Derek était à demi caché par l'encadrement de la porte de la chambre de Peter. Il tortillait ses doigts les uns contre les autres et observait son oncle, assis sur une chaise, près de la fenêtre, le regard dans le vide. Il n'osait pas s'avancer et restait debout devant la pièce.
Derek n'avait que cinq ans, mais il avait remarqué que Peter était triste. Il ne comprenait pas ce qu'il se passait et personne ne voulait rien lui dire. Le petit garçon avait envie de faire quelque chose, mais il ne savait pas quoi. Son oncle restait enfermé dans sa chambre et n'en sortait que pour grignoter quelques miettes pendant les repas et pour aller au lycée.
Et puis, il y avait l'autre. Le nouveau loup qui venait de temps en temps chez eux. Derek ne l'aimait pas, celui-là. Il sentait la colère et la méchanceté. Il se transformait très souvent, sans raison, juste pour lui faire peur. Sa maman lui avait dit qu'il fallait qu'il apprenne à se contrôler, que c'était normal d'avoir du mal à se maîtriser au départ, mais le petit garçon ne pouvait pas s'empêcher d'en avoir peur.
Peter se leva de sa chaise et s'étira mollement. L'adolescent avisa soudain son neveu qui le regardait avec une moue triste sur le pas de sa porte.
— Qu'est-ce que tu fais là, Derek ? demanda-t-il à voix basse. Pourquoi tu es à l'étage ? Thalia n'aime pas que tu sois tout seul en haut.
— Je ne suis pas tout seul, je suis avec toi, protesta le petit garçon.
Peter regarda son neveu qui le fixait de ses grands yeux verts. Avec un sourire mélancolique, l'adolescent réalisa qu'il n'avait plus passé de temps avec Derek depuis une semaine et demie, alors qu'ils avaient l'habitude de faire plein de choses ensemble. Dès que son oncle rentrait des cours, le petit garçon se jetait immanquablement sur lui pour réclamer son attention et lui raconter ce qu'il avait fait de sa journée.
— Viens là, proposa le loup garou en s'asseyant sur son lit et tapotant la couette.
Derek ne se le fit pas dire deux fois. Il se précipita et grimpa sur le lit de Peter pour venir se blottir contre lui.
— Pourquoi tu es triste ? chuchota le petit garçon. Tu me fais la tête ?
— Non. Non, Derek. Je ne te fais pas la tête. Tu es mon neveu adoré et jamais, jamais, je ne pourrais t'en vouloir, assura l'adolescent. Ce n'est pas à cause de toi que je suis triste.
— Alors, c'est à cause de quoi ?
Peter soupira. Il était compliqué d'expliquer ce qui l'affectait à un enfant de cinq ans, mais le loup garou ne voulait pas mentir à son neveu.
— En fait, l'autre jour, Chris et moi, on est sorti dans la forêt, en pleine nuit. Tu sais qui est Chris, hein ?
— Oui, c'est ton meilleur ami. Je l'aime bien. Il ne vient plus à la maison. Pourquoi ?
— C'est un peu à cause de moi. En fait, un autre de mes amis, qui s'appelle Mark, a suivi Chris dans la forêt. Sauf qu'il y avait de méchants loups garous qui nous ont attaqués et qui ont blessé Mark. J'ai appelé mon papa, c'est-à-dire ton grand père, et il est venu nous aider. Mais mon ami Mark était très blessé et j'ai demandé à mon papa qu'il le morde, pour qu'il devienne un loup garou et se soigne.
— Pourquoi c'était grand père qui devait le mordre ? demanda naïvement Derek.
— Parce qu'il faut que ce soit un alpha qui morde un humain pour le transformer en loup garou, tu te souviens ? répondit doucement Peter.
Le petit garçon hocha la tête et l'adolescent reprit son explication.
— Donc mon papa a mordu mon ami Mark. Et grâce à la morsure, il a réussi à guérir.
— C'est pour ça que tu es triste ? s'étonna Derek. Mais … Mark, il est pas mort !
