolas. Tout le royaume sait que vous avez menacé le roi.

— Je ne l'aurais jamais blessé, murmura Tauriel. Jamais je n'aurais blessé quiconque de mon propre peuple.

— Vous avez menacé le roi ! Vous m'avez fait trahir mon propre père ! Vous saviez que je viendrais vous chercher et vous en avez joué. Et pourquoi ? Pour un nain ! »

Tauriel baissa les yeux, le cœur brisé par l'amertume qu'elle percevait dans les paroles du prince. Elle ne l'avait jamais entendu parler ainsi. Depuis leur enfance, ils s'étaient entrainés ensemble, étant tous deux du même âge.

Legolas secoua la tête. Il était fatigué de cette histoire et espérait juste pouvoir prendre quelques heures de repos et profiter d'un peu de solitude.

« Vous pouvez disposer ! ordonna Legolas en se détournant de l'ancienne capitaine.

— Je suis désolée.

— Non ! Tauriel, non. Vous avez fait vos choix. J'ai fait les miens. Partez. »


Entrevue Tauriel/Legolas enfin venue ! Vous l'attendiez, avouez XD

Je n'aime pas le triangle Legolas/Tauriel/Kili. Je le trouve grotesque. La volonté de Jackson d'ajouter une femme est parfaitement louable mais une amourette rend la situation grotesque et lui enlève tout intérêt. Par contre, en gardant le personnage, je suis obligée de garder le background du personnage.

Petite boulette : les éclaireurs étaient censés partir dans ce chapitre ci et pas dans l'un des précédents. J'ai raccordé la fin de la scène des éclaireurs trop tôt. Tant pis, ça ira quand même.

LOTRA : chacun son tour ! Quand faut y aller, faut y aller...Tes partiels se passeront bien, ne t'inquiète pas. Je suis entièrement d'accord avec toi sur les nains. Par contre même dans le film, les nains sont contre Thorin. Kili le prend à parti à la fin mais comme Thorin est revenu à lui, la situation en est restée là. Si Thorin avait été sous le coup de la maladie du dragon, je pense que ça aurait été plus loin. Pareil pour Dwalin qui l'a quand même réprimandé comme un ami. Pareil pour Balin qui a pris la défense de Bilbon.