— Je sais. Et je suis content qu'il soit en vie. Mais … Je suis triste parce que je ne voulais pas qu'il devienne un loup garou.
— Pourquoi ?
Peter haussa les épaules.
— Tu sais … C'est compliqué d'être loup garou. Tu sais bien qu'on ne doit pas révéler notre secret à tout le monde. Il y a des gens qui pourraient être méchants avec nous. Je ne voulais pas que mon ami vive comme ça. Je me sens un peu coupable.
Derek attrapa la main de son oncle et la serra entre ses petits doigts.
— Moi, je suis content d'être un loup garou. Et quand je serais grand, je voudrais être tout comme toi.
— Je suis certains que tu seras quelqu'un de formidable, assura Peter en souriant à son neveu.
— Et Chris ? Il te fait la tête parce que Mark est devenu un loup garou ?
— Un peu. Mais en fait, il se sent surtout coupable parce que Mark dormait chez lui et l'a vu sortir dehors, pour me rejoindre. Du coup, il l'a suivi et ensuite … On s'est fait attaquer et tu connais la fin de l'histoire.
Derek réfléchit quelques instants avant de déclarer :
— Tu devrais dire à Chris que ce n'est pas sa faute. Il y est pour rien, si ton copain Mark l'a suivi dans la forêt. Il avait qu'à rester dans sa chambre et dormir.
— C'est plus compliqué que ça, tu sais …
Le petit garçon leva un regard triste vers son oncle.
— Pourquoi c'est toujours compliqué quand on est grand ?
— Je ne sais pas …
Peter baissa les yeux sur son neveu.
— Et si on allait faire un concours de dessin pour se remonter le moral ? Le plus beau sera accroché sur le frigo, d'accord ?
Les yeux de Derek s'illuminèrent et il sauta au bas du lit pour courir au rez-de-chaussée préparer des feutres et des feuilles. Son oncle sourit franchement pour la première fois depuis plusieurs jours. Le petit garçon était vraiment un rayon de soleil dans sa vie.
Il se levait lentement lorsqu'un cri aigu retentit. Peter reconnut aussitôt Derek et bondit hors de sa chambre. Sans prendre la peine de descendre l'escalier, il sauta par-dessus la rambarde et atterrit à l'étage inférieur.
Le loup garou découvrit son neveu recroquevillé contre un mur, tandis qu'un adolescent le surplombait. Ses oreilles en pointe, ses crocs qui dépassaient de sa bouche, ses yeux aux pupilles jaunes plissés. Malgré la transformation, Peter savait qui était ce garçon qui faisait peur à Derek.
Mark Davis.
L'abomination à laquelle son père avait donné naissance en mordant son ami pour lui éviter de succomber à ses blessures.
L'adolescent exagérait un peu. Mark n'était pas vraiment une abomination. C'était encore le côté théâtral du garçon qui ressortait. Mais il fallait avouer que le nouveau loup garou était assez sauvage. Il avait dû mal à résister à ses instincts et le père de Peter devait déployer des trésors d'imagination pour le canaliser, lors des séances d'entraînement auxquelles l'adolescent devait participer. Le but de la famille Hale était simple : faire en sorte que Mark soit rapidement capable de résister à l'appel de la lune.
Mais le garçon n'y mettait pas vraiment du sien. S'il restait impeccablement maître de lui quand il était au lycée, il n'hésitait à dévoiler sa vraie nature devant Peter et Chris autant que faire se pouvait, pour leur montrer ce qu'il était devenu.
Les deux adolescents n'arrivaient pas à reconnaître leur ami. Il était devenu arrogant, prétentieux et sûr de lui à cause de sa toute nouvelle lycanthropie. Et c'est pour ça que Mark s'amusait à effrayer Derek, alors que c'était un petit garçon sans défense.
Parce qu'il était sûr et certain d'être supérieur au reste du monde.
Mais Peter allait se charger de lui prouver qu'il n'était rien de plus qu'un banal loup garou.
En un bond, il fût sur lui. L'adolescent agrippa son ami par les épaules et l'envoya rouler à l'autre bout de la pièce. Le temps que Mark se relève, Peter l'avait déjà attrapé par son T-shirt et l'avait violemment plaqué contre un mur. Sans se transformer.
— Tu t'amuses encore une seule fois à effrayer mon neveu et je te tue. C'est clair ?
L'autre loup garou avait voulu lancer une réplique cinglante, mais les griffes tranchantes qui s'étaient posées sur sa carotide et le regard froid que lui lançait Peter l'avait contraint à se retenir. L'oncle de Derek s'était lentement reculé avant de se tourner vers le petit garçon.
— Alors ? On va le faire ce concours de dessin ?
Le loup garou rejoignit son neveu et lui prit la main. Ils disparurent dans le salon, sans un regard pour Mark.
# #
— Comment va-t-il ? demanda Chris.
Peter se passa une main sur le visage. Il savait de qui son meilleur ami voulait parler. Et il détestait devoir lui annoncer de mauvaises nouvelles.
— Pareil qu'avant. Il ne s'améliore pas. Ça va faire presque trois mois que c'est un loup garou et j'ai l'impression qu'il n'a fait aucun progrès. C'est comme s'il ne voulait pas vraiment lutter contre ses instincts.
Le chasseur observa le visage dépité du garçon.
— Ca va venir, tenta-t-il de le rassurer. Ca ne va pas se faire en un clin d'œil.
Le blond avait eu du mal à accepter la situation. Savoir que ses deux meilleurs amis étaient des loups garous alors qu'il était lui-même censé les tuer le déprimait assez. Et il se sentait terriblement coupable d'avoir été négligeant au point de ne pas réaliser que Mark le suivait dans la forêt.
Chris avait fini par se faire une raison, mais la pilule n'était pas entièrement passée. L'adolescent essayait de faire bonne figure parce qu'il sentait que son comportement distant faisait de la peine à Peter. Et au fond de lui, il savait qu'il préférait voir Mark vivant plutôt que mort. Même s'il fallait pour cela que son ami soit lui aussi un lycanthrope.
— Je ne sais pas, soupira le brun. Je n'avais jamais vu un loup garou aussi difficile à contenir. Tu le verrais à la pleine lune … Il est terrifiant.
— Mais tu m'as dit que Laura avaient mis du temps à se maîtriser, elle aussi.
— C'est normal. C'est une enfant … Il fallait qu'elle comprenne comment contrôler ses émotions. Même maintenant, elle reste toujours sensible à l'appel de la lune. Mais quand je vois Derek, c'est pas du tout la même chose que Mark. Dans deux jours, il va n'avoir plus qu'une seule idée : faire couler le plus de sang humain possible. Alors que mon neveu va être super excité, il va se transformer en petit loup, il va chercher à faire des bêtises, ça va être une vraie pile électrique … Mais jamais, jamais, jamais, il n'aura envie de sortir dehors pour tuer des gens. Même un animal, je crois qu'il ne pourrait pas.
— Comment ça se fait ? s'étonna Chris.
Peter haussa les épaules.
— Mon père me dit que c'est parce que Derek est un enfant. Ce sont ses parents qui doivent lui apporter à manger, du coup, il ne va pas chercher à aller tuer par lui-même. Il est encore dans le jeu, dans l'innocence. C'est pour ça qu'il ne réagit pas comme Mark.
Le chasseur inspira profondément avant de tapoter l'épaule de son meilleur ami.
— Allez. Tout va bientôt s'arranger.
Les garçons se regardèrent et se sourirent tristement. Au fond d'eux-mêmes, ils savaient que la phrase sonnait faux. Rien n'allait en s'arrangeant depuis cette fameuse nuit où Mark avait été transformé.
# #
Peter était allongé sur son lit. C'était la pleine lune et il n'arrivait pas à trouver le sommeil. Derek était blotti contre lui et si le petit garçon avait réussi à s'endormir, il était assez agité. Son oncle acceptait toujours qu'il vienne dormir avec lui les soirs où la lune était ronde. Il pouvait ainsi s'assurer que son neveu ne ferait pas de bêtises à cause de l'influence de l'astre nocturne.
Un bruit au rez-de-chaussée lui fit relever la tête. En prenant garde de ne pas réveiller Derek, Peter se leva et s'approcha de l'escalier. Son père et son frère étaient en train de se préparer pour sortir, d'après leurs chaussures et leurs manteaux. L'adolescent descendit quelques marches, de façon à ce que les deux loups garous devinent sa présence. Il les interrogea du regard lorsqu'ils posèrent les yeux sur lui.
— Retourne te coucher, Peter, déclara doucement le père du garçon.
— Où est Mark ?
L'adolescent devait rester avec le clan Hale durant la pleine lune, étant donné qu'il n'était pas capable de se contrôler. Il avait prétexté devoir travailler avec Peter pour pouvoir fournir une excuse à ses parents. C'est donc pour cela que le jeune Hale était inquiet de voir son père et son frère s'apprêter à sortir.
— Papa était parti chercher quelque chose et j'ai quitté Mark des yeux une seconde, expliqua l'aîné de la fratrie Hale. Il s'est enfui par la fenêtre le peu de temps que j'ai eu le dos tourné.
— Mais vous ne l'aviez pas attaché ?
— Non, déclara le père des garçons. L'intérêt est de l'entraîner à résister. Ce n'est pas un chien. L'attacher en attendant passivement que la pleine lune passe n'est pas une solution.
Avant que Peter ait pu dire quoique ce soit d'autre, le chef du clan Hale lui désigna sa chambre du doigt.
— Retourne te coucher. On maîtrise la situation.
L'adolescent regarda son père et son frère sortir dehors, refermant la porte derrière eux. Son cœur s'était serré en apprenant que son ami s'était échappé dehors. Chris lui avait appris que son père avait décidé d'aller chasser pendant la pleine lune, dans le but d'attraper un loup garou.
Silencieusement, Peter pria pour que sa famille trouve Mark avant les Argent.
# #
Peter n'avait pas été capable de rester chez lui. Savoir que ses deux meilleurs amis étaient dehors en train de se traquer l'un l'autre l'empêchait d'avoir l'esprit tranquille. Il fallait qu'il retrouve Mark avant qu'il fasse du mal à Chris. Ou qu'il retrouve Chris avant qu'il n'ait tué Mark.
Le loup garou se secoua. Non. Son meilleur ami ne ferait jamais de mal à un innocent. C'était un chasseur mais il suivait le code à la lettre.
Peter leva le nez en l'air pour tenter de capter les odeurs de ses amis et discerna rapidement celle de Mark. Le loup garou se dirigeait vers le nord-ouest et devait être distant d'un kilomètre, peut-être un peu moins. Puis, le jeune Hale localisa son meilleur ami. Son sang se glaça lorsqu'il réalisa qu'il était lui aussi au nord-ouest. A environ un kilomètre.
Le cœur battant, espérant que c'était juste une coïncidence, l'adolescent se précipita vers ses deux amis. Ses deux jambes ne le portaient pas assez vite à son goût alors il se jeta au sol et continua sa course à quatre pattes, laissant le loup lui prodiguer sa force et sa vitesse.
Lorsque le premier coup de feu retentit, Peter sentit l'adrénaline lui permettre d'accélérer encore.
Au second, il eut envie de hurler. Mais se retint.
Au troisième, il ne put retenir un cri.
Au quatrième, il devina que tout était fini.
# #
Lorsque Peter retrouva Chris et Mark, il savait déjà ce qu'il allait découvrir. L'odeur du sang lui emplissait le nez depuis trois cents mètres. Pourtant, il ne put s'empêcher d'être choqué en voyant le chasseur debout, un pistolet pointé sur son ami au sol, qui rampait lentement vers lui.
Le corps de Mark avait beau être couvert de sang, l'adolescent continuait de se traîner par terre, sans prendre garde à ses blessures, le regard rivé sur Chris. Ses yeux brillaient d'une lueur dorée et Peter put y lire l'envie de tuer et la haine.
Abasourdi, le jeune Hale mit un instant avant de réagir.
— Hé, les gars … lança-t-il, la voix nouée.
Mark ne daigna pas tourner la tête, mais Chris lança un coup d'œil à son meilleur ami. Son visage était crispé par la tristesse et Peter sentit son cœur tomber au fond de son estomac. Les deux garçons avaient compris que tout allait se terminer ce soir. Le cauchemar qu'ils vivaient depuis que leur ami était devenu un lycanthrope allait prendre fin.
Tout comme leur amitié.
Le dos de Mark s'arqua soudain et il leva un bras en direction du chasseur, les crocs sortis, les yeux exorbités.
Chris tira. Une ultime fois. En plein dans le front.
La balle traversa le crâne de Mark, lui ôtant la vie au moment même où elle se logeait dans son cerveau. L'adolescent tomba sur le côté et ne bougea plus. Peter déglutit avec difficulté. Le garçon voulut s'élancer mais la voix de Chris le figea sur place.
— Va-t'en.
Le chasseur le fixa, les larmes aux yeux.
— Va-t'en. C'est fini, Peter. Tout est fini.
Le loup garou voulut parler, rassurer son meilleur ami, lui promettre que la mort de Mark ne changerait rien pour eux. A la place, il se recula dans l'ombre et observa son meilleur ami, debout devant le corps sans vie qui reposait au sol.
Gérard Argent, alerté par les coups de feu, finit par rejoindre son fils. Ses paroles arrivèrent jusqu'aux oreilles de Peter, qui eut du mal à en comprendre le sens.
— C'est parfait ! Tu l'as eu, juste comme il fallait ! Je suis tellement fier de toi ! Ne t'en fais pas, on va dissimuler sa mort. On va faire croire que c'est un chien qui l'a attaqué. Il suffit de …
Le loup garou ne fut pas capable d'écouter plus longtemps. Il tourna les talons et s'enfonça dans la forêt. L'adolescent n'avait pas fait cent mètres qu'il tombait nez à nez avec son père et son frère.
— Il s'est passé quelque chose de grave.
Ce n'était pas vraiment une question que le chef du clan Hale avait posé. C'était plutôt une affirmation. Peter sentit les larmes lui monter aux yeux et il tomba dans les bras de son père, le chagrin le submergeant.
Il n'y avait pas qu'un seul malheur qui était survenu ce soir, mais deux.
Mark était mort.
Et Chris avait tiré un trait sur leur amitié.
# #
Allison ne sut quoi dire. Peter venait de finir son récit et la jeune fille ne savait pas quoi dire. Elle avait pensé que connaître l'histoire de son père lui permettrait de mieux le connaître et d'éviter une nouvelle tragédie. Cependant, l'adolescente ne voyait pas vraiment que faire de ces révélations.
Le loup garou finit par rompre le silence qui s'était installé.
— Voilà, je t'ai tout dit. Tu sais ce qu'il s'est passé entre ton père et moi.
— Je ne comprends pas pourquoi il a décidé d'arrêter de te parler … Vous aviez l'air si proches …
Peter haussa les épaules.
— Il a été obligé de tuer Mark parce qu'à cause de moi, c'était devenu un loup garou et qu'il n'arrivait pas à contrôler ses pulsions.
— Ce n'était pas ta faute, Peter, déclara Allison. Ce n'était même pas la faute de mon père. Vous avez toujours tout fait pour tenir Mark à l'écart de ces histoires. C'est lui qui s'est mis en danger tout seul. C'est de sa faute. Tu as bien fait de demander à ton père de le mordre. Sans ça, vous vous en seriez toujours voulu de ne pas avoir tenté de le sauver.
— C'est gentil ce que tu dis. Mais je ne suis pas sûr que ça nous soulage l'un et l'autre de notre culpabilité.
La jeune fille soupira et finit par se lever.
— Je vais devoir rentrer. Mais si jamais tu veux en parler …
— Je n'ai pas besoin d'en parler, mais merci de te proposer.
Allison fit une grimace et se dirigea vers la porte d'entrée. Peter la rappela avant qu'elle ne sorte.
— Pourquoi tu n'es pas venu avec Lydia ? Je pensais qu'elle enquêtait avec toi.
— Oui, c'est vrai qu'on a enquêté ensemble, admit la brune. Et je vais devoir lui raconter ce que tu m'as dit, sinon, elle va me faire une crise. Mais j'avais envie qu'on ne soit que tous les deux aujourd'hui. C'était mieux.
Le loup garou hocha lentement la tête.
— Merci.
— Merci à toi de bien avoir voulu me raconter ton passé. Ça n'a pas dû être facile.
— Rentre chez toi, Allison. Et ne t'en fais pas pour ton père et moi. C'est la vie.
La jeune fille eut un sourire triste et quitta le manoir Hale, laissant Peter seul dans son fauteuil, la tête encore pleine de ses souvenirs d'adolescent.
# #
Stiles et Derek quittaient le cimetière d'un pas lent. Ils étaient venus se recueillir sur la tombe de la mère de l'adolescent et malgré le froid de décembre, ils y avaient passé un long moment. Les mains dans les poches de leurs vestes, ils retournaient lentement vers la Camaro de l'alpha.
Alors qu'ils franchissaient les portes grillagées du cimetière, le loup garou lança :
— Dis, on sera bientôt le dix-huit et je me disais … Ce serait bien qu'on fasse un truc pour l'occasion.
— Euh … Si tu veux, accepta le garçon. Mais pour quelle occasion ?
Derek leva un sourcil.
— Ca fera cinq mois qu'on est ensemble. Tu ne te rappelles toujours pas de notre date d'anniversaire ?
Stiles écarquilla les yeux. En effet, encore une fois, il avait complètement oublié qu'ils s'étaient mis ensemble le dix-huit juillet.
— Tu sais … Toutes les semaines, j'oublie de mettre mon réveil au moins une fois, alors, tu veux bien m'excuser de zapper notre anniversaire ? grimaça l'adolescent.
Le loup garou voulut faire mine d'être fâché, mais le regard désolé du garçon l'empêcha de faire semblant d'être vexé.
— Pour la peine, c'est toi qui paieras notre prochaine sortie !
Stiles leva les yeux au ciel et se mit à râler.
— Je suis un pauvre lycéen fauché !
— Et moi, je suis un pauvre jeune homme au chômage qui a la chance d'avoir touché un héritage assez conséquent de la part de ses parents mais qui sera bientôt sur la paille si son oncle et son petit copain continuent de profiter de lui !
L'adolescent tenta de faire une moue attendrissante.
— Mais toi, tu vas bientôt trouver un travail, t'auras un salaire …
— Et bien, fais comme moi, déclara Derek en ouvrant la portière de sa voiture. Cherche-toi du travail.
Stiles fronça les sourcils en s'installant sur la place passager.
— T'es pas gentil. Mais puisque tu en parles, comment ça avance, ta recherche de boulot ?
L'alpha haussa les épaules en faisant tourner la clé dans le neiman.
— Il y a beaucoup de propositions et comme je ne sais pas trop dans quoi je veux travailler, ça stagne plutôt. Mais Peter me jure qu'il a trouvé quelque chose et qu'il passe un entretien d'embauche cette semaine. Donc s'il a réussi à trouver un boulot, je devrais y arriver moi aussi.
— Tu sais où il a postulé ?
— Aucune idée ! Il ne veut rien me dire. Tu sais, c'est Peter. Il n'a peut-être encore rien trouvé.
L'adolescent posa sur la cuisse du loup garou.
— Je t'aime. Même si tu es au chômage.
—Moi aussi, je t'aime, répondit le jeune homme avec un regard amoureux. Même si tu es bête, des fois.
Stiles poussa un cri outré et se tourna vers la vitre, bras croisés sur son torse, boudant. Derek éclata de rire. Il pourrait lui arriver n'importe quoi dans la vie. Tant que l'adolescent était avec lui, l'alpha se sentait prêt à affronter toutes les épreuves.